Réunion du Conseil de sécurité sur le Kosovo: fragilité des progrès politiques, persistance des tensions et divergences sur le rôle futur de la Mission de l’ONU

10132e séance – matin
CS/16333

Réunion du Conseil de sécurité sur le Kosovo: fragilité des progrès politiques, persistance des tensions et divergences sur le rôle futur de la Mission de l’ONU

La situation au Kosovo reste marquée par un équilibre fragile, où les progrès demeurent vulnérables face à des défis en matière de sécurité, de gouvernance et de cohésion intercommunautaire, ont relevé aujourd’hui les intervenants lors de leur séance d’information semestrielle. 

Après une année de blocage, les élections législatives de décembre 2025, jugées pacifiques et inclusives, ont été une avancée politique puisqu’elles ont permis la formation rapide d’un gouvernement.  Mais cet élan reste fragilisé par l’impasse autour de l’élection présidentielle. 

Appel à un compromis pour éviter un retour à l’instabilité

Cet appel a été lancé par le Représentant spécial du Secrétaire général et Chef de la Mission d’administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK). 

M. Peter Due, qui faisant son premier exposé depuis sa nomination en novembre dernier, a indiqué que la Cour constitutionnelle du Kosovo a accordé un délai supplémentaire de 34 jours à l’Assemblée du Kosovo pour élire un président.  Il est urgent, ont commenté plusieurs délégations, dont le Royaume-Uni, la Colombie et le Pakistan, de consolider les institutions et d’éviter tout nouveau blocage. Le Royaume-Uni s’est d’ailleurs félicité du retour des maires serbes dans les institutions locales.

Si la réintégration des responsables serbes constitue un progrès, elle s’accompagne de problèmes persistants comme les passations de pouvoir incomplètes, les faiblesses administratives et les barrières linguistiques qui affectent directement la faculté des municipalités de répondre aux besoins des populations. 

Le régime « ultranationaliste » du soi-disant « premier ministre » Albin Kurti a été fermement dénoncé par la Fédération de Russie qui a pris pour exemple l’expulsion des non-Albanais du nord du Kosovo.  La Lettonie et le Pakistan ont mis en garde contre les discours de haine et les risques d’escalade. 

S’appuyant sur le rapport du Secrétaire général (S/2026/264), Bahreïn a déploré les attaques contre des églises orthodoxes et catholiques mais aussi contre des institutions musulmanes.

Union européenne, facilitatrice du dialogue entre Belgrade et Pristina

Ce dialogue reste au cœur des attentes internationales.  Plusieurs délégations ont appelé à un engagement de bonne foi et à la mise en œuvre concrète des accords existants, notamment l’Accord d’Ohrid sur la voie de la normalisation entre le Kosovo et la Serbie, conclu le 18 mars 2023, en Macédoine du Nord. 

Parmi les progrès significatifs, les délégations ont cité la première réunion trilatérale de la Commission mixte sur les personnes disparues (Kosovo-Serbie) qui s’est tenue le 22 janvier 2026 à Bruxelles ou encore l’Accord du 14 mars 2026 relatif à l’application de la loi sur les étrangers. 

Ce sont là, s’est enorgueillie l’Union européenne, des pas importants pour renforcer l’état de droit et progresser vers la normalisation.  La France, qui a insisté sur l’avenir européen des deux parties, a encouragé la poursuite du dialogue. 

Profondes divergences entre la Serbie et le Kosovo

Comme le 21 octobre de l’année dernière, le Ministre serbe des affaires étrangères, M. Marko Đurić, a continué de dénoncer une dégradation de la situation des Serbes au Kosovo.  Il a plaidé pour le renforcement du rôle de la MINUK qu’il a jugé « indispensable ». 

Nous sommes un État démocratique et fonctionnel, a répliqué M. Glauk Konjufca, du Kosovo, qui a rappelé que son « pays » a été reconnu en 2025 par quatre nouveaux États Membres de l’ONU, à savoir les Bahamas, le Kenya, le Soudan et la Syrie. Il a remercié les 121 États Membres qui ont, à ce jour, officiellement reconnu l’indépendance et l’État du Kosovo.  Accusant la Serbie d’ingérence et de déstabilisation, il a tranché: le principal à la normalisation, c’est à Belgrade. 

La Serbie, a dénoncé M. Konjufca, continue de faire du droit des minorités une arme et d’exploiter le facteur multiethnique pour alimenter la division et le désordre. Nous ne pouvons pas avoir confiance en Belgrade.  Nous ne faisons pas partie du problème mais de la solution, a affirmé le Ministre serbe dont les divergences avec le Kosovo ont également porté sur l’organisation des services publics, dont l’éducation, et les structures institutionnelles dans les régions à majorité serbe. 

Rôle de la MINUK

Le Ministre serbe, appuyé par la Fédération de Russie et la Chine, a dit: le rôle de la Mission de l’ONU doit être renforcé et non pas affaibli.  Au regard des circonstances actuelles, la MINUK est non seulement pertinente mais elle est aussi indispensable.  Cette Mission, a diagnostiqué les États-Unis, ne correspond plus aux réalités actuelles.  Elle est devenue une structure « surdimensionnée et surfinancée », une « mission de soutien à la paix sans soldat ».

Les ressources doivent en effet être utilisées de manière plus efficace, a acquiescé le Royaume-Uni, qui a rappelé le prochain examen stratégique du mandat de la Mission. La nécessité d’une telle évaluation a été soulignée par d’autres pays, dont le Danemark et la Lettonie.  La MINUK, ont ajouté la Colombie, la Grèce et la Somalie, doit pouvoir faire davantage pour renforcer la confiance entre les communautés.  Il faut renoncer aux « approches binaires » et essayer de répondre aux préoccupations de toutes les parties, a dit le Libéria.

La Mission, a affirmé le Représentant spécial du Secrétaire général, a déjà ajusté ses opérations et poursuivra ses efforts pour optimiser ses ressources disponibles, conformément aux recommandations présentées après l’examen de ses effectifs civils, à la fin de l’année dernière et dûment reflétées dans le budget proposé pour 2026-2027.  Le mandat de la MINUK est intrinsèquement lié à la normalisation des relations entre la Serbie et le Kosovo, a souligné la France.

Priorités

Les délégations ont cité à l’unisson le renforcement de l’état de droit, la garantie des droits des communautés non majoritaires, la promotion de la cohésion sociale et la lutte contre tout risque d’escalade. 

Plusieurs d’entre elles ont estimé que le Kosovo se trouve à un moment charnière, où les progrès enregistrés restent fragiles et dépendent de la faculté des parties à maintenir le dialogue et à traduire les engagements pris en résultats concrets.

La stabilité dépendra autant des compromis politiques que des avancées tangibles sur le terrain, dans un environnement marqué par une méfiance persistante, a souligné le Représentant spécial du Secrétaire général. 

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ECOSOC: élections et nominations dans plusieurs organes subsidiaires

Session de 2026
15e & 16e séances plénières – matin & après-midi
ECOSOC/7225

ECOSOC: élections et nominations dans plusieurs organes subsidiaires

Le Conseil économique et social (ECOSOC) s’est réuni, aujourd’hui, afin d’élire des membres de certains de ses organes subsidiaires.  Au cours d’une journée purement procédurale, la plupart des postes ont été pourvus par acclamation.  Cependant, il a fallu passer par un scrutin pour d’autres vacances, ce qui a prolongé la séance dans l’après-midi.

Élus par acclamation

À la Commission de statistique, l’Algérie, la Belgique, le Belize, la Côte d’Ivoire, la Guinée Équatoriale, la Jamaïque, le Kazakhstan, Malte, la Mongolie et Singapore ont tous été élus par acclamation pour un mandat de quatre ans qui commence le 1er janvier 2027.

La Gambie, le Nigéria, les Pays-Bas, le Qatar, l’Ukraine et l’Uruguay ont aussi été élus sans vote à la Commission de la population et du développement.  Leur mandat de quatre ans prend effet au début de la soixante et unième session de la Commission en 2027 et s’achève à la fin de la soixante-quatrième session en 2031.  De même, l’Arménie et les Bahamas ont été plébiscités pour un mandat de quatre ans qui commence à la session de 2026 et prend fin avec la session de 2030.

Le Burundi, le Canada, le Danemark et le Mexique ont ensuite été élus par acclamation au Conseil de coordination du Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida.  Leur mandat de trois ans prend effet le 1er janvier 2027. 

L’Algérie et la Finlande ont, pour leur part, été élues au Comité d’organisation de la Commission de consolidation de la paix pour un mandat qui commence le 1er janvier 2027 et durera deux ans, ou jusqu’à ce que ces États cessent d’être membres de l’ECOSOC. 

L’ECOSOC a en outre entériné, sans vote, les candidatures de 19 États en vue de l’électionau Comité du programme et de la coordination.  Le scrutin sera mené par l’Assemblée générale à sa quatre-vingt-unième session.  Les pays proposés sont: Afrique du Sud, Albanie, Allemagne, Argentine, Cameroun, Djibouti, États-Unis, Guinée, Inde, Israël, Japon, Mexique, République de Moldova, Pakistan, République islamique d’Iran, Roumanie, Royaume-Uni, Saint-Kitts-et-Nevis et Uruguay.  Si ces États étaient élus par l’Assemblée, leur mandat de trois ans commencerait à compter du 1er janvier 2027.

Les États-Unis ont souligné qu’ils se dissociaient du consensus en ce qui concerne la République islamique d’Iran qui, ont-ils affirmé, « n’est pas qualifiée pour siéger dans un organe fournissant des conseils sur les programmes de l’ECOSOC ». 

Au Conseil d’administration d’ONU-Femmes, le Luxembourg a été élu par acclamation pour un mandat qui commence aujourd’hui et s’achève le 31 décembre 2027.  Dans la foulée, les Émirats arabes unis ont été élus pour un mandat qui commence ce 8 avril et prend fin le 31 décembre 2028.  C’est aussi par acclamation que le Danemark, Malte et la Suède ont été élus au même organe afin de terminer le mandat laissé vacant par le Canada, la Belgique et l’Espagne. Ils vont prendre fonction le 1er janvier 2027, et ce jusqu’au 31 décembre 2028.

L’Autriche, le Ghana, le Malawi, la République démocratique du Congo, Sri Lanka et la Tunisie seront, pour leur part, membres de la Commission du développement social pendant quatre ans à partir de la session 2027. La République dominicaine sera également membre de ladite Commission dès ce jour et jusqu’à la fin de la session de 2029.

Les organes ayant eu besoin de vote

Parmi les candidats proposés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à l’Organe international de contrôle des stupéfiants, Cornelis de Joncheere (Pays-Bas) a été élu à l’issue d’un premier tour de scrutin, avant qu’Emmanuel B.K. Luyirika (Ouganda) ne soit plébiscité au second tour au détriment d’Owen Bowden-Jones (Royaume-Uni).  Les deux élus entameront leur mandat de 5 ans à partir du 2 mars 2027.

Pour les candidats proposés par les États Membres, Sevil H.H. Atasoy (Türkiye), Younes Zebbiche (Algérie) et Naïma Haroun Saleh (Tchad) ont été élus pour un mandat similaire, avant que la liste ne soit complétée au second tour par Camilo Eduardo Umaña Hernández (Colombie) et Lin Lu (Chine).

Au Comité chargé des organisations non gouvernementales, c’est d’abord par acclamation que l’Afrique du Sud, l’Arabie saoudite, le Cameroun, la Chine, la Côte d’Ivoire, Cuba, les Émirats arabes unis, l’Inde, le Mexique, le Nicaragua, le Pérou, le Soudan et la Tunisie ont été élus pour quatre ans dès le 1er janvier 2027.

Les États-Unis se sont toutefois dissociés du consensus quant à l’élection de Cuba et du Nicaragua, « des pays qui ne respectent pas les droits de leurs propres population », a argué la délégation.  Cuba a remercié l’ECOSOC pour son élection, avant de rejeter les « allégations hypocrites » des États-Unis. 

Ensuite, parmi le Groupe des États d’Europe orientale, l’Estonie et l’Ukraine ont été élus après un vote, devançant le Bélarus. Pour le Groupe des États d’Europe occidental et autres États, la Türkiye, le Royaume-Uni, les États-Unis et Israël ont tous été plébiscités après un vote secret pour un mandat de quatre ans qui débute le 1er janvier 2027.

Au Conseil d’administration du Programme des Nations Unies pour le développement, du Fonds des Nations Unies pour la population et du Bureau des Nations Unies pour les services d’appui aux projets, la Barbade, la France, l’Italie, la Mauritanie, le Nigéria, le Pérou, la République de Corée, la Suisse, la Thaïlande, et le Royaume-Uni ont été élus sans vote pour trois ans à partir du 1er janvier 2027. 

L’Australie et les Pays-Bas ont été plébiscités pour terminer les mandats de l’Allemagne et de la Suisse dans le même organe.  Ils seront en fonction du 1er janvier au 31 décembre 2027.  L’Islande et la Finlande prendront aussi le relais du Japon et de la Finlande pour un mandat allant du 1er janvier 2027 au 31 décembre 2028.

Enfin, la Pologne a devancé le Bélarus au scrutin secret et entamera un mandat de trois ans dès le 1er janvier 2027.

Au Conseil d’administration du Programme alimentaire mondial (PAM), l’ECOSOC a élu par acclamation la Chine, le Japon, le Mexique, le Royaume-Uni et le Zimbabwe pour un mandat de trois ans qui commence le 1er janvier 2027.  Les Émirats arabes unis y siégeront pour leur part à partir du 8 avril 2026 jusqu’au 31 décembre 2028.

La Fédération de Russie, qui a battu la Pologne lors d’un vote, sera aussi de la partie pour un mandat de trois ans qui débute le 1er janvier 2027.

Le Conseil a par ailleurs élu par acclamation des membres du Comité des droits économiques, sociaux et culturels pour un mandat de quatre ans prenant effet le 1er janvier 2027.  Il s’agit de Santiago Manuel Fiorio Vaesken (Paraguay), Ludovic Hennebel (Belgique), Joo-Young Lee (République de Corée), Karla Vanessa Lemus de Vásquez (El Salvador), Hernan Quezada Cabrera (Chili), et Preeti Saran (Inde).  Ensuite, Abdi Jibril Ali (Éthiopie) et Fatimata Diallo (Sénégal) ont été élus après un vote, tout comme Aslan Abashidze (Fédération de Russie).

C’est d’abord par acclamation que le Bénin, la Bulgarie, le Cameroun, la Namibie, la République de Moldova et le Pérou ont été élus à la Commission de la condition de la femme.  Leur mandat de quatre ans commencera à la session de 2027.  Le Tadjikistan et Kiribati ont été élus pour un mandat similaire.  Le tableau est complété par l’Autriche, l’Espagne et Israël après un autre scrutin.

Avant le vote, l’Iran a appelé les États Membres à tenir compte du fait qu’Israël a fait de nombreuses victimes parmi les filles et femmes depuis 2023, dont 33 000 environ à Gaza, sans tenir compte des victimes en Cisjordanie.  De même, 251 femmes ont été tuées en Iran depuis le déclenchement, le 28 février dernier, de la guerre menée contre le pays par Israël et les États-Unis.  Selon la délégation, « le régime israélien ne mérite pas de siéger à la Commission de la condition de la femme ».

En ce qui concerne le Groupe de travail intergouvernemental d’experts des normes internationales de comptabilité et de publication, l’Allemagne, l’Arabie saoudite, l’Australie, le Cambodge, la Chine, l’Équateur, la Gambie, le Guatemala, l’Italie, le Maroc, le Niger, le Nigéria, le Pérou, le Royaume-Uni et la Türkiye ont été élus par acclamation. Leur mandat de trois ans prend effet le 1er janvier 2027.  C’est au scrutin secret que la Fédération de Russie a obtenu son siège pour un mandat de trois ans à partir du 1er janvier 2027.

L’Afrique du Sud, l’Arabie saoudite, l’Arménie, la Bolivie, la Bulgarie, le Burkina Faso, le Cameroun, la Chine, le Gabon, le Guatemala, le Japon, le Kenya, le Pérou, le Rwanda et l’Ouzbékistan ont par la suite été élus sans vote à la Commission pour la prévention du crime et la justice pénale.  Leur mandat de trois ans commence le 1er janvier 2027, de même que celui de l’Italie, du Royaume-Uni et d’Israël élus à l’issue d’un vote au bulletin secret.

L’Arabie saoudite, le Bélarus, le Chili, la China, Djibouti, l’Équateur, l’Inde, le Kenya, la Lettonie, la Libye, le Malawi, le Nigéria, Oman, l’Ouganda, le Turkménistan et l’Ukraine ont ensuite été élus par acclamation à la Commission de la science et de la technique au service du développement pour un mandat de quatre ans qui prend effet le 1er janvier 2027.  Leur mandat sera accompli aux côtés de la Türkiye, l’Australie, la France, le Royaume-Uni et Israël qui sont passé par une mise aux voix.

La Belgique, l’Éthiopie, la République dominicaine, le Népal, le Panama, la Pologne, le Sénégal, Sri Lanka, la Suède, la Suisse et les États-Unis ont été élus au Conseil d’administration du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF).  Leur mandat de trois ans commence le 1er janvier 2027. De même, la Finlande et l’Australie ont été choisis sans vote pour terminer le mandat de l’Islande et du Royaume-Uni.  Ces deux États prendront fonction le 1er janvier 2027 jusqu’au 31 décembre 2028.  Un scrutin secret a permis d’élire le Danemark, le Luxembourg et Israël au même organe pour un mandat similaire.

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Conseil de sécurité: le Coordonnateur des secours d’urgence déplore un « effondrement » de la protection du personnel humanitaire

10131e séance – matin
CS/16331

Conseil de sécurité: le Coordonnateur des secours d’urgence déplore un « effondrement » de la protection du personnel humanitaire

Au moins 326 travailleurs humanitaires tués en 2025, plus de 1 010 ces trois dernières années.  C’est à l’aune de ces chiffres que M. Tom Fletcher, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d'urgence, a déploré ce matin devant le Conseil de sécurité « l’effondrement » de la protection dont bénéficient pourtant les travailleurs humanitaires en vertu du droit.  « Cette tendance est le symptôme d’un monde violent, belliqueux, égoïste et sans loi. »  Les intervenants ont été nombreux à pointer le manque de volonté politique s’agissant de la protection du personnel humanitaire.

Un constat alarmant

À l’entame de son propos, M. Fletcher a précisé que, ces trois dernières années, 560 de ces morts ont été recensées à Gaza et en Cisjordanie, 130 au Soudan, 60 au Soudan du Sud, 25 en Ukraine et 25 en République démocratique du Congo (RDC).  À titre de comparaison, 377 agents humanitaires avaient été tués lors des trois années précédentes.  « Ce n’est pas une escalade due au hasard. »

Il s’est interrogé à haute voix pour savoir si cette situation est due au fait que les États ne se sentent plus liés par le respect du droit international humanitaire (DIH) ou parce que les humanitaires sont désormais vus comme « des cibles légitimes. »  « Si ces morts étaient évitables, pourquoi alors n’ont-elles pas été évitées? »  Il également dénoncé l’« effondrement » du financement de l’action humanitaire, celle-ci étant par ailleurs de plus en plus délégitimée. 

Ce constat a été partagé par le Secrétaire général adjoint à la sûreté et à la sécurité, M. Gilles Michaud, qui a dénoncé une aggravation préoccupante des menaces contre le personnel de l’ONU et une impunité persistante.  En mars dernier, à Goma, en République démocratique du Congo (RDC), un drone a frappé une habitation, tuant une employée de l’UNICEF, tandis qu’en novembre 2025, un collègue haïtien de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a été tué à Port-au-Prince lors d’une tentative d’enlèvement.  À Gaza, en mai 2024, un char a ciblé un véhicule humanitaire. 

Ces cas ne représentent qu’une infime partie d’une liste « tragiquement longue » de pertes humaines, a-t-il déploré.  De son côté, Mme Elyse Nicole Mosquini, du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), a indiqué que, rien qu’en 2025, au moins 31 membres du personnel et bénévoles du Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ont été tués. Au Yémen, 73 membres du personnel onusien et humanitaire sont détenus par les houthistes, a rappelé M. Fletcher. 

Un cadre juridique pourtant robuste

Le personnel humanitaire et onusien est pourtant protégé par le droit.  « En vertu des Conventions de Genève de 1949 et de leurs protocoles additionnels de 1977, tous les États ont l’obligation de protéger les personnels humanitaires et de garantir qu’ils puissent pleinement assister les personnes dans le besoin », a rappelé la France. 

De son côté, la RDC a rappelé les éléments de la résolution 2730 (2024), dans le cadre de laquelle cette réunion annuelle du Conseil est organisée.  Selon ce texte, la protection du personnel humanitaire et onusien constitue une obligation juridique erga omnes ou contraignante pour toutes les parties aux conflits, a expliqué la délégation congolaise. 

« En rappelant les principes fondamentaux du droit international humanitaire —distinction, proportionnalité, précaution— la résolution consolide une norme universelle qui réduit les ambiguïtés et limite les interprétations géopolitiques susceptibles de fragiliser la stabilité. »  De son côté, la Suisse a rappelé que l’adoption de cette résolution avait été justifiée par les attaques contre les humanitaires qui avaient presque doublé entre 2020 et 2024.  Un nombre sans précédent de pays s’était portés coauteurs de ce texte, ont précisé les États-Unis. 

Le manque de volonté politique

La volonté politique est ce qui fait défaut s’agissant de la protection des civils, a diagnostiqué le Libéria, en déplorant que les dommages civils soient trop souvent perçus comme tolérables et même utiles.  La RDC a également pointé le fossé entre les décisions de ce Conseil et la réalité vécue par les populations, avant de détailler le rapport de Human Rights Watch publié le 1er avril 2026, sur l’occupation de la ville d’Uvira par le M23, marquée par de nombreuses violations. 

De son côté, M. Michaud a dénoncé la responsabilité croissante d’États dans les violences, accusant certains de violer leurs engagements internationaux. « Une coalition d’États et d’acteurs non étatiques, alliés objectifs dans l’affaiblissement du droit international humanitaire, continuent de prendre pour cible les personnels humanitaires à des niveaux insoutenables », a, de son côté, accusé la France. 

Pour la Fédération de Russie, les événements en Palestine illustrent l’inefficacité des mécanismes de désescalade promus par le Secrétariat des Nations Unies.  « Plus de la moitié de tous les cas de décès de travailleurs humanitaires ces trois dernières années sont directement liés au conflit en Palestine et aux opérations militaires d’Israël », a déclaré la délégation.  Le Royaume-Uni a rappelé que 2024 avait été l’année la plus meurtrière avec 383 humanitaires tués. 

Les idées avancées pour une protection renforcée

Plusieurs recommandations ont été formulées afin de renforcer la protection du personnel humanitaire.  Au nom de ses collègues tués, M. Fletcher a exhorté le Conseil à agir avec plus de courage, de conviction et de cohérence, en rappelant les engagements pris dans la résolution 2730: protection, intégrité et établissement des responsabilités.  « Si ces trois principes sont mis de côté, alors l’intégrité de ce Conseil et les normes que nous devons protéger meurent avec nos collègues. » 

Appuyé par le Royaume-Uni, le Pakistan a également appelé au respect de cette résolution et du DIH, dont il a également déploré « l’érosion dangereuse ».  « La résolution 2730 doit être plus qu’une promesse: elle doit être pleinement appliquée », a tranché le représentant britannique.  Il a demandé des enquêtes rapides et transparentes en cas d’attaque, évoquant notamment la frappe contre la World Central Kitchen à Gaza.  La Colombie a souhaité l’application effective de la compétence universelle dans les cadres juridiques nationaux. 

La Russie a, elle, jugé préférable de s’en remettre aux Conventions de Genève de 1949 et à leurs protocoles additionnels, ainsi qu’à la Convention sur la sécurité du personnel des Nations Unies et du personnel associé de 1994, plutôt qu’à la Cour pénale internationale (CPI), « pseudo-tribunal » devenu « un instrument de manipulations politiques et de pressions entre les mains d’un certain nombre de pays occidentaux ».  La France a rappelé la nécessité pour tous les États de ratifier la Convention de 1994, ainsi que son protocole facultatif de 2005. 

De son côté, Mme Mosquini a appelé à lutter contre les campagnes de désinformation, conçues pour éroder la confiance envers les organisations humanitaires et présenter les membres de leur personnel comme des cibles légitimes.  Une demande partagée par la Colombie qui s’est également élevée contre les tentatives de « criminalisation » de l’aide humanitaire. 

La Chine a enfin souligné l’initiative mondiale visant à renforcer l’engagement politique en faveur du DIH, lancée avec le Brésil, le Kazakhstan, la Jordanie et le CICR. Tous les États devraient s’y rallier pour « donner un nouveau souffle » au respect du droit en temps de conflit, a plaidé la Chine.  « Ceux qui sauvent des vies ne doivent pas avoir à payer de la leur. » 

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Conseil de sécurité: la Chine et la Fédération de Russie mettent en échec un projet de texte visant à sécuriser la navigation dans le détroit d’Ormouz

10130e séance
CS/16330

Conseil de sécurité: la Chine et la Fédération de Russie mettent en échec un projet de texte visant à sécuriser la navigation dans le détroit d’Ormouz

Sur fond d’ultimatum lancé par les États-Unis à l’Iran pour qu’il rouvre sans délai le détroit d’Ormouz, le Conseil de sécurité n’est pas parvenu, ce matin, à adopter un projet de résolution appelant à des efforts de nature défensive afin de contribuer à garantir la sûreté et la sécurité de la navigation à travers cette voie navigable stratégique.  La Chine et la Fédération de Russie ont mis leur veto à ce texte, tandis que la Colombie et le Pakistan se sont abstenus.   

Présenté par les États membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) -à savoir l’Arabie saoudite, Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Koweït, Oman et le Qatar- et la Jordanie, ce texte exigeait de l’Iran qu’il mette fin immédiatement à toutes ses attaques contre les navires marchands et de commerce ainsi qu’à toute tentative visant à entraver le passage en transit ou la liberté de navigation dans le détroit d’Ormouz. 

Il réaffirmait, en outre, le droit qu’ont les États Membres de défendre leurs navires contre les attaques et provocations, tout en faisant miroiter « d’autres mesures », applicables à ceux qui entravent le passage en transit ou la liberté de navigation dans le détroit d’Ormouz, ainsi que dans le détroit de Bab el-Mandab.

En défendant ce projet de résolution, le Ministre des affaires étrangères de Bahreïn a fait valoir que l’Iran n’a « aucun droit de fermer cette voie à la navigation internationale ni à priver les peuples du monde de ressources essentielles et vitales ».  Ce faisant, l’Iran viole le droit international et la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, a-t-il dit, avertissant qu’une réplique de ce scénario dans d’autres détroits « ferait de ce monde une jungle ». 

À cette aune, et alors que l’Iran « persiste dans son agression illicite contre les nations du Golfe et de la Jordanie », M. Abdullatif bin Rashid Al Zayani a invité les membres du Conseil à « prendre une position résolue et déterminée contre ces pratiques inacceptables consistant à tenter d’asphyxier économiquement les peuples et les nations du monde », mettant en garde contre un échec aux conséquences « très lourdes ».

Russes et Chinois vont présenter un projet de résolution alternatif 

Le plaidoyer du Chef de la diplomatie de Bahreïn n’a pas permis d’infléchir la position de la Chine et de la Fédération de Russie, qui, toutes deux, ont voté contre le texte, tout en annonçant la présentation prochaine d’un projet de résolution alternatif traitant de la même question. 

S’agissant du projet de résolution rejeté, le représentant chinois a dénoncé un texte déséquilibré, qui « ne condamnait qu’une partie » au lieu d’identifier « les causes réelles du conflit » et d’œuvrer au dialogue et à la paix.  « Les États-Unis et Israël sont les instigateurs de ce conflit et nous les exhortons à faire cesser immédiatement leurs opérations militaires », a-t-il lancé, avant de demander à l’Iran de ne plus s’attaquer aux pays du Golfe et à tenir compte des intérêts des pays du Sud. 

« Il est inadmissible d’ignorer la cause première de la crise au Proche-Orient », a renchéri son homologue russe selon qui le texte écarté visait à « donner carte blanche à la poursuite des actions agressives et à une nouvelle escalade », au moment où le Président des États-Unis « menace de détruire l’Iran si le détroit d’Ormouz n’est pas rouvert ».

De l’avis du délégué russe, l’adoption d’une telle résolution « unilatérale » aurait compromis toute perspective de reprise du processus de négociation et fait obstacle aux initiatives de paix menées actuellement par des États tels que la Chine, le Pakistan et la Türkiye. 

Notant que la question de la sécurisation du détroit d’Ormouz « ne peut être résolue qu’avec la participation de tous les pays riverains bordant cet important corridor de transport », y compris l’Iran, il a indiqué que le projet alternatif russo-chinois soulignera que la garantie d’une véritable liberté de navigation dans le détroit « ne peut être obtenue que par la cessation des hostilités et la conclusion d’un accord négocié ».

Les autres membres oscillent entre fermeté et appels au dialogue

Ce double veto a été déploré par la plupart des membres du Conseil, à commencer par les États-Unis qui ont dénoncé le fait que la Russie et la Chine se rangent aux côtés d’un régime qui « tient en joue l’économie mondiale » et « cherche à intimider les États du Golfe pour les soumettre ». 

Aux côtés de leurs alliés, les États-Unis « protégeront leurs intérêts, leurs ressortissants et un avenir meilleur pour tous, alors même que certains membres de ce Conseil, alliés au régime iranien, s’emploient à faire exactement l’inverse », a prévenu le représentant américain. 

Tout en promettant la réalisation des objectifs de l’opération Epic Fury, les États-Unis ont également affirmé avoir soumis à l’Iran des « propositions diplomatiques sérieuses », se disant prêts à s’engager dans une « diplomatie constructive ».  Néanmoins, ont-ils prévenu, « la diplomatie ne saurait aboutir lorsque la défiance, les manœuvres dilatoires et l’escalade demeurent les seules réponses de Téhéran ». 

Ces manifestations de fermeté se sont doublées de nombreux appels au dialogue et aux négociations des autres membres du Conseil.  La France a ainsi souhaité que les efforts se poursuivent pour ouvrir la voie à une désescalade et à un cessez-le-feu « plus urgent que jamais », pour rétablir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormouz et pour répondre aux « multiples menaces posées par l’Iran » qui, a-t-il souligné, devront faire l’objet d’un accord négocié, « par lequel l’Iran devra se résoudre à des concessions majeures ». 

Le Royaume-Uni a, pour sa part, estimé qu’aucun pays ne devrait être autorisé à prendre l’économie mondiale en otage, ce que fait pourtant l’Iran « en niant le droit de passage en transit, un droit de navigation fondamental, tel que consacré par la Convention des Nations unies sur le droit de la mer ». 

Si l’Iran persiste dans cette violation, « la communauté internationale prendra des mesures défensives supplémentaires pour garantir la sûreté et la sécurité du passage en transit à travers le détroit, et pour dissuader toute menace susceptible d’y faire obstacle », a prévenu le représentant britannique. 

De son côté, le Pakistan est revenu sur l’initiative qu’il a présentée la semaine dernière avec la Chine en vue de désamorcer la crise dans le détroit d’Ormouz. Il a indiqué que ce plan, articulé autour d’un cessez-le-feu, du lancement de pourparlers de paix et du rétablissement rapide de la sécurité maritime, vise à permettre un retour à la normale dans cette artère stratégique pour le commerce mondial et l’approvisionnement énergétique. 

Tout en rappelant son soutien à la résolution 2817 (2026) condamnant les agissements de l’Iran et en insistant sur la nécessité de prendre en compte les intérêts légitimes des pays du CCG, le Pakistan a justifié son abstention sur le texte soumis aujourd’hui par l’importance de préserver un espace pour les efforts diplomatiques en cours.  Une position partagée par la Colombie, selon laquelle le dialogue doit prévaloir. 

Ce projet sélectif, imprécis sur le plan juridique et ambigu, loin d’apporter une solution négociée, aurait pu encourager la participation de nouveaux acteurs dans une situation déjà volatile et provoquer une propagation du conflit, a estimé la délégation.

L’Iran dénonce un « deux poids, deux mesures » flagrant

Dans ce contexte, l’Iran a remercié la Chine et la Fédération de Russie de s’être opposées à un texte « manifestement injuste, juridiquement intenable et fondamentalement déconnectée de la réalité ».  Pour le représentant iranien, l’omission délibérée de toute référence aux auteurs de l’agression soulignait « le caractère sélectif, politisé et profondément déséquilibré de ce projet de texte préparé à l’évidence par les États-Unis ». 

Dénonçant un texte « indéfendable », dont « l’objectif était de laver les crimes de guerre commis par les États-Unis et Israël contre l’Iran », il a affirmé que les « actes licites » pris par son pays dans le détroit d’Ormouz l’ont été en plein respect de la Charte des Nations Unies et du principe de légitime défense.  « Actuellement, le détroit reste ouvert, sauf aux navires associés aux agresseurs », a-t-il maintenu. 

L’Iran, a-t-il dit, promet de se ranger à toute initiative crédible pour la fin du conflit, mais Téhéran ne veut pas entendre parler de « cessez-le-feu temporaire », eu égard à son expérience de juin dernier quand le pays avait été bombardé par les mêmes nations.  « Il faut une paix durable basée sur des garanties vérifiables », a soutenu le délégué. 

Alors que le Président des États-Unis a averti qu’« une civilisation entière périra ce soir », il a affirmé que ces déclarations « haineuses et scandaleuses » apportent « la preuve manifeste d’une intention de commettre des crimes de guerre ». 

« L’Iran ne restera pas les bras ballants », a-t-il prévenu.

 
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Faute de consensus sur l’ordre du jour, la Commission du désarmement tarde à entamer ses travaux

Session de 2026
404e séance – matin
CD/3905

Faute de consensus sur l’ordre du jour, la Commission du désarmement tarde à entamer ses travaux

Faute de consensus ce lundi sur l’ordre du jour (A/CN.10/L.96) de sa session de 2026, la Commission du désarmement a décidé de suspendre ses travaux jusqu’à demain.  La principale pierre d’achoppement concerne le point de l’ordre du jour relatif aux technologies émergentes dans le contexte de la sécurité internationale, un point contesté par les États-Unis.

L’ouverture de la session, dont les travaux se déroulent du 6 au 24 avril, a d’abord été perturbée par une première suspension de séance, en raison de l’absence de candidature à la présidence.  Un compromis a finalement été trouvé, permettant au Vice-Président élu du Groupe des États d’Afrique d’assurer la continuité des travaux.

Le Président par intérim, M. Papa Samba Diack (Sénégal), a ensuite proposé de suspendre à nouveau la réunion jusqu’au lendemain afin de permettre la tenue de consultations plus approfondies.

Lors des discussions sur l’ordre du jour, les États-Unis ont indiqué ne pas pouvoir approuver en l’état le texte, estimant que les Nations Unies ne sont pas l’enceinte appropriée pour traiter des technologies émergentes.  Ils ont rejeté toute tentative d’instaurer un contrôle centralisé de ces questions via un groupe de travail, appelant à la suppression de ce point et à un recentrage sur « le désarmement nucléaire et la non-prolifération des armes nucléaires », l’un des deux points inscrits au programme cette année, la troisième d’un cycle de trois ans.

Une position déplorée par l’Indonésie, au nom du Mouvement des non-alignés, tandis que la Chine a souligné l’importance croissante des technologies émergentes, notamment leur intégration aux opérations militaires et leurs implications pour la sécurité internationale.  Beijing a plaidé pour une approche progressive et pour le renforcement de la gouvernance dans ce domaine.  D’autant qu’il s’agit d’une question transversale, a rappelé Djibouti, faisant part de l’inquiétude des pays en développement face à l’essor de l’intelligence artificielle dans le domaine militaire.

La Fédération de Russie a elle aussi jugé nécessaire de maintenir à l’ordre du jour le groupe de travail consacré aux nouvelles technologies, tout en se disant ouverte à des solutions de compromis. 

La session qui commence est cruciale, a-t-elle soutenu, rappelant qu’il s’agit de la dernière année du cycle en cours. La Commission suit des cycles thématiques de trois ans avec le lancement et la définition des thèmes la première année, des discussions approfondies en groupes de travail et la négociation des éléments de recommandation la deuxième année, et la finalisation et l’adoption, ou non, de recommandations par consensus la troisième année.

De son côté, Cuba a accusé les États-Unis de faire obstacle au processus, dénonçant une atteinte au multilatéralisme.  L’Iran a évoqué une « décision politique délibérée » visant à entraver les travaux de la Commission, une analyse partagée par le Brésil, qui y a vu un « précédent dangereux ». 

L’Égypte a interrogé le Secrétariat sur les modalités procédurales en cas de désaccord persistant. 

En début de séance, la Commission a procédé à l’élection des vice-présidents des différents groupes régionaux: M. Mohammad Nazmul Haque (Bangladesh) pour l’Asie-Pacifique, M. Flovaio José Medina (République dominicaine) pour les États d’Amérique latine et des Caraïbes, ainsi que M. Papa Samba Diack (Sénégal) et Mme Victoria Lieta Liolocha (République démocratique du Congo) pour les États d’Afrique.  La Rapporteuse est Mme Gloria Bozyigit (Autriche).

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Le Conseil de sécurité et la Ligue des États arabes se mobilisent face à l’escalade régionale

10129e séance – après-midi
CS/16329

Le Conseil de sécurité et la Ligue des États arabes se mobilisent face à l’escalade régionale

Face à l’escalade sans précédent au Moyen-Orient, les membres du Conseil de sécurité et la Ligue des États arabes (LEA) ont examiné, cet après-midi, les moyens de renforcer leur coopération, dans un contexte marqué, selon les intervenants, par des « circonstances complexes et difficiles » affectant à la fois la région et le reste du monde, exacerbées par les attaques illégales.  Ils ont adopté une déclaration présidentielle (S/PRST/2026/2) qui sera publiée ultérieurement.

La sécurité du Moyen-Orient constitue désormais un enjeu global et non plus uniquement régional, a affirmé d’emblée M. Ahmed Aboul Gheit, Secrétaire général de la Ligue des États arabes.  Il a ainsi mis en garde contre les tensions dans le détroit d’Ormouz, estimant qu’elles illustrent les liens étroits entre sécurité régionale et intérêts de l’économie mondiale. 

L’Iran doit s’abstenir de toute tentative d’entrave à la liberté de navigation, a appuyé l’Égypte, au nom du Groupe des États arabes, exhortant la communauté internationale à prendre les mesures appropriées et contribuer aux efforts pour le passage sûr des navires.

Dans ce contexte, et compte tenu de l’urgence de la situation, les discussions se sont concentrées sur la sécurité maritime dans cette zone stratégique.  Le Ministre des affaires étrangères de Bahreïn, M. Abdullatif bin Rashid Al Zayani, dont le pays assure la présidence tournante du Conseil, a annoncé la présentation d’un projet de résolution visant à protéger la liberté de navigation dans le détroit d’Ormouz. 

Ce texte, qui sera soumis demain au Conseil, vise à répondre aux menaces pesant sur l’une des voies de navigation « les plus vitales pour le commerce et la sécurité, et son adoption à l’unanimité réaffirmerait la détermination collective pour en garantir le respect, a insisté le Ministre.

Il a exhorté l’Iran à arrêter de soutenir et d’armer ses milices et de s’abstenir de toute action susceptible de menacer la liberté de navigation dans les détroits d’Ormouz et de Bab el-Mandab, deux axes stratégiques du commerce mondial.

Cette situation démontre que le rôle des organisations régionales, et notamment de la Ligue des États arabes, est plus essentiel que jamais, a abondé M. Khaled Khiari, Sous-Secrétaire général pour le Moyen-Orient, l’Europe, les Amériques, l’Asie et le Pacifique.

« Nous sommes certains que la Ligue sera un partenaire décisif de M. Jean Arnault, Envoyé personnel du Secrétaire général, pour mener les efforts de l’ONU dans le conflit au Moyen-Orient et ses conséquences », a ajouté M. Khiari, lors de cette réunion phare de la présidence bahreïnienne, qui faisait suite à celle sur la coopération avec le Conseil de coopération du Golfe, dans la matinée.

Selon une note de cadrage, la réunion visait à évaluer et renforcer la coopération entre l’ONU et la Ligue des États arabes face aux nouvelles menaces régionales et à renforcer une meilleure coordination entre envoyés onusiens et régionaux, ainsi que sur l’élaboration de réponses communes aux défis sécuritaires, en particulier en matière de sûreté maritime et de chaînes d’approvisionnement.

Il faut une mobilisation conjointe ONU–Ligue arabe, a défendu la France, d’autant, a ajouté le représentant, que « nos partenaires de la Ligue arabe sont maintenant menacés ».  Paris a d’ailleurs accusé l’Iran de porter une « responsabilité grave » dans l’extension du conflit, tout en appelant à la désescalade, au respect du droit international et à la poursuite des efforts en faveur d’une solution à deux États au conflit israélo-palestinien.

L’organisation régionale « peut et doit » jouer un rôle clef dans le règlement des conflits régionaux, ont estimé les États-Unis.  Citant en exemple Gaza, la représentante américaine s’est félicitée des progrès d’ores et déjà réalisés dans la mise en œuvre du Plan d’ensemble du Président Trump, saluant le courage dont un grand nombre de membres de la Ligue des États arabes ont fait montre pour lutter contre le fléau du terrorisme.

Sur le dossier palestinien, plusieurs intervenants, dont le Danemark, ont exprimé leur inquiétude face à la violence des colons, appelant à y mettre fin.  Ces violences sont contraires à toute perspective de paix, a dénoncé la France. 

Dénonçant à son tour le « terrorisme des colons », le Secrétaire général de la Ligue des États arabes a mis en garde contre toute tentative israélienne d’annexion de la Cisjordanie.  Il a aussi déploré l’adoption d’une loi, qu’il a qualifiée de « raciste », permettant l’exécution de détenus palestiniens.  Cette mesure risque d’avoir des conséquences imprévisibles sur une situation déjà explosive, a averti la Fédération de Russie.

De son côté, le Pakistan a exhorté Israël à mettre fin à ce qu’il a qualifié de « comportement agressif et voyou ».  De plus, le représentant de l’Égypte, parlant au nom du Groupe des États arabes, a appelé la communauté internationale à faire pression sur Israël pour qu’il cesse immédiatement ses agressions en cours contre le Liban et se retire de tous les territoires libanais occupés.

Les participants, à l’instar de M. Aboul Gheit, ont salué à cet égard la décision des autorités d’interdire toute activité militaire du Hezbollah.  Ils ont passé en revue la situation au Soudan, insistant sur l’urgence d’une trêve humanitaire.  Évoquant les crises en Syrie, au Yémen et en Libye, la Ligue des États arabes a indiqué poursuivre ses efforts pour favoriser des solutions politiques, tout en réaffirmant son attachement à une coopération étroite avec les Nations Unies.

Le représentant de la Somalie a également plaidé pour la promotion des efforts collectifs afin de relever les défis transfrontaliers comme la lutte antiterroriste, l’extrémisme violent, la traite des êtres humains, la lutte contre les campagnes de désinformation et les discours de haine.

Enfin, le Secrétaire général de la Ligue a plaidé pour des solutions respectant l’autodétermination des peuples et appelé à un Conseil de sécurité « efficace », exempt de parti pris et de toute approche à deux poids, deux mesures.

 

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Conseil de sécurité: l’examen du partenariat ONU-Conseil de coopération du Golfe donne lieu à des appels à la concertation face à l’escalade au Moyen-Orient

10128e séance – matin        
CS/16328

Conseil de sécurité: l’examen du partenariat ONU-Conseil de coopération du Golfe donne lieu à des appels à la concertation face à l’escalade au Moyen-Orient

Sur fond d’escalade des hostilités au Moyen-Orient, le Conseil de sécurité a tenu, ce matin, une réunion de haut niveau consacrée à la coopération entre l’ONU et le Conseil de coopération du Golfe (CCG), offrant la possibilité aux intervenants de souligner l’urgence d’une action concertée pour prévenir une aggravation de la situation régionale et de ses répercussions mondiales. 

Signe de la priorité qu’il accorde à cette question dans le contexte actuel, le Conseil a adopté, en fin de séance, une déclaration présidentielle dans laquelle il réaffirme l’importance du partenariat entre l’ONU et le CCG et appelle à une intensification des efforts collectifs en faveur de la paix, de la sécurité et de la stabilité dans la région du Golfe et au-delà. 

« En cette période de tensions régionales accrues, le partenariat avec les organisations régionales et sous-régionales, telles que le CCG, constitue un volet essentiel des efforts collectifs visant à promouvoir la paix, la sécurité et la stabilité régionales », a observé le Sous-Secrétaire général pour le Moyen-Orient, l'Europe, les Amériques, l’Asie et le Pacifique, non sans évoquer le « dangereux précipice » au bord duquel se trouve aujourd’hui le Moyen-Orient. 

« L’escalade en cours souligne la nécessité urgente d’une action multilatérale coordonnée », a souligné M. Khaled Khiari, pour qui une coopération renforcée entre l’ONU et le CCG est aujourd’hui « impérative ». 

Des « trésors d’expérience » au service de la stabilité régionale 

Le haut fonctionnaire a rappelé que le CCG et ses États membres ont joué un rôle déterminant pour désamorcer les tensions régionales et faciliter la médiation, tout en faisant preuve de retenue face à la volatilité actuelle.  « Ils ont un rôle important à jouer pour soutenir la désescalade, préserver la stabilité régionale et promouvoir les voies du dialogue ». 

De son côté, le Secrétaire général du CCG, dont c’était la première intervention devant le Conseil, a mis en avant les « trésors d’expérience » de son organisation au service du dialogue et de la stabilité, que ce soit au Yémen, au Liban, en Syrie ou à Gaza.  Avec l’ONU, « nous pouvons ensemble prévenir les crises », a-t-il assuré. 

Actualité oblige, M. Jassim Albudaiwi a également condamné les attaques menées par l’Iran contre les États membres du CCG, qui visent les civils, les infrastructures civiles, les installations pétrolières, les centres de désalinisation, les zones résidentielles et commerciales ainsi que les quartiers diplomatiques.  « Aucune circonstance ne peut les justifier », s’est-il indigné, appelant à la cessation des hostilités « de toute urgence » et au rétablissement de la stabilité.

Tout en affirmant que « le dialogue et la diplomatie demeurent la seule voie », il a exhorté le Conseil à garantir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormouz et à adopter une résolution en ce sens.  Une requête entendue par le Ministre des affaires étrangères de Bahreïn, qui a annoncé que son pays, Président du Conseil pour le mois d’avril, présentera dans les prochains jour un projet de résolution sur la sécurité de ce passage stratégique pour le commerce mondial. 

« C’est un défi pour le Conseil de sécurité; il doit réagir à ces actes irresponsables qui menacent les intérêts de toutes les nations », a déclaré M. Abdullatif bin Rashid Al Zayani, invitant les membres de l’organe à adopter une position unifiée sur ce texte. 

Divergences sur l’origine de la crise et les réponses à y apporter

Les membres du Conseil ont largement insisté sur l’importance du Chapitre VIII de la Charte des Nations Unies, qui encadre la coopération avec les organisations régionales.  Ils ont toutefois laissé apparaître des écarts notables quant à l’origine de la crise et aux réponses à y apporter. 

Plusieurs délégations, dont les États-Unis, le Danemark, la France, la Lettonie et le Royaume-Uni, ont fermement condamné les attaques iraniennes contre les États membres du CCG.  Le Royaume-Uni a parlé de « menace directe pour la paix et la sécurité internationales », tandis que la France trouvait « inacceptable que l’Iran prenne en otage une voie maritime stratégique », appelant à renforcer la coopération ONU-CCG pour garantir la sûreté maritime. 

La Colombie et la Somalie ont, elles aussi, condamné les attaques de l’Iran contre des civils et des infrastructures civiles, tout en soulignant l’importance d’une action collective pour garantir la sécurité des voies maritimes essentielles, notamment celle du détroit d’Ormouz.  Elles ont par ailleurs insisté sur la nécessité d’inclure les femmes et les jeunes dans les efforts de médiation et de consolidation de la paix. 

Plus directs, les États-Unis ont sommé les membres du Conseil de sécurité de venir en aide « concrètement » aux pays du Golfe, plutôt que de se contenter d’exprimer des vues sur la sécurité des voies maritimes.  « Agissez », leur ont-ils lancé, estimant qu’« aucun pays -et certainement pas le régime génocidaire iranien- ne devrait pouvoir maintenir en otage l’économie mondiale simplement pour avoir un levier dans un différend ». 

À l’inverse, la Fédération de Russie a mis en garde contre une lecture « unilatérale » de cette crise, qui n’est autre que « la conséquence directe de l’agression non provoquée des États-Unis et d’Israël contre l’Iran ».  Appelant à un cessez-le-feu immédiat et à une désescalade, elle a aussi exprimé son soutien au renforcement de la coopération avec les organisations régionales, y compris le CCG, dans la gestion des différends régionaux. 

Initiative de la Chine et du Pakistan pour la paix au Moyen-Orient

La Chine a, elle, insisté sur la nécessité de solutions politiques.  Selon elle, « le recours à la force ne peut pas amener la paix », comme l’a démontré l’offensive menée contre l’Iran, à l’origine, selon elle, de la flambée actuelle.  Elle a cependant affirmé ne pas accepter les attaques de l’Iran contre ses voisins du Golfe, condamnant « toutes les frappes indiscriminées qui visent les civils et les cibles non militaires ». 

À cette aune, la Chine, soutenue par le Pakistan, a promu une initiative conjointe visant à restaurer la paix et la stabilité dans le Golfe et le Moyen-Orient.  Ce plan en cinq points appelle à la cessation des hostilités, au lancement de pourparlers, à la protection des cibles non militaires, à la sécurité des voies maritimes et à la primauté de la Charte des Nations Unies. Il souligne par ailleurs l’importance d’un « multilatéralisme authentique » et du respect des traditions et de la souveraineté des États du CCG. 

Plaidant à son tour pour un règlement politique durable, fondé sur le dialogue et le respect du droit international, le Pakistan a également constaté que la coopération avec le CCG s’est imposée comme une « nécessité stratégique » face à l’instabilité croissante de la région. 

Coopération entre l’Organisation des Nations Unies et les organisations régionales et sous-régionales aux fins du maintien de la paix et de la sécurité internationales

Conseil de coopération du Golfe (S/2026/260)

Texte de la déclaration du Président du Conseil de sécurité

Le Conseil de sécurité réaffirme qu’il a la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales.

Le Conseil de sécurité rappelle toutes ses précédentes résolutions et les déclarations de sa présidence soulignant combien il importe d’établir des partenariats efficaces entre l’Organisation des Nations Unies et les organisations régionales et sous-régionales, conformément au Chapitre VIII de la Charte des Nations Unies.

Le Conseil de sécurité se félicite des exposés présentés le 2 avril 2026 par le Sous‑Secrétaire général pour le Moyen-Orient, l’Europe, les Amériques, l’Asie et le Pacifique au Département des affaires politiques et de la consolidation de la paix et au Département des opérations de paix, Khaled Khiari, et le Secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe, Jasem Albudaiwi, qui ont souligné le rôle important que jouent les organisations régionales dans le règlement des questions de paix et de sécurité internationales.

Le Conseil de sécurité sait la place que tient le Conseil de coopération du Golfe et l’expertise dont il dispose pour comprendre et promouvoir une paix et une sécurité durables dans la région et constate la contribution qu’il apporte à la stabilité régionale et internationale par la médiation, la diplomatie préventive, la fourniture d’un appui technique et financier et l’action humanitaire à l’appui de la prévention, et ce, à toutes les étapes des processus de paix.

Le Conseil de sécurité se félicite des consultations que tiennent le Secrétariat de l’Organisation des Nations Unies et celui du Conseil de coopération du Golfe et souligne qu’il importe de renforcer la coopération institutionnelle entre l’Organisation des Nations Unies et le Conseil de coopération du Golfe, notamment par la voie d’un dialogue régulier, de mécanismes de coordination et de la mise en commun des informations, dans des domaines comme la prévention des conflits, la médiation, la consolidation de la paix, la lutte contre le terrorisme et l’aide humanitaire.

Le Conseil de sécurité rappelle ses précédentes résolutions sur la question, dans lesquelles il prend en considération l’importance que revêt la région du Golfe pour la paix et la sécurité internationales, ainsi que son rôle essentiel dans la stabilité de l’économie mondiale.

Le Conseil de sécurité souligne que les États membres du Conseil de coopération du Golfe contribuent grandement aux activités de maintien de la paix et aux activités humanitaires des Nations Unies.

Le Conseil de sécurité engage le Secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe à faire régulièrement des exposés en vue de promouvoir une coopération plus étroite et une plus grande coordination stratégique avec l’Organisation des Nations Unies, notamment pour faire face aux nouvelles menaces et aux nouveaux périls qui pèsent sur la paix et la sécurité dans la région.

Le Conseil de sécurité engage l’Organisation des Nations Unies et le Conseil de coopération du Golf à s’employer de concert à favoriser la participation pleine, égale et tangible des femmes et des jeunes à la promotion de la paix et de la sécurité, conformément aux résolutions 1325 (2000) et 2250 (2015).

Le Conseil de sécurité engage l’Organisation des Nations Unies et le Conseil de coopération du Golf à collaborer pour relever les défis communs dans des domaines comme la sécurité maritime et la prévention et la répression du terrorisme, ainsi que la recherche de solutions aux problèmes de sécurité alimentaire et hydrique.

Le Conseil de sécurité redit son ferme attachement à la souveraineté, à l’indépendance, à l’unité et à l’intégrité territoriale de tous les États membres du Conseil de coopération du Golfe, conformément aux principes énoncés dans la Charte des Nations Unies et au droit international.

Le Conseil de sécurité prie le Secrétaire général de formuler, dans le prochain rapport sur la coopération entre l’Organisation des Nations Unies et les organisations régionales ou autres qu’il lui présentera, de même qu’à l’Assemblée générale, des recommandations sur les moyens de renforcer les relations institutionnelles et la coopération entre l’Organisation des Nations Unies et le Conseil de coopération du Golfe.

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L’Assemblée générale adopte une résolution phare sur la création, l’exécution et l’examen des mandats pour une ONU « efficace et efficiente »

Quatre-vingtième session
76e séance plénière - après-midi
AG/12756

L’Assemblée générale adopte une résolution phare sur la création, l’exécution et l’examen des mandats pour une ONU « efficace et efficiente »

L’Assemblée générale s’est engagée à rédiger et à adopter des mandats « plus clairs et plus concis », en adoptant, cet après-midi, par 168 voix pour, zéro abstention et les votes contre du Bélarus, de la Fédération de Russie, du Nicaragua et de la République populaire démocratique de Corée, la résolution portant « création, exécution et examen des mandats pour une ONU efficace et efficiente » (A/80/676) 

« Félicitations! » a salué le Secrétaire général, M. António Guterres, qui s’est réjoui d’une résolution historique, un an après le lancement de l’Initiative ONU80.  Cette réforme est essentielle, a renchéri la Présidente de l’Assemblée générale, Mme Annalena Baerbock, en rappelant l’ampleur du système « avec plus de 40 000 mandats actifs, environ 27 000 réunions par an et un budget d’environ 360 millions de dollars, soit près de 10% du budget ordinaire. » 

Pour le Chef de l’ONU, cette résolution reflète un engagement partagé à renforcer chaque étape du cycle de vie des mandats: elle apporte davantage de discipline, de cohérence et de transparence à la création des mandats; et favorise l’élaboration de mandats plus clairs, plus précis et mieux ciblés. De même, elle renforce la mise en œuvre, consolide une culture d’amélioration continue, et reconnaît, en outre, qu’en période de budgets serrés, certaines améliorations exigent des investissements ciblés.

« C’est une étape majeure.  Mais ce n’est qu’un début », a-t-il souligné. 

De son côté, Mme Baerbock, a attiré l’attention sur l’impératif de traiter l’arriéré constitué par les milliers de mandats existants. 

Pour faciliter cet aspect, elle a annoncé qu’elle nommera prochainement deux coprésidents qui dirigeront le Groupe de travail spécial sur l’examen de l’exécution des mandats, officialisé par la résolution. 

Le résultat final sera un cycle de vie des mandats simplifié et plus cohérent, qui permettra de réorienter les ressources vers les domaines où elles seront le plus utilement employées, tout en allégeant les contraintes de capacité pesant sur les États Membres, a-t-elle expliqué. 

Coprésidentes du groupe de travail informel qui a recommandé l’adoption de ce texte, la Jamaïque et la Nouvelle-Zélande ont souligné que la résolution démontre la capacité des États Membres à rapprocher des positions diverses, insistant sur la nécessité de traduire à présent son dispositif en changements concrets.

La mise aux voix de la résolution a été demandée par la Fédération de Russie, qui a dénoncé l’absence de transparence des négociations, lesquelles, a-t-elle estimé, auraient dû se faire article par article.  Venue à la tribune dès l’ouverture de la séance dans l’intention de présenter un projet de décision (A/80/L.49) visant à prolonger d’un mois la durée des travaux du groupe « afin que soient menées à leur terme les négociations » sur le projet de résolution, elle a annoncé le retrait de son texte et a précisé qu’elle ne se considérerait pas liée à la résolution si celle-ci venait à être adoptée.

Une absence de consensus remarquée

De nombreuses délégations, dont la France, le Japon, l’Australie -au nom des CANZ (délégations du Canada, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande)- et l’Argentine, ont en revanche soutenu l’objectif de rationalisation des mandats, notamment par la réduction des doublons, l’amélioration de l’efficacité et une meilleure utilisation des ressources.  La Zambie et le Pérou ont également mis en avant l’importance des outils introduits, tels que les notes conceptuelles et le renforcement du registre des mandats, pour améliorer la transparence et la cohérence. 

La République de Corée, les Philippines et la Suisse ont, elles aussi, salué un engagement collectif en faveur d’une ONU plus efficace.  L’Arabie saoudite et Bahreïn, qui s’exprimait au nom du Conseil de coopération du Golfe, ont souligné l’importance d’un processus piloté par les États Membres, fondé sur la transparence, la redevabilité et le respect des échéances, afin d’aboutir à des résultats concrets.  Les Îles Salomon, au nom du Forum des îles du Pacifique, ont insisté sur la nécessité d’une ONU plus accessible, notamment pour les petites délégations.

Toutefois, le Pakistan a regretté l’absence de consensus et critiqué une approche jugée insuffisamment différenciée.  Le Nicaragua et le Bélarus, qui ont voté contre, ont dénoncé un processus précipité et un déséquilibre en faveur du Secrétariat, estimant que le texte ne reflète pas un véritable accord entre les États Membres.  L’Égypte et Cuba ont également déploré le manque de consensus, appelant à des négociations plus approfondies.

Des ateliers et séances d’information ne sauraient remplacer des négociations intergouvernementales inclusives, a souligné la République islamique d’Iran. L’Uruguay et le Mexique ont plaidé pour des processus futurs plus transparents et inclusifs afin de consolider le consensus.  Ce texte sera un socle utile pour poursuivre les efforts visant à renforcer le système des Nations Unies, a estimé en outre la délégation mexicaine.

Le Paraguay a mis en garde contre des objectifs potentiellement trop ambitieux au regard des délais fixés, tandis que la Chine et d’autres ont insisté sur la nécessité d’aboutir à des résultats tangibles, en évitant la duplication des structures et en respectant la discipline budgétaire.

La Türkiye, l’Éthiopie et le Pérou ont estimé à leur tour que la résolution constitue une avancée significative vers une ONU plus efficace, cohérente et orientée vers les résultats. 

L'Assemblée générale a ensuite achevé l'audition des explications de vote au sujet de la résolution déclarant que la traite des Africains réduits en esclavage et l’esclavage racialisé des Africains sont les plus graves crimes contre l’humanité. 

 

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Conseil de sécurité: la FINUL prise pour cible, appels pressants à mener une enquête et à la désescalade au Liban

10127e séance - matin
CS/16326

Conseil de sécurité: la FINUL prise pour cible, appels pressants à mener une enquête et à la désescalade au Liban

Le Conseil de sécurité s’est réuni ce matin en urgence à la demande de la France et de l’Indonésie après des attaques « gravissimes, inacceptables et injustifiables » contre la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL), ayant coûté la vie à trois Casques bleus indonésiens en 48 heures, dans un contexte d’escalade rapide entre Israël et le Hezbollah.

D’emblée, le Secrétaire général adjoint aux opérations de paix, M. Jean-Pierre Lacroix, a mis en garde contre une détérioration « dangereuse » de la situation le long de la Ligne bleue, rappelant que « les Casques bleus ne doivent jamais être une cible ». 

Le bilan humain de l’escalade des quatre dernières semaines a été fait par le Coordonnateur des secours d’urgence, M. Tom Fletcher: plus de 1 240 morts, 3 500 blessés et plus de 1,1 million de déplacés.  De plus, de nombreuses infrastructures essentielles, dont la majorité des ponts au sud du fleuve Litani, ont été détruites, a-t-il détaillé depuis Beyrouth.

Les faits et l’enquête attendue pour les préciser

M. Lacroix a précisé que des recherches étaient en cours après les incidents ayant visé la FINUL.  Des conclusions également attendues par les États-Unis qui veulent comprendre les circonstances tragiques de ces incidents. 

L’Indonésie a exigé une enquête immédiate, approfondie et transparente « de la part de l’ONU et non d’Israël », demandant au Conseil d’en assurer le suivi et de veiller à ce que les auteurs soient tenus responsables.  La Fédération de Russie a aussi demandé une enquête israélienne sur les attaques ayant visé des journalistes.

Racontant le fil des événements, M. Lacroix a indiqué que deux Casques bleus indonésiens ont été tués le 30 mars dans une explosion ayant détruit leur véhicule près de Bani Haïyan, après la mort, la veille, d’un autre Casque bleu dans une base de la FINUL à Taïbé. 

Il a également souligné que, depuis le 2 mars, le Hezbollah a intensifié ses frappes quotidiennes contre Israël, tandis que les forces israéliennes poursuivent leurs opérations en territoire libanais, avec « des milliers de tirs » recensés dans les deux sens.

Le 28 mars, a poursuivi M. Lacroix, les Forces de défense israéliennes ont tiré des coups de semonce sur une patrouille de la FINUL à un poste de contrôle récemment établi sur la route côtière, à 4 kilomètres au nord du quartier général de la FINUL à Naqoura. 

Un véhicule de la FINUL a été touché.  Lors du retour de la patrouille, un char israélien a tiré un obus qui a explosé à 15 mètres du véhicule, causant des dommages.

Sur les incidents graves impliquant des forces israéliennes contre son contingent à Naqoura, la France a dénoncé des actes d’« intimidation » et d’atteinte à la sécurité du personnel, exigeant que « toute la lumière soit faite sans délai sur ces actes » et appelant Israël à fournir des garanties concrètes.

En réponse, le représentant d’Israël a tenté de dégager son pays de toute responsabilité, affirmant, carte à l’appui, que les forces israéliennes n’avaient mené aucune activité à proximité des installations concernées, imputant au Hezbollah ces attaques.  Il a par ailleurs reproché à la France un ton « peu diplomatique » à l’égard d’Israël, en contraste avec celui qu’elle adopte vis-à-vis de l’Iran.

Ces accusations ont été immédiatement rejetées par le représentant français, qui a souligné que « notre seul propos est la nécessité de respecter la souveraineté du Liban », tout en appelant à reconnaître « la responsabilité écrasante de l’Iran et du Hezbollah dans cette guerre ».

De même, l’ambassadeur a appelé le Hezbollah à cesser « de prendre en otage le peuple libanais ».  Le Hezbollah doit cesser d’utiliser la population comme « bouclier humain », ont renchéri les États-Unis.

Une guerre qui n’est pas celle du Liban

La Fédération de Russie a estimé que la cause profonde de l’escalade au Liban est la guerre décidée par les États-Unis et Israël. 

Le Liban a pointé du doigt le Hezbollah, regrettant le choix de celui-ci et condamnant les attaques israéliennes contre son pays dont le peuple paye le prix fort.  « Ce n’est pas sa guerre », a-t-il lancé, s’alarmant des appels d’Israël à créer des zones tampons à l’intérieur du Liban.  Il a d’ailleurs dénoncé l’annonce faite par plusieurs ministres israéliens de leur intention d’occuper le sud du Liban jusqu’au fleuve Litani. 

Le Conseil de sécurité doit condamner expressément cela et appeler au respect de l’intégrité et de l’indépendance politique du Liban, a-t-il tranché.  Pourtant, Israël s’est défendu de ne pas souhaiter rester au Liban, indiquant que son objectif de son pays est uniquement de repousser la menace jusqu’à ses frontières. 

« Est-ce qu’Israël a garanti la sécurité après son occupation du Liban en 1978?  La stabilité peut-elle être atteinte après l’imposition de solutions militaires sans négociations? » s’est interrogé le représentant libanais. 

Le Liban « ne doit pas devenir un autre Gaza », a averti la Chinetandis que la Russie a dénoncé des frappes israéliennes visant des journalistes, dont une équipe de tournage de « Russia today », et des infrastructures civiles médicales tout en exhortant toutes les parties à revenir à la diplomatie et à respecter la résolution 1701 (2006).  Dans ce texte de 2006, qui visait à mettre fin aux hostilités entre le Hezbollah et Israël, le Conseil appelait à un cessez-le-feu permanent fondé sur la création d’une zone tampon.

Seuls une solution politique, le dialogue et la mise en œuvre de la Charte des Nations Unies et de la résolution 1701 permettront une paix durable, a soutenu le Sous-Secrétaire général pour le Moyen-Orient, l’Asie et le Pacifique, M. Khaled KhiariTout comme Bahreïn, le responsable onusien a salué les mesures du Gouvernement libanais visant à reprendre le contrôle des armes, tout en reconnaissant que ce processus nécessitera du temps. 

Dès lors, a recommandé Israël, le Liban doit « passer des paroles aux actes ».  Israël « n’a pas choisi ce conflit », a-t-il insisté, accusant le Hezbollah d’agir « sur instruction de l’Iran ».

La sécurité des Casques bleus et la position de la FINUL

En aucune circonstance les Casques bleus ne peuvent être la cible d’attaques hostiles, a insisté la Somalie en son nom et en celui de la République démocratique du Congo (RDC) et du Libéria, car, a appuyé le Panama, « personne ne devrait perdre la vie en servant la paix ». 

Depuis 1978, plus de 300 Casques bleus de la FINUL ont été tués, ont rappelé les États-Unis, qui ont demandé de mener une réflexion sur « l’efficacité de cette mission ».  La Pologne, qui déplore un blessé dans ses rangs, a demandé davantage de clarté en ce qui concerne la cessation des activités de mandat de la Force.

Pour protéger la FINUL, qui est déployée entre le fleuve Litani et la frontière libano-israélienne, Israël a demandé un repositionnement temporaire de la Force, arguant que cela est nécessaire à sa protection.  Car, a-t-il expliqué, le Hezbollah est profondément ancré dans le sud du Liban et place ses armes et son centre de commandement près de la FINUL, selon « une stratégie délibérée ». 

M. Fletcher a prévenu que la situation des deux côtés de la Ligne bleue exige non seulement l’attention la plus soutenue du Conseil mais surtout une action collective visant à empêcher l’aggravation de la crise.

Il a mis en garde contre les risques d’extension du conflit, interrogeant le Conseil: quelle sera sa réponse en cas d’occupation du sud du Liban, de reprise d’assassinats ciblés ou d’extension des hostilités à la Syrie?

 
À l’intention des organes d’information. Document non officiel.

Notations du crédit: réunion spéciale de haut niveau du Conseil économique et social pour tenir les promesses de l’Engagement de Séville

Session de 2026    
13e et 14e séance plénière – matin & après-midi
ECOSOC/7224

Notations du crédit: réunion spéciale de haut niveau du Conseil économique et social pour tenir les promesses de l’Engagement de Séville

Le Conseil économique et social (ECOSOC) a tenu, aujourd’hui, une réunion spéciale de haut niveau sur les notations de crédit, telle que prescrite par l’Engagement de Séville adopté en juillet dernier lors de la quatrième Conférence internationale sur le financement du développement.  Destiné à favoriser le dialogue entre les États Membres, les agences de notation, les organismes de réglementation, les investisseurs et les institutions publiques, cet échange a donné lieu à trois tables rondes centrées sur le coût du crédit, les méthodologies des notations et le renforcement des capacités des pays en développement à gérer les évaluations. 

Nous ne parviendrons à réaliser le Programme 2030 que si nous comblons le déficit d’investissement dans les objectifs de développement durable (ODD), ce qui exige de réduire le coût du capital dans les pays en développement.  Les évaluations de crédit et les notations peuvent constituer l’une des pièces de ce puzzle, a noté le Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales, M. Li Junhua.

« Pour progresser en matière de notation de crédit, il faut une démarche à double sens, fondée sur la compréhension mutuelle et impliquant une grande diversité d’acteurs et de parties prenantes », a souligné le Vice-Président de l’ECOSOC, M. Paruyr Hovhannisyan, en ouverture de la réunion. 

Dans le prolongement des promesses de Séville et du Pacte pour l’avenir, il a invité les agences de notation de crédit à davantage interagir avec les pays en développement, compte tenu de l’impact que leurs notes peuvent avoir sur le coût du capital de ces pays.  Il leur a par ailleurs demandé d’approfondir leur prise en compte des risques et des investissements à long terme, notamment ceux liés à la résilience climatique, et de refléter dans leurs analyses les effets des restructurations de dette souveraine.

Il importe aussi, selon lui, que les autorités nationales améliorent la manière dont elles préparent et présentent leurs données, et travaillent avec les agences de notation.  Quant aux investisseurs et autres utilisateurs des évaluations de crédit, il les a appelés à réduire leur dépendance mécanique à l’égard de ces notations dans leurs décisions.

Les agences de notation accusées de biais dans leurs évaluations 

Plus offensive à l’égard des agences de notation, la Vice-Secrétaire générale, Mme Amina Mohammed, leur a reproché de dresser un tableau des pays en développement bien plus sévère que ne le justifie leur réalité économique.  « Ces notations et évaluations surestiment systématiquement les risques, sans refléter les fondamentaux sous-jacents, les progrès accomplis et le potentiel à long terme de ces pays », s’est-elle indignée, avant d’énoncer trois principes directeurs pour le changement. 

Il faut tout d’abord faire évoluer les mentalités, en passant de la spéculation à court terme à l’investissement à long terme, a-t-elle préconisé, jugeant que les évaluations de crédit doivent refléter la réalité intégrale des risques et du potentiel d’un pays, ce qui exige des méthodologies plus larges, plus transparentes et davantage tournées vers l’avenir. 

Les agences de notation et les investisseurs doivent en outre reconnaître que l’emprunt à des coûts raisonnables, destiné à financer le développement, peut contribuer à générer de la prospérité, à renforcer la stabilité et, à terme, à accroître la solvabilité des pays.

Enfin, les progrès résultant de l’action politique nationale et du soutien international peuvent améliorer la gestion de la dette et des liquidités, a-t-elle soutenu, estimant crucial de revoir le « plafond souverain », qui peut limiter de manière inéquitable la notation de crédit de la dette du secteur privé, et de ne plus considérer le PIB comme « l’unique indicateur du progrès économique ».

« La réforme des notations de crédit souverain constitue un volet essentiel de nos efforts visant à opérer des changements plus vastes au sein de l’architecture financière mondiale », a insisté la Secrétaire générale adjointe, rejointe dans cette volonté de transformation par M. Avinash Persaud, Conseiller spécial sur les changements climatiques auprès du Président de la Banque interaméricaine de développement (BIAD), selon lequel les notations ont un impact disproportionné sur les flux de capitaux. 

Des milliers de milliards de capitaux qui circulent dans le monde sont le fruit d’investisseurs institutionnels, or seulement 2% de ces ressources sont investies dans les pays en développement, a-t-il relevé, évoquant un « biais flagrant ». 

De fait, a observé M. Persaud, le monde est divisé entre les pays qui disposent de monnaies de réserve, développés pour la plupart, et ceux qui n’en ont pas.  En cas de crise, les premiers peuvent la gérer rapidement, tandis que les pays en développement doivent relever les taux d’intérêt pour protéger leur monnaie et leur position budgétaire, ce qui tend à aggraver leur situation. 

Constatant que, dans le système actuel, les risques perçus priment souvent sur les fondamentaux économiques réels, il a souhaité que les agences de notation améliorent la précision, l’équité et l’actualité de leurs évaluations afin de faciliter un accès plus juste au financement du développement. 

Table ronde 1: les notations de crédit et le coût du capital

Cette première table ronde s’est concentrée sur le rôle joué par les analyses des agences de notation de crédit dans la détermination du coût du capital pour les pays en développement.  Elle a aussi permis d’identifier les informations nécessaires pour encourager et faciliter les investissements à long terme dans ces pays, et ce, à des taux abordables.  Enfin, elle a été l’occasion de rechercher les innovations institutionnelles et de marché requises pour aider les pays en développement à faire face aux coûts élevés du capital.

« Ces questions ont toutes des incidences directes sur l’accès des pays en développement au financement et sur leurs choix politiques », a souligné le modérateur de la discussion, M. Daniel Cash, maître de conférences en droit à Aston University (Royaume-Uni) et chercheur principal au Centre de recherche sur les politiques de l’Université des Nations Unies

À cet égard, il a observé que les notations souveraines diffèrent structurellement des notations d’entreprises.  En effet, l’analyse du risque politique et de la volonté d’un pays de payer y sont plus subjectifs, a-t-il relevé, ajoutant que la notation d’un pays détermine non seulement ses propres coûts d’emprunt, mais aussi le coût de l’investissement dans l’ensemble de son économie. 

Premier panéliste à s’exprimer, M. James Wiemken, Directeur général exécutif et responsable des services de notation à l’agence S&P Global Ratings, a fait valoir que les notations de crédit ne sont qu’un facteur parmi d’autres qui détermine les décisions en matière d’investissement.  « In fine, la note est le résultat de l’offre et de la demande de crédit », a-t-il expliqué, précisant que les notations de son agence se concentrent notamment sur l’évaluation de la capacité d’un pays à payer sa dette dans son intégralité et de ne pas se retrouver en défaut de paiement.  Le point de vue des investisseurs sur la fiabilité de l’emprunteur, le taux de change ou la liquidité de marché entrent également en compte. 

Apportant le point de vue d’un émetteur souverain, M. Luis Molina-Chacón, Vice-Ministre des finances du Costa Rica, a plaidé pour que les méthodologies des agences de notation évoluent vers plus de transparentes et de prévisibilité.  Il a souhaité qu’elles intègrent une approche davantage tournée vers l’avenir, qui prenne en compte les réformes structurelles et la trajectoire future de la politique économique. 

À cette fin, il est essentiel, selon lui, d’aller « au-delà du PIB » dans l’évaluation de la fiabilité d’un emprunteur et de compléter les notations par d’autres sources d’analyse, telles que les cadres de viabilité de la dette.  Il faut également que tous les acteurs impliqués « parlent la même langue », a-t-il poursuivi, décrivant les agences de notation comme « des dictionnaires permettant de traduire les messages entre émetteurs et investisseurs ». 

Plus critique à l’égard du système en place, Mme Ejigayhu Tefera, chercheuse principale en notation de crédit au sein du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs et de l’Africa Credit Rating Agency (AfCRA), a estimé que les méthodologies actuelles des grandes agences de notation « ne suffisent pas à couvrir les risques associés au crédit » sur son continent.  Dénonçant des jugements souvent subjectifs, elle a appelé ces agences à davantage prendre en compte les caractéristiques des économies africaines et à inclure dans leurs analyses des critères incluant la résilience climatique, les dynamiques du secteur informel et la qualité des institutions. 

Pour sa part, l’AfCRA s’emploie à enrichir l’écosystème des agences de notation en Afrique en s’appuyant sur sa connaissance du contexte local et les évolutions politique en temps réel, a-t-elle indiqué, soulignant l’importance de méthodologies claires et transparentes pour renforcer la confiance des marchés.  « Notre objectif n’est pas de gonfler les notes mais de veiller à ce que le risque en Afrique soit évalué de manière précise et non exagérée ». 

Sur ce point, Mme Penelope Hawkins, Cheffe par intérim de la Division de la dette et du financement du développement à la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), a constaté que les pays en développement supportent des primes de risque plus élevées que les autres. 

« Ces dernières années, ils ont payé en moyenne le double des taux d’intérêt versé par les pays développés sur leurs obligations », a-t-elle précisé, notant que, pour les pays africains, cette prime atteint trois fois les taux directeurs.  Pour combler ce déficit, il importe d’augmenter considérablement les sources externes de financement et d’aller au-delà de la note de la dette souveraine dans les analyses, a-t-elle soutenu, invitant à ne « pas donner davantage de pouvoir aux agences de notation ». 

Au cours du dialogue interactif qui a suivi, le Groupe des 77 et de la Chine, par la voix de l’Uruguay, a regretté que les « biais structurels » de ces agences soient « systémiquement défavorables aux pays en développement ».  Il a appelé à des analyses tenant compte des perspectives à long terme de ces pays et a réclamé davantage d’assistance technique sur le plan informationnel. 

Au nom du Groupe des États d’Afrique, l’Angola a regretté la « perception subjective » des agences de notation vis-à-vis des pays en développement.  Il leur a demandé de « dépasser leur dépendance aux indicateurs macroéconomiques de court terme » et d’intégrer les perspectives de développement à long terme, ainsi que les facteurs de résilience comme les investissements dans l’action climatique.  Le Zimbabwe et le Brésil se sont associés à cet appel. 

Malgré des réformes de taille, les pays africains continuent de recevoir des notes négatives, ce qui fait planer des doutes sur leur biais méthodologique, a renchéri l’Algérie, plaidant à son tour pour des informations reflétant leurs efforts de résilience, leurs réformes et leur trajectoire à plus long terme. 

Des efforts de méthodologie sont indispensables pour que le travail des agences soit le reflet des risques pour les pays en développement, a abondé la Chine, tandis que le Pérou prônait une réforme englobant des mécanismes d’allègement de la dette afin de permettre un accès plus prévisible et durable au financement. 

S’exprimant au nom de l’Alliance des petits États insulaires (AOSIS), les Palaos ont, eux, dénoncé le manque d’équité du système de notation pour les petits États insulaires en développement (PEID), victimes de l’intensification des effets des changements climatiques.  Elles ont exhorté les agences de notation à mieux distinguer la vulnérabilité structurelle de la performance des politiques publiques et de considérer comme des « facteurs positifs » les investissements dans le renforcement de la résilience, l’adaptation climatique, les énergies renouvelables et les infrastructures durables. 

Un plaidoyer auquel s’est associée la Trinité-et-Tobago, au nom de la Communauté des Caraïbes (CARICOM), mais aussi l’Indonésie et les Maldives.  De son côté, le Canada s’est dit fier de soutenir l’avancement régional des statistiques dans les Caraïbes afin de contribuer à de meilleures notations. 

Également soucieuse de résorber les inégalités, la France a mentionné son plan d’investissement en dons de 60 millions d’euros sur la période 2024-2027, destiné à financer des projets bilatéraux et des initiatives multilatérales dédiées au renforcement de la mobilisation des ressources intérieures dans les pays les moins avancés (PMA) d’Afrique subsaharienne. 

Table ronde 2: méthodologies et horizons temporels des notations et des évaluations

La deuxième table ronde, modérée par Mme Shari Spiegel, Directrice du Bureau du financement du développement durable du Département des affaires économiques et sociales (DESA), devait débattre des « méthodologies et horizons temporels » en ce qui concerne les notations et les évaluations.  Mme Spiegel a commencé par rappeler que les travaux engagés par l’ONU depuis 2013 ont mis en évidence une limite majeure des méthodologies de notation qui sont dominées, jusqu’à présent, par des horizons de court terme.  Ces méthodes ont influencé les politiques économiques au détriment de l’investissement durable.

Une problématique qui a mis en évidence la nécessité d’une évolution.  Celle-ci semble déjà en cours puisque les intervenants ont souligné que les agences ont amélioré la transparence et la qualité des données.  La Suède et les Philippines, notamment, ont souligné que la transparence des données et le dialogue continu avec les agences ont été essentiels pour améliorer l’accès à des capitaux abordables.

Les participants ont aussi salué l’intégration, par les agences, de nouveaux paramètres comme les risques climatiques, la résilience et les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance. L’Afrique du Sud a insisté, à cet égard, sur l’intégration des risques climatiques, numériques et systémiques dans un environnement mondial en mutation.

S&P Global Ratings et Fitch Ratings ont ainsi ajusté leurs cadres, en introduisant par exemple des clauses de dette résiliente et des outils liés aux catastrophes naturelles.  Ces améliorations ont été saluées, en particulier les clauses de dette résiliente au climat, introduites en 2023, la libération d’environ 800 milliards de dollars de capacité de prêt en 2025, ou encore l’amélioration des taux de recouvrement passés de 29% à 70% et facilitant l’accès au financement.

De leur côté, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale ont modernisé leur analyse de soutenabilité de la dette, en y intégrant un module de long terme, de nouveaux seuils de risque et des incitations à améliorer la qualité des données.  Tous ont reconnu que ces ajustements visent à mieux orienter les flux de capitaux vers les pays en développement et à renforcer la capacité d’absorption des chocs.

Cela n’a pas empêché la société civile et plusieurs intervenants de dénoncer des incohérences, relevant que certains pays ont conservé des notations élevées malgré des ratios dette/PIB supérieurs à 100%, tandis que d’autres ont été pénalisés en dépit de fondamentaux solides. Ils ont plaidé pour un allongement des horizons d’analyse jusqu’à 20 à 30 ans, afin de mieux refléter les investissements de long terme et de limiter les effets procycliques.

La question de « l’horizon temporel » des notations a ainsi été discutée.  Certains ont défendu le maintien d’un cadre centré sur les court et moyen termes, aligné sur les attentes des investisseurs obligataires, principalement préoccupés par le risque de défaut à échéance.  C’est ce qu’a expliqué M. Bart Oosterveld, de Fitch Ratings, en notant que les investisseurs restent centrés sur le risque de défaut à court et moyen termes.  M. Lapo Guadagnuolo, de S&P Global Ratings, a précisé que le long terme a toutefois été pris en compte via des scénarios, tout en soulignant les limites de visibilité.  Et M. Ugo Panizza, professeur d’économie, a rappelé que les notations n’ont constitué qu’un facteur parmi d’autres, les marchés pouvant réagir plus fortement encore.

D’autres ont plaidé pour une prise en compte accrue des perspectives de long terme, estimant que l’accent mis excessivement sur l’immédiat freine les investissements structurants.  La République dominicaine, notamment, a estimé que des horizons plus étendus ont permis des notations plus fidèles aux réalités nationales.

En ce qui concerne le rôle même des agences, certains ont estimé qu’il reflète les contraintes du système, mais plusieurs ont souligné que les déséquilibres proviennent avant tout des défauts de l’architecture financière internationale. 

« Approfondir le dialogue entre États, investisseurs et agences » a été le mot de la fin.  « Le dialogue a été la clef », a conclu Mme Spiegel en soulignant qu’il faudra poursuivre cet effort afin d’aligner les méthodologies sur les réalités du développement et orienter durablement les flux de capitaux.

Table ronde 3: renforcer la capacité des pays en développement à prendre en compte les notations et les évaluations 

Comment les États peuvent-ils améliorer leur dialogue avec les agences de notation de crédit et les autres acteurs des marchés financiers?  Comment le système international peut-il au mieux répondre à leurs besoins de renforcement des capacités?  C’est à ces deux questions techniques mais fondamentales que les participants de cette table ronde ont cherché à répondre.

« Des relations équilibrées avec les agences de notation sont l’objectif à atteindre », a estimé le premier orateur, M. Daniel Cash, d’Aston University, qui a rappelé les fondements informationnels dont dépend toute interaction fructueuse avec lesdites agences.  Or ce qui fait défaut à de nombreux pays en développement, ce n’est pas la volonté d’interagir avec les agences de notation, mais bien l’infrastructure de données sous-jacente et la cohérence institutionnelle. On demande en outre à des pays qui disposent de peu de liquidités d’investir dans le renforcement de leurs capacités pour des résultats hypothétiques à l’avenir, a-t-il noté, en demandant que cet élément soit pleinement pris en compte.

Même son de cloche du côté de M. Raymond Gilpin, Économiste en chef au sein du Bureau régional pour l’Afrique du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), qui a détaillé l’aide apportée par le PNUD dans ce domaine.  Quinze de nos experts travaillent avec des pays africains, mettant en exergue la cohérence et la disponibilité des données.  Et ces efforts ont porté leurs fruits, s’est-il félicité, notant que les pays concernés sont désormais mieux préparés. Néanmoins, certains aspects des marchés africains sont insuffisamment pris en compte par les agences et certains pays n’ont pas encore de note.  De même, sur les 34 pays africains notés, seuls 3 ont une notation de crédit située dans ou proche de la catégorie « investissement ».

« Les notations sont une opinion », a souligné de son côté, M. David Rogovic, Vice-Président et analyste du risque souverain de Moody’s.  Et notre rôle est d’évaluer les fondamentaux de manière cohérente, transparente, sans jugement politique.  Il a expliqué que les lacunes les plus importantes en termes de capacités concernent la qualité des données, leur actualisation et leur cohérence. L’incertitude s’en trouve accrue, ce qui est préjudiciable au pays concerné, a-t-il indiqué.  Estimant que ce qui importe n’est pas le volume des données mais le message sous-jacent, il a souligné que les pays doivent pouvoir expliquer aux agences de quelle manière leurs mesures politiques influent sur la solidité budgétaire.

« Lorsque l’on parle de notations, on parle de personnes, pas seulement de données, parce que ce sont des personnes qui notent les pays », a renchéri Mme Roshan Ahmad, responsable mondiale du Sovereign Advisory chez J.P. Morgan.  Elle a expliqué que son organisation cherche à « humaniser » la notation.  « C’est à la fois un art et une science. » Nous travaillons avec les pays du monde entier en établissant des canaux de communication à tous les niveaux », a-t-elle dit.  Elle a souligné l’importance de tisser un récit, notant que cela s’avère impossible lorsque le Ministère des finances d’un pays concerné ne répond pas aux attentes d’un analyste dépêché sur place.  « Le Ministère des finances ne doit pas être le seul acteur impliqué, le secteur privé a aussi un rôle fondamental à jouer. »

Mme Ejigayhu Tefera, de l’African Credit Rating Agency (Afcra) n’a d’ailleurs pas fait mystère des difficultés rencontrées par nombre de pays africains pour produire des données de qualité.  Les évaluations reposent souvent sur des informations incomplètes, voire caduques.  Et les notations sont alors abaissées.  Les pays n’arrivent pas à articuler un récit et demeurent souvent des acteurs passifs, recevant une note, alors qu’ils doivent être actifs. 

Au cours du débat qui a suivi, les Palaos ont appelé à un soutien ciblé sur la soutenabilité de la dette et l’analyse économique, exhortant dans la foulée les pays concernés à se montrer plus actifs. « Le système international doit nous aider, pas nous contraindre. »  La Chine a, elle, demandé plus de compétitivité entre les agences de notation tandis que le Zimbabwe a insisté sur l’importance de la question de la soutenabilité de la dette.  Une attention particulière doit également être accordée aux pays qui n’ont pas de notation, a ajouté la délégation.

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