En cours au Siège de l'ONU

Soixante-dix-neuvième session
422e séance – matin
AG/PAL/1479

Le Comité pour les droits des Palestiniens fait le point sur les aspects juridiques des questions foncières dans les territoires palestiniens occupés

« Je filme pour que le monde sache que nous existons et voit ce que nous subissons au quotidien sous cette occupation israélienne brutale. »  C’est en ces termes qu’un des coréalisateurs du film oscarisé No Other Land a expliqué, ce matin, au Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien, ce qui le motive à saisir sa caméra chaque jour.  M. Basel Adra intervenait dans le cadre d’une réunion consacrée aux aspects juridiques des questions foncières dans les territoires palestiniens occupés.

Ce documentaire relate le quotidien de sa communauté de Massafer Yatta, un ensemble de 20 villages en Cisjordanie, aux prises avec les forces israéliennes et les attaques quasi quotidiennes de colons qui cherchent à expulser de force les familles qui y vivent depuis des générations.

M. Basel Adra a déploré qu’alors même que ce film a été montré aux quatre coins du monde et qu’il a reçu l’Oscar du meilleur documentaire cette année, « rien n’a changé sur le terrain ».  Il est revenu sur le passage à tabac subit quelques semaines après la cérémonie hollywoodienne par l’un de ses coréalisateurs, M. Hamdan Ballal, alors qu’il cherchait à protéger sa famille des colons, ainsi que sur un autre incident qui s’est produit en octobre 2023 pendant lequel deux colons israéliens armés, venant d’un avant-poste illégal, ont frappé des fidèles à la sortie de la mosquée puis tiré sur l’un d’entre eux, son cousin, sous les yeux de soldats israéliens qui ne sont pas intervenus.  Trois mois après cette attaque, et après une longue hospitalisation en soins intensifs, son cousin est allé voir la police pour porter plainte et s’est retrouvé détenu. 

Plus tard, M. Adra a filmé ce même colon en train d’attaquer un militant contre l’occupation.  Cet homme est toujours libre de ses mouvements, s’est-il indigné.  Et son impunité totale motive d’autres colons à commettre des crimes contre nous.  Depuis, sept villages de Massafer Yatta ont été déplacés suite aux violences des colons, a-t-il confié.

Concédant ne plus avoir beaucoup d’espoir, il a néanmoins appelé à ne pas baisser les bras et à se battre pour faire respecter le droit international et trouver une solution. « Nous souhaitons vivre sur notre terre, dans la liberté, et j’espère que ma fille et mon neveu ne vivront pas sous le joug militaire. »

S’élevant à son tour contre une déshumanisation des Palestiniens, le Président de la Société du Croissant-Rouge palestinien a signalé que ce qui se passe aujourd’hui dans le nord de la Cisjordanie et dans la vallée du Jourdain, avec des communauté démantelées comme celle de Massafer Yatta, est une lutte pour accaparer des terres.  Voilà ce qui se trame, a martelé M. Younis Al Khatib, rappelant les récents propos du Ministre israélien de la défense, selon lesquels la Cisjordanie était le cœur d’Israël.  La communauté internationale doit réfléchir au fait que lorsqu’elle parle de la solution des deux États, l’un des partenaires ne pense pas que l’aboutissement du processus de paix devrait être l’exercice par les Palestiniens de leur droit en tant qu’êtres humains, a-t-il ajouté.

Pointant lui aussi qu’au cœur de l’occupation israélienne se trouve la question des terres, M. James Turpin, du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), s’est indigné qu’aujourd’hui, plus de 737 000 colons israéliens vivent illégalement en Cisjordanie, pointant en outre les 10 nouveaux ordres d’évacuation obligatoires émis par Israël depuis l’effondrement du cessez-le-feu à Gaza.  Là encore, on assiste à des déplacements de personnes, s’est-il alarmé en rappelant que le transfert de population par la force constitue un crime au titre du droit international. 

Le Comité a également entendu l’exposé de Mme Netta Amar-Shiff, avocate juriste qui travaille sur les droits des Palestiniens depuis 1998, qui a concentré son intervention sur les déplacements forcés des bédouins dans le Neguev et en Cisjordanie.  S’appuyant sur des cartes datant de 1879, et différents ouvrages et études anthropologiques, elle a fait état de la présence « ancestrale » de communautés palestiniennes dans le sud d’Hébron et dans les villages de Khirbet Kuwaywis et Khirbet el-Fakhit, « un fait que la Cour suprême israélienne a refusé de reconnaître malgré la présentation de preuves ». 

L’intérêt que suscite ces zones chez les colons n’est pas récent, a-t-elle constaté, mais il s’est accru et débouchera sur l’asphyxie des villes et des bédouins qui s’y trouvent, ce qui marquera la fin de la solution des deux États.  Dès lors, la juriste a plaidé pour un arrêt d’une telle évolution, au risque de voir l’explosion des violences et l’élargissement des colonies atteindre un point de non-retour.

En début de séance, l’Observateur permanent de l’État de Palestine a d’ailleurs signalé que la frustration est considérable à tous les niveaux depuis que le Gouvernement israélien a décidé de reprendre les affrontements.  Il a espéré que la conférence internationale prévue au mois de juin sous la coprésidence de l’Arabie saoudite et de la France, permettra de déboucher sur des résultats concrets dans la mise en œuvre de la solution des deux États.

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