En cours au Siège de l'ONU

9793e séance – matin
CS/15909

Syrie: le Conseil de sécurité reste préoccupé par les conséquences humanitaires et sécuritaires de l’embrasement régional

(En raison de la crise de liquidités qui affecte l’Organisation des Nations Unies, la Section des communiqués de presse est contrainte de modifier le format de la couverture des réunions.)

Les répercussions pour les civils du conflit à Gaza et au Liban, l’insécurité et la corruption du « régime Assad » qui minent leur pays de l’intérieur, et la situation humanitaire dramatique découlant d’un conflit qui dure depuis près de 15 ans ont été au cœur de la séance d’information mensuelle sur la Syrie qu’a tenue, ce matin, le Conseil de sécurité. 

Le rôle de la société civile pour que soient traduits en justice les responsables de l’emploi d’armes chimiques contre les Syriens et pour sortir politiquement de la crise a également marqué une séance à laquelle ont participé l’Envoyée spéciale adjointe pour la Syrie ainsi que les représentantes du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) et d’une plateforme regroupant des centaines d’organisations non gouvernementales (ONG) syriennes. 

Comme l’avait fait en septembre dernier l’Envoyé spécial Geir Otto Pedersen, son adjointe Najat Rochdi a déclaré que la priorité immédiate pour la Syrie est la désescalade, le pays étant frappé par « les tempêtes du conflit régional » et des vagues d’insécurité à l’intérieur de ses propres frontières.  Ainsi l’année 2024 pourrait-elle être l’année la plus violente depuis 2020. 

À l’appui de ce cri d’alarme, Mme Rochdi a signalé que, pas plus tard qu’hier, des frappes –peut-être les plus meurtrières en Syrie à ce jour– ont entraîné la mort de dizaines de personnes près de Palmyre.  Elle a noté qu’alors qu’Israël affirme que ses frappes visent des cibles liées à l’Iran, au Hezbollah ou au Jihad islamique palestinien, l’ONU ne peut que constater « une fois de plus » qu’elles ont fait de nombreuses victimes civiles, y compris au cœur de Damas. 

Dans son exposé, Mme Rochdi a indiqué que le nord-est de la Syrie est pris pour cible par des tirs de drones américains contre des bases militaires appartenant à l’Iran mais aussi, après l’attentat d’Ankara du 23 octobre, par des tirs de l’aviation turque contre des positions du PKK/YPG, tandis que la région du désert central connaît une multiplication d’attaques de l’EIIL/Daech. 

Dans ce contexte périlleux, et pour ramener la région vers un semblant de calme, L’Envoyée spéciale adjointe a réitéré l’appel du Secrétaire général à l’instauration immédiate d’un cessez-le-feu à Gaza et au Liban et à faire respecter la souveraineté, l’unité, l’indépendance et l’intégrité territoriale de la Syrie.

Afflux massif en Syrie de réfugiés fuyant les bombardements au Liban

La Syrie étant en proie aux circonstances rappelées par Mme Rochdi, Mme Edem Wosornu, Directrice de la Division des opérations et de la communication de l’OCHA, n’a pu que dresser un tableau sombre de la situation humanitaire dans le pays, le plan international piloté par l’OCHA pour venir en aide à ses populations n’étant, à ce stade, financé qu’à hauteur de 28%. 

L’intensification des hostilités au Liban a entraîné un afflux massif de réfugiés vers la Syrie, avec plus de 540 000 personnes qui ont traversé la frontière depuis fin septembre.  Parmi elles, a-t-elle détaillé, deux tiers sont des Syriens, la moitié sont des enfants, plus de 7 000 sont des femmes enceintes, et 40% des ménages arrivant dans le pays sont dirigés par des femmes. 

Si l’afflux de réfugiés aggrave une crise humanitaire qui frappait déjà près de 17 millions de Syriens, un début d’épidémie de choléra dans le camp surpeuplé de Hol menace en outre de plonger dans l’insécurité sanitaire les dizaines de milliers de personnes qui y vivent et au-delà.  Mme Wosornu a également mis l’accent sur les 1,4 million de déplacés qui, au nord-ouest de la Syrie, attendent la fourniture d’une aide d’autant plus urgente que se profilent les rigueurs de l’hiver.

Avant d’aborder le volet politique de la situation en Syrie, l’Envoyée spéciale adjointe a salué la décision du Gouvernement syrien de prolonger de trois mois supplémentaires l’autorisation accordée à l’ONU d’utiliser les postes frontière de Bab el-Salam et de Raaï, qui restent essentiels pour acheminer l’aide aux millions de personnes dans le besoin. 

Mais à ce même Gouvernement, Mme Rochdi a surtout demandé que la Commission constitutionnelle reprenne ses réunions, notamment avec les membres de la Commission syrienne de négociation de l’opposition.  Selon elle, cela enverrait le message clair que le cadre du processus politique est toujours vivant et opérationnel, qu’il existe un Gouvernement syrien et une opposition dont les membres sont capables de s’asseoir autour de la table pour traiter les questions cruciales au cœur du conflit intrasyrien.  Et parce qu’il existe un fort désir de réconciliation et de paix véritables au sein des communautés syriennes, elle a insisté sur le fait que « la société civile doit avoir voix au chapitre dans ce processus ». 

Vives accusations d’une représentante de la société civile syrienne contre la Russie…

S’exprimant au nom de « Madaniya », une plateforme réunissant une centaine d’ONG de la société civile syrienne, Mme Sawsan Abou Zainedin n’a pas mâché ses mots contre la Russie, dont les vetos répétés ont forcé les victimes, les survivants et les défenseurs des droits humains syriens à surmonter par leurs propres moyens la paralysie du Conseil.  Ainsi, a-t-elle affirmé, la communauté internationale doit à la société civile que des auteurs de crimes les plus abominables soient aujourd’hui jugés devant des tribunaux en Allemagne, en Suède, en France, aux États-Unis et au Royaume-Uni ou encore qu’ait été établi le « Mécanisme international, impartial et indépendant chargé de faciliter les enquêtes sur les violations les plus graves du droit international commises en Syrie depuis mars 2011 », le premier du genre porté par l’ONU. 

« Madaniya est née pour dire “non” à l’impunité et proposer des solutions politiques pour sortir de la crise, ce que le Conseil de sécurité n’est toujours pas en mesure de faire », a encore lancé Mme Zainedin. 

Le représentant de la Fédération de Russie, qui a pris la parole après cette intervention fervente, a reproché sèchement à la présidence britannique d’avoir politisé la séance en invitant une représentante de la société civile « qui ne représente en rien ses concitoyens ».  Le Conseil de sécurité n’est pas un organe que l’on peut s’approprier pour y défendre le colonialisme anglosaxon, a-t-il accusé, avant de s’en prendre sur plusieurs fronts aux États-Unis. 

…Et réquisitoire russe contre « l’occupation » américaine en Syrie 

Selon la Fédération de Russie, ces derniers seraient coupables de l’occupation de zones entières du territoire syrien au prétexte fallacieux d’y lutter contre le terrorisme, terrorisme que les États-Unis -soutenus par les services secrets occidentaux et ukrainiens- appuieraient pour relancer des plans d’attaque contre Damas.  Washington ne s’en tient pas là, son occupation visant l’exploitation des riches ressources agricoles, en pétrole et en gaz de la Syrie, a encore affirmé le représentant, les sanctions « unilatérales et illégales » des États-Unis achevant de maintenir le peuple syrien dans la souffrance. 

Après avoir salué les efforts de la Syrie pour améliorer les conditions de vie des populations, y compris des personnes ayant fui le Liban pour trouver refuge à Damas, « où règne un ordre que refusent d’admettre les Occidentaux », le représentant russe s’est borné à rappeler que seuls le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la Syrie et la mise en œuvre de solutions politiques par les Syriens eux-mêmes permettront, comme l’envisage la résolution 2254 du Conseil, de régler la crise syrienne. 

Avant de réagir aux propos à charge de la Russie, les États-Unis ont salué le témoignage « précis » de Mme Zainedin, confirmant qu’existent des allégations très documentées de cas de détention arbitraire et de torture frappant les personnes ayant fui le Liban.  Ces énièmes violations des droits humains démontrent que le régime d’Assad reste un régime d’oppresseurs, a déclaré le représentant. 

Après avoir souligné que les sanctions des États-Unis contre ce régime comprennent de nombreuses dérogations pour faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire, la résolution 2264 du Conseil prévoyant des dérogations du même type, le représentant américain a répondu à la Russie que le quotidien terrible des Syriens n’est que l’effet d’un régime corrompu qui soutire aux forces économiques syriennes des pots-de-vin et préfère discuter avec ses parrains iraniens, lesquels cherchent toujours à utiliser la Syrie comme tremplin à leurs méfaits au Moyen-Orient. 

« Les États-Unis ont alloué et continuent d’allouer des millions de dollars aux communautés du nord-ouest de la Syrie pour les aider à bâtir des entreprises et à disposer de moyens propres de subsistances » et « c’est bien le régime syrien, qui s’apparente aussi à un narco-État à travers la production et le commerce du captagon, qui met la main sur les fruits de leur travail », a avancé le représentant. 

Le Conseil de sécurité accusé d’ingratitude par le représentant de la Syrie

De son côté, le représentant de la Syrie a accusé les États-Unis et Israël et, dans une moindre mesure, la Türkiye de semer le chaos dans plusieurs régions en y déchaînant leurs activités terroristes et destructrices et en foulant au pied tous les principes de la Charte des Nations Unies, cela « dans le silence coupable du Conseil de sécurité ».  Le délégué a fait part de sa profonde incompréhension, le Gouvernement syrien accueillant du mieux qu’il peut les milliers de personnes ayant fui le Liban bombardé par Israël, facilitant le travail humanitaire des agences de l’ONU et des ONG et cherchant par la voie législative à organiser le retour dans leur foyer des réfugiés syriens.  « Ce que saluent et reconnaissent les sommets organisés par l’Arabie saoudite et les rencontres tenues dans le cadre du processus d’Astana, ce Conseil ne parvient pas à le faire », a déploré le représentant. 

Partie prenante à ce processus, l’Iran a attribué la dégradation de la situation en Syrie avant tout aux actions d’Israël, accusé de mener une politique systématique de destruction des infrastructures du pays.  Dénonçant le feu vert donné par les États-Unis à Israël, notamment à travers leur récent veto au Conseil de sécurité, le représentant iranien a exhorté ses membres à mettre un terme à l’impunité d’Israël. 

La représentante de la Türkiye, également partie au processus d’Astana, a assuré le Conseil de l’engagement de son pays à respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale syrienne, défendant toutefois son droit à la légitime défense.  « La stabilité et la paix dans la région nécessitent de se débarrasser des terroristes, notamment Daech et le PKK », a ainsi argué la déléguée. 

NOUVEAU - Suivez la couverture des réunions en direct sur notre LIVE

LA SITUATION AU MOYEN-ORIENT

Exposés

Mme NAJAT ROCHDI, Envoyée spéciale adjointe du Secrétaire général pour la Syrie, a souligné, comme l’avait fait en septembre dernier M. Geir Otto Pedersen, que la priorité immédiate pour la Syrie est la désescalade.  Le pays est frappé par les tempêtes incessantes du conflit régional et par les vagues croissantes de conflits à l’intérieur de ses propres frontières, a-t-elle ainsi indiqué, ajoutant que 2024 pourrait être l’année la plus violente depuis 2020.

Mme Rochdi a insisté sur le fait que, dans ce contexte d’extrême tension, la communauté internationale doit agir pour empêcher à tout prix la Syrie d’être entraînée dans une conflagration plus vaste et plus dure.

À l’appui de ce véritable cri d’alarme, l’Envoyée spéciale adjointe a constaté que les frappes aériennes israéliennes contre la Syrie continuent d’augmenter, tant en fréquence qu’en intensité.  Elle en a voulu pour preuve que, pas plus tard qu’hier, des frappes ont entraîné la mort de dizaines de personnes près de Palmyre.  C’est probablement la frappe israélienne la plus meurtrière en Syrie à ce jour, a-t-elle dit.

Mme Rochdi a noté que, si Israël affirme que ses frappes visent des cibles liées à l’Iran, au Hezbollah ou au Jihad islamique palestinien, l’ONU ne peut que constater « une fois de plus » que ces frappes, y compris au cœur même de Damas, font des victimes civiles.  Des infrastructures civiles ont également été touchées, des ponts, des routes, des passages frontaliers civils, tant officiels qu’informels, dans certains cas pour la troisième fois, a ajouté l’Envoyée spéciale adjointe. 

Cette situation rend toujours aussi périlleux le passage en Syrie des civils fuyant la violence au Liban et provoque, de plus, de graves perturbations dans les importations et les exportations de biens essentiels, qui ont chuté de 40 à 50%, a poursuivi Mme Rochdi.  Les prix de l’essence et des produits de première nécessité ont augmenté de manière vertigineuse, laissant les plus vulnérables dans une situation précaire, a-t-elle encore relevé.

L’Envoyée spéciale adjointe a ensuite attiré l’attention sur la situation particulière du nord-est de la Syrie, région prise pour cible par des tirs de drones américains contre des bases militaires qui appartiendraient à l’Iran, mais aussi, après l’attentat d’Ankara du 23 octobre, par des tirs de l’aviation turque contre des positions du PKK/YPG.  Après avoir signalé une multiplication d’attaques de l’État islamique d’Iraq et du Levant/Daech dans la région du désert central, elle a jugé urgent, pour ramener la région vers un semblant de calme, l’instauration immédiate d’un cessez-le-feu à Gaza et au Liban et de faire respecter la souveraineté, l’unité, l’indépendance et l’intégrité territoriale de la Syrie et de tous les États de la région.

Après avoir rappelé que, selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), plus d’un demi-million de personnes, majoritairement des femmes et des enfants, ont fui les frappes aériennes israéliennes au Liban et ont traversé la frontière vers la Syrie depuis fin septembre -et réitéré l’appel du Secrétaire général à toutes les parties prenantes d’agir sur le plan humanitaire de manière responsable-, Mme Rochdi a abordé le volet politique de son intervention.  Elle a d’abord salué la décision du Gouvernement syrien de prolonger de trois mois supplémentaires l’autorisation accordée à l’ONU d’utiliser les postes frontière de Bab el-Salam et de Raaï, qui restent essentiels pour acheminer l’aide aux personnes dans le besoin dans le nord-ouest du pays.

À ce même Gouvernement, Mme Rochdi a surtout demandé de s’impliquer réellement dans les processus politiques en cours, ce qui signifie en premier lieu que la Commission constitutionnelle reprenne ses réunions, notamment avec les membres de la Commission syrienne de négociation de l’opposition.  Cela enverrait un message clair, a-t-elle dit, à savoir que le cadre du processus politique est toujours vivant et opérationnel, qu’il existe un Gouvernement syrien et une opposition dont les membres sont capables de s’asseoir autour de la table pour traiter les questions cruciales au cœur du conflit intrasyrien, mais aussi de celles relatives à la protection, à la souveraineté, à la sécurité, à l’économie, aux sanctions, aux détenus, aux disparus et aux réfugiés.

Et parce qu’il existe un fort désir de réconciliation et de paix véritables au sein des communautés syriennes, « la société civile doit avoir voix au chapitre dans ce processus », a conclu Mme Rochdi. 

Mme EDEM WOSORNU, Directrice de la Division des opérations et de la communication au Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), a présenté une mise à jour sur la situation humanitaire en Syrie, abordant trois points essentiels: l’impact des conflits régionaux sur les civils, l’aggravation des besoins humanitaires et le besoin urgent de financement accru pour maximiser l’efficacité des ressources.

Mme Wosornu a d’abord constaté que l’intensification des hostilités au Liban a entraîné un afflux massif de réfugiés vers la Syrie, avec plus de 540 000 personnes ayant traversé la frontière depuis fin septembre.  Parmi elles, deux tiers sont des Syriens, la moitié sont des enfants, plus de 7 000 sont des femmes enceintes, et 40% des ménages arrivant dans le pays sont dirigés par des femmes, a-t-elle détaillé.

La responsable de l’OCHA a salué le maintien de l’ouverture des frontières par le Gouvernement syrien, tout en regrettant que les frappes aériennes à proximité des points de passage aient rendu ces itinéraires dangereux et impraticables pour les véhicules, contraints de prendre des chemins plus longs et plus risqués.  Ces frappes ont également endommagé un poste frontalier du HCR à Joussié ainsi qu’une route reliant Damas à Homs, compliquant davantage l’acheminement de l’aide.

L’afflux de réfugiés aggrave une crise humanitaire déjà profonde dans un pays où 16,7 millions de personnes –soit plus de 70% de la population– dépendent d’une assistance vitale, a observé Mme Wosornu.  Elle a souligné que les hostilités dans le nord-est, outre les pertes humaines qu’elles ont causées, ont détruit des infrastructures essentielles, privant des milliers de personnes d’eau, d’électricité et de carburant.  Par ailleurs, une épidémie de choléra émerge avec 270 cas suspectés, principalement dans le camp surpeuplé de Hol, où des dizaines de milliers de personnes vivent dans des conditions sanitaires précaires.

La situation est tout aussi alarmante dans le nord-ouest, où 1,4 million de déplacés nécessitent une aide d’urgence, dont 730 000 vivent encore sous des tentes, exposés à un hiver imminent, s’est inquiétée Mme Wosornu.  Dans certaines communautés, les écoles sont surchargées, accueillant parfois jusqu’à 70 enfants dans des classes conçues pour 45.  Les infections respiratoires y augmentent également, en raison de la réduction des services de santé.

Or, seuls 28% des fonds nécessaires pour le Plan de réponse humanitaire ont été reçus, contraignant le Programme alimentaire mondial à réduire son aide de 80% en deux ans.  En conséquence, 13 millions de personnes sont en insécurité alimentaire aiguë, plaçant la Syrie parmi les cinq pays les plus touchés dans le monde.  Le dernier rapport des « Hunger Hotspots » classe la Syrie parmi les 12 pays où les conditions risquent de se détériorer encore.

Mme Wosornu a insisté sur le besoin urgent de financements supplémentaires pour répondre aux besoins hivernaux de 2,5 millions de personnes. Elle a salué la prolongation, jusqu’en février 2025, de l’autorisation d’utiliser les passages transfrontaliers de Bab el-Salam et Raaï, indispensables pour acheminer une aide vitale à des millions de personnes, mais elle a également souligné l’importance d’un accès direct et efficace pour ces opérations.

Enfin, Mme Wosornu a souligné l’urgence d’investir dans des initiatives de relèvement précoce, citant la réhabilitation des systèmes d’irrigation comme un exemple clef pour améliorer la production agricole.  Cette année, la récolte de blé est estimée à 50% en dessous des niveaux d’avant le conflit.  Elle a également mis en avant la nécessité d’interventions similaires dans les secteurs de la santé, de l’eau, de l’éducation et de l’énergie, tous gravement affectés par des années de conflit.

Mme SAWSAN ABOU ZAINEDIN, qui s’exprimait au nom de « Madaniya », une plateforme réunissant une centaine d’organisations non gouvernementales de la société civile syrienne, a rappelé avec passion que c’est grâce aux efforts inlassables des victimes, des survivants et des défenseurs des droits humains syriens que des auteurs de crimes les plus abominables sont aujourd’hui jugés devant des tribunaux en Allemagne, en Suède, en France, aux États-Unis et au Royaume-Uni.

En effet, les vetos de la Russie et de la Chine en 2014, qui à l’époque ont empêché que la Syrie de Bashar Al-Assad soit déférée à la Cour pénale internationale (CPI), nous ont poussés à trouver des solutions de contournement pour que la justice puisse être rendue un jour, a indiqué l’intervenante.  Elle a également soutenu que la société civile était à l’origine de l’établissement du « Mécanisme international, impartial et indépendant chargé de faciliter les enquêtes sur les violations les plus graves du droit international commises en Syrie depuis mars 2011 », le premier du genre porté par l’ONU.

En ce qui concerne les armes chimiques, Mme Zainedin a indiqué que, malgré les vetos répétés de la Russie, la détermination de la société civile à obtenir justice ne faiblit pas.  Dès demain, à La Haye, elle accueillera des membres de la communauté internationale pour leur deuxième conférence sur l’emploi de ces armes en Syrie, a-t-elle fait savoir. C’est bien à la société civile, a ajouté Mme Zainedin, que revient aussi le mérite d’avoir obtenu que des mandats d’arrêt internationaux soient lancés contre Bashar Al-Assad et d’autres figures du régime, les obligeant à rendre des comptes pour leur rôle dans l’utilisation d’armes chimiques en Syrie.

Madaniya est née pour dire « non » à l’impunité et proposer des solutions politiques pour sortir de la crise, ce que le Conseil de sécurité n’est toujours pas en mesure de faire, a poursuivi Mme Zainedin. 

Concernant la situation humanitaire, elle a déploré l’impuissance du Conseil à imposer au régime syrien un accès pérenne aux travailleurs humanitaires vers le nord-ouest du pays. 

Après des années de paralysie, le Conseil doit rompre avec l’inaction qui sape sa propre autorité et la mise en œuvre de ses résolutions, une inaction qui ne fait que donner du pouvoir aux criminels de guerre et aggraver la situation internationale en matière de sécurité, a-t-elle dit.

« Travaillez avec nous, nous sommes vos homologues et l’avenir de la Syrie! » s’est exclamée Mme Zainedin, concluant son intervention en soulignant que tout règlement de la crise niant les droits et la dignité des Syriennes et des Syriens échouera inévitablement: « nous n’aurons de repos que lorsque nous aurons récupéré notre citoyenneté et un État démocratique ». 

À l’intention des organes d’information. Document non officiel.