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9318e séance – matin
CS/15278

Conseil de sécurité: inquiétudes quant aux effets du conflit en cours au Soudan sur le règlement du statut définitif d’Abyei et le mandat de la FISNUA

Venue informer le Conseil de sécurité, ce matin, sur les développements intervenus depuis la publication du dernier rapport en date du Secrétaire général sur le mandat de la Force de sécurité intérimaire des Nations Unies pour Abyei (FISNUA), la Sous-Secrétaire générale pour l’Afrique a dit redouter que la flambée de violence actuelle au Soudan ne vienne réduire les chances de progrès politique concernant le statut définitif d’Abyei et les questions frontalières.  Elle a été confortée dans cette crainte par l’Envoyée spéciale pour la Corne de l’Afrique, selon laquelle cette situation menace aussi la relation bilatérale entre le Soudan et le Soudan du Sud.   

Le déclenchement des combats au Soudan, le 15 avril, a pourtant fait suite à une période marquée par des signes encourageants d’engagement entre les deux pays sur la question d’Abyei, a relevé Mme Martha Ama Akyaa Pobee, en ouverture de son exposé.  La Sous-Secrétaire générale a ainsi rappelé qu’un sommet organisé en janvier à Djouba entre le Président du Soudan du Sud et le Président du Conseil souverain du Soudan a été suivi d’une réunion en avril entre les présidents des comités nationaux des deux pays à Khartoum, au cours de laquelle les parties ont convenu de poursuivre les discussions sur les questions liées à Abyei, y compris le statut définitif. 

Or ces combats risquent fort, selon elle, d’avoir un impact sur Abyei, compte tenu de l’afflux de personnes déplacées, de l’entrée de groupes armés dans la région ou encore des agissements de fauteurs de troubles intercommunautaires.  Si rien de tout cela ne s’est encore matérialisé, la FISNUA reste attentive, notamment en ce qui concerne les affrontements entre les Ngok Dinka et les Twic Dinka, qui se poursuivent par intermittence malgré l’accord de cessation des hostilités d’avril 2022, a-t-elle indiqué, avant de saluer les efforts du Gouvernement du Soudan du Sud pour réduire ces tensions.  Pour Mme Pobee, le conflit au Soudan risque également de compliquer la situation humanitaire à Abyei, alors que l’ONU et les ONG fournissent déjà dans cette région une assistance à quelque 212 000 personnes vulnérables. 

Le conflit soudanais influe en outre sur la relation bilatérale avec le Soudan du Sud, a averti Mme Hanna Tetteh, Envoyée spéciale pour la Corne de l’Afrique, faisant état du retour dans leur pays des premiers réfugiés sud-soudanais qui se trouvaient au Soudan. Une situation qui, à ses yeux, pourrait s’avérer problématique dans un pays où deux tiers de la population ont besoin d’une aide humanitaire.  De plus, faute d’une réelle protection des frontières par les autorités soudanaises, des groupes armés circulent de part et d’autre, a-t-elle dénoncé, non sans applaudir les efforts de médiation menés par le Soudan du Sud entre les belligérants soudanais dans le cadre d’une initiative régionale datant du 16 avril. 

C’est dans ce contexte que la FISNUA achève sa reconfiguration en une force multinationale de maintien de la paix, a noté Mme Pobee, tout en reconnaissant que les combats au Soudan perturbent les déploiements et affectent les capacités de la Force.  La Sous-Secrétaire générale a d’autre part déploré qu’aucun progrès n’ait été réalisé concernant la remis en route du Mécanisme conjoint de vérification et de surveillance de la frontière dans le secteur 1, qui comprend Gok Machar, au Soudan du Sud, et deux bases d’opérations, suite à son retrait forcé en 2021.  Elle a exhorté le Gouvernement du Soudan du Sud à œuvrer pour le rétablissement de ces sites dès que possible. 

Assurant que, dans le même temps, la police des Nations Unies continue de soutenir les comités de protection communautaires, Mme Pobee s’est alarmée du déploiement de militaires et de policiers sud-soudanais à Agok, dans le sud d’Abyei, et de la Police nationale soudanaise à Farouk, dans le nord du territoire contesté.  Elle a indiqué que la Force a demandé aux deux gouvernements de retirer leur personnel de sécurité, une requête qu’ont appuyée les États-Unis, le Royaume-Uni et le Gabon.  S’exprimant au nom des trois membres africains du Conseil, ce dernier a dénoncé une violation du statut démilitarisé d’Abyei, avant d’appeler à une relance du Comité mixte de contrôle d’Abyei, au point mort depuis 2017, et à la mise en œuvre effective de l’Accord du 20 juin 2011 sur les arrangements temporaires en matière de sécurité et d’administration. 

Alors que la plupart des délégations se déclaraient inquiètes des retombées sur Abyei du conflit au Soudan, le représentant de ce pays s’est voulu rassurant, résumant la situation à une attaque rebelle contre les forces gouvernementales.  Plus dissert sur le développement des relations bilatérales avec le Soudan du Sud, il a rappelé que, lors de leur rencontre en janvier, les dirigeants des deux pays ont convenu du déploiement de forces conjointes aux frontières afin d’accroître la sécurité et d’empêcher l’infiltration d’armes. L’un des résultats de ce sommet a été l’appel à des mécanismes de travail spéciaux concernant Abyei, en vue d’en déterminer le statut définitif, a-t-il dit, en rappelant que le mandat de la FISNUA est temporaire, « y compris son implication dans les activités sécuritaires ».      

De son côté, le représentant du Soudan du Sud a assuré qu’en dépit de « l’incompréhension persistante entre les parties belligérantes » au Soudan, les relations bilatérales restent « cordiales ».  Il a appelé la communauté internationale à répondre aux exigences de la situation humanitaire au Soudan et dans les pays voisins qui ont accueilli des réfugiés en quelques jours, « sans y être préparés », avant de souligner l’engagement du Président sud-soudanais Salva Kiir Mayardit, au niveau bilatéral comme régional, pour aider à trouver une solution à la crise soudanaise. 

Il n’en reste pas moins que cette crise risque d’entraver le mandat de la FISNUA, alors que celle-ci finalise sa reconfiguration, a maintenu l’Albanie, rejointe par la France, selon laquelle la Force doit conserver les capacités requises pour protéger les civils et apaiser les tensions entre communautés.  Le Brésil et le Japon se sont quant à eux déclarés préoccupés des problèmes opérationnels qui ne sont toujours pas réglés, notamment la liberté de mouvement du personnel de la Force, le déploiement des trois unités de police constituées et la remise en fonction du Mécanisme conjoint de vérification et de surveillance de la frontière.  Pour sa part, la Chine a plaidé pour davantage d’aide au développement pour Abyei, considérant que la FISNUA et les équipes de pays de l’ONU peuvent y contribuer.

RAPPORTS DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL SUR LE SOUDAN ET LE SOUDAN DU SUD (S/2023/305)

Déclarations

Mme MARTHA AMA AKYAA POBEE, Sous-Secrétaire générale pour l’Afrique aux Départements des affaires politiques et de consolidation de la paix, et des opérations de paix, a informé le Conseil de sécurité des derniers développements depuis la publication du rapport du Secrétaire général sur la Force de sécurité intérimaire des Nations Unies pour Abyei (FISNUA).  Elle a ainsi indiqué que le déclenchement des combats au Soudan, le 15 avril, a été précédé d’une période marquée par des signes encourageants d’engagement entre le Soudan et le Soudan du Sud sur la question d’Abyei, notamment une réunion entre le Président du Soudan du Sud et le Président du Conseil souverain du Soudan à Djouba en janvier, suivie d’une réunion en avril entre les présidents des comités nationaux des deux pays à Khartoum, au cours de laquelle les parties ont convenu de poursuivre les discussions sur les questions liées à Abyei, y compris le statut définitif.  La Sous-Secrétaire générale a toutefois estimé qu’en dépit de cet élan positif, la flambée de violence au Soudan pourrait avoir un impact considérable sur les chances de progrès politique concernant Abyei et les questions frontalières.  Elle a ajouté que les Nations Unies continueront de soutenir les deux pays lorsque le dialogue sur Abyei reprendra. 

À Abyei, a poursuivi la haute fonctionnaire, la FISNUA surveille l’impact potentiel des combats au Soudan, notamment l’afflux des personnes déplacées, l’entrée de groupes armés dans la région ou les agissements des fauteurs de troubles dans les relations intercommunautaires locales.  Bien qu’aucun de ces risques ne se soit matérialisé de manière majeure jusqu’à présent, la Force reste attentive à leur possibilité, a précisé Mme Pobee, indiquant que la FISNUA a déjà pris des mesures pour protéger la sécurité de son personnel au Soudan, avec l’évacuation de 33 personnes de Khartoum le 23 avril.  Par ailleurs, 58 membres du personnel civil de l’ONU ont été évacués début mai de Kadugli à la suite d’une décision du fonctionnaire désigné pour le Soudan.  En effet, malgré l’accord de cessation des hostilités trouvé entre les Ngok Dinka et les Twic Dinka en avril 2022, des affrontements intermittents ont continué de se produire dans le sud d’Abyei, a expliqué la Sous-Secrétaire générale. 

Dans ce contexte, la FISNUA a continué de soutenir les efforts menés par le Gouvernement du Soudan du Sud pour réduire les tensions entre les communautés Ngok Dinka et Twic Dinka, en étroite coordination avec la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS), a-t-elle relevé, se disant préoccupée par la prolifération des armes, en particulier dans le sud d’Abyei.  Faisant état de l’émergence d’un groupe d’autodéfense des jeunes Ngok Dinka connu sous le nom de « Tit Baai », elle a indiqué que la FISNUA continue de confisquer des armes et des munitions, conformément au statut faisant de la région une zone exempte d’armes.  Mme Pobee a d’autre part indiqué que, malgré le manque de confiance persistant entre les communautés Misseriya et Ngok Dinka, la violence globale entre elles a diminué.  La FISNUA et ses partenaires ont pu convoquer en mars une conférence de paix saisonnière à Todach, dans la région d’Abyei, qui a permis de déboucher sur un accord de cessation des hostilités et de liberté de mouvement entre ces deux communautés, a-t-elle ajouté. 

Sur le plan humanitaire, l’ONU et les organisations non gouvernementales fournissent une assistance à quelque 212 000 personnes vulnérables à Abyei, dont environ 30 000 personnes déplacées, a précisé la Sous-Secrétaire générale.  Au cours de la période considérée, a-t-elle déploré, la violence intercommunautaire a entraîné le retrait de certaines organisations de la région d’Agok tandis que deux travailleurs humanitaires ont été tués lors d’une attaque à Rumamier, le 2 janvier.  Selon elle, la flambée de violence au Soudan risque de compliquer davantage la situation humanitaire à Abyei, compte tenu des mouvements de population provoqués par le conflit. 

Mme Pobee a ensuite indiqué que la reconfiguration de la FISNUA en une force multinationale de maintien de la paix des Nations Unies en est à sa phase finale, avec 3 078 militaires déployés sur les 3 250 autorisés.  Elle a cependant reconnu que les combats au Soudan perturbent les déploiements et que l’arrivée de personnel et de matériel supplémentaires devra être reportée, ce qui affectera la capacité de la Force.  Des mesures de planification alternatives sont prises pour compenser le retard tout en protégeant la sécurité du personnel et de l’équipement, a-t-elle expliqué, ajoutant que la situation au Soudan a également eu un impact sur la logistique de la FISNUA.  Les restrictions de mouvements aériens et terrestres ont créé des défis supplémentaires pour le réapprovisionnement de la Force et pour la mise en œuvre de son mandat, a regretté la haute fonctionnaire.  Par ailleurs, elle a relevé qu’aucun progrès n’a été réalisé concernant la remise en route du Mécanisme conjoint de vérification et de surveillance de la frontière dans le secteur 1, qui comprend Gok Machar, au Soudan du Sud, et deux bases d’opérations, suite à son retrait forcé en 2021.  Elle a exhorté le Gouvernement du Soudan du Sud à œuvrer pour le rétablissement de ces sites dès que possible. 

Observant qu’aucun progrès n’a non plus été enregistré dans le déploiement des trois unités de police constituées et des agents de police supplémentaires mandatés par le Conseil de sécurité, en raison de la non-délivrance de visas, la Sous-Secrétaire générale a jugé essentiel de soutenir la population d’Abyei dans le domaine de l’état de droit, appelant les membres du Conseil à leur apporter ce soutien.  Précisant que la Police des Nations Unies a continué de soutenir et de surveiller les comités de protection communautaires et les comités mixtes de protection, Mme Pobee s’est alarmée du déploiement de militaires et de policiers sud-soudanais à Agok et de la Police nationale soudanaise à Farouk, respectivement dans le sud et le nord d’Abyei.  Elle a indiqué que la Force a envoyé des notes verbales aux deux gouvernements leur demandant de retirer le personnel de sécurité, conformément au statut démilitarisé d’Abyei.  Enfin, elle a annoncé qu’au cours de la période à l’examen, les équipes de pays de l’ONU au Soudan et au Soudan du Sud ont finalisé avec la FISNUA les arrangements administratifs pour le Programme commun d’Abyei et commencé la mise en œuvre de projets visant à créer un environnement propice à la paix.  Les premiers projets comprennent la création d’un centre de nutrition au marché d’Amiet pour les femmes et les enfants et la fourniture de formations professionnelles aux jeunes.

Mme HANNA SERWAA TETTEH, Envoyée spéciale du Secrétaire général pour la Corne de l’Afrique, a déclaré que le conflit sans précédent qui a éclaté au Soudan le 15 avril entre les Forces armées soudanaises et les Forces d’appui rapide, en plus d’avoir un impact catastrophique sur la population soudanaise, influe gravement sur la relation bilatérale avec le Soudan du Sud.  Ainsi a-t-on déjà assisté au retour des premiers réfugiés sud-soudanais qui se trouvaient au Soudan, une situation qui pourrait s’avérer être particulièrement problématique dans un pays où déjà deux tiers de la population ont besoin d’une aide humanitaire.  Et dans la mesure où les autorités soudanaises ne sont plus capables d’assurer la protection de leurs frontières, les organisations criminelles et groupes armés circulent de part et d’autre, s’est alarmée la haute fonctionnaire.  En outre, elle a relevé que les combats au Soudan ont une incidence sur les activités commerciales quotidiennes, l’approvisionnement en aide alimentaire et les exportations de pétrole, lesquelles dépendent des infrastructures soudanaises.  Dans ce contexte, le Gouvernement sud-soudanais s’est efforcé d’organiser des concertations avec les parties soudanaises et de prendre la tête des efforts de médiation entre les dirigeants des Forces armées soudanaises et des Forces d’appui rapide dans le cadre d’une proposition régionale datant du 16 avril, a rappelé l’Envoyée spéciale. 

Il est clair que le conflit au Soudan met à mal les progrès réalisés par les deux pays pour régler les questions bilatérales en souffrance, a observé la représentante, qui a indiqué qu’en janvier et février, une réunion du Mécanisme conjoint pour les questions politiques et la sécurité a été organisée.  Mais aucun des mécanismes prévus dans l’accord de coopération de 2012 n’a été relancé à ce jour, a déploré Mme Tetteh.  Elle a ensuite fait part de la situation dans les États soudanais du Kordofan méridional et du Nil-Bleu, frontaliers, qui ont été touchés par le conflit intra-soudanais provoquant des déplacements de populations civiles.

M. ROBERT A.  WOOD (États-Unis) a fait remarquer que les hostilités au Soudan empêchent la FISNUA de mener à bien son mandat, y compris celui de protection des civils.  Il a appelé à protéger particulièrement les enfants qui sont affectés de manière disproportionnée par le conflit.  S’adressant aux parties, il les a appelées à dialoguer pour parvenir à la fin des hostilités, se disant inquiet des attaques ciblant les humanitaires et qui empêchent l’aide de parvenir aux nécessiteux.  Le représentant a aussi demandé aux parties de protéger le personnel onusien ainsi que les humanitaires.  Il s’est dit inquiet de la présence des forces de police du Soudan et du Soudan du sud à Abyei.  Il a salué le fait que la FISNUA continue de favoriser le dialogue entre les Ngok Dinka et les Twic Dinka.  Enfin, il a exhorté la FISNUA à intégrer la composante genre dans ses programmes.

M. DAI BING (Chine) s’est félicité de l’engagement constructif du Soudan et du Soudan du Sud dans la recherche d’une solution politique à la question d’Abyei, tout en constatant que l’instabilité actuelle au Soudan a des conséquences néfastes sur ce processus et complique tout espoir de règlement.  Appelant les parties soudanaises à faire taire les armes et à convenir d’un cessez-le-feu, il a formé le vœu que la question d’Abyei ne sera pas victime du conflit au Soudan et que les parties continueront à travailler au statut final de cette région.  Le représentant a d’autre part déploré la poursuite des tensions intercommunautaires à Abyei, appelant les différents groupes à cesser les hostilités et reprendre le dialogue.  Il a également salué les efforts déployés par le Président Kiir pour réunir les dirigeants communautaires et a encouragé la FISNUA à promouvoir la réconciliation et la sécurité dans la région. 

Pour le délégué, la communauté internationale devrait répondre aux besoins humanitaires de la population d’Abyei en renforçant l’aide matérielle et médicale mais aussi en fournissant une assistance au développement.  La mise en œuvre de programmes communs par la FISNUA et les équipes de pays de l’ONU peut selon lui y contribuer, de même que le lancement de projets à effets rapides.  Dans ce contexte, le représentant a salué le travail effectué par la FISNUA pour préserver la paix et la stabilité de la région et s’est félicité de la reconfiguration de cette force.  Cette question nécessite toutefois une coopération étroite entre le Soudan, le Soudan du Sud et les autres parties, a-t-il ajouté, invitant également la Force intérimaire à développer la confiance de la population locale dans les opérations de paix.  En tant que pays contributeur de troupes à la FISNUA, la Chine continuera à soutenir le travail de la Force avec des mesures concrètes visant à rétablir la stabilité de la région, a-t-il conclu. 

Mme VANESSA FRAZIER (Malte) a appelé le Soudan et le Soudan du Sud à continuer d’œuvrer pour une paix significative et durable à Abyei.  Se disant encouragée par les derniers engagements de haut niveau, y compris le sommet tenu à Djouba en janvier dernier, et par les dialogues intercommunautaires, elle a exhorté toutes les parties à faire taire les armes et à respecter le statut démilitarisé de la région.  La représentante a salué à cet égard le travail effectué par la FISNUA et le Service de la lutte antimines de l’ONU face à la dangereuse prolifération des armes à feu et des munitions dans la région.  Elle a également applaudi les campagnes de sensibilisation menées par la FISNUA pour lutter contre la violence sexuelle et sexiste et contre l’utilisation d’enfants dans le conflit.  Sur le plan humanitaire, la déléguée a regretté que l’insécurité continue d’affecter les opérations sur le terrain alors que plus de 200 000 personnes ont besoin d’aide à Abyei.  Dans ce contexte, elle a jugé impératif que le mandat de la FISNUA soit mis en œuvre sans aucune entrave.  Les parties doivent respecter la liberté de mouvement du personnel de la FISNUA et les visas doivent être délivrés en temps opportun, a-t-elle plaidé, avant d’exprimer son appui à la reconfiguration en cours de la Force intérimaire en une force multinationale.  Enfin, alors que la situation au Soudan entre dans un chapitre de pourparlers directs, elle a appelé les parties à utiliser cet élan pour faciliter le dialogue et la réconciliation à Abyei. 

M. JAMES KARIUKI (Royaume-Uni) a relevé que malgré le rôle positif joué par la FISNUA, la population continue de souffrir en raison de l’absence de services de base.  Il a exhorté toutes les parties à respecter pleinement le droit humanitaire et à protéger et permettre au personnel humanitaire de mener leurs opérations à Abyei sans entrave.  Il a salué les efforts récents du Soudan du Sud pour mettre fin à la violence entre les Ngok Dinka et les Twic Dinka.  Il s’est néanmoins dit préoccupé par le positionnement des Forces de défense sud-soudanaises du peuple et celles de la police du même pays dans le sud d’Abyei, en violation de l’Accord du 20 juin 2011.  La présence de ces forces exacerbe les tensions et entrave la paix, a-t-il fait observer en appelant à leur retrait immédiat.  Le délégué a aussi fait valoir que le conflit au Soudan présente un important obstacle à un accord sur un règlement pacifique du statut final d’Abyei, lequel reste essentiel pour permettre une paix à long terme et un développement sur le territoire.  Il a enfin exhorté les parties à ne pas perdre de vue cette question vitale et les a invitées à reprendre les pourparlers sur le statut final d’Abyei dès que possible. 

Mme AMEIRAH OBAID MOHAMED OBAID ALHEFEITI (Émirats arabes unis) a constaté que la séance d’aujourd’hui se tient à un moment crucial où, malgré la prolongation du cessez-le-feu déclaré, les affrontements au Soudan se poursuivent, risquant de mettre en péril la fragile stabilité que la FISNUA a soutenue dans la région d’Abyei.  Aussi sa délégation apprécie-t-elle les efforts vigoureux de l’Arabie saoudite et des États-Unis pour faciliter les pourparlers en cours entre les parties à Djedda.  Les Émirats arabes unis, a indiqué leur représentante, continuent également de soutenir les initiatives menées par l’UA, l’IGAD et la Ligue des États arabes, compte tenu du rôle central qu’ils jouent pour aider le Soudan à surmonter cette crise. Elle a souligné la nécessité de maintenir la coopération entre le Soudan et le Soudan du Sud sur la région d’Abyei, en particulier sur la question de son statut final et sur celle de la reprise des réunions du Comité mixte de contrôle d’Abyei.  « Une fois encore, nous pensons que les organisations régionales ont un rôle important à jouer pour soutenir et consolider ces relations afin d’obtenir les résultats souhaités, en particulier en reconnaissant l’impact potentiel de la situation actuelle au Soudan », a déclaré la déléguée.  Elle a salué l’engagement continu de la FISNUA auprès de toutes les parties prenantes, y compris les chefs traditionnels, les jeunes et les femmes, afin de promouvoir le dialogue entre les communautés, en particulier avant la période de transhumance. 

M. JOÃO GENÉSIO DE ALMEIDA FILHO (Brésil) a rappelé que son pays contribue à la FISNUA et a félicité la Force pour ses activités vitales à la frontière entre le Soudan et le Soudan du Sud, notamment pour ses efforts inlassables en faveur des populations civiles et de l’aide humanitaire.  Il s’est cependant alarmé des effets du conflit en cours au Soudan, relevant en particulier que les civils déplacés ayant fui vers Abyei sont aujourd’hui confrontés à une forte augmentation des prix des denrées alimentaires et à une situation sécuritaire fragile.  Saluant le rôle actif de l’ONU, de l’UA, de l’IGAD, de la Ligue des États arabes, des États-Unis, du Royaume-Uni, de l’Arabie saoudite et de tous les partenaires du Soudan qui soutiennent la mise en œuvre de mesures permettant d’aboutir à une solution négociée au conflit dans ce pays, il a souhaité que ces combats ne fassent pas oublier la situation d’Abyei.  Il a estimé à cet égard que le sommet de Djouba, en janvier dernier, est tombé à point nommé pour revitaliser les efforts concernant cette région.  Il a également souligné le rôle stabilisateur des pays voisins et a jugé que les accords régionaux peuvent faciliter la convergence entre le Soudan et le Soudan du Sud, les deux pays devant quant à eux s’impliquer davantage sur les questions de paix mutuelles pour parvenir à un accord sur les frontières communes. 

Le représentant s’est ensuite réjoui que la FISNUA ait réussi le processus de reconfiguration de ses troupes.  Le passage d’une force avec un seul pays fournisseur à une force multinationale s’est fait sans accroc, a-t-il noté avec satisfaction, estimant que le mandat d’un an établi par la résolution 2660 (2022) a constitué une amélioration car il confère des capacités accrues à la Force et lui donne plus de marges de manœuvre pour créer des liens avec les communautés locales et les différentes parties prenantes.  Le délégué a toutefois déclaré craindre que la FISNUA soit confrontée à de nouvelles difficultés à l’avenir, redoutant que les combats et les déplacements de population au Soudan aient des effets imprévisibles pour Abyei.  Il s’est aussi inquiété des obstacles à son bon fonctionnement, notamment pour l’octroi de visas, qui empêche la Force de s’acquitter de ses missions de consolidation de la paix, de police et de justice.  En conclusion, le délégué a encouragé le Soudan et le Soudan du Sud à profiter du soutien apporté par l’ONU et a appelé les parties à résoudre les questions en suspens qui ont un effet sur les activités de la Force.

M. ISHIKANE KIMIHIRO (Japon) a appelé à nouveau les parties soudanaises à décréter un cessez-le-feu immédiat et permanent, à reprendre un dialogue pacifique et à protéger les civils, y compris le personnel humanitaire et médical.  Il s’est dit vivement préoccupé par l’impact négatif des combats au Soudan sur la situation à Abyei, invitant le Conseil de sécurité à parler d’une seule voix sur cette question.  Dans ce contexte, il importe à ses yeux de redoubler d’efforts pour renforcer la coopération entre les parties concernées afin de résoudre les questions en suspens liées au statut final d’Abyei.  Le représentant a ainsi encouragé le Soudan et le Soudan du Sud à renouveler leur participation au Mécanisme conjoint pour les questions politiques et la sécurité et au Comité mixte de contrôle d’Abyei en vue de parvenir à un règlement pacifique et mutuellement acceptable. 

Évoquant la situation sécuritaire à Abyei, le délégué a constaté une exacerbation de l’insécurité liée à la montée des tensions entre les Ngok Dinka et les Twic Dinka.  Il a également fait état d’une détérioration de la situation humanitaire due notamment aux inondations et au manque d’infrastructures.  Tout en exhortant les parties concernées à promouvoir le dialogue intercommunautaire pour relever ces défis, il a souhaité que le Soudan et le Soudan du Sud progressent vers la mise en place du Service de police d’Abyei afin d’assurer une sécurité durable.  Enfin, après avoir demandé à toutes les parties de coopérer avec le personnel humanitaire et de garantir l’accès de l’aide aux populations locales, le représentant a appelé le Soudan et le Soudan du Sud à régler les problèmes opérationnels en suspens de la FISNUA, tels que la liberté de mouvement, le déploiement des trois unités de police constituées, l’accès à la piste d’atterrissage d’Athony et le rétablissement de l’opérationnalisation du Mécanisme conjoint de vérification et de surveillance de la frontière dans le secteur 1, y compris à Gok Machar. 

M. MICHEL XAVIER BIANG (Gabon), s’est exprimé au nom des A3, les trois pays africains membres du Conseil de sécurité (Gabon, Ghana et Mozambique).  Il a pris note de l’accord entre le Soudan et le Soudan du Sud visant à renforcer la coopération et résoudre les problèmes en suspens à l’issue de la réunion portant sur le statut final d’Abyei entre les présidents des commissions nationales des deux pays à Khartoum, le 24 octobre 2022.  Ces signaux positifs devraient cependant être concrétisés en actions des deux pays pour permettre de véritables progrès sur le terrain en vue de la finalisation du statut d’Abyei, a-t-il plaidé.  Il s’est dit préoccupé par l’absence de réunion du Comité mixte de contrôle d’Abyei depuis 2017, en dépit des déclarations des parties. Il a constaté que depuis plus de 10 ans, il n’y a pas eu d’avancées majeures dans la mise en œuvre de l’Accord du 20 juin 2011 sur les arrangements temporaires en matière de sécurité et d’administration pour Abyei. 

Évoquer le statut final d’Abyei, a-t-il dit, nous amène naturellement à nous préoccuper de la situation actuelle du Soudan et de la poursuite des affrontements meurtriers entre les Forces armées soudanaises et les Forces d’appui rapide.  Cette situation au Soudan a indubitablement des répercussions sur la situation d’Abyei et sur les discussions politiques en cours, avec le Soudan du Sud, pour la gestion de ce territoire, a-t-il poursuivi.  Il a invité les pays frontaliers à se mobiliser afin de faciliter le rapatriement des personnels internationaux ainsi que l’accueil des réfugiés en provenance du Soudan.  Il a exhorté toutes les parties concernées à reprendre le dialogue et à travailler à la création d’un plan urgent de désescalade. 

Sur le plan sécuritaire, la persistance des affrontements intercommunautaires, les violences armées, les destructions de biens, les actes de violence sexuelle à Abyei sont des sources majeures de préoccupation des A3. Le représentant a fermement condamné les violences intercommunautaires survenues notamment entre les communautés Ngok et Twic Dinka et entre les Misseriya et les Ngok Dinka.  Il a dit espérer que la création d’une zone tampon par le déploiement des forces de sécurité dans les zones contestées entraînera une désescalade des violences.  Il a aussi salué les actions de la FISNUA en vue de l’amélioration du dialogue intercommunautaire.  En outre, il a déploré la violation du statut démilitarisé de la région par la présence continue dans le sud d’Abyei des Forces de défense sud-soudanaises du peuple, des officiers du renseignement et de la Police nationale sud-soudanaise. Il a aussi regretté la décision du Gouvernement soudanais de déployer des agents de sa police nationale dans la partie nord d’Abyei. 

Concernant la situation humanitaire, le représentant a relevé que les populations d’Abyei éprouvent d’importantes difficultés à accéder aux services de base, une situation qui devrait s’aggraver avec l’impact humanitaire des affrontements au Soudan, notamment les déplacements massifs des populations.  Il a appelé à mobiliser les financements adéquats pour répondre aux besoins croissants des populations qui sont déjà durement éprouvées par des conditions de vie difficiles.  Il a ensuite condamné avec la plus grande fermeté les attaques armées visant le personnel et les travailleurs humanitaires de la FISNUA.  Enfin, il a exhorté le Soudan et le Soudan du Sud à respecter pleinement l’accord sur le statut des forces et à faciliter la mise en œuvre du mandat de la Force par la délivrance de visas et de documents administratifs indispensables pour le déploiement des troupes, des civils et des unités de police. 

Mme NATHALIE BROADHURST ESTIVAL (France) a observé que la zone d’Abyei subit à nouveau le contrecoup de l’instabilité de son environnement régional, depuis le début des combats au Soudan le 15 avril dernier.  Cette vulnérabilité, alimentée par le statu quo qui prévaut depuis 2011, est exacerbée à chaque crise régionale, une situation d’autant plus regrettable que le conflit soudanais risque de ralentir le dialogue positif, amorcé depuis quelques mois entre Khartoum et Djouba, a mis en garde la représentante.  La stabilité d’Abyei ne peut venir que des parties elles-mêmes, a-t-elle poursuivi.  Elle a estimé qu’au-delà des enjeux liés au statut final du territoire, des avancées sont possibles pour améliorer les conditions de vie des populations locales et prévenir les violences intercommunautaires. Dans ce contexte, elle a souligné que la FISNUA a un rôle majeur à jouer pour protéger les civils et a salué les efforts déployés pour apaiser les tensions entre les communautés Ngok Dinka et Misseriya.  Mais elle s’est dite préoccupée par les violences entre les communautés Ngok et Twic Dinka, appelant les autorités sud-soudanaises à poursuivre leurs efforts d’apaisement.  Alors que la FISNUA vient d’achever une reconfiguration complexe et coûteuse, elle doit conserver les capacités requises pour remplir son mandat, a exhorté la représentante en conclusion.

Mme ALBANA DAUTLLARI (Albanie) a salué le récent engagement de haut niveau entre le Soudan et le Soudan du Sud afin de renforcer le dialogue et la coopération en vue d’un règlement pacifique en rapport au statut final d’Abyei.  Elle a exhorté les deux pays à se concentrer sur une nouvelle convocation du Mécanisme conjoint de vérification et de surveillance de la frontière.  Ces rencontres doivent impliquer les femmes afin de renforcer leur rôle en tant qu’interlocutrices majeures de la paix et de la sécurité, a-t-elle exigé.  La représentante a ensuite appelé à la fin des affrontements communautaires à Abyei, tout en exhortant les deux Soudan à retirer leurs troupes militaires et policières de la zone démilitarisée d’Abyei. Elle a aussi insisté sur l’assistance humanitaire aux civils, affirmant que malgré la situation difficile, le Soudan et le Soudan du Sud doivent continuer d’accorder la priorité au règlement du statut final d’Abyei par des moyens pacifiques.  Les combats au Soudan risquent d’entraver la poursuite du dialogue et la mise en œuvre du mandat de la FISNUA, en particulier au moment où la Force finalise sa reconfiguration, a-t-elle craint.

Mme ANNA M. EVSTIGNEEVA (Fédération de Russie) a commencé par souhaiter à tous « un joyeux 9 mai, fête de la Victoire », rendant hommage à tous ceux dont les exploits sans précédent sur les champs de bataille et le travail désintéressé à l’arrière ont permis d’écraser le nazisme.  « Sans ce jour, la création de l’ONU n’aurait pas été possible », a-t-elle souligné, se disant convaincue que l’héritage de la « Grande Victoire » continuera de contribuer au renforcement et au développement fructueux des relations entre les pays et les peuples sur la base du respect du principe de l’égalité des droits et de l’autodétermination des peuples.  La représentante a ensuite salué les efforts conjoints déployés par le Soudan du Sud et d’autres acteurs régionaux pour mettre fin aux hostilités au Soudan dès que possible.  Soulignant le travail des autorités sud-soudanaises dans l’accueil des réfugiés soudanais sur leur territoire et leur disponibilité à aider à résoudre la crise humanitaire dans la région, elle s’est déclarée persuadée qu’un règlement au Soudan contribuera à celui du problème d’Abyei. 

La représentante a noté que les deux pays ont récemment développé leur dialogue sur la question d’Abyei, notamment par le biais d’une coopération mutuellement bénéfique sur l’exploitation conjointe des ressources pétrolières potentielles dans la zone contestée.  Elle s’est également félicitée de la tenue à Djouba d’un sommet suivi d’une réunion du Mécanisme conjoint pour les questions politiques et la sécurité, ainsi que de l’engagement des deux pays à développer une stratégie de travail avec la population locale vivant le long de la frontière commune afin de rétablir le fonctionnement normal du Mécanisme conjoint de vérification et de surveillance à la frontière.  Partant du principe que la détermination du statut final d’Abyei exige des efforts conjoints des parties, elle a jugé inacceptable toute tentative unilatérale visant à modifier le statut de la région contestée, en violation du cadre juridique international existant et des accords entre les deux États.  À cet égard, elle a appelé les deux pays à respecter leur obligation de maintenir le statut démilitarisé d’Abyei. 

La déléguée s’est aussi dite préoccupée par la situation du dialogue intercommunautaire dans la zone contestée, en particulier à la lumière du conflit en cours entre les Twic Dinka et les Ngok Dinka, tout en saluant les mesures prises par les autorités sud-soudanaises pour réconcilier les deux communautés.  Dans ce contexte, la FISNUA reste essentielle à la stabilité de la région, a-t-elle constaté, avant de relever que la transformation de la Force intérimaire en force multinationale est presque achevée.  À cette aune, elle a formé l’espoir que la Force continuera de remplir son mandat en mettant l’accent sur le maintien de la sécurité et en aidant les deux États dans leur quête d’une solution mutuellement acceptable au différend frontalier. 

M. HERNÁN PÉREZ LOOSE (Équateur) a demandé que des progrès soient accomplis dans le cadre d’un processus politique inclusif visant à résoudre la question d’Abyei, dans lequel le rôle de l’Union africaine et celui de l’IGAD sont essentiels.  Il a appelé les parties à mettre en œuvre les conclusions du sommet de Djouba et du Mécanisme conjoint pour les questions politiques et la sécurité des 12 et 18 janvier 2023, respectivement, et à redoubler d’efforts pour parvenir à une cessation définitive des hostilités intercommunautaires et à approfondir les accords et les objectifs de la Conférence de paix de Wau d’avril dernier. Enfin, le représentant a encouragé l’inclusivité et la participation pleine, égale et substantielle des femmes dans toutes les sphères de la société, en tant qu’étape essentielle vers une paix durable et un développement intégral de la région d’Abyei. 

Mme PASCALE CHRISTINE BAERISWYL (Suisse) a tout d’abord félicité le Soudan et le Soudan du Sud pour leur engagement en vue d’un règlement du différend relatif à la région d’Abyei, tant sur le statut final que sur la question de la démarcation de la frontière.  Elle a toutefois estimé que le conflit qui a éclaté au Soudan le 15 avril risque de mettre un terme à ces dynamiques positives.  La représentante s’est inquiétée de l’impact que les combats pourraient avoir sur le processus politique, la situation humanitaire et la mise en œuvre du mandat de la FISNUA.  Réitérant son appel aux deux parties soudanaises pour qu’elles fassent taire immédiatement les armes et s’engagent à un cessez-le-feu durable, elle a également exhorté le Soudan et le Soudan du Sud à respecter l’Accord du 20 juin 2011 et les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité.  Selon elle, davantage doit être fait pour protéger la population locale des incidents armés et des affrontements intercommunautaires.  En l’absence du Service de police d’Abyei, les comités de protection de la population locale et le Comité mixte de contrôle d’Abyei sont essentiels pour renforcer l’état de droit, a-t-elle affirmé, souhaitant en outre qu’Abyei reste une zone démilitarisée. 

Compte tenu de l’impact potentiel du conflit au Soudan, la représentante a plaidé pour l’instauration d’un climat de confiance et le renforcement d’un engagement communautaire inclusif, saluant à ce propos la revitalisation des forums consultatifs sur les femmes, la paix et la sécurité, ainsi que les activités du comité mixte des femmes pour la paix dans la région d’Amiet. Elle s’est d’autre part félicitée de l’engagement fort de la FISNUA auprès des communautés d’Abyei et a dit espérer que la reconfiguration des troupes fournira à cette force des moyens opérationnels supplémentaires.  Avant de conclure, elle a demandé au Soudan et au Soudan du Sud de continuer à respecter l’accord sur le statut des forces et a réaffirmé son plein soutien à la FISNUA et à l’Envoyée spéciale, ainsi qu’à l’Union africaine (UA) et à l’IGAD. 

M. AL-HARITH IDRISS AL-HARITH MOHAMED (Soudan) a salué le développement des relations bilatérales entre son pays et le Soudan du Sud, notamment avec la visite du Président du Conseil de transition soudanais, le général Abdel Fattah Al-Burhan, à Djouba en janvier dernier.  Ce dernier avait alors convenu avec le Président du Soudan du Sud, M. Salva Kiir, du déploiement des forces conjointes aux frontières afin d’accroître la sécurité et la stabilité et d’empêcher l’infiltration d’armes illégales.  L’un des résultats les plus importants de la réunion conjointe des présidents est l’appel à des mécanismes de travail spéciaux concernant la zone d’Abyei, afin de redoubler d’efforts pour déterminer le statut final de la zone et renforcer la coopération économique, a expliqué le représentant. 

Le délégué a indiqué que le conflit entre les Ngok Dinka et les Twic Dinka a affecté la situation globale d’Abyei, notamment en ce qui concerne les aspects humanitaires et sécuritaires, ainsi que la propagation des armes, la fréquence des attentats et l’élargissement du périmètre de la commission des crimes. Selon lui, tout cela nécessite la présence des forces de l’ordre et d’institutions judiciaires pour réduire l’anarchie et la criminalité et tenir les auteurs responsables, a-t-il observé.  « D’où la nécessité de mettre en place des mécanismes conjoints, notamment la police mixte, en vertu de l’Accord du 20 juin 2011. » Le délégué a mis en garde contre toute tentative de prendre des mesures unilatérales susceptibles de menacer la stabilité d’Abyei et de saper le mandat de la FISNUA. 

Il a ensuite appelé la FISNUA à mettre sur pied des projets à impact rapide à Abyei, notamment dans des secteurs comme l’éducation, la santé, l’eau potable et le maintien de la sécurité et de l’ordre. Il a également plaidé pour la mise en place d’activités promouvant la coexistence pacifique au sein de la communauté d’Abyei.  Le représentant est revenu sur le rapport du Secrétaire général de l’ONU mentionnant la présence de la police soudanaise à Diffra.  Selon lui, elle y est pour assurer la sécurité des installations pétrolières, comme cela avait été convenu l’an dernier au moment du renouvellement du mandat de la Force.  Il a affirmé que le Gouvernement du Soudan est attaché au renforcement de sa coopération avec le Soudan du Sud pour parvenir à une solution finale sur le statut d’Abyei. 

Au sujet de la situation au Soudan, il a assuré que cela n’aura pas d’impact sur la situation d’Abyei.  Il a rappelé que le conflit en cours est dû à l’attaque d’un groupe rebelle contre les forces gouvernementales.  Il a affirmé que le Gouvernement entend préserver les vies et assurer les activités humanitaires, en collaboration avec les Nations Unies.  Le délégué a relevé que l’UA n’avait pas invité le Gouvernement soudanais à la discussion sur la situation qui règne dans le pays.  Il a affirmé que le leadership politique du Soudan salue les initiatives de l’UA et d’autres organisations, et que le pays n’entend pas faire la sourde oreille à des initiatives qui lui semblent judicieuses.  Il a rappelé que le mandat de la FISNUA est temporaire, y compris son implication dans les activités sécuritaires.  De ce fait, il a appelé à un soutien aux initiatives conjointes de sécurité mises en place entre le Soudan et le Soudan du Sud, en attendant une décision définitive sur Abyei. 

M. AKUEI BONA MALWAL (Soudan du Sud) a observé que cette séance intervient à un moment où le Soudan traverse une période très difficile.  Comme l’indique le rapport du Secrétaire général, il a reconnu que les relations entre ce pays et le sien restent cordiales, malgré l’incompréhension persistante entre les parties belligérantes. « Nous appelons donc la communauté internationale à répondre aux exigences de la situation humanitaire au Soudan et dans les pays voisins qui ont accueilli des réfugiés en quelques jours, sans y être préparés, après les combats qui ont eu lieu à Khartoum et dans d’autres parties du Soudan. »  Le Soudan du Sud, a signalé le représentant, s’est pour sa part engagé sur les plans bilatéral et régional, par l’intermédiaire de l’IGAD, au sein de laquelle le Président Salva Kiir Mayardit est chargé de rechercher une solution à la crise, et par l’intermédiaire de l’UA.  Le représentant a, en conclusion, demandé à la FISNUA de rester vigilante et d’empêcher tout élément négatif de déstabiliser la situation pendant la recherche d’une solution à la situation qui règne dans « notre pays frère, le Soudan ».

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