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9038e séance – matin
CS/14897

Syrie: l’avenir du mécanisme transfrontière d’acheminement de l’aide humanitaire divise le Conseil de sécurité, sur fond de ressources insuffisantes

Si la sixième Conférence de Bruxelles, organisée il y a 10 jours, a été l’occasion pour la communauté internationale de démontrer sa générosité vis-à-vis de la Syrie, reste encore à concrétiser les annonces de contribution, a prévenu, ce matin, le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires devant le Conseil de sécurité, auquel il a par ailleurs demandé de renouveler l’autorisation du mécanisme transfrontière d’acheminement de l’aide, qui expire dans six semaines. 

M. Martin Griffiths, qui est également le Coordonnateur des secours d’urgence de l’ONU, a demandé sans ambiguïté de traduire en espèces « sonnantes et trébuchantes » les promesses faites par les bailleurs de fonds pour 2022, pour un montant total de près de 6,7 milliards de dollars.  Il a précisé que la somme totale nécessaire pour financer à la fois le Plan d’aide humanitaire et le Plan régional pour les réfugiés et la résilience est de 10,5 milliards de dollars, soit l’appel le plus important jamais lancé pour faire face à la crise syrienne. 

Or, l’insuffisance du financement contraindra l’ONU et ses partenaires à faire des choix difficiles cette année encore, a anticipé le haut fonctionnaire.  Ainsi, le Programme alimentaire mondial (PAM) devra probablement réduire ses opérations en Syrie d’ici à juillet, sous l’effet également de la hausse des prix des denrées alimentaires.  La conséquence ? 1,9 million de personnes supplémentaires pourraient sombrer dans l’insécurité alimentaire en raison de l’inflation et des effets domino du conflit en Ukraine, s’est alarmé M. Griffiths, en prévenant des risques de sécheresse avec l’arrivée de l’été. 

Car les besoins sont toujours aussi importants en Syrie, notamment dans le nord-ouest du pays, où les frappes aériennes et les bombardements continuent de toucher les civils.  « La situation dans le camp de Hol est une honte pour les 56 000 civils qui y vivent, en grande majorité des femmes et des enfants », s’est exclamé le Secrétaire général adjoint, également ému par le sort de près de 10 000 enfants et de leurs mères qui sont détenus dans des prisons ou des camps assimilables à des prisons, dans le nord-est du pays, au seul motif qu’ils auraient un lien présumé avec des groupes armés.  

Le docteur Farida Almouslem, de la Syrian American Medical Society (SAMS), qui a notamment travaillé comme gynécologue-obstétricienne à Alep de 2011 à 2016, a repris à son compte l’analyse de M. Griffiths, en notant les courbes inverses suivies par des besoins humanitaires à la hausse et des financements à la baisse.  Cette femme, qui a fait aujourd’hui le récit de plusieurs atrocités « encore gravées dans sa mémoire », a réclamé des fonds supplémentaires pour éviter de nouvelles fermetures d’hôpitaux et apporter une aide nutritionnelle cruciale.  Le Forum des ONG du nord-ouest de la Syrie estime d’ailleurs que jusqu’à trois millions de bénéficiaires perdront l’accès aux services de santé si les fonds ne sont pas débloqués, a mis en garde Mme Almuslem. 

C’est à une tout autre évaluation de la crise humanitaire que s’est livré le représentant de la Syrie, qui a contesté la légitimité de la « soi-disant » Conférence de Bruxelles, qui n’est plus parrainée par l’ONU et dont son pays et la Fédération de Russie sont exclus.  Lui, y a vu une réunion de nations occidentales « bien connues pour leur non-respect des principes convenus en matière d’aide humanitaire », qu’ils lient à l’aide au développement, en les assortissant toutes deux de conditions politiques qui entravent le redressement rapide du pays. 

Le représentant syrien a argué que son gouvernement avait facilité le passage d’un quatrième convoi d’aide composé de 14 camions en provenance d’Alep vers le Nord-Ouest et qu’il espérait pouvoir élargir ces opérations au travers des lignes de front à condition de lever les obstacles posés à l’acheminement de l’aide par les forces turques et les éléments terroristes.  Mais pour la France, même si ces convois étaient déployés régulièrement, ils ne pourraient se substituer aux opérations transfrontières, a-t-elle prévenu.  Selon elle, ces convois, « soumis au bon vouloir du régime syrien », n’ont jamais permis de compenser la fermeture du point de passage de Yaroubiyé. 

C’est la raison pour laquelle la France, à la suite du Secrétaire général adjoint et aux côtés de plusieurs membres du Conseil, dont l’Albanie, le Royaume-Uni ou la Norvège, a plaidé pour le renouvellement du mécanisme d’aide humanitaire transfrontière, qui relève d’un « impératif moral et humanitaire ».  Une formule reprise par la Turquie, qui a estimé que le mécanisme, « l’un des plus transparents au monde », avait fait ses preuves. 

Opposée comme la Syrie et la République islamique d’Iran à ce renouvellement, la Fédération de Russie a comparé ceux qui cherchent à sauvegarder le mécanisme à tout prix à des « parents d’élèves paresseux et négligents » qui supplient qu’on les garde à l’école l’année suivante, avant de leur lancer: « Aucun d’entre vous n’a simplement voulu assumer la responsabilité d’un travail de fond avec les terroristes d’Edleb afin qu’ils cessent de saboter les convois transfrontières  ».

LA SITUATION AU MOYEN-ORIENT

Déclarations

M. MARTIN GRIFFITHS, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires, a rappelé qu’il y a 10 jours, était organisée la sixième Conférence de Bruxelles sur le thème « Soutenir l’avenir de la Syrie et de la région », organisée par l’Union européenne (UE), l’occasion pour la communauté internationale de démontrer son engagement continu envers le peuple syrien.  Près de 6,7 milliards de dollars ont fait l’objet d’annonces de contributions pour 2022 et au-delà, s’est-il félicité.  Pourtant, malgré ces chiffres considérables, les engagements représentent moins de 50% du besoin total de financement pour 2022.  C’est de 10,5 milliards dont nous avons besoin pour financer à la fois le Plan d’aide humanitaire et le Plan régional pour les réfugiés et la résilience, a-t-il précisé, soit l’appel le plus important jamais lancé pour faire face à la crise syrienne.  Le sous-financement nous contraindra cependant à établir des priorités dans notre réponse et à faire des choix difficiles cette année encore, a anticipé M. Griffiths.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) a ainsi assuré que de nouvelles coupes dans ses opérations pourraient se matérialiser d’ici à juillet, sous l’effet de la hausse des prix des denrées alimentaires et de la stagnation des financements: 1,9 million de personnes supplémentaires pourraient sombrer dans l’insécurité alimentaire en raison de l’impact de l’inflation et des effets du conflit en Ukraine, s’est alarmé le haut fonctionnaire.  Il s’est dit cependant heureux du consensus dégagé à Bruxelles autour du besoin urgent d’une planification du relèvement rapide.  Des investissements immédiats sont nécessaires dans les domaines de l’éducation, de l’eau et de l’assainissement, de la santé, de l’électricité et de la protection sociale, a précisé le Secrétaire général adjoint.  Mais il faut pour cela que la générosité affichée à Bruxelles se traduise en décaissements rapides, a-t-il insisté.  

Les hostilités, notamment les frappes aériennes et les bombardements dans le nord-ouest de la Syrie continuent de toucher les civils, notamment des femmes et des enfants, a ensuite rappelé le haut fonctionnaire.  Jusqu’à présent en 2022, 13 meurtres et 4 tentatives de meurtre ont été signalés dans le camp de Hol, où règne l’insécurité.  « La situation à Hol est une honte pour les 56 000 civils qui y vivent, en grande majorité des femmes et des enfants », a-t-il déclaré, avant d’indiquer que, dans le nord-est du pays, près de 10 000 enfants et leurs mères sont détenus dans des prisons ou des camps assimilables à des prisons.  « Nous devons agir.  Les enfants ne doivent pas être détenus sur la seule base d’une association présumée avec des groupes armés. »  Il a plaidé pour que les enfants soient remis en liberté et placés dans des structures d’accueil adéquates, notant qu’ils ont besoin de protection et de services de base et d’une vie de famille.  Il a donc appelé « une fois de plus » les États Membres concernés à prendre des mesures urgentes et à assumer leur responsabilité de rapatrier leurs citoyens par tous les moyens disponibles. 

Par ailleurs, nous approchons rapidement de l’été, qui entraînera mécaniquement une hausse de la demande en eau, a prévenu M. Griffiths en constatant que les niveaux de l’Euphrate sont en train de s’amenuiser de manière critique.  Près de 5,5 millions de personnes en Syrie dépendent de ce fleuve et de ses filiales pour leur eau potable et l’autorité du barrage de Techrine a prévenu que celui-ci n’est opérationnel que six heures par jour.  Or, sans électricité, les pompes d’irrigation ne peuvent fonctionner, les hôpitaux et autres services essentiels ne peuvent être soutenus, et les habitants doivent acheter de l’eau potable, érodant encore plus leur pouvoir d’achat.  Quant à la station d’eau d’Alouk, elle continue de fonctionner par intermittence et le pompage a été interrompu plusieurs fois au cours du mois dernier en raison des pénuries d’électricité, ce qui a eu pour effet de limiter le débit disponible.  De plus, la ville de Hassaké continue d’être approvisionnée par des camions-citernes, « une solution intenable sur la durée ». 

L’ONU et ses partenaires, a poursuivi le Coordonnateur des secours d’urgence, aident actuellement plus de 12 000 étudiants à traverser les zones sous contrôle pour qu’ils puissent passer leurs examens à la fin de ce mois, des enfants qui sont « le seul espoir pour l’avenir de la Syrie ».  Par ailleurs, l’ONU redouble d’efforts pour étendre l’accès humanitaire transfrontière, par exemple dans le nord-est, où il est prévu d’effectuer une mission à Ras el-Aïn afin de fournir des vaccins contre la COVID-19 et les maladies infantiles, ainsi que des médicaments contre la leishmaniose.  Le 16 mai, le quatrième convoi à travers les lignes de front a permis de fournir une aide alimentaire à plus de 40 000 personnes se trouvant dans le nord-ouest de la Syrie et l’ONU travaille actuellement sur les modalités d’un cinquième convoi interagences devant passer à travers les lignes de front.  Le plan, qui se concentre sur la mise en œuvre de convois interagences vers les communautés des provinces d’Edleb et d’Alep, a été prolongé jusqu’en décembre 2022, a-t-il rappelé.  

Alors que l’autorisation donnée par le Conseil de sécurité à l’assistance transfrontière fournie par l’ONU et ses partenaires dans le nord-ouest expire dans un peu plus de six semaines, le Secrétaire général adjoint a prévenu que son non-renouvellement perturberait l’aide vitale dont dépendent les personnes vivant dans le nord-ouest, y compris plus d’un million d’enfants.  

Le docteur FARIDA ALMOUSLEM, de la Syrian American Medical Society (SAMS), qui a notamment travaillé comme gynécologue-obstétricienne à Alep de 2011 à 2016, y compris dans la partie est de la ville qui a été assiégée et soumise à des bombardements aériens impitoyables, est venue témoigner de centaines d’atrocités qui sont encore gravées dans sa mémoire.  Mme Almouslem a parlé « des larmes d’une femme d’une quarantaine d’années, qui me suppliait de l’aider à retomber enceinte après avoir perdu ses quatre enfants en un instant à cause d’un baril d’explosifs ».  Elle a aussi donné un exemple terrifiant datant du 10 décembre 2016, alors qu’elle travaillait dans un hôpital souterrain aux côtés de son mari, où ils avaient déménagé les blocs opératoires au sous-sol à cause des bombardements intenses: alors que les bombes anti-bunker n’avaient pas pu pénétrer le sous-sol, une munition contenant du chlore gazeux avait été larguée directement sur l’hôpital.  Parce que le gaz est plus lourd que l’air, il était parvenu jusqu’au sous-sol et les blocs opératoires s’étaient rapidement transformés en chambres à gaz.  « Or, nous n’avions qu’un seul masque à oxygène pour tous les patients et médecins. »  Sa fille de 8 ans, Huda, était là avec elle, a-t-elle dit en expliquant qu’elle avait eu du mal à respirer et s’était mise à pleurer, mais sa mère lui avait donné son masque à oxygène .  « Pour ceux d’entre vous qui êtes parents, pouvez-vous imaginer cela, voir votre enfant suffoquer sous vos yeux? »

Après cela, ils avaient évacué l’hôpital et, en quelques jours, ils avaient été déplacés de force d’Alep à Edleb.  Sa famille a tout perdu – « notre maison, nos souvenirs et surtout notre dignité ».  En tant que rescapée et survivante, elle a posé la question: « où est la reddition de la justice? »  Après ce déplacement, Mme Almouslem avait continué à travailler dans les hôpitaux du nord de la Syrie.  Elle avait dirigé des écoles qui formaient de nouvelles sage-femmes et infirmières.  Résumant ses expériences de travail des 10 dernières années en Syrie, elle a parlé d’immenses souffrances humaines.  « Je pense à la femme enceinte blessée par un éclat d’obus à l’abdomen, à qui je devais faire une césarienne d’urgence, et dont le bébé avait été coupé en deux.  Je pense aux nombreux nouveau-nés qui sont morts dans mes bras parce que je n’avais aucun médicament à leur donner ni à leurs mères.  Je pense aux nombreuses femmes et enfants syriens qui continuent de vivre dans une pauvreté totale.  Je pense à ma propre famille et à mes amis qui restent à Alep - des gens éduqués qui gagnent l’équivalent de 30 dollars par mois comme salaire.  Je pense à la maison de mes parents qui n’a que quelques heures d’électricité par jour. »  Les Syriens de tout le pays souffrent et chacun d’entre nous a l’obligation de leur venir en aide, s’est-elle impatientée.

Alors que les besoins humanitaires continuent de croître, les financements diminuent, a-t-elle constaté en plaidant pour des fonds supplémentaires pour éviter de nouvelles fermetures d’hôpitaux et apporter une aide nutritionnelle cruciale.  Le Forum des ONG du nord-ouest de la Syrie estime que jusqu’à trois millions de bénéficiaires perdront l’accès aux services de santé si les financements nécessaires ne sont pas débloqués, a mis en garde Mme Almouslem.  Elle a également souligné les besoins croissants en matière de soins prénataux et de soins de santé maternelle.  Concrètement, a-t-elle exigé, s’il est urgent de trouver des ressources pour soutenir la réponse humanitaire, il est également nécessaire d’augmenter la capacité du système de santé dans toute la Syrie.

Mme Almouslem a dit qu’en réalité, les énormes besoins humanitaires en Syrie exigent un accès humanitaire dans toutes les modalités, et surtout par le biais du mécanisme transfrontalier.  Les chiffres parlent d’eux-mêmes:  4,1 millions de personnes dans le nord-ouest de la Syrie ont besoin d’aide humanitaire, soit 700 000 de plus que l’année dernière.  À ce jour, l’impact des livraisons au travers des lignes de front au nord-ouest de la Syrie a été minime par rapport aux besoins, et ces livraisons ont été marquées par une mauvaise coordination avec les ONG partenaires et un manque d’évaluations appropriées des besoins, a-t-elle estimé en plaidant pour que l’accès transfrontalier soit amélioré grâce à une planification et une coordination accrues.  Il faut aussi garantir que les articles dont les besoins sont urgents soient livrés, a-t-elle ajouté.  Elle a assuré que les livraisons à travers les lignes de front ne peuvent pas remplacer l’énorme opération transfrontalière en cours.  Si vous considérez la résolution uniquement sous l’angle des besoins humanitaires, il est clair qu’un renouvellement minimum de 12 mois est la bonne chose à faire, a-t-elle affirmé avant de mettre en garde contre la corruption et le détournement de l’aide, et d’exiger, là encore, la reddition de comptes.  S’adressant aux États Membres préoccupés par les groupes armés dans le nord-ouest de la Syrie, Mme Almouslem a expliqué que le mécanisme transfrontalier est l’outil le plus efficace pour repousser leurs tentatives d’exercer un contrôle accru sur la population civile ou de détourner l’aide.

Elle a tenu à finir son intervention sur la situation de la santé mentale en Syrie.  Après plus d’une décennie de conflits brutaux, toute la population syrienne souffre de blessures psychologiques et pour certains, ce traumatisme peut être trop lourd à supporter, a-t-elle regretté.  Aucun enfant ne devrait avoir à endurer ces traumatismes.  Huda, sa fille, est toujours hantée par ces traumatismes et, comme des millions d’autres enfants syriens, elle a besoin d’avoir accès à des services de santé mentale de qualité.  Davantage de ressources doivent être engagées pour fournir de tels services dans toute la Syrie, a exigé la médecin en faisant état des conséquences négatives de ce manque de services:  une augmentation des suicides, des cas croissants de violence domestique et sexiste et des taux plus élevés de toxicomanie.  Les enfants de Syrie sont l’avenir -que deviendront-ils s’ils ne reçoivent pas l’aide dont ils ont désespérément besoin? a-t-elle demandé aux membres du Conseil.  Elle a conclu en leur disant: « Il est de votre devoir de renouveler la résolution transfrontalière afin que les médecins continuent à disposer de médicaments et des outils dont ils ont besoin pour aider leurs patients, et financer intégralement ce travail.  Il est également de votre devoir d’exiger une surveillance et un suivi appropriés, afin que les ressources qui entrent en Syrie soient correctement utilisées. »

Mme MONA JUUL (Norvège), intervenant également au nom de l’Irlande, a indiqué que l’augmentation en flèche du prix de la nourriture a provoqué une insécurité alimentaire généralisée, insistant sur l’importance de renforcer l’aide humanitaire.  Après avoir exhorté le Conseil à se montrer uni pour atténuer les besoins humanitaires en Syrie, elle a salué l’arrivée, à travers les lignes de front, d’un nouveau convoi d’aide dans le nord-ouest du pays, tout en estimant qu’il faut faire plus.  Elle a ainsi appelé les parties à appuyer les livraisons à travers les lignes de front dans toutes les parties de la Syrie et à dépolitiser les livraisons d’aide.  Il faut aussi fournir les garanties nécessaires pour assurer le passage sûr des convois à travers les lignes de front.

La représentante a également souligné que le mécanisme transfrontière demeure une bouée de sauvetage pour des millions de personnes dans le nord-ouest de la Syrie.  Avec l’arrivée de plusieurs centaines de camion chaque mois, il est évident qu’il n’existe pas d’alternative qui pourrait reproduire l’ampleur, la portée et les avantages de cette opération.  Sans le mécanisme transfrontière, des millions de vies seraient encore plus menacées, a-t-elle prévenu, avant d’appeler le Conseil à empêcher une telle situation.

Au nom des A3 (Gabon, Ghana et Kenya), M. HAROLD ADLAI AGYEMAN (Ghana) a condamné toutes les violations des droits humains, en particulier dans le camp de Hol, se disant préoccupé par les informations faisant état de l’utilisation d’armes à guidage laser contre des centres humanitaires et des hôpitaux.  Compte tenu de la détérioration de la situation, il a jugé vital que l’accès humanitaire soit accordé à toutes les zones où les gens sont dans le besoin.  Il a demandé qu’un soutien continu soit apporté à tous les mécanismes d’aide, notant que le mécanisme de livraison transfrontière constitue une bouée de sauvetage cruciale pour 2,5 millions de Syriens dans le nord-ouest du pays.  Selon lui, le mécanisme à travers les lignes de front devrait néanmoins continuer à fonctionner pour compléter l’aide facilitée par les convois transfrontières de l’ONU.  

Le représentant a ensuite exprimé son inquiétude au sujet des menaces que font peser des groupes tels que Daech et Hay’at Tahrir el-Cham (HTS).  Il a jugé impératif de mener des actions collectives décisives pour combattre ces groupes terroristes de telle sorte que les victimes obtiennent justice.  Il a par ailleurs dénoncé la menace que représentent les engins non explosés pour la population civile et l’acheminement de l’aide humanitaire.  Enfin, il a exprimé son soutien aux efforts menés par plusieurs pays de la région pour renforcer la résilience des communautés syriennes et stabiliser leurs moyens de subsistance grâce à des programmes de redressement, avant d’appeler à un cessez-le-feu national et à un règlement politique générateur de stabilité. 

M. JAMES KARIUKI (Royaume-Uni) a rappelé que le Conseil de sécurité décidera dans les prochaines semaines de l’avenir du mécanisme d’acheminement de l’aide humanitaire transfrontière en Syrie.  Lorsque le Conseil a autorisé l’ONU à fournir une aide transfrontalière en 2014, plus de 10 millions de personnes avaient besoin d’une assistance humanitaire.  Ce chiffre est aujourd’hui passé à environ 14,6 millions de Syriens, soit plus de 80% de la population.  Dès le début du conflit, a-t-il souligné, le Royaume-Uni a soutenu le peuple syrien en déboursant plus de 4 milliards de dollars en aide et s’est en outre engagé, lors de la Conférence de Bruxelles la semaine dernière, à verser près de 200 millions de dollars en 2022.  

De l’avis du délégué, le mandat transfrontière de l’ONU est au cœur de ce soutien humanitaire car il permet de desservir plus de quatre millions de personnes dans le nord-ouest de la Syrie.  Il n’y a pas d’alternative viable à ce mécanisme, a-t-il fait valoir.  Dans ce contexte, la fermeture du point de passage de Bab el-Haoua entraînerait selon lui un accès réduit aux services de santé sexuelle et reproductive pour les femmes et les filles, perturberait gravement les efforts de relèvement rapide et entraverait les campagnes de vaccination contre la COVID-19.  Et sans le mécanisme de surveillance de l’ONU, l’aide pourrait plus facilement tomber entre les mains de terroristes, a-t-il mis en garde, avant d’exhorter les membres du Conseil à soutenir le renouvellement et l’élargissement du mandat transfrontière de l’ONU en juillet prochain. 

M. NICOLAS DE RIVIÈRE (France) a constaté que, après 11 ans de conflit, les besoins humanitaires n’ont jamais été aussi élevés en Syrie.  Or, la « guerre d’agression » russe contre l’Ukraine contribue à aggraver l’insécurité alimentaire à travers le monde et la Syrie en subit les conséquences « de plein fouet », a-t-il déploré.  Près de 10 millions d’enfants syriens ont besoin d’aide humanitaire, « un sinistre record », alors que de nombreux enfants n’ont connu que la guerre, a-t-il déploré.  Il a ensuite fait savoir que les annonces de l’UE et de ses États membres lors de la Conférence de Bruxelles VI représentent les trois quarts des annonces de contribution totales, dont 373 millions d’euros de la France. 

« Soyons clairs: le renouvellement du mécanisme d’aide humanitaire transfrontière n’a jamais été aussi crucial », a poursuivi le délégué français, y voyant un impératif moral et humanitaire.  Dans le nord-ouest, le nombre de nécessiteux atteint désormais 4,1 millions, soit une hausse de plus de 20% depuis l’an dernier.  Chaque mois, le mécanisme transfrontière achemine près de 800 camions d’aide, à destination d’environ 2,4 millions de personnes.  Mais même si les convois à travers des lignes de front étaient déployés régulièrement, ils ne pourraient se substituer aux opérations transfrontières, a prévenu le représentant.  Selon lui, ces convois, « soumis au bon vouloir du régime syrien », n’ont jamais permis de compenser la fermeture du point de passage de Yaroubiyé.  Il a ensuite réitéré son appel à ce qu’un accès humanitaire sûr et sans entraves soit garanti dans l’ensemble de la Syrie. 

M.  DMITRY A. POLYANSKIY (Fédération de Russie) a commencé par réaffirmer l’opposition de son pays au mécanisme d’acheminement d’aide humanitaire transfrontière en Syrie, arguant que ce mécanisme viole la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie. Pourtant, il y a un an, puis il y a six mois, nous vous avions permis de nous convaincre que la préservation de ce mécanisme était nécessaire à ce stade jusqu’à ce que les approvisionnements via la ligne de contact soient pleinement opérationnels. C'est ainsi qu'est apparue la résolution 2585 (2021), contenant un certain nombre d'autres éléments, notamment le soutien aux projets de relèvement précoce.  Mais dès le début, la mise en œuvre de cette résolution « a calé », a-t-il dit en y voyant une raison évidente: « Aucun d'entre vous n'a simplement voulu assumer la responsabilité d'un travail de fond avec les terroristes d'Edleb afin qu'ils cessent de saboter les convois transfrontaliers ». 

Face à la forte demande de projets de relèvement rapide prévus dans la résolution 2585, qui sont nécessaires pour fournir aux Syriens des conditions de vie normales et un soutien vital, à ce stade, la Fédération de Russie ne peut que saluer les intentions de l'ONU d'étendre ce travail. M. Martin Griffiths s'est prononcé à plusieurs reprises de manière convaincante en faveur de l'intensification des efforts dans cette direction, a souligné le représentant en estimant que l'effet cumulatif de la reconstruction post-conflit des infrastructures de base contribuera à accroître la stabilité de la société syrienne dans son ensemble et permettra d’économiser les injections des donateurs. Le représentant a cependant dénoncé le fait que les rares projets de développement précoce et de reconstruction continuent d'être soumis à des conditions politiques préalables de la part des pays donateurs. 

La Fédération de Russie regrette en outre que, compte tenu de ce qui se passe dans l'enclave terroriste d'Edleb, il y ait toujours une attitude plus qu'unilatérale d'un certain nombre de membres du Conseil.  « Vous essayez à tout prix de maintenir le statu quo actuel, très inconfortable même pour vous, sans proposer de solutions et sans répondre aux exigences légitimes de Damas », leur a asséné le représentant en exprimant son mécontentement. Il a comparé ses collègues qui cherchent à sauvegarder le mécanisme à tout prix à des parents d’élèves paresseux et négligents qui supplient de les garder à l’école l’année d’après. Ils essaient de se faire passer pour des élèves excellents, a-t-il ironisé en estimant que le choix de l’invité du jour le démontre. 

On ne peut pas fermer les yeux sur le fait que les terroristes du Hay’at Tahrir el-Cham usurpent le pouvoir et manipulent l’aide humanitaire dont l'approvisionnement, si on le souhaitait, peut être facilement organisé depuis Damas, a-t-il poursuivi en dénonçant notamment le Front el-Nosra qui a déclaré ne pas vouloir autoriser les cargos à traverser les frontières vers la Turquie depuis le nord de la Syrie. L’approvisionnement des trois zones d'opérations turques au nord de la Syrie n'a pas encore commencé et ceci en dépit du fait que Damas coordonne rapidement toutes les demandes de l'ONU, a-t-il regretté. 

La Fédération de Russie a ensuite reproché à l'ONU de toujours vouloir éviter le problème de l'impact dévastateur des sanctions unilatérales illégales de l'UE et des États-Unis sur l'économie syrienne et la fourniture d’une aide humanitaire internationale à celle-ci. Ceux qui en sont les otages sont les Syriens ordinaires, privés d'accès non seulement à leurs ressources pétrolières, mais aussi aux champs agricoles qui alimentaient autrefois toute la région, a soutenu le représentant. Washington, qui occupe ces terres syriennes, crée en effet délibérément la faim dans un pays autrefois autosuffisant d'un point de vue alimentaire, a affirmé le représentant accusant même les États-Unis d’avoir autorisé, le 12 mai, l’accès des investisseurs privés étrangers aux régions du nord-ouest et du nord-est de la Syrie et de légaliser ainsi le « vol de céréales syriennes ».  Il faut mettre fin à cette situation, contraire au droit international, a lancé le représentant russe.  Cela faciliterait à son avis la vie non seulement d’un grand nombre de Syriens ordinaires, mais aussi de leurs voisins, à qui la Syrie vendait des surplus de nourriture avant l'intervention américaine. 

Évoquant une « crise de la protection » parmi les pires au monde, M. FERIT HOXHA (Albanie) a estimé que les Syriens se retrouvent au cœur d’un « cyclone de violence, de famine et d’isolement », notant que 90% d’entre eux sont dans le grand besoin et que l’insécurité alimentaire est omniprésente.  Il a souligné que des millions de personnes dépendent de l’aide transfrontière pour vivre.  À quelques semaines de l’expiration de ce mécanisme, il est indispensable que l’aide puisse continuer à parvenir à ceux qui en ont besoin, a-t-il insisté, avant d’alerter le Conseil sur la situation dans le camp de Roukban, situé dans un no man’s land proche de la frontière avec la Jordanie et l’Iraq.  Des milliers de personnes y sont retenues mais le blocus du régime syrien contraint les résidents à survivre grâce à de maigres biens obtenus par contrebande, a dénoncé le délégué, avant d’appeler Damas à permettre un accès sans entrave de l’aide humanitaire à ce camp qui se trouve dans une zone contrôlée par le Gouvernement.  Il a aussi demandé la remise en liberté de tous les enfants privés de liberté et leur réintégration dans leurs familles, appelant également de ses vœux la création d’un mécanisme portant sur les personnes disparues. 

M. RAGHORAM (Inde) a souhaité que, dans le contexte actuel de conflit en Ukraine, la communauté internationale ne perde pas de vue les souffrances de la population syrienne.  Pour réduire la crise humanitaire qui affecte à présent plus de 14 millions de personnes dans ce pays, il est impératif d’avancer sur la voie d’un règlement politique, a affirmé le représentant.  Il faut cependant éviter de lier l’assistance humanitaire et l’aide au développement à l’avancement du processus politique, a-t-il fait valoir, estimant que cela ne ferait qu’exacerber les souffrances.  Selon lui, il est urgent d’intensifier l’assistance et de veiller à ce que les agences humanitaires reçoivent les financements nécessaires pour exécuter pleinement leurs plans, sans politisation des besoins fondamentaux de la population.  Dans ce contexte, le délégué a estimé que, tout importantes et prévisibles qu’elles soient, les opérations transfrontières « ne peuvent continuer d’exister à perpétuité ».  Prenant note des opérations facilitées par la Syrie, notamment l’envoi d’un quatrième convoi depuis Alep, il a appelé le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) et les agences des Nations Unies à concentrer davantage d’efforts pour améliorer les opérations à travers les lignes de front. 

Le représentant a d’autre part jugé qu’on ne peut parler de la situation humanitaire en Syrie sans faire référence aux activités croissantes des groupes terroristes tels que Daech.  L’attaque d’une prison à Hassaké en janvier a démontré la gravité du problème, a-t-il souligné.  Dénonçant l’implication d’acteurs externes dans la croissance des groupes terroristes en Syrie, il a averti qu’une négligence prolongée de la communauté internationale sur cette question causera des dommages irréparables à la lutte collective contre ce fléau.  Enfin, après avoir appelé à une augmentation urgente de l’aide humanitaire à ce pays, il a demandé à l’OCHA d’harmoniser les données relatives aux projets de relèvement rapide et de résilience afin que le Conseil puisse avoir une vision holistique de la situation d’ici à fin juin, avant l’expiration du mandat de l’aide transfrontière. 

M.  JISHEG XING (Chine) a constaté lui aussi que les besoins humanitaires n’ont cessé de croître en Syrie, où 10 millions de personnes sont maintenant en difficulté.  Il a rappelé la nécessité de ne pas politiser l’aide humanitaire, qui, a-t-il insisté, doit être fournie conformément aux principes d’impartialité et de neutralité, et dans le respect de la souveraineté nationale du pays.  La priorité doit être l’accès au nord-ouest de la Syrie, a souligné le représentant.  Il a indiqué que le relèvement de l’économie syrienne permettra de venir à bout de la situation humanitaire, mais la hausse des prix des denrées alimentaires a compromis ce redressement. Il a ensuite espéré que les bailleurs de fonds qui ont fait des annonces de contribution lors de la Conférence de Bruxelles tiendront leurs engagements. 

M.  JUAN GÓMEZ ROBLEDO VERDUZCO (Mexique) a appelé à donner la priorité aux activités de déminage, notant qu’en 2021, ces artefacts ont causé la mort de 805 personnes et blessé près de 3 000 autres et s’inquiétant du risque de contamination.  Il s’est également inquiété de la situation des plus de 56 000 habitants du camp de Hol, principalement des femmes et des enfants. L'insécurité, en plus du manque de services de base, font que ce camp n’est pas un endroit convenable pour les enfants, s’est indigné le représentant. Il a appelé à ne pas perdre de vue cette crise et à donner la priorité au rapatriement et à la réintégration des ressortissants d’autres pays. 

En ce qui concerne l’accès humanitaire, il a salué le passage d’un quatrième convoi d’aide le 16 mai à Sarmada, et les plans pour continuer à développer cette voie d’accès jusqu'en décembre 2022. L'aide humanitaire qui entre dans le nord-ouest à travers les lignes de front continue d'être complémentaire à celle du passage transfrontière de Bab el-Haoua, a-t-il cependant estimé en soulignant qu’à l’heure actuelle, les passages à travers les lignes de front ne peuvent pas remplacer les plus de 800 camions d’aide humanitaire qui entrent chaque mois par le passage transfrontière. Rien qu'à Bab el-Haoua, 1,8 million de personnes reçoivent une aide alimentaire, a constaté le délégué qui a appelé à renouveler l’autorisation dudit point de passage. 

Mme  LANA ZAKI NUSSEIBEH (Émirats arabes unis) s’est tout d’abord félicitée de la tenue de la sixième Conférence de Bruxelles, y voyant un pas positif pour soutenir la Syrie et les pays de la région. Cela montre que la communauté internationale reste solidaire, a-t-elle relevé, avant de constater la dégradation de la situation humanitaire, notamment dans les camps de personnes déplacées qui sont dépourvus des services de base.  Il faut que le peuple syrien vive dans la dignité, a plaidé la représentante, avant d’appeler au renouvellement du mécanisme d’aide transfrontalière prévu par la résolution 2585 (2021), dont les faits prouvent la nécessité. Quelles que soient nos divergences de vue, il importe que nous agissions de concert pour que l’aide arrive à ceux qui en sont besoin, a-t-elle martelé, ajoutant que, bien qu’imparfait, le mécanisme transfrontalier reste indispensable.  Elle a toutefois déclaré soutenir l’acheminement par tous les moyens possibles, y compris par-delà les lignes de front. Étant donné que le point de passage de Bab el-Haoua est le seul permettant le passage de l’aide transfrontalière, il doit être préservé, a fait valoir la déléguée.  Elle a ensuite mis l’accent sur la dégradation de la situation humanitaire dans le camp de Hol, réclamant l’acheminement d’urgence de vivres et d’eau potable ainsi que le rapatriement des familles et des résidents étrangers. Saluant le rappel par l’Iraq de ses ressortissants présents dans ce camp, elle a invité les autres pays concernés à lui emboîter le pas. 

M. RONALDO COSTA FILHO (Brésil) a espéré que les ressources mises à disposition après la Conférence des donateurs de la semaine dernière à Bruxelles permettront non seulement de fournir l’aide immédiate dont ont besoin les Syriens, mais aussi de contribuer aux initiatives de redressement rapide et de résilience en cours visant à rétablir la fourniture de services essentiels, tels que la santé, l’éducation, l’électricité, l’eau et l’assainissement.  Le représentant a salué le fait qu’un troisième convoi transfrontalier ait pu être acheminé au début du mois et qu’il existe déjà un plan pour permettre d’autres livraisons jusqu’à la fin de l’année.  À cet égard, a-t-il ajouté, le Brésil réitère l’appel lancé à toutes les parties pour qu’elles se conforment à leur obligation de garantir un accès humanitaire libre et sans entrave, conformément aux principes d’humanité, de neutralité, d’impartialité et d’indépendance.  Il a également souligné l’importance du maintien de toutes les opérations humanitaires sous un contrôle détaillé et étroit, et de chercher des moyens de faciliter la multiplication des opérations au travers des lignes de front.  Cependant, nous savons qu’un cessez-le-feu à l’échelle nationale et une solution politique conforme à la résolution 2254 (2015) restent la seule issue à ce conflit qui dure depuis dix ans et qui a causé tant de destruction et de souffrance, a-t-il conclu. 

Mme  LINDA THOMAS-GREENFIELD (États-Unis), a indiqué que son gouvernement s’est engagé à faire une contribution de 800 millions de dollars pour l’aide humanitaire à la Syrie lors de la Conférence de Bruxelles.  Elle a aussi fait savoir qu’elle s’était rendue à Bab el-Haoua pour voir de ses propres yeux la situation sur le terrain.  Elle a insisté sur la nécessité d’atteindre les personnes dans le besoin, aussi bien à travers les lignes de front qu’avec l’aide du mécanisme transfrontières. Chiffres à l’appui, la représentante a estimé qu’il ne fait pas de doute que les opérations humanitaires à travers les lignes de front ne peuvent pas apporter le même volume d’aide que les convois transfrontières.  À cet égard elle a précisé que les convois passant par Bab el-Haoua fournissent une aide mensuelle à 1,4 million de personnes. 

L’an dernier, le Conseil de sécurité a démontré ce dont il est capable lorsqu’il travaille à l’unisson, a remarqué Mme  Thomas-Greenfield qui s’est dite surprise des propos de la Fédération de Russie qui prétend « s’être laissée convaincre ».  L’objectif aujourd’hui est de réussir à augmenter de 10% l’aide humanitaire à la Syrie en renouvelant le mécanisme transfrontière, a-t-elle insisté.  Des millions de Syriens souffrent déjà d’insécurité alimentaire aiguë. Nous ne pouvons pas devenir indifférents à leurs besoins et pour cela il faut proroger le mécanisme transfrontière, a exigé la représentante.  Cela va dans l’intérêt de tous, y compris de la Syrie et de la Fédération de Russie, a affirmé la déléguée qui a espéré que la résolution pourra cette année encore être adoptée à l’unanimité. 

M.  BASSAM SABBAGH (République arabe syrienne) a commencé par rappeler l’amnistie générale décrétée par son gouvernement le 30 avril dernier. Cette mesure a été octroyée aux auteurs syriens de « délits terroristes », à l’exception de ceux ayant causé des morts humaines, a précisé le représentant, selon lequel le décret ne concerne pas non plus les combattants terroristes étrangers.  Selon lui, la proclamation de ce décret intervient dans le cadre des mesures adoptées depuis des années pour améliorer la situation humanitaire, contribuer à la réconciliation, favoriser le retour de personnes déplacées et réinsérer les citoyens dans leurs communautés. D’ores et déjà, a-t-il indiqué, le Ministère de la justice a fait libérer des prisonniers et a annulé des mandats de poursuite, d’arrestation et de perquisition avec effet immédiat. Depuis 2011, le Président Bachar Al-Assad a octroyé 20 amnisties générales qui ont bénéficié à des dizaines de milliers de Syriens dans le pays et à l’étranger, a encore précisé le délégué, avant de constater que les efforts de son gouvernement contrastent avec la persistance des pays occidentaux à mener des pratiques hostiles à la Syrie, en contravention avec la Charte des Nations Unies.  Il en a voulu pour preuve la présence illégale de la Turquie et des États-Unis, accusant en outre ces pays de parrainer des organisations terroristes et de se livrer au pillage de richesses nationales, sans parler du « terrorisme économique » émanant des mesures coercitives unilatérales.  À cet égard, il a jugé que la décision du Gouvernement américain d’octroyer des licences pour mener des activités économiques dans des zones du nord-ouest de la Syrie est le reflet du soutien direct apporté par Washington à des « entités illégales ».  Cela foule au pied les résolutions du Conseil et vise à imposer des mesures discriminatoires aux citoyens syriens, a-t-il dénoncé. 

Par ailleurs, prenant note de la « soi-disant » Conférence de Bruxelles en appui à la région, il a rappelé qu’elle n’est plus parrainée par l’ONU et que son pays et la Fédération de Russie en sont exclus. Sa tenue montre à son avis qu’elle est devenue une réunion de pays occidentaux « bien connus pour leur non-respect des principes convenus en matière d’aide humanitaire ».  Pour le représentant, ce n’est que de la « poudre aux yeux » de la part des organisateurs, qui veulent ainsi dissimuler leurs pratiques à l’égard de la Syrie. Ils continuent d’ailleurs de lier le travail humanitaire et l’aide au développement, tout en assortissant cela de conditions politiques qui entravent le redressement rapide du pays, s’est-il indigné. Ces « politiques agressives », a-t-il ajouté, ont été concomitantes avec l’attaque au missile récemment menée par Israël contre des objectifs dans le centre de la Syrie, laquelle a également coïncidé avec des attentats terroristes contre des unités de l’armée dans le nord-ouest du pays.  Le délégué a indiqué que son gouvernement a informé le Secrétaire général et le Conseil de sécurité de ces faits et exigé que l’ONU assume ses responsabilités face à la menace israélienne pour la paix et la sécurité internationales. 

Le représentant a ensuite évoqué la situation humanitaire, précisant que son gouvernement a facilité le passage d’un quatrième convoi d’aide composé de 14 camions, d’Alep vers le nord-ouest. Nous espérons élargir ces opérations qui passent par les lignes de front et lever les obstacles posés par les forces turques et les éléments terroristes à l’acheminement de l’aide, a-t-il affirmé, avant de réaffirmer son opposition au « soi-disant » mécanisme transfrontière, qui enfreint la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie. Enfin, il a condamné la tentative de la Turquie de créer une zone antisyrienne dans son pays, y voyant une menace pour l’unité et l’intégrité de la Syrie. Il a enjoint les organisations internationales à ne pas « marchander » avec le « régime d’Erdogan » et à rejeter ce projet « fondé sur le génocide ».  

M.  MAJID TAKHT RAVANCHI (République islamique d’Iran) a considéré que, bien que la résolution 2585 (2021) soutienne les projets de relèvement rapide et de reconstruction, ainsi que la fourniture de services de base, la poursuite des sanctions unilatérales a malheureusement fait obstacle à sa mise en œuvre, entravant les efforts de reconstruction de la Syrie et empêchant l’acheminement de l’aide humanitaire.  Il a jugé irresponsable, immoral et illégal au regard du droit international d’utiliser des sanctions unilatérales pour affamer les civils syriens.  Ces mesures illégales et perturbatrices doivent immédiatement prendre fin, a déclaré le représentant. 

Le représentant a ensuite rappelé que le mécanisme d’acheminement de l’aide transfrontière est une « mesure temporaire exceptionnelle imposée par certaines circonstances » et que l’aide humanitaire aux nécessiteux doit être acheminée en coopération et en coordination avec le Gouvernement syrien « à partir du territoire syrien ».  Cela permettra d’éviter que l’aide ne soit détournée au profit de groupes terroristes, a-t-il estimé.  À cet égard, le délégué a salué les efforts du Gouvernement syrien pour faciliter le passage d’un quatrième convoi de l’ONU d’Alep au nord-ouest de la Syrie en début de semaine.  Il a également appuyé les initiatives visant à faciliter le rapatriement des réfugiés et des personnes déplacées. Toute initiative concernant la Syrie doit être parrainée par l’ONU et coordonnée avec le Gouvernement syrien et respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie, a souligné le représentant qui a récusé la politisation des questions humanitaires. 

M.  FERIDUN HADI SINIRLIOGLU (Turquie) a souligné d’emblée l’ampleur des souffrances humanitaires en Syrie.  Or, le Plan d’aide humanitaire pour la Syrie n’a été financé qu’à 46% pour 2021, alors que pour 2022-2023 l’ONU aura besoin de plus de 4 milliards de dollars de financements, s’est inquiété le représentant qui a appelé la communauté internationale à s’assurer que l’aide humanitaire puisse être acheminée sans entrave vers la Syrie et avec des volumes toujours plus importants. En 2022, a-t-il ajouté, pas moins de 4,2 millions de Syriens ont besoin de l’aide internationale alors que 58% des populations déplacées sont des enfants.  Il a également relevé que selon le PAM, le prix des denrées alimentaires a augmenté de 57% en Syrie depuis le début de la guerre en Ukraine. 

Le délégué a ensuite souligné que le mécanisme transfrontière de l’ONU a fait ses preuves comme étant l’un des plus transparents au monde. Il a appelé à faciliter à la fois les convois à travers les lignes de front et les opérations transfrontières. La prorogation du mandat de ce mécanisme est une obligation morale pour les membres du Conseil de sécurité et ne devrait pas être politisée, a-t-il souligné. Après avoir rappelé le fardeau que représente la crise syrienne pour les pays voisins, le représentant a indiqué qu’il refusait de répondre aux accusations « dénuées de tout fondement » de la Syrie. 

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