En cours au Siège de l'ONU

9891e séance - après-midi
CS/16037

Conseil de sécurité: appels à un cessez-le-feu et à une enquête impartiale sur les « assassinats » d’acteurs humanitaires à Gaza

À la demande de l’Algérie, soutenue par la Fédération de Russie, la Chine, le Pakistan et la Somalie, le Conseil de sécurité s’est réuni, cet après-midi, pour examiner la question palestinienne, dans le contexte de la dangereuse escalade à Gaza depuis la rupture du cessez-le-feu, sur fond de crainte d’annexion, et des attaques délibérées contre le personnel humanitaire. 

Nombre d’orateurs, dont le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme et le Président de la Société du Croissant-Rouge palestinien, ont exigé une enquête « indépendante, rapide et impartiale » pour déterminer les responsabilités de l’attaque du 23 mars.  De leur côté, Israël et les États-Unis ont expliqué que la reprise des hostilités était imputable au Hamas, décrié même au sein de sa propre population. 

L’assassinat de 15 membres du personnel médical et humanitaire le mois dernier suscite de nouvelles inquiétudes quant à la « commission de crimes de guerre » par l’armée israélienne, a averti d’emblée M. Volker Türk.  Une enquête approfondie et indépendante est dès lors le minimum que le Conseil de sécurité et la communauté internationale devraient exiger pour tenir les auteurs de cet incident responsables de leurs actes, a enchaîné M. Younes Al Khatib, précisant que la Société du Croissant-Rouge palestinien avait déjà perdu 30 collègues avant cet incident atroce. 

Les interprétations de la tragédie du 23 mars

Tout en présentant ses « sincères condoléances » aux familles des victimes, la délégation des États-Unis a toutefois estimé que cette tragédie aurait pu être évitée si le Hamas avait accepté la proposition de prorogation du cessez-le-feu avancée le mois dernier.  Elle a de plus expliqué les circonstances de l’incident, en citant les forces israéliennes: le 23 mars, jour de la tragédie, des véhicules avançaient vers les Forces de défense israéliennes (FDI) sans porter de signaux reconnaissables permettant de les identifier. 

« Nous sommes face à une organisation terroriste, qui continue de détenir en otage certains de nos citoyens », a justifié Israël en assurant ne pas vouloir rester les bras croisés pendant que les terroristes utilisent les ambulances comme des taxis.  Le délégué israélien a signalé, à l’appui de ses dires, la présence de neuf terroristes du Hamas dans une ambulance du Croissant-Rouge au milieu de la nuit, dont un qui avait participé directement au massacre du 7 octobre 2023.

« Faux! » a rétorqué l’Observateur permanent de l’État de Palestine pour qui les humanitaires ont été exécutés « parce qu’ils s’acquittaient de leur mission sacrée, celle de sauver des vies ».  Il a informé avoir envoyé au Président du Conseil de sécurité, pour diffusion, une vidéo d’un humanitaire filmant en détails l’attaque israélienne visant son convoi, pris en embuscade. 

L’Algérie a fait remarquer qu’Israël avait fait de Gaza le conflit le plus mortifère pour les humanitaires, les journalistes, le personnel médical et les agents de santé, sans compter les plus de 17 000 enfants tués.  Ce qui a fait dire au Président de la Société du Croissant-Rouge palestinien qu’il s’agit, de la part d’Israël, d’une stratégie de « châtiment collectif » pour atteindre des objectifs de guerre, et donc une violation grave du droit international humanitaire.

En tout état de cause, « toute la lumière doit être faite sur cette attaque », a insisté la France qui assure la présidence du Conseil pour le mois en cours, appelant, dès aujourd’hui à travailler à définir les contours du « jour d’après » à Gaza.

Quasi-unanimité contre l’annexion et appel à la solution des deux États

En attendant, a averti l’observateur de Palestine, les forces d’occupation n’ont pas caché leur intention de « saisir de vastes pans du territoire pour être annexés aux zones de sécurité de l’État d’Israël », mettant en œuvre à un rythme rapide le « plan E1 », décrié à l’échelle internationale depuis 25 ans.  « D’ores et déjà, 40 000 Palestiniens ont été déplacés en quelques semaines! »

Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme s’est dit alarmé de voir que la moitié de la bande de Gaza est désormais soumise à des ordres d’évacuation.  Ces ordres ne respectent pas les exigences du droit international humanitaire, a-t-il mis en garde.

« Nous exhortons Israël à immédiatement cesser son occupation de la bande de Gaza », a dès lors exigé la Chine, à l’instar de la Fédération de Russie qui a dénoncé les changements territoriaux ou démographiques de Gaza.  Un point de vue partagé par la majorité des membres du Conseil, dont le Royaume-Uni qui a condamné les propos du Ministre israélien de la défense au sujet de l’annexion de territoires à Gaza.  La délégation a également condamné les récentes décisions israéliennes d’accélérer l’implantation de colonies et d’avant-postes en Cisjordanie. 

Conseillant de tirer les enseignements de l’histoire, l’Algérie a rappelé qu’« aucune force ne peut déraciner un peuple de sa terre ».  Il faut en finir avec l’impunité, a ajouté le Pakistan, notamment s’agissant du déplacement forcé de la population et de l’annexion de territoires.  Il a vu dans la solution des deux États la seule voie possible pour parvenir à une paix durable. 

C’est avec la même conviction que la France organisera avec l’Arabie saoudite, en juin prochain à New York, une conférence sur la mise en œuvre de cette solution, a annoncé le Président du Conseil.  « Il faut restaurer un horizon politique pour les Israéliens comme pour les Palestiniens. »

Accès humanitaire et reconstruction à Gaza, mais aussi libération des otages

Une approche saluée par la Libye, au nom du Groupe des États arabes, qui a appelé le Conseil, en outre, à soutenir la conférence du Caire sur la reconstruction de Gaza, prévue le mois prochain. 

Pour l’heure, il faut urgemment rétablir l’accès humanitaire à Gaza, ont plaidé de nombreux intervenants en demandant une action concrète.  La famine ne doit pas être utilisée comme arme de guerre, a-t-on entendu notamment de la part de M. Türk pour qui le fait d’affamer des civils est une « méthode de guerre ».  De manière générale, le blocus et le siège de Gaza ont été dénoncés en ce qu’ils constituent une forme de « punition collective ».  M. Türk a, de plus, pointé du doigt le Hamas et s’est dit « très préoccupé » par le sort et le bien-être des otages israéliens toujours détenus à Gaza. 

Pour le diplomate israélien, cette guerre ne se terminera que lorsque les 59 otages restants seront libérés et que le Hamas quittera Gaza.  Israël prend des mesures pour se défendre, s’est justifié son représentant, avant de s’adresser directement aux Nations Unies, dont il « respecte le travail », pour demander comment un employé de l’Organisation pouvait avoir des tatouages nazis sur ses deux avant-bras.  « Qui les recrute? » s’est-il interrogé, photos à l’appui.

Lors d’un vif échange entre les deux parties en fin de séance, l’observateur de Palestine a estimé qu’Israël n’avait aucune autorité morale pour juger quiconque et n’était pas un partenaire pour la paix.  « Votre ennemi, c’est le Hamas », a répondu le diplomate israélien.

 

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La situation au Moyen-Orient, y compris la question palestinienne

Exposé

M. VOLKER TÜRK, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, a dit revenir avec amertume pour une fois de plus parler des « souffrances catastrophiques » de la population de Gaza.  Depuis la reprise, le 1er mars, des opérations militaires israéliennes, plus de 1 200 Palestiniens ont été tués, dont au moins 320 enfants, a-t-il dit en citant les chiffres du Ministère de la santé de Gaza. 

Il s’est dit consterné par l’assassinat récent de 15 professionnels de la santé et agents humanitaires, ce qui suscite de nouvelles inquiétudes quant à la commission de crimes de guerre par l’armée israélienne.  Ces meurtres doivent faire l’objet d’une enquête indépendante, rapide et approfondie, et les responsables doivent être traduits en justice. 

La moitié de la bande de Gaza est désormais soumise à des ordres d’évacuation obligatoire ou a été déclarée zone interdite.  Ces ordres ne respectent pas les exigences du droit international humanitaire. 

Le haut fonctionnaire a aussi pointé du doigt le Hamas et les autres groupes armés palestiniens qui continuent de procéder à des tirs de roquettes aveugles contre Israël à partir de Gaza.  M. Türk s’est, en outre, dit « très préoccupé » par le sort et le bien-être des otages israéliens toujours détenus à Gaza. 

Cela fait maintenant un mois qu’Israël bloque complètement l’entrée de toute aide humanitaire et produits essentiels.  Le blocus et le siège de Gaza, constituent une forme de « châtiment collectif », alors qu’affamer les civils devient une méthode de guerre. 

Au 1er avril, le Programme alimentaire mondial (PAM) s’est vu contraint de fermer ses 25 boulangeries à Gaza.  Les tensions sociales résultant des privations alimentaires sont palpables.  Comme avant le cessez-le-feu, l’ordre social s’effondre à nouveau sous nos yeux, s’est alarmé le Haut-Commissaire. 

De plus, il s’est dit préoccupé par les déclarations incendiaires de hauts responsables israéliens qui parlent de saisir, diviser et contrôler la bande de Gaza et d’en expulser les Palestiniens. 

Tout cela s’apparente à des crimes internationaux, a mis en garde M. Türk, rappelant la résolution 2735 (2024) qui rejette toute tentative de changement démographique ou territorial dans la bande de Gaza. 

La situation en Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est, est également extrêmement alarmante.  L’annonce selon laquelle les résidents ne doivent pas retourner chez eux pendant un an suscite de vives inquiétudes. 

Depuis le 7 octobre 2023, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a comptabilisé 909 morts, dont 192 enfants et 5 personnes handicapées.  Ces morts, a précisé M. Türk, sont toutes imputables à l’État et aux colons israéliens et certaines d’entre elles peuvent s’apparenter à des exécutions extrajudiciaires ou à d’autres exécutions illégales. 

Au cours de la même période, 51 Israéliens, dont 15 femmes et 4 enfants, ont été tués lors d’attaques palestiniennes présumées ou d’affrontements armés, 33 en Cisjordanie et 18 en Israël. 

Rien ne peut justifier les horribles attaques commises contre les communautés israéliennes le 7 octobre 2023, et rien ne peut justifier le châtiment collectif du peuple palestinien, a fait valoir M. Türk. 

Tous les otages doivent être libérés immédiatement et sans condition.  Toutes les personnes détenues arbitrairement doivent également être libérées. 

Les 18 derniers mois de violence ont montré très clairement qu’il n’y a pas de voie militaire pour sortir de cette crise, a constaté le Haut-commissaire, pour qui, le seul moyen d’avancer est un règlement politique, fondé sur la solution des deux États. 

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