En cours au Siège de l'ONU

9870e séance – après-midi
CS/16009

Conseil de sécurité: la police des Nations Unies, à la croisée des chemins dans le maintien de la paix

« Comment pouvons-nous positionner la police des Nations Unies pour qu’elle soit préparée à des défis qui, même s’ils sont en pleine évolution, conservent de nombreux aspects connus? »  Telle est la question à laquelle le Secrétaire général adjoint aux opérations de paix, M. Jean-Pierre Lacroix, s’est efforcé de répondre, cet après-midi au Conseil de sécurité.  À l’occasion de cette séance annuelle centrée sur les activités des composantes de police des missions de maintien de la paix de l’ONU, de hauts responsables ont tenté de démontrer la « réelle différence » que les contingents de police font dans la vie des populations locales, contribuant à jeter les bases d’une paix et d’un développement durables.  Une conviction également exprimée par le conseiller pour les questions liées à la police des Nations Unies, M. Faisal Shahkar. 

Au nombre de ces défis, a expliqué M. Lacroix, figurent le non-respect de l’état de droit, la corruption, le mépris du droit international, la criminalité transnationale organisée et les violations des droits humains.  « Il est donc essentiel de veiller à ce que la police des Nations Unies soit correctement préparée, équipée et dotée des ressources nécessaires pour faire face à tout ce que l’avenir nous réserve », a-t-il ajouté.  Or, l’écart entre les mandats des missions de maintien de la paix et ce que les missions peuvent, concrètement, accomplir est devenu de plus en plus évident, a relevé le haut fonctionnaire, même si l’ONU s’efforce de combler cette lacune, grâce à l’initiative Action pour le maintien de la paix. 

Investir dans les compétences les plus élevées

Comme pour l’ensemble des opérations de paix, les défis auxquels la police des Nations Unies est confrontée continuent d’être influencés par les niveaux de confiance entre nos missions, les institutions gouvernementales des États hôtes et les populations hôtes, a observé M. Shahkar.  Pour maintenir la confiance, a-t-il constaté, il faut faciliter le respect des accords sur le statut des forces et lutter contre la désinformation et les fausses informations visant les opérations de paix de l’ONU.  « Nous devons continuer d’investir dans des formations spécialisées, de fixer des critères de performance rigoureux et de développer des stratégies visant à lutter contre la désinformation », un appel repris à son compte par la Somalie et la République de Corée. 

Sur l’amélioration des performances, qui fait partie intégrante des initiatives Action pour le maintien de la paix et Action pour le maintien de la paix Plus, la police des Nations Unies doit disposer des connaissances et compétences nécessaires pour accomplir ses tâches complexes.  « Nous devons – conjointement – investir dans sa formation », a insisté le conseiller, qui a mentionné le stage de formation aux fonctions de commandement de la police des Nations Unies, le « joyau de l’architecture de leur formation », qui a été organisé six fois à ce jour dans le monde entier.  Mais M. Shahkar a également insisté sur le rôle des responsables de la police sur le terrain, qui doivent continuellement identifier les enseignements à tirer et les partager avec le Siège de l’ONU. L’Algérie a d’ailleurs jugé urgent de développer davantage de partenariats entre l’ONU et les États Membres afin de jeter des ponts et d’échanger les expertises et meilleures pratiques, se disant disposée à contribuer à ces efforts par le biais de programme de renforcement capacitaire.

Transmettre le savoir-faire pour mieux protéger les civils

Quelles sont les réalisations dont peut s’enorgueillir la police des Nations Unies?  Elle contribue à renforcer les capacités de ses homologues des forces de police de l’État hôte et à soutenir leurs opérations, notamment en protégeant les civils menacés de violence physique, en utilisant l’approche des services de police fondée sur le genre, factuelle et testée sur le terrain, ancrée dans les directives stratégiques relatives aux activités de police internationales, a répondu M. Lacroix.  Ainsi, en République centrafricaine, elle s’est concentrée sur le renforcement de la sécurité et la protection des civils, notamment par une formation approfondie des Forces de sécurité internes, en mettant particulièrement l’accent sur les droits humains, la violence sexiste et la sécurité en vue des prochaines élections, a fait valoir M. Shahkar.  

Alors que des manifestations « jusqu’ici pacifiques » ont lieu en prélude aux scrutins en République centrafricaine, la police des Nations Unies continuera à jouer son rôle de protection de civils de façon impartiale, en soutien aux forces de sécurité centrafricaines, a indiqué M. Christophe Bizimungu, le Chef de la composante police de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA).  Parallèlement, la Mission a soutenu le déploiement de plus de 1 400 membres des Forces de sécurité intérieure dans tout le pays par le biais de diverses initiatives de renforcement des capacités et de programmes de formation, ainsi que par la construction et la réhabilitation d’installations de police, a encore relevé M. Shahkar. 

« Notre rôle le plus important est la prévention des conflits.  Chaque jour, nos policiers interagissent avec une multitude d’acteurs dans la zone tampon pour désamorcer les tensions, négocier des compromis et maintenir la paix en général », a expliqué à son tour Mme Xu Mingzhu, conseillère principale pour les questions liées à la police des Nations Unies de la Force des Nations Unies chargée du maintien de la paix à Chypre (UNFICYP).  À la suite d’une hausse des incidents civils au cours des cinq dernières années, nous avons adapté notre réponse en envoyant des patrouilles générales, ciblées et conjointes aux points chauds de la zone tampon, a-t-elle indiqué en précisant que ce contingent a dû faire face en 2024 à 333 incidents criminels et 3 897 incidents civils en 2024.  En outre, la composante Police de l’UNFICYP a assuré l’an dernier la sécurité des demandeurs d’asile: « la représentation diversifiée des pays contributeurs a été un atout que nous avons pu exploiter pour mieux comprendre et s’engager auprès des demandeurs d’asile », s’est félicitée Mme Mingzhu.

Les recommandations des membres du Conseil

Saluant les accomplissements de la police des Nations Unies, les membres du Conseil de sécurité n’ont pas été en reste pour formuler des recommandations. Ainsi, la Grèce de proposer qu’au moment du renouvellement des mandats, le Conseil tienne compte de l’implication de la police dans d’autres domaines, notamment les luttes contre la criminalité organisée et contre les crimes environnementaux.  Les États-Unis ont proposé pour cela que la formation offerte aux contingents mette en avant la complexité accrue des activités de police, avec une préparation dans des domaines tels que la criminalistique et la lutte contre la criminalité organisée. 

Pour la France, face aux risques liés à la désinformation, les efforts doivent se poursuivre pour mieux communiquer et faire comprendre le rôle de la police des Nations Unies sur les terrains, une préoccupation qui a conduit plusieurs délégations à insister sur l’importance du rôle de « proximité » des contingents de police.  La délégation américaine a suggéré à cet égard de prévoir des rotations plus longues sur le terrain afin d’accroître les connaissances locales et de tisser des liens. 

Il est en effet crucial de renforcer les liens avec les autorités locales, a préconisé le Panama, pour qui des efforts doivent être déployés pour inclure davantage de femmes dans tous les processus de paix, leurs contributions étant essentielles dans la médiation et la reconstruction de la confiance.  Pour la Fédération de Russie en revanche, qui a souhaité davantage de policières, la « bataille des chiffres » sur l’indicateur du genre n’est pas essentielle, ce qui compte étant l’efficacité. 

Pour le Pakistan, l’utilisation des nouvelles technologies s’avérera cruciale pour le succès de la police des Nations Unies.  Le maintien de l’ordre doit évoluer pour faire face à des menaces complexes et non traditionnelles impliquant l’utilisation de la technologie comme arme, la criminalité organisée, la traite des êtres humains et le terrorisme.  « La police des Nations Unies doit recevoir une formation et un renforcement des capacités adéquats et pouvoir intégrer les technologies dans ses opérations en utilisant des outils tels que l’intelligence artificielle générative, les outils de réalité virtuelle, les drones, les équipements de surveillance et l’analyse des données », a salué la délégation pakistanaise, suivie sur ce point par les États-Unis recommandant d’utiliser les nouvelles technologies pour mieux analyser les données. 

***NOUVEAU - Suivez la couverture des réunions en direct sur notre LIVE***

À l’intention des organes d’information. Document non officiel.