9602e séance, après-midi
CS/15660

Au lendemain des tirs iraniens contre Israël, le Conseil de sécurité entend des appels à la retenue et une demande d’Israël d’imposer de nouvelles sanctions à l’Iran

Le Conseil de sécurité s’est réuni ce dimanche après-midi en urgence, à la demande du Représentant permanent d’Israël qui a invoqué, dans une lettre du 13 avril, le lancement par l’Iran d’une « une attaque directe depuis son territoire de plus de 200 drones, missiles de croisière et missiles balistiques vers Israël, en violation flagrante de la Charte des Nations Unies et du droit international ».  Des faits analysés avec une vive inquiétude par les membres du Conseil qui ont entendu les explications de la délégation iranienne ainsi que les récriminations d’Israël demandant des sanctions contre l’Iran. 

Mobilisé à cette occasion, le Secrétaire général de l’ONU a observé que le Moyen-Orient est au bord du gouffre et que les populations de la région sont confrontées au risque réel d’une catastrophe dévastatrice à grande échelle. C’est pourquoi, à l’unisson avec plusieurs délégations, M. António Guterres a appelé à désamorcer la situation, précisant que « l’heure est désormais à la retenue maximale ».

Le Secrétaire général a cité la lettre qu’a également envoyée, hier, le Représentant permanent de l’Iran déclarant qu’« aux heures tardives du 13 avril 2024, la République islamique d’Iran a porté une série de frappes militaires contre des objectifs militaires israéliens.  Une mesure prise dans le cadre de la légitime défense, tel qu’énoncé à l’Article 51 de la Charte des Nations Unies, et en réponse aux agressions militaires récurrentes d’Israël, notamment son attaque armée du 1er avril 2024 contre des locaux diplomatiques iraniens ».

La plupart des drones et missiles lancés sur Israël depuis l’Iran ont été interceptés, a précisé M. Guterres tout en indiquant qu’un missile aurait endommagé une installation militaire israélienne dans le sud du pays.  Au total, on dénombre quelques civils blessés, a-t-il ajouté.

Pour le Chef de l’ONU, il est essentiel d’éviter toute action susceptible de conduire à des affrontements militaires majeurs sur plusieurs fronts au Moyen-Orient.  « Nous avons la responsabilité commune d’assurer un cessez-le-feu humanitaire immédiat à Gaza, la libération immédiate et inconditionnelle de tous les otages et l’acheminement sans entrave de l’aide humanitaire. »  Il a aussi souligné la « responsabilité commune » de mettre fin à la violence en Cisjordanie occupée, de désamorcer la situation le long de la Ligne bleue et de rétablir la sécurité de la navigation dans la région de la mer Rouge. 

« Ni la région ni le monde ne peuvent se permettre davantage de guerre. » Cet appel à la retenue du Secrétaire général a été repris en écho par plusieurs délégations comme le Guyana, l’Équateur et la Sierra Leone qui ont aussi appelé au dialogue.  À « la sagesse et la prudence », a ajouté le Mozambique.  Ils ont demandé de ne pas recourir à la force et de tout mettre en œuvre pour parvenir à la désescalade.  La séance de ce jour est un pas en ce sens, a estimé la Slovénie, tandis que la Suisse a insisté sur la protection des populations et infrastructures civiles, et Malte sur la nécessité de respecter le droit international. 

Le Japon a dit compter sur le Conseil de sécurité pour se pencher sur la question en tant qu’organe « uni » afin d’endiguer le risque de voir la région plonger dans l’abysse.  Le Conseil devrait compter sur la sagesse de tous ses membres, a dit en écho la République de Corée, tandis que l’Algérie a prévenu que nous sommes à un carrefour: soit on respecte à la lettre le droit international, soit on risque de sombrer dans le chaos et l’instabilité.  Selon la délégation algérienne, les crises du Moyen-Orient ont toutes un lien -l’occupation israélienne- et il faut cesser d’appliquer « la politique du deux poids, deux mesures » qui sape l’ordre international. 

Un « deux poids, deux mesures » qu’a dénoncé également la Fédération de Russie en pointant le « défilé d’hypocrisie » de l’Occident au Conseil de sécurité.  Ce qui s’est passé dans la nuit du 13 au 14 avril ne s’est pas produit « dans le vide », a-t-elle fait remarquer en expliquant que de telles mesures ont été prises par l’Iran pour pallier « l’inaction honteuse du Conseil de sécurité »: elles ont été menées en réaction à l’attaque flagrante d’Israël contre l’ambassade iranienne à Damas le 1er avril dernier, car une attaque contre une mission diplomatique est un casus belli au regard du droit international.  La Chine a également relayé l’argument iranien selon lequel son action militaire d’hier se voulait une réponse à l’attaque israélienne de ses locaux diplomatiques, notant que Téhéran considère aujourd’hui l’affaire close.  La délégation chinoise a néanmoins encouragé les parties à régler leurs différends conformément au droit international afin d’éviter toute escalade. 

La République arabe syrienne s’est elle aussi montrée sensible à l’argument de « la légitime défense nécessaire » face aux crimes passés d’Israël contre l’Iran. Elle a dénoncé au passage le soutien illimité américain qui a fait croire à la Puissance occupante qu’elle est au-dessus du droit international, et qu’elle peut poursuivre ses actions dans la région sans conséquence. 

Israël, qui a montré une vidéo de l’attaque déjouée par ses forces, a dénombré 170 drones, 120 missiles balistiques et 30 missiles de croisière lancés depuis le sol iranien, mais aussi en Syrie, au Yémen et en Iraq.  Malgré son ampleur, 99% des drones et missiles ont été interceptés, s’est félicité le délégué israélien. 

« Tout le monde souffre à cause de l’Iran, y compris les Iraniens », a-t-il poursuivi en accusant l’Iran de financer et appuyer ses supplétifs terroristes à travers le monde.  « Alors que le masque de l’Iran tombe avec cette attaque d’Israël, c’est maintenant que le monde doit agir. »  Il a rappelé que son pays avait averti depuis longtemps le Conseil des ambitions hégémoniques de l’Iran, qui risquent de conduire le monde vers le point de non-retour. Il a en outre déduit du ciblage hier de la mosquée Al-Aqsa que « l’Iran n’a cure des musulmans », avant d’accuser « le régime de l’Ayatollah » de chercher à exporter son hégémonie dans le monde entier, faisant même un parallèle avec les actions du IIIe Reich. 

Pour Israël, l’Iran n’est pas seulement un État terroriste, mais aussi un État pirate comme le laisse voir son détournement du navire MSC Aries, hier. L’Iran est sur le point de devenir une puissance nucléaire, a encore averti le représentant israélien pour qui l’attaque d’hier a franchi une ligne rouge.  « Israël se réserve le droit d’y répondre. »  Le délégué israélien a demandé que le Conseil de sécurité impose de nouvelles sanctions à ce pays et ce, pas seulement pour préserver Israël, mais aussi le monde entier.

Après avoir entendu ces accusations, la délégation de l’Iran a présenté ses explications.  Elle a confirmé avoir mené une série de frappes militaires contre des objectifs militaires israéliens avec des dizaines de missiles et de drones, « en réponse aux agressions militaires récurrentes du régime israélien », notamment ses attaques du 1er avril 2024 contre des locaux diplomatiques iraniens.  Cette action « nécessaire et proportionnée » s’inscrivait dans l’exercice du droit à la légitime défense de l’Iran et ciblait uniquement des objectifs militaires, s’est défendue la délégation.  Elle a rappelé qu’elle avait demandé au Conseil, au lendemain de l’attaque du 1er avril, de dénoncer fermement cet « acte criminel injustifié », se désolant que le Conseil ait manqué à son devoir de maintenir la paix et la sécurité internationales.  Les États-Unis et leurs alliés bloquent le Conseil de sécurité depuis plus de six mois, a désapprouvé l’Iran, notant que ces acteurs protègent ainsi Israël de toute responsabilité dans le massacre de Gaza.

Mettant en garde contre toute nouvelle provocation militaire de la part du « régime israélien », l’Iran a réaffirmé sa détermination à défendre son peuple, sa sécurité et ses intérêts nationaux.  L’Iran n’a pas l’intention de s’engager dans un conflit avec les États-Unis dans la région, ce qu’il a démontré en faisant preuve de retenue malgré l’implication des forces américaines dans l’interception de drones et de missiles iraniens, a fait valoir le délégué.  Toutefois, si les États-Unis lancent des opérations militaires contre l’Iran, celui-ci usera de son droit inhérent à réagir de manière proportionnée, a-t-il prévenu. 

« Que les choses soit bien claires »: l’Iran sera tenue responsable de toute attaque menée par ses intermédiaires, a prévenu quant à lui le Royaume-Uni pour qui cette attaque démontre une fois de plus que l’Iran entend semer le chaos dans la région.  Il a assuré vouloir continuer de défendre les intérêts sécuritaires d’Israël, ainsi que ceux de tous ses partenaires régionaux, y compris la Jordanie et l’Iraq. Le Royaume-Uni, de même que Malte, ont aussi appelé l’Iran à libérer sans condition le navire MSC Aries et son équipage.  Le Conseil de sécurité a l’obligation de ne pas laisser un tel acte sans réponse, ont mis en avant les États-Unis qui ont annoncé l’examen, dans les jours à venir, d’autres mesures destinées à tenir Téhéran responsable. 

Dans l’objectif de sortie de crise, la France a estimé qu’il est grand temps, six mois après les attaques terroristes du 7 octobre et le début de la guerre à Gaza, de poser les bases d’un règlement politique durable en traitant des causes du conflit.  « C’est d’ailleurs ce que propose le projet de résolution que nous avons présenté à ce Conseil », a dit la délégation qui a appelé à tout faire pour éviter une nouvelle guerre au Proche et au Moyen-Orient. 

À l’intention des organes d’information. Document non officiel.