9567e séance – matin
CS/15613

Soudan: les membres du Conseil de sécurité appellent à l’arrêt des hostilités avant le ramadan, alors que la mission de l’ONU vient d’achever son retrait

Quelques jours après le retrait effectif de la Mission intégrée d’assistance à la transition des Nations Unies au Soudan (MINUATS), conformément à la résolution 2715 du 3 décembre 2023, les membres du Conseil de sécurité se sont ralliés, ce matin, à l’appel lancé par le Secrétaire général en faveur d’une cessation des hostilités à l’approche du ramadan.  La France et la Suisse ont appelé à soutenir le projet de résolution préparé à cette fin par le Royaume-Uni.  Les Quinze ont également exhorté les parties au conflit à garantir un accès sans entrave de l’aide humanitaire, alors que pointe le spectre de la famine, et à reprendre des négociations en vue d’un règlement politique. 

Venu informer le Conseil sur la base de son rapport consacré aux « efforts de l’ONU pour soutenir le Soudan sur la voie de la paix et de la stabilité », le Secrétaire général a averti que le conflit entre les Forces armées soudanaises et les Forces d’appui rapide, qui entrera le mois prochain dans sa deuxième année, met en péril l’unité du Soudan et menace de déclencher une instabilité régionale « aux proportions dramatiques ».  La poursuite des combats, les appels à armer les civils et l’entrée en lice de groupes armés au Darfour et au Kordofan méridional font courir le risque d’une fragmentation encore plus grave du pays, d’une aggravation des tensions intra et intercommunautaires et d’une intensification des violences ethniques, a souligné M. António Guterres. 

Pour le Chef de l’ONU, faire taire les armes est d’autant plus urgent que la crise humanitaire atteint des niveaux catastrophiques, quelque 25 millions de personnes, soit plus de la moitié de la population soudanaise, ayant besoin d’une aide vitale.  En outre, le Soudan est devenu le théâtre de la plus grande crise de déplacement interne au monde: 6,3 millions de personnes cherchent la sécurité dans le pays, tandis que 1,7 million de personnes supplémentaires ont fui vers les pays voisins.  Dans ce contexte, a ajouté M. Guterres, environ 18 millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire aiguë, ce qui est sans précédent au cours d’une saison de récolte. 

Ce constat alarmant a été repris par le Guyana, point focal informel –avec la Suisse– en charge des conflits et de la faim: 3,8 millions d’enfants souffrent de malnutrition aiguë au Soudan et des dizaines de milliers vont probablement mourir si rien n’est fait.  Notant que, depuis décembre dernier, le conflit s’est propagé dans les régions de production alimentaire, la délégation a prévenu que, selon un « scénario probable », plusieurs millions de personnes pourraient être confrontées à la famine lors de la prochaine saison sèche, d’ici au mois de juin. 

Dans ce contexte, le Secrétaire général a salué les récentes décisions des autorités soudanaises qui ont autorisé l’utilisation de points transfrontaliers dans les zones qu’elles contrôlent et de trois aéroports pour les vols humanitaires.  Le représentant du Soudan a d’ailleurs détaillé les nombreuses mesures prises par son gouvernement pour faciliter les opérations humanitaires sur le terrain et venir ainsi en aide à la population.  Le Secrétaire général a aussi jugé essentiel de remédier à la crise chronique de l’insécurité alimentaire dans certaines parties du Darfour et dans d’autres zones difficiles d’accès, tout en exhortant la communauté internationale à contribuer au Plan de réponse humanitaire 2024 pour le Soudan, qui n’est aujourd’hui financé qu’à hauteur de 4%. 

Bon nombre des délégations, notamment l’Algérie, au nom des A3+1 (Algérie, Mozambique, Sierra Leone et Guyana), le Japon, Malte et la Suisse, se sont elles aussi félicitées des décisions prises par Khartoum pour intensifier l’acheminement de l’aide depuis le Soudan du Sud et le Tchad.  Le Guyana a insisté sur le fait que l’aide transfrontalière est la seule à pouvoir atteindre le Darfour.  Il a aussi appelé à la levée des obstacles bureaucratiques freinant ces acheminements, tandis que les États-Unis et le Royaume-Uni ont condamné le retrait par les Forces armées soudanaises de l’autorisation de livraison transfrontalière à Adré, au Tchad.  De son côté, la France a rappelé qu’avec l’Union européenne et l’Allemagne, elle organisera le 15 avril prochain à Paris une conférence humanitaire pour le Soudan et les pays voisins, une initiative « louable » selon les A3+1.

Sur le plan des hostilités, le Japon a dénoncé la fourniture d’armes aux belligérants par des pays voisins.  Les États-Unis ont accusé ces « puissances régionales » de violer ainsi de façon flagrante l’embargo sur les armes, se désolant que cela alimente les violences et les massacres dans le pays, en particulier au Darfour. « Cela nous rappelle le génocide de 2004. »  À l’instar du Secrétaire général, plusieurs membres du Conseil se sont également alarmés des informations faisant état de violences sexuelles systématiques liées au conflit.  Malte a exigé des parties qu’elles mettent fin à de tels agissements et aux atrocités de nature ethnique.  L’Équateur a plaidé quant à lui pour une participation pleine et égale des Soudanaises aux efforts de désescalade et de consolidation de la paix au Soudan.

M. Guterres a assuré que, pour parvenir à une cessation durable des hostilités, l’ONU est prête à intensifier son engagement avec ses partenaires multilatéraux, notamment l’Union africaine (UA), l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) et la Ligue des États arabes.  Invitant les États de la région qui disposent d’un levier sur les parties à se joindre à ces efforts, il a aussi appelé le Conseil à soutenir l’action de son Envoyé personnel, M. Ramtane Lamamra, qui multiplie les échanges avec les acteurs régionaux.  Favorable à ces interactions, la Chine a souligné l’importance des médiations de l’IGAD et l’UA.  La Fédération de Russie a, elle, appelé de ses vœux une revitalisation de la « plateforme de Djedda », une instance de négociation dont la République de Corée a toutefois constaté le peu de résultats en raison d’intérêts contradictoires. 

Quant à la MINUATS, le Secrétaire général a confirmé son retrait du Soudan la semaine dernière, ainsi que l’ouverture de la période de liquidation technique.  « Bien que cette mission ait pris fin, notre travail collectif pour la paix doit se poursuivre et s’intensifier », a-t-il dit, approuvé par la Chine, selon laquelle ce retrait ne signifie pas la fin de la coopération entre l’ONU et le Soudan. Plus critique, la Fédération de Russie a appelé à restaurer la confiance des Soudanais dans le système des Nations Unies, érodée selon elle par des décisions de la MINUATS. 

RAPPORTS DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL SUR LE SOUDAN ET LE SOUDAN DU SUD

Déclarations

M. ANTÓNIO GUTERRES, Secrétaire général de l’ONU, a rappelé que le mois prochain marquera le premier anniversaire du début du conflit entre les Forces armées soudanaises et les Forces d’appui rapide, qui non seulement met en péril l’unité du Soudan mais menace aussi de déclencher une instabilité régionale « aux proportions dramatiques ».  Faisant état de nouvelles offensives dans les États de Khartoum et de Gazira, il a indiqué que l’ONU a récemment dû suspendre ses opérations au centre humanitaire de Wad Madani et a dit craindre une nouvelle expansion des hostilités vers l’est.  Le Chef de l’ONU s’est également alarmé des appels à armer les civils et des activités de mobilisation populaire dans divers États, tout en relevant l’entrée en lice de groupes armés au Darfour et au Kordofan méridional.  « Tous ces développements dangereux alimentent le feu en faveur d’une fragmentation encore plus grave du pays, d’une aggravation des tensions intra et intercommunautaires et d’une intensification des violences ethniques », a-t-il averti, appelant toutes les parties à faire taire les armes pendant le mois sacré du ramadan qui débute dans quelques jours. 

Pour M. Guterres, il est d’autant plus urgent de déposer les armes que la crise humanitaire atteint des proportions colossales.  Selon lui, une bonne moitié de la population –soit quelque 25 millions de personnes– a besoin d’une aide vitale et plus de 14 000 personnes ont été tuées, le chiffre réel étant probablement bien plus élevé.  En outre, le Soudan est désormais le théâtre de la plus grande crise de déplacement interne au monde, 6,3 millions de personnes cherchant la sécurité dans le pays, tandis que 1,7 million de personnes supplémentaires ont fui vers les pays voisins.  En raison du conflit, a-t-il poursuivi, plus de 70% des établissements de santé dans les zones touchées ne sont plus fonctionnels, des millions d’enfants ne sont pas scolarisés, les systèmes d’eau et d’assainissement sont en panne, les maladies se multiplient et quelque 18 millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire aiguë, ce qui est sans précédent au cours d’une saison de récolte. 

Dans ce contexte, l’ONU et ses partenaires humanitaires font tout ce qui est en leur pouvoir pour endiguer ces souffrances, a assuré le Secrétaire général, non sans reconnaître des difficultés pour atteindre des millions de personnes dans le besoin.  Tout en saluant les récentes décisions des autorités soudanaises visant à faciliter l’accès à travers les lignes depuis l’est du Soudan, autorisant l’utilisation de points transfrontaliers dans les zones qu’elles contrôlent et de trois aéroports pour les vols humanitaires, il a jugé essentiel de remédier à la crise chronique de l’insécurité alimentaire dans certaines parties du Darfour et dans d’autres zones difficiles d’accès.  Il a également exhorté la communauté internationale à contribuer au Plan de réponse humanitaire 2024 pour le Soudan, qui reste largement sous-financé. 

Le Chef de l’ONU a ensuite alerté que la situation des droits humains devient « incontrôlable » dans tout le Soudan, et que les attaques aveugles des Forces d’appui rapide et des Forces armées soudanaises ont tué ou blessé un nombre important de civils.  Nous assistons à des pillages généralisés, à des arrestations arbitraires, à des disparitions forcées, à des tortures, à des recrutements et à des détentions d’enfants, parallèlement à un rétrécissement de l’espace civique, a-t-il expliqué. L’ONU reçoit aussi des informations faisant état de violences sexuelles systématiques liées au conflit, notamment de viols souvent collectifs, ainsi que d’enlèvements et de traite à des fins d’exploitation sexuelle.  Face à cette détérioration, M. Guterres a salué les efforts régionaux et internationaux visant à résoudre le conflit. 

L’ONU est prête à intensifier son engagement avec ses partenaires multilatéraux, notamment l’Union africaine (UA), l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) et la Ligue des États arabes, pour prendre des mesures urgentes en faveur d’une cessation durable des hostilités, d’un accord inclusif, cohérent, complémentaire et d’une médiation internationale efficace, a-t-il affirmé, invitant les États de la région qui disposent d’un levier tangible sur les parties belligérantes à se joindre à ces efforts.  Il a aussi appelé le Conseil à soutenir l’action de son Envoyé personnel, M. Ramtane Lamamra, qui a rencontré les dirigeants des parties en conflit, et s’est rendu dans de nombreuses capitales pour discuter de la voie à suivre. 

Enfin, le Secrétaire général a indiqué qu’à la suite du retrait de la Mission intégrée des Nations Unies pour l’assistance à la transition au Soudan (MINUATS) la semaine dernière, la période de liquidation technique a commencé.  Bien que cette mission ait pris fin, notre travail collectif pour la paix doit se poursuivre et s’intensifier, a-t-il déclaré, estimant à nouveau qu’une cessation des hostilités pendant le ramadan peut aider à atténuer les souffrances et ouvrir la voie vers une paix durable. 

Le représentant du Royaume-Uni a déclaré que les Forces armées soudanaises et les Forces d’appui rapide portent la responsabilité conjointe de la situation épouvantable au Soudan.  Les attaques des deux côtés dans les zones urbaines et dans la région occidentale du Soudan continuent de tuer des civils, a-t-il déploré, jugeant « particulièrement insupportable » la situation des enfants, qui sont déplacés, sous-alimentés et privés d’éducation.  À cet égard, le représentant a noté que le retrait par les Forces armées soudanaises de l’autorisation de livraison transfrontalière d’aide humanitaire à Adré, au Tchad, est « indéfendable ».  Il a appelé les autorités soudanaises à honorer leurs engagements visant à supprimer les formalités administratives et l’obstruction qui ont empêché l’acheminement d’une aide humanitaire significative à travers les lignes de front.  « La situation au Soudan mérite une réponse ferme de la part de ce Conseil et une attention accrue de la part de la communauté internationale », a fait valoir le représentant. 

À l’approche du ramadan, le représentant a fait sien l’appel du Secrétaire général à un cessez-le-feu immédiat.  L’Union africaine, l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) et les États de la région doivent coordonner leurs efforts pour mettre fin au conflit et rejeter les tentatives des parties d’opposer différentes voies de médiation.  « Il ne devrait pas appartenir aux dirigeants militaires des Forces armées soudanaises ou des Forces d’appui rapide de déterminer l’avenir politique du Soudan », a-t-il conclu. 

La représentante de Malte a rappelé qu’après près d’un an de conflit, le Soudan est devenu le théâtre de la plus grande crise de déplacement au monde, avec 7,6 millions de personnes déplacées, dont 3,5 millions d’enfants.  En 2024, 24,8 millions de personnes auront besoin d’une aide humanitaire, a-t-elle aussi noté avant de demander avec insistance aux Forces armées soudanaises et aux Forces de soutien rapide de cesser les hostilités et d’arrêter d’utiliser la famine comme arme de guerre. Elle a salué au passage les récents changements dans les modalités de fourniture de l’aide annoncés par les autorités soudanaises.  Après avoir félicité la France d’accueillir la prochaine conférence des donateurs pour l’aide humanitaire au Soudan, aux côtés de l’Union européenne et de l’Allemagne, elle a rappelé l’engagement pris par l’Union européenne de verser 117 millions d’euros au Tchad et au Soudan, ce qui souligne l’urgence de remédier aux conséquences humanitaires de ce conflit. 

La déléguée a lancé un appel à toutes les parties à cesser la violence sexuelle et autres atrocités liées au conflit.  Alors que Malte soutient les initiatives régionales et diplomatiques en cours, notamment les pourparlers de Djedda, qui visent à désamorcer le conflit et à amener les factions belligérantes à la table des négociations, la représentante a toutefois prévenu que la prolifération d’initiatives pourrait retarder le règlement effectif du conflit.  La coordination est primordiale et les dirigeants doivent honorer leurs engagements à la table des négociations, a-t-elle fait valoir.  Elle a conclu en exhortant le Conseil à faire tout son possible pour obtenir un cessez-le-feu immédiat et créer les conditions nécessaires à l’acheminement sans entrave de l’aide humanitaire. 

Le représentant de l’Algérie, qui a pris la parole au nom des A3+1 (Algérie, Guyana, Mozambique, et Sierra Leone), a exhorté tous les acteurs soudanais à déclarer un cessez-le-feu immédiat dans un contexte de détérioration de la situation sécuritaire et humanitaire.  Il les a appelés à mettre de côté leurs divergences et à saisir l’occasion offerte par le ramadan pour s’engager sur la voie de l’apaisement et de la retenue.  Le délégué a ensuite salué la décision des autorités soudanaises de faciliter l’accès de l’aide humanitaire par le biais de plusieurs points de passage frontaliers, tels que Tchad-Tina-Darfour, et des vols humanitaires transitant par les aéroports d’El-Fasher, Kadougli et El-Obeid. 

Il a salué l’annonce d’un nouveau cycle de pourparlers dans le cadre du processus de Djedda, invitant les parties soudanaises à s’y engager de bonne foi.  La tenue d’une conférence humanitaire internationale à Paris, en avril prochain, est également une initiative louable, a-t-il encore relevé.  S’agissant des efforts diplomatiques pour mettre fin à la crise soudanaise tragique, nous avons assisté à de multiples initiatives et processus depuis le début, a reconnu le délégué, qui a cependant pointé l’absence de coordination suffisante entre les différentes avenues diplomatiques. Il est important à ce stade de prioriser la coordination des efforts régionaux et internationaux tout en faisant le point sur tous les cadres existants pour adopter une approche différente de sortie de crise, fondée sur l’inclusion, l’appropriation soudanaise et une préparation adéquate, a souhaité le représentant.  Il s’est félicité de la création d’un groupe de haut niveau de l’Union africaine sur le Soudan, estimant qu’il apportera une valeur ajoutée et un soutien évidents au processus de paix en cours.  Le représentant s’est ensuite préoccupé des informations selon lesquelles des acteurs extérieurs alimentent la crise au Soudan, au lieu de contribuer à faire progresser les efforts de paix.  « Soyons clairs, les ingérences extérieures doivent être publiquement et fermement condamnées », a-t-il affirmé.

La représentante du Guyana, qui s’exprimait au nom de son pays et de la Suisse, points focaux informels chargés des conflits et de la faim, a averti que la malnutrition aiguë et la faim ont augmenté au Soudan depuis le début du conflit en avril 2023 et que la population fait désormais face à un risque de famine.  Elle a précisé que, selon les derniers chiffres, 18 millions de personnes souffrent de malnutrition aiguë et que 5 millions sont menacées de mort, soit le pire niveau de malnutrition jamais enregistré au Soudan durant la saison des récoltes.  Selon elle, beaucoup de personnes menacées par la faim sont coincées dans des régions en proie à des conflits actifs.  De plus, un grand nombre de personnes sont déplacées et certaines ont été contraintes de fuir au Soudan du Sud et au Tchad.  Dans ce contexte, a-t-elle poursuivi, 3,8 millions d’enfants souffrent de malnutrition aiguë au Soudan et des dizaines de milliers vont probablement mourir si rien n’est fait.  « Des rapports indiquent que, dans le camp de Zamzam, dans le nord du Darfour, un enfant meurt toutes les deux heures en raison de la malnutrition. » 

La représentante a ajouté que, depuis décembre dernier, le conflit s’est propagé dans les régions qui produisent des aliments, ce qui menace les récoltes et le système agroalimentaire.  Selon le scénario probable, des millions de personnes pourraient être confrontées à la famine lors de la prochaine saison sèche, d’ici au mois de juin, a-t-elle prévenu, estimant que la « fenêtre de tir » pour réduire l’impact de cette énorme crise se rétrécit.  À ses yeux, la situation est devenue plus grave lorsque les autorités soudanaises ont retiré les autorisations pour les opérations transfrontalières depuis le Soudan du Sud et le Tchad.  Elle s’est cependant félicitée des négociations entre les autorités soudanaises et l’OCHA pour résoudre ce problème, avant d’insister sur le fait que l’aide transfrontalière est la seule à pouvoir atteindre le Darfour, l’une des régions les plus touchées par la faim.  Appelant à garantir un accès humanitaire sûr et sans entrave dans tout le pays, via une aide transfrontalière et à travers les lignes de front, elle a aussi exigé la levée des obstacles bureaucratiques et la protection des infrastructures essentielles.  Après avoir rappelé que la résolution 2417 (2018) a condamné toute entrave à l’accès humanitaire et l’utilisation de la famine comme tactique de guerre, elle a demandé aux membres du Conseil de sécurité de ne pas rester les bras croisés et d’enjoindre aux belligérants de se mettre en conformité avec leurs obligations au titre du droit international humanitaire. 

Le représentant de la République de Corée s’est alarmé de la situation humanitaire au Soudan et a appelé le Conseil de sécurité à redoubler d’effort pour régler cette crise. Il a demandé aux belligérants de cesser les hostilités avant le ramadan et de s’engager sur la voie du dialogue. Le Soudan connaît le plus grand déplacement de population au monde, a-t-il constaté avec inquiétude en soulignant que le pays subit une insécurité alimentaire aiguë, ce qui exige un acheminement sans entrave de l’assistance humanitaire.  Accusant les belligérants de violations graves du droit international humanitaire à cet égard, il leur a rappelé qu’ils devront rendre des comptes.  

S’adressant à ses collègues du Conseil de sécurité, il leur a demandé d’œuvrer en faveur de la cessation des hostilités au Soudan plutôt que de les alimenter.  Il a demandé notamment que l’embargo sur les armes visant le Soudan soit adapté à la situation sur le terrain, réitérant que ceux qui le violent peuvent faire l’objet de mesures ciblées.  Passant au processus politique, il a relevé que les efforts de médiation, notamment la « plateforme de Djedda », n’ont pas encore abouti à de véritables progrès en raison d’intérêts contradictoires.  Il a dit faire confiance au panel de haut niveau de l’Union africaine et à l’Envoyé personnel du Secrétaire général.  Plus que jamais, l’ONU doit être présente au Soudan, a-t-il martelé, en insistant pour que l’équipe de pays de l’ONU puisse poursuivre son travail dans le domaine de l’aide humanitaire.

Le représentant de la Chine a jugé « consternante » la crise humanitaire au Soudan, qui appelle une solution politique urgente afin de rétablir la paix.  Face au risque de propagation du conflit, il a souligné l’importance de mettre un terme aux combats le plus vite possible, exhortant les parties belligérantes à s’engager dans des pourparlers de paix et à garantir l’accès humanitaire.  Il s’est félicité à cet égard de la décision du Gouvernement soudanais d’ouvrir certains postes frontières afin de faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire par l’ONU. Nous devons en outre soutenir les efforts de médiation régionaux tels que ceux engagés par l’IGAD, l’Union africaine et d’autres organisations régionales, a-t-il ajouté.  Tout en soulignant l’importance de respecter la souveraineté du Soudan et d’éviter d’imposer des solutions extérieures, le représentant a appelé le Conseil de sécurité à renforcer sa coordination régionale.  Le retrait de la MINUATS, conformément à la résolution 2715 (2023), ne signifie pas la fin de la coopération entre l’ONU et le Soudan, a-t-il noté. 

Le représentant de l’Équateur a déploré les conséquences dévastatrices que le conflit au Soudan a entraînées pour sa population et la région, saluant le travail accompli par l’Envoyé personnel du Secrétaire général en faveur d’un accord de cessez-le-feu et d’une solution politique durable par le biais du dialogue. Ces efforts requièrent le soutien de partenaires régionaux et sous-régionaux tels que l’IGAD ainsi que l’inclusion de trois personnalités éminentes dans le groupe de haut niveau de l’Union africaine sur le Soudan, a précisé le représentant.

Pour sa délégation, la participation pleine et égale des Soudanaises et de la société civile est fondamentale pour tout effort de désescalade et de consolidation de la paix au Soudan.  Or, des informations alarmantes font état de viols, d’exploitation sexuelle, d’enlèvements et de captivité de femmes et de filles soudanaises, s’est-il inquiété.  Également préoccupé par l’appel des parties au conflit à armer les civils et par les vastes campagnes de mobilisation de la population, le représentant a jugé que cela pouvait fragmenter encore davantage le pays et intensifier les tensions intracommunautaires.  Il a apporté son soutien au travail de la Cour pénale internationale (CPI) et aux efforts déployés en faveur de la lutte contre l’impunité.  En conclusion, le délégué a appelé les États à ne pas transférer d’armes ou de ressources militaires qui pourraient être utilisées par les parties en conflit contre leur population civile. 

Le représentant de la Slovénie a noté que les civils continuent de porter le plus lourd fardeau du coût déjà « immense » du conflit au Soudan.  La poursuite des hostilités rendra d’autant plus difficiles le relèvement et la réconciliation lorsque les armes se tairont, s’est-il inquiété en demandant en conséquence aux deux parties de s’engager sans tarder en faveur d’un cessez-le-feu et d’un processus politique inclusif.  Il a salué les efforts en ce sens entrepris par les parties prenantes régionales et internationales, l’urgence et l’ampleur du conflit nécessitant selon lui une coordination des mécanismes de médiation existants.  Dans l’intervalle, il a appelé les parties au conflit à respecter le droit international humanitaire et les droits humains.

La crise humanitaire atteint aujourd’hui des proportions alarmantes, près de la moitié de la population du pays étant confrontée à une privation aiguë des besoins essentiels en nourriture, eau, abri et accès aux services de base, a poursuivi le délégué.  Il a dès lors appelé les parties à mettre en œuvre les engagements pris dans la Déclaration de Djedda pour protéger les civils et permettre l’acheminement de l’aide humanitaire.  Les attaques ciblées à caractère ethnique au Darfour et les violences sexuelles généralisées sont particulièrement alarmantes et doivent faire l’objet d’une enquête, a-t-il exigé en conclusion de son intervention. 

La représentante de la Fédération de Russie a relevé que le rapport du Secrétaire général ne consacre que deux pages à la fermeture de la MINUATS, et se limite à blâmer ou exiger quelque chose des Soudanais.  Vu les circonstances difficiles actuelles, ils n’ont pas besoin de critiques mais de conseils avisés et de recommandations utiles, a-t-elle estimé, appelant à restaurer la confiance des Soudanais dans le système des Nations Unies, érodé, selon elle, suite aux décisions de la direction de la MINUATS.  Elle a également reproché à certains membres du Conseil de poursuivre leurs propres intérêts en utilisant les structures des Nations Unies.  Il faut trouver des moyens de surmonter la phase critique du conflit qui conviennent aux Soudanais, a-t-elle insisté.  Et les efforts de médiation internationaux et régionaux devraient viser à mettre un terme aux confrontations et à la souffrance des civils, a-t-elle ajouté, notant le potentiel important de la plateforme de négociation de Djedda.  Elle a salué les efforts visant à revitaliser les travaux de ce format et s’est dite convaincue que le travail engagé et impartial du Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires, M. Martin Griffiths, pourrait donner des résultats positifs. 

Abordant le volet humanitaire, la représentante a salué la décision des autorités soudanaises d’autoriser la circulation des fournitures humanitaires via des points situés à leurs frontières avec le Tchad, le Soudan du Sud et l’Égypte, ainsi que par voie aérienne vers un certain nombre d’aéroports.  Elle a argué que réduire le niveau de coopération humanitaire avec les autorités actuelles est une mesure à courte vue qui risque d’aggraver la situation des Soudanais, jugeant nécessaire d’augmenter les livraisons par divers points, sous le contrôle des autorités centrales.  Selon elle, l’attitude des autorités soudanaises en faveur d’une solution positive et constructive aux problèmes émergents est un élément sur lequel le Conseil pourra s’appuyer pour parvenir à un règlement global du conflit dans le pays.  Elle a également appelé « l’autre partie » à faire des compromis et à se laisser guidée par les intérêts nationaux du Soudan.  L’Envoyé personnel du Secrétaire général, M. Ramtane Lamamra, peut jouer un rôle décisif en unissant et en canalisant les efforts de médiation dans le cadre de son mandat actuel, a suggéré la représentante en plaidant pour une « diplomatie discrète ». 

Le représentant de la France a soutenu l’initiative du Secrétaire général en faveur d’un cessez-le-feu à l’occasion du ramadan, espérant que le Conseil de sécurité se ralliera rapidement au projet de résolution présenté par le Royaume-Uni pour appuyer cette proposition.  Il a encouragé les deux belligérants à s’accorder sans délais sur les modalités de la reprise du dialogue en dépassant leur logique de préconditions et en prenant des mesures contre ceux qui exacerbent les tensions dans les deux camps.  Pour le délégué, cependant, les initiatives de paix doivent être mieux coordonnées, notant qu’il y a 20 ans, l’ONU et l’Union africaine avaient su peser de tout leur poids, y compris en déployant des missions pour la protection des civils.  Nous devons répondre aux défis de la crise actuelle en formalisant, en lien avec les parties, un cadre unique pour faciliter le règlement du conflit, a-t-il préconisé, avant de faire part de son soutien aux efforts de l’Envoyé personnel du Secrétaire général. 

Rappelant ensuite la nécessité de répondre à l’urgence humanitaire, le représentant a rappelé que, avec l’Union européenne et l’Allemagne, la France organisera à Paris le 15 avril prochain une conférence humanitaire pour le Soudan et les pays voisins.  L’Union européenne a mobilisé 500 millions d’euros en 2023 pour répondre à cette crise, soit un tiers de la réponse internationale, s’est félicité le représentant.  La France a pour sa part versé 55 millions d’euros d’aide au Soudan et aux pays voisins.  Les parties doivent pour leur part garantir l’accès de l’aide à l’ensemble des populations, y compris par le biais d’accès transfrontaliers et au travers les lignes de front, a indiqué le représentant, avant de saluer les premiers engagements pris par les autorités soudanaises pour améliorer l’accès humanitaire. 

La représentante de la Suisse a fait observer que, près d’un an après le début du conflit au Soudan, les pertes, les destructions, les souffrances et les traumatismes sont tels que le pays est menacé dans sa propre existence.  Estimant que la première des priorités est de protéger les civils, elle a constaté que « le champ de bataille a été élargi de manière abjecte aux corps des femmes » et que « l’ethnicité est devenue à nouveau une question de vie ou de mort ».  Après avoir rappelé que nombre de ces actes, qui se déroulent dans un contexte d’impunité quasi-totale, pourraient constituer des crimes de guerre au regard du droit international, elle a réitéré son appel aux belligérants pour qu’ils cessent immédiatement les hostilités et coopèrent avec les mécanismes des droits humains.  

Abordant ensuite la situation humanitaire catastrophique, la représentante a dénoncé le fait que le Plan de réponse humanitaire ne soit financé à ce stade qu’à hauteur de 4%.  Selon elle, la décision des autorités soudanaises en février de révoquer l’autorisation de l’aide humanitaire transfrontalière du Tchad n’a fait qu’exacerber les besoins qui ne font qu’augmenter.  Elle a donc salué l’annonce faite cette semaine par Khartoum de faciliter l’acheminement de l’aide en provenance du Tchad et du Soudan du Sud ainsi que par le biais de vols humanitaires.  Elle a exhorté les parties à faciliter un accès humanitaire sûr, rapide et sans entrave à travers les frontières et les lignes de front, demandant en outre aux autorités soudanaises de réduire les obstacles bureaucratiques et administratifs.  

La représentante a enfin enjoint aux parties de reprendre des négociations de cessez-le-feu et de relancer un processus politique crédible et inclusif, appelant en outre à une complémentarité des initiatives diplomatiques régionales et internationales.  Elle a aussi émis l’espoir qu’à l’approche du ramadan, le Conseil de sécurité pourra envoyer un signal fort aux parties en adoptant une résolution qui demande une cessation immédiate des hostilités.

Le représentant des États-Unis a condamné dans les termes les plus forts les crimes commis par les belligérants au Soudan, en particulier les crimes contre l’humanité et le nettoyage ethnique perpétrés par les Forces d’appui rapide au Darfour et ailleurs.  Il a en outre condamné le recrutement forcé généralisé d’enfants et les viols, tortures et autres atteintes aux droits humains des civils soudanais.  Les puissances régionales doivent immédiatement cesser d’envoyer des armes dans ce pays, en violation flagrante de l’embargo sur les armes, a-t-il martelé, arguant que cela alimente les violences et les massacres dans le pays et en particulier au Darfour.  Cela nous rappelle le génocide de 2004, a-t-il dit. 

Le représentant a invité les autorités soudanaises à revenir sur leur décision de fermer le point de passage vers le Tchad, tout en se félicitant de l’annonce de la réouverture de plusieurs autres points de passage vers le Soudan du Sud et le Tchad afin d’éviter une catastrophe humanitaire.  À l’approche du premier anniversaire de ce conflit « cruel », le représentant a exhorté le Conseil de sécurité à agir de toute urgence afin d’apaiser les souffrances humaines et de garantir un accès humanitaire sûr et durable.  Même si les États-Unis avaient espéré que les autorités soudanaises prennent une autre décision concernant la MINUATS, ils continueront d’aider l’équipe de pays après son retrait, a-t-il assuré.

Le représentant du Japon a appelé les Forces armées soudanaises et les Forces d’appui rapide à cesser les combats et reprendre un processus de transition politique pacifique et inclusif vers des élections démocratiques.  Il a salué les diverses initiatives internationales, régionales, sous-régionales et nationales en faveur de la paix au Soudan, tout en notant que ces efforts doivent être mieux coordonnés.  Il s’est également préoccupé des informations selon lesquelles des États Membres fourniraient des armes et des financements aux parties belligérantes, les exhortant à s’abstenir de toute ingérence extérieure visant à alimenter le conflit et l’instabilité. 

Le représentant a ensuite souligné que l’acheminement rapide, sûr et sans entrave de l’aide est crucial pour les 24,8 millions de Soudanais dans le besoin, exhortant les deux parties à des efforts de coordination, y compris en facilitant les mécanismes transfrontaliers.  Il a pris note de la récente décision du Gouvernement soudanais d’élargir l’accès humanitaire transfrontalier, tout en s’inquiétant des difficultés croissantes des opérations transfrontalières dans les zones contrôlées par les deux parties.  Il a salué les efforts de la France, qui organisera le mois prochain une conférence sur la situation humanitaire au Soudan, et a appelé les deux parties belligérantes à y participer.

Le représentant du Soudan a indiqué que les décisions de la plateforme de Djedda et les engagements du 7 novembre relatifs à l’aide humanitaire constituent le cadre permettant de répondre concrètement aux besoins des personnes lésées par la guerre dans son pays.  Alors que le général Al-Burhan vient de se féliciter de l’appel du Secrétaire général pour la cessation des hostilités pendant le mois de ramadan, il s’interroge sur les moyens d’y arriver et attend des suggestions pour un mécanisme de mise en œuvre de cet appel, a expliqué le représentant.  Il a néanmoins réitéré le plein engagement du Soudan à coopérer avec l’OCHA et à s’atteler à répondre à la situation humanitaire dans le pays.  Concrètement, cela se traduit par la mise en place de mécanismes concrets pour faciliter l’entrée des humanitaires et du personnel médical ainsi que des cargaisons humanitaires et sanitaires.

Détaillant les mesures prises par le Gouvernement soudanais pour venir en aide à la population, le délégué a notamment indiqué qu’il a facilité l’arrivée d’aide humanitaire par Port-Soudan jusqu’au Darfour et qu’il a acheté des aliments tels que du riz, de la farine et de l’huile, pour la population se trouvant dans l’est du Tchad. En outre, le Gouvernement a facilité les démarches pour permettre les opérations humanitaires sur le terrain, notamment en créant des mécanismes de coordination dont le Comité national conjoint des urgences humanitaires.  Le représentant a passé en revue d’autres mesures prises par le Gouvernement pour faciliter les opérations humanitaires, lever les obstacles et alléger les démarches administratives.  Il a affirmé que 60 visas d’entrée sont actuellement délivrés chaque semaine à des humanitaires, alors que le Gouvernement garantit la sécurité des entrepôts de l’aide humanitaire, rappelant au passage que cette aide est exemptée de droits de douane. 

Parmi les défis à relever, il a cité la coordination manquante entre les différents partenaires alors que les ressources humanitaires sont très insuffisantes.  Comment renforcer les mécanismes pour attirer l’aide au niveau local, régional et international? s’est-il demandé sachant que 8,7 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire immédiate, dont 7,6 millions sont des déplacés et le reste des réfugiés.  À l’heure actuelle l’écart entre les besoins humanitaire et l’aide reçue est de 68%, soit un déficit de 1,7 milliard de dollars sur le plan humanitaire et, surtout, 12,1 millions de Soudanais qui ne recevront pas d’aide humanitaire, a-t-il déploré.  Pourtant le Gouvernement du Soudan a fait de grands efforts pour faciliter l’acheminement et le déploiement de cette aide, a-t-il rappelé à nouveau tout en soulignant que l’appel humanitaire n’est financé qu’à hauteur de seulement 30%.

Le délégué a ensuite pointé les attaques répétées des Forces d’appui rapide qui ont poussé les populations à se disperser avant de rappeler que le Soudan continue à accueillir plus d’un million de réfugiés de 20 pays arabes, africains et asiatiques, dont certains ont rejoint les rangs de ces Forces.  Le délégué a fait état de traite des êtres humains et d’armes sur la frontière tchadienne par laquelle passe aussi l’aide aux Forces d’appui rapide. C’est ce qui a amené le Gouvernement soudanais à réfléchir à l’ouverture d’autres points de passage de l’aide, y compris de « points de passage itinérants », a-t-il expliqué. 

Après avoir fait état des violences et attaques dans l’État de Gazira ainsi qu’à Wad Madani, le délégué a rappelé que le 4 mars, son gouvernement a accepté le nouveau plan humanitaire proposé par M. Martin Griffith.  Il a détaillé certains points de cet accord, dont l’ouverture de nouveaux points de passage depuis l’Égypte et le Soudan du Sud et l’autorisation d’utiliser certains aéroports pour l’acheminement de l’aide humanitaire, dont celui d’El-Fasher au Darfour.

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