Aller au contenu principal
9008e séance – après-midi
CS/14846

Le Conseil de sécurité s’informe du « scénario du pire » en Ukraine et des craintes d’une crise alimentaire mondiale mais aussi d’une certaine ouverture sur le front politique

Incapable d’occuper l’Ukraine, l’agresseur détruit simplement tout ce qu’il peut, a commenté l’Albanie, après que la Coordonnatrice adjointe des secours d'urgence et le Directeur exécutif du Programme alimentaire mondial (PAM) ont alerté aujourd’hui le Conseil de sécurité de la détresse humanitaire, du scénario du pire ou encore d’une catastrophe dans la catastrophe dans le territoire ukrainien.  Mme Joyce Msuya et M. David Baisley ont insisté sur l’énormité des besoins alors que le conflit pourrait compromettre la sécurité alimentaire mondiale.  Sur le front politique, l’Ukraine a indiqué que les négociations d’aujourd’hui à Istanbul ont démontré que la Fédération de Russie pourrait être prête à faire « des pas en avant », même si le chemin vers un cessez-le-feu durable et une désescalade complète est encore long. 

Aujourd’hui sur le territoire ukrainien, a fait observer la Coordonnatrice adjointe des secours d’urgence, nous voyons une vraie détresse humanitaire.  Les grandes villes sont assiégées et leurs habitants, victimes d’un blocus, manquent de tout, à savoir de nourriture, d’eau, d’électricité et de chauffage.  Avec un personnel de 1 230 membres et sa centaine d’organisations partenaires, l’ONU n’épargne aucun effort mais comme « le scénario du pire » se concrétise dans plusieurs régions, elle a augmenté son appel pour la réponse humanitaire en Ukraine à 1,1 milliard de dollars, a indiqué Mme Msuya. 

Notre plan, a indiqué, à son tour, le Directeur exécutif du PAM accuse un déficit de 300 millions de dollars.  M. David Beasley a surtout mis en lumière une situation qui est « une catastrophe dans la catastrophe », puisque son Programme ne peut oublier le Sahel, le Yémen et d’autres endroits encore où sévit la famine. Il a prévenu, à cet égard, que le Yémen dépend exclusivement des céréales russes et ukrainiennes et que le Liban importe 80% de son blé d’Ukraine. 

Les pénuries actuelles, a-t-il mis en garde, pourraient dépasser celles qui avaient précédé « les printemps arabes », car on note en ce moment une crise en Éthiopie et une situation fragile en Afghanistan et au Sahel.  Si des actions ne sont pas prises à temps, le prix que nous allons payer sera beaucoup plus élevé. Le Directeur exécutif du PAM a plaidé auprès du Conseil de sécurité pour que son Programme ne soit pas obligé de faire « le choix tragique » de priver des enfants affamés pour en nourrir d’autres. 

Grande productrice de produits agricoles, la Fédération de Russie, a accusé la Secrétaire d’État adjointe des États-Unis, a choisi de bloquer l’accès aux ports ukrainiens et donc l’approvisionnement mondial en céréales.  Des ports et des axes routiers cruciaux ont été détruits, empêchant les exportations.  La Russie vise les entrepôts, avec une incidence grave sur la flambée des prix des denrées alimentaire.  Mais ces dégâts, a commenté l’Albanie, sont le véritable objectif de l’agresseur.  Incapable d’occuper l’Ukraine, il détruit simplement tout ce qu’il peut. 

Les États-Unis, a annoncé la Secrétaire d’État adjointe, ont promis 1 milliard de dollars d’assistance humanitaire à l’Ukraine et une autre enveloppe de 11 milliards, dans les années à venir, pour tous les pays qui souffrent indirectement de l’invasion russe.  Cette guerre menée contre une autre grande productrice agricole peut cesser si la Fédération de Russie met fin à son agression, a renchéri l’Irlande.   L’appétit de la Russie pour la guerre retire la nourriture de la table du monde, s’est indigné, à son tour, le Royaume-Uni. 

Les vraies raisons de la crise qui menace les marchés agricoles mondiaux se trouvent plutôt dans « l’hystérie des sanctions » que l’Occident a déclenchée contre nous, sans se préoccuper des populations des États du Sud, a rétorqué la Fédération de Russie.  De fait, a-t-elle observé, la tentative d’isolement économique, financier et logistique se transforme déjà en crise économique de « dimension historique ».  Pour soulager les tensions, il suffit de renoncer aux mesures restrictives unilatérales et illégales, car les stocks de produits agricoles n’ont pas diminué chez nous, a-t-elle précisé. 

La Secrétaire d’État adjointe des États-Unis s’est catégoriquement opposée aux propos de la Fédération de Russie, avant que le Kenya ne félicite le Secrétaire général pour avoir rallié l’ONU, les grandes économies mondiales et les institutions financières internationales pour concevoir ensemble des instruments de protection des plus vulnérables contre les effets du conflit en Ukraine. 

Le Ghana a dit prendre note de la volonté de la Fédération de Russie de redéployer ses forces et l’a exhortée à poursuivre le dialogue entamé en Turquie. Les négociations d’aujourd’hui à Istanbul ont démontré que la Fédération de Russie pourrait être prête à faire « des pas en avant », même si le chemin vers un cessez-le-feu durable et une désescalade complète est encore long, a annoncé l’Ukraine.  Elle a expliqué que les parties poursuivront leurs consultations pour convenir des dispositions d’un traité sur les garanties de sécurité pour l’Ukraine, d’un mécanisme de mise en œuvre du cessez-le-feu, du retrait des forces et autres formations armées, de l’ouverture de couloirs humanitaires, de l’échange des soldats tombés au combat et de la libération des prisonniers de guerre et des civils. 

La signature du traité sur les garanties de sécurité pour l’Ukraine ne sera possible qu’après le repli de toutes les unités armées russes vers les positions du 23 février 2022, a précisé l’Ukraine, soulignant que le processus de négociation ne supprime en rien la nécessité de fournir à l’Ukraine une assistance supplémentaire en armes et de mettre en œuvre de nouvelles sanctions imposées à la Fédération de Russie pour acte d’agression.  Les États-Unis devraient aussi dialoguer avec les autorités russes et entendre leurs préoccupations sécuritaires, a estimé la Chine.

LETTRE DATÉE DU 28 FÉVRIER 2014, ADRESSÉE À LA PRÉSIDENTE DU CONSEIL DE SÉCURITÉ PAR LE REPRÉSENTANT PERMANENT DE L’UKRAINE AUPRÈS DE L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES (S/2014/136)

Déclarations

Mme JOYCE MSUYA, Coordonnatrice adjointe des secours durgence, a résumé la détresse humanitaire en Ukraine, indiquant que selon le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, 1 100 civils ont perdu la vie dont 99 enfants; des chiffres probablement plus lourds en réalité.  Les grandes villes sont assiégées et leurs habitants victimes d’un blocus et de pénuries alimentaires, d’eau, d’électricité et de chauffage.  La population effrayée et exténuée, ne peut enterrer ses morts.  Quelque 6,5 millions de personnes ont fui, selon le Haut-Commissariat des Nations unis pour les réfugiés (HCR) et plus de 3 millions de personnes ont quitté le pays depuis le mois dernier.  Le système humanitaire redouble d’efforts et ses organisations ont aidé des milliers de personnes, principalement dans l’Est.  L’ONU et ses partenaires travaillent dans le respect des principes de l’assistance humanitaire et négocient des passages vers les zones encerclées. 

Les efforts pour renforcer la chaine d’approvisionnement se poursuivent malgré les risques immenses et les difficultés d’accès; de nombreux convois humanitaires ne pouvant se déplacer à cause des bombardements ou des mines antipersonnel.  L’ONU a déployé 1 230 membres du personnel, alors que 100 organisations humanitaires mettent en œuvre des activités dans presque tous les districts de l’Ukraine.  La Croix-Rouge ukrainienne fait « un travail courageux, main dans la main avec les bénévoles ». 

Mme Msuya a relevé un « paradoxe » entre la « violence extrême » de la guerre et la « générosité sans limite » des Ukrainiens.  Un premier convoi de l’ONU est finalement arrivé le 19 mars dans la ville de Soumy, dans le nord-est de l’Ukraine, avec plusieurs tonnes de produits alimentaires, de l’eau et des médicaments.  Hier, après plusieurs retards, un deuxième convoi de l’ONU a pu rejoindre Karkhiv, avec du matériel distribué par la Croix-Rouge ukrainienne.  Plus de 470 tonnes sont en cours d’acheminement , a ajouté Mme Msuya.  Les civils, a-t-elle souligné, ont désespérément besoin d’assistance et de protection.  Elle a appelé à un accès sûr et sans entrave aux convois.  Elle a conclu sur les risques de traite, de trafic et de violences sexuelles et sexistes, les risques concernant les enfants étant particulièrement élevés.  Certains prédateurs manipulent les parents célibataires, en leur promettant transport et logement.  « Le scénario du pire » se concrétise  dans plusieurs régions.  L’Appel pour la réponse humanitaire en Ukraine a donc été « revu à la hausse pour atteindre 1,1 milliard de dollars.  Mme Msuya a enfin indiqué que M. Martin Griffiths, Coordonnateur des secours d’urgence, est en contact avec les deux parties.  Il devrait se rendre dans la région dans les prochains jours. 

Intervenant par visioconférence, le Directeur exécutif du Programme alimentaire Mondial (PAM), M. DAVID BEASLEY, a dit que la crise en Ukraine est « une catastrophe dans la catastrophe », puisque la communauté des humanitaires a de la peine à s’occuper de tous ceux qui, dans le monde, ont besoin d’aide. L’Ukraine, qui était le grenier du monde, est décimée et aujourd’hui le PAM aide un million d’Ukrainiens, un chiffre qui devrait augmenter à six millions d’ici le mois de juin.  En ce moment, le Plan humanitaire du PAM accuse un déficit de 300 millions et il ne peut oublier le Sahel, le Yémen et d’autres endroits encore où sévit la famine.  Le Directeur exécutif a prévenu que la situation en Ukraine et les risques de famine dans d’autres endroits du monde devraient conduire à une nouvelle crise migratoire vers l’Europe.  Les prochaines récoltes en Ukraine sont compromises puisque les agriculteurs sont sur les champs de bataille. 

M. Beasley a rappelé que l’Ukraine et la Fédération de Russie produisent 30% de la production mondiale de blé et près de 50% des autres graines, dont les prix ne feront qu’augmenter.  Par exemple, un pays comme le Yémen dépend exclusivement des céréales russes et ukrainiennes, tandis que le Liban importe 80% de son blé d’Ukraine.  Il ne faut pas oublier non plus que la Fédération de Russie et le Bélarus produisent une bonne partie des engrais consommés à travers le monde.  Le Directeur exécutif du PAM a indiqué que les effets de la crise actuelle pourraient surpasser les pénuries qui avaient précédé les printemps arabes, car on note en ce moment une crise en Éthiopie et une situation fragile en Afghanistan et au Sahel.  Si des actions ne sont pas prises à temps, le prix que nous allons payer sera encore pire, a-t-il mis en garde.  Il a plaidé auprès du Conseil de sécurité pour que le PAM ne soit pas obligé de faire le choix tragique de priver des enfants affamés pour en nourrir d’autres. 

M. NICOLAS DE RIVIÈERE (France) s’est inquiété de la détérioration de la situation humanitaire en Ukraine où tous les voyants sont au rouge.  Le représentant a rappelé que la résolution préparée par la France et le Mexique et adoptée par l’Assemblée générale doit permettre de soutenir les efforts du Secrétaire général et des acteurs humanitaires engagés sur le terrain pour apporter un soutien aux populations civiles.  Il a souligné la responsabilité du Conseil de sécurité, jugeant impératif que la Russie respecte les Conventions de Genève.  Les civils qui le souhaitent, à Marioupol et dans toutes les villes attaquées, doivent pouvoir quitter les zones de combat en toute sécurité et librement et le siège être levé, a-t-il ajouté. 

Après avoir déclaré que l’agression de la Russie contre l’Ukraine accroît le risque de famine dans le monde, le représentant a dit que la Russie voudrait nous faire croire que ce sont les sanctions adoptées à son encontre qui déséquilibrent la sécurité alimentaire mondiale.  «  C’est la guerre menée par la Russie qui empêche l’Ukraine d’exporter ses céréales, bouleverse les chaînes d’approvisionnement mondiales et entraîne une hausse des prix mettant en péril l’accessibilité des denrées agricoles pour les plus vulnérables  », a dénoncé M.  de Rivière.  Face à la poursuite des combats qui menace l’activité agricole en Ukraine et les récoltes à venir, l’Union européenne et ses partenaires ont adopté des sanctions pour obtenir de la Russie qu’elle se mette en conformité avec la Charte des Nations Unies.  Il a précisé que ces sanctions ne ciblent pas le secteur agricole en Russie avant de préciser que la France, en tant que présidente de l’Union européenne, a lancé l’initiative Food & Agriculture Resilience Mission (FARM), qui vise à garantir la libre circulation des denrées et un accès rapide pour les pays dont les demandes sont les plus urgentes et à assurer le développement rural et la production agroalimentaire en Afrique. 

M. JUAN RAMÓN DE LA FUENTE RAMÍREZ (Mexique) a précisé que la détérioration constante de la situation humanitaire en Ukraine a conduit son pays et la France à demander la tenue de cette réunion d’information.  Cinq semaines après le début de l’invasion menée par la Fédération de Russie, a-t-il dit, la priorité de la communauté internationale est la cessation des hostilités et la protection de la population civile en Ukraine.  Notant à ce sujet que la guerre entraîne également des répercussions majeures sur l’approvisionnement alimentaire et la sécurité alimentaire mondiale, il a salué l’action du Programme alimentaire mondial (PAM) qui vise à répondre aux besoins de base de plus de trois millions de personnes touchées par le conflit.  Il s’est également félicité que près de 800 000 personnes en Ukraine aient déjà bénéficié de transferts monétaires et de distributions alimentaires.  Il a toutefois regretté les nombreuses difficultés logistiques rencontrées pour apporter l’aide humanitaire là où elle est le plus nécessaire, ajoutant que, dans certaines villes comme Marioupol, la situation s’est encore aggravée.  Il a donc réitéré son appel à garantir un accès sûr et sans entrave au personnel humanitaire. 

Le représentant a ensuite signalé que le conflit a aussi un impact négatif direct sur les prix des marchés mondiaux de l’alimentation et de l’énergie.  La hausse des prix de ces produits commence à se faire sentir et, dans plusieurs régions, elle risque de limiter l’accès des populations à certaines denrées alimentaires.  Par voie de conséquence, a-t-il ajouté il y aura également une augmentation des coûts de fonctionnement du PAM, ce qui limitera sa capacité à répondre aux besoins croissants et à l’insécurité alimentaire au-delà de l’Ukraine.  De fait, il importe que le Conseil de sécurité aide à la mise en œuvre du dispositif humanitaire auquel a appelé la résolution ES-11/2 de l’Assemblée générale, a plaidé le délégué. 

Le délégué a par ailleurs exprimé son inquiétude face à l’augmentation du flux d’armes en Ukraine.  Cette prolifération peut entraîner des violences supplémentaires parmi la population civile et, si les armes tombent entre de mauvaises mains, donner lieu à d’autres violations, a-t-il averti, avant d’appeler les États qui ne l’ont encore fait à ratifier la Convention sur les armes à sous-munitions.  Dans ce contexte, une cessation immédiate des hostilités est nécessaire de toute urgence afin de permettre des initiatives humanitaires durables, qui garantissent la protection des civils et l’accès à l’aide, sans restriction ni exclusion, a insisté le représentant. 

Mme WENDY R. SHERMAN, Secrétaire dÉtat adjointe des États-Unis, a rappelé qu’en seulement cinq semaines de conflit, des semaines qui lui paraissent « une éternité », près d’un quart de la population ukrainienne a été déplacée, dont la moitié des enfants du pays.  Alors que l’hiver fait rage, une des crises humanitaires les plus graves de la décennie se profile à Marioupol, une ville prospère et riante il y a encore plus d’un mois. 

L’Ukraine et la Russie sont des producteurs alimentaires considérables, a-t-elle poursuivi.  Or, la Russie a bombardé plusieurs bateaux, bloqué l’accès aux ports ukrainiens et donc l’approvisionnement en céréales d’autres pays méditerranéens.  Des ports, des axes routiers cruciaux ont été détruits, empêchant les exportations.  La Russie vise des entrepôts, avec une incidence grave sur la flambée des prix alimentaires pour les pays à faible revenu.  Mme Sherman a cité le Yémen, le Maroc, la Tunisie, entre autres, qui dépendent de l’Ukraine pour nourrir leur population.  La pandémie, la crise économique, la sécheresse aggravée par les changements climatiques avaient déjà ébranlé les économies ; cette guerre augmente les risques d’insécurité alimentaire, a commenté la Vice-Secrétaire d’État. 

Mme Sherman a ensuite fermement démenti les propos de la Russie: ce ne sont pas les sanctions qui accroissent l’insécurité alimentaire, mais les agissements de Vladimir Putin, a-t-elle tranché.  Elle a promis 1 milliard de dollars d’assistance humanitaire de la part des États-Unis en faveur de l’Ukraine, ainsi que 11 milliards dans les années à venir vers tous les pays souffrant indirectement de l’invasion russe. 

Pour la Secrétaire d’État adjointe, tant que les forces russes bombardent le pays, la crise ne fera que s’aggraver pour les Ukrainiens, les Russes et le monde entier.  « La Russie doit impérativement respecter le droit humanitaire », et les États-Unis ne jugeront pas la Russie sur les mots de M. Putin, « mais sur ses actes ».  « La décision du retrait des forces russes d’Ukraine ne dépend que d’un seul homme », a affirmé Mme Sherman.  « M. Putin a créé cette crise, lui seul peut y mettre un terme », a-t-elle conclu. 

M. MARTIN KIMANI (Kenya) a félicité les voisins de l’Ukraine qui ont ouvert leurs frontières aux réfugiés de plusieurs nationalités.  Nous les exhortons à veiller à ce que la protection recherchée soit offerte en l’absence de toute discrimination, notamment de race ou de religion, a-t-il lancé.  Il a expliqué qu’avec les Ukrainiens qui ont fui les bombardements, il y a aussi des milliers d’Africains qui ont parcouru de longues distances pour obtenir une éducation en Ukraine et ont dû fuir pour sauver leur vie.  M. Kimani a évoqué le cas de Korrine Sky, une étudiante zimbabwéenne en médecine à Dnipro en Ukraine qui a fait un voyage de 26 heures et de près de quatre jours pour traverser la frontière en toute sécurité.  À la frontière, elle a subi l’indignité et le danger du racisme.  Elle a cofondé les « Black Women for Black Lives » pour soutenir des milliers d’étudiantes africaines fuyant l’Ukraine.  Les civils, y compris les ressortissants étrangers, en Ukraine ne sont pas parties au conflit et ne doivent pas être des cibles, a rappelé le délégué en insistant sur la protection des civils et des biens indispensables à leur survie.  Il a exhorté l’Union européenne (UE) et ses membres à offrir leur soutien aux étudiants africains qui ont fui l’Ukraine en leur offrant de poursuivre leurs études dans d’autres pays, ainsi qu’un soutien psychosocial et matériel. 

M. Kimani a en outre rappelé que le Conseil de sécurité est informé des insuffisances de financement de l’aide humanitaire en Afrique et au Moyen-Orient.  La situation est maintenant pire, compte tenu de la flambée des prix des denrées alimentaires et de l’énergie due à la guerre en Ukraine et les sanctions qui en découlent.  Le résultat de cette situation et les effets de type domino seront un retard de santé pour des millions de personnes et une mort plus précoce que la normale pour beaucoup d’autres, a-t-il prévenu.  Il a exhorté le Secrétaire général à rallier l’ONU, les grandes économies, et les institutions financières internationales pour concevoir ensemble des instruments de protection des plus vulnérables des effets du conflit en Ukraine.  Il a enfin appelé à la cessation du conflit, laquelle devrait également conduire à l’élaboration d’un ordre sécuritaire européen viable pour les générations futures. 

Mme GERALDINE BYRNE NASON (Irlande) s’est inquiétée de la détérioration de la situation humanitaire en Ukraine, avec 3,9 millions de réfugiés dans les pays voisins et 6,5 millions de personnes déplacées à travers le pays.  Elle s’est dite vivement préoccupée par la vulnérabilité croissante de ces populations en raison de la guerre alors que sont signalés des enlèvements de citoyens ukrainiens emmenés de l’autre côté de la frontière.  Elle a souligné la menace posée par la traite humaine en prévenant qu’il n’y aura pas d’impunité pour les responsables de violences sexuelles et de violences contre les enfants.  « Nous sommes face à une crise de protection des enfants », a prévenu la représentante de l’Irlande, avant d’exhorter la Fédération de Russie à honorer ses obligations au regard du droit international humanitaire en garantissant un accès sans entrave aux acteurs humanitaires.  En outre, elle a appelé à permettre à tous les civils de se rendre dans la destination de leur choix. 

Alors que nous faisons face au spectre d’une crise alimentaire, dont les effets seront ressentis bien au-delà des frontières de l’Ukraine, la représentante a estimé que cette guerre menée contre un grand producteur agricole entraîne une hausse des prix des denrées alimentaires.  Notant les agriculteurs ukrainiens ne peuvent plus planter, moissonner ou exporter leurs récoltes, puisqu’ils sont sur le champ de bataille, Mme Byrne Nason s’est inquiétée des incidences de cette nouvelle réalité sur les capacités du Programme alimentaire mondial (PAM) à répondre aux besoins alimentaires des nécessiteux.  Mais elle a estimé que cette guerre pouvait cesser si la Fédération de Russie souhaitait mettre fin à son agression et respectait ses obligations au regard du droit international humanitaire. 

M. VASSILY A. NEBENZIA (Fédération de Russie) a dit avoir entendu de nombreux appels à une trêve humanitaire, à des accès humanitaires et à des couloirs d’évacuation humanitaires.  Il s’est pourtant étonné de « l’incohérence » de ses collègues qui, pas plus tard que mercredi dernier, ont rejeté le projet de résolution russe qui contenait des dispositions contraignantes pour toutes les parties, avec une liste précise des mesures à prendre pour aider le travail des agences humanitaires, en premier lieu dans l’est de l’Ukraine.  Les doléances d’aujourd’hui, notamment celles des délégations occidentales, semblent très hypocrites, a-t-il déclaré, ajoutant que le texte russe était même plus ambitieux puisqu’il exigeait de ne pas placer d’armes lourdes dans les zones résidentielles et de ne pas utiliser les civils comme boucliers humains.  Son adoption par le Conseil de sécurité aurait pu sauver de nombreuses vies car, a-t-il souligné, la principale menace pour la population civile des villes d’Ukraine vient de l’utilisation qui est faite d’elle par les « nazis » et les « radicaux » ukrainiens.  Selon le représentant, les réseaux sociaux regorgent de vidéos montrant des résidents qui, ayant réussi à sortir le long des couloirs d’évacuation, essuient les tirs des forces armées et des nationalistes ukrainiens.  Nous n’avons entendu aucune condamnation à ce sujet, a-t-il noté. 

Le texte du projet de résolution russe contenait également une exigence de respect et de traitement humain des prisonniers de guerre, a-t-il souligné, faisant référence à la diffusion par les « nazis ukrainiens » sur Internet de vidéos extrêmement cruelles montrant des sévices exercés sur des soldats russes capturés.  La partie russe, quant à elle, respecte strictement ses engagements internationaux, ce qui fait que les Ukrainiens faits prisonniers n’ont rien à craindre, a assuré le délégué.  En revanche, les « radicaux ukrainiens » ne reculent devant aucune torture ou acte de représailles, ce qui pose question sur les intentions du « régime de Kiev » à l’égard même de leaders d’opinion ukrainiens.  Il a rappelé à cet égard que sa délégation a informé le Conseil, le 21 mars, de l’enlèvement par le Service de sécurité ukrainien de l’activiste Elena Berezhnaya, qui avait participé à plusieurs de ses réunions d’information.  On ne sait rien de son sort jusqu’à présent, a-t-il indiqué, avant de citer d’autres cas similaires. Il a dit attendre une évaluation de cette « chasse aux sorcières » par ses collègues occidentaux et les structures spécialisées des droits de l’homme de l’ONU et de l’OSCE. 

Le représentant a ensuite accusé l’Ukraine de faire dériver des mines marines, ce qui pose un problème à des pays tels que la Bulgarie, la Roumanie et la Turquie.  Pour leur part, les forces armées russes ne menacent pas la liberté de navigation civile, a-t-il assuré.  Pour que les navires étrangers puissent quitter les ports ukrainiens vers la haute mer, nous avons créé un couloir humanitaire de 80 milles nautiques de long et de trois milles nautiques de large, qui fonctionne tous les jours de 8h à 19h, heure de Moscou, a précisé M. Nebenzia.  Dans le même ordre d’idées, la Russie honore unilatéralement toutes ses obligations humanitaires, notamment en proposant quotidiennement des couloirs humanitaires, au nombre de 10 aujourd’hui, avec des voies d’évacuation assurées à la fois vers la Russie et à l’ouest de l’Ukraine, a-t-il expliqué.  Selon lui, la Russie organise aussi des livraisons d’articles de première nécessité, de médicaments et de nourriture pour ceux qui en ont besoin.  Des canaux de communication fonctionnent en outre avec succès entre les Ministères russes de la défense et des affaires étrangères et les responsables du CICR et de l’OCHA. 

Évoquant ensuite les avertissements occidentaux quant à une crise alimentaire mondiale imminente, soi-disant en raison des seules actions de la Russie en Ukraine, le représentant y a vu un « leurre ».  Les vraies raisons de la crise qui menace les marchés alimentaires mondiaux se trouvent plutôt dans « l’hystérie des sanctions » que l’Occident a déclenchée contre la Russie, sans se préoccuper des populations des États du Sud.  De fait, a-t-il observé, la tentative d’isolement économique, financier et logistique de la Russie se transforme déjà en crise économique de « dimension historique ».  Pour soulager la tension sur les marchés agricoles et prévenir les pénuries, il suffit de renoncer aux mesures restrictives unilatérales illégales, car les stocks de denrées alimentaires produites en Russie n’ont pas diminué, a-t-il précisé. 

Avant de conclure, le délégué s’est à nouveau inquiété de la saisie de véhicules portant le logo de l’ONU par les forces ukrainiennes.  Faisant aussi état de cas d’utilisation de voitures de l’OSCE par des « radicaux », il a relevé que des publications sur Internet font craindre l’usage de véhicules de la société de livraison DHL par les forces armées ukrainiennes pour transporter des armes.  Enfin, en réponse aux déclarations occidentales selon lesquelles « l’opération militaire spéciale » menée en Ukraine serait une « guerre de choix non provoquée et insensée décidée par une personne en particulier », il a déclaré que la décision a été prise collectivement et dans le strict respect de l’article 51 de la Charte des Nations Unies, pour répondre à un danger vital pour les habitants du Donbass et pour toute la Russie.  Quant à la « guerre de choix », il a rappelé que les États-Unis avaient, eux aussi, le choix de ne pas agresser la Yougoslavie, l’Iraq, la Libye, l’Afghanistan, la Syrie et le Viet-Nam, pays situés à des milliers de kilomètres de Washington.  Aujourd’hui, a-t-il cinglé, les États-Unis et leurs alliés ont le choix d’arrêter de mettre de l’huile sur le feu de la crise ukrainienne et de ne pas provoquer une crise alimentaire internationale. 

Selon Mme MONA JUUL (Norvège), la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine a provoqué la plus grande crise humanitaire en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.  Les destructions d’infrastructures civiles, y compris de systèmes alimentaires, sont dévastatrices, et les attaques contre les civils inacceptables.  Un quart de la population ukrainienne a maintenant été déplacé.  Un cessez-le-feu humanitaire en Ukraine doit être convenu « de toute urgence », a enjoint la représentante, qui s’est félicitée de l’initiative du Secrétaire général de demander à M. Griffiths de travailler directement avec les parties sur un accord. 

La guerre augmente le risque de violence sexuelle et sexiste.  Des mesures immédiates doivent donc être prises pour protéger les enfants ukrainiens, nombreux à avoir fui sans être accompagnés.  « Ils sont extrêmement vulnérables et doivent être protégés », a appuyé l’oratrice.  D’autre part, à la suite de déplacements massifs, des rapports font état d’une hausse significative de la traite d’êtres humains.  Ce problème doit être traité d’urgence, y compris par le biais des Nations Unies et les États d’accueil.  Les organisations humanitaires doivent pouvoir accéder en toute sécurité, rapidement et sans entrave aux personnes dans le besoin, a appuyé la déléguée, avant de saluer l’hospitalité et la solidarité dont font preuve les pays voisins de l’Ukraine et d’encourager ces pays à « garder leurs frontières ouvertes à tous ceux qui cherchent une protection, sans discrimination ». 

Décrivant une crise « à la fois ukrainienne et mondiale », la déléguée a évoqué une hausse globale probable de l’insécurité alimentaire ainsi que des prix du carburant et des engrais.  Les effets de l’agression russe seront particulièrement ressentis par les populations de pays en conflit ou en crise, comme la Syrie, le Yémen, l’Afghanistan, l’Éthiopie et le Soudan du Sud.  La représentante norvégienne a appelé la Russie à « cesser sa guerre injuste », seul moyen, selon elle, de mettre fin à la catastrophe humanitaire en Ukraine et au-delà. 

M. T.S TIRUMURTI (Inde) a réitéré l’appel de l’Inde en faveur d’un accès humanitaire sans entrave aux zones de conflit armé en Ukraine.  Il a dit espérer que la communauté internationale continue à réagir positivement aux besoins humanitaires du peuple ukrainien, y compris en apportant un soutien généreux à l’appel urgent du Secrétaire général et au plan de réponse régional en faveur des réfugiés en Ukraine.  L’Inde a déjà envoyé plus de 90 tonnes de fournitures humanitaires à l’Ukraine et à ses voisins, notamment des médicaments, des tentes, des articles médicaux et autres matériels de secours essentiels pour les réfugiés. Il a promis davantage d’aide humanitaire dans les prochains jours, notamment des médicaments essentiels.  Le délégué a insisté sur la nécessité d’une action humanitaire non politisée, avant de souligner que l’ordre mondial est ancré dans le droit international, la Charte des Nations Unies et le respect de l’intégrité territoriale et la souveraineté des États.  Il a en conclusion dit espérer qu’un accord pourra être trouvé rapidement. 

Mme CAROLYN ABENA ANIMA OPPONG-NTIRI (Ghana) a déclaré qu’un cessez-le-feu et un retour des troupes aux frontières internationalement reconnues de l’Ukraine sont indispensables pour éviter la détérioration de la situation humanitaire.  La représentante s’est ensuite dite très préoccupée par le bombardement des villes, avant de déplorer les décès de nombreux civils et les déplacements de populations.  Elle a jugé essentiel que les parties belligérantes s’engagent en faveur d’une pause humanitaire pour permettre l’acheminement de tous les services indispensables aux personnes piégées dans les villes assiégées.  La déléguée a aussi exhorté les parties à respecter le droit international des droits de l’homme et le droit international humanitaire (DIH), dont la quatrième Convention de Genève de 1949 sur la protection des civils en temps de guerre.  Elle a appelé à fournir une assistance humanitaire aux nécessiteux, notamment des soins, dans le respect des principes de neutralité et d’impartialité de l’aide humanitaire.  La représentante a enfin dit prendre note de la volonté de la Fédération de Russie de redéployer ses forces avant de l’exhorter à poursuivre le dialogue entamé en Turquie afin de résoudre cette crise. 

Mme BARBARA WOODWARD (Royaume-Uni) a dénoncé, une nouvelle fois, les effets choquants de la « guerre illégale de Putin » contre le peuple ukrainien.  À cet égard, a-t-elle relevé, les chiffres parlent d’eux-mêmes: 10,3 millions de déplacés, 73 attaques confirmées contre des hôpitaux et des centres médicaux et 659 écoles et jardins d’enfants détruits.  Dans le même temps, la situation à Marioupol est presque indescriptible, près de 40% des immeubles résidentiels de la ville ayant été détruits par des bombardements incessants.  Dans ce chaos, les civils n’ont toujours pas assez de nourriture, d’eau et d’électricité et certains auraient même recours à l’eau des égouts pour survivre.  De plus, des informations crédibles font état de fosses communes et d’expulsions forcées de résidents vers la Fédération de Russie, ainsi que des cas de violence sexuelle.  Des comptes devront être rendus pour ces crimes, a martelé la déléguée, avant de saluer l’annonce faite hier par le Secrétaire général concernant le rôle de Martin Griffiths dans la poursuite d’un cessez-le-feu négocié. 

Assurant que le Royaume-Uni continuerait à jouer son rôle après avoir déjà fourni 400 millions de livres sterling pour soutenir l’Ukraine, la représentante a tenu à réaffirmer que la seule façon de mettre fin aux souffrances des civils est d’amener la Fédération de Russie à cesser à sa guerre illégale.  Une guerre qui entraîne une flambée des prix de l’énergie et une hausse de l’insécurité alimentaire, lesquelles étaient en progression avant même l’invasion russe, alors que les économies se remettaient de la pandémie de COVID-19.  « L’appétit de la Russie pour la guerre enlève de la nourriture à la table du monde », a-t-elle résumé, non sans se féliciter du message accablant adressé par les États Membres avec l’adoption, la semaine dernière, de la résolution humanitaire à l’Assemblée générale.  Un message selon lequel la Russie est seule responsable de la crise humanitaire en Ukraine et des chocs ressentis dans le monde, a affirmé la déléguée. 

M. FERIT HOXHA (Albanie)a relevé qu’aucune propagande ne peut l’emporter sur les faits.  La moitié des enfants d’un pays de 44 millions d’habitants sont déplacés et dans la seule ville de Kharkiv, plus de 1000 maisons ont été détruites.  Ces dégâts sont le véritable objectif de l’agresseur.  Incapable d’occuper le pays, il détruit simplement tout ce qu’il peut, a accusé le représentant qui a relevé des faits troublants, confirmant que la Russie a remplacé le droit d’informer par la « liberté de désinformer.  Il a évoqué le sort de la revue Novaya Gazeta, l’un des plus grands journaux d’investigation indépendants de Russie, dirigé par le Prix Nobel de la paix Dmitry Muratov, et contraint d’arrêter sa publication après avoir reçu un avertissement du Gouvernement russe.  Le black-out total de l’information vise à maintenir les Russes dans l’obscurité, les enfouissant dans une réalité parallèle et déformée par la propagande, « jusqu'à ce que les mères commencent à rechercher leurs fils disparus », a prévenu M. Hoxha. 

M. MICHEL XAVIER BIANG (Gabon) a fait part de sa préoccupation devant les informations persistantes faisant état de risques de maladies, découlant des difficultés d’accès à l’eau potable et d’infrastructures sanitaires, avec pour corollaire des problèmes d’hygiène.  Dans le même temps, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) prévoit des pénuries de nourriture dans les trois mois à venir pour près de 40% des zones observées, du fait de l’imprévisibilité des récoltes notamment.  Il a dit qu’au-delà des mots et des condamnations que nous avons fait entendre à la face du monde, il est urgent de répondre par des actes à la mesure des enjeux à la détresse du peuple ukrainien et de tous ceux qui souffrent à leurs côtés.  Le délégué a appelé à une action humanitaire en Ukraine sans politisation aucune.  La politisation ne contribuerait qu’à éloigner le Conseil de son but, celui de veiller au respect des Conventions internationales pertinentes en créant les conditions du respect et de la protection des civils dans les zones de guerre, a-t-il expliqué. 

Le représentant a réitéré l’appel du Gabon en direction des pays voisins de l’Ukraine qui continuent de se mobiliser pour l’accueil d’urgence des réfugiés.  Il leur a demandé d’accorder la même hospitalité à toutes les personnes en détresse sans distinction d’origine ou de race, y compris les ressortissants et étudiants africains.  Nous demandons le respect de leur dignité et appelons à un traitement équitable de toutes les personnes en détresse, a-t-il insisté, et dénonçons le discours stigmatisant tendant à mettre en concurrence les réfugiés sur la base de leur origine.  M. Biang a enfin appelé les belligérants et toutes les parties à s’engager résolument dans la voie d’une résolution politique de la crise en vue d’une sortie de la guerre. 

M. RONALDO COSTA FILHO (Brésil) a dit craindre que le conflit en Ukraine n’aggrave la crise alimentaire mondiale, en précisant que 50 pays sont tributaires des importations de blés russe et ukrainien, sans compter d’autres produits alimentaires.  Il a rappelé que le PAM avait prédit, bien avant le début du conflit, que l’année 2022 pourrait être catastrophique, sans mesures immédiates.  Illustrant son propos, il a expliqué que le Programme a déjà dû limiter ses interventions en Afrique et au Moyen-Orient.  Le représentant a insisté sur les conséquences  des sanctions économiques unilatérales qui risquent d’aggraver encore la crise alimentaire dans de nombreux pays en développement.  Face au désespoir des Ukrainiens, le Conseil se doit de prendre les mesures qui s’imposent, à savoir promouvoir le dialogue pour obtenir des mesures concrètes afin d’atténuer les conséquences humanitaires du conflit.  Il a plaidé pour un accès humanitaire sans entrave et exhorté les belligérants à respecter le droit international humanitaire.  Évitons, a-t-il conclu, de politiser l’aide humanitaire ou de l’offrir de manière sélective. 

M. BING DAI (Chine) a estimé qu’il est urgent, alors que le conflit se poursuit en Ukraine, de protéger et aider les populations civiles et de faire respecter le droit international humanitaire afin de permettre le passage sûr et sans entrave de l’aide vers ceux qui en ont besoin.  Il a souligné à cet égard l’importance de garantir la protection des groupes les plus vulnérables, en particulier les femmes et les enfants.  Dans ce contexte, il a salué l’action du PAM et de l’OCHA, qui tentent d’apporter une aide d’urgence, tout en respectant les principes de neutralité et d’impartialité.  Ces organisations essaient d’aider l’Ukraine et les pays voisins qui font face à des besoins humanitaires considérables, a-t-il insisté, avant de faire remarquer qu’au-delà de ce conflit, les marchés alimentaires mondiaux sont grandement affectés par les sanctions aveugles qui ont aussi des effets sur les moyens de subsistance des populations.  

Ces personnes ne sont pas parties aux conflits et ne devraient donc pas avoir à souffrir d’affrontements entre puissances rivales, a fait valoir le délégué.  Le résultat en est que la sécurité alimentaire est mise à mal du fait de l’aggravation des pénuries et de la perturbation des chaînes d’approvisionnement, ce qui fait flamber les prix, au dépens le plus souvent des pays en développement.  Il faut donc stabiliser les stocks et les prix alimentaires mondiaux, tout en coordonnant la production et le commerce des produits sous l’égide des Nations Unies, a-t-il plaidé.  S’agissant de l’Ukraine, une escalade du conflit entraînerait de graves dégâts, a encore averti le représentant, selon lequel la seule solution réside dans le dialogue et les pourparlers directs.  À cet égard, il a souhaité que les États-Unis dialoguent eux aussi avec la Fédération de Russie en écoutant ses préoccupations en matière de sécurité. 

Mme LANA ZAKI NUSSEIBEH (Émirats arabes unis) a réitéré l’importance de la cessation immédiate de toutes les hostilités et s’est félicitée de la demande faite hier par le Secrétaire général à M. Martin Griffiths de travailler avec les parties concernées pour explorer la possibilité d’un cessez-le-feu humanitaire en Ukraine. 

Elle a salué le rôle des organisations humanitaires et de l’OCHA, « qui ont répondu rapidement, sous une pression extrême, aux besoins des civils », permettant de fournir de l’aide à près d’un million de personnes.  L’oratrice a soutenu également les efforts de l’OCHA pour créer un mécanisme pour assurer un acheminement sûr de l’aide humanitaire.  Elle a souhaité également s’appuyer sur la coordination de l’ONU avec l’Ukraine et la Fédération de Russie, qui a permis aux convois humanitaires d’arriver à Soumy et, plus récemment, à Kharkiv.  

La représentante a réitéré l’importance, pour les parties, de se conformer au droit humanitaire international, en particulier de protéger les civils, de limiter les opérations militaires à des objectifs exclusivement militaires, et de prendre toutes les mesures de précaution.  Enfin, elle a appelé à multiplier les contacts diplomatiques entre parties pour trouver une solution pacifique au conflit en cours. 

M. SERGIY KYSLYTSYA (Ukraine) a déclaré que « la démilitarisation de son pays de la présence russe, menée par l’armée ukrainienne et soutenue par l’ensemble de l’Ukraine, est bien avancée ».  Depuis le début de l’invasion, les occupants russes ont perdu plus de 17  000 militaires, plus de 1 700 véhicules blindés, près de 600  chars, plus de 300  systèmes d’artillerie, 127  avions et 129 hélicoptères, près de 100  systèmes de lance-roquettes, 54  systèmes de défense aérienne et 7  navires, a-t-il énuméré.  Les négociations d’aujourd’hui à Istanbul ont démontré que la Fédération de Russie pourrait être prête à faire des pas en avant, même si le chemin vers un cessez-le-feu durable et une désescalade complète est encore long, a-t-il dit.  Le délégué a expliqué que les parties poursuivront leurs consultations pour préparer et convenir des dispositions d’un traité sur les garanties de sécurité pour l’Ukraine, un mécanisme de mise en œuvre du cessez-le-feu, du retrait des forces et autres formations armées, l’ouverture et le fonctionnement en toute sécurité des couloirs humanitaires, ainsi que sur l’échange des soldats tombés au combat et la libération de prisonniers de guerre et de civils.  La signature du traité sur les garanties de sécurité pour l’Ukraine ne sera possible qu’après le repli de toutes les unités armées russes vers les positions où elles se trouvaient le 23 février 2022, a-t-il précisé.  Pour le représentant, le processus de négociation en cours ne supprime en rien la nécessité de fournir à l’Ukraine une assistance supplémentaire en armes et de mettre en œuvre de nouvelles sanctions imposées à la Fédération de Russie pour l’acte d’agression engagé. 

M.  Kyslytsya a rappelé que la semaine dernière, l’écrasante majorité des membres de l’ONU avait exprimé une fois encore sa position résolue envers l’invasion non provoquée et injustifiée de la Fédération de Russie en Ukraine.  Il a demandé à la Fédération de Russie de mettre en œuvre immédiatement et sans condition toutes les dispositions de la résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies sur les conséquences de l’agression contre l’Ukraine pour atténuer les souffrances sur le terrain.  Il a regretté qu’à l’heure actuelle, la Fédération de Russie ne montre aucune volonté de renoncer à sa stratégie d’aggravation délibérée de la situation humanitaire sur le terrain.  Le représentant a expliqué qu’après l’échec de sa « guerre éclair » en Ukraine, la Fédération de Russie a opté pour un plan  B qui table sur la provocation d’une catastrophe humanitaire dans toute l’Ukraine et la destruction du potentiel agricole du pays pour intimider les dirigeants politiques et le peuple ukrainien et les inciter à se rendre.  Il a indiqué que Moscou a tiré 467  missiles sur des zones résidentielles sur un total de 1 200 tirés.  « Marioupol reste une plaie saignante en plein cœur de l’Europe », s’est-il lamenté, en évoquant au moins 5  000 morts, près de 150 000 habitants assiégés et privés du minimum de base pour vivre.  Ils doivent être évacués, mais pas vers le territoire de l’agresseur, a-t-il martelé.  À ce jour, environ 40  000 Ukrainiens ont été forcés de se diriger vers la Fédération de Russie et le Bélarus, a-t-il déploré. 

Selon l’UNICEF, un mois de guerre en Ukraine a conduit au déplacement de 4,3 millions d’enfants, soit la moitié du total d’enfants du pays estimé à 7,5 millions, a relevé le représentant.  Le représentant a affirmé que plus de 1,8 million de mineurs ukrainiens ont quitté le pays en tant que réfugiés, tandis qu’au moins 143 ont été tués par la Fédération de Russie et 216  blessés.  Le représentant a appelé à une action humanitaire urgente, lançant un appel aux États Membres pour qu’ils rejoignent « le Groupe des Amis de la responsabilité à la suite l’agression contre l’Ukraine », créé vendredi dernier et qui compte déjà près de 50 participants. 

En ce qui concerne la sécurité alimentaire mondiale, le délégué ukrainien a rappelé qu’avant la guerre, plus de 55% de toute l’huile de tournesol dans le monde était exportée d’Ukraine.  Plus de 55% du blé ukrainien a été exporté vers l’Asie et 40% vers l’Afrique.  De même, environ 400 millions de personnes dans le monde, principalement au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et en Asie dépendent de l’approvisionnement en céréales en provenance d’Ukraine.  En outre, il s’est dit inquiet que 40 millions d’Ukrainiens fassent déjà face à des pénuries alimentaires cette année.  Le Gouvernement ukrainien travaille intensivement sur deux pistes: sécuriser le potentiel d’exportation du pays et s’assurer que les Ukrainiens qui portent le principal fardeau de l’agression russe, ne souffriront pas de la faim.  La solidarité internationale avec l’Ukraine sera cruciale pour éviter le pire scénario au niveau mondial, a-t-il prévenu.  Tous les ports maritimes ukrainiens restent bloqués par la Fédération de Russie, ce qui aggrave encore les pénuries, a-t-il argué.  Parmi les mesures prises par son Gouvernement, le représentant a fait état d’un programme de prêts sans intérêt pour les agriculteurs visant à renforcer leurs capacités en temps de guerre.  Des mesures ont été également prises pour trouver des itinéraires sûrs pour l’acheminement des biens.  Le représentant a dit être disposé à discuter plus amplement de la sécurité alimentaire avec toutes les personnes intéressées, mais pas en présence du représentant russe dont le pays a planifié l’insécurité alimentaire actuelle. 

Réagissant aux propos de la délégation russe, la représentante des États-Unis a déclaré que tous les pays ont le droit de mener la politique étrangère de leur choix.  Elle a rappelé que la délégation américaine a présenté un document proposant des solutions visant à répondre aux considérations sécuritaires de la Fédération de Russie avant de regretter que Vladimir Putin ait préféré l’agression.  « En tant qu’Américaine et juive, je ne peux m’empêcher de contester les accusations de nazisme en Ukraine », a déclaré la représentante, avant de rappeler que Madeleine Albright, l’ancienne Secrétaire d’État américaine décédée la semaine dernière aurait été scandalisée par de telles affirmations.  « Le président juif de l’Ukraine n’est certainement pas un nazi », a insisté la représentante, avant d’appeler à se concentrer sur le dialogue nécessaire pour répondre aux besoins humanitaires des civils ukrainiens, mais aussi sur les besoins alimentaires que pose cette crise dans le monde entier.  Après avoir mis l’accent sur la difficulté grandissante du Programme alimentaire mondial (PAM) à répondre aux besoins des enfants à travers le monde, la déléguée a déclaré que la décision de mettre fin à la guerre peut être prise aujourd’hui à Istanbul par le Président Putin.  

Le délégué de la Fédération de Russie a répliqué aux États-Unis en ironisant : si les négociations ont échoué, c’est peut-être parce qu’ils s n’ont pas suffisamment mis de cœur à l’ouvrage.  Le fait que le Président ukrainien soit juif devrait justifier l’impossibilité de trouver des nazis en Ukraine, une théorie que le représentant a tenté de discréditer en énumérant des crimes perpétrés par des citoyens ukrainiens durant la Seconde Guerre mondiale.  Il a affirmé que plusieurs bataillons ukrainiens étaient nazis, arboraient des insignes nazis, et recouraient à la torture. 

Pour l’Ukraine, la Russie n’a pas l’autorisation de s’exprimer au nom du peuple ukrainien.  Durant ce premier mois de guerre, a-t-il elle ensuite affirmé, l’occupant russe a perdu plus de 17  000 soldats, 600  chars, 127  avions, 129  hélicoptères, ainsi que près de 100  systèmes de lance-roquettes.  Un « camouflet sans précédent », ridiculisant les pertes soviétiques en Afghanistan. 

La « députinisation » prend du retard, même si la Russie semble prête à des compromis, a poursuivi l’Ukraine.  Les parties doivent s’accorder sur un traité, un mécanisme de cessez-le-feu, l’ouverture d’un couloir humanitaire, et des échanges de dépouilles de soldats, de prisonniers de guerre et de civils.  Mais la signature d’un traité de garantie et de sécurité ne sera possible qu’après le retrait de toutes les unités de l’armée russe du territoire ukrainien, a insisté le représentant.  La semaine dernière, à l’Assemblée générale, la grande majorité des États Membres s’est prononcée contre l’invasion de la Russie.  Hélas, celle-ci refuse de renoncer à sa stratégie d’agression, a déploré le représentant.  Le lien est clair entre la sécurité alimentaire et la situation humanitaire, selon l’Ukraine.  Après l’échec de sa « Blitzkrieg », la Russie est passée au plan  B, c’est-à-dire la destruction des capacités du pays, une « stratégie cruelle » prévoyant la destruction délibérée de zones résidentielles, le pilonnage du pays, le siège des villes, les violations de couloirs humanitaires, les enlèvements et les meurtres de civils. 

Le délégué a jugé cynique et hypocrite la proposition russe de créer un couloir humanitaire vers la Russie pour la population civile de Marioupol. 

Il a aussi évoqué les problèmes de sécurité alimentaire provoqués par l’invasion russe, relatifs aux exportations de blé et d’huile de tournesol vers les pays du Moyen-Orient et d’Asie, et relatifs aux 40  millions d’Ukrainiens en risque de pénurie alimentaire.  Tous les ports maritimes ukrainiens sont bloqués par la Russie, exacerbant les pénuries, a dénoncé le représentant, pour qui la levée du blocus est indispensable.  En attendant, le Gouvernement ukrainien prend des mesures pour faire face, avec un programme de prêts sans intérêts pour ses agriculteurs. 

« M. Putin agit de la manière de son modèle Staline », utilisant la nourriture pour affamer l’Ukraine, a enfin accusé le délégué.

À l’intention des organes d’information. Document non officiel.