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Onzième session extraordinaire d’urgence (reprise),
9e séance plénière – matin
AG/12411

Ukraine: L’Assemblée générale exige de nouveau la cessation immédiate des hostilités menées par la Fédération de Russie et demande le financement intégral des plans humanitaires de l’ONU

À la majorité des deux-tiers applicable au vote sur « les décisions importantes », selon la Charte des Nations Unies, l’Assemblée générale a adopté aujourd’hui par 140 voix pour, 5 voix contre et 38 abstentions, la résolution sur les conséquences humanitaires de l’agression contre l’Ukraine.  Toujours par vote, elle a renoncé à se prononcer sur le texte concurrent de l’Afrique du Sud intitulé plus sobrement « la situation humanitaire découlant du conflit en Ukraine ». 

Avec les voix contre du Bélarus, de l’Érythrée, de la Fédération de Russie, de la République populaire démocratique de Corée et de la Syrie, l’adoption de la résolution présentée par l’Ukraine, au nom de plus d’une centaine de coauteurs, a déclenché des applaudissements nourris dans la salle.  Dans ce texte, l’Assemblée générale exige d’abord la cessation immédiate des hostilités menées par la Fédération de Russie contre l’Ukraine, en particulier de toute attaque contre les civils et les biens de caractère civil.  Elle demande aux États Membres de financer intégralement le Plan d’aide humanitaire des Nations Unies pour 2022, l’appel éclair lancé par les Nations Unies pour l’action humanitaire en Ukraine, ainsi que le plan régional d’aide aux réfugiés pour l’Ukraine et les pays voisins. 

À la reprise de cette session extraordinaire d’urgence hier, au cours de laquelle 66 délégations ont pris la parole, le Vice-Président de l’Assemblée rappelait que depuis le début de l’agression russe, le 24 février dernier, quelque 10 millions de personnes, soit un quart de la population totale, ont fui l’Ukraine et ou sont parties ailleurs dans le pays.  Les services essentiels tels que l’eau, l’électricité, le chauffage, l’assainissement, la santé sont mis à rude épreuve.  Assurer un accès sûr et sans entrave à l’aide humanitaire est « la nécessité du moment et le personnel humanitaire, la priorité du moment », insistait le Vice-Président. 

L’Assemblée générale condamne donc, dans sa résolution, toutes les violations du droit international humanitaire et des droits humains, et demande à toutes les parties au conflit armé de respecter strictement ces droits.  Elle exige la protection du personnel médical et humanitaire, de tous les civils, des biens indispensables à la survie de la population et des infrastructures civiles et des personnes fuyant le conflit armé et la violence, y compris les ressortissants étrangers, notamment les étudiants, et ce, sans discrimination. Elle exige aussi la fin des sièges de villes en Ukraine, en particulier la ville de Marioupol, qui aggravent encore la situation humanitaire pour la population civile et entravent les efforts d’évacuation. 

Sur le front politique, l’Assemblée encourage vivement la poursuite des négociations entre toutes les parties et demande à nouveau instamment le règlement pacifique immédiat du conflit entre la Fédération de Russie et l’Ukraine par voie de dialogue politique, de négociations, de médiation et autres moyens pacifiques, conformément au droit international. 

Au nom de l’Union européenne, la France a salué un texte « équilibré », résultat d’une large consultation avec l’Ukraine et les États Membres de toutes les régions.  La majorité écrasante des États qui ont appuyé la résolution, est un signal très fort envoyé par cette Assemblée générale à l’Ukraine et à son peuple qui en ont besoin.  C’est aussi la raison pour laquelle, a ajouté la France, que l’Union européenne et ses États membres ont soutenu la demande procédurale de l’Ukraine. 

C’est en effet cette dernière qui a présenté une motion pour s’opposer à la mise aux voix du projet de résolution préparé par l’Afrique du Sud, fustigeant un « placebo », une « pilule générique » et un « jumeau » du texte russe rejeté hier par le Conseil de sécurité.  L’Assemblée générale a tranché: par 67 voix contre, 50 pour et 38 abstentions, elle a décidé de ne pas se prononcer sur le projet sud-africain. 

Nous plaidions, s’est expliquée l’Afrique du Sud, pour des efforts constructifs, étant entendu que le but est de répondre exclusivement aux enjeux humanitaires car les enjeux politiques, qui empêchent le ralliement de tous les pays, doivent être traités ailleurs.  Nous aurions voulu, a acquiescé le Brésil, une résolution capable d’influencer le comportement des parties sur le terrain, de promouvoir des arrangements humanitaires efficaces et de créer l’espace nécessaire aux négociations sur la fin des hostilités. 

La résolution adoptée aujourd’hui ne tient pas non plus compte d’une préoccupation urgente découlant de cette crise, à savoir les sanctions économiques aveugles qui affectent tous les pays, en particulier les pays en développement.  Le Brésil a regretté que l’Assemblée générale ait refusé de se prononcer sur un projet qui aurait permis de fédérer le plus grand nombre autour des besoins humanitaires de l’Ukraine. 

Le fait que ce projet ne cite pas une seule fois la Fédération de Russie a fait dire au Canada: une crise humanitaire de cette nature ne vient pas de nulle part.  Elle est le résultat direct d’une décision délibérée d’envahir un pays souverain.  Nous ne pouvons pas, s’est-il essayé, parler de Moby-Dick sans mentionner le mot « cachalot ».  Si nous ne désignons pas l’agresseur et ne rappelons pas ses obligations, nous n’effectuons pas notre travail.  Arguant de sa neutralité, l’Autriche a ajouté: il est difficile d’aboutir à un projet de résolution neutre quand il s’agit de distinguer la victime de l’agresseur. 

Lorsque le 24 mars 1999, les États-Unis et leurs alliés ont lancé leur agression armée contre l’ex-Yougoslavie, ils ont fait pleuvoir plus de 10 000 tonnes d’explosifs, tuant 2000 Serbes, a tenu à rappeler la Fédération de Russie, en parlant de la première guerre en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.  Devant la mise à l’écart du texte sud-africain, elle a accusé les pays occidentaux d’avoir exercé des pressions immenses sur les membres de cette Assemblée parce qu’ils veulent se ménager le monopole du dossier ukrainien. 

En adoptant sa résolution sur les conséquences humanitaires de l’agression contre l’Ukraine, l’Assemblée générale a suspendu cette onzième session extraordinaire d’urgence. 

LETTRE DATÉE DU 28 FÉVRIER 2014, ADRÉSSÉE À LA PRÉSIDENTE DU CONSEIL DE SÉCURITÉ PAR LE REPRÉSENTANT PERMANENT DE L’UKRAINE AUPRÈS DE L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES: PROJETS DE RÉSOLUTION (A/ES-11/L.2, A/ES-11/L.3)

Déclarations

Après avoir indiqué que sa délégation s’est portée coauteur du projet de résolution présenté par l’Ukraine, M. DAMIANO BELEFFI (Saint-Marin) a fermement condamné les attaques indiscriminées et disproportionnées contre les civils ukrainiens perpétrées par la Fédération de Russie, notamment les bombardements aveugles, les frappes aériennes et l’utilisation d’engins explosifs dans les zones densément peuplées.  Le droit international humanitaire est clair: les civils et les biens civils doivent être protégés.  Depuis le début du conflit, Saint-Marin, a précisé le représentant, a accueilli près de 300 réfugiés en provenance d'Ukraine et le Gouvernement, en collaboration avec la société civile, le secteur privé et les fédérations sportives s’efforcent de faciliter leur intégration et leur inclusion.  Le Gouvernement a ainsi créé une subvention à laquelle les familles samaranaises qui accueillent des réfugiés peuvent avoir accès pour couvrir leurs dépenses de base. 

M. SOVANN KE (Cambodge) s’est dit gravement préoccupé par la détérioration de la situation humanitaire en Ukraine et a exhorté toutes les parties à assurer un accès humanitaire sans entrave.  Il a aussi réclamé le respect du droit international humanitaire et un cessez-le-feu immédiat.  « Ami des deux pays, le Cambodge appelle l’Ukraine et la Russie à régler ce conflit par le biais du dialogue et de la diplomatie. » 

M. KACOU HOUADJA LÉON ADOM (Côte d’Ivoire) a loué les efforts du Secrétaire général en vue d’un règlement pacifique et durable de la crise en Ukraine.  Il a réaffirmé l’attachement de sa délégation au respect de l’intégrité territoriale, de la souveraineté territoriale et de l’indépendance des États ainsi qu’au règlement pacifique des différends.  Il s’est dit « vivement » préoccupé par l’escalade de la violence qui malheureusement continue d’engendrer une profonde désolation avec un nombre considérable de victimes et de destructions massives des infrastructures essentielles.  Il est donc urgent d’appliquer sans délai la résolution adoptée le 2 mars par l’Assemblée générale.  Le représentant a condamné les violations de droit international humanitaire et des droits de l’homme perpétrées en Ukraine. Appelant au respect de ces droits et des Conventions de Genève de 1949, il a insisté sur un traitement équitable et sans discrimination de toutes les personnes affectées par cette crise, y compris les Africains et les personnes d’ascendance africaine. 

M. JUN ZHANG (Chine) a défendu la souveraineté et l’intégralité territoriale de tous les pays, de même que les principes de la Charte des Nations Unies, tout en soulignant la nécessité de prendre en compte les préoccupations sécuritaires de tous les pays.  Il faut, a-t-il dit, éviter de politiser les questions humanitaires.  Il a donc exprimé des réserves sur le projet de résolution présenté par la France et le Mexique, et porté devant l’Assemblée générale par l’Ukraine.  Ce projet, s’est-il expliqué, comporte des aspects qui vont bien au-delà de la problématique humanitaire.  Le représentant a en revanche jugé « plus équilibré » le texte présenté par l’Afrique du Sud, ajoutant que le recours à la force et les sanctions ne devraient pas devenir des fins en soi et rejetant la politique des « deux poids, deux mesures ». 

M. MUNIR AKRAM (Pakistan) s’est dit gravement préoccupé par la détérioration de la situation sécuritaire et humanitaire en Ukraine et a redit l’importance de respecter les principes de la Charte, dont celui du non-recours à la force.  Il a réclamé la cessation immédiate des hostilités et la création de couloirs humanitaires.  Les deux parties, a-t-il pressé, doivent s’engager dans la voie du dialogue.  Il a salué les efforts consentis par de nombreux pays, dont la Chine et la Turquie, pour parvenir à un règlement négocié.  Il a espéré l’adoption d’un texte favorisant l’acheminement de l’aide humanitaire, dans le respect des principes humanitaires. 

M. KYAW MOE TUN (Myanmar) a appuyé le projet de résolution présenté par l’Ukraine, par solidarité pour le peuple ukrainien.  Le peuple du Myanmar, s’est-il expliqué, est confronté à une tragédie similaire, une crise humanitaire émanant des atrocités commises par les militaires décrites comme des crimes contre l’humanité.  Le représentant a plaidé pour une assistance humanitaire au Myanmar, de façon inclusive et transparente.  Il faut mettre fin aux atrocités commises par l’armée et chasser la dictature militaire le plus rapidement et le plus efficacement possible, a-t-il insisté. 

M. ROBERT KEITH RAE (Canada) a regretté que la Fédération de Russie poursuive son invasion illégale de l’Ukraine, où la situation humanitaire est grave.  Rien ne justifie ces attaques, et l’opération militaire russe en Ukraine n’a rien de « spécial », a affirmé le représentant, avant d’apporter son soutien au projet de résolution présenté par l’Ukraine, qui exige le plein respect du droit humanitaire international et l’accès humanitaire qui fait cruellement défaut.  L’Assemblée générale, dans sa première résolution de cette session extraordinaire d’urgence avait déjà déploré les actions de la Russie comme une violation de la Charte des Nations Unies, de ses objectifs et de ses principes.  Il incombe donc à nouveau à l’Assemblée de défendre l’ordre international fondé sur des règles au sein duquel l’ONU et sa Charte jouent un rôle central, a estimé le délégué, avant d’exhorter tous les États Membres à voter en faveur du projet de texte présenté par l’Ukraine qui tient compte de la situation des pays les moins avancés (PMA), de la lutte contre la discrimination, de la sécurité alimentaire ou encore du financement des plans humanitaires de l’ONU. 

Certains disent, s’est étonné le représentant, qu’un texte humanitaire ne devrait établir les responsabilités.  Mais, s’est-il indigné, nous ne sommes pas devant une catastrophe naturelle.  Une crise humanitaire de cette nature ne sort pas de nulle part.  Elle est le résultat direct d’une décision délibérée de la Fédération de Russie d’envahir un pays souverain.  Nous ne pouvons pas, s’est essayé le représentant, parler de Moby-Dick sans dire que c’est un cachalot.  Si nous ne désignons pas l’agresseur et ne rappelons pas ses obligations, nous n’effectuons pas notre travail.  Un cessez-le-feu est nécessaire, a tranché le représentant, promettant de voter oui pour l’humanité parce qu’il faut entamer la marche vers la paix, la vérité, la justice et la réconciliation.  Citant Leonard Cohen, il a dit « c’est par les fissures que la lumière entre ».  Il nous faut de la solidarité et du courage. 

M. ALEXANDER MARSCHIK (Autriche) a dénoncé l’attaque de la Russie contre l’Ukraine et qualifié de « terrifiante » la situation humanitaire dans le pays.  Il a aussi dénoncé les bombardements d’hôpitaux et d’écoles et l’emploi d’armes à sous-munitions.  Chaque pays doit respecter le droit international humanitaire, a-t-il martelé, avant de dénoncer l’inaction du Conseil et de souligner que c’est à cette Assemblée d’agir.  Il a appelé à voter pour le projet de résolution présenté par l’Ukraine, estimant que celui de l’Afrique du Sud, souffre de graves omissions et qu’il n’a pas été élaboré avec le pays concerné au premier chef.  Répondant aux reproches de politisation de l’aide humanitaire et arguant de la neutralité de l’Autriche, le représentant a déclaré: il est difficile d’aboutir à un libellé neutre quand il s’agit de distinguer la victime de l’agresseur. 

Dénué du droit de vote, M. PAUL BERESFORD-HILL (Ordre souverain de Malte) a tenu à exprimer son soutien au projet de résolution présenté par l’Ukraine.  Il a appelé à la cessation des hostilités et au dialogue pour retrouver le chemin vers la paix.  Il a ensuite énuméré les efforts humanitaires de l’Ordre souverain de Malte, avant de se dire préoccupé par les risques accrus de violence sexuelle et de traite des êtres humains dont font état les polices locales et les médias aux frontières. 

Explications de vote sur les résolutions intitulées « Conséquences humanitaires de l’agression de la Fédération de Russie contre l’Ukraine » (A/E-11/L.2), présentée par l’Ukraine et « La situation humanitaire découlant du conflit en Ukraine » (A/E-11/L.3), présentée par l’Afrique du Sud

La représentante de l’Afrique du Sud a voulu que l’on ne perde pas de vue ce qui doit être fait immédiatement: œuvrer à une amélioration de la situation en Ukraine.  Dans une guerre, a-t-elle dit, il n’y a pas de vainqueur.  De nombreux pays subissent les conséquences de guerre qu’ils n’ont pas choisies.  L’Afrique elle-même a enduré plusieurs « guerres par procuration ».  Ce qu’il faut aujourd’hui, a martelé la représentante, c’est mettre un terme à la guerre en Ukraine.  Elle a plaidé pour des efforts constructifs et estimé que la résolution présentée par l’Ukraine ne répond pas pleinement à cet objectif.  Certains de ses éléments entravent l’obtention d’un consensus.  Notre texte, a-t-elle souligné, vise exclusivement à répondre aux enjeux humanitaires car les enjeux politiques, qui empêchent le ralliement de tous les pays, doivent être traités ailleurs. Annonçant un vote d’abstention sur le projet de résolution présenté par l’Ukraine, elle a demandé la mise aux voix du sien.  « Ne muselons pas ceux qui ont un autre avis. » 

La résolution sur « Les conséquences humanitaires de l’agression de la Fédération de la Russie contre l’Ukraine » a été adoptée à la majorité des deux-tiers par 140 voix pour, 5 voix contre (Bélarus, Érythrée, Fédération de Russie, République populaire démocratique de Corée et Syrie) et 38 abstentions.  Par une motion présentée par l’Ukraine, l’Assemblée générale a décidé, par 67 voix contre, 50 pour et 38 abstentions, de ne pas se prononcer sur la résolution intitulée « La situation humanitaire découlant du conflit en Ukraine. »

Explications de vote

Ce qu’il faut c’est un cessez-le-feu immédiat, a commenté le représentant de l’Inde qui a dit avoir acheminé en Ukraine et aux pays voisins plus de 90 tonnes d’aide et assuré le retour de 22 000 ressortissants indiens.  Il a insisté sur le respect des principes de l’aide humanitaire, et rejeté catégoriquement toute politisation.  C’est la raison pour laquelle, nous nous sommes abstenus, a-t-il expliqué.

Le représentant de la République populaire démocratique lao a expliqué son « abstention » parce que ce qui est urgent, c’ est de parvenir à des efforts visant à engager les négociations de paix entre les parties concernées.  Il faut s’abstenir de toute action qui pourrait « jeter de l’huile sur le feu » et les tensions qui pourraient entraver les efforts diplomatiques, a conseillé le représentant. 

Son homologue du (Rwanda) a dit avoir voté en faveur de la résolution car il s’agit de faire pression pour obtenir la réalisation de trois objectifs principaux : la protection des civils, le soutien humanitaire et le dialogue.  Mais le représentant a avoué qu’il aurait aimé voir tous les États Membres « unis » autour d’un texte humanitaire, jugeant regrettables les divisions lorsque la vie de civils innocents est en jeu. 

Ayant également voté en faveur de la résolution, le représentant de Malaisie a regretté la manière dont les choses se sont passées aujourd’hui à l’Assemblée générale.  Les deux textes, a-t-il estimé, avaient des similitudes et leurs auteurs auraient dû collaborer pour arriver à un texte unique.  La procédure appliquée au cours de cette session n’envoie pas un message d’unité et de solidarité, a-t-il dit.  Cette absence de débat ouvert et franc entre les États est un événement malheureux de plus, a regretté le représentant. 

Lorsque le 24 mars 1999, les États-Unis et leurs alliés ont lancé leur agression armée contre l’ex-Yougoslavie, plus de 10 000 tonnes d’explosifs se sont abattus dans le pays, tuant 2000 Serbes, a tenu à rappeler le représentant de la Fédération de Russie.  Cette agression, la première en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, a étonnamment été présentée comme une guerre défensive.  Il a donc remercié les pays qui ont eu « le courage » de suivre une ligne indépendante, en dénonçant, une nouvelle fois, une résolution « antirusse » sur une pseudo-aide humanitaire.  Les pays occidentaux ont exercé des pressions immenses sur les membres de cette Assemblée, a accusé le représentant, déplorant l’absence d’un vote sur le texte de l’Afrique du Sud.  Les pays occidentaux veulent décidément conserver leur monopole sur ce dossier, a-t-il taclé. 

Appelant le Conseil de sécurité à assumer sa responsabilité première dans le maintien de la paix et la sécurité internationales, le représentant de l’Algérie a exprimé sa plus vive préoccupation devant la situation en Ukraine.  Il a souligné l’importance des efforts diplomatiques qui doivent être intensifiés pour parvenir à un règlement pacifique du conflit et remédier aux conséquences humanitaires tragiques dans ce pays. 

Le représentant du Brésil a dit avoir voté en faveur de la résolution mais a regretté que l'assemblée générale n’ait pas réussi à s’exprimer aujourd’hui d’une seule et même voix.  Nous aurions préféré, a-t-il avoué, un texte consensuel plutôt que de nous retrouver devant un fait accompli et une résolution humanitaire aux relents politiques.  Nous aurions aimé, a encore dit le représentant, une résolution constructive et capable d’influencer le comportement des parties sur le terrain, de promouvoir des arrangements humanitaires efficaces et de créer l’espace nécessaire aux négociations pour mettre un terme aux hostilités. 

La résolution adoptée aujourd’hui, a poursuivi le représentant, ne tient pas non plus compte d’une préoccupation urgente découlant de cette crise, à savoir les sanctions économiques aveuglent qui affectent tous les pays, en particulier les pays en développement.  Le représentant a dit pleinement souscrire au projet de résolution proposé par l’Afrique du Sud, regrettant sincèrement que l’Assemblée générale ait refusé de se prononcer sur un texte qui aurait permis de fédérer les États autour des besoins humanitaires de l’Ukraine. 

Ayant lui aussi voté pour la résolution, le délégué de l’Égypte a argué de la nécessité de protéger les civils, tout en confessant un certain « malaise » lors des négociations.  Il a rejeté les sanctions en raison de leurs incidences pour la sécurité alimentaire et énergétique mondiale et souligné que la quête d’une solution politique rapide à cette crise est capitale et qu’elle doit être la priorité. 

Le représentant de l’Iraq a déclaré que le peuple de son pays « sait très bien » ce que c’est que d’avoir un besoin urgent d’aide humanitaire en temps de crise et de guerre.  Rappelant que l’ONU a fourni à son pays le soutien humanitaire nécessaire pour surmonter les répercussions des crises qui l’ont accablé, le délégué a déclaré que son pays a voté en faveur de la résolution, par sens de responsabilité envers le peuple ukrainien.  Il a ajouté que l’Iraq aurait également voté en faveur du projet de résolution sud-africain s’il avait été mis aux voix. 

La représentante de Sierra Leone qui a voté en faveur de la résolution, a insisté sur l’égalité de traitement de tous ceux et celles qui recherchent la sécurité.  Elle a mis en garde contre toute discrimination des personnes qui fuient ou qui sont directement touchées par le conflit. 

Son homologue de l’Indonésie, qui a aussi voté pour, a tout de même regretté que l’Assemblée ne se soit pas exprimée d’une seule voix.  Il faut, a-t-il dit, déploré que le monde ait vu aujourd’hui à quel point nous sommes divisés sur un sujet aussi essentiel, et ce, par manque de dialogue.  Nous aurions voté pour le projet de résolution de l’Afrique du Sud, a-t-il confié, s’il n’y avait pas eu cette « entorse » au caractère démocratique de cette Assemblée.  Semons la confiance plutôt que la discorde, a-t-il plaidé. 

Il est regrettable qu’il n’ait pas été possible de réconcilier les deux textes, a commenté le représentant de l’Érythrée , avouant sa préférence pour le projet de résolution sud-africain.  Toutes les parties, a-t-il souligné, doivent assumer leurs responsabilités, en vertu du droit international, veiller au bien-être des civils et permettre le passage sûr et sans entrave de l’aide humanitaire. Exprimant son soutien au règlement pacifique des différends, il a qualifié de dangereuse la tendance à vouloir faire advenir un monde unipolaire.  Nous avons voté contre la résolution, a-t-il dit. 

Ayant voté pour, le représentant de la Thaïlande a insisté sur le respect du droit international humanitaire et mis en garde contre toute politisation de l’aide, avant de s’attarder sur l’assistance apportée par son pays à l’Ukraine. 

Le représentant de la Jordanie a insisté sur les principes de précaution et de distinction, avant de saluer les efforts diplomatiques déployés pour faire émerger une solution pacifique au conflit. 

S’étant abstenu, le représentant de l’Iran a dit tenir au règlement pacifique des différends et a encouragé toutes les parties au dialogue.  Il a jugé que la résolution adoptée contient des dispositions allant bien au-delà du champ d’application de l’action humanitaire et ne prévoit aucun mécanisme réaliste pour faire taire les armes.  Il a donc regretté que les États Membres n’aient pas eu la possibilité de se prononcer sur le projet de résolution présenté par l’Afrique du Sud. 

La déléguée du Liban a dit avoir voté pour, en regrettant l’absence de consensus.  « Que fait-on maintenant que nous avons échoué à combattre le fléau de la guerre?  Elle a réclamé la fin des hostilités et a appelé au dialogue pour mettre un terme à la guerre.  « Devenons tous des héros de la paix. », a-t-elle encouragé. 

À son tour, le représentant du Lesotho a souhaité que le conflit en Ukraine se règle par des moyens pacifiques. 

Déclarations après le vote

Au nom de l’Union européenne, le représentant de la France a salué un texte « équilibré » qui exige de la Fédération de Russie qu’elle mette fin sans délai à son agression.  Ce texte, qui est le résultat d’une large consultation avec l’Ukraine et les États Membres de toutes les régions, a été coparrainé par plus de 80 pays, s’est réjoui le représentant, en se félicitant aussi d’une adoption par « une majorité écrasante ».  C’est un signal très fort envoyé par cette Assemblée générale  et l’Ukraine et son peuple en ont besoin.  C’est aussi la raison pour laquelle l’Union européenne et ses États membres ont soutenu la demande procédurale de l’Ukraine, a dit le représentant, en jugeant qu’il faut plus que jamais être unis derrière les principes universels de la Charte des Nations Unies et du droit international humanitaire. 

Son homologue du Danemark a surtout reproché au texte sud-africain le fait qu’il ne mentionne pas une seule fois la Fédération de Russie, seul pays qui peut régler la situation.  En outre, a-t-il aussi reproché, les auteurs du texte n’ont pas jugé bon de consulter l’’Ukraine.  Il n’est pas difficile de se mettre à la place de cette dernière, a-t-il dit, en insistant sur l’importance qu’il y a à la consulter. 

Ayant voté en faveur de la résolution présentée par l’Ukraine, la représentante d’Israël a rappelé que son pays a déjà fourni plus de 100 tonnes d’aide humanitaire et des systèmes de purification d’eau en Ukraine, tandis qu’hier, il a inauguré un premier dispensaire.  Elle a ensuite déclaré que son gouvernement met tout en œuvre pour parvenir à un règlement de la crise par des moyens pacifiques, compte tenu de ses bonnes relations avec les deux parties au conflit. 

Enfin, l’Observateur du Saint Siège a estimé que la résolution adoptée, décrit avec clarté les conséquences humanitaires désastreuses du conflit, en Ukraine et autour de l’Ukraine.  Saluant en outre le fait que la résolution reconnaisse les nombreuses conséquences du conflit, notamment l’aggravation de l’insécurité alimentaire partout dans le monde, sans oublier les répercussions potentielles du bombardement des infrastructures nucléaires ukrainiennes, l’Observateur a rappelé la parole du pape François qui disait hier que dans les guerres, la victoire est impossible.  Les guerres ne sont qu’une défaite de l’humanité, la défaite de la lumière face à la mort.  Le pape, a souligné l’Observateur, a appelé à un cessez-le-feu immédiat et à la création des couloirs humanitaires.  Le Saint-Père a réclamé des négociations réelles pour parvenir à un règlement immédiat du conflit.  L’Observateur a remercié tous les États et tous les individus qui ont ouvert leur maison et leurs cœurs à ceux et celles qui ont fui le conflit, tous ceux qui ont fourni des habits, des médicaments, de la nourriture et de l’eau. 

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