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8786e séance – après-midi
CS/14541

Le Conseil de sécurité  informé de la situation concernant le pétrolier FSO Safer et des risques environnementaux au large du Yémen: le temps presse

Le risque d’une catastrophe environnementale, économique et humanitaire occasionnée par la fuite massive de pétrole des soutes du FSO Safer, ancré au large du Yémen, « augmente chaque jour ».  Tel est l’avertissement lancé cet après-midi au Conseil de sécurité par la Directrice exécutive du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), qui a regretté le blocage de la situation sur le terrain, en dépit des efforts déployés par l’ONU et ses partenaires.  Une impasse que le représentant du Yémen a imputé au refus persistant des milices houthistes d’entendre les appels de la communauté internationale. 

Si l’accord conclu en novembre dernier avec Ansar Allah, la branche politique des houthistes, sur l’étendue des travaux pour l’évaluation du navire avait envoyé des « signaux positifs », sa mise en œuvre s’est heurtée à des obstacles politiques et logistiques, et la mission prévue n’a pas encore été déployée, a expliqué Mme Inger Andersen, avouant ne pas savoir encore quelle serait la meilleure solution pour traiter 1,1 million de barils dans un « pétrolier vieillissant » situé dans une zone écologiquement sensible de la mer Rouge.  

Dans ce contexte, la Secrétaire générale adjointe a indiqué que le système des Nations Unies travaille en parallèle pour soutenir la planification des interventions en cas de déversement de pétrole.  Selon elle, quelques progrès ont été enregistrés à cet égard, notamment grâce à la mise en place de mécanismes de coordination impliquant son agence, ainsi que l’Organisation régionale pour la conservation de la mer Rouge et du golfe d’Aden (PERSGA), l’Organisation maritime internationale (OMI) et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).  

Mme Andersen a prévenu qu’une marée noire n’aurait pas seulement un impact environnemental.  Bien que la côte ouest du Yémen soit la plus exposée, tout déversement de pétrole affecterait négativement les pays voisins de la mer Rouge, a-t-elle mis en garde.  En outre, une telle catastrophe bouleverserait le mouvement des plus de 20 000 navires qui traversent la mer Rouge chaque année, paralysant potentiellement l’une des routes commerciales les plus fréquentées au monde. 

Alors qu’il reste encore beaucoup à faire en termes de préparation et de planification d’urgence, il est essentiel que l’évaluation du FSO Safer soit entreprise d’urgence pour donner aux équipes d’intervention une meilleure compréhension des risques existants et identifier les prochaines étapes appropriées, a plaidé Mme Andersen, sans entrer dans des considérations politiques. 

La Directrice des opérations du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), Mme Reena Ghelani, a rappelé qu’après plus de 22 exposés sur la situation au Yémen et du pétrolier FSO Safer, les progrès restent quasi inexistants.  Chaque mois nous vous rendons compte des efforts de l’ONU pour accéder au pétrolier, a dit Mme Ghelani, et pourtant nos efforts sont restés lettre morte parce que les autorités houthistes s’opposent à ce qu’une mission d’évaluation se rende sur place.  Des discussions sont toujours en cours, a rassuré la haute responsable, mais à ce stade les démarches onusiennes se sont soldées par un échec. 

Le représentant du Yémen, seul délégué à s’exprimer au cours de cette séance, a fait porter aux milices houthistes l’entière responsabilité de la détérioration de la situation.  Selon lui, les houthistes ont certes consenti à l’envoi d’une équipe d’évaluation et d’entretien de l’ONU mais la mise en œuvre de cette mission sur le FSO Safer est bloquée sur le terrain, ce qui ouvre la voie à une catastrophe grave, « en plus de la guerre livrée au peuple yéménite ».  Au-delà des risques pour l’environnement et pour les 15 millions de personnes vivant dans la zone menacée, il a également averti des conséquences économiques et humanitaire qu’entrainerait la fermeture pendant six mois du port d’Hodeïda. 

LA SITUATION AU YÉMEN

Déclarations

INGER ANDERSEN, Secrétaire générale adjointe et Directrice exécutive du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), a commencé par indiquer que, depuis son exposé de juillet 2020, aucun changement significatif n’a été signalé quant au risque de fuite massive de l’unité flottante de stockage et de déchargement FSO Safer, ancrée au large de Ras Isa, au Yémen.  La réalité est que ce risque « augmente chaque jour », a-t-elle cependant averti. 

Si l’accord conclu avec Ansar Allah en novembre 2020 sur l’étendue des travaux pour l’évaluation du navire avait envoyé des « signaux positifs », sa mise en œuvre s’est heurtée à des obstacles politiques et logistiques et la mission prévue n’a pas encore été déployée, a expliqué Mme Andersen.  En conséquence, nous ne connaissons toujours pas l’état exact du navire, ni quelle serait la meilleure solution pour traiter 1,1 million de barils dans un pétrolier vieillissant situé dans une zone écologiquement sensible de la mer Rouge, a-t-elle avoué.  Dans ce contexte, le système des Nations Unies travaille en parallèle pour soutenir la préparation, l’urgence et la planification des interventions en cas de déversement de pétrole.  Des progrès ont été enregistrés à cet égard, notamment grâce à la mise en place de mécanismes de coordination. 

C’est ainsi que l'Organisation régionale pour la conservation de la mer Rouge et du golfe d’Aden (PERSGA), avec le soutien du PNUE et de l’Organisation maritime internationale (OMI), a élaboré le plan d’urgence régional avec la participation des États membres de PERSGA.  De plus, a poursuivi la Secrétaire générale adjointe, un examen du plan d’urgence national est en cours, avec le soutien de la PERSGA, du PNUE et de l’OMI.  Cette dernière a par ailleurs passé un contrat avec la société privée « Oil Spill Response Limited » pour mettre à jour les « scénarios » en cas de déversement d’hydrocarbures, et ce, en utilisant les données océanographiques fournies.  Parallèlement, les agences de soutien (PERSGA, PNUE, OMI et PNUD) ont établi un comité chargé de coordonner l’assistance régionale et internationale en cas de marée noire, l’objectif étant d’aider le ou les pays touchés à atténuer les dommages causés par un déversement potentiel. 

Faisant d’autre part état d’ateliers de renforcement des capacités sur la réponse aux niveaux régional et national par la PERSGA, l’OMI et le PNUE, Mme Andersen a prévenu que les impacts d’une marée noire restent un « risque énorme » car une catastrophe environnementale n’aurait pas seulement un impact sur les écosystèmes.  Bien que la côte ouest du Yémen soit la plus touchée, tout déversement de pétrole affecterait négativement les pays voisins de la mer Rouge. En outre, a-t-elle ajouté, cela pourrait également impacter le mouvement des plus de 20 000 navires qui traversent la mer Rouge chaque année, paralysant potentiellement l’une des routes commerciales les plus fréquentées au monde. 

Cela étant, une marée noire ou une explosion dans la mer Rouge aurait aussi un impact environnemental grave et durable sur les écosystèmes, qui sous-tendent les moyens de subsistance de toutes les communautés de la région, a souligné la Directrice exécutive du PNUE, avertissant que, malgré les efforts déployés, « le risque demeure et la situation va empirer à mesure que les retards s’accumulent ». En effet, même si les activités d’intervention étaient lancées immédiatement après un déversement de pétrole et que l’accès était autorisé, « il faudrait des années pour que les écosystèmes et les économies se rétablissent ».  

De surcroît, Mme Andersen a souligné qu’il reste encore beaucoup à faire en termes de préparation et de planification d’urgence.  À ses yeux, bien que la question fasse l’objet de discussions depuis plus d’un an, aucun effort ne doit être épargné pour remédier à cette situation.  Il est essentiel que l’évaluation du navire soit entreprise d’urgence pour nous donner une meilleure compréhension des risques existants et identifier les prochaines étapes appropriées, a plaidé la Secrétaire générale adjointe du PNUE. 

Mme REENA GHELANI, Directrice des opérations du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), a rappelé qu’après plus de 22 exposés sur la situation au Yémen et du pétrolier FSO Safer, les progrès restent quasi inexistants.  Chaque mois nous vous rendons compte des efforts de l’ONU pour accéder au pétrolier, a rappelé Mme Ghelani, et pourtant nos efforts sont restés lettre morte parce que les autorités houthistes s’opposent à ce qu’une mission d’évaluation se rende sur place.  Des discussions sont toujours en cours, a rassuré la haute responsable, mais à ce stade les démarches onusiennes se sont soldées par un échec.  Ce pétrolier n’a pas été entretenu depuis six ans et il y a un risque réel de fuite de pétrole et de gaz.  Cependant tant que l’ONU ne sait pas exactement quelle est la situation sur place, il est impossible de procéder à sa réparation.  C’est la raison pour laquelle une mission d’évaluation doit pouvoir se rendre sur le pétrolier, a insisté Mme Ghelani indiquant que l’ONU a fait des propositions concrètes dans un cahier des charges détaillé pour éviter « une catastrophe écologique ». 

La situation est extrêmement frustrante, a concédé Mme Ghelani, ajoutant la communauté internationale espère toujours pouvoir trouver une solution durable, mais pour qu’il y ait une mission de l’ONU il faut d’abord qu’il y ait une évaluation par les experts des Nations Unies.  Mme Ghelani a assuré que l’ONU reste prête à déployer des experts, tant que les fonds restent disponibles, ajoutant que l’équipe est en standby.  Aujourd’hui il faut faire vite, a martelé la représentante d’OCHA, sachant qu’il faudra plusieurs semaines pour que l’équipe d’experts puisse être opérationnelle sur le Safer. 

M. ABDULLAH ALI FADHEL AL-SAADI (Yémen) a noté qu’un an après la séance spéciale du Conseil de sécurité organisée le 15 juillet 2020 sur la situation du pétrolier FSO Safer, rien n’a changé.  Tout au contraire, la situation s’est détériorée et les risques environnementaux, économiques et humanitaires ne cessent d’augmenter, a-t-il souligné, imputant cette impasse au refus persistant des milices houthistes d’entendre les appels de la communauté internationale et du Conseil de sécurité pour résoudre le problème.  Les houthistes vont jusqu’à dire que l’ONU est responsable de la crise et qu’elle détourne les ressources destinées à l’évaluation du pétrolier, a accusé le représentant.  Certes, a-t-il concédé, les houthistes ont consenti à l’envoi d’une équipe d’évaluation et d’entretien de l’ONU mais la mise en œuvre est bloquée sur le terrain.  De fait, nous sommes aujourd’hui aux portes d’une catastrophe grave, à laquelle s’ajoute une crise humanitaire due à la guerre que livrent les houthistes au peuple yéménite, a prévenu le délégué. 

Depuis 2018, et même 2017, a-t-il poursuivi, le Gouvernement du Yémen essaie de sonner l’alarme pour obtenir qu’une équipe de l’ONU puisse se rendre sur le site, en vue d’une intervention et une réparation.  Cependant, a-t-il déploré, les houthistes n’ont cessé de manipuler la situation.  Rappelant les avertissements lancés par l’ancien Coordonnateur des secours d’urgence, M. Mark Lowcock, selon lequel la fuite ou l’explosion de 1,1 million de barils de pétrole aurait des conséquences catastrophiques, il a répété que son gouvernement s’est constamment adressé au Conseil pour l’avertir des risques et l’appeler à prendre ses responsabilités.  Selon lui, il est impératif que les houthistes respectent leur promesse et permettent à une équipe de l’ONU d’accéder au navire, comme le prévoient les deux dernières résolutions pertinentes du Conseil.  

M. Al-Saadi a ajouté que nombre d’organisations internationales et régionales ont appuyé cette demande en soulignant que la situation actuelle fait courir un risque à 15 millions de personnes et représente des dégâts potentiels d’un montant de 21 milliards de dollars.  À cela s’ajoute l’impact négatif qu’entraînerait, sur les plans économique et humanitaire, la fermeture du port d’Hodeïda pendant six mois.  Réitérant son soutien à la solution en trois étapes avancée par M. Martin Griffiths, Envoyé spécial du Secrétaire général, de l’évaluation du navire à sa liquidation et à sa vente pour couvrir les frais de l’opération, en passant par l’extraction du pétrole, le représentant a dit attendre du Conseil qu’il agisse face au comportement « non éthique » des houthistes.  « On ne peut plus se taire, le temps presse », a-t-il conclu.  

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