9884e séance – matin
CS/16027

Conseil de sécurité: le Secrétaire général rappelle aux États Membres leur engagement à adapter les opérations de maintien de la paix aux défis actuels

Le Conseil de sécurité, à l’initiative du Danemark, assurant la présidence du mois de mars, a tenu aujourd’hui un débat public de haut niveau sur les moyens de renforcer la capacité d’adaptation des opérations de paix des Nations Unies en faisant face aux nouvelles réalités.  En plus des membres du Conseil, une soixantaine de délégations et Mme Jenna Ross, Directrice de recherche à l’International Peace Institute (IPI), y ont participé après avoir entendu le Secrétaire général de l’ONU leur rappeler leur engagement à adapter ces opérations conformément au Pacte pour l’avenir. 

Depuis leur premier déploiement en 1948, ces opérations ont permis de sauver des vies, de réduire la violence, d’enrayer le débordement de conflits meurtriers et de mettre fin à des atrocités, a fait valoir le Chef de l’ONU.  Symbole d’un multilatéralisme efficace, elles ont permis d’alléger le fardeau qui pèse sur chaque pays individuellement en ralliant les « nations unies » pour agir. 

Toutefois, a prévenu le Secrétaire général, les opérations de paix se heurtent à des obstacles de taille tels que les groupes terroristes et extrémistes, la criminalité organisée, la militarisation des nouvelles technologies et les effets des changements climatiques.  Il a également pointé les divisions géopolitiques, les violations du droit international -notamment des droits humains et de la Charte des Nations Unies- ainsi que l’effritement de la confiance entre les pays, entre les régions, et à l’intérieur de ceux-ci.  Autant de facteurs qui exigent une adaptation des opérations de maintien de la paix.

Suivre le Pacte pour l’avenir et tirer parti de l’étude en cours

Face à l’asymétrie persistante qu’il a constatée s’agissant des mandats et des ressources disponibles, le Secrétaire général a brandi une « bonne nouvelle »: les États Membres se sont engagés dans le Pacte pour l’avenir à adapter les opérations de paix.  Il a notamment suggéré d’en tirer parti dans le contexte d’Haïti où il faut arriver à un processus politique maîtrisé et conduit par le peuple haïtien.  M. Guterres a également mis l’accent sur la collaboration avec les organisations régionales et sous-régionales notamment le partenariat avec l’Union africaine. 

Il s’est prévalu de l’étude en cours de toutes les formes d’opérations de paix, qui entend proposer des recommandations concrètes afin d’adapter les opérations au monde d’aujourd’hui.  Les États Membres, les pays hôtes, les pays fournisseurs de contingents ou de personnel de police, les contributeurs financiers, les organisations régionales, celles de la société civile et des milieux universitaires, ainsi que des hauts responsables et experts des opérations de paix des Nations Unies seront consultés pour leur expertise.  Face aux défis persistants de financement des opérations de l’ONU, M. Guterres a misé sur cette étude pour aider à trouver des gains d’efficacité. 

L’appel du Secrétaire général aux membres du Conseil à surmonter les divisions et les désaccords entourant les opérations de paix, et à bâtir un soutien politique unifié et cohérent pour les opérations de paix, a été l’occasion pour les délégations de présenter leurs suggestions.  C’est ainsi que M. Lars Lokke Rasmussen, Ministre des affaires étrangères du Danemark, déployant un large éventail de propositions, a recommandé de dépasser l’approche d’un même modèle pour toutes les opérations et d’accueillir la complexité. 

Priorités: la flexibilité, les femmes, les réalités locales, les partenariats

La primauté des dimensions politiques doit être préservée, a estimé le Ministre danois, ajoutant que les mandats des missions doivent être flexibles et réalistes, basés sur des stratégies politiques claires.  « Le Conseil doit avoir le courage d’adapter les mandats aux dynamiques de conflit. »  Le Ministre a de plus insisté sur la centralité du programme pour les femmes et la paix et la sécurité.  Pour lui comme pour beaucoup d’autres délégations, l’égalité entre les sexes ne doit pas attendre la paix et les femmes doivent être présentes à la table des négociations. 

La Chine a insisté sur l’importance pour les opérations de maintien de la paix de respecter les principes d’impartialité et les priorités du pays hôte.  Une bonne coopération avec ces pays est le meilleur moyen d’améliorer l’efficacité des missions, a-t-elle fait valoir.  Dans la même veine, le Royaume-Uni a demandé que les missions poursuivent des objectifs inspirés par les réalités locales.  Dans le même temps, les missions doivent sensibiliser les communautés hôtes à leur travail, a conseillé la délégation. 

Les opérations de paix doivent privilégier une approche centrée sur l’être humain, respecter les priorités des pays d’accueil et l’appropriation nationale, a renchéri la République de Corée estimant elle aussi qu’un climat de confiance avec les pays hôtes et les populations locales est essentiel pour le succès d’une mission et pour que son héritage soit positif.  Le délégué sud-coréen a cité l’exemple d’un partenariat au Soudan du Sud qui soutient la culture du riz et la formation professionnelle afin d’améliorer la résilience et la qualité de vie des communautés.  La Grèce a, quant à elle, estimé que l’amélioration de l’efficience des opérations de paix dépend aussi d’une meilleure coordination entre le Siège et les missions et entre le système onusien et les pays contributeurs de troupes. 

Tout comme le Secrétaire général, plusieurs orateurs ont souligné l’importance de partenariats avec les organisations régionales et sous-régionales en particulier avec l’Union africaine (UA).  Ainsi, la Somalie s’est dite convaincue que le renforcement du partenariat entre les Nations Unies et l’UA contribue au succès des missions.  Chaque mission de maintien de la paix devrait avoir des objectifs et des stratégies de sortie bien définis dès le départ, a en outre plaidé la délégation en demandant de s’appuyer sur la résolution 2719 (2023) du Conseil de sécurité, texte qui prévoit le financement des opérations de soutien à la paix menées par l’UA.

Éviter les mandats « arbre de Noël »

Parmi les habitudes dont il faut se débarrasser pour renforcer l’efficacité des missions, l’Algérie a mentionné les mandats « arbre de Noël », en vertu desquels les missions de l’ONU se voient confier un nombre écrasant de responsabilités, y compris une forte composante droits de l’homme.  La Fédération de Russie a fait remarquer en effet qu’on greffe souvent aux mandats des opérations les priorités des différents participants aux pourparlers ainsi que les objectifs du Secrétariat de l’ONU. 

Parmi les ajouts fréquents aux mandats des missions politiques spéciales, elle a cité le maintien de l’ordre, l’élaboration d’une nouvelle loi ou constitution, l’organisation d’élections, ainsi que des objectifs en termes de droits humains et de climat.  La délégation a refusé de soutenir des propositions qui reprennent certains éléments des mandats existants ou qui font double emploi avec les tâches d’autres organes de l’ONU.  Elle a aussi dénoncé les recherches de solutions soi-disant innovantes qui sont en fait irréalistes et injustifiées. 

Lutter contre les mauvaises performances

Opérer en toute transparence et respecter les normes de conduite les plus strictes, c’est ce qu’a demandé la Sierra Leone, ancienne bénéficiaire des opérations de maintien de la paix et actuellement contributrice aux efforts de paix et de sécurité.  Elle a appelé à tenir compte des responsabilités non seulement pour les violations commises par les Casques bleus, mais aussi pour les crimes commis à leur encontre. 

Les États-Unis ont d’ailleurs suggéré des mesures robustes pour assurer la reddition de comptes, tant pour le personnel civil que pour le personnel en uniforme, lors des échecs, des problèmes de conduite et de discipline, et de l’inaction face à une menace imminente de violence physique contre les civils.  La représentante américaine a proposé de retenir systématiquement les remboursements des pays contributeurs de troupes fautifs et de rapatrier les unités et le personnel lorsque cela est approprié. 

Le Secrétariat de l’ONU et les pays contributeurs de troupes et de police doivent accélérer les efforts pour prévenir et traiter l’exploitation et les abus sexuels, et doivent tenir redevables les auteurs ainsi que les responsables qui détournent le regard, a exigé la déléguée des États-Unis en plaidant également pour une utilisation efficace des ressources des missions.  Elle n’a pas manqué de rappeler que depuis 2016, les États-Unis ont apporté plus de 15 milliards de dollars aux opérations de maintien de la paix de l’ONU et investi plus de 1,8 milliard de dollars dans des programmes de renforcement des capacités bénéficiant à plus de 60% des Casques bleus.

La conférence de Berlin en vue

Alors que de nombreuses délégations ont placé leur espoir dans la Conférence ministérielle des Nations Unies sur le maintien de la paix qui se tiendra à Berlin en mai 2025, dans le cadre de l’examen du dispositif de consolidation de la paix de l’ONU et dans la perspective de l’étude sur l’avenir de toutes les formes d’opérations de paix des Nations Unies, la Fédération de Russie a dit que toute discussion sur l’avenir du maintien de la paix ou les initiatives visant à réformer ce secteur devrait se faire non pas lors de conférences séparées dans les pays européens, mais au sein du Conseil de sécurité et du Comité spécial des opérations de maintien de la paix.

Pour contribuer à la réflexion, Mme Jeanne Russo, Directrice de recherche à l’International Peace Institute (IPI) et directrice du Centre Brian Urquhart pour les opérations de paix, a encouragé le Conseil à réfléchir à une « approche modulaire » des opérations de paix.  Cela veut dire que l’ensemble des activités mandatées sont traitées comme des éléments constitutifs pouvant être augmentés ou réduits au cours de la durée d’une mission.  Cette approche favorise des réponses plus adaptées aux contextes individuels, en alignant les mandats sur les ressources disponibles et en atténuant potentiellement certains des obstacles politiques au sein du Conseil et avec l’État hôte. 

Participation des États non membres

Invités à ce débat au titre de l’article 37 du Règlement intérieur provisoire du Conseil, les États non membres de l’organe ont, eux aussi, souligné l’impératif d’une adaptabilité des missions de paix de l’ONU, compte tenu de l’évolution rapide des dynamiques de conflit et des menaces asymétriques.  Tous ont reconnu la nécessité de mandats clairs, réalistes et flexibles, qui reflètent les complexités du terrain.  « Des mandats rigides font courir le risque de l’inefficacité et de l’échec », a averti la Croatie, rappelant qu’elle fait partie des pays ayant effectué la transition d’un conflit à la paix.

Une opération de maintien de la paix est efficace et durable tant qu’elle est soutenue par une volonté politique partagée, a approuvé l’Italie, la Ministre fédérale des affaires européennes et internationales de l’Autriche notant pour sa part que ces opérations ne peuvent réussir que si elles reposent sur des solutions politiques.  Dans cet esprit, la Türkiye a préconisé un recours accru à la médiation, non seulement pour régler les conflits mais aussi pour traiter leurs causes profondes et éviter leur répétition. 

La Suisse a relevé que l’unité du Conseil est essentielle pour la crédibilité des opérations de paix, leur acceptation sur le terrain et, en fin de compte, leur succès.  Dans ce cadre, il est crucial de soutenir les États hôtes et les processus politiques en cours, tant au niveau national qu’au niveau local, a-t-elle affirmé, appuyée par la Pologne, qui a également noté qu’un financement prévisible et adéquat contribue à renforcer le sentiment d’appropriation de toutes les parties prenantes. 

Sur ce point, l’Union européenne (UE) a fait remarquer que ses États membres ont contribué conjointement à près d’un quart du budget de maintien de la paix de l’ONU l’année dernière et déploient actuellement près de 4 000 personnes dans le cadre de ces opérations. 

Les déploiements opérés par des organisations régionales et sous-régionales telles que l’UA et la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), s’ils sont autorisés et soutenus en conséquence par l’ONU, peuvent compenser les limites des opérations onusiennes et compléter le rôle de l’Organisation dans le maintien de la paix et de la sécurité, a fait valoir le Directeur général du Département des relations internationales et de la coopération de l’Afrique du Sud qui a appelé à accélérer la mise en œuvre de la résolution 2719 (2023), en vertu de laquelle l’ONU contribue à hauteur de 75% maximum du budget des opérations de soutien à la paix de l’UA, les 25% restants étant mobilisés par les deux organisations. 

De même, le Kazakhstan a plaidé pour des partenariats régionaux renforcés avec des organisations telles que l’UE et l’UA, mais aussi l’Organisation de Shanghai pour la coopération et l’Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC), afin de valoriser l’expertise, la légitimité et la présence opérationnelle des missions de paix de l’ONU.  Même son de cloche de la part du Vice-Ministre des affaires étrangères de la République tchèque, pour qui la coopération avec l’UA, l’UE et d’autres partenaires régionaux doit être systématique, concrète et fondée sur le partage des ressources, de l’expertise et de l’information. 

À ce propos, l’Équateur a jugé particulièrement alarmante la montée de la désinformation, ainsi que ses effets négatifs sur la performance et la sécurité du personnel de maintien de la paix.  Selon lui, l’adaptabilité des opérations de maintien de la paix dépendra en grande partie de leur capacité à communiquer efficacement sur leur mandat, leurs activités, leurs réalisations et leurs échecs en direction d’une population de plus en plus exposée aux fausses nouvelles, aux rumeurs et aux opinions présentées comme des faits. 

L’engagement avec les partenaires et les parties prenantes à tous les niveaux est d’une importance capitale pour garantir que les opérations de paix puissent mettre en œuvre efficacement leurs mandats, a également souligné la Lettonie, qui s’exprimait au nom des pays nordiques et baltes.  En plus d’une approche proactive pour maintenir l’adhésion des pays hôtes, l’ONU devrait aussi s’engager plus activement avec les États voisins ainsi qu’avec les organisations régionales et sous-régionales, a-t-elle estimé, anticipant un impact positif sur la dynamique de sécurité régionale. 

Réfléchir à l’adaptation des missions suppose également de mieux utiliser la Commission de consolidation de la paix lors de l’élaboration et du renouvellement des mandats, a argué le Brésil.  Cet appui est crucial pendant et après la transition d’une opération de paix, a insisté l’Égypte, avant d’encourager le Fonds pour la consolidation de la paix à intensifier ses efforts pour répondre aux demandes des États de manière cohérente. 

Comme le prône la Commission, il faut intégrer la consolidation de la paix dès le début des opérations de maintien de la paix, ont soutenu les Pays-Bas, au nom des pays du Benelux, avant de dénoncer avec force les attaques perpétrées contre des soldats de la paix et de rappeler qu’elles peuvent représenter des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité. 

Cette mise en garde a également été brandie par la Jordanie, qui, au nom du Groupe des États arabes, a condamné les attaques menées par Israël contre les Casques bleus de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL).  La délégation israélienne a rétorqué que le rôle premier de la FINUL, à savoir préserver la paix le long de la Ligne bleue, a été entravé par le Hezbollah, qui, en quatre ans, a renforcé ses capacités militaires dans le théâtre d’activités de la force onusienne. 

La participation des femmes aux opérations de maintien de la paix a également été abordée par un grand nombre de pays, à l’instar de l’Espagne qui a souligné l’importance d’un renforcement de la perspective de genre dans la conception de ces missions.  Un point de vue repris par les Philippines, qui, après s’être enorgueillies d’avoir accueilli, en octobre dernier à Pasay, la première Conférence internationale sur les femmes, la paix et la sécurité, ont appelé à une participation accrue, égale et significative des femmes dans les rôles en uniforme.  La présence de femmes sur le terrain contribue à la confiance des communautés hôtes, a confirmé la Thaïlande.  

« Nous ne devons plus considérer la paix uniquement à travers le regard des hommes, mais au contraire impliquer pleinement et significativement les femmes et les filles à toutes les étapes des processus de paix », a renchéri l’Autriche, tandis que le Mexique réitérait son appui aux recommandations du Pacte pour l’avenir en faveur d’approches axées sur la prévention, « ce qui passe par le rôle que jouent les femmes ». 

À l’instar d’autres participants au débat, le Viet Nam a appelé à mieux équiper les opérations de paix face aux menaces sécuritaires émergentes, y compris les cyberguerres et les guerres hybrides, et à adapter les mandats à ces environnements changeants.  Le renforcement des systèmes d’alerte précoce grâce à l’analyse des mégadonnées et aux prévisions basées sur l’intelligence artificielle peut également contribuer à atténuer les crises avant qu’elles ne s’aggravent. 

Autre impératif évoqué par les États Membres : la protection des civils doit rester au cœur des opérations de maintien de la paix.  À cette fin, a avancé le Portugal, les missions devraient être planifiées de manière à garantir l’entrée en toute sécurité de l’aide humanitaire ainsi que la sécurité physique. Malte a, elle, rappelé que la résolution 2764 (2024) du Conseil, dont elle a été l’architecte et qui a été coparrainée par plus de 100 pays, souligne la nécessité de faciliter la mise en place de capacités adéquates et durables de protection de l’enfance dans les opérations de paix de l’ONU. 

Au nom du Groupe des Amis pour la défense de la Charte des Nations Unies, le Venezuela a préféré attirer l’attention sur les conséquences imprévues de l’application des sanctions prises au titre du Chapitre VII de la Charte pour les pays où sont déployées des opérations de maintien de la paix de l’ONU.  Évoquant en particulier les implications humanitaires de ces mesures, il a réclamé des efforts accrus pour garantir qu’elles ne deviennent pas un « facteur de prolongation des conflits ».  Pour la délégation, le rôle des opérations de paix doit être orienté vers l’État affecté, « non pas en tant que victime ayant besoin de protection, mais en tant qu’acteur souverain dans la définition et la mise en œuvre d’un projet de paix et de développement à long terme ». 

Plaidant pour sa part pour que les opérations de l’ONU adoptent de nouvelles approches allant de l’utilisation des technologies émergentes dans la protection des civils à la mobilisation de financements innovants pour la consolidation de la paix, l’Allemagne a indiqué que la prochaine Conférence ministérielle des Nations Unies sur le maintien de la paix, qui se tiendra en mai à Berlin, permettra de poursuivre les discussions politiques de haut niveau sur la manière d’adapter les missions de paix à l’avenir.  Ce sera l’occasion de souligner « notre engagement politique collectif en faveur d’un multilatéralisme efficace », a-t-elle affirmé.   

Maintien de la paix et de la sécurité internationales

Renforcer la capacité d’adaptation des opérations de paix des Nations Unies: faire face aux nouvelles réalités (S/2025/141)

Déclaration liminaire

M. ANTÓNIO GUTERRES, Secrétaire général de l’ONU, a rappelé que la fonction des opérations de paix des Nations Unies est de protéger les personnes et les communautés dans certains des endroits les plus éprouvés de la planète. Depuis le déploiement de la première mission politique spéciale et de la première opération de maintien de la paix en 1948, elles permettent d’intervenir de façon ciblée pour sauver des vies, réduire la violence, enrayer l’élargissement et le débordement de conflits meurtriers, et mettre fin à des atrocités.  Conçues pour démontrer non seulement l’efficacité du multilatéralisme en action mais aussi son intérêt en termes de coûts, elles montrent qu’il est possible d’alléger le fardeau qui pèse sur chaque pays individuellement lorsque les Nations Unies se rallient pour agir. 

Toutefois, a prévenu le Chef de l’ONU, les opérations de paix se heurtent à des obstacles de taille, et de nouvelles approches s’imposent.  M. Guterres a constaté une asymétrie persistante entre les mandats confiés, les ressources disponibles, ainsi que des divergences de vues de plus en plus marquées au sein même du Conseil sur les modalités de fonctionnement des opérations de paix, les circonstances justifiant leur déploiement, la teneur de leur mandat et leur durée.  Face à ce diagnostic sombre, la bonne nouvelle est que les États Membres se sont engagés dans le Pacte pour l’avenir à adapter les opérations de paix.  Il faut donc des réponses communes aux questions suivantes: quelles sont les conditions de réussite des opérations de paix?  Quels obstacles se dressent sur le chemin?  Quels nouveaux modèles nous pouvons appliquer afin de les rendre plus adaptables, plus souples et plus résilientes tout en reconnaissant les cas limites où l’on sait qu’il y a peu ou pas de paix à maintenir. 

Les propositions dans le contexte d’Haïti en sont une bonne illustration, a argumenté le Secrétaire général plaidant en faveur d’un processus politique maîtrisé et conduit par le peuple haïtien qui rétablit les institutions démocratiques par la voie électorale.  L’ONU est prête à assumer la responsabilité des dépenses logistiques et opérationnelles qui peuvent appuyer une force internationale renforcée par les États Membres, qui soit capable de faire face aux gangs en Haïti et de créer les conditions de la paix.  Nous avons là, a insisté le Chef de l’ONU, un bon exemple de la manière de concevoir une approche adaptée et collective des opérations de paix dans un environnement extrêmement complexe et dangereux. 

Poursuivant, le Secrétaire général a indiqué que des travaux sont en cours pour réexaminer toutes les formes d’opérations de paix dont l’objectif est de proposer des recommandations concrètes afin de les adapter au monde d’aujourd’hui.  L’étude fera fond sur l’analyse présentée dans le Nouvel Agenda pour la paix et prendra pour appui sur l’étude d’ensemble de l’histoire des missions politiques spéciales, la première effectuée en 80 ans d’histoire de l’ONU.  L’étude, qui s’appuiera sur les discussions qui se tiennent en préparation de la Conférence ministérielle sur le maintien de la paix qui aura lieu à Berlin en mai, contribuera à éclairer les efforts déployés dans le cadre de l’initiative ONU-80, afin de dégager des gains d’efficacité et des améliorations dans tous nos axes de travail compte tenu des défis persistants de financement auxquels notre Organisation est confrontée, a-t-il ajouté.  M. Guterres a ensuite appelé le Conseil à surmonter les divisions et les désaccords entourant les opérations de paix, et bâtir le soutien politique unifié et cohérent dont les opérations de paix ont tant besoin. 

 

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