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Session de 2022, Forum politique de haut niveau
​​​​​​​ 30e séance plénière – matin
ECOSOC/7098

ECOSOC: le Secrétaire général ouvre le débat de haut niveau en exhortant les États Membres à investir dans les ODD pour sortir des « crises en cascade »

En ouverture, ce matin, du débat de haut niveau du Conseil économique et social (ECOSOC), le Secrétaire général n’a pas caché que le monde est « en grande difficulté » et que, par voie de conséquence, les objectifs de développement durable (ODD) le sont aussi.  Pour sortir de ces « crises en cascade » que vient encore aggraver la guerre en Ukraine, il a appelé à mettre fin aux conflits, à lancer une révolution des énergies renouvelables, à construire un nouveau contrat social et à rééquilibrer les ressources financières pour permettre à tous les pays d’investir dans les ODD.  Un appel à l’action appuyé par le Président de l’Assemblée générale, tandis que son homologue de l’ECOSOC se félicitait de la qualité des travaux du forum politique de haut niveau pour le développement durable, qui alimenteront en 2023 le sommet des Nations Unies sur les ODD.

Dans ce « moment de grande incertitude », la mise en œuvre des ODD exigera de dépenser 4 300 milliards de dollars par an, soit « plus d’argent que jamais », a averti le Chef de l’ONU, la raison en étant que la communauté internationale n’a pas été en mesure d’honorer les engagements pris en 2015.  Toutefois, « nous sommes loin d’être impuissants », a-t-il assuré en évoquant quatre domaines d’action immédiats, à commencer par le relèvement de la pandémie.  Outre l’accès équitable aux vaccins, thérapies et tests contre la COVID-19, il a plaidé pour qu’un plus grand nombre de pays soient en mesure de produire ces technologies, ce qui implique que les gouvernements et l’industrie pharmaceutique s’entendent pour partager les licences et fournir des services techniques. 

Face à la crise alimentaire, énergétique et financière, le Secrétaire général a dit travailler à un plan visant à permettre l’exportation sécurisée d’aliments produits en Ukraine par la mer Noire et l’accès sans entrave des aliments et engrais russes aux marchés mondiaux.  Également soucieux des inégalités dans le monde en développement, il a réclamé des ressources pour les pays vulnérables, en demandant aux institutions financières mondiales d’augmenter les limites d’accès aux financements, de réorienter les droits de tirage spéciaux (DTS) inutilisés vers les pays dans le besoin et de relancer l’Initiative de suspension du service de la dette. 

M. Guterres a, d’autre part, appelé à bâtir un nouveau contrat social basé sur la protection sociale universelle et à refondre les systèmes d’aide sociale établis à la suite de la Seconde Guerre mondiale.  Considérant que tout espoir de règlement des problèmes mondiaux commence par l’éducation, il a souhaité que le sommet sur la transformation de l’éducation qu’il convoquera en septembre soit l’occasion pour les dirigeants du monde de renouveler leur engagement envers l’éducation en tant que « bien public mondial ». 

Le Secrétaire général a, enfin, rappelé l’urgence climatique, qui nécessite une réduction d’ici à 2030 des émissions mondiales de CO2 de 45% en dessous des niveaux de 2010.  Il a exhorté les pays à mettre fin à leur dépendance aux carburants fossiles et enjoint les pays développés à respecter leur engagement de verser 100 milliards de dollars de financement pour le climat aux pays en développement à compter de cette année, sans oublier la Banque mondiale et les autres institutions financières internationales à qui il a demandé de fournir plus de financements concessionnels en faveur de l’adaptation au climat. 

Qualifiant pour sa part le Programme 2030 de « feuille de route » pour reconstruire en mieux et de façon plus inclusive, le Président de la soixante-seizième session de l’Assemblée générale a invité les États Membres à renforcer la protection sociale universelle, protéger les écosystèmes et garantir des conditions de vie décentes pour tous.  Il leur a demandé de tirer les leçons de la COVID-19 pour mieux protéger les plus vulnérables et de pousser à des réformes du système financier international en faveur des pays fragiles.  À cet égard, M. Abdulla Shahid a souhaité que des progrès soient faits sur la question de l’indice de vulnérabilité multidimensionnel et que les engagements en faveur du développement durable en Afrique soient renouvelés.  Un rappel auquel a été sensible le Président du Botswana, M. Mokgweetsi Masisi, qui a fait observer que sa région a récemment été sujette à des catastrophes allant des sécheresses récurrentes aux tempêtes tropicales, en passant par les invasions d’animaux nuisibles et les épidémies. 

« Le forum politique de haut niveau nous donne une chance en or pour concrétiser le Programme 2030 », a estimé, quant à lui, le Président de l’ECOSOC, qui a salué la participation cette année de 44 pays au processus d’examen national volontaire.  Malgré cette période sombre, nous restons optimistes, a assuré M. Collen Kelapile, pour qui les sciences sont une des clefs pour progresser vers les ODD.  « Ce que nous avons réussi à faire n’est pas sans effet », a abondé le Président de la COP26 sur les changements climatiques.  Mais comme l’a confirmé le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), « il faut accélérer le tempo », a ajouté M. Alok Sharma, faute de quoi l’objectif de 1,5 degré Celsius s’éloignera.  Même son de cloche de la part de son homologue de la COP15 sur la biodiversité, M. Huang Runqiu, qui a appelé la communauté internationale à s’unir pour atteindre en décembre un consensus sur le nouveau cadre pour l’après-2020.  Saluant la solidarité internationale suscitée par la guerre en Ukraine, le Président du Portugal a, lui, demandé que l’on affiche la même coopération pour les océans, alors que vient de s’achever la Conférence des Nations Unies sur les océans. M. Marcelo Rebelo de Sousa a, lui aussi, appelé à « accélérer la cadence », arguant que les générations futures comptent sur nous. 

Cette séance d’ouverture s’est achevée sur les appels de deux représentants de la jeunesse en faveur d’une meilleure représentation des jeunes et d’un instrument juridiquement contraignant sur leurs droits, suite à quoi neuf autres pays ont présenté leur examen national volontaire: la Guinée-Bissau, Saint-Kitts-et-Nevis, Sao Tomé-et-Principe, la Somalie, Djibouti, la Dominique, la Guinée équatoriale, le Suriname et les Tuvalu. 

Le forum politique de haut niveau et le segment de haut niveau de l’ECOSOC poursuivront leurs travaux demain, jeudi 14 juillet, à partir de 9 heures.

RÉUNION MINISTÉRIELLE DU FORUM POLITIQUE DE HAUT NIVEAU POUR LE DÉVELOPPEMENT DURABLE ORGANISÉ SOUS LES AUSPICES DU CONSEIL ÉCONOMIQUE ET SOCIAL 

Déclarations liminaires

M. COLLEN KELAPILE, Président du Conseil économique et social (ECOSOC), a salué la participation au processus d’examen national volontaire (44 pays cette année) qui traduit l’importance de ces travaux, se disant vraiment encouragé après le démarrage, il y a une semaine, des travaux du forum politique de haut niveau pour le développement durable.  Rappelant les deux années de lutte insensée contre la pandémie, il a énuméré les problèmes auxquels tous les pays sont confrontés ainsi que la crise climatique qui pointe à l’horizon.  Malgré cette période sombre, nous sommes toujours optimistes, a-t-il remarqué.  Il faut écouter et agir selon ce que nous disent les sciences, a-t-il notamment recommandé pour aller de l’avant, en s’appuyant sur la perspective du sommet 2023 pour les objectifs de développement durable (ODD).  « Le forum politique de haut niveau nous donne une chance en or pour concrétiser le Programme de développement 2030. »  Il a conclu en appelant à tirer profit de ce programme en tant que feuille de route pour atteindre le développement durable pour tous.

Notre monde est en grande difficulté et, par voie de conséquence, les objectifs de développement durable le sont aussi, a constaté M. ANTÓNIO GUTERRES, Secrétaire général de l’ONU, à l’entame de son propos.  À ses yeux, le temps presse, mais il y a encore de l’espoir puisque que nous savons ce que nous avons besoin de faire dès maintenant: mettre fin aux guerres « absurdes et désastreuses », lancer une révolution des énergies renouvelables, construire un nouveau contrat social et proposer un « New Global Deal » pour rééquilibrer les pouvoirs et les ressources financières et permettre à tous les pays d’investir dans les ODD.  En ce « moment de grande incertitude », marqué par des « crises en cascade » que vient aggraver l’invasion de l’Ukraine par la Russie, certains pays investissent dans la reprise grâce à une transition vers les énergies renouvelables et le développement durable, a-t-il relevé.  Mais d’autres n’en sont pas capables, en raison d’inégalités structurelles profondes aux niveaux mondial et national.  De fait, 94 pays abritant 1,6 milliard de personnes font face à une « tempête parfaite »: des augmentations spectaculaires des prix de la nourriture et d’énergie, et un manque d’accès aux financements.  À cela s’ajoute un risque réel de multiplicité de famines cette année, qui pourrait être pire encore l’an prochain si les pénuries d’engrais affectent les récoltes de cultures de base, notamment de riz. 

Dans ce contexte, a indiqué le Chef de l’ONU, le Groupe de réponse à la crise mondiale sur l’alimentation, l’énergie et les finances a mis en garde contre les effets de la crise actuelle du coût de la vie: 60% des travailleurs ont aujourd’hui des revenus réels inférieurs à ceux d’avant la pandémie; il manque 1 200 milliards de dollars aux pays en développement pour simplement combler l’écart de protection sociale; et 60% des économies en développement sont confrontées à un risque élevé de surendettement.  Parallèlement, a-t-il égrainé, le nombre de personnes chassées de chez elles a augmenté pour passer à 100 millions, soit le total le plus élevé depuis la création des Nations Unies, tandis que les plus grands écosystèmes de la planète -les océans et les forêts- sont en péril, la biodiversité diminuant à un rythme sans précédent.  Par ailleurs, la discrimination à l’égard des femmes et des filles se poursuit dans tous les secteurs et toutes les sociétés, tandis que la violence sexiste atteint des niveaux d’urgence et que des attaques contre les droits reproductifs des femmes se produisent dans le monde entier.

À cette aune, a averti M. Guterres, la mise en œuvre des ODD exigera de dépenser 4 300 milliards de dollars par an, c’est-à-dire « plus d’argent que jamais », parce que la communauté internationale n’est tout simplement pas en mesure d’honorer les engagements qu’elle a pris.  Cela étant, nous sommes loin d’être impuissants, a-t-il assuré en évoquant quatre domaines d’action immédiats, à commencer par le relèvement de la pandémie dans tous les pays.  Nous devons garantir un accès mondial et équitable aux vaccins, thérapies et tests contre la COVID-19.  Pour cela, il faut que davantage de pays soient capables de produire ces technologies de santé, ce qui implique que les gouvernements œuvrent ensemble avec l’industrie pharmaceutique pour partager les licences et fournir des services techniques et une aide financière.  Il importe également, selon lui, de s’assurer que les futures flambées de la maladie seront mieux gérées, en renforçant les systèmes de santé et en promouvant la couverture santé universelle. 

Deuxièmement, nous devons nous attaquer à la crise alimentaire, énergétique et financière, a poursuivi le Secrétaire général.  À cette fin, nous travaillons à un plan visant à permettre l’exportation sûre et sécurisée d’aliments produits en Ukraine par la mer Noire et l’accès sans entrave des aliments et engrais russes aux marchés mondiaux, a-t-il dit, avant de remercier les gouvernements impliqués pour leur coopération.  Mais il ne peut y avoir de solution aux crises d’aujourd’hui sans solution à la crise des inégalités économiques dans le monde en développement, a prévenu M. Guterres, pour qui il convient de rendre les ressources et les espaces budgétaires disponibles pour les pays et les communautés, y compris les pays à revenu intermédiaire qui ont des moyens financiers encore plus limités qu’il y a trois ans.  Cela signifie que les institutions financières mondiales doivent utiliser tous les outils à leur disposition, notamment en envisageant d’augmenter les limites d’accès aux fonds, de réorienter tous les droits de tirage spéciaux (DTS) inutilisés vers les pays dans le besoin, et de relancer l’Initiative de suspension du service de la dette pour fournir un soutien immédiat à ceux qui sont surendettés.  Partisan d’un « New Global Deal » pour que les pays en développement aient une bonne chance de construire leur propre avenir, le Chef de l’ONU a rappelé que son rapport sur « Notre Programme commun » appelle à des efforts concertés pour rééquilibrer le pouvoir et les ressources par un allégement opérationnel de la dette et un cadre de restructuration.  Il préconise en outre des coûts d’emprunt plus bas pour les pays en développement et des investissements à long terme dans la résilience.  « Nous avons besoin d’un système qui fonctionne pour les vulnérables, pas seulement pour les puissants », a-t-il insisté. 

Il est également essentiel d’investir dans les gens, a soutenu M. Guterres, appelant à construire un nouveau contrat social basé sur la protection sociale universelle et à refondre les systèmes d’aide sociale établis à la suite de la Seconde Guerre mondiale.  Selon lui, tout espoir de règlement des problèmes mondiaux commence par l’éducation.  Or, elle est aujourd’hui en proie à une crise d’équité, de qualité et de pertinence, a-t-il constaté, annonçant que le sommet sur la transformation de l’éducation qu’il convoquera en septembre sera l’occasion pour les dirigeants du monde de renouveler leur engagement envers l’éducation en tant que « bien public mondial ».  Il a, d’autre part, souhaité que l’accélérateur mondial pour l’emploi et la protection sociale pour des transitions justes soit pleinement utilisé par les pays pour recycler et rééquiper leur main-d’œuvre en vue de construire des économies alimentées par les énergies renouvelables et la connectivité numérique. 

Le Secrétaire général a, d’autre part, appelé à ne pas retarder une action climatique ambitieuse, ce qui nécessite une réduction des émissions mondiales de CO2 de 45% en dessous des niveaux de 2010 d’ici à 2030.  Notant que les engagements actuels entraîneraient une augmentation de 14% des émissions, il a mis en garde contre un « suicide collectif ».  Il est donc urgent de changer de cap en mettant fin à la dépendance mondiale aux carburants fossiles, en ne construisant plus de nouvelles centrales au charbon, en renonçant aux subventions pour les énergies fossiles.  « Le financement des combustibles fossiles est illusoire, alors que le financement des énergies renouvelables est rationnel », a-t-il fait valoir, avant d’enjoindre les pays développés à respecter leur engagement de verser 100 milliards de dollars de financement pour le climat aux pays en développement à compter de cette année.  De plus, les économies en développement doivent avoir accès aux ressources et technologies dont ils ont besoin et la moitié de tous les financements climatiques devraient passer à l’adaptation, a-t-il plaidé, souhaitant en outre que toutes les personnes vivant dans des zones à haut risque lié au climat soient couvertes par les systèmes d’alerte précoce au cours des cinq prochaines années.  Il faut également revoir l’accès aux financements concessionnels, de sorte que les pays en développement puissent obtenir les fonds dont ils ont besoin, a-t-il dit, souhaitant que la Banque mondiale et les autres institutions financières internationales fournissent beaucoup plus de financements concessionnels, en particulier pour l’adaptation au climat.  Enfin, relevant que le forum politique de haut niveau est l’endroit où le monde se rassemble autour de solutions pour le développement durable, il a rappelé que, dans un peu plus d’un an, les États Membres ont rendez-vous pour le sommet des ODD 2023 qui marquera le mi-chemin entre l’adoption du Programme 2030 et sa date cible.  « Faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour changer de cap et construisons de solides progrès d’ici là », a-t-il conclu.

M. ABDULLA SHADID, Président de la soixante-seizième session de l’Assemblée générale, a estimé que le Programme 2030 est plus qu’une série de cibles: c’est une « vision », un « plan », une « feuille de route » pour les politiques que tous les pays doivent adopter et suivre pour reconstruire en mieux et de façon plus inclusive.  Il a demandé de s’interroger sur la capacité de ces politiques à apporter un changement transformateur, à renforcer la protection sociale universelle, à protéger les écosystèmes, l’air et l’eau, à édifier des systèmes financiers inclusifs et à garantir des conditions de vie décentes pour tous.  Le Président a ensuite fait cinq recommandations, la première étant de passer à l’action.  Cela se fera par l’innovation, la technologie, les changements d’attitude, les investissements accrus dans la protection sociale, la réduction de la pauvreté, l’environnement et le climat, ainsi que par l’autonomisation des jeunes.  Ses deuxième et troisième recommandations sont de tirer les leçons de la COVID-19 pour mieux protéger les plus vulnérables et de pousser à des réformes du système financier international.  En quatrième lieu, il a recommandé de traiter de la situation des pays les plus vulnérables, notamment en progressant sur la question de l’indice de vulnérabilité multidimensionnel sur laquelle le forum politique doit travailler et parvenir à un résultat.  Enfin, il a appelé à renouveler l’engagement en faveur du développement durable en Afrique, dont les objectifs de vaccination universelle, de sécurité alimentaire et d’accès à l’énergie sur tout le continent.  Le Président de l’ECOSOC a invité à participer au dialogue spécial organisé le 20 juillet sur ce thème.  Il a conclu en rappelant que le multilatéralisme et la solidarité internationale doivent prévaloir.

Déclarations

M. MOKGWEETSI MASISI, Président du Botswana, a souligné qu’alors que la COVID-19 a causé tant de souffrances, le monde fait face à une nouvelle crise causée par le « conflit russo-ukrainien ».  Après avoir évoqué les dégâts socioéconomiques occasionnés par la pandémie, il a salué les efforts déployés par les Nations Unies et « certains pays développés » pour soutenir les pays en développement, en particulier ceux d’Afrique qui ont des taux de vaccination très faibles.  Il a également appelé l’ensemble des États Membres à répondre à l’appel du Secrétaire général en faveur d’un plan mondial pour les vaccins.  Il a ensuite averti que la guerre en Ukraine va entraîner une hausse des prix alimentaires et de l’énergie ainsi qu’un durcissement des conditions financières.  En aggravant la pauvreté, la faim et les obligations de service de la dette, cette nouvelle crise aura des impacts économiques graves sur les économies en développement et affectera grandement les résultats du développement durable, a-t-il prévenu. 

Le Président a ensuite souhaité que plus d’importance soit accordée à la question des changements climatiques, faisant observer que la région de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) a récemment été sujette à des catastrophes qui vont des sécheresses récurrentes aux tempêtes tropicales et aux cyclones, aux pluies torrentielles et aux inondations, sans oublier les invasions d’animaux nuisibles et les épidémies.  Il a indiqué que, pour atténuer les effets de ces évolutions, la région est en train de mettre en place un centre humanitaire et des opérations d’urgence au Mozambique, lequel aura besoin de partenariats renforcés, conformément à l’ODD 17.  Pour ce qui est des leçons à tirer de la pandémie, M. Masisi a fait part de l’engagement de son pays à atteindre la couverture santé universelle dans le cadre de son relèvement.  Il a précisé que son gouvernement a alloué l’essentiel des 18,7% de ses dépenses sanitaires aux efforts destinés à contenir la pandémie actuelle.  Le Botswana a d’autre part approuvé la fabrication du vaccin sans brevet Corbevax et entamé la construction d’une usine de fabrication, dans le cadre d’un partenariat avec des firmes et institutions américaines.  Parmi les autres mesures de relance prise par son gouvernement, le Président a cité un vaste programme de numérisation des services publics ainsi qu’un « développement de la chaîne de valeur » au profit de secteurs clefs tels que l’agriculture, le tourisme, l’exploitation minière et l’éducation.  En conclusion, il a plaidé pour une meilleure architecture internationale de financement et pour des systèmes fiscaux progressifs.

M. MARCELO REBELO DE SOUSA, Président du Portugal, a regretté de n’avoir pu se déplacer à New York, à cause d’imprévus.  Il a rappelé que son pays est actuellement en prise avec des feux de forêts et une canicule.  Il y a vu un rappel de la force des changements climatiques auxquels il faut faire face.  Les perspectives relatives aux ODD sont pessimistes, a-t-il poursuivi en mentionnant aussi la crise énergétique causée par l’invasion de l’Ukraine par la Fédération de Russie.  En comparant cette crise avec les crises mondiales précédentes, il a constaté que la communauté internationale a réussi à agir promptement et à faire preuve d’une collaboration et d’une solidarité sans précédents.  Il est donc possible de changer le cours des évènements si nous souscrivons aux engagements pris, ce qui doit nous pousser à agir ensemble et à ne « jamais baisser les bras », a encouragé le Président du Portugal. 

En tant que Coprésident de la Conférence des Nations Unies sur les océans, il a rappelé le succès remporté par celle-ci en citant six des objectifs fixés: prévenir la pollution marine, rétablir les stocks halieutiques à des niveaux durables le plus rapidement possible, renforcer les collectes de données et les analyses scientifiques, promouvoir des solutions financières innovantes pour des économies basées sur des océans durables, autonomiser les femmes et les filles pour faire avancer ces économies, et réduire les émissions de gaz à effet de serre du transport maritime international.  Nous devons afficher une même coopération pour protéger les océans, a lancé le Président en invitant à « ne pas arrêter ».  Il a recommandé de prendre des mesures collectives d’ici à 2030, soulignant que chaque année d’ici là sera cruciale.  Il faut accélérer la cadence, a-t-il conclu, arguant que les générations futures comptes sur nous.  « Je suis sûr que nous allons réussir. »

M. HUANG RUNQIU, Président de la COP15 de la Convention sur la diversité biologique et Ministre de l’écologie et de l’environnement de la Chine, a tout d’abord rappelé qu’en septembre dernier, le Président Xi Jinping a annoncé l’Initiative pour le développement mondiale à l’Assemblée générale de l’ONU, avant de présider en juin de cette année le dialogue de haut niveau sur le développement mondial à Beijing.  Le Ministre a ensuite fait état de progrès significatifs réalisés par son pays dans les ODD, notamment en ce qui concerne l’élimination de la pauvreté.  Après des années d’efforts, la totalité des 98,99 millions de Chinois ruraux vivant sous le seuil de pauvreté ont été sortis de la pauvreté, ce qui a permis à la Chine d’atteindre l’ODD 1 avec 10 ans d’avance sur le calendrier, s’est-il enorgueilli.  Le « plus grand pays en développement du monde » défend par ailleurs un modèle de développement vert et sobre en carbone, a-t-il affirmé.  Au cours de la dernière décennie, la Chine a enregistré un taux de croissance économique annuel moyen de 6,5%, tout en faisant baisser sa consommation d’énergie de 26,2% et en procédant à des boisements représentant environ un quart des forêts mondiales.  Parallèlement, la qualité de l’environnement n’a cessé de s’améliorer et la population d’espèces rares, telles que les pandas géants, les ibis huppés et les éléphants, a considérablement augmenté. 

S’agissant de la biodiversité, le Ministre a rappelé que la première partie de la COP15 sur la diversité biologique s’est tenue avec succès à Kunming, en Chine, en octobre dernier.  Afin d’accélérer le processus mondial de la biodiversité, et après consultation entre le Gouvernement chinois, le Secrétariat de la Convention et le Gouvernement du Canada, le Bureau de la COP15 a décidé que la deuxième partie se tiendrait à Montréal, du 5 au 17 décembre 2022.  Bien que le lieu ait été changé, la détermination et les actions de la Chine pour promouvoir la gouvernance de la biodiversité reste la même, a-t-il assuré.  La Chine continuera à en assumer la présidence et travaillera avec toutes les parties pour atteindre le cadre mondial de la biodiversité pour l’après-2020.  Il a appelé la communauté internationale à s’unir pour parvenir à un consensus sur les questions clefs dès que possible.  Il a souhaité que la deuxième partie de la COP15 débouche sur un cadre ambitieux, pragmatique et équilibré, fixant des objectifs et des voies claires pour la conservation de la biodiversité. 

M. ALOK SHARMA, Président de la COP26 de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et Ministre d’État du Royaume-Uni, a observé que la crise climatique, dont les retombées sont encore aggravées par les effets de la guerre en Ukraine, vient bouleverser la donne mondiale et renforce la nécessité de revoir notre dépendance aux énergies fossiles.  Heureusement, a-t-il dit, beaucoup de pays comprennent que notre énergie sur le long terme ne peut se résumer aux énergies fossiles.  Dans ce contexte, a-t-il poursuivi, le Royaume-Uni est en pointe pour lutter contre tous les impacts des changements climatiques.  Sous sa présidence, le G7 a débloqué des fonds pour déployer une croissance verte partout dans le monde, s’est enorgueilli le Ministre d’État, ajoutant que le Pacte climatique de Glasgow, auquel plus de 200 pays ont adhéré à l’issue de la COP26, a permis de garder en vie les perspectives d’une hausse de 1,5 degré Celsius au-dessus des niveaux préindustriels, tout en poussant vers le haut les contributions pour le climat.  Le Pacte a aussi reconnu le fait qu’il faut répondre à la question des pertes de façon systématique, accélérer le passage aux énergies vertes et activer sans attendre le programme d’action de 100 milliards de dollars pour l’action climatique, a-t-il fait valoir, ajoutant que les institutions financières internationales se sont engagées en faveur d’un avenir à zéro émission nette. 

Ce que nous avons réussi à faire n’est donc pas sans effet, a relevé M. Sharma, non sans se féliciter des 16 nouvelles contributions enregistrées et des 1 500 milliards de dollars prévus pour couvrir les actions d’adaptation climatique.  Mais, alors que le temps commence à manquer, ces engagements peuvent ne rester que des « griffonnages sur du papier », a-t-il averti.  Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) l’a confirmé, il faut accélérer le tempo, faute de quoi le bilan de l’an prochain montrera que l’objectif de 1,5 degré Celsius s’éloigne et que nous risquons d’aller au-delà de nos limites d’adaptation.  Rappelant que des millions de personnes sont en péril et dépendent d’une action rapide, il a appelé les États et les entreprises à redoubler d’efforts.  Il a également indiqué que son pays organisera la deuxième réunion ministérielle sur l’action climatique en collaboration avec l’Égypte, pays hôte de la COP27. 

Mme SIMA BAHOUS, Directrice exécutive d’ONU-Femmes, a apprécié d’entendre les engagements exprimés depuis la semaine dernière au forum politique de haut niveau et de voir que chacun s’empresse de passer à l’action.  Nous devons nous assurer que les femmes puissent accéder aux financements, a-t-elle poursuivi avant de saluer les 44 pays qui présentent cette année leur examen national volontaire.  Rappelant qu’il n’y a plus que sept ans avant 2030 et que nous ne sommes pas en bonne voie, elle a noté les lacunes dans la vaccination, en particulier chez le personnel de la santé qui est en majorité composé de femmes.  Abordant la question des changements climatiques, Mme Bahous a expliqué que ce sont les femmes et les jeunes filles qui en souffrent le plus.  La violence à leur égard existe partout dans le monde, a-t-elle aussi rappelé en donnant le chiffre de 245 millions pour les victimes de cette violence par des partenaires intimes.  L’ODD 5 n’est pas un objectif isolé, c’est la pierre angulaire de tous les objectifs, selon la Directrice exécutive.  Elle a salué les réalisations en faveur de cet objectif, mais noté qu’un seul indicateur se rapproche de la cible: le nombre de sièges accordés aux femmes dans les gouvernements locaux.  Pour aller de l’avant dans la réalisation de toutes les cibles, elle a demandé des mesures basées sur des données ainsi qu’un engagement renouvelé en faveur des ODD et un multilatéralisme renforcé.  En conclusion, elle a recommandé de renforcer les investissements dans la protection sociale, les capacités institutionnelles des femmes, le financement pour l’égalité homme-femme, les données accessibles et fiables, et, enfin, le rôle et la place des organisations de femmes.

M. KHALED EMAN, partenaire organisateur du grand groupe des enfants et des jeunes, a rappelé qu’en avril dernier, des milliers de chefs de file de la jeunesse se sont rassemblés dans le cadre du forum de l’ECOSOC pour les jeunes afin de partager leurs espoirs et leurs difficultés.  À cette occasion, ils ont souligné le fait que des millions d’entre eux se sont retrouvés en première ligne durant la pandémie et que beaucoup ont mis leur vie en danger pour que leur société ne s’effondre pas.  Souvent surchargés, mal considérés et peu rémunérés, ils ont néanmoins fait preuve de solidarité, a relevé le représentant, avant d’appeler les États Membres à mettre en œuvre des mesures en faveur des jeunes dans leurs plans de relance.  Alors que les jeunes représentent la moitié de la population mondiale, ils restent le plus souvent exclus des postes d’encadrement et leur participation aux processus politiques reste faible, a-t-il déploré, y voyant le résultat d’une oppression croissante et d’une diminution de l’espace civique.  Pourtant, a-t-il fait valoir, les jeunes du monde entier continuent d’aider les communautés locales, en livrant des produits alimentaires, en soutenant l’éducation, en demandant des institutions démocratiques solides et en risquant leur vie pour l’édification de sociétés justes, pacifiques et inclusives.  Il est temps de leur offrir une participation qui ne soit pas seulement ponctuelle mais pérenne et fondée sur l’égalité, a plaidé le représentant.  Invitant les Nations Unies à créer un espace sécurisé permettant aux jeunes de s’exprimer et de mobiliser leur potentiel, il a également souhaité que des mécanismes facilitent l’accès des jeunes aux financements. 

À sa suite, Mme ANJA FORTUNA, Vice-Présidente du Forum européen de la jeunesse, a appelé les États Membres à soutenir les jeunes et à leur faire confiance.  Selon elle, le relèvement post-COVID-19 doit se fonder sur l’expérience tirée de la pandémie et donner lieu à une transformation de la société, qui s’accompagne d’une économie plus juste et plus verte et d’une meilleure protection des droits de la jeunesse.  Observant que les instruments internationaux sur les droits humains ne protègent pas efficacement les jeunes, elle a appelé de ses vœux l’établissement d’une convention juridiquement contraignante sur les droits des jeunes, agrémentée d’un système de suivi.  Elle a également plaidé pour une refonte du système économique, avant de demander aux gouvernements de l’hémisphère nord d’adopter des mesures limitant la consommation et plaçant le bien-être de tous, y compris des jeunes, au centre des décisions. 

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