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9065e séance - matin
CS/14933

Conseil de sécurité: le débat sur la coopération entre l’Union européenne et l’ONU met en lumière les divergences croissantes entre Russes et Occidentaux

La séance d’information annuelle du Conseil de sécurité sur la coopération entre l’Union européenne (UE) et l’ONU, tenue ce matin, a permis de constater l’ampleur des divergences entre les Occidentaux et la Fédération de Russie, dans le contexte de la guerre menée par ce pays contre l’Ukraine et de la crise mondiale que provoque ce conflit.

Intervenant en visioconférence depuis Bruxelles, pour cause de contamination à la COVID-19, le Haut Représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité n’a pas caché que le multilatéralisme est aujourd’hui plus malmené que jamais.  « Il y a davantage de méfiance, de veto, et cela se traduit par le non-règlement de conflits et par un plus grand nombre de personnes laissées à la merci des événements », a observé M. Josep Borrell, relevant que la guerre menée par la Fédération de Russie a non seulement accentué les problèmes existants mais risque à présent de créer une crise de la faim.  

Cette guerre n’est pas une « guerre européenne » mais « une attaque perpétrée contre les fondements des Nations Unies » par un membre permanent du Conseil de sécurité, a martelé le Chef de la diplomatie européenne, selon lequel, face à un tel risque d’effondrement de l’équilibre mondial, « personne ne peut rester neutre, car ce serait prendre le parti de la Russie ».  Alors que 323 millions de personnes sont menacées d’une grave insécurité alimentaire, les forces russes pilonnent les ports, les entrepôts et les terres agricoles de l’Ukraine, « empêchant des millions de tonnes de céréales d’accéder aux marchés mondiaux, a-t-il dénoncé, non sans exprimer son appui sans faille aux initiatives de l’ONU visant à permettre les exportations ukrainiennes via la mer Noire.   

Précisant à cet égard que l’UE vient d’ores et déjà en aide aux régions les plus à risque d’insécurité alimentaire, le Haut Représentant a assuré que les sanctions européennes ne sont pas la cause des pénuries: ces mesures, qui ne s’appliquent que sur le territoire de l’UE, ne font que cibler la capacité du Kremlin à mener son agression militaire, sans bloquer le transport des biens agricoles russes ni empêcher les pays tiers d’acheter des produits russes.

Si la guerre a fait son retour en Europe, elle ne s’est pas arrêtée ailleurs, a encore noté M. Borrell.  Pour y faire face, a-t-il dit, l’UE a déployé quelque 4 000 hommes dans 18 opérations de paix et de gestion de crise, dont les opérations IRINI, EU NAVFOR Atalante et EUFOR ALTHEA.  Elle contribue aussi à des médiations et à des actions de consolidation de la paix, tout en œuvrant à l’unisson avec l’ONU pour le renforcement des capacités de l’Afrique et le règlement des conflits et des crises qui font rage en Syrie, en Afghanistan, au Myanmar et au Yémen, entre autres situations régionales.   

Cet engagement en faveur de la stabilité, de la paix et de la sécurité dans différentes régions du monde a été salué par plusieurs délégations, le Brésil rappelant qu’au total, l’UE a lancé pas moins de 37 missions de politique de sécurité et de défense commune depuis 2003.  Les États-Unis ont noté que 11 des 18 opérations de paix et de gestion de crise menées par l’UE ont lieu soit à l’intérieur, soit au large des côtes du continent africain.  En outre, a poursuivi la délégation américaine, l’UE a clairement démontré son soutien aux valeurs de la Charte des Nations Unies par ses actions visant à défendre les principes de souveraineté et d’intégrité territoriale et par son aide apportée aux Ukrainiens après le déclenchement de la guerre « injuste, non provoquée et illégale » de la Fédération de Russie.  

Un avis partagé par la plupart des membres occidentaux du Conseil, dont la France, qui a fait valoir que, depuis le début de l’agression russe, l’UE a mobilisé plus de 4,6 milliards d’euros pour prêter assistance à l’Ukraine.  Le Royaume-Uni a, lui, salué le « rôle incommensurable » joué par l’UE dans son soutien aux Ukrainiens afin qu’ils puissent se défendre, tandis que l’Albanie, par la voie de sa Ministre des affaires européennes et étrangères, se félicitait que cette crise, inédite en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, n’ait pas affecté l’unité du bloc européen. 

La Ministre a d’autre part rappelé que l’UE est le premier bailleur de fonds de l’ONU, non seulement pour son budget ordinaire mais aussi en termes d’aide publique au développement et de financement des missions de maintien de la paix.  Son influence ne concerne donc pas uniquement son voisinage immédiat, a fait observer Mme Olta Xhaçka, avant d’indiquer que six États des Balkans occidentaux sont impliqués, à divers stades, dans la perspective de « l’avenue de la coopération euro-atlantique ». 

Résumant pour sa part la position des pays africains, le Ghana a mis en avant les risques pour la sécurité alimentaire que fait courir la guerre en Ukraine pour son continent, invitant l’UE à considérer tous les moyens possibles pour y mettre fin par le biais de négociations prenant en compte les intérêts fondamentaux des parties et respectant le droit international.  De son côté, la Chine a dit appuyer le partenariat UE-ONU, à condition que la coopération repose sur un multilatéralisme authentique et sur les principes internationaux régissant les relations entre pays comme la non-ingérence dans les affaires internes.  Elle a en outre souhaité que l’UE tienne compte des préoccupations sécuritaires d’autres pays et évite de tomber dans le travers d’une vision du monde en blocs. 

Nettement moins conciliante, la Fédération de Russie a exprimé ses grandes divergences avec la ligne de l’Union européenne, qui, selon elle, est de plus en plus éloignée du projet de ses pères fondateurs.  Dénonçant une stratégie européenne qui viserait désormais à « éjecter la Russie de l’Europe », elle a regretté que, malgré ses avertissements, l’UE ait emprunté la « voie désastreuse de l’OTAN ».  La délégation s’est indignée, à ce sujet, de l’envoi d’armes létales aux « nationalistes » ukrainiens et du « chantage » exercé par l’UE sur des pays non membres pour qu’ils se joignent aux sanctions antirusses.  Loin d’améliorer la sécurité des citoyens européens, une telle politique constitue un « tremplin potentiel » pour un affrontement entre les deux superpuissances, a-t-elle averti.

COOPÉRATION ENTRE L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES ET LES ORGANISATIONS RÉGIONALES ET SOUS-RÉGIONALES AUX FINS DU MAINTIEN DE LA PAIX ET DE LA SÉCURITÉ INTERNATIONALES: UNION EUROPÉENNE

Déclarations

S’exprimant en visioconférence depuis Bruxelles, M. JOSEP BORRELL, Haut Représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a tout d’abord indiqué qu’une contamination à la COVID-19 l’a empêché de se rendre à New York comme il prévoyait de le faire.  Rappelant que l’ONU est fondée sur le respect du droit international et de l’état de droit, il a souligné que les États Membres se doivent d’appliquer les principes fondamentaux de sa Charte, dont le non-recours à la force dans les affaires internationales.  L’Union européenne (UE) se targue d’avoir comme raison d’être le multilatéralisme, a poursuivi le Chef de la diplomatie européenne.  C’est pourquoi elle a investi sur les plans politique et financier dans les Nations Unies, devenant ainsi l’un de ses partenaires les plus essentiels.  Or le multilatéralisme est aujourd’hui plus malmené que jamais.  Les nouveaux défis mondiaux, qui nécessitent une coopération internationale, s’aggravent et l’offre et la demande du multilatéralisme ne correspondent plus, a-t-il constaté, imputant ce déséquilibre à la montée de la concurrence politique pour le pouvoir.  Il y a davantage de méfiance, de veto, et cela se traduit par le non-règlement de conflits et par un plus grand nombre de personnes laissées à la merci des événements.  Observant que cette situation n’a fait qu’empirer depuis un an, il a estimé que la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine a accentué les problèmes existants et risque à présent de créer une nouvelle crise de la faim.  Cette guerre n’est pas une guerre européenne mais une attaque perpétrée contre les fondements des Nations Unies par un membre permanent du Conseil de sécurité, a-t-il martelé, ajoutant que, contrairement à ce pensent certains, cette crise touche tout le monde, partout.  

En effet, a noté M. Borrell, nous voyons que les économies du monde entier sont frappées de plein fouet par la hausse du prix des denrées alimentaires et la flambée des cours de l’énergie, ce qui pourrait conduire, selon lui, à un effondrement de l’équilibre mondial.  Assurant que l’UE est pleinement attachée à garantir la bonne santé de l’économie de l’Ukraine et à lui donner les moyens militaires de défendre son intégrité territoriale et sa démocratie, il a appelé tous les États Membres à lui emboîter le pas et à aider ce pays.  À ses yeux, personne ne peut rester neutre, car ce serait prendre le parti de la Russie.  Alors que le Programme alimentaire mondial (PAM) estime que, depuis le début de cette guerre, 323 millions de personnes sont menacées de grave insécurité alimentaire, quelque 20 millions de tonnes de céréales ukrainiennes ne peuvent pas arriver sur les marchés mondiaux, a dénoncé le haut fonctionnaire, non sans rappeler que la Russie pilonne les ports, les entrepôts et les terres agricoles.  Ce n’est pas nous qui avons bombardé ces silos et qui bloquons ces exportations, a-t-il insisté, affirmant appuyer sans faille les initiatives de l’ONU visant à permettre la réouverture des ports ukrainiens.  Ce doit être la priorité de la communauté internationale mais seule la Russie peut mettre fin à cette guerre, a-t-il commenté.  De son côté, a-t-il ajouté, l’UE aide les régions les plus touchées.  Dans le cadre de son Équipe Europe, elle a annoncé un don de 1 milliard d’euros pour le Sahel et de 600 millions pour la Corne de l’Afrique, tout en mettant en place un dispositif alimentaire pour ses partenaires du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord.  

Pour M. Borrell, les sanctions européennes ne sont pas la cause des pénuries.  Il a expliqué qu’elles ne font que cibler la capacité du Kremlin à mener son agression militaire, qu’elles ne bloquent par le transport des biens agricoles russes et qu’elles ne s’appliquent que sur le territoire de l’UE.  Ces mesures n’empêchent donc pas les pays tiers d’acheter des produits russes s’ils le souhaitent, a-t-il précisé.  Indiquant avoir échangé avec les principaux responsables de l’ONU afin de permettre les exportations ukrainiennes par la mer Noire, il a salué les initiatives onusiennes poursuivant ce but et s’est dit prêt à se pencher sur les cas de mauvaise interprétation des sanctions de l’UE, notamment en expliquant aux opérateurs économiques les domaines qui tombent sous le coup de ces mesures.  Il a ensuite relevé que, si la guerre a fait son retour en Europe, elle ne s’est pas arrêtée ailleurs.  Pour y faire face, a-t-il précisé, l’UE a déployé 4 000 hommes dans 18 opérations de paix et de gestion de crise, dont les opérations IRINI, EU NAVFOR Atalante et EUFOR ALTHEA.  Nous contribuons aussi à des médiations et à des actions de consolidation de la paix, tout en œuvrant à l’unisson avec l’ONU pour le renforcement des capacités de l’Afrique, l’objectif étant de permettre des solutions africaines aux problèmes africains.  L’UE s’emploie également à trouver des solutions aux crises et conflits qui font rage en Syrie, en Afghanistan, au Myanmar et au Yémen, entre autres situations régionales, a conclu M. Borrell.  

Mme OLTA XHAÇKA, Ministre des affaires européennes et étrangères de l’Albanie, a estimé que la coopération entre l’ONU et l’UE renforce l’approche fondée sur les règles du multilatéralisme, et a soutenu que ce partenariat est essentiel pour faire face à l’ampleur et à la complexité croissantes des défis à la paix et à la sécurité internationales.

S’attardant sur l’agression militaire de la Russie en Ukraine, elle a souligné que les effets de cette guerre non provoquée et injustifiable ne se font pas seulement sentir en Ukraine, relevant que celle-ci a gravement affecté le commerce mondial et exacerbé l’insécurité alimentaire dans le monde, sans parler des 6,8 millions de réfugiés.  Cette vague sans précédent, inédite sur le continent depuis la Seconde Guerre mondiale, a sérieusement défié l’Europe, mais elle n’a pas affecté son unité, au contraire, a clamé la Ministre.  Elle a exigé la levée immédiate du blocus des ports ukrainiens afin que les produits alimentaires puissent circuler librement vers le reste du monde, et a salué les efforts en cours de l’ONU et de la Türkiye pour trouver les meilleures solutions pratiques.  La Ministre a signalé qu’une insécurité accrue provoque toujours une augmentation des dépenses de défense et d’armement, ce qui pourrait entraîner une baisse des investissements dans d’autres domaines, comme l’innovation, l’éducation et les services publics.  Les guerres qui ont défini notre passé ne peuvent et ne doivent pas dicter notre avenir, a affirmé Mme Xhaçka.

La Ministre a fait observer que l’Union européenne est un acteur central de la politique mondiale, du développement et des questions humanitaires.  C’est le plus grand contributeur financier de l’ONU, non seulement au budget ordinaire, mais aussi en termes d’aide publique au développement et de financement des missions de maintien de la paix.  Son influence ne concerne donc pas seulement son voisinage immédiat, a noté la Ministre.  Elle a indiqué que les six États des Balkans occidentaux sont tous impliqués, à divers stades, dans la perspective de « l’avenue de la coopération euro-atlantique ».   Nous avons fait ce choix en sachant qu’en suivant cette voie, nous investissons dans notre avenir, pour plus de développement, une sécurité accrue et des institutions plus fortes et responsables devant leurs citoyens, a déclaré la Ministre.  C’est là la valeur de l’élargissement de l’UE, que les récents événements en Europe ont remis à juste titre au cœur des débats.  Elle a défendu l’idée que le monde a besoin de « plus d’UE » et de son action multiforme dans tous les domaines importants et a estimé que cela peut se faire par le truchement d’une augmentation et d’un renforcement de la coopération entre l’ONU et l’UE.

Mme NATHALIE BROADHURST ESTIVAL (France) a rappelé que l’UE est un partenaire clef de l’ONU pour répondre aux crises, dans l’urgence et face aux menaces les plus graves.  Elle a fait valoir que, depuis le début de l’agression russe, l’UE a mobilisé plus de 4,6 milliards d’euros pour venir en aide aux Ukrainiens.  Les mesures restrictives adoptées par l’UE n’ont qu’un objectif, a-t-elle expliqué: ramener la Russie au respect de la Charte des Nations Unies.  Elle a indiqué que l’UE a mis en place des mesures restrictives ciblées contre les responsables de violations graves des droits de l’homme et du droit humanitaire, via un régime spécifique créé en 2020.  Ce dispositif ne fait aucunement obstacle à la livraison de l’aide humanitaire dont l’UE et ses États membres sont l’un des premiers fournisseurs.  Enfin, elle a déclaré que la présidence française du Conseil de l’UE a été l’occasion de traduire l’engagement de l’Union en faveur des valeurs et des actions de l’ONU, à travers notamment la promotion du droit des femmes et des filles et le soutien au pluralisme et à la liberté des médias.

M. RICHARD M. MILLS (États-Unis) a salué l’engagement important de l’Union européenne en matière de sécurité en Afrique, notant que 11 de ses 18 opérations de paix et de gestion de crise ont lieu soit à l’intérieur, soit au large des côtes du continent africain.  En outre, a-t-il ajouté, l’UE a clairement démontré son soutien aux valeurs de la Charte des Nations Unies par ses actions visant à défendre les principes de souveraineté et d’intégrité territoriale après le déclenchement de la guerre « injuste, non provoquée et illégale » de la Fédération de Russie contre l’Ukraine.  Les actions de la Fédération de Russie font grimper l’insécurité alimentaire mondiale, a dénoncé le représentant, avant de faire observer que les sanctions internationales ne ciblent pas les exportations agricoles, malgré la « désinformation russe suggérant le contraire ».  Dans ce contexte, les efforts déployés par l’UE pour faire face à cette crise sont selon lui les bienvenus.  Le délégué a également rappelé que les voisins européens de l’Ukraine ont ouvert leurs frontières aux réfugiés, saluant à cet égard la directive de protection temporaire de l’UE, qui offre des avantages sociaux et de protection à tous ceux qui fuient le conflit.  Enfin, évoquant les déclarations selon lesquelles toutes les parties portent la responsabilité du conflit en Ukraine, il a estimé que de tels propos « peuvent être diplomatiquement habiles mais sont moralement indéfendables ». 

M. DAI BING (Chine) a déclaré appuyer le partenariat UE-ONU, à condition que la coopération repose sur un multilatéralisme authentique, sur le droit international et sur les principes internationaux régissant les relations entre pays comme la non-ingérence dans les affaires internes.  Il faut en outre respecter le concept de sécurité commune, a ajouté le représentant en souhaitant que l’UE tienne compte des préoccupations sécuritaires d’autres pays et évite de tomber dans le travers d’une vision du monde en blocs.  Il a également encouragé l’UE à revoir à la hausse son aide au développement.  Face au conflit en Ukraine et ses risques d’effet domino, le représentant a espéré que l’UE saura jouer son rôle de médiateur et prendre les mesures qui s’imposent pour relever les défis humanitaires.  En outre, il a dit compter sur la contribution positive de l’UE dans les négociations sur la mise en œuvre du Plan d’action global commun pour le dossier nucléaire iranien, souhaitant aussi que l’Union européenne adopte une attitude équitable pour ce qui est de la paix au Moyen-Orient et des activités de peuplement.

M. HAROLD ADLAI AGYEMAN (Ghana) a salué l’engagement renouvelé de l’UE en faveur de la lutte antiterroriste au Sahel, ainsi que les ressources financières apportées à la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM).  Il a remarqué que la relative stabilité dans les Balkans est due en partie à l’engagement actif de l’UE.  Il a souhaité que celle-ci s’engage davantage au Moyen-Orient en vue d’une solution négociée à la « brûlante » question palestinienne.  S’agissant de l’Ukraine, le délégué a encouragé l’UE à considérer tous les moyens possibles pour mettre fin à la guerre par le biais de négociations prenant en compte les intérêts fondamentaux des parties dans le respect du droit international.  La guerre en Ukraine doit cesser, a conclu le délégué, en appelant l’UE à se pencher sur les solutions pour remédier aux conséquences de cette guerre, notamment s’agissant de la sécurité alimentaire.

M. JUAN RAMÓN DE LA FUENTE RAMÍREZ (Mexique) a constaté que l’affront fait à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de l’Ukraine a ébranlé l’ordre géopolitique européen et a appelé l’Union européenne à utiliser tous les outils de dialogue et de médiation pour avancer vers une solution négociée.  Évoquant l’augmentation mondiale des prix des produits essentiels et l’insécurité alimentaire qui touche particulièrement les pays en développement, il a dit espérer que des solutions seront trouvées pour l’exportation des céréales d’Ukraine.  Il a salué le renforcement de l’association stratégique de l’UE avec l’ONU, citant notamment les nouvelles priorités de coopération en matière d’opérations de maintien de la paix et de gestion de crise pour la période 2022-2024.  S’agissant des convergences entre le Conseil de sécurité et l’UE, il a jugé qu’il serait opportun d’investir dans les efforts de prévention et de soutien aux régions pour la consolidation de la paix, que ce soit dans les Balkans, avec EUFOR ALTHEA, ou en Afrique, en particulier au Mali ou en République centrafricaine.  De même, il a souhaité que le travail de proximité mené par l’ONU et l’UE en Afghanistan s’intensifie pour faire face à la crise des droits humains que traverse ce pays.  Il a également appelé à renforcer la coopération entre l’UE et la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC).  

Pour Mme GERALDINE BYRNE NASON (Irlande) il ne fait aucun doute que l’ONU et l’UE sont des partenaires naturels pour éradiquer la pauvreté, protéger les droits de l’homme et préserver la paix.  Le partenariat stratégique de l’UE avec les Nations Unies est la pierre angulaire de la politique et des actions de l’UE en faveur de la paix et de la sécurité internationales, a-t-elle affirmé en notant que de la Bosnie-Herzégovine au Moyen-Orient, et dans toute l’Afrique, les missions de l’UE sont déployées parallèlement aux opérations de maintien de la paix ou aux missions politiques spéciales de l’ONU.  Des experts irlandais travaillent dans des missions de l’UE en Europe, dans le Caucase, au Moyen-Orient et en Afrique, tandis que des membres des Forces de défense irlandaises participent à des missions et opérations au Mali, en Bosnie-Herzégovine et en Méditerranée, a précisé la représentante.  De plus, avec ses partenaires de l’UE, l’Irlande a soutenu les processus de médiation et de paix en Colombie, en Géorgie et au Mozambique.  La déléguée a également mis l’accent sur la coopération étroite de l’UE avec de nombreux partenaires autour de la table du Conseil en tant que membre du Quatuor pour le processus de paix au Moyen-Orient, facilitateur du dialogue Belgrade-Pristina et coordonnateur du Plan d’action global commun pour le dossier iranien.  Mme Byrne Nason en a profité pour inviter le Conseil de sécurité à encourager cette coopération et utiliser, le cas échéant, le soutien de l’UE aux Nations Unies.  Le Conseil devrait faire preuve de plus d’ambition en portant à un niveau supérieur le partenariat stratégique ONU-UE sur les opérations de paix et la gestion des crises, a-t-elle souhaité en soulignant au passage que l’UE est le premier bailleur de fonds mondial d’aide humanitaire et d’aide au développement et un partenaire clef des Nations Unies dans la gestion des crises.

Mme TRINE SKARBOEVIK HEIMERBACK (Norvège) s’est félicité que l’UE ait pris la tête de la réponse de l’Europe à l’attaque russe contre l’Ukraine.  Chaque fois que la paix est compromise en Europe, nous avons besoin d’une UE forte, travaillant de concert avec l’ONU et ce Conseil, a dit la déléguée.  Elle a souligné l’importance de la contribution d’EUFOR ALTHEA pour la paix en Bosnie-Herzégovine, en souhaitant le renouvellement de son mandat en novembre prochain.  Elle a appuyé le rôle directeur de l’UE dans la lutte contre les changements climatiques et les risques sécuritaires afférents.  La déléguée a enfin indiqué que la guerre de la Russie contre l’Ukraine a des conséquences bien au-delà du continent européen et plaidé pour une action mondiale rapide afin de renforcer la sécurité alimentaire. 

M. VASSILY A. NEBENZIA (Fédération de Russie) a commencé par exprimer les divergences croissantes de son pays avec la ligne de l’Union européenne, qui, selon lui, est de plus en plus éloignée du projet de ses pères fondateurs.  « Nous le regrettons sincèrement, ce n’est pas notre choix, mais nous tirons les conclusions de vos actions. »  Rappelant à cet égard que la Russie avait signé, en 1994, un accord de partenariat et de coopération avec l’UE, il a déclaré que son pays comptait sur une entente tenant compte des intérêts des deux parties.  De même, lorsqu’a été signée la Charte de sécurité européenne en 1999, suivie de feuilles de route fixant la coopération entre la Russie et l’UE, l’espoir était grand que cela mettrait fin à la concurrence géopolitique dans l’espace européen, a-t-il rappelé.  Hélas, il est vite devenu évident que les idées des pères fondateurs de l’UE appartiennent au passé et que Bruxelles poursuit d’autres objectifs, a poursuivi le représentant, évoquant une stratégie destinée à « éjecter la Russie de l’Europe ».  Malgré nos avertissements, l’UE a alors emprunté la « voie désastreuse de l’OTAN » et a détruit l’équilibre des forces entre l’Est et l’Ouest, a-t-il déploré en affirmant aussi que, sur instructions de Washington, un programme antirusse a été adopté.  Il en a voulu pour preuve les appels récents des dirigeants polonais à construire un système de défense dirigé contre la Russie.  

Dans ce contexte, et contrairement à ses promesses passées, l’UE a mis en place sa politique de partenariat oriental, qui a remplacé en 2009 sa politique de voisinage, a encore retracé le représentant russe.  Il a estimé qu’il ne s’agissait pas de construire une coopération égalitaire mais de formater les systèmes politiques des participants « selon le modèle de l’UE », ce que la Russie a refusé.  Pour le délégué, l’un des « produits » de cette politique erronée a été le projet d’accord d’association entre l’Ukraine et l’UE, qui a fait exploser la sécurité et l’équilibre des pouvoirs sur le continent européen.  Il obligeait en effet l’Ukraine à rompre ses liens avec la Russie et à devenir un « appendice de l’Europe ».  Et lorsque les dirigeants légitimes de l’Ukraine ont demandé un délai pour évaluer ce projet, l’UE avec les États-Unis ont organisé un coup d’État qui a déclenché la guerre civile dans ce pays, a décrit le représentant.  Il a dénoncé le fait que, durant toutes ces années, l’UE a « fermé les yeux » sur les actions criminelles de Kiev dans le Donbass et ses violations des Accords de Minsk.  Ce faisant, « l’UE a dévoilé son visage agressif et russophobe », au point que le Chef de la diplomatie européenne appelle maintenant à « gagner la guerre sur le champ de bataille ».  « Nous suivons votre conseil », a ironisé le délégué, non sans dénoncer l’envoi d’armes létales aux forces armées et aux nationalistes ukrainiens pour un montant de 2 milliards d’euros, en plus des fournitures militaires des différents membres de l’UE.  Des armes européennes qui tuent aussi des civils ukrainiens, a-t-il relevé, avant de condamner le chantage exercé par l’UE sur des pays non membres pour qu’ils se joignent aux sanctions antirusses.  

De l’avis du représentant, l’UE, à la suite de son « grand frère » américain, divise les États en « démocraties » et « non-démocraties », parfois en usant d’un vocabulaire colonial.  Elle voit ainsi en l’Afrique son « arrière-cour » et dans les Balkans sa « cour intérieure », selon lui.  Tout cela se fait au nom du concept occidental d’ordre mondial basé sur des règles, au détriment de l’idéal européen originel, a-t-il déploré, voyant désormais dans l’UE un « appendice obéissant des États-Unis et de l’OTAN ».  Une telle politique constitue, selon lui, un tremplin potentiel à un affrontement entre les deux superpuissances, sans améliorer la sécurité des citoyens européens.  De son côté, la Russie s’est habituée à compter sur sa propre force, et, en tant que puissance européenne et asiatique, entend développer des relations avec les pays et les associations qui sont indépendants et n’ont pas peur de défendre leurs intérêts.  Il a toutefois formé l’espoir que ce processus de séparation de la Russie ne sera pas irréversible.  Affirmant se méfier désormais de tous les projets impliquant l’UE, y compris à l’ONU, il a également regretté que le projet du bloc européen ait « dégénéré dans l’ombre géopolitique de l’OTAN », citant longuement les propos de l’ancien Chancelier allemand Konrad Adenauer, selon lequel « l’histoire montre que les civilisations ont tendance à disparaître ».  Pour le délégué, il est dommage que les générations suivantes de dirigeants européens n’aient pas pris en compte ce sérieux avertissement.

M. MICHEL XAVIER BIANG (Gabon) a indiqué qu’en Afrique, les Nations Unies et l’UE travaillent côte à côte en Somalie, en République centrafricaine, en Libye, et en soutien à la Force conjointe du G5 Sahel concourant ainsi à développer un réseau d’institutions multilatérales, dans plusieurs pays et régions, qui travaillent ensemble pour la paix, le développement durable et la promotion des droits de l’homme dans les pays en proie à des situations de fragilité ou de crise.  Il a appelé au renforcement de la coopération bilatérale entre l’ONU et l’UE mais également de la coopération entre l’UE et l’Union africaine (UA) et, plus largement, de l’interaction trilatérale entre l’ONU, l’UE et l’UA, en vue d’accroître leur coordination sur les préoccupations transversales en matière de paix et de sécurité.  

Il a également plaidé en faveur du renforcement du dialogue entre le Conseil de paix et de sécurité de l’UA et le Comité politique et de sécurité de l’UE.  Il va de soi, selon le représentant, que l’implication des acteurs régionaux aux côtés des Nations Unies permet de renforcer l’efficacité des processus de stabilisation et de mieux appréhender les menaces persistantes.  Il a estimé que le partenariat entre l’ONU et les organisations régionales et sous-régionales doit s’appuyer sur la complémentarité et les avantages comparatifs.  Cela requiert un accompagnement financier, logistique et technique stable et prévisible ainsi qu’un renforcement des capacités.  De même, il a appelé à établir des mécanismes de gestion ou de règlement de crises cohérents, dont les tâches et responsabilités entre les divers acteurs sont clairement définies.  

M. RAVINDRA RAGUTTAHALLI (Inde) a plaidé pour une réforme de l’architecture multilatérale internationale, y compris de ce Conseil, et estimé naturel que l’UE appuie les efforts en cours.  Il a même estimé que l’UE devrait en faire beaucoup plus pour appuyer cette réforme.  Il a dit soutenir tous les efforts visant à résoudre le conflit en Ukraine, y compris par une reprise des pourparlers entre la Russie et l’Ukraine.  L’UE, à son avis, doit jouer un rôle moteur dans l’atténuation des conséquences de la crise en Ukraine sur le quotidien des personnes vivant dans des pays vulnérables.  Le délégué a par ailleurs demandé que l’UE appuie davantage la lutte de l’Inde contre le terrorisme afin que cette lutte soit menée de manière collective, sans ambiguïté et selon le principe de tolérance zéro.  En conclusion, il a salué la récente stratégie annoncée par l’UE s’agissant de la région indopacifique et souhaité une coopération accrue afin que cet espace soit « ouvert, libre et régi par des règles ».

M. MOHAMED ISSA ABUSHAHAB (Émirats arabes unis) a noté qu’au fil des ans, l’Union européenne est passée d’un statut d’acteur régional à celui d’acteur mondial et qu’aujourd´hui, ses initiatives à travers le monde renforcent les efforts des Nations Unies et du Conseil de sécurité pour maintenir la paix et la sécurité internationales.  Il a notamment cité son rôle dans le dialogue entre le Kosovo et la Serbie ou encore dans la mise en œuvre des Accords de Dayton, mais également en tant qu’acteur humanitaire de premier plan dans le monde.  À cet égard, le représentant a mis l’accent sur le financement de 371 millions d’euros apportés par l’UE aux pays européens qui accueillent les réfugiés ukrainiens, ainsi que ses contributions au Programme alimentaire mondial.  Il a également salué la contribution par l’UE de 400 millions de doses de vaccin contre la COVID-19 au Mécanisme COVAX et de 1,4 milliard de doses dans le monde.  Il a ensuite insisté sur la valeur du renforcement de la coopération entre organisations régionales sur les questions d’intérêt commun et a appelé à veiller à ce que les acteurs régionaux jouent un rôle actif et de premier plan dans tout effort de diplomatie multilatérale afin de trouver des solutions durables aux défis régionaux et internationaux.

M. JOÃO GENÉSIO DE ALMEIDA FILHO (Brésil) a salué l’engagement de l’UE et de ses États membres à travailler avec les Nations Unies, dans le cadre du Chapitre VIII de la Charte, dans diverses instances pour contribuer à la promotion de la stabilité, de la paix et de la sécurité dans différentes régions du monde.  Il a rappelé qu’au total, l’UE a lancé 37 missions de politique de sécurité et de défense commune depuis 2003 et qu’il y a actuellement 211 missions civiles en cours et 7 missions/opérations militaires à travers l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient.  Pour les questions européennes, il a cité notamment la mission d’assistance de l’Union européenne à la frontière entre la République de Moldova et l’Ukraine (EUBAM) et l’engagement de l’UE aux côtés des pays des Balkans occidentaux.  Revenant sur la décision du Conseil des affaires étrangères de l’UE de mars dernier d’établir la European Peace Facility –un outil de financement des actions opérationnelles dans le cadre de la politique étrangère et de sécurité commune de l’UE-, il a soulevé la question de savoir si ce mécanisme pourrait venir en aide à d’autres organisations régionales pour combler leurs lacunes dans le financement des missions de paix et de sécurité.  En outre, plaidant pour que les missions de l’UE soient toujours alignées sur les mandats établis par le Conseil de sécurité et agir conformément aux principes inscrits dans la Charte, il a demandé à l’UE d’examiner à l’avance les éventuelles conséquences imprévues de l’adoption de mesures unilatérales, telles que des sanctions.

Mme JAYNE JEPKORIR TOROITICH (Kenya) a salué le partenariat historique entre l’UE et l’Union africaine (UA) et noté la vision commune arrêtée entre les deux organisations en février de cette année pour un partenariat renouvelé.  Elle a dit son appréciation pour le soutien logistique, technique et financier apporté par l’UE aux opérations de paix emmenées par l’UA.  Une collaboration structurée entre l’ONU, l’UA et l’UE est capitale pour le renforcement des efforts de paix et de développement sur le continent africain, a-t-elle souligné.  Elle a demandé la poursuite du soutien aux opérations de paix africaines, avant de mentionner les discussions en cours sur l’emploi des contributions volontaires pour les opérations autorisées par le Conseil. 

Mme BARBARA WOODWARD (Royaume-Uni) a indiqué que cette année a été l’une des plus difficiles pour l’Europe, avec la guerre de la Russie contre l’Ukraine.  Elle a aussi fait état d’« un monde ravagé par les changements climatiques et la pandémie de COVID-19 ».  Elle a salué le rôle positif joué par l’UE et son soutien « incommensurable » apporté aux Ukrainiens, afin que ces derniers puissent se défendre.  Elle a loué la coopération de son pays et de l’UE face à cette nouvelle violation de la souveraineté de l’Ukraine.  Mme Woodward a appuyé les efforts de l’UE pour lutter contre la désinformation autour des sanctions, ainsi que le rôle joué par l’UE dans le dialogue entre la Serbie et le Kosovo.  Enfin, elle a souligné la convergence de vues entre son pays et l’UE s’agissant de l’action climatique avec la récente tenue de la COP26 à Glasgow.

Reprenant la parole en fin de séance, le Haut Représentant de l’UE a repris à son compte les propos prononcés par des ambassadeurs africains qui ont parlé du rôle important des organisations régionales et sous-régionales face aux défis planétaires.  Il a également dit être d’accord avec la Chine pour ce qui est d’éviter que le monde ne s’articule en blocs qui s’opposent, attisant l’insécurité.  Il a ensuite assuré que l’UE est prête à renouer le dialogue afin de renforcer la sécurité européenne lorsque la Fédération de Russie aura mis fin à son invasion de l’Ukraine.  S’agissant du rôle de l’UE en Ukraine, M. Borrell a indiqué qu’elle n’est pas une union militaire, mais qu’elle ne peut être indifférente à ce qui se passe dans son voisinage et à l’agression contre l’un de ses plus grands partenaires, l’Ukraine.  Il a appelé à déployer tous les efforts possibles pour éviter la prochaine étape à cette tragédie, à savoir une vague de famine dans le monde, notant que ce n’est pas l’UE qui bloque les exportations de blé ukrainien ou qui pilonne les entrepôts de céréales.  En outre, le Haut Représentant a souligné que les sanctions imposées par l’UE à la Russie n’empêchent pas l’exportation de blé ou d’engrais russes.  Le prochain chapitre de cette tragédie relève de la responsabilité commune de tous pour éviter que des millions de personnes ne connaissent la famine dans les prochains mois, a-t-il affirmé.

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