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9002e séance, après-midi
CS/14838

Ukraine: Pour manque de neutralité, le Conseil de sécurité rejette un projet de résolution de la Fédération de Russie sur l’aide humanitaire

L’un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, la Fédération de Russie, a présenté cet après-midi au Conseil de sécurité un projet de résolution humanitaire relatif à l’Ukraine qui n’a pas été adopté, 13 membres s’étant abstenus.  Le texte a en effet suscité des réserves, parce qu’il ne faisait pas mention de la cessation des hostilités, et des critiques indignées de membres accusant la Russie d’avoir enclenché le conflit même dont son projet fait l’objet, rendant cette initiative « hypocrite » et « honteuse ».  La Chine, avec la Russie, ont été les seuls membres à voter en faveur du texte.

Le projet appelait entre autres à un « cessez-le-feu négocié » pour permettre l’évacuation sûre, rapide, volontaire et sans entrave de tous les civils.  Il demandait à faire en sorte que le personnel et le matériel humanitaires puissent circuler sans entrave et en toute sécurité, et à permettre aux populations civiles de sortir du pays sans encombre.

Parmi les réactions les plus vives, l’Irlande a qualifié le texte de « détournement cynique du système multilatéral par l’agresseur dans cette guerre ».  Pour la France, il constitue une manœuvre russe pour légitimer son agression: la Russie chercherait à imposer des « réalités alternatives », à « instrumentaliser » le Conseil et à obtenir un blanc-seing pour poursuivre sa guerre.  Même ton de l’Albanie pour qui, « si la Russie est soucieuse de sa responsabilité de protéger, elle doit cesser cette agression et rentrer chez elle ».  

Un des arguments les plus saillants avancés par les membres du Conseil est l’absence de neutralité de la Russie, qui est à la fois « agresseur » et auteur du projet.  Comme l’a résumé la Norvège, une partie à un conflit ne peut s’attendre ni à être perçue comme neutre devant le Conseil, ni être l’auteur de projets de textes, ni participer à un vote relatif à un conflit auquel elle est partie.  Or « personne ne peut douter du statut de la Russie en tant que partie » au conflit pour la délégation norvégienne, qui a remarqué que, réunion après réunion, la Russie attend « que nous acceptions ses récits, rapports et opinions comme s’ils venaient d’une partie neutre ».   

La Fédération de Russie a répondu pied à pied, retournant les reproches émis, qu’il s’agisse d’instrumentalisation du Conseil ou de diffusion de fausses nouvelles.  Prenant à parti les membres occidentaux du Conseil, elle les a accusés « d’instrumentaliser » le droit humanitaire, tout en énumérant les bienfaits qu’aurait amené son projet avorté: « cessez-le-feu », « mise en place d’un couloir humanitaire », « traitement humain des prisonniers de guerre », entre autres.  Son projet, qu’elle affirme de bonne foi, aurait aidé à soulager les souffrances du peuple ukrainien, peuple utilisé comme « bouclier humain » par les dirigeants de Kiev, qui abriteraient, toujours selon la Russie, des armes lourdes dans des hôpitaux et des crèches.    

Le Brésil s’est abstenu car le texte ne fait pas mention de cessation des hostilités.  Une condition nécessaire pour qu’une action humanitaire impartiale puisse avoir lieu, a précisé le Ghana, sur la même ligne.  Les Émirats arabes unis se sont tout de même félicités d’un « dialogue » entre les Nations Unies, l’Ukraine et la Russie « qui a permis au premier convoi humanitaire d’arriver dans l’est du pays ».  Pour les Émirats, le Conseil a un rôle crucial à jouer dans le droit fil de sa responsabilité de maintien de la paix et la sécurité internationales et « doit apporter une réponse à la crise ».

La Chine, qui a voté pour, a jugé regrettable que le Conseil ne soit parvenu à un consensus, alors qu’il devrait répondre à la crise de manière « pragmatique ».

Un autre projet de résolution humanitaire avait déjà été élaboré, ont rappelé la France et le Mexique, ses coauteurs, en précisant que les membres du Conseil avaient négocié pendant plusieurs semaines, de bonne foi et en toute transparence, avec l’objectif d’obtenir une cessation immédiate des hostilités et d’apporter des réponses concrètes à la catastrophe humanitaire qui se déroule en Ukraine.  La France a regretté qu’en raison de « l’obstruction russe », cette initiative ait été portée à l’Assemblée générale qui devra, elle, jouer son rôle et demander une cessation immédiate des hostilités.  « Étonnamment, c’est à partir du 14 mars », date à laquelle la France et le Mexique ont annoncé vouloir soumettre ce projet de texte à l’Assemblée générale, que la Fédération de Russie a dit vouloir soumettre son propre texte au Conseil de sécurité, a noté le représentant mexicain.

Une minute de silence a été observée en début de séance en la mémoire de Madeleine Albright, qui avait notamment été Ambassadrice américaine auprès des Nations Unies, dont on a appris le décès aujourd’hui.  La délégation des États-Unis a rappelé à cette occasion que l’ancienne Secrétaire d’État, qui avait fui le rideau de fer, avait prévenu qu’elle savait ce qui pouvait se passer quand on donne le feu vert aux Russes.

LETTRE DATÉE DU 13 AVRIL 2014, ADRESSÉE À LA PRÉSIDENTE DU CONSEIL DE SÉCURITÉ PAR LE REPRÉSENTANT PERMANENT DE LA FÉDÉRATION DE RUSSIE AUPRÈS DE L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES (S/2014/264)

Déclarations avant le vote

M. VASILY NEBENZIA (Fédération de Russie) a tout d’abord affirmé que sa délégation avait jugé encourageante l’initiative prise par le Mexique et la France, qui ont déposé début mars un projet de résolution sur la situation humanitaire en Ukraine.  Cependant, a-t-il expliqué, cette dynamique a été presque immédiatement « écrasée » par les délégations des États-Unis et du Royaume-Uni, lesquelles ont assuré qu’elles n’avaient pas besoin d’un projet de texte qui ne condamnerait pas la Russie.  De fait, les autres membres du « camp occidental » ont été forcés d’obtempérer, a constaté le représentant, regrettant qu’en conséquence, le Conseil se soit engagé dans la politique et les accusations réciproques plutôt que de résoudre les aspects humanitaires de cette crise.  Déplorant à cet égard que les pays occidentaux aient déclaré de façon infondée que les membres du Conseil de sécurité ne pouvaient s’entendre sur un projet de résolution humanitaire présenté par la Fédération de Russie, il a dit mettre au vote un texte reposant sur la proposition franco-mexicaine mais « dénué de toute politisation », comme c’est le cas d’ordinaire pour les résolutions humanitaires du Conseil.  Il a invité ceux qui continuent d’émettre des « spéculations cyniques » sur la situation humanitaire en Ukraine à voter pour ce projet de résolution qui, selon lui, pourrait aider grandement les acteurs humanitaires sur le terrain. 

« Une fois de plus, la Russie tente d’utiliser ce Conseil pour couvrir ses actions brutales », a déploré Mme LINDA THOMAS-GREENFIELD (États-Unis), estimant « inadmissible » que ce pays ait « l’audace » de présenter une résolution demandant à la communauté internationale de résoudre une crise humanitaire que la Russie a elle-même créée.  Les États-Unis ont l’intention de s’abstenir sur ce texte, a-t-elle annoncé, parce que la Russie ne se soucie pas de la détérioration des conditions humanitaires, ni des millions de vies et de rêves que la guerre a brisés.  « Si elle s’en souciait, elle cesserait de se battre. »  La Russie est l’agresseur, l’attaquant, l’envahisseur -la seule partie en Ukraine engagée dans une campagne de brutalité contre le peuple ukrainien- et elle veut que « nous adoptions » une résolution qui ne reconnaît pas sa culpabilité, s’est-elle emportée.

« Nous avons tous vu les vidéos omniprésentes de millions de femmes et d’enfants ukrainiens fuyant pour sauver leur vie.  Nous avons vu les images de femmes enceintes ensanglantées portées hors des décombres, y compris une mère et son bébé qui sont morts tragiquement il y a deux semaines », a détaillé la représentante, énumérant en outre le bombardement de jardins d’enfants, d’orphelinats et de couloirs humanitaires; des attaques visant des immeubles d’habitation, des gazoducs et des conduites d’eau, ainsi qu’une centrale nucléaire en plus de tirs sur des personnes faisant la queue pour manger.  « Nous avons vu des villes assiégées, des cadavres dans les rues et des journalistes tués dans des tirs croisés.  Nous avons vu les bombardements des forces de Putin tuer un survivant de l’Holocauste âgé de 96 ans à Kharkiv, en Ukraine. »  Et si nous devons croire la désinformation de la Russie, ce sont tous des décors de films avec des acteurs, a-t-elle ironisé.

Mme Thomas-Greenfield a estimé que la Russie tente de rendre ce Conseil complice de « ses fabrications peu convaincantes » et continue de l’empêcher de remplir son mandat.  Les États-Unis sont aux côtés du peuple ukrainien, comme l’écrasante majorité des États Membres de l’ONU est aux côtés de l’Ukraine, a-t-elle noté.  Elle a prédit que, « comme le vote d’aujourd’hui le montrera », les efforts « fallacieux » de la Russie pour nier la vérité de ses actions continueront à échouer.  Remerciant la Présidente du Conseil d’avoir offert un moment de silence pour « l’incroyable Madeleine Albright », la diplomate a voulu terminer par une citation de l’ancienne Secrétaire d’État qui un jour a prévenu: « Croyez-en l’expérience de quelqu’un qui a fui le rideau de fer, je sais ce qui se passe quand on donne le feu vert aux Russes ».  Et c’est ce que nous ferions aujourd’hui, si nous adoptions cette résolution! a-t-elle averti.

Déclarations après le vote

M. NICOLAS DE RIVIÈRE (France) a expliqué n’avoir pas voté en faveur du projet de résolution de la Fédération de Russie, parce que ce texte constitue une manœuvre de Moscou pour légitimer son agression contre l’Ukraine.  Il a accusé la Russie de chercher à imposer des réalités alternatives et à instrumentaliser ce Conseil.  Si la Russie se préoccupe tant du sort des populations civiles, elle n’a qu’une seule chose à faire: arrêter son offensive et retirer ses troupes d’Ukraine, a affirmé M. de Rivière avant de reprocher à la Russie de chercher à obtenir du Conseil de sécurité un blanc-seing pour lui permettre de poursuivre sa guerre. 

Selon le représentant, le résultat du vote indique très clairement que les membres du Conseil n’entendent pas laisser la Russie instrumentaliser les Nations Unies et le droit international humanitaire.  Il a aussi indiqué que la France et le Mexique ont négocié de bonne foi un projet de résolution au Conseil de sécurité, avec l’objectif d’obtenir une cessation immédiate des hostilités et d’apporter des réponses concrètes à la catastrophe humanitaire qui se déroule en Ukraine.  Il a regretté qu’en raison de « l’obstruction russe », cette initiative a été portée à l’Assemblée générale qui « doit jouer son rôle et demander une cessation immédiate des hostilités ».

Mme BARBARA WOODWARD (Royaume-Uni) a souligné que, depuis que la Russie a envahi l’Ukraine, il y a 27 jours, 3,5 millions de réfugiés et 6,5 millions de personnes ont dû quitter leurs foyers, tandis que 12 millions d’Ukrainiens ont besoin d’aide humanitaire.  Dans la ville de Marioupol, la Russie a pilonné une maternité et un théâtre où des enfants s’étaient réfugiés face aux attaques, et plus de 200 000 personnes sont sous un siège médiéval, a-t-elle déploré.  « Le Royaume-Uni ne nourrit aucun doute quant au fait qu’une crise humanitaire se trame en Ukraine. »  Rappelant que son pays a fourni une aide humanitaire d’urgence à hauteur de 400 millions de livres pour subvenir aux besoins immédiats, la représentante a invité à se souvenir que « notre première allégeance, c’est à l’égard des êtres humains ».  Dès lors, le Royaume-Uni ne votera jamais pour une résolution, que ce soit ici ou ailleurs, qui ne reconnaîtrait pas que la Russie est la seule origine de cette catastrophe humanitaire, s’est impatientée la déléguée britannique.

M. FERIT HOXHA (Albanie) a déclaré que la source de la crise humanitaire en cours en Ukraine est l’agression injustifiée de ce pays par la Fédération de Russie.  « Nous ne sommes pas tombés dans le piège et n’avons pas succombé à ce subterfuge », a ajouté le représentant avant de préciser que la Russie pouvait protéger les civils en respectant les conventions de Genève.  « Si la Fédération de Russie est soucieuse de sa responsabilité de protéger, elle doit cesser cette agression et rentrer chez elle », a-t-il affirmé.  Parce que la Russie est la seule responsable de cette crise humanitaire qu’elle a créée, elle ne peut prétendre partager cette responsabilité avec l’Ukraine.  Il a ensuite indiqué n’avoir pas pu voter en faveur de ce texte qui est « une hypocrisie ». 

M. HAROLD ADLAI AGYEMAN (Ghana) a indiqué s’être abstenu parce qu’il ne pense pas que le projet de résolution soumis au vote du Conseil est le reflet de la communauté internationale face à la calamité humanitaire en Ukraine.  Il a notamment regretté que le texte ne fasse pas mention d’un appel à un cessez-le-feu immédiat, condition nécessaire pour qu’une action humanitaire impartiale puisse avoir lieu.  Constatant que le consensus n’a pas été possible sur ce projet de résolution, il a toutefois rappelé que le Conseil de sécurité n’est pas le seul organe qui peut agir.  Après avoir salué le travail des entités onusiennes qui aident à l’acheminement de l’aide à ceux qui en ont besoin, il a engagé les parties à reprendre la voie de la diplomatie et du dialogue pour mettre fin à ce conflit. 

M. JUAN RAMÓN DE LA FUENTE RAMÍREZ (Mexique) a expliqué son abstention en parlant d’abord du processus.  Il a rappelé que pendant plusieurs semaines, la France et le Mexique ont mené des consultations transparentes sur un projet de texte à vocation purement humanitaire.  Ce processus a permis un échange franc dans le but de parvenir à un texte équilibré, a argué le représentant tout en signalant que, après lesdites consultations, les conditions n’étaient pas réunies pour parvenir à l’accord souhaité.  « Étonnamment, c’est à partir du 14 mars », date à laquelle la France et le Mexique ont annoncé vouloir soumettre ce projet de texte à l’Assemblée générale, que la Fédération de Russie a dit vouloir soumettre son propre texte au Conseil de sécurité, a noté le représentant.  Il a reproché à la Fédération de Russie que son projet, mis en bleu le 16 mars, ne tenait nullement compte des recommandations et positions contenues dans le projet initialement mis au point par la France et le Mexique.  Le projet modifié ne fait pas mention de l’Article 2.4 de la Charte des Nations Unies, ni d’une cessation sans équivoque des hostilités, a souligné le délégué du Mexique en faisant observer qu’il s’agit de deux conditions essentielles pour assurer un acheminement humanitaire sûr.  Il a assuré que le Mexique reste ouvert à un dialogue franc et constructif pour « garantir les conditions favorables à un acheminement humanitaire sans entrave sur le terrain ».  La priorité est l’action humanitaire, la protection des civils et le respect du droit international humanitaire, a-t-il conclu.

M. MARTIN GALLAGHER (Irlande) a estimé que le projet de résolution déposé par la Fédération de Russie ne contribuait pas à atténuer la souffrance du peuple ukrainien.  C’est la raison pour laquelle son pays s’est abstenu, a-t-il expliqué en relevant aussi que cette résolution n’appelait pas à une cessation immédiate des hostilités.  Il s’agit, pour le représentant, d’un détournement cynique du système multilatéral par « l’agresseur ».  Si la Fédération de Russie souhaite agir pour atténuer les souffrances humanitaires des Ukrainiens, alors elle doit mettre fin à la guerre maintenant, s’est exclamé le délégué.

Mme MONA JUUL (Norvège) a déclaré qu’une partie à un conflit ne pouvait s’attendre à être perçue comme neutre au Conseil de sécurité et ne devrait pas, dans l’esprit de la Charte des Nations Unies, être l’auteur de projets de textes du Conseil, ni participer à un vote relatif à un conflit auquel elle est partie.  « Et personne ne peut douter du statut de la Fédération de Russie en tant que partie », a insisté la représentante, avant de s’étonner que, réunion après réunion, la Russie « attende que nous acceptions ses récits, rapports et opinions comme s’ils venaient d’une partie neutre ». 

Alors que la Russie poursuit son invasion répréhensible de l’Ukraine depuis un mois, que des civils sont attaqués, blessés et tués, et que des maisons, écoles et hôpitaux sont bombardés par la Russie, « ce que nous avons devant nous n’est pas un projet de résolution humanitaire neutre et équilibré, c’est une diversion », a dénoncé la représentante.  Mme Juul a ajouté que la guerre menée par la Russie contre un État Membre de l’ONU est une violation manifeste de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine, du droit international et des principes de la Charte des Nations Unies.  « Si la Fédération de Russie se soucie de la protection des civils en Ukraine, elle peut arrêter sa guerre insensée; c’est le moyen de mettre fin à une catastrophe humanitaire en Ukraine; la Russie peut mettre fin à cette guerre, elle doit le faire maintenant », a conclu la représentante.

M. JOÃO GENÉSIO DE ALMEIDA FILHO (Brésil) a estimé qu’en tant qu’organe principal chargé de la paix et de la sécurité internationales, le Conseil de sécurité devrait pouvoir traiter de la crise en Ukraine malgré les points de vue divergents de ses membres.  Selon lui, une résolution humanitaire ne devrait pas refléter une vue partiale du conflit mais plutôt créer les conditions d’une évacuation des civils et d’un accès sûr et sans entrave de l’aide humanitaire, entre autres éléments.  Un appel à l’arrêt immédiat des hostilités devrait également faire partie intégrante d’un tel texte humanitaire, élaboré à l’issue d’un processus constructif tenant compte de l’avis de tous les membres du Conseil.  Or, bien qu’il présente beaucoup d’éléments importants pour la protection des civils, le projet de résolution déposé par la Fédération de Russie ne fait pas allusion à la cessation des hostilités.  C’est pourquoi le Brésil s’est abstenu, a indiqué le représentant, regrettant également que le texte ne mentionne pas non plus l’obligation de proportionnalité et d’humanité. 

M. ZHANG JUN (Chine), qui a soutenu le projet de résolution, a constaté à regret la détérioration de la situation humanitaire en Ukraine et les effets dans les pays voisins, ce qui inquiète la communauté internationale.  « Il est déchirant de voir les informations quotidiennes », a-t-il dit avant d’appeler à tout faire pour éviter des victimes civiles.  Pour la Chine, c’est aussi au Conseil de sécurité de jouer son rôle dans le dossier humanitaire en Ukraine.  Le représentant a dit que la Chine, qui a présenté un projet humanitaire en six points, accueille toute initiative constructive en ce sens.  Il a également assuré que son pays a été activement impliqué dans les consultations sur le projet de texte humanitaire et qu’il regrette que le Conseil de sécurité n’ait pas été en mesure de parvenir à un accord le plus large possible. 

À l’instar de la communauté internationale, la Chine a appelé à un cessez-le-feu, a-t-il rappelé.  Le délégué a réitéré son appel à la communauté internationale pour qu’elle accorde toute son attention à la situation humanitaire en Ukraine, en mettant l’accent notamment sur les couloirs d’évacuation des réfugiés.  Il a appelé le Bureau pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) à mobiliser la communauté internationale pour lever les moyens nécessaires à l’aide humanitaire.  La Chine est favorable à une action humanitaire responsable, a souligné le représentant.  Il a par ailleurs rappelé que la Chine a toujours insisté sur le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine.  La crise ukrainienne est un défi de taille pour le monde, a constaté le représentant, et les parties concernées doivent faire preuve de la volonté politique requise et de retenue pour parvenir à une solution négociée.  À long terme, il va falloir dépasser la mentalité de guerre froide et de bloc, a-t-il ajouté en invitant à repenser l’architecture sécuritaire de l’Europe.

M. MICHEL XAVIER BIANG (Gabon) a dit croire aux valeurs de base du droit humanitaire, soulignant que celles-ci ne doivent pas être combinée avec des postures politiques.  Il a indiqué que sa délégation s’abstiendra chaque fois que le droit humanitaire est « instrumentalisé à des fins inavouées », alors qu’il doit, au contraire, « être l’objet du consensus permanent de l’espèce humaine ».

M. VASILY NEBENZIA (Fédération de Russie) a déclaré que le vote a braqué les projecteurs sur tous ceux qui privilégient la politisation du dossier humanitaire au détriment de l’acheminement de l’aide.  Il s’est interrogé sur les motifs réels de l’abstention des États-Unis: « est-ce pour ne pas employer votre droit de veto? ».  Il s’est également étonné que le Mexique ait laissé entendre que la mise aux voix demandée par la Russie était inattendue.  Il a aussi ironisé sur le projet de résolution franco-mexicain, et proposé de se pencher sur les tactiques employées par les Occidentaux pour empêcher le Conseil de s’engager.  

Le représentant a ensuite fait observer que le projet russe appelait à un régime de cessez-le-feu, à la mise en place d’un couloir humanitaire, et à une garantie de passage sans entrave hors de l’Ukraine de tous ceux qui le souhaitent, sans discrimination.  Il appelait également à ne pas attaquer les infrastructures critiques, à ne pas placer d’artillerie lourde dans les zones densément peuplées, à la garantie de la protection des travailleurs humanitaires, au traitement humain des détenus, et à la protection des populations civiles, entre autres.  Et pourtant, vous avez refusé d’appuyer ce texte pour des raisons politiques, a-t-il déploré.

Au lieu de cela, on entend dire que la Russie se prépare à utiliser des armes chimiques et biologiques en Ukraine, a poursuivi le représentant, dénonçant des accusations « inimaginables » et « indignes ».  « Nous n’avons pas besoin d’armes chimiques et biologiques pour mener le combat », a-t-il déclaré, assurant que de telles armes ont été détruites il y a fort longtemps.

Selon le délégué russe, l’absence de résolution ne contribue qu’à compliquer la situation des humanitaires sur le terrain et permet à Kiev d’ignorer les appels à un cessez-le-feu.  Il a ensuite accusé Kiev d’utiliser sa population comme bouclier humain et d’abriter des armes lourdes dans des hôpitaux et des crèches.  Pour sa part, a-t-il assuré, la Russie s’efforcera de résoudre la situation humanitaire, comme elle l’a fait dans le Donbass « dont vous préférez oublier la souffrance ». 

Appelant à ne pas politiser les questions humanitaires, M. Nebenzia a déploré l’échec à adopter le projet russe qui aurait permis, selon lui, de régler les défis humanitaires en Ukraine.  La Russie et « tous ceux qui le souhaitent vraiment » feront tout leur possible pour soulager les souffrances des populations civiles, a-t-il dit. 

Mme LANA ZAKI NUSSEIBEH (Émirats arabes unis) s’est félicitée du dialogue entre les Nations Unies, l’Ukraine et la Fédération de Russie qui a permis au premier convoi humanitaire d’arriver dans l’est du pays.  C’est précisément ce type de coordination que nous appelons de nos vœux et souhaitons rapidement formaliser, a-t-elle dit.  Cependant, elle a rappelé que le Conseil de sécurité a un rôle crucial à jouer dans le droit fil de sa responsabilité de maintien de la paix et de la sécurité internationales, devant apporter une réponse à la crise.  La représentante a dit avoir examiné avec soin tous les projets de textes, dont celui de la Fédération de Russie, en expliquant être d’accord avec des dispositions telles que celles sur un accès sans entrave de l’aide humanitaire.  Si les Émirats arabes unis se sont abstenus, a-t-elle expliqué, c’est parce qu’ils auraient aimé, un mois après le début du conflit, voir dans le texte un appel à la cessation des hostilités.  En conclusion, la représentante a demandé que le Conseil se montre à la hauteur en adoptant un texte de compromis comportant des éléments sur lesquels ses membres peuvent tomber d’accord, notamment un appel aux parties pour qu’elles respectent leurs obligations en droit international humanitaire, par exemple au regard des blessés, des malades et des disparus.  Nous devons aider tous ceux qui sont dans le besoin sur le terrain.

La représentante des États-Unis a repris la parole pour répondre à la Fédération de Russie, qui s’était interrogée sur les motifs de l’abstention de la délégation américaine et de son non-recours au veto.  La résolution soumise ne méritait pas de recourir au droit de veto, a-t-elle tranché, observant que l’abstention de 13 des 15 membres du Conseil était suffisante pour que le projet de résolution ne soit pas adopté.  Nous n’avions pas besoin de cette « résolution risible », a-t-elle ajouté, avant de rappeler que son pays a déjà versé 7 millions de dollars d’aide à l’Ukraine et continuera à soutenir ce pays ainsi que ses voisins.

À son tour, le représentant du Mexique a souhaité trouver des solutions constructives grâce à un dialogue franc pour que le Conseil de sécurité puisse contribuer à l’acheminement humanitaire en Ukraine. 

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