Aller au contenu principal
SC/14480

Conseil de sécurité: sans une « nouvelle » vision régionale des solutions aux facteurs des conflits en RDC, notre travail restera vain, prévient la Cheffe de la MONUSCO

Dans ce qui était aujourd’hui sa première apparition au Conseil de sécurité en tant que Représentante spéciale du Secrétaire général et Cheffe de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO), Mme Bintou Keita a prévenu: sans une nouvelle vision régionale et une plateforme commune pour trouver des solutions non militaires aux facteurs transfrontaliers des conflits en RDC, le travail de la Mission avec ses partenaires gouvernementaux ne sera pas viable. 

Par visioconférence, la Représentante spéciale du Secrétaire général a d’abord informé le Conseil des consultations qu’elle a eues avec les principaux dirigeants et acteurs politiques et de la société civile congolaise, et de ses visites dans les provinces de l’est et du Kasaï afin d’y rencontrer les équipes de la MONUSCO et évaluer les progrès dans la mise en œuvre du mandat et les défis à venir. 

Les 33 prochains mois qui nous séparent des échéances électorales, a-t-elle estimé, se présentent comme une route qu’il faut emprunter ensemble avec les autorités et la population congolaises.  Le nouveau Gouvernement du Premier Ministre Jean Michel Sama Lukonde Kyenge devra agir rapidement sur la réforme des Forces de défense et de police congolaises, la protection efficace des civils aux niveaux national et provincial, la mise en œuvre d’un programme de désarmement, démobilisation, réintégration (DDR) communautaire efficace et durable, le renforcement des systèmes de justice civile et militaire, le soutien à la justice transitionnelle et le lancement des préparatifs du cycle électoral de 2023. 

Le Gouvernement, a insisté Mme Keita, devra répondre aux besoins « immenses et urgents » en matière de sécurité, d’aide humanitaire et de développement.  Pour la Cheffe de la MONUSCO, la rupture avec les politiques « intenables » du passé et la mise en œuvre de processus durables sont nécessaires pour démanteler les groupes armés et assurer la capacité des Forces de sécurité congolaises à assumer pleinement la responsabilité de la protection des civils.  Elle a prévenu que sans une nouvelle vision régionale et une plateforme commune pour trouver des solutions non militaires aux facteurs transfrontaliers des conflits, « qu’il s’agisse de groupes armés étrangers ou de commerce illicite des ressources naturelles », le travail de la Mission avec ses partenaires gouvernementaux ne sera pas viable. 

La Représentante spéciale a attiré l’attention sur l’engagement du Président congolais, M. Félix Tshisekedi, qui est également Président en exercice de l’Union africaine, à améliorer les relations avec les voisins de la RDC, « ce qui demeure d’une importance vitale pour la stabilisation des provinces orientales du pays et pour assurer la paix et la sécurité dans toute la sous-région ».  Au nom du Kenya, de la Tunisie et de Saint-Vincent-et-les Grenadines (A3+1), le Niger a vu « des initiatives encourageantes » dans la réunion des responsables de la sécurité du Rwanda et de la RDC sur le renforcement de la coopération dans la lutte conjointe contre les groupes armés et dans celle entre le Président Tshisekedi et des responsables ougandais de la sécurité.  

Les États-Unis ont particulièrement appelé les pays de la région à élaborer des stratégies intégrées et holistiques pour mettre fin au financement et au recrutement extérieurs des Forces démocratiques alliées (ADF).  Ils n’ont pas manqué de rappeler qu’ils ont dûment désigné les ADF comme une « organisation terroriste étrangère ».  Il faut, a renchéri le Royaume-Uni, utiliser tous les moyens à notre disposition pour empêcher les groupes d’accéder aux armes, de faire du commerce ou de gagner de l’argent, voire de bénéficier d’une protection politique. 

Avec l’aide des partenaires régionaux et internationaux, la paix et la stabilité peuvent devenir une réalité et le riche potentiel économique de la région peut être exploité, ont estimé les États-Unis qui ont encouragé l’Envoyé spécial des Nations Unies pour la région à faire pression sur les acteurs régionaux pour qu’ils améliorent la gouvernance, renforcent l’état de droit et promeuvent les droits de l’homme. 

Mais après 20 ans de présence de la MONUSCO, la paix se fait toujours attendre, s’est impatientée Mme Sandrine Lusumba, Coordonnatrice exécutive de Solidarité féminine pour la paix et le développement intégral (SOFEPADI).  Le récent assassinat de l’ambassadeur d’Italie dans une embuscade au Nord-Kivu est un signe « éloquent » de la fragilité sécuritaire dans cette partie du pays et la situation n’est guère meilleure en Ituri, a-t-elle rappelé.  La recrudescence des attaques des ADF et la poursuite des violences intercommunautaires sont particulièrement inquiétantes, a avoué la France, qui a voulu que la concentration de la MONUSCO à l’est se poursuive. 

La République démocratique du Congo (RDC) a surtout insisté sur une meilleure coordination de l’action de la Représentante spéciale avec sa stratégie nationale.  Il convient de s’assurer que les stratégies se complètent « harmonieusement », a-t-elle ajouté, estimant urgent que le Ministère de la défense et la MONUSCO décident d’un nouvel arrangement technique définissant les domaines d’intervention.  Pour ce qui est du retrait progressif et échelonné de la MONUSCO, la RDC a jugé nécessaire que les modalités soient conformes aux paramètres agréés et aux données quantifiables, notamment pour les étapes de transition.  Toutes les délégations ont demandé que l’on réfléchisse à ce retrait sur la base de l’évolution de la situation sur le terrain. 

Ma priorité, a précisé la Représentante spéciale, est la mise en œuvre d’une stratégie de retrait, en vue d’améliorer la capacité du Gouvernement à assurer la protection des civils, en particulier dans les zones de conflit.  Elle s’est réjouie d’un processus de retrait qui a créé des possibilités d’accroître la coopération entre l’ONU et ses partenaires dans le cadre de l’approche humanitaire-développement-paix.  Mme Keïta a aussi cité comme priorités les missions de bons offices et les stratégies politiques pour soutenir à la fois la protection des civils et les efforts de stabilisation; la lutte contre l'impunité; et le soutien au leadership régional et continental de la RDC pour renforcer la paix et la stabilité dans la région des Grands Lacs. 

Mme BINTOU KEITA, Représentante spéciale du Secrétaire général et Cheffe de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO), a informé d’emblée le Conseil de sécurité des consultations qu’elle a eues avec les principaux dirigeants et acteurs politiques et de la société civile congolaise, et de ses visites dans les provinces de l’est et du Kasaï afin d’y rencontrer les équipes de la Mission, et évaluer les progrès dans la mise en œuvre du mandat et les défis à venir.

Le premier constat, a dit Mme Keita, est que le pays a déjà les yeux tournés vers les élections de 2023.  Le processus électoral représente une nouvelle étape critique de la transition démocratique, de la consolidation institutionnelle et de la stabilisation du pays.  Selon elle, le remaniement de la coalition au pouvoir au cours des trois derniers mois informe déjà des positionnements politiques, des propositions de réforme à l’agenda de la rentrée parlementaire et du débat public.  Le Premier Ministre désigné M. Jean Michel Sama Lukonde Kyenge a dit que la préparation des élections de 2023 constitue l’une des priorités du Gouvernement à venir, a informé la Cheffe de la MONUSCO.

Mme Keita a estimé que les 33 prochains mois qui nous séparent de ces échéances électorales se présentent comme une route qu’il faut emprunter ensemble avec le Gouvernement et la population congolaise, en redoublant d’énergie et d’efficacité pour franchir les obstacles et relever les défis afin de poursuivre la consolidation démocratique du pays et de ses institutions, et d’avancer vers la stabilisation de l’est et les réformes nécessaires. 

La première opportunité est la formation du nouveau Gouvernement, une ouverture pour faire avancer la gouvernance et les réformes institutionnelles, qui auront un impact direct sur le règlement pacifique des conflits dans l’est.  Le nouveau Gouvernement devra agir rapidement sur la réforme des forces de défense et de police congolaises, la protection efficace des civils aux niveaux national et provincial, la mise en œuvre d’un programme de désarmement, démobilisation, réintégration (DDR) communautaire efficace et durable, le renforcement des systèmes de justice civile et militaire, le soutien à la justice transitionnelle et le début des préparatifs du cycle électoral de 2023.  

La Cheffe de la MONUSCO a rappelé aux parties prenantes congolaises la nécessité d’agir dans le cadre constitutionnel et d’organiser les élections de manière inclusive, dans le respect du calendrier électoral.  Le Gouvernement devra répondre aux besoins immenses et urgents en matière de sécurité, d’aide humanitaire et de développement et veiller à ce que les mesures nécessaires pour répondre à ces besoins ne soient pas retardées davantage. 

Le processus de retrait de la MONUSCO a créé des possibilités d’accroître la coopération entre l’ONU et ses partenaires dans le domaine de l’état de droit et dans le cadre de l’approche humanitaire-développement-paix visant à réduire les besoins humanitaires et la vulnérabilité de la population, contribuant ainsi à la stabilisation et au développement durable.  

Des approches similaires devraient être utilisées dans les Kivus et l’Ituri dans les domaines du maintien de la paix, en vue d’accélérer les progrès vers le règlement des conflits.  La Banque mondiale et l’Union européenne sont intervenues, en appuyant les programmes communautaires de DDR et de résilience, et ceux des infrastructures qui renforceront la capacité de l’État à étendre son autorité et à assurer la protection dans les zones de conflit.  Dans le même temps, le Fonds pour la consolidation de la paix soutient la réconciliation et la cohésion sociale, la gouvernance locale inclusive, la réintégration communautaire des ex-combattants et des solutions durables pour les populations déplacées, a ajouté Mme Keita.

Pour la Cheffe de la MONUSCO, le retrait de la Mission des Kivus et de l’Ituri n’est pas envisagé, compte tenu des défis extrêmement graves en matière de sécurité, de protection et d’aide humanitaire.  Au contraire, la Mission et de l’équipe de pays s’efforcent de soulager les souffrances inacceptables de la population congolaise. 

Pour faire taire les armes, il n’y a pas de solution militaire, mais des stratégies politiques, a insisté la Représentante spéciale.  Ces stratégies doivent répondre aux nombreux besoins de l’appareil sécuritaire et aux défis sous-jacents de l’insécurité foncière, de la transparence et de la responsabilité dans le secteur minier.  L’objectif principal de l’effort doit être politique.  La mise en œuvre des stratégies provinciales est cruciale à cet égard car elle est liée à la planification du retrait échelonné de la Mission et comprend la nécessité de neutraliser les « trafiquants », ces réseaux nationaux et locaux qui appuient les activités des groupes armés et profitent d’une économie de guerre. 

Pour Mme Keita, la rupture avec les politiques intenables du passé et la mise en œuvre de processus durables sont nécessaires pour démanteler les groupes armés et assurer la capacité des forces de sécurité congolaises à assumer pleinement la responsabilité de la protection des civils.  La dimension régionale est également importante à cet égard.  Sans une nouvelle vision régionale et une plateforme commune pour trouver des solutions non militaires aux facteurs transfrontaliers des conflits, qu’il s’agisse de groupes armés étrangers ou de commerce illicite des ressources naturelles, le travail de la Mission avec ses partenaires gouvernementaux ne sera pas viable, a prévenu la Représentante spéciale.  

Elle a aussi demandé de profiter du fait qu’en tant Président de l’Union africaine, M. Félix  Tshisekedi montre son engagement et celui de la région à faire taire les armes « une fois pour toutes », dans cette partie du continent.  Il est essentiel que de soutenir cet engagement afin d’ancrer résolument et définitivement la région des Grands Lacs dans une dynamique de paix, de sécurité et de développement économique régional inclusif et durable.  la Cheffe de la MONUSCO a insisté sur l’engagement  du Président Tshisekedi à améliorer les relations avec les voisins de la RDC, ce qui demeure d’une importance vitale pour la stabilisation des provinces orientales du pays et pour assurer la paix et la sécurité dans toute la sous-région.

Mme Keita a enfin rappelé ses priorités à la tête de la MONUSCO: les missions bons offices et les stratégies politiques pour soutenir à la fois la protection des civils et les efforts de stabilisation, notamment par des réformes du secteur de la sécurité, et la poursuite de la lutte contre l’impunité; le soutien au leadership régional et continental de la RDC pour renforcer la paix et la stabilité dans la région des Grands Lacs; et la mise en œuvre d’une stratégie de retrait de la Mission en vue d’améliorer la capacité du Gouvernement à assurer la protection des civils, en particulier dans les zones de conflit. 

Mme SANDRINE LUSUMBA, Coordonnatrice exécutive de Solidarité féminine pour la paix et le développement intégral (SOFEPADI), organisation congolaise de défense et de promotion des droits des femmes, a jugé utile d’examiner les 20 années de présence de la MONUSCO sur le terrain alors qu’est préparé son retrait progressif et échelonné.  Après 20 ans, a-t-elle souligné, les attentes de la population congolaise restent élevées, notamment en matière d’ouverture de l’espace démocratique.  Mme Lusumba a salué les efforts déployés sur ce plan, qui méritent d’être encouragés afin de promouvoir des médias libres et une opposition constructive en RDC.   Elle a toutefois constaté que les activités des groupes armés, notamment dans l’est du pays, ainsi que les conflits communautaires constituent une menace constante pour la sécurité de la population civile, contrainte à des déplacements permanents.  La durée de ces conflits exige, selon elle, une réponse rapide et coordonnée entre les acteurs militaires et civils, y compris au niveau régional. 

Compte tenu des défis sécuritaires auxquels est confrontée la RDC, en particulier au Nord-Kivu, la MONUSCO est régulièrement critiquée pour sa capacité limitée à protéger les civils, a encore observé Mme Lusumba, rappelant que la réputation de la Mission a été entachée par des cas d’abus, y compris des violences sexuelles.  Toutefois, a-t-elle relevé, bien que l’ONU ait pris des mesures disciplinaires à l’encontre des auteurs de ces abus, les poursuites pénales sont rarement engagées par les États contributeurs de troupes. 

Le renouvellement du mandat de la MONUSCO en décembre 2020 semblait porteur d’un espoir de retour de la paix dans l’est de la RDC, mais aucun changement significatif n’a été enregistré, a-t-elle déploré, notant au contraire que l’activisme des groupes armés augmente et que l’insécurité persiste.  À ses yeux, le récent assassinat de l’ambassadeur d’Italie dans une embuscade au Nord-Kivu est un signe éloquent de la fragilité sécuritaire dans cette partie du pays, où des informations font également état de massacres de femmes à l’arme blanche.  La situation n’est guère meilleure en Ituri, où les conflits armés et les tensions communautaires continuent d’entraÎner des déplacements massifs de populations, a poursuivi la militante, non sans évoquer les conditions de vie médiocres dans les camps de déplacés et l’apparition d’enfants mendiants dans plusieurs villes de cette province. 

Face à cette situation, a poursuivi Mme Lusumba, le Conseil de sécurité doit donner la priorité aux moteurs du conflit en assurant des approches sensibles au genre pour promouvoir la réconciliation communautaire, la gouvernance des ressources naturelles et la prévention des conflits.  Il doit également surveiller les attaques et les menaces visant les femmes chargées de la consolidation de la paix, mais aussi les femmes politiques et les activistes et défenseurs des droits humains dans le cadre des processus d’alerte précoce.  Le Conseil doit par ailleurs veiller à ce que le processus de transition tienne compte de la problématique hommes-femmes via des consultations régulières avec des organisations féminines, à tous les stades de la planification du retrait de la MONUSCO. 

La Coordonnatrice exécutive de SOFEPADI a également souhaité que le Conseil s’assure que toutes les entités et experts des Nations Unies en RDC, y compris la Représentante spéciale, publient des déclarations pour condamner la rhétorique de violence et les mesures de répression contre la société civile.  Enfin, elle l’a appelé à encourager, dans le cadre de la justice transitionnelle, la création de chambre mixtes spécialisées pour la poursuite des crimes internationaux et la présentation à la justice des rapports d’experts sur les violences sexuelles, conformément à la résolution de septembre 2019 du Conseil des droits de l’homme.  

La France a condamné les attaques récurrentes contre les civils et les forces armées dans les  Kivu et en Ituri.  La recrudescence des attaques du groupe « Forces démocratiques alliées » et la poursuite des violences intercommunautaires sont particulièrement inquiétantes, a-t-elle jugé, ajoutant que la concentration de la MONUSCO à l’est doit se poursuivre pour protéger les civils et soutenir la présence de l’État.  C’est là que les causes profondes des conflits doivent être traitées, a estimé la France, ajoutant que cela passe par la promotion du dialogue intercommunautaire, la lutte contre les discours de haine qui attisent les tensions entre communautés, la poursuite des efforts contre l’exploitation illégale des ressources naturelles et la coopération entre les États de la région des Grands Lacs.  Il faut aussi donner des perspectives à ceux qui ont rendu les armes, en mettant en œuvre des programmes décentralisés de désarmement, démobilisation et réintégration, a-t-elle préconisé. 

Sur le plan humanitaire, la France a déclaré que la RDC peut compter sur son soutien pour surmonter la crise sanitaire via le Mécanisme COVAX, dont l’équipe Europe est un des grands bailleurs de fonds.  Alors que l’insécurité alimentaire s’accroît et que des nouveaux cas d’Ebola sont apparus, l’accès humanitaire doit être garanti et les attaques contre le personnel humanitaire, cesser, a demandé la délégation.  La France a aussi salué les avancées en matière de  lutte contre l’impunité, dont témoigne la condamnation le 12 janvier dernier d’un milicien pour crimes contre l’humanité.  Les droits de l’homme doivent par ailleurs être respectés, y compris par les forces de sécurité, a-t-elle martelé.

Pour la France, la constitution du groupe de travail conjoint entre les autorités congolaises et les Nations Unies sur la transition est indispensable.  Les capacités nationales doivent en même temps être consolidées par un plan de réforme du secteur de la sécurité, le renforcement de la Police nationale et des moyens de la justice, a—t-elle suggéré.  La Présidence congolaise de l’Union africaine doit aussi être l’occasion d’accompagner la région des Grands Lacs sur la voie de la paix, a espéré la France.  Elle a demandé à la MONUSCO d’adapter son dispositif pour toujours mieux protéger les civils, en coordination étroite avec les Forces armées congolaises.  À cet égard, la mise en œuvre de la reconfiguration de la brigade d’intervention de la Force doit se poursuivre dans les meilleurs délais.

« Trois mois après l’adoption de la stratégie de retrait progressif de la MONUSCO », la Norvège a mis l’accent sur trois priorités.  Premièrement, elle s’est dite particulièrement préoccupée par les défis dans la protection des civils et la situation humanitaire dans l’est de la RDC.  Elle a exhorté tous les acteurs à respecter leurs obligations, du droit humanitaire international et des droits de l’homme.  Elle a aussi exhorté les autorités à redoubler d’efforts pour que les auteurs de violences, notamment de violences sexuelles, rendent des comptes à la justice.  Le Gouvernement congolais, a-t-elle insisté, doit intensifier ses efforts pour mettre en œuvre le plan d’action contre la violence sexuelle.  Notant que près de 20 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire en RDC, la Norvège a jugé essentiel de protéger les agents humanitaires.

Deuxièmement, pour assurer un retrait durable et un recalibrage de la MONUSCO, les femmes et la société civile doivent être incluses à tous les niveaux du processus de prise de décisions, a insisté la Norvège, avant de saluer les efforts déployés pour mettre en place un nouveau cadre national de désarmement, de démobilisation et de réintégration.  Elle s’est félicitée de la création d’un réseau de femmes médiatrices en RDC et a dit attendre avec intérêt la mise en œuvre du plan d’action de la RDC pour les femmes, la paix et la sécurité.

Enfin, la Norvège a encouragé la RDC, les pays voisins, les acteurs régionaux et l’ONU, à s’attaquer ensemble aux causes profondes des conflits.  Elle a attiré l’attention sur le fait que la déforestation illégale et la dégradation des ressources naturelles ont entraîné une perte des richesses nationales, ainsi qu’une réduction des pluies, de la sécurité alimentaire et de la production d’énergie.  La Norvège a estimé que la création des conditions d’un retrait durable de la MONUSCO exigera une coordination renforcée entre cette dernière et l’équipe de pays des Nations Unies.  Elle a jugé important que cette équipe et les autorités congolaises soient prêtes à reprendre les tâches de la MONUSCO, au Kasaï d’abord à partir de juin 2021, puis au Tanganyika en 2022.  Tout le monde doit travailler, en tenant compte du lien « humanitaire-développement-consolidation de la paix », pour assurer les synergies nécessaires et un retrait responsable de la MONUSCO, a conclu la Norvège.

La Chine a qualifié de « stable » la situation dans l’ensemble en RDC, se disant tout de même préoccupée par la situation humanitaire.  Elle a insisté sur les progrès dans le domaine de la gouvernance et appelé de ses vœux la mise en place d’un nouveau gouvernement inclusif, à même de répondre aux attentes de la population et de la communauté internationale.  La violence persiste malgré les efforts de la MONUSCO, a déploré la Chine, en dénonçant l’attaque au cours de laquelle l’ambassadeur d’Italie a trouvé la mort.  Il convient, a préconisé la Chine, de travailler avec les acteurs régionaux pour rompre le cycle de la violence.  Elle a souhaité que le processus de retrait de la MONUSCO soit mené conformément à l’évolution de la situation sur terrain.  Insistant sur le renforcement du programme désarmement, démobilisation et réintégration, la Chine a par ailleurs salué le travail « remarquable » de la MONUSCO face à l’épidémie d’Ebola et la pandémie de COVID-19.

Au nom du Kenya, de la Tunisie et de Saint-Vincent-et- les Grenadines ( A3+1), le Niger a commencé par saluer l’avènement d’une nouvelle coalition en RDC, suivie de l’élection du nouveau bureau du Parlement, le 5 janvier, et de la nomination d’un nouveau  Premier  Ministre, le 14 février 2021,  « ce qui a suscité  l’optimisme ».  Il a appelé le futur gouvernement à s’attaquer  aux  véritables  problèmes des populations, à travers la mise en œuvre d’un programme de gouvernance  durable, qui permettrait d’améliorer leurs conditions de vie, de  restaurer la paix  et  la sécurité, et de relancer le développement économique et social du pays.  

Au plan  sécuritaire, il a déploré la détérioration de la situation dans l’est du pays, la tendance à la hausse des violations et abus des droits de l’homme, avec la multiplication des attaques et exactions contre les civils, et les tensions intercommunautaires.  Les autorités doivent poursuivre les enquêtes  afin de mettre fin à ces pratiques, qui  visent  en particulier les femmes et  les  enfants  en particulier.  Le Niger a salué la MONUSCO pour ses soutiens technique, financier et logistiques à la lutte contre l’impunité et à la poursuite des personnes accusées de crime de guerre, de crime contre l’humanité et d’autres violations des droits de l’homme. 

Sur le plan humanitaire, le Niger a fait part de sa préoccupation face à l’augmentation du nombre de personnes qui ont besoin de protection et d’aide humanitaire, lequel nombre est passé de 15,6 millions en 2020 à 19,6 millions en 2021.    La situation est exacerbée par la  flambée des violences dans les provinces de l’est, mais également  par  l’apparition d’un  nouveau foyer du virus Ebola  dans le Nord-Kivu.  Le Niger s’est réjoui de l’allocation par l’ONU d’une somme de 4 millions de dollars, ce qui a  facilité  les campagnes de vaccinations et la réouverture des écoles.    Il a appelé les autorités congolaises à tout mettre en œuvre pour faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire dont la sécurisation demeure une source de préoccupation.  

En termes de protection des civils, il a estimé que le renforcement des approches communautaires et du système d’alerte précoce contribuerait positivement à la sécurité et permettrait de contrer la désinformation et le sentiment anti-MONUSCO. Pour ce qui est du rétablissement de la confiance avec les pays de la région, le Niger a encouragé le partage des informations.  Il a pris note de la  tenue  à  Kigali, de la réunion des responsables de la sécurité nationale du Rwanda et de la RDC  sur le renforcement de la coopération dans la lutte conjointe contre les groupes armés, laquelle a abouti à un communiqué conjoint annonçant un plan d’action pour la paix.  Le Niger aussi noté la réunion du 18 février entre le  Président  Tshisekedi et des responsables  ougandais de la sécurité de l’Ouganda.  Le Niger a vu dans ces réunions « des initiatives encourageantes ».   

L’Irlande a déclaré que la transition politique actuelle en RDC constitue une occasion unique à saisir pour créer un élan et tracer une voie positive.  L’établissement d’une nouvelle coalition au sein du groupe « l’Union Sacrée de la Nation » a ouvert la possibilité de changement et de réforme, a estimé la mission. « Cela pourra grandement bénéficier au peuple congolais, y compris pour le renforcement de la stabilité et des systèmes de gouvernance, la lutte contre l’impunité ainsi que la lutte contre la corruption. »  La mission a estimé que l’élection du Président Tshisekedi à la présidence de l’Union africaine pourra approfondir l’engagement de celle-ci dans la région et faciliter la coopération avec d’autres organisations régionales, telles que la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs. 

L’engagement de la MONUSCO demeure vital, alors que la situation sécuritaire se détériore, notamment dans l’est du pays, a poursuivi la délégation.  Elle a salué l’utilisation aux fins de protection des civils des mécanismes d’alerte précoce et de réseaux d’alerte, combinée à un engagement des communautés.  Le retrait de la MONUSCO doit obéir à des critères et être cohérent avec la situation sécuritaire sur le terrain, a affirmé l’Irlande en espérant que cette transition sera menée en coordination avec les autres agences sur le terrain.  La manière dont la Mission conduira son retrait du Kasaï sera attentivement suivie, a prévenu l’Irlande.  Elle a ensuite condamné dans les termes les plus forts les attaques contre les travailleurs humanitaires.  « Le progrès sur le front politique est encourageant mais on ne peut pas nier qu’il reste plusieurs défis à relever par rapport à la situation sécuritaire et humanitaire », a conclu la mission, en demandant le soutien continu de la communauté internationale et « sans doute » de ce Conseil.

Le Mexique a dit suivre attentivement les changements politiques à Kinshasa, notamment la formation du nouveau Gouvernement.  Il a salué l’annonce du Président Tshisekedi selon laquelle ce gouvernement sera composé à 30% de femmes. Il s’est aussi félicité que la RDC assume cette année la présidence de l’Union africaine. La délégation s’est en revanche déclarée préoccupée par la dégradation de la situation sécuritaire dans les provinces orientales, avant de condamner l’attaque contre un convoi du PAM au Nord-Kivu, qui a coûté la vie à l’ambassadeur de l’Italie ainsi qu’à deux autres personnes.  De plus, a-t-elle constaté, la situation humanitaire en RDC, déjà critique, est aujourd’hui aggravée par la pandémie de COVID-19 et la résurgence d'Ebola.  Dans ce contexte, le Mexique considère que le mandat de protection des civils de la MONUSCO est fondamental, en raison non seulement de son travail direct de protection des communautés, mais aussi de ses efforts de stabilisation et de consolidation de la paix.

Dans la perspective d’une réduction de la présence de la Mission et du transfert de ses fonctions aux autorités nationales, le travail de renforcement institutionnel joue un rôle crucial, a souligné la délégation, prenant note de la visite de la Représentante spéciale au Kasaï-Central et du travail conjoint avec l’équipe de pays des Nations Unies ainsi qu’avec les gouvernements national et provincial pour atteindre l’objectif de transition.  Pour le Mexique, le retrait de la MONUSCO doit être progressif et basé sur les conditions de sécurité réelles sur le terrain.  Il doit aussi permettre une plus grande présence de l’État et un renforcement de ses institutions.  Á cette fin, la délégation a exhorté le Gouvernement congolais à mener les réformes nécessaires dans le secteur de la sécurité et à s’attaquer aux causes profondes de la violence, telles que les conflits intercommunautaires.  Selon elle, une attention particulière doit être accordée à la prise en charge des survivants de violences sexuelles liées au conflit.  Elle a estimé, à cet égard, que les récentes poursuites pénales et les condamnations prononcées par les tribunaux nationaux contre les auteurs de crimes contre l'humanité, y compris le viol et l’esclavage sexuel, sont des pas dans la bonne direction, tout comme la décision de la Cour pénale internationale sur les réparations aux victimes dans l’affaire Bosco Ntagana.

L’Estonie a salué l’évolution de la situation politique et la formation d’une coalition majoritaire, notant que ces développements apportent des perspectives de stabilité au peuple congolais et aux acteurs internationaux.  Elle a aussi salué les engagements pris par le Président Tshisekedi pour encourager une plus grande représentation des femmes au parlement national et leur participation à la vie publique.  Cependant, selon l’Estonie, ces développements positifs éclipsent les violations des droits de l’homme et les exactions perpétrées par les groupes armés dans les provinces de l’Est, en particulier par les ADF, dont certaines peuvent constituer des crimes contre l’humanité.  Dans ce contexte, l’Estonie a jugé essentiel que les forces de sécurité et de défense congolaises améliorent l’état de préparation des FARDC et leur capacité à mener des opérations efficacement, et assurent une enquête et des poursuites en temps opportun contre les auteurs des violations graves et des crimes internationaux, en collaboration avec la MONUSCO et le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme.  Pour la délégation, une confiance renforcée dans les forces de sécurité et de défense congolaises constituera un outil supplémentaire pour améliorer les capacités des FARDC et réduire les tensions.  L’Estonie a déploré le fait que les violations et abus des droits de l’homme, y compris les violences sexuelles liées aux conflits, continuent d’être perpétrées à la fois par des agents de l’État et des groupes armés. 

L’Estonie a ensuite demandé de ne pas oublier que les causes profondes du conflit doivent être traitées en prenant des mesures concrètes.  Elle a mentionné à cet égard les différentes luttes à mener, contre les discours de haine, contre l’exploitation illégale des ressources naturelles et contre le trafic d’armes légères.  L’Estonie a aussi recommandé d’offrir des alternatives sur le plan économique aux ex-combattants et à leurs communautés, par la mise en œuvre rapide de programmes décentralisés de désarmement, démobilisation, réintégration communautaire et stabilisation.  Dans le contexte de la transition de la MONUSCO, elle a demandé la poursuite du consensus entre la MONUSCO et les acteurs locaux de la protection pour la mise en œuvre de la réforme du secteur de la sécurité à base communautaire.  Elle a conclu en soulignant l’importance de créer un groupe de travail conjoint pour soutenir la mise en œuvre de la stratégie commune sur le transfert progressif des tâches et le retrait durable de la MONUSCO.  

L’Inde a d’emblée condamné le meurtre de l’ambassadeur d’Italie et de deux autres personnes dans une attaque près de Goma.  Constatant que la situation politique en RDC reste précaire, elle a néanmoins salué la formation de la nouvelle coalition, la nomination du Premier Ministre et l’élection des Présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale.  Toutefois, les retards dans la formation du Gouvernement reflètent les défis de la nouvelle coalition, a noté la délégation qui a espéré que ces défis pourront être surmontés grâce à un engagement constructif de tous les acteurs politiques, pour ouvrir la voie aux réformes « indispensables » proposées par le Président Félix Tshisekedi.  L’Inde a d’ailleurs salué l’élection de ce dernier à la Présidence de l’Union africaine (UA) pour 2021.  Elle s’est réjouie de travailler en étroite collaboration avec lui pour renforcer sa coopération avec le continent africain.  

Condamnant la violence contre les civils, en particulier les femmes et les enfants, et les attaques ciblées contre le personnel des Nations Unies et les agents humanitaires dans les provinces de l’est de la RDC, l’Inde a cependant pris note de l’amélioration des situations au Sud-Kivu, au Maniema et au Tanganyika.  Elle a encouragé les initiatives de coopération régionale et de dialogue sur les questions de sécurité.  Elle s’est dite confiante qu’en tant que Président de l’UA, M. Tshisekedi est bien placé pour rassembler l’ensemble de la région et trouver des solutions pour une paix durable en RDC et dans la région.

S’agissant du mandat de la MONUSCO, l’Inde a fait valoir que les priorités restent la stabilisation de la situation sécuritaire dans l’est de la RDC et le soutien aux Forces de sécurité congolaises.  Elle a dit avoir pris note des stratégies ciblées et régionales de la Mission pour renforcer la fonction essentielle de protection des civils.  Les mesures prises par la RDC, avec l’aide de la MONUSCO, pour la réforme du secteur de la sécurité et celui de la justice sont « encourageantes », a estimé la délégation qui a espéré que la nouvelle structure nationale qui combine les mandats de tous les organismes chargés de la démobilisation, de la réinsertion, de la réintégration communautaire et de la stabilisation deviendra bientôt une réalité.  Cela, a-t-elle estimé, permettrait aux FARDC et à la MONUSCO de limiter leurs domaines d’intervention aux groupes armés.  Avant de conclure, l’Inde a prôné une plus grande participation des organisations féminines et des femmes leaders à tous les processus, y voyant un élément essentiel de la paix et de la réconciliation.

La Fédération de Russie s’est inquiétée de l’instabilité en RDC où les groupes armés non étatiques gagnent de l’influence, du territoire et un contrôle illicite sur les ressources naturelles.  Après s’être déclarée préoccupée par la montée de la violence contre les civils, la délégation russe a jugé particulièrement « scandaleuse » l’attaque meurtrière, au mois de février, contre un convoi du Programme alimentaire mondial (PAM).  Tout en saluant la contribution de la MONUSCO qui a permis de stabiliser la situation dans les Kivus et dans d’autres provinces, la Fédération de Russie s’est déclarée préoccupée par l’incapacité des autorités congolaises à lutter contre les flux et trafic illicites de ressources naturelles.  Elle s’est néanmoins félicitée des récents développements politiques, avant d’exprimer l’espoir que le nouveau Gouvernement contribuera à relever ce défi et à stabiliser davantage la situation sécuritaire. 

Bien que la situation humanitaire reste difficile, la délégation russe s’est félicitée des succès enregistrés pour endiguer la propagation de la pandémie de COVID-19 et éradiquer une nouvelle épidémie du virus Ebola.  Elle a exprimé la volonté de soutenir les importants efforts de médiation menés par les organisations régionales, dont la Communauté de développement des États d’Afrique australe (SADC).

Le Viet Nam a pris note des efforts des autorités congolaises pour réduire les tensions politiques et créer les conditions favorables à la stabilité à long terme.  Il a déploré la détérioration de la situation au Nord-Kivu et en Ituri, en raison des activités illicites des groupes armés et de la violence intercommunautaire.  Sur le plan humanitaire, le nombre de personnes ayant besoin d’une assistance est passé de 15,6 millions en 2020 à 19,6 millions en 2021, s’est alarmé le Viet Nam.  Il a souligné la nécessité de remédier aux causes profondes du conflit afin de mettre un terme aux souffrances de la population. 

L’accent doit être mis davantage sur la promotion du dialogue entre les communautés et sur la réponse aux difficultés économiques, ainsi qu’au trafic des ressources naturelles.  Le Viet Nam a appelé à un renforcement de la coopération régionale et sous-régionale, en appelant la RDC et ses partenaires régionaux à remédier aux menaces sécuritaires régionales, comme ils s’y sont engagés.  Il a jugé crucial l’appui de la MONUSCO à la protection des civils et au renforcement des institutions publiques.  Il est capital de préserver les gains obtenus de haute lutte et d’assurer à la MONUSCO une transition conforme à l’évolution de la situation sur le terrain, a conclu le Viet Nam.

Le Royaume-Uni a commencé par reconnaître les progrès réalisés en RDC malgré de nombreux défis.  La délégation a félicité le Président Tshisekedi pour la mise en place de sa coalition « Union Sacrée », ainsi que ses efforts pour former un nouveau gouvernement.  Il est essentiel que le Gouvernement de la RDC promeuve des réformes urgentes, a plaidé le Royaume-Uni, en particulier pour garantir des élections libres et équitables en 2023, améliorer l’économie pour tous et instaurer la paix et la sécurité dans l’est du pays.  La délégation a également insisté sur la participation des femmes à tous les niveaux de prise de décisions, se réjouissant de l’engagement pris par le Président en faveur d’une représentation féminine de 30% dans son nouveau gouvernement.

Néanmoins inquiet face à l’augmentation de la violence des groupes armés dans l’est de la RDC, le Royaume-Uni a appelé à se concentrer de nouveau sur la lutte contre ces groupes.  Il a appelé les acteurs nationaux, régionaux et internationaux à utiliser tous les moyens à leur disposition pour empêcher ces groupes d’accéder aux armes, de pouvoir faire du commerce ou de gagner de l’argent, voire de bénéficier d’une protection politique.  Le Royaume-Uni a également fait part de sa profonde préoccupation face à la situation humanitaire aigüe en RDC, y voyant une source majeure du conflit.  Quant à la MONUSCO, la délégation a salué l’élan positif au niveau provincial en faveur du retrait de la Mission des Kasaïs.  Cependant, a-t-elle souligné, cette transition ne sera durable et responsable que si le Gouvernement participe pleinement à ce processus. 

Les États-Unis ont dénoncé le danger auquel les Congolais font face quotidiennement, en rappelant les attaques menées l’année dernière par les Forces démocratiques alliées (ADF) au Nord-Kivu et en Ituri qui ont tué plus de 840 personnes.  Les ADF ne sont pas le seul groupe armé criminel en RDC, ont-ils souligné, avant de présenter une nouvelle fois leurs condoléances aux familles et aux collègues de l’ambassadeur italien Luca Attanasio.  Ils ont rappelé que ce mois marque le quatrième anniversaire de la mort des deux experts de l’ONU, Michael Sharp et Zaida Catalan.

Les États-Unis ont voulu que le Conseil se concentre sur l’impact réel et direct de ces tragédies sur les individus et les communautés et qu’il fasse davantage pour mettre fin à la violence.  Ils ont rappelé avoir désigné les ADF comme une organisation terroriste étrangère et exhorté les États de la région à élaborer des stratégies intégrées et holistiques pour mettre fin au financement et au recrutement extérieurs des ADF. 

Les États-Unis ont également dénoncé la violence sexuelle et appuyé les efforts de la MONUSCO visant à intégrer 15 équipes féminines dans les principales unités de la gendarmerie afin de promouvoir l’engagement communautaire et le rétablissement de la confiance.  S’agissant des défis dans l’est de la RDC, ils ont prônée la pleine application de l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la République démocratique du Congo et la région de 2013, à savoir le renforcement de la sécurité, la fin à l’impunité pour les violations des droits de l’homme et le soutien aux efforts de stabilisation.

Avec l’aide des partenaires régionaux et internationaux y compris les pays des Grands Lacs, la paix et la stabilité peuvent devenir une réalité et le riche potentiel économique de la région peut être exploité, ont estimé les États-Unis qui ont encouragé l’Envoyé spécial des Nations Unies pour la région à faire pression sur les acteurs régionaux pour qu’ils améliorent la gouvernance, renforcent l’état de droit et promeuvent les droits de l’homme.

Les États-Unis ont dit avoir pris note du rapport du Secrétaire général selon lequel des consultations ont été entamées entre la MONUSCO et le Gouvernement de la RDC pour planifier un éventuel retrait progressif et échelonné des forces de maintien de la paix.  Soutenant l’engagement de la région à bloquer le financement illicite des groupes armés, ils ont conclu: ensemble, nous tournons la page sur plusieurs décennies de violence et lançons une ère de paix et de prospérité dans l’est de la RDC et toute la région des Grands Lacs. 

La République démocratique du Congo (RDC) a confirmé que la situation politique chez elle reste dominée par la désignation de nouveaux acteurs à la tête des institutions, après la fin de la coalition Cap pour le changement (CACH)-Front commun pour le Congo (FCC) et la création de l’Union sacrée de la Nation (USN).  La décision du Président Tshisekedi de mettre fin à l’alliance précédente a été motivée par le fait que cette dernière avait montré ses limites pour répondre aux attentes du peuple congolais, a expliqué la délégation, se disant confiante dans la capacité de la nouvelle coalition de faire avancer les réformes et de placer le pays sur la voie de la paix et du développement durable.  Elle a également rappelé l’élection de M. à la Présidence de l’Union africaine pour un mandat d’un an, avec pour premières Tshisekedi priorités la paix et la sécurité. 

S’agissant de la situation sécuritaire, la RDC s’est dite marquée par l’activisme des groupes armés dans les provinces orientales et par les conflits intercommunautaires.  Ces groupes armés, a-t-elle déploré, sèment la mort et la désolation malgré les efforts déployés par les forces armées, avec le concours de la MONUSCO.  Les activités de ces groupes sont devenues un «  business lucratif », qui s’appuie notamment sur l’exploitation illégale des ressources naturelles et le trafic des armes de petit calibre.  En dépit de l’offensive engagée depuis octobre 2019 pour rétablir la sécurité et la stabilité, ces groupes demeurent très actifs, en particulier les Forces démocratiques alliées (ADF) qui mènent une stratégie de terreur. 

Pour répondre à cette situation qui prive la population de sécurité depuis plus de deux décennies, la RDC a invité tous ses partenaires à coordonner leurs efforts pour parvenir à des résultats concrets.  Il faudrait, a-t-elle dit, trouver un mécanisme qui s’appuie sur la cohésion, le dialogue et la volonté politique afin de redonner espoir aux Congolais.  Au-delà de la stratégie conjointe décidée au niveau régional, elle s’est prononcée pour une meilleure coordination de l’action de la Représentante spéciale avec la stratégie nationale. Elle a aussi plaidé pour que des actions soient menées contre tous les « réseaux mafieux » qui fournissent des armes aux groupes armés.  Plusieurs de ces réseaux ont déjà été démantelés par les forces de sécurité et leurs responsables remis à la justice, a affirmé la RDC. 

La RDC a dit attendre des Nations Unies et du Conseil de sécurité qu’ils donnent à la MONUSCO les moyens de remplir effectivement son mandat.  La Mission, a-t-elle insisté, doit être en mesure de mener une guerre asymétrique avec les groupes armés, conformément à la résolution 2556 2020).  Il convient de s’assurer que les stratégies se complètent harmonieusement, a-t-elle ajouté, estimant urgent que le Ministère de la défense et la MONUSCO décident d’un nouvel arrangement technique définissant les domaines d’intervention.  La délégation a d’autre part souligné la nécessité d’évaluer l’efficacité de la Mission et la performance de ses effectifs, militaires, policiers et civils.  Elle a aussi souhaité que la Mission prête main forte au processus de DDR et qu’à l’instar des États-Unis, l’ONU désigne l’ADF comme un groupe terroriste affilié à Daech. 

Pour ce qui est du retrait progressif et échelonné de la MONUSCO, la RDC a jugé nécessaire que les modalités soient conformes aux paramètres agréés et aux données quantifiables, notamment pour les étapes de transition.  Elle s’est étonnée que, malgré tous ses efforts, elle soit encore pointée du doigt pour des violations des droits de l’homme, comme c’est le cas dans le dernier rapport du Secrétaire général, lequel évoque des abus commis par des agents de l’État, notamment des policiers.  Observant que ces données diffèrent selon les instances onusiennes, elle a jugé préférable d’échanger au préalable sur la méthodologie appliquée.  Elle a aussi souhaité obtenir plus d’informations sur ces allégations afin de mener les enquêtes appropriées. 

Concluant sur la situation humanitaire, la RDC a appelé la communauté internationale à la solidarité, en particulier pour répondre à la question des déplacés.  Elle a tenu à souligner qu’une enquête a été ouverte par le parquet militaire à la suite de l’attaque meurtrière contre un convoi du PAM dans le Nord-Kivu, laquelle a coûté la vie à plusieurs personnes, dont l’ambassadeur de l’Italie.

À l’intention des organes d’information. Document non officiel.