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8908e séance - après-midi
CS/14706

Conseil de sécurité: les Taliban, au pouvoir en Afghanistan, exhortés à « tenir leurs promesses » par la formation d’un gouvernement inclusif

« Abandonner le peuple afghan serait une erreur historique, une erreur déjà commise qui a eu des conséquences tragiques par le passé », a mis en garde cet après-midi, devant le Conseil de sécurité, la Représentante spéciale du Secrétaire général en Afghanistan.  

Procédant à une évaluation de « l’administration de facto » des Taliban, Mme Deborah Lyons, qui dirige également la Mission d’assistance des Nations Unies dans ce pays (MANUA), a indiqué que cette administration tente de se faire reconnaître internationalement et de combler son « déficit de confiance », mais qu’elle a clairement laissé entendre que « les concessions ont des limites », en particulier sur l’emploi des femmes et l’éducation des filles.  

Malgré quelques signes d’ouverture, Mme Lyons a plaidé en faveur de davantage d’inclusivité, pour que les institutions reflètent la diversité afghane, d’autant que le Gouvernement est entièrement composé d’hommes, Pashtounes principalement, et presque tous des Taliban.  La haute fonctionnaire a également noté que les récentes nominations semblent plus destinées à gratifier des combattants qu’à promouvoir la gouvernance et à rassembler.  

La Représentante spéciale a souligné que les Afghans sont énormément inquiets de la paralysie économique et de leur incapacité à retirer de l’argent et de ne pas être en mesure de se nourrir pendant l’hiver.  À cet égard, elle a dressé un panorama glaçant de la crise humanitaire, qui n’a fait que s’aggraver depuis le 15 août, date de la prise du pouvoir par les Taliban, ainsi que de la perte des acquis en termes de respect des droits de la personne et des libertés fondamentales.  

Les Taliban s’efforcent de se présenter comme un gouvernement authentique mais ils sont en partie limités par le manque de ressources et de capacités, ainsi que par leur logiciel politique qui ne correspond pas aux normes contemporaines de gouvernance, a expliqué Mme Lyons, en soulignant que la principale menace réside dans l’incapacité à juguler l’expansion de l’État islamique d’Iraq et du Levant–Khorassan (EIIL-K), bien implanté dans plusieurs provinces et qui a multiplié ses attaques.  Pour la Représentante spéciale, la meilleure façon de promouvoir la stabilité passe par les Taliban eux-mêmes, qui doivent veiller à ne pas s’isoler de la communauté internationale.  

Le représentant de l’Afghanistan, qui n’est pas reconnu par les autorités talibanes, a parlé, lui, d’une « crise aux proportions historiques », le Programme alimentaire mondial (PAM) ayant révélé que près de 23 millions de personnes nécessiteraient une assistance humanitaire d’urgence, dont 8,7 millions risquent d’être en proie à la famine.  Or, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a estimé que si cette situation perdure, 97% de la population plongera dans la pauvreté abjecte d’ici mi-2022.  

Le délégué afghan a proposé à l’ONU, et au Conseil de sécurité, de clairement signifier aux Taliban qu’ils n’accepteront pas un gouvernement non inclusif, car la situation ne concerne pas uniquement l’Afghanistan et pourrait se reproduire ailleurs.  

Dans une intervention qualifiée d’émouvante par les membres du Conseil, la Directrice de Charmaghz, Mme Freshta Karim, jeune militante afghane des droits de l’homme, a déclaré que chaque famille afghane, y compris la sienne, a perdu au moins un membre au cours des décennies de guerre: « Nos cimetières en sont une preuve et notre terre un témoin de la quantité de sang humain qui y a été versée ».  Raison pour laquelle, a-t-elle suggéré, l’ONU doit travailler avec toutes les parties à la création d’une structure politique visant la coexistence et la fin du cycle de guerre dans lequel l’Afghanistan est piégé depuis des décennies.  Après 2001, a-t-elle rappelé, les Taliban ont été exclus de la Conférence de Bonn et des négociations sur l’avenir de l’Afghanistan: « Ils sont revenus. »

À leur tour, les membres du Conseil de sécurité ont appelé les Taliban à tenir leurs promesses et à se montrer à la hauteur de leurs déclarations publiques en formant un gouvernement inclusif et représentatif de toutes les composantes de la société afghane, en faisant respecter les droits de la personne, en particulier en levant ses restrictions ou interdits sur l’emploi des femmes et l’éducation des filles, les médias ou encore les manifestations pacifiques.  Autant de demandes qui figuraient déjà dans la résolution 2596 (2021) du Conseil de sécurité.  

La France, le Mexique et d’autres membres du Conseil ont également exhorté à veiller à ce que l’Afghanistan ne devienne un sanctuaire du terrorisme international, condamnant vivement les récents attentats terroristes perpétrés partout dans le pays.  S’agissant de la présence de groupes terroristes sur le territoire afghan, la France a dit attendre des Taliban qu’ils démontrent que ceux-ci ne bénéficient d’aucun soutien « direct, indirect, financier, idéologique, politique ou logistique » à Kaboul ou dans les provinces afghanes.   

Plusieurs initiatives comme la création rapide du Fonds d’affectation du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD); les différentes réunions entre les pays voisins de l’Afghanistan, accueillies par l’Inde; celles de la Troïka élargie, dont la dernière a eu lieu le 11 novembre, ont été saluées aujourd’hui.  Le Mexique a en particulier demandé que le Plan de réponse humanitaire soit financé à la hauteur de ses ambitions, tandis que les membres de l’Union européenne ont promis, collectivement, près de 800 millions de dollars d’aide dans le cadre d’un appel éclair lancé en septembre.  

Là où le Tadjikistan a déploré que le Gouvernement intérimaire soit entièrement dominé par les représentants d’un seul groupe ethnique, au mépris d’autres, dont les Tadjiks et les Hazara, un autre pays voisin, le Pakistan, a présenté une vision nettement plus favorable de la situation en Afghanistan.  D’après la délégation, les scénarios « cauchemardesques » redoutés après le 15 août ne se sont pas concrétisés.  Elle a insisté sur le fait que le « Gouvernement intérimaire » travaille avec d’autres pays de la région, fustigeant d’autres qui continuent d’être « impliqués dans des stratagèmes visant à déstabiliser » l’Afghanistan.  

Ayant accueilli des millions de réfugiés afghans depuis des années, et confrontée à un autre afflux depuis la prise du pouvoir des Taliban le 15 août dernier, la République islamique d’Iran a en revanche averti qu’en raison des sanctions américaines et de l’insuffisance des ressources financières, elle ne sera bientôt plus en mesure de les aider.  L’Iran a aussi plaidé en faveur d’une aide humanitaire en temps voulu et du dégel des avoirs afghans bloqués, « sans politisation ni conditions préalables ».  

LA SITUATION EN AFGHANISTAN

Déclarations liminaires

Mme DEBORAH LYONS, Représentante spéciale du Secrétaire général et Cheffe de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA), a constaté que, avec la prise du pouvoir par les Taliban, les Afghans se sentent abandonnés, oubliés, voire punis par des circonstances qui ne relèvent pas de leur faute.  « Abandonner le peuple afghan serait une erreur historique, erreur ayant eu des conséquences tragiques auparavant », a-t-elle mis en garde.  Dans le cadre d’une évaluation générale de l’administration de facto des Taliban sur la base de l’engagement des Nations Unies à Kaboul et dans les provinces au cours du dernier trimestre, Mme Lyons a admis que les interactions formelles s’étaient avérées utiles et fructueuses, les autorités actuelles ayant donné leur assurance qu’elles désiraient la présence de l’ONU et appréciaient son assistance.  Elles tentent en effet de se faire reconnaître internationalement et de résoudre le « déficit de confiance ».  En termes de gouvernance, elles ont commencé à recueillir les revenus douaniers, dont elles se sont servies pour répondre aux besoins pressants, comme le paiement des salaires des fonctionnaires publics.  Les Taliban continuent de protéger la présence sécuritaire des Nations Unies, d’autoriser un accès humanitaire plus large, notamment du personnel féminin, ce qui a permis de visiter d’autres régions du pays qui ne l’avaient pas été depuis 15 ans, et d’y apporter une assistance vitale.  Elle a assuré le Conseil qu’elle ne manquait pas de soulever des questions délicates avec les Taliban, en particulier les droits des femmes et des filles à l’éducation, les allégations de harcèlement et d’exécutions extrajudiciaires, ce dont ils ont pris note en reconnaissant les « erreurs du passé ».  Ils ont toutefois clairement laissé entendre que « les concessions ont des limites » sur certains sujets.  

Les autorités de facto ont fait savoir qu’elles préparaient une politique nationale sur le droit des filles et que l’éducation pouvait être exercée sur tout le territoire mais qu’il leur faillait davantage de temps pour clarifier la politique et l’appliquer.  Mme Lyons a néanmoins tenu à souligner qu’en règle générale, les droits et libertés fondamentales des femmes étaient restreints, en particulier le droit limité à l’emploi, l’absence des femmes dans les principales enceintes de prise de décision et aux postes supérieurs de la fonction publique.  De telles politiques sont différemment appliquées d’une région à l’autre, certaines provinces étant plus restrictives que d’autres, a-t-elle ajouté, en appelant à une administration beaucoup plus inclusive dans laquelle les institutions reflètent la grande diversité de l’Afghanistan, d’autant que le Gouvernement est entièrement composé d’hommes, Pachtounes principalement, et presque tous des Taliban.  Mme Lyons a précisé que, tant dans la capitale qu’aux niveaux provinciaux, les récentes nominations semblent plus être destinées à gratifier des combattants qu’à promouvoir la gouvernance et l’inclusion.  

La Représentante spéciale a aussi fait état de contacts étroits entre l’ONU et d’autres secteurs de la société afghane, notamment les médias, d’anciens dirigeants, la société civile et les organisations de femmes.  Les Afghans en général appréhendent les futures intentions des Taliban et sont énormément inquiets de la paralysie économique, de leur incapacité à retirer de l’argent et de ne pas être en mesure de se nourrir pendant l’hiver.  La liberté d’expression est limitée et les médias mettent la clef sous la porte pour raisons financières ou à cause des restrictions des autorités de facto relatives au contenu de leurs publications ou émissions.  La poursuite de la tension et de la violence interethnique est également un motif de préoccupation pour les droits de minorités, des allégations ayant été faites sur des évictions forcées ciblant des communautés minoritaires.  

La Représentante spéciale a reconnu que, comme le conflit avait cessé, la situation sécuritaire s’est améliorée, en dépit d’informations régulières crédibles sur des incidents impactant le droit à la vie et à l’intégrité physique d’Afghans, comme les perquisitions à domicile et les exécutions extrajudiciaires d’anciens membres du personnel de sécurité ou de dirigeants.  Le système judiciaire même ne fonctionne pas comme il faut et le nombre de juges, fonctionnaires publics, personnels de police, tout comme les ressources juridiques et financières varient d’un endroit à un autre.  Aucune femme ne travaille dans le secteur judiciaire et l’on ignore encore comment les autorités de facto comptent garantir l’accès des femmes à la justice.  

Cependant, pour Mme Lyons, l’incapacité des Taliban de juguler l’expansion de l’État islamique d’Iraq et du Levant–Khorassan (EIIL-K) est l’un des événements majeurs car ce groupe était jusqu’à présent limité à quelques province de l’est et à Kaboul, mais il semble maintenant implanté dans presque tout le pays et être chaque fois plus actif.  Ainsi, le nombre d’attaques s’est fortement accru depuis l’an dernier, de 60 en 2020 à 334 cette année.  L’EIIL-Khorassan continue de cibler les communautés chiites alors que les Taliban insistent sur le fait qu’ils mènent une campagne concertée contre ce groupe.  Cette campagne est également source de préoccupation, a déclaré Mme Lyons, qui a fait état de détentions et d’exécutions extrajudiciaires contre des membres de l’EIIL-Province du Khorassan.  

Les Taliban déploient des efforts pour se présenter comme un gouvernement authentique mais ces efforts sont en partie limités par le manque de ressources et de capacités, ainsi que par l’idéologie politique qui ne correspond pas aux normes contemporaines internationales de gouvernance, a signalé Mme Lyons.  

Les craintes liées à la vie sous les Taliban ont poussé les Afghans à des situations terribles pour quitter le pays.  Nous sommes au bord d’une catastrophe humanitaire qu’il est possible d’éviter, a-t-elle commenté, soulignant que l’accès aux liquidités est limité, les hôpitaux connaissent des pénuries de médicaments et se voient obligés de refuser des patients et le système socioéconomique s’effondre en raison des sanctions et de l’insuffisance de l’aide humanitaire.  À cet égard, avec l’arrivée de l’hiver, elle a partagé ses craintes que jusqu’à 23 millions d’Afghans (sur 38 millions) se retrouvent dans une situation d’insécurité alimentaire, soit le contingent le plus élevé de tous les pays du monde.  Aidé par la générosité remarquable de nombreux donateurs qui ont financé dans presque son intégralité l’appel humanitaire du mois de septembre, la MANUA était en mesure de porter assistance à plus de 10,3 millions de personnes.  L’aide ne peut s’arrêter là, car l’assistance humanitaire ne suffit pas et la communauté internationale doit trouver les moyens d’apporter une aide d’urgence, a plaidé Mme Lyons.  

Un mécanisme indépendant pour le versement des salaires a été créé mais il ne suffira pas, d’où l’urgence d’entamer un dialogue avec les Taliban pour éviter que le reste de la population sombre dans une situation plus grave.  Elle a mis en garde contre l’essor de l’extrémisme du fait de cette situation, notamment à travers le trafic d’armes, le marché noir, et des modes d’échange illégal de devises, sans oublier le trafic de stupéfiants.  Elle a évoqué le format de Moscou et la Troïka et noté que l’Inde a organisé une réunion des conseillers nationaux en matière de sécurité des pays de la région, lesquels ont aussi exhorté à l’inclusion, ce qui prouve que le monde s’exprime à l’unisson face aux Taliban.  La meilleure façon de promouvoir la stabilité passe avant tout par les Taliban, qui doivent veiller à ne pas s’isoler de la communauté internationale, a préconisé la Représentante spéciale, en estimant que la MANUA est en bonne position pour nouer des relations fructueuses entre l’Afghanistan et le reste du monde.  C’est la seule façon d’éviter que les acquis des 20 années écoulées soient balayés d’un revers de la main, a-t-elle prévenu, en appelant les Taliban au respect des conventions et traités auquel le pays a souscrit.  

Mme FRESHTA KARIM, Directrice de Charmaghz, a déclaré que chaque famille afghane, y compris la sienne, a perdu au moins un membre au cours des décennies de guerre sans fin.  « Nos cimetières en sont une preuve et notre terre un témoin de la quantité de sang humain qui y a été versée », a-t-elle dit.  Or, personne n’est un ennemi, et aucun humain ne doit plus être tué pour cette guerre ou pour toute autre.  Nous devons faire l’effort de voir l’humain dans « l’autre » et d’entendre sa souffrance et son histoire.  Ce n’est pas facile, mais nous devons le faire, a-t-elle dit, ajoutant que pour sa part, elle déclare que personne n’est son ennemi.  La militante des droits de l’homme a ensuite affirmé que si chacun a ses propres exigences et sa vision de la vérité et de l’avenir, si l’on n’est pas toujours d’accord, les humains doivent cependant coexister.  Pour cette raison, elle a appelé l’ONU à travailler avec toutes les parties à la création d’une structure politique qui vise la coexistence et la fin du cycle de guerre dans lequel l’Afghanistan est piégé depuis des décennies.  

Mme Karim a également déclaré que depuis la prise de contrôle des Taliban, l’approche globale a consisté à se concentrer sur les évacuations, la crise des migrants afghans, l’aide humanitaire et le soutien au droit à l’éducation pour les filles.  Tous ces éléments sont importants, mais le bien-être des citoyens afghans ne peut être assuré de manière durable que si nous avons la stabilité politique.  Or, je ne vois pas assez d’efforts mondiaux pour cela, a-t-elle dit, jugeant la situation « effrayante », dans le contexte où, selon elle, les arrangements actuels du pouvoir politique par les Taliban excluent d’autres Pachtounes, d’autres groupes ethniques et excluent tous les acteurs politiques précédents.  L’exclusion et le manque de partage du pouvoir ne fonctionnent pas en Afghanistan comme cela ne fonctionne dans aucune autre partie du monde, a-t-elle mis en garde, rappelant qu’après 2001, les Taliban ont été exclus de la Conférence de Bonn et des négociations sur l’avenir de l’Afghanistan: « Ils sont revenus. » 

Poursuivant son discours, Mme Karim a estimé que sans une structure politique permettant à tous les groupes de se faire entendre par des moyens non violents, ils sont susceptibles de recourir à la violence.  Nous voyons déjà Daech faire exactement ce que les Taliban faisaient: commettre des attentats-suicides.  Cela donne à réfléchir, de voir des soldats du Gouvernement précédent se joindre à eux.  À moins que nous n’agissions pour briser le cycle, la même histoire continuera de se répéter.  Nous avons besoin d’un véritable effort mondial pour transformer le moment présent en une fenêtre d’opportunité pour une paix durable.  Ce n’est que par des moyens non violents et des négociations impliquant tous les groupes que nous pouvons créer un nouveau système politique dans lequel nous pouvons tous coexister.  Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons mettre fin à la guerre et maintenir la paix, a-t-elle dit. 

Dans ce contexte, Mme Karim a lancé trois appels.  Dans le premier, elle exhorte les Nations Unies et les « gouvernements neutres amis » à jouer un rôle de premier plan pour ramener toutes les parties prenantes dans un cadre basé sur le modèle de la Conférence de Bonn de 2001.  L’objectif devrait être d’assurer la justice transitionnelle, de créer un système politique acceptable pour tous et inclusif, qui garantira la justice sociale, la répartition des richesses et les opportunités et les droits fondamentaux de tous les citoyens.  Deuxièmement, elle a exhorté toutes les puissances régionales rivales, « y compris l’Inde et le Pakistan », à montrer « le meilleur d’elles-mêmes », en laissant de côté leurs rivalités régionales pour travailler véritablement pour la paix.  Les initiatives visant à prendre le pouvoir dans la région ne gagnent aucun respect lorsqu’elles se font au prix de la misère des enfants, des personnes vivant dans la guerre, des cimetières remplis de jeunes hommes qui auraient pu être en vie, a-t-elle rappelé.  Enfin, elle exhorte la communauté mondiale à soutenir les acteurs locaux, les ONG et les associations travaillant en Afghanistan.  Ils doivent recevoir un soutien financier et social pour continuer leur travail essentiel pour la paix.  

Déclarations

Mme MONA JUUL (Norvège) a rappelé que plus de la moitié de la population afghane était confrontée à une insécurité alimentaire aiguë, alors que nous entrons dans un hiver particulièrement difficile.  Elle a ainsi déclaré que le Programme alimentaire mondial (PAM) avait émis plusieurs avertissements concernant les risques de décès à grande échelle dus à la faim dans tout l’Afghanistan, au cours des prochains mois.  Elle a exhorté « ceux qui gouvernent » le pays – et de toutes les parties en Afghanistan – à veiller à ce que l’aide humanitaire soit fournie sur la base des principes humanitaires.  Tout en expliquant que la Norvège avait augmenté son aide humanitaire à l’Afghanistan, elle a souligné que celle-ci ne saurait suffire à elle seule.  Les défis politiques liés à la prise de pouvoir par la force par les Taliban ne doivent pas nous empêcher de faire tout notre possible pour sauver des vies afghanes, a encore ajouté Mme Juul, qui a mis en avant l’importance d’un accès sûr et de la sauvegarde du droit à l’éducation, notamment par la pleine mise en œuvre de la résolution 2601 (2021) du Conseil.

Afin d’assurer la prestation des services de base, la Norvège a décidé de soutenir le Fonds d’affectation spéciale des Nations Unies pour l’Afghanistan, nouvellement créé, à hauteur d’environ 23 millions de dollars américains, a précisé Mme Juul.  « La communauté internationale doit explorer toutes les voies permettant à l’Afghanistan de retrouver une économie fonctionnant normalement », a-t-elle insisté, avant de juger essentiel d’éviter un effondrement économique total.  Elle a rappelé au Conseil et à la communauté internationale l’importance de continuer à consulter les femmes afghanes dans tous leurs efforts concernant l’avenir en l’Afghanistan.

La Norvège a également décidé d’augmenter son soutien aux organisations de promotion des droits des femmes et de leur participation à la société afghane, en particulier celles qui travaillent au niveau local pour prévenir les conflits et protéger les droits humains.  Mme Juul a demandé une enquête rapide, indépendante et impartiale sur la mort des défenseurs des droits humains, Frozan Safi et Hijratullah Khogyani.

Sur le plan de la sécurité, la représentante a fermement condamné les récents actes de terrorisme visant des lieux de culte et des hôpitaux, qui ajoutent encore aux souffrances du peuple afghan.  Elle a dit attendre des Taliban qu’ils fassent « tout leur possible pour lutter contre les groupes terroristes tels qu’Al-Qaida et l’EIIL ».  

En conclusion, au-delà de la responsabilité de ceux qui gouvernent et pour faire face à la gravité de la situation humanitaire en Afghanistan, Mme Juul a exhorté la communauté internationale à faire tout son possible, et sans attendre, pour aider la population afghane en cette période critique, pour « éviter une catastrophe aux proportions énormes ».

M. ANDRE LIPAND (Estonie) a ainsi résumé les principaux messages des différentes réunions qui se sont tenues récemment concernant l’Afghanistan: « nous appelons les Taliban à tenir leurs promesses, à se montrer à la hauteur de leurs déclarations publiques ».  Cela signifie avant tout la formation d’un gouvernement inclusif et représentatif, a précisé le représentant, qui s’est dit déçu par la composition de l’administration actuelle.  Pour lui, ignorer la diversité des peuples afghans et exclure les femmes alimentent les inquiétudes quant à l’instabilité à venir du pays.  Poursuivant, M. Lipand a ajouté qu’une paix durable en Afghanistan ne peut être assurée qu’en respectant et en faisant respecter les normes et standards internationaux et les protections constitutionnelles, pour les droits de toutes les personnes en Afghanistan, en particulier les femmes, les filles et les personnes appartenant à des minorités.  Par ailleurs, la délégation a souligné que l’Estonie et les autres membres de l’Union européenne ont promis collectivement près de 800 millions de dollars d’aide humanitaire dans le cadre d’un appel éclair lancé en septembre.  Mais, a-t-elle précisé, pour atteindre les nécessiteux, toutes les parties doivent permettre un accès humanitaire immédiat, sûr et sans entrave.

M. PHAN HO THE NAM (Viet Nam) a jugé essentiel de promouvoir un règlement politique inclusif, avec une forte participation des femmes, et a exhorté toutes les parties à s’engager dans la voie du dialogue.  Il est crucial de garantir l’ordre et la sécurité dans le pays, ainsi que le bien-être de tous ses habitants, a poursuivi le représentant, pour qui « toutes les parties doivent s’acquitter de leurs obligations en vertu du droit international ».  M. PHAN a également appelé à la préservation du bon fonctionnement des services et infrastructures essentiels pour la population civile.  La sécurité du personnel de l’ONU, des travailleurs humanitaires, des ressortissants étrangers, des membres d’organisations internationales et de missions diplomatiques doit être garantie, a-t-il ajouté.  Rappelant que plus de la moitié de la population connaît une grave insécurité alimentaire, le représentant a demandé un accès humanitaire sans entraves pour porter secours aux Afghans dans le besoin.  Enfin, il a demandé à toutes les parties afghanes de créer les conditions favorables à l’exécution du mandat de la MANUA.  

M. MICHAEL KAPKIAI KIBOINO (Kenya), s’exprimant au nom des « A3+1 » (Kenya, Tunisie, Niger et Saint-Vincent-et-les Grenadines, s’est dit extrêmement préoccupé par le nombre croissant d’attentats terroristes menés par le groupe « État islamique - Province de Khorassan », État islamique d’Iraq et du Levant-Khorassan affilié à Daech, qui ont principalement ciblé des minorités religieuses.  Condamnant la récente vague d’attaques odieuses qui ont visé des lieux saints à Kandahar et Kondoz, il a estimé que leur but était de semer la peur et d’alimenter les divisions parmi le peuple afghan.  La prise pour cible de civils, y compris des membres du personnel médical et d’infrastructures civiles, constitue également une violation du droit international humanitaire, s’est indigné le représentant, qui a exigé que tous les auteurs en soient tenus pour responsables.

La tournure inquiétante prise par les événements en Afghanistan appelle des mesures immédiates pour revitaliser l’architecture mondiale de lutte contre le terrorisme, ont fait valoir les « A3+1 », dans le but de répondre à ces attaques par une action structurée et coordonnée.  Le Conseil de sécurité devrait s’efforcer de faire en sorte que toute intervention réponde aux intérêts de paix, de sûreté et de sécurité du peuple afghan et ne soit pas motivée par des intérêts géostratégiques qui ne feront que compliquer davantage la situation, a jouté le représentant. 

Les « A3+1 » se félicitent de la tenue de la troisième réunion des participants du « Format de Moscou » sur l’Afghanistan le 20 octobre 2021, et ont pris note de ses recommandations qui, si elles étaient suivies, pourraient contribuer de manière significative à la paix et à la stabilité en Afghanistan.  Ils appellent les Taliban à prendre immédiatement des mesures pour améliorer la gouvernance et former un gouvernement véritablement inclusif qui reflète adéquatement les intérêts de tous les principaux groupes de diversité ethno-politique comme condition préalable à un processus de réconciliation en Afghanistan.  Ils leur demandent également de mettre fin aux liens avec les groupes terroristes et affiliés et d’engager un dialogue constructif avec toutes les composantes de la société en vue de restaurer la sécurité, mettre en place une bonne structure de gouvernance et défendre les droits de l’homme pour tous, sans discrimination.  De plus, ils exhortent les Taliban à prendre des mesures immédiates pour appréhender les dirigeants d’Al-Qaida et les membres de l’État islamique et de les obliger à rendre des comptes afin de prouver que l’Afghanistan ne sera pas un refuge pour les réseaux terroristes.

Compte tenu de la situation humanitaire alarmante en Afghanistan, M. Kiboino a estimé que, pour répondre aux besoins immédiats, les agences humanitaires et la communauté internationale devraient donner la priorité aux services publics essentiels, y compris la santé et l’éducation pour tous.  À cet égard, les « A3+1 » ont salué le soutien exprimé par la communauté internationale, en particulier les promesses de plus de 1,1 milliard de dollars d’aide humanitaire et de développement faites lors de la conférence des donateurs du 13 septembre.

M. T. S. TIRUMURTI (Inde) a rappelé qu’au cours des deux dernières décennies, l’Inde avait entrepris plus de 500 projets de développement couvrant les 34 provinces de l’Afghanistan.  L’Inde a offert 75 000 tonnes d’aide humanitaire y compris du blé, des fournitures médicales essentielles et des vaccins contre la COVID-19.  Le représentant a ajouté que son pays était à nouveau prêt à fournir une aide humanitaire d’urgence composée de céréales et de médicaments au peuple afghan.  L’Inde, a-t-il indiqué, a appuyé l’appel de la communauté internationale à un accès sans entrave de l’aide.  En outre, la communauté internationale et les pays de la région doivent être unis et dépasser les intérêts partisans.

M. Tirumurti a déclaré que le terrorisme constituait une grave menace pour l’Afghanistan et la région et a rappelé que la résolution 2593 (2021) du Conseil avait fixé ses exigences en matière de lutte contre le terrorisme.  Dans cette résolution, le Conseil a pris note de l’engagement des Taliban à ne pas autoriser l’utilisation du sol afghan à des fins terroristes, y compris de la part des groupes terroristes désignés par la résolution 1267 (1999), a-t-il  rappelé.  Pour sa part, l’Inde a organisé, le 10 novembre, le troisième dialogue régional des conseillers pour les questions de sécurité nationale sur l’Afghanistan.  La « Déclaration de Delhi sur l’Afghanistan », adoptée lors de cette réunion, reflète le consensus régional indispensable sur l’Afghanistan, a expliqué M. Tirumurti.  L’Inde appelle à une politique inclusive qui représente tous les membres de la société afghane, ce qui permettrait d’obtenir la légitimité et l’adhésion de la communauté internationale.

M. VASSILY A. NEBENZIA (Fédération de Russie) a indiqué que la nouvelle réalité depuis août n’avait pas rapproché les Afghans de l’édification d’un État pacifique.  Il a préconisé la constitution d’un gouvernement national qui reflète les forces multiethniques et politiques du pays et le respect des droits humains, notamment des femmes et des enfants.  Il a souhaité que les Taliban soient « plus sagaces que les précédentes autorités », qui ont sacrifié les Afghans.  Il a dit avoir constaté les premières avancées quant au retour des femmes dans le travail social et des filles à l’école.

M. Nebenzia a également souligné que la question des stupéfiants reste une des plus importantes à résoudre, car c’est la principale source de financement des terroristes.  Il a aussi pointé du doigt la menace de voir les groupes terroristes déstabiliser la région, bien que ce problème ne soit pas récent et que les Taliban en aient, là aussi, hérité.

Sans liquidités dans le pays, on va inexorablement vers une catastrophe humanitaire de grande ampleur, a aussi fait observer M. Nebenzia.  Il a salué les contacts établis par l’ONU avec les autorités locales, tout en indiquant que la Russie n’était pas en reste et envoyait une aide alimentaire, des médicaments et des articles de première nécessité.  Toutefois, sans règlement de la question du gel des avoirs et malgré l’intensification de l’assistance de l’ONU et de ses programmes, un effondrement économique est imminent, a mis en garde le représentant.

S’agissant de la coopération, M. Nebenzia s’est réjoui que les positions des acteurs hors et de la région coïncident.  Il a appelé à l’organisation d’une conférence internationale de donateurs.  Mettant en valeur le « format de Moscou », il a également indiqué que la dernière rencontre de la « Troïka élargie » - États-Unis, Chine, Fédération de Russie et Pakistan - avait eu lieu le 11 novembre, après une autre, en octobre.  Il a enfin ajouté que son pays était en contact régulier avec les pays d’Asie centrale.

Pour M. ZHANG JUN (Chine), la paix et la reconstruction doivent être la priorité en Afghanistan, et il importe de revoir à la hausse l’aide humanitaire apportée à ce pays.  Appelant la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) à envisager de reprendre l’aide financière dont il bénéficiait, le représentant a souligné que « nous devons travailler avec Kaboul » et « aider dans un esprit positif les acteurs afghans ».  Il a également encouragé le pays à développer des relations de bon voisinage.  

« La présence humanitaire représente le défi le plus pressant et le plus redoutable du pays aujourd’hui », a poursuivi M. Zhang, qui a insisté sur la nécessité de mettre en place davantage de synergies, notamment dans l’acheminement de l’aide humanitaire.  Le délégué a rappelé que plus de la moitié de la population afghane est confrontée à l’insécurité alimentaire.  Des médecins, des enseignants, entre autres, n’ont pas reçu leur salaire.  Pour M. Zhang, dans de telles circonstances, la question du gel des avoirs est devenue impossible à ignorer et ne fait qu’aggraver la situation humanitaire en Afghanistan.  « Les avoirs gelés doivent être restitués », a finalement déclaré le représentant de la Chine.  

M. NICOLAS DE RIVIÈRE (France) a estimé que les Taliban n’ont, pour l’heure, rien mis en œuvre pour respecter les engagements qu’ils ont pris auprès de la communauté internationale.  Sur le plan sécuritaire, la résolution 2593 (2021), adoptée le 30 août dernier, posait des conditions claires sur la rupture totale des liens avec les groupes terroristes et Al-Qaida, a rappelé le délégué.  « Or, force est de constater que les liens entre le commandement d’Al-Qaida et les Taliban perdurent. »  Le délégué a dit attendre des Taliban qu’ils démontrent que les groupes terroristes ne bénéficient d’aucun soutien ni direct, ni indirect, ni financier, ni idéologique, ni politique, ni logistique à Kaboul ou dans les provinces afghanes.

Gravement préoccupé par la situation humanitaire, le délégué a demandé que l’aide humanitaire soit acheminée à la population afghane, tout en veillant au plein respect des exigences posées par la résolution précitée et les régimes de sanction 1988 et 1267.  « Il importe également que les Taliban se conforment au droit international humanitaire et ne posent aucun obstacle à l’acheminement de cette aide. »

Nous attendons des Taliban qu’ils ne renvoient pas l’Afghanistan 20 ans en arrière, a poursuivi le représentant, en demandant le respect des droits humains, en particulier ceux des femmes.  « Les femmes doivent pouvoir travailler sans craindre pour leur vie. »  Il a aussi exhorté les Taliban à assurer la liberté de circulation aux Afghans et Afghanes menacés qui souhaitent quitter le pays et ne pas opposer d’obstacles administratifs à leur départ.

En conclusion, le représentant de la France a indiqué que son pays sera attentif à ce que les engagements pris par les Taliban soient respectés et traduits en actions concrètes sur le terrain.  « Nous ne tolérerons pas d’impunité pour les auteurs de violations du droit international humanitaire et des droits de l’homme. »

M. JAMES KARIUKI (Royaume-Uni) a qualifié la situation en Afghanistan de « très préoccupante », avec des risques de catastrophe humanitaire réels exacerbés par l’arrivée de l’hiver et une économie en forte récession.  Aujourd’hui, 19 millions de personnes sont déjà confrontées à des niveaux d’insécurité alimentaire de crise et d’urgence.  Or, laisser les Afghans mourir de faim ne sert les intérêts de personne, a rappelé le représentant, qui a appelé à une action urgente.  

À titre national, le Royaume-Uni continuera d’être l’un des principaux acteurs de la réponse humanitaire en Afghanistan, a affirmé le représentant, qui a précisé que son aide totale cette année s’élevait désormais à 286 millions de livres sterling, dont 50 millions destinés à apporter une aide humanitaire vitale à plus de 2,5 millions de personnes vulnérables.  

Mais, a poursuivi M. Kariuki, la communauté internationale doit faire davantage et agir rapidement afin de trouver des solutions créatives pour faire face à la crise de liquidités et établir des principes et des mécanismes d’assistance au-delà de l’aide humanitaire de base.  Le Royaume-Uni espère que la Banque mondiale et les donateurs trouveront un moyen de réaffecter rapidement le 1,5 milliard de dollars dans le Fonds d’affectation spéciale pour la reconstruction de l’Afghanistan récemment créé, afin de soutenir la santé et d’autres services de base.  

Les Taliban doivent faire leur part, a ensuite déclaré le représentant.  Ils devraient répondre de manière « proactive » aux préoccupations de la communauté internationale, notamment en ce qui concerne le terrorisme, l’accès humanitaire, la nécessité d’un gouvernement inclusif et les droits humains, en particulier ceux des femmes et des filles.  Dans ce contexte, le Royaume-Uni les exhorte à préciser publiquement que les combattants terroristes étrangers ne sont pas les bienvenus et à ne pas permettre à Al-Qaida, à l’État islamique et à d’autres organisations terroristes d’organiser, de collecter des fonds ou de planifier des attaques depuis le territoire afghan.  Le Royaume-Uni estime aussi que tous les enfants, y compris les filles de tous âges, devraient pouvoir aller à l’école et toutes les femmes, pouvoir travailler, accéder aux services et participer à la vie publique.  Nous espérons que les dirigeants du monde islamique continueront de renforcer ce message, a ajouté M. Kariuki, qui a conclu en précisant que l’approche du Royaume-Uni vis-à-vis des Taliban continuera à être calibrée en fonction de leurs actions, et non de leurs paroles.  

Mme GERALDINE BYRNE NASON (Irlande) a déclaré que le « gouvernement inclusif » demandé par le Conseil de sécurité pour l’Afghanistan n’existait pas, ajoutant qu’il n’y avait pas de dialogue crédible, représentatif de tous les Afghans.  Il n’y a pas de stabilité.  Le peuple afghan vit dans la violence, la peur et la répression de la part des Taliban.  Les femmes et les filles afghanes continuent d’être attaquées.  Elles sont arrivées à la difficile conclusion que leur vie, leur avenir, n’est possible qu’en dehors de l’Afghanistan.  Malgré les assurances concernant le passage en toute sécurité que ce Conseil a stipulées dans la résolution 2593 (2021), les Taliban n’ont pas non plus respecté ce choix, a dénoncé la représentante.  « Nous ne pouvons pas détourner le regard pendant que les femmes afghanes sont prises pour cible et attaquées.  Le courage et la résilience d’innombrables femmes afghanes, telles que Mme Karim, Mme Safi et ses collègues, doivent être reconnus », a dit Mme Byrne Nason.

Mme Byrne Nason a demandé à la communauté internationale d’être claire avec les Taliban: leurs actions ne sont pas sans conséquences.  Cela fait 61 jours, aujourd’hui, que des restrictions sont imposées par les Taliban aux filles qui fréquentent l’école secondaire, a-t-elle fait observer.  Chaque jour marque une perte inadmissible pour l’avenir de l’Afghanistan.  La protection des filles et le respect de leurs droits doivent être au centre de toutes nos délibérations sur l’avenir de l’Afghanistan.  La représentante a condamné les récentes attaques terroristes, la violence, l’intimidation et les déplacements forcés visant les minorités, ainsi que la répression de la société civile afghane et des journalistes.  Les Taliban portent désormais la responsabilité première des conditions auxquelles le peuple afghan est confronté, a-t-elle rappelé.

Quant à la communauté internationale, elle doit aussi aller au-delà des promesses et prendre des mesures pour prévenir les souffrances et les morts.  L’aide humanitaire doit pouvoir être acheminée dans toutes les régions du pays et ce Conseil a un rôle à jouer pour faciliter cette réponse humanitaire, a estimé Mme Byrne Nason.

M. JEFFREY DELAURENTIS (États-Unis) a jugé évident que la présence de l’ONU est plus essentielle que jamais en Afghanistan.  Il a particulièrement salué l’appui que la MANUA continue d’apporter à la population afghane dans le contexte d’une crise humanitaire d’une ampleur sans précédent, aggravée par la pandémie de COVID-19, les sécheresses et l’arrivée de l’hiver.  Il a regretté que les Taliban aient choisi l’option militaire plutôt que la négociation politique, en insistant sur le fait que le choix du champ de bataille est la principale cause des terribles conséquences humanitaires observées aujourd’hui.  « Parce que le peuple ne doit pas payer deux fois les conséquences de ce conflit, militaires et humanitaires », le représentant a indiqué que les États-Unis ont décidé d’accorder une nouvelle aide humanitaire de 144 millions de dollars, portant ainsi le total de l’aide à l’Afghanistan à 474 millions pour la seule année 2021.  Il a expliqué que cette aide sera canalisée par l’UNICEF, le HCR, le PAM et l’OMS et d’autres organisations humanitaires pour répondre aux besoins de 24 millions de personnes qui auront besoin d’aide humanitaire en 2022.

Il a exhorté les agences humanitaires à parvenir à toutes les personnes dans le besoin, en particulier les femmes et les filles, en rappelant que la résolution 2593 du Conseil de sécurité exhorte les parties à garantir un accès sans entraves aux populations pour toutes les agences de l’ONU et organisations humanitaires.  Après avoir rappelé que son pays est le premier contributeur humanitaire à l’Afghanistan, le représentant a exhorté les États Membres à accroître leur aide à ce pays.  Il a jugé indispensable que les femmes et les filles puissent jouir de tous leurs droits universels, en insistant sur les droits des filles à obtenir un accès universel à l’éducation et les droits des femmes à avoir accès aux activités politiques, économiques et sociales.  « Permettre à la moitié de la population de participer à la vie économique sera un bon départ pour le relèvement de l’Afghanistan », a insisté le délégué américain.   

M. JUAN RAMÓN DE LA FUENTE RAMÍREZ (Mexique) a rappelé que l’arrivée de l’hiver représentait un énorme défi pour l’acheminement de l’aide humanitaire dont dépendent 18,5 millions de civils afghans.  C’est pourquoi, conformément à la résolution 2596 (2021), il faut donner la priorité aux efforts pour fournir cette assistance.  Un accès illimité, sûr et sans entrave aux Nations Unies et aux autres acteurs humanitaires doit être garanti, conformément au droit international humanitaire, a-t-il insisté, avant de mettre l’accent sur la prise en compte du genre dans la conception des programmes humanitaires et leur mise en œuvre.  En outre, il a rappelé la nécessité de financer adéquatement le Plan de réponse humanitaire.  

M. de la Fuente Ramírez s’est dit préoccupé par les informations faisant état de violations des droits humains, notamment de menaces contre les femmes défenseuses des droits humains, d’arrestations, de disparitions forcées et de meurtres.  Le respect des droits humains de tous les Afghans doit se faire sans distinction.  De même, le droit à l’éducation des filles et des femmes à un travail rémunéré doit être préservé. 

Concernant la sécurité, le Mexique condamne sans équivoque les attaques délibérées contre la population civile et, en particulier, les attaques terroristes qui ont eu lieu ces dernières semaines.  Le terrorisme continue de représenter l’une des principales menaces à la paix et à la sécurité en Afghanistan et dans la région, a souligné M. de la Fuente Ramírez, qui a invité le Conseil à garder un œil sur les tendances dans toute la région, afin de le combattre plus efficacement.  L’Afghanistan ne doit pas redevenir synonyme de terreau fertile pour le terrorisme, a mis en garde le représentant, qui a insisté sur la centralité de l’inclusion.  Un Afghanistan stable et pacifique se construira dans la mesure où la pluralité et la diversité des voix afghanes auront un espace et une représentation dans les domaines politique, économique et social, a insisté M. de la Fuente Ramírez, qui a précisé que cela incluait la participation pleine, effective et significative des femmes, des jeunes et des minorités ethniques, linguistiques et religieuses.

L’Afghanistan est actuellement en butte à une « crise aux proportions historiques », a déclaré M. GHULAM M. ISACZAI (Afghanistan), car l’existence et la dignité de millions d’Afghans sont menacés par une mauvaise économie, une grave insécurité alimentaire et l’absence de sécurité et de droits et libertés fondamentales.  Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), près de 23 millions de personnes, dont 8,7 millions risquent d’être en proie à la famine, nécessiteraient une assistance humanitaire d’urgence.  Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a estimé de son côté que si cette situation perdure, 97% de sa population plongera dans une pauvreté absolue d’ici à la mi-2022.  Il a regretté que les Taliban continuent de défier les appels de la communauté internationale en faveur du respect des droits de l’homme, de la formation d’un gouvernement inclusif et pour couper leurs liens avec les groupes terroristes internationaux.  M. Isaczai a également déploré l’« apartheid sexiste » qui empêche femmes et filles de fréquenter les écoles du secondaire.  Cela fait 62 jours qu’il est interdit aux filles d’être scolarisées à ce niveau, a-t-il vivement dénoncé, en affirmant que les droits et l’autonomisation des femmes sont des questions « non négociables ». 

Le représentant afghan a souligné qu’il n’y a plus de manifestations pacifiques et que les assassinats de représailles se poursuivent malgré l’amnistie générale décrétée.  M. Isaczai n’a vu aucun jalon posé pour élargir la base de l’autorité de transition ou d’établir une feuille de route pour la paix susceptible de conduire à la composition d’un gouvernement réellement inclusif et démocratique.  Si bien que les Taliban ont pris le pouvoir par la force, la communauté internationale n’ayant d’autre choix que de traiter avec eux, a-t-il exhorté. 

Il a dégagé cinq domaines où la communauté internationale pourrait demeurer engagée, parmi lesquels l’assistance humanitaire et la prestation de services de santé.  Le délégué a prévenu qu’avec une grave sécheresse, l’approche de l’hiver, la propagation de la pandémie, l’économie dans un état délabré, et un régime incapable de payer les fonctionnaires ni de fournir les services de base, une « tempête parfaite se prépare ».  Et l’impact de cette crise sur les plus vulnérables sera à la fois dévastateur et difficile à inverser, en particulier pour les femmes, les enfants et les personnes handicapées.  Il a rappelé que selon l’UNICEF, faute de traitement, 1 million d’enfants risquent de mourir en raison de malnutrition aigüe.  Il a également exhorté à intensifier les mécanismes d’acheminement de l’assistance par un soutien aux organisations non gouvernementales et aux plateformes qui existaient déjà comme le Programme national de solidarité et les Conseils de développement communautaire, ce qui veut dire que des financements supplémentaires et substantiels seront nécessaires de la part de la communauté des donateurs à l’ONU et à d’autres organisations internationales travaillant sur le terrain.

La situation est extrêmement fragile et il est essentiel de ne pas financer directement les Taliban, d’où la nécessité d’établir des mécanismes pour faire face à la crise bancaire et prendre en considération la crise humanitaire sans précédent pour ce qui concerne les sanctions.  Il a en particulier recommandé de concevoir des moyens pour faire parvenir les financements de manière directe aux Afghans.  Le représentant a également prié le Conseil d’envisager un mandat plus robuste de la MANUA et de ne pas reconnaître tout gouvernement installé par la force, comme le stipule la Charte.  Il a aussi recommandé l’établissement par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU d’un mécanisme pour établir les responsabilités des Taliban dans les violations passées et qui se poursuivent dans le pays, en estimant que celui en place est insuffisant.  En 20 ans, les Taliban n’ont pas changé mais les Afghans, eux, oui, a-t-il affirmé, en exhortant le Conseil à un dialogue avec les Afghans pour mettre fin à la spirale actuelle de crises. 

L’ONU et, par ricochet, le Conseil de sécurité, doivent clairement signifier aux Taliban qu’ils n’accepteront pas un gouvernement non inclusif car la situation ne concerne pas uniquement l’Afghanistan et pourrait se reproduire ailleurs, a enfin fait valoir M. Isaczai.

M. MAJID TAKHT RAVANCHI (République islamique d’Iran) a rappelé que son pays avait, durant les quatre dernières décennies, accueilli des réfugiés afghans, avant d’ajouter que, « depuis la mi-août, des milliers d’Afghans entrent chaque jour en Iran », a-t-il ajouté.  En raison desdites sanctions et de ressources financières insuffisantes, l’Iran ne sera bientôt plus en mesure d’aider ces Afghans, a affirmé le représentant, qui a ajouté: « Soyons clairs: il ne s’agit pas d’un défi régional et les pays voisins ne doivent pas être abandonnés à eux-mêmes dans la réponse à apporter à ce défi extrêmement difficile. »  M. Takht Ravanchi a donc demandé aux pays donateurs d’honorer leurs engagements et de fournir les ressources financières nécessaires.  La fourniture d’une aide humanitaire dans les temps et le déblocage des avoirs afghans gelés ne doivent pas être politisés ou soumis à condition, a-t-il asséné.  

Prônant la tolérance zéro à l’encontre des terroristes, le représentant a souligné la nécessité que l’Afghanistan ne soit pas un sanctuaire pour ces derniers.  « L’établissement d’un gouvernement véritablement représentatif et inclusif, auquel tous les groupes ethniques et religieux participent, s’engageant à combattre le terrorisme et la criminalité organisée et à protéger les droits de tous les Afghans, et qui soit basé sur de véritables principes islamiques, est crucial pour un Afghanistan sûr, stable et prospère », a poursuivi M. Takht Ravanchi.  À cette fin, l’Iran continuera à engager « toutes les parties en Afghanistan, y compris les Taliban ».  En conclusion, le représentant a précisé que le Représentant spécial de son pays pour l’Afghanistan était actuellement à Kaboul, où il a rencontré de hauts responsables des Taliban.  

M. JONIBEK HIKMAT (Tadjikistan) a déclaré que l’Afghanistan était entré dans une nouvelle ère avec le retrait des forces de la coalition, marquée par des défis économiques, financiers et politiques croissants, le mécontentement et les doutes sur l’avenir du pays.  Cette situation exige des voisins immédiats de l’Afghanistan davantage d’efforts pour rétablir la paix et la stabilité du pays.  Toutefois, a ajouté le représentant, la politique adoptée par les Taliban mène le pays vers un point de non-retour, et ce, rapidement.

La communauté internationale leur a demandé par diverses voies de former un gouvernement inclusif et de couper leurs liens avec les organisations terroristes, de ne pas transformer l’Afghanistan en un refuge pour les terroristes, et de garantir les droits fondamentaux des femmes, des enfants et des groupes ethniques.  Jusqu’à présent, a constaté M. Hikmat, « aucune de nos demandes, ou pour être plus exact, aucune de leurs promesses n’a été tenue ».  Leur gouvernement intérimaire est entièrement dominé par les représentants d’un seul groupe ethnique; les Taliban continuent de coopérer avec Al-Qaida et l’État islamique d’Iraq et du Levant pour combattre la résistance dans la vallée du Panshir; et à dénier leurs droits aux femmes et aux filles.  C’est pourquoi le représentant a estimé que les Taliban devaient donner corps à leurs engagements avant que la communauté internationale fasse un nouveau pas vers eux.

M. Hikmat a condamné l’anarchie, les meurtres, les vols et les persécutions du peuple afghan, y compris les Tadjiks, les Hazara et d’autres groupes ethniques.  L’Afghanistan et son peuple ne devraient pas être entraînés à nouveau dans une autre guerre sanglante, a averti le représentant.  Voisins, nous ne restons pas indifférents lorsque l’ensemble du peuple afghan est au bord d’une catastrophe humanitaire, a-t-il ajouté.  Il a exigé que l’aide humanitaire d’urgence soit fournie sans entrave, directement et sans discrimination au peuple afghan.  L’aide internationale ne devrait pas renforcer les Taliban, a encore plaidé M. Hikmat pour qui le Tadjikistan est prêt à disposer de ses infrastructures et son territoire pour acheminer l’aide humanitaire nécessaire au peuple afghan.  Répétant que son gouvernement ne reconnaîtrait qu’un gouvernement inclusif en Afghanistan, le représentant a souhaité que le futur gouvernement afghan garantisse les droits et libertés fondamentaux de tous les citoyens afghans, en particulier des femmes.

M. MUNIR AKRAM (Pakistan) a affirmé que les scénarios « cauchemardesques » que l’on craignait après le 15 août ne se sont pas concrétisés.  Il n’y a pas eu de violence généralisée ni de violations des droits de l’homme.  Selon les agences des Nations Unies et les organisations humanitaires, la situation sécuritaire s’est considérablement améliorée et le Gouvernement intérimaire a autorisé et facilité la fourniture d’une assistance directe au peuple afghan.  Il répond positivement à l’engagement avec la communauté internationale, y compris les pays voisins.  Le verre est peut-être encore à moitié plein et pourtant, cet engagement a permis de progresser sur les diverses préoccupations de la communauté internationale.  Le défi immédiat est la grave crise humanitaire et économique que traverse l’Afghanistan, avec la moitié de sa population, soit 28 millions de personnes, confrontée à une insécurité alimentaire aiguë.  

Dans ce contexte, le représentant s’est dit « reconnaissant » que l’appel lancé par le Secrétaire général pour récolter 606 millions de dollars ait été entièrement financé.  Mais davantage d’aide est nécessaire, notamment pour éviter une catastrophe humanitaire et un effondrement économique.  Les organisations humanitaires sont également confrontées à des défis pratiques en raison de l’existence de sanctions bilatérales et du régime de sanctions du Conseil de sécurité.  Le Pakistan espère que les décisions appropriées seront prises pour permettre à ces organisations de surmonter leurs problèmes pratiques.  Cela dit, la crise plus vaste qui se profile est le danger d’un effondrement complet de l’économie afghane.  De l’argent liquide est nécessaire pour relancer l’économie, payer les salaires, restaurer les petites entreprises ou relancer le système bancaire.  À ce titre, la délégation s’est félicitée de la création du Fonds d’affectation spéciale des Nations Unies et espère que ce mécanisme et d’autres similaires seront opérationnalisés rapidement.  Elle a aussi souhaité que le gel « injustifié » des avoirs afghans sera bientôt levé.  

Le représentant a ensuite estimé que le processus d’engagement avec le Gouvernement intérimaire à Kaboul a permis de progresser vers les objectifs et les attentes de la communauté internationale.  Il doit être poursuivi et intensifié.  C’est par un engagement et un dialogue plus poussé, plutôt que par la coercition, que la communauté internationale pourra faire avancer son désir d’un gouvernement inclusif, du respect des droits humains, en particulier des droits des femmes, et d’un contre-terrorisme efficace.  Tout en exprimant ses préoccupations, la communauté internationale doit également rester réactive face aux besoins humanitaires et économiques de l’Afghanistan et au désir évident des autorités de Kaboul d’obtenir l’acceptation internationale et, à terme, une reconnaissance et une représentation aux Nations Unies.  À ce titre, la délégation a dit soutenir la suggestion de la Cheffe de la MANUA d’une feuille de route vers la normalisation en Afghanistan.  Elle a émis l’espoir que le mandat prorogé de la MANUA sera adapté au rôle qu’elle devra jouer dans le cadre d’un tel processus de normalisation.  

Malheureusement, a conclu le représentant, il y en a dans notre région qui, pour des raisons « nationales étroites », continuent de jouer le rôle de « spoiler » en Afghanistan.  Ils sont toujours impliqués dans des stratagèmes visant à déstabiliser ce pays et, de ce fait, doivent être isolés et exposés.  Après 40 ans, il existe une opportunité de paix dans tout l’Afghanistan pour éradiquer le terrorisme.  Elle ne doit pas être sacrifiée sur l’autel de l’ego, de la vengeance ou de la déception, et encore moins être sabotée par ceux qui voient un avantage personnel ou stratégique dans la poursuite du conflit et du chaos en Afghanistan, a-t-il ajouté. 

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