AG/EF/188

LE SOMMET ALIMENTAIRE MONDIAL DOIT INTEGRER LA SECURITE ALIMENTAIRE EN TANT QUE DROIT FONDAMENTAL

25 octobre 1996


Communiqué de Presse
AG/EF/188


LE SOMMET ALIMENTAIRE MONDIAL DOIT INTEGRER LA SECURITE ALIMENTAIRE EN TANT QUE DROIT FONDAMENTAL

19961025 APRES-MIDI AG/EF/188 La Commission économique et financière (Deuxième Commission) a entamé, cet après-midi, l'examen des questions de politique sectorielle, notamment celles qui portent sur la coopération pour le développement industriel et sur l'alimentation ainsi que sur le développement agricole durable. L'ouverture de ces discussions coïncide avec la commémoration, le 25 octobre, de la Journée mondiale de l'alimentation. La Commission était saisie de deux rapports à ce titre et de plusieurs lettres adressées par les représentants de missions permanentes auprès des Nations Unies au président de l'Assemblée générale.

Ont pris la parole les représentants des pays suivants : Costa Rica (au nom du Groupe des 77 et la Chine), Irlande (au nom de l'Union européenne), Fédération de Russie, Bolivie (au nom du Groupe de Rio), Bangladesh, Myanmar, Chine, Inde, Kenya, Colombie, Ghana, Thaïlande, Norvège, République islamique d'Iran, Philippines et Canada. L'Observateur permanent du Saint-Siège s'est également exprimé. Les représentants du Fonds international pour le développement agricole (FIDA), de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et de la Banque mondiale sont intervenus. La Commission a également entendu les déclarations liminaires de M. Mauricio de Maria y Campos, Directeur général de l'Organisation des nations Unies pour le développement industriel (ONUDI) et de M. Khalil Rahman, Economiste en chef à la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) qui ont respectivement introduit les rapports du Secrétaire général sur les points à l'ordre du jour.

Le Sommet alimentaire mondial, prévu le mois prochain à Rome, traitera de la sécurité alimentaire qui, de l'avis de nombreux intervenants, est un droit universel et fondamental encore dénié à plus de 800 millions de personnes dans le monde, dont 200 millions sont des enfants de moins de cinq ans. Le principal objectif du Sommet alimentaire mondial est d'analyser les causes de l'insécurité alimentaire et de prendre des engagements aux fins d'assurer l'alimentation à tous les êtres humains. La pauvreté est la cause majeure de l'insécurité alimentaire, ont-ils souligné en constatant que le problème n'est pas tant celui de l'abondance alimentaire mais bien celui de l'accès à la nourriture, en particulier dans les régions du monde en développement.

(à suivre - 1a)

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Des divergences d'appréciation sont apparues quant aux causes et aux moyens de mettre en oeuvre pour remédier à l'insécurité alimentaire. Certains pays ont souligné qu'il est de la responsabilité des gouvernements de promouvoir la sécurité alimentaire et d'entreprendre des politiques de développement qui facilitent une répartition équitable du revenu et de la nourriture. D'autres, en revanche, ont estimé intolérable de ne pas considérer le problème dans le contexte de la mondialisation et de la libéralisation des marchés, qui ont conduit à une paupérisation croissante des pays en développement. Un intervenant a jugé inacceptable notamment de ne pas verser le surplus de consommation de certaines nations aux pays défavorisés ou d'empêcher de venir en aide aux affamés. Plusieurs ont plaidé en faveur d'une conclusion heureuse du Sommet, à condition d'aplanir les litiges actuels au sujet de certains thèmes. D'autres ont également fait ressortir l'interaction entre la paix, le système économique international et les déséquilibres qu'il engendre, et la question de la sécurité alimentaire.

L'ONUDI a été au centre des discussions relatives au développement industriel. De nombreux pays ont rendu hommage à son action et ont souscrit au nouveau train de réformes de cette organisation, tout en indiquant que la coopération industrielle internationale reste un aspect essentiel du développement. Un représentant a appelé les Etats-Unis à réviser sa position vis-à-vis de l'ONUDI, en prenant en considération l'inestimable assistance technique et compétence qu'elle ne cesse d'offrir aux pays en développement.

La Deuxième Commission reprendra ses travaux le lundi 28 octobre à 10 heures.

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Questions de politique sectorielle

Dans le cadre de l'examen des questions sectorielles, la Commission économique et financière est également saisie d'un rapport du Secrétaire général intitulé "Questions sectorielles: coopération pour le développement industriel" (A/51/340), divisé en deux parties. La première, intitulée "Développement industriel: les grandes tendances, leurs incidences et les enjeux", dégage les différentes tendances du développement industriel des pays en développement et explique pourquoi l'industrie reste un instrument essentiel pour le développement économique et social et pourquoi la coopération est nécessaire au développement industriel des pays en développement. Cette partie passe en revue les grandes priorités de la coopération pour le développement industriel. La deuxième partie qui porte le titre "Rôle de l'ONUDI dans la coopération industrielle internationale pour le développement", résume les réformes mises en oeuvre par l'ONUDI en matière de programmation et de gestion et examine les sept domaines prioritaires définis par cette organisation. Elle rend compte aussi de la contribution de l'ONUDI aux grandes Conférences des Nations Unies et décrit le rôle coordonnateur que l'ONUDI joue dans le système de l'ONU.

Le Secrétaire général indique que la coopération industrielle internationale demeure un aspect essentiel du développement. Le développement industriel n'est pas une fin en soi mais un moyen de parvenir au développement économique et social. L'industrialisation est de plus en plus régie par les forces du marché et les marchés ont souvent besoin d'être renforcés mais les gouvernements jouent encore un rôle décisif dans la promotion d'un développement industriel viable à terme. Le Secrétaire général recommande de corriger les déficiences du marché, de renforcer les institutions, d'augmenter l'offre de main-d'oeuvre qualifiée, d'encourager l'adoption de politiques de compétitivité internationale, de favoriser le progrès technique et d'accélérer l'équipement.

Au chapitre de l'évolution industrielle des pays en développement, le Secrétaire général indique que malgré le fait que ces pays aient essuyé de nombreux revers, leur part dans la production industrielle et le commerce mondiaux a globalement augmenté. Leur contribution à la valeur ajoutée manufacturière mondiale est passée de 12% en 1960 à 17% vingt ans plus tard et à 19,5% en 1995. Elle devrait atteindre 29% en 2005. De la même façon, leur part dans les exportations mondiales de produits manufacturiers est passée de 13% en 1960 à 22,6% en 1995 et devrait avoir atteint 26,5% en 1999. Toutefois, le rapport indique que les données globales masquent d'énormes disparités. Ainsi, à l'exception de l'Afrique du Sud, la part de l'Afrique dans la valeur ajoutée manufacturière mondiale était seulement de 0,65% en 1960 et n'avait atteint que 0,85% en 1980. Les données les plus récentes indiquent qu'elle est retombée à 0,74%.

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Alors que l'Asie du Sud et l'Asie de l'Est sont à l'origine de presque la moitié de la valeur ajoutée manufacturière produite par l'ensemble des pays en développement, l'Afrique n'en produit que 6%. D'autre part, l'écart croissant entre le niveau de développement industriel de diverses régions en développement se traduit par une forte concentration de l'investissement étranger direct (IED). En 1993, dix pays ont, à eux seuls, accueilli presque 80% de l'IED dans les pays en développement.

Dans les pays d'Amérique latine et des Caraïbes, la valeur ajoutée manufacturière, qui avait modestement augmenté de 6% en 1994, a diminué de 0,8% en 1995. En Asie occidentale, elle est remontée à partir de 1994, et a augmenté rapidement en 1995 malgré la baisse des cours de pétrole. Le Secrétaire général souligne que les résultats économiques récents des pays à économie en transition sont étroitement liés à l'état d'avancement des réformes. Certains pays d'Europe centrale et orientale ont réussi à réorienter leurs exportations vers les pays de l'OCDE. Les apports d'IED vers tous les pays à économie en transition pour lesquels il existe des données sont passés de 600 millions de dollars en 1991 à 4 à 5 milliards par an durant la période de 1992-1994. Le Secrétaire général note toutefois que ces apports sont fortement concentrés sur quelques pays seulement. Il souligne aussi que le développement industriel est loin d'être un phénomène autonome et durable. Il estime indispensable de continuer l'appui international dans le but d'assurer un développement durable qui remplirait deux conditions essentielles : sa viabilité sur le plan social par la création d'emplois et la lutte contre la pauvreté, et son caractère écologiquement rationnel.

Dans son rapport intitulé "Utilisation des ressources en eau douce aux fins de la production vivrière et agricole et incidences des résultats des négociations commerciales multilatérales d'Uruguay sur la production vivrière, y compris les produits agro-industriels et la sécurité alimentaire générale dans les pays en développement" (A/51/431), le Secrétaire général rappelle que, dans sa résolution 49/103, l'Assemblée générale a invité instamment la communauté internationale à donner aux questions de l'alimentation et du développement de l'agriculture un rang élevé dans l'ordre des priorités du développement. Elle a considéré que les ressources en eau douce se raréfient dans un nombre croissant de pays et qu'il faut augmenter la production vivrière dans les pays en développement, notamment en améliorant l'irrigation et en gérant mieux les ressources en eau. Elle a également noté que les accords conclus à l'issue des négociations commerciales multilatérales d'Uruguay ont établi la base d'un processus de réforme du commerce des produits agricoles et auront d'importantes répercussions sur le développement de la production vivrière, des produits agro-industriels et des marchés internationaux de produits agricoles et tropicaux ainsi que sur la sécurité alimentaire mondiale. Elle a également prié le Secrétaire général de présenter un rapport sur l'application de la précédente résolution.

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En ce qui concerne les ressources en eau douce et la production agricole, le rapport indique que les disponibilités en eau douce au niveau mondial représentent 10 fois la demande actuelle mais que ces chiffres globaux recouvrent des différences importantes dans la répartition de l'eau douce dans le monde comme de la demande d'eau. Ainsi, dans certaines parties du monde, la demande a augmenté à tel point qu'elle dépasse largement les disponibilités. D'ici à l'an 2000, les disponibilités en eau douce de la planète ne représenteraient que 3,5 fois la demande en raison de l'accroissement de la population mondiale.

Lorsque les ressources en eau renouvelables internes tombent au dessous de 1000m3 par habitant et par an, on considère qu'il y a une sujétion qui gêne le développement socio-économique et la protection de l'environnement. Plus de 230 millions d'êtres humains, répartis dans près de 26 pays sont déjà dans ce cas. A la fin de ceux-ci, on compte que les disponibilités en eau tomberont au dessous de 2000m3 par habitant dans plus de 40 pays. C'est notamment en Afrique et en Asie que la situation des disponibilités en eau semble s'aggraver, en même temps que la qualité de l'eau se dégrade. Par contre l'Amérique du Sud est bien pourvue en ressources en eau.

L'agriculture irriguée, beaucoup plus productive que l'agriculture pluviale, assure près de 40% de la production vivrière mondiale pour 17% de terres cultivées. Mais l'agriculture irriguée consomme beaucoup plus d'eau à l'unité produite. Sa part dans la consommation d'eau douce dans le monde représente près de 70%. Cette part ne cesse toutefois de diminuer sous l'effet de la demande croissante d'autres secteurs. Si l'on tient compte des besoins de l'industrie et des communes, des déperditions d'eau et des débits à assurer dans les écoulements, il apparaît que, d'ici à l'an 2005, les besoins d'eau dépasseront toutes les disponibilités en eaux de ruissellement de 5%.

L'avenir de l'agriculture irriguée passe par une meilleure gestion de l'eau. Dans de nombreux cas, l'amélioration des techniques d'irrigation et des pratiques de gestion des ressources hydriques peut réduire le gaspillage. L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a lancé un grand programme de rationalisation de l'utilisation de l'eau qui repose sur l'amélioration de la gestion des ressources hydriques dans les exploitations agricoles, l'amélioration des ouvrages d'irrigation, l'évaluation et la diffusion des techniques de mise en valeur des ressources en eau à moyenne échelle et l'appui aux Etats Membres.

Le rapport attire également l'attention sur le problème des maladies transmises par des vecteurs aquatiques au nombre desquelles le paludisme et la bilharziose et celui de la salinisation. Selon le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), la superficie des terres irriguées diminue de 1,5 million d'hectares par an du fait de la saturation des terres et de la salinisation.

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Dans ses conclusions sur la question des ressources en eau douce et de la production agricole, le rapport souligne que s'il existe aujourd'hui de nombreuses techniques de mise en valeur des ressources hydriques, encore faut- il mobiliser les fonds privés et publics pour les appliquer. La Déclaration de Dublin a souligné qu'il fallait une approche globale pour gérer aux mieux les eaux douces et protéger les écosystèmes naturels. Le chapitre 18 d'Action 21 a pour thème central l'application d'approches intégrées de la protection et de l'utilisation écologiquement viables des ressources en eau douce. Plusieurs organismes des Nations Unies en ont également fait une priorité.

La seconde partie du rapport est consacrée aux incidences de l'Accord du cycle d'Uruguay sur la production alimentaire mondiale, les produits agro- alimentaires et les marchés internationaux des produits agricoles et tropicaux ainsi que de la réforme du commerce mondial des produits agricoles découlant de l'Accord sur l'agriculture. Le rapport rappelle que l'Acte final des Négociations multilatérales d'Uruguay qui ont duré sept ans, a été signé à Marrakech en avril 1994. L'Accord sur l'agriculture prévoit la suppression des barrières douanières et leur remplacement par des droits "tarification", la réduction des droits de douane, des subventions et du soutien et la consolidation de la quasi-totalité des tarifs.

Un traitement spécial et différencié est accordé aux pays en développement. Les pays les moins avancés ne sont pas tenus de procéder à des réductions tarifaires. Les pays en développement sont autorisés à subventionner partiellement l'achat et la vente des stocks alimentaires sous réserve que les subventions versées aux producteurs entrent dans le calcul de la mesure globale du soutien (MGS). Sont exclues des engagements de réduction de ces pays la distribution de produits alimentaires subventionnés non visés par l'Accord, les subventions à l'investissement et les subventions aux intrants agricoles. Les droits résultant de la conversion de mesures non tarifaires (tarification) et les droits préexistants imposés sur tous les produits agricoles doivent être réduits de 36% dans les pays développés et de 24% dans les pays en développement.

Les études visant à quantifier les effets de l'Accord ont produit des estimations contrastées qui ne sont pas toujours conciliables. Elles permettent toutefois de dégager les éléments suivants : premièrement, les cours mondiaux des produits agricoles, notamment les produits de la zone tempérée augmenteront, même si l'on ne sait pas encore dans quelle proportion; deuxièmement, l'Accord en lui-même n'entraînera pas une augmentation notable du volume des échanges; troisièmement, les productions subventionnées cèderont progressivement la place aux productions concurrentielles, ce qui devrait profiter aux pays en développement. Enfin, l'augmentation nette des échanges de produits agricoles des pays en développement dont l'économie est la plus fragile, sera faible, il y aura même une diminution de ces échanges.

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Le rapport publie par ailleurs les principaux résultats de l'étude de la FAO sur les effets de l'application de l'Accord sur certains produits agricoles dans différentes régions, réalisée en utilisant son Modèle alimentaire mondial.

Le rapport aborde la question de l'incidence de l'Accord sur la sécurité alimentaire mondiale et conclut que, sous réserve de l'adoption de politiques appropriées pour répartir rationnellement les gains et indemniser les perdants, la libéralisation du commerce pourrait jouer un rôle non négligeable dans l'amélioration de la sécurité alimentaire.

Déclaration liminaire

M. MAURICIO DE MARIA Y CAMPOS, Directeur général de l'Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI), a souligné que l'industrialisation est devenue synonyme du progrès économique et qu'elle a ajouté de la valeur au développement social. Le développement industriel est indispensable à l'intégration des pays en développement dans l'économie mondiale. Il a indiqué que les gouvernements jouent un rôle non négligeable puisqu'ils établissent les politiques et créent l'infrastructure tout en rectifiant les déséquilibres géographiques. Au cours des dernières années, les pays en développement en tant que groupe ont enregistré des progrès significatifs dans le domaine du développement industriel. Il a mentionné le rapport du Secrétaire général pour souligné les disparités dans ce domaine. Deux autres facteurs sont importants, à savoir l'élimination de la pauvreté et la création d'emplois. M. de Maria Y Campos a également détaillé le rôle de l'ONUDI qui se concentre sur des projets prioritaires pour compléter les efforts nationaux. Il a souligné le niveau de coopération avec les pays africains par la création des capacités entre les gouvernements et les industries privées au niveaux national, sous-régional, régional et international. L'Organisation joue un rôle catalyseur en tentant de créer des opportunités et d'améliorer la collaboration interinstitutions. Le Directeur de l'ONUDI a décrit les principaux domaines de collaboration avec les différentes institutions du systèmes des Nations Unies et avec celles de Bretton Woods. M. de Maria Y Campos a indiqué que le développement industriel doit être conçu comme un élément de renforcement de la paix et de promotion du développement à long terme.

Débat

Mme ANA TERESA DENGO (Costa Rica), au nom du Groupe des 77 et la Chine, a fait remarquer que de nombreux pays, en particulier les moins développés, sont restés à la traîne du progrès industriel. Il ne fait aucun doute, a-t-elle déclaré, que la responsabilité en incombe prioritairement aux pays en développement eux-mêmes. La communauté internationale a cependant un rôle crucial à jouer dans le redressement des déséquilibres en matière de développement et doit instaurer un environnement économique qui favorise le développement durable dans les pays en développement. Dans le contexte économique actuel caractérisé par la mondialisation, aucun pays ne peut se permettre d'ignorer l'importance de la compétition sur le marché international.

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Au cours de leur 20ème réunion annuelle le 27 septembre, a indiqué la représentante, les Ministres des affaires étrangères du Groupe des 77 et la Chine, ont adopté une déclaration ministérielle qui souligne l'importance du développement industriel. Les Ministres ont estimé que l'Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI) avait un rôle de plus en plus important à jouer, notamment en tant qu'organe de coordination au sein du système des Nations Unies dans le domaine du développement industriel. Elle s'est félicitée du succès rencontré par la réforme destinée à améliorer l'efficacité de l'ONUDI.

Au moment où 800 millions de personnes dans le monde, dont plus de 200 millions d'enfants souffrent de malnutrition, a-t-elle fait valoir, la communauté internationale se doit d'assister les pays en développement dans leurs efforts pour assurer la sécurité alimentaire. Elle s'est félicitée de la tenue, du 13 au 17 novembre à Rome, du Sommet mondial de l'alimentation.

Mme HELEN BROWNE (Irlande), au nom de l'Union européenne et d'autres pays associés, a axé son intervention sur les préparatifs en vue de la tenue du Sommet alimentaire mondial. Elle a rappelé que le 25 octobre est la Journée mondiale de l'alimentation. Le principal objectif du Sommet alimentaire mondial est d'analyser les causes de l'insécurité alimentaire et de prendre des engagements aux fins de garantir à l'humanité l'accès à la nourriture. La pauvreté est la cause majeure de l'insécurité alimentaire, a-t-elle précisé, en ajoutant que l'élimination de la pauvreté apparaît comme essentielle pour améliorer l'accès à l'alimentation et rompre le cercle vicieux de la pauvreté. Cette responsabilité relève du domaine national. Il est du devoir des gouvernements de promouvoir la sécurité alimentaire et d'entreprendre des politiques de développement qui facilitent une répartition équitable du revenu et de la nourriture. Les secteurs agricoles doivent être encouragés à travers des politiques macro-économiques et sectorielles qui préservent et respectent l'environnement. Une exploitation rationnelle des ressources naturelles est cruciale. Mme Browne a mis l'accent sur le rôle du système des Nations Unies et de la communauté internationale en vue d'épauler les efforts nationaux dans ces domaines. Elle a plaidé en faveur du respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des conditions démocratiques stables, des politiques écologiquement rationnelles et d'une politique de promotion des infrastructures de base en tant que conditions essentielles pour assurer un environnement susceptible de renforcer la sécurité alimentaire.

Elle a souligné la nécessité d'arriver à un consensus sur les thèmes litigieux dans le contexte des préparatifs du Sommet alimentaire mondial. La représentante a recommandé une approche intégrée pour mettre en oeuvre les engagements récents pris dans d'autres Conférences internationales sur le développement. Le Sommet conclura le consensus international du développement centré sur l'être humain en y ajoutant la dimension décisive de la sécurité alimentaire.

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M. VASILY A. NEBENZYA (Fédération de Russie) a estimé que l'ONUDI devra rester l'organe de coordination essentiel dans le domaine du développement industriel. Il a suggéré que cette organisation renforce ses liens avec la Commission du développement durable, notamment dans le domaine de la technologie. Il a fait valoir que les réformes entreprises sont essentielles au maintien et au renforcement de l'Organisation. Il a demandé que les problèmes des pays en transition soient plus largement pris en compte. Il a salué le rôle joué par le service d'aide à l'investissement et indiqué que les trois ateliers organisés en Russie par l'Organisation ont suscité un grand intérêt.

Le représentant a fait valoir que le développement durable passe par la résolution du problème alimentaire. L'examen de la situation dans le monde montre que les efforts de la communauté internationale sont insuffisants, a-t-il observé. Il s'est félicité de la tenue du Sommet mondial de l'alimentation et a exprimé l'espoir que ce sera l'occasion de chercher à éliminer les causes de la pénurie alimentaire dans tous les pays du monde et de trouver des solutions en tenant compte des spécificités de chaque pays. Il ne nous paraît pas utile de créer de nouveaux organismes ou instruments dans la mesure où nous pensons que la solution se situe au niveau de chaque Etat, a-t-il également déclaré. Nous espérons que les intérêts spécifiques des pays en transition seront reflétés dans les travaux du Sommet et que les problèmes que rencontrent ces pays seront examinés ainsi que les moyens permettant de les résoudre.

M. RENE SORIA GALVARRO HAENSEL (Bolivie), au nom du Groupe de Rio (Argentine, Brésil, Bolivie, Equateur, Colombie, Chili, Mexique, Panama, Pérou, Uruguay, Venezuela, et Costa Rica au nom des pays de l'Amérique centrale), a déclaré qu'en dépit des efforts considérables en vue d'améliorer la nutrition par habitant, au début des années 1990, 800 millions de personnes des pays en développement souffraient encore de malnutrition. Dans les différentes régions de l'Amérique latine et des Caraïbes, le niveau de l'insécurité alimentaire a atteint des taux intolérables dans certains endroits, avec 64 millions de personnes souffrant de malnutrition, ce qui correspond à 13% de la population régionale, a indiqué M. Galvarro Haensel.

Durant la Conférence régionale de la FAO pour l'Amérique latine et les Caraïbes, tenue à Asuncion, Paraguay, du 2 au 6 juillet dernier, la région a examiné les politiques et les actions prioritaires nécessaires en vue de remédier aux problèmes de cette région en matière de sécurité alimentaire. La région s'est fixée pour objectifs, d'ici à 2010, de réduire la malnutrition de 15% - ce qui était son niveau en 1991-1992 - à 6% de la population et de garantir un apport en énergie alimentaire qui ne soit pas inférieure à 2 700 calories par jour et par personne dans tous les pays.

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Le représentant a ajouté que, pour la première fois depuis les 50 ans d'existence de la FAO, les chefs d'Etat se réuniront, à l'occasion du Sommet mondial alimentaire de Rome en novembre prochain, afin de réitérer leur engagement en faveur de l'élimination de la pauvreté et de l'insécurité alimentaire grâce à l'adoption de politiques concertées et de stratégies efficaces visant à éliminer les causes profondes de ces fléaux.

En ce qui concerne le développement industriel, M. Galvarro Haensel a indiqué que le succès économique de chaque pays est étroitement lié à la compétitivité industrielle et technologique. Il a signalé que la région de l'Amérique latine et des Caraïbes a réduit sa valeur ajoutée manufacturière de 0,8% en 1995, en comparaison avec un modeste accroissement de 6% en 1994. Il a relevé que la part de cette région dans la valeur ajoutée manufacturière des pays en développement est passée de 37% à 24% entre 1985 et 1995. Le temps est venu pour que la communauté internationale reconnaisse et appuie le rôle important que l'ONUDI peut jouer dans le développement industriel social et écologiquement rationnel, a conclu le représentant.

M. AMINUL ISLAM (Bangladesh) a souligné les problèmes posés par la pénurie alimentaire et la malnutrition. Il a attiré l'attention sur le cas de son pays qui, malgré des progrès impressionnants dans les domaines de la technologie et de la diversification des cultures, doit importer en moyenne 1,8 à 2 millions de tonnes de blé et de riz. Ces dépenses pèsent considérablement sur les réserves monétaires et détournent les ressources déjà rares des projets de développement vitaux, et notamment des projets visant à développer la production de céréales. C'est un exemple du dilemme auquel sont confrontés les pays en développement. Ils souffrent de pénurie alimentaire et sont forcés d'utiliser leurs fonds, pour le financement des importations au lieu d'améliorer leur production agricole. La solution est de permettre aux pays concernés d'acheter leur nourriture sans qu'ils aient à utiliser des ressources destinées à des projets de développement, a déclaré le représentant. Grâce aux progrès technologiques, et notamment à une irrigation adaptée, nous avons aujourd'hui les moyens de nourrir l'humanité tout entière.

M. UTHANE MYINT (Myanmar) a indiqué que son pays est essentiellement agricole et qu'à ce titre, il est également un important exportateur net de produits agricoles. Toutefois, la population du Myanmar a connu un accroissement rapide et vers le milieu des années 80 ses exportations agricoles ont souffert un déclin. Le riz étant l'aliment de base du pays et la principale source de revenu à l'exportation, le gouvernement a été obligé de chercher des solutions. Face à cette situation, le Myanmar a dû procéder à des réorientations de sa politique. Des mesures ont été prises pour accroître les cultures oléagineuses, pour encourager l'utilisation des semences améliorées et autres. Ces efforts ont favorisé une nette progression puisque la production de riz a augmenté de 632,7 millions de sacs à 937,8 millions de sacs. D'autres mesures tels que l'utilisation de machines agricoles appropriées et de crédits pour relancer l'agriculture ont permis un changement significatif.

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L'expérience du Myanmar démontre que la production alimentaire et la productivité peuvent être atteintes grâce à des politiques bien ciblées. M. Myint a signalé que ce changement n'aurait pas vu le jour sans l'appui et la collaboration des agences du système des Nations Unies ainsi que ceux de pays et d'organisations amies. Il a estimé à cet égard que les pays développés et les pays en développement doivent s'activer et se mettre d'accord pour réaliser pleinement les accords du cycle de l'Uruguay et de l'acte final.

M. SHIGEAKI TOMITA, Fonds international pour le développement de l'agriculture (FIDA), a indiqué que les pauvres en milieu rural sont au coeur du mandat du Fonds dont le but exclusif, depuis plus de vingt ans, est de les aider à utiliser des capacités et des talents sous-employés pour sortir de la pauvreté. Réduire la pauvreté en zone rurale est une étape décisive du développement durable, a-t-il fait observer. Une partie du problème réside dans la perception traditionnelle de la pauvreté et des pauvres. Il ne faut pas voir les pauvres comme un fardeau pesant sur les économies nationales mais plutôt comme des apports potentiels. Il faut tout d'abord comprendre les pauvres dans leur propre contexte, leurs conditions locales spécifiques, leurs besoins, contraintes et possibilités. En deuxième lieu, nous devons concevoir et mettre en oeuvre des activités avec eux et non pour eux. Les ressources doivent être autant que possible gérées par les pauvres. Enfin, un environnement institutionnel favorable doit être créé.

La fourniture de services financiers ruraux aux groupes cibles traditionnels du FIDA, artisans, villageois et femmes est peut-être l'un des outils les plus efficaces utilisées par nos institutions, a-t-il indiqué. L'accès au crédit qui permet l'acquisition d'outils de production est un facteur très important. Les groupes d'épargne locaux sont un canal important utilisé par le Fonds pour ses prêts. Les femmes dont souvent les principaux emprunteurs et présentent le plus faible risque.

M. YU QINGTAI (Chine) a indiqué que la Chine, en tant que pays en développement qui veut assurer sa croissance économique, le développement industriel demeure essentiel. L'ONUDI a un rôle central à jouer, surtout depuis qu'elle a entrepris une série de réforme pour renforcer son assistance aux pays en développement. Il a émis l'espoir que cette Organisation poursuivra son assistance aux pays en développement et recevra les moyens nécessaires en vue de poursuivre son train de réformes. Le représentant a évoqué la réduction de l'aide publique au développement. Les pays développés devront redresser le déclin de l'aide alimentaire et favoriser le développement des ressources naturelles des pays en développement. Dans les perspectives actuelles assez graves, le Sommet alimentaire mondial de Rome prend toute sa signification. Il a souligné que la Chine est un pays en développement dont la population (1 milliard 200) est considérable. Il a assuré que son pays consent des efforts importants pour assurer une alimentation à tous ses citoyens.

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Mme RENUKA CHOWDHURY (Inde), a rappelé que dans la résolution 49/108 de l'Assemblée générale, les Etats Membres ont unanimement reconnu l'importance de l'industrialisation en tant qu'instrument dynamique de la croissance indispensable au développement économique et social des pays en développement. Ils ont également souligné le rôle de l'ONUDI dans le processus du développement industriel. Elle a regretté que le rapport ne contienne pas de données détaillées expliquant comment les industries des pays en développement continuent de dépendre de celles des pays développés. Dans le cas de l'Afrique, la tendance réelle de la part de la valeur ajoutée est modeste. Elle a estimé que l'ONUDI, depuis sa création a aidé les gouvernements et les secteurs privés grâce à un appui constant et à un apport d'expertise hautement qualifiée dans différents domaines. Cette expérience est disponible à des coûts inférieurs à ceux du marché, a-t-elle précisé en plaidant en faveur de la préservation du rôle unique de l'ONUDI. Mme Chowdhury a déploré que le chapitre 30 d'Action 21, qui traite de la promotion du développement industriel, n'ait pas reçu l'attention voulue en terme d'application. Elle a rappelé que ce chapitre évoque la nécessité pour les secteurs commercial et industriel d'agir avec responsabilité et veille à la mise en oeuvre de politiques à long terme, ainsi que la promotion des processus efficaces de production et une exploitation plus judicieuse, des ressources et des produits à moins de déchets. La représentante a souhaité qu'à l'avenir, cette question soit reprise par l'ONUDI et qu'elle soit traitée au cours de la session extraordinaire de l'Assemblée générale sur l'examen d'ensemble et d'évaluation du Programme Action 21.

M. NJUGUNA M.MAHUGU (Kenya) a fait observer que le développement industriel continue d'être un instrument vital du progrès économique et social. Il est toutefois nécessaire de maintenir la dynamique de tous les aspects de la coopération industrielle, en particulier dans les pays en développement comme le Kenya, a-t-il estimé. Alors que la part des pays en développement dans la valeur manufacturière ajoutée est de 19,7% en 1995, la croissance en Afrique subsaharienne a été insignifiante avec seulement 1,9%. Le secteur industriel du Kenya a cependant réussi à se situer à un niveau record de 3,9% en 1995 malgré l'intense compétition des produits d'importation dans l'économie libéralisée du pays. Cette croissance constitue une pauvre performance par rapport à ses performances dans les années 70 où ses taux de croissance se situaient entre 12 et 15%.

Le représentant a indiqué que son pays soutenait tous les efforts de coopération en matière de développement industriel et notamment la coopération Sud-Sud au niveau intergouvernemental et de groupes intégrant le secteur privé et les entreprises. M. Mahugu a lancé un appel pour qu'une aide internationale soit fournie aux pays en développement de façon à leur permettre d'intégrer de nouvelles méthodes d'irrigation et de collecte d'eau dans leurs techniques agricoles.

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M. JAIRO MONTOYA (Colombie) a noté que si l'on considère la situation actuelle, il est clair que la production alimentaire est plus qu'abondante, comme il est aussi clair que cela ne résout pas les problèmes alimentaires mondiaux. Force est de reconnaître, a-t-il déclaré, que le problème ne réside pas tant dans l'offre que dans l'accès à la nourriture. De nos jours, 200 millions sur les 800 millions de personnes souffrant de malnutrition chronique sont des enfants âgés de moins de cinq ans. En dépit de l'abondance, le monde est confronté à des millions de personnes affamées. Il est donc crucial d'affronter ce problème, et donner une place de choix à la réalisation de l'objectif de l'alimentation pour tous et de l'élimination de la pauvreté.

Les tentatives de changer le concept de la sécurité alimentaire en tant que droit fondamental à celui de la participation aux marchés mondiaux, qui par définition excluent les plus démunis de l'acquisition du pouvoir, est un principe contraire à celui de l'accès à la nourriture en tant que partie intégrante des droits de la personne à la qualité de la vie. Concernant le Sommet alimentaire mondial, M. Montoya s'est prononcé en faveur de mesures tendant à appuyer les pays en développement à résorber leur déficit alimentaire et à mieux participer aux marchés mondiaux. Il a fait ressortir que le Sommet mondial était la tribune appropriée pour analyser les relations entre le commerce et la sécurité alimentaire. Le représentant a posé la question de savoir si les politiques commerciales en matière de produits agricoles dans les pays en développement devaient être remplacées par d'autres visant à satisfaire les normes de consommation imposées par les marchés des pays développés. Parallèlement, les politiques de certaines institutions multilatérales cherchent à encourager les nations pauvres à des cultures qui leur procurent des devises visant à payer la dette extérieure et à importer de la nourriture. Pour toutes ces raison, M. Montoya a souligné que l'apport en nourriture ne doit pas être perçu uniquement à partir d'une perspective de production. D'autres facteurs comme des technologies adéquates, les flux des investissements, le commerce, l'environnement économique et les systèmes de prévention d'urgence sont également à considérer.

Il a appelé à ce que le Sommet alimentaire mondial ne se limite pas à une campagne d'éducation, mais qu'il s'achève sur les objectifs et les engagements de la coopération internationale dans le domaine de l'alimentation et de la nutrition. Dans ce cadre, la coopération intergouvernementale est également importante et peut jouer un rôle majeur dans la réduction de la famine. Pour cela, l'économie de marché doit fonctionner équitablement et viser à promouvoir la stabilité sociale. Le problème de l'élimination de la famine repose sur une volonté politique à l'échelle internationale, a commenté M. Montoya, qui a émis l'espoir que le Sommet permettra de faire disparaître les "crochets mentaux" autour de la responsabilité de la communauté internationale et des organisations internationales vis-à-vis de la sécurité alimentaire des nations défavorisées.

- 13 - AG/EF/188 25 octobre 1996

Mme MESSIE Y. AMOAH (Ghana) a fait remarquer que l'Afrique se trouve de plus en plus marginalisée faute de pouvoir s'industrialiser et de pouvoir accéder aux secteurs secondaires et tertiaires. Il a estimé que la communauté internationale et le système des Nations Unies doit renforcer la coopération en faveur du développement industriel de l'Afrique dans les domaines de la politique industrielle et du développement des ressources humaines ainsi que le développement de petites et moyennes entreprises.

La représentante a fait observer que le Sommet mondial de l'alimentation devait se concentrer sur les moyens d'éliminer la famine et la malnutrition dans le monde et d'assurer la sécurité alimentaire. Pour parvenir à une solution à long terme, a-t-il déclaré, il est nécessaire de prendre en compte les aspects multiples de la sécurité alimentaire. A cet égard, toute tentative d'augmentation de la production alimentaire doit prendre en compte la gestion durable des ressources naturelles.

L'ARCHEVEQUE RENATO RAFFAELE MARTINO (Saint-Siège) a indiqué que le point à l'ordre du jour de la Commission, à savoir l'alimentation mondiale est littéralement une question de vie ou de mort. Citant le Pape Jean Paul II, il a affirmé que l'alimentation est un droit fondamental des droits de l'homme. Il a souhaité que le droit à l'alimentation soit inscrit, une fois de plus, dans le document final du Sommet alimentaire mondial. Ajoutant que ce droit est inaliénable et universel pour chaque individu et pour chaque famille, il a précisé que nul n'est exempté du droit d'apporter une aide alimentaire. Lorsque l'on parle de sécurité alimentaire, il est important de réaffirmer que personne ne peut être empêché d'apporter de l'aide et de la nourriture à ceux qui souffrent de la faim. La répartition des terres et le droit des femmes à l'accès à la terre doivent être fortement réaffirmés. Au niveau national, le développement agricole durable doit être encouragé et renforcé, particulièrement dans les régions où la production agricole est quasi-inexistante. La guerre est synonyme non seulement de pauvreté mais aussi de famine. En faisant la guerre, on rend la terre incultivable, a commenté l'Archevêque. Il a fortement plaidé en faveur d'une attention au problème des mines terrestres dans le contexte de la sécurité alimentaire. Il faut admettre qu'il existe "une structure de la famine", a-t-il ajouté. Les politiques économiques ne sauraient être séparées des considérations éthiques. Il a annoncé que le Saint-Siège a rendu public hier un document intitulé "World Hunger A challenge for All: Development in solidarity", qui est une contribution plus complète et articulée de la part du Vatican à la discussion portant sur le scandale de la faim dans un monde qui a les moyens de nourrir chaque personne. Il a cité le message du Pape au Directeur général de l'Organisation mondiale pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) à l'occasion de la Journée mondiale de l'alimentation dans lequel le pape affirme le droit à la sécurité alimentaire.

- 14 - AG/EF/188 25 octobre 1996

M. THAKUR PHANIT (Thaïlande) a fait observer que le développement industriel est un élément vital du progrès social et économique. Il a souligné l'apport de l'ONUDI dans l'effort d'industrialisation des pays en développement. Le représentant a indiqué que son pays a fait l'expérience des avantages qu'apporte la coopération avec l'ONUDI. La Thaïlande a participé à différents projets en coopération avec l'Organisation, a-t-il déclaré. Ces projets couvraient des secteurs très différents allant de la promotion de zones industrielles à l'acquisition de techniques d'emballage.

Le représentant a indiqué qu'en tant que gros exportateur de produits agricoles, la Thaïlande attache une grande importance à la question du développement agricole et alimentaire durable. Ces activités dépendent des ressources agricoles au nombre desquelles l'eau douce.

M. FREDERICK H. WEIBGEN, Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), a observé que la FAO est en première ligne lorsqu'il s'agit de promouvoir le développement agricole et rural en tant que moyen de parvenir à la sécurité alimentaire pour tous. Pendant toute son existence, elle a multiplié les efforts pour améliorer le sort des producteurs alimentaires comme des consommateurs dans le monde et pourtant beaucoup reste encore à faire, a-t-il fait valoir. Il faut accroître la production et la productivité agricoles de façon à répondre aux besoins d'une population en expansion rapide mais cela doit être accompli par une utilisation plus efficace plutôt que plus importante des ressources naturelles. Le développement agricole et rural doit se poursuivre en prenant en compte des problèmes tels que la dégradation du sol, l'érosion, la raréfaction de l'eau, la déforestation et la pêche irresponsable.

A l'approche du nouveau millénaire, a-t-il déclaré, il devient évident que les efforts de la FAO et de nombreuses autres organisations n'ont pas suffi. Si la tendance actuelle se poursuit, le nombre des personnes sous-alimentées sera encore de 680 millions en 2010; ce chiffre est intolérable. Placé face à ce scénario, le Directeur général de la FAO a pris l'initiative de réunir le Sommet mondial de l'alimentation qui s'efforcera de faire la synthèse des initiatives précédentes et contribuera à surmonter le fléau de la famine et de la malnutrition.

M. SVEIN AASS (Norvège) a indiqué que son pays ferait tout ce qui est en son pouvoir pour que le Sommet mondial de l'alimentation soit un succès. Il est essentiel, a-t-il estimé, que le Plan d'action approuvé pendant le Sommet ne soit pas seulement un plan à court terme visant à accroître la production. Ce dont les pays ont besoin, c'est d'un plan à long terme reflétant tous les aspects environnementaux, économique, social et politique de la sécurité alimentaire. Il est également nécessaire de prendre en compte les résultats des Conférences et des Sommets qui se sont tenus au cours des cinq ou six dernières années.

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La principale tâche à laquelle nous sommes confrontés reste la réduction de la pauvreté, a déclaré le représentant. La contribution de la communauté internationale à cette tâche est vitale. Il est donc particulièrement triste d'assister à une diminution des contributions extraordinaires et de l'aide au développement en général. La lutte contre la pauvreté passe par des investissements accrus dans le secteur agricole qui recèle un potentiel inexploré de création d'emplois et d'exportations.

Mme JUDY GRAYSON, Bureau du Représentant spécial de la Banque mondiale auprès des Nations Unies, a indiqué que la Banque a évalué ses propres projets en matière agricole en 1987. Reconnaissant que le développement agricole n'est pas uniquement crucial pour les populations rurales mais qu'il est certainement un élément clef du développement et de la croissance économique, la Banque vient de formuler un nouveau plan d'action pour le développement rural visant à fournir un cadre dynamique et nouveau. Le plan a été présenté hier au Conseil d'administration. Certains des projets n'ont pas donné les résultats escomptés. Parmi ces projets, Mme Grayson a évoqué les grandes constructions agricoles ou des projets destinés aux petits fermiers. Les nouvelles stratégies traitent de l'agriculture de façon globale et les activités de coopération sont essentielles dans la démarche de la Banque mondiale. Elle doit présenter et choisir le bon équilibrage des produits, tout en reflétant son mandat en faveur de l'élimination de la pauvreté et de la correction des déséquilibres. Le plan est aussi centré sur une ouverture au marché plutôt qu'une autosuffisance. Il prévoit une nouvelle façon de traiter les problèmes en cas de crise. Il s'agit d'abandonner les approches sectorielles du passé et centrer sur la prise en considération des différences de sexe. La gestion des ressources durables ne saurait avoir lieu si le développement agricole durable n'est pas assuré.

M. MOHAMMAD A. ZARI ZARE (Iran) a souligné qu'il existe un écart entre les pays développés et les pays en développement en matière de production industrielle. Pour réduire cet écart, il est impératif de fournir aux pays en développement un accès équitable aux exportations et au marché, a-t-il observé. L'évolution technologique et la productivité, la croissance de la production de produits manufacturés qui se caractérise par une avancée technologique rapide, des liens entre l'industrie, l'agriculture et le secteur des services, des contributions directes ou indirectes à l'emploi, constituent quelques-unes des aspirations des pays en développement. Il a salué le rôle de l'ONUDI et a souhaité qu'elle accentue ses efforts pour renforcer la coopération Nord-Sud dans les domaines du commerce et de l'investissement.

M. Zari Zare a estimé que la coopération régionale dans le domaine de la gestion des ressources durables et dans le contexte d'un cadre politique extensif améliorerait la gestion des ressources et la consommation d'eau douce dans les zones agricoles et rurales. Il a indiqué que la Banque mondiale et les organisations concernés du système des Nations Unies devraient renforcer leur collaboration au niveau régional dans le cadre d'une approche plus large des problèmes liés à la raréfaction de l'eau, en particulier dans les régions arides et semi-arides du Moyen-Orient.

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M. MIGUEL ROMERO, membre de la chambre des représentants des Philippines, a indiqué que les questions de la politique sectorielle sont un sujet de grande préoccupation pour le gouvernement philippin. La mondialisation et la libéralisation commerciales issus du cycle de l'Uruguay posent de nouveaux défis auxquels les Philippines ont répondu par la mise en place de mécanismes de transferts pour encourager la participation des entreprises privées, des institutions de développement social, y compris la promotion des PME et le développement agro-industriel entre autres. Le PIB a augmenté de 7,2 % cette année, ce qui permettra aux Philippines, après 30 ans, de passer du statut de bénéficiaire de l'aide du FMI en juin 1997 à celui de donateur, a ajouté M. Romero. Il a appuyé l'ONUDI dans ses activités techniques et d'expertise. La coopération internationale doit continuer à exprimer sa préoccupation face à la position des Etats-Unis à l'égard de l'ONUDI car celle-ci reste une organisation importante d'appui aux pays en développement, a indiqué M. Romero.

En ce qui concerne le développement agricole, le représentant a indiqué que son gouvernement a augmenté le budget consacré à la recherche et à la formation agronomique et fait une meilleure part à la participation des coopératives agricoles dans les programmes de stabilisation du riz et du maïs, ainsi qu'aux travailleurs dans le secteur de l'industrie de la pêche notamment. Toutes ces mesures, a-t-il expliqué, ont été prises en conformité avec les engagements de son pays en tant que membre de l'OMC et en vue d'accroître la compétitivité de ses produits agricoles dans la perspective de la réduction des tarifs de ces produits vers 2005. Il a rendu hommage à la FAO pour son assistance aux pays en développement dans les domaines des politiques de transformation et de l'aide technique.

M. ROSS HYNES (Canada) a indiqué que le Canada prend une part active à la préparation du Sommet mondial de l'alimentation car il estime qu'il est intolérable que 800 millions de personnes souffrent de faim et de malnutrition. Reconnaissant le droit de tous à l'alimentation, le Canada encourage les organisations non gouvernementales et tous les secteurs de la société civile à collaborer et à mettre en oeuvre des solutions concrètes et durables au problème de la sécurité alimentaire. L'approche du Canada pour la préparation du Sommet se fonde donc sur un partenariat actif entre le gouvernement, le secteur privé et les organisations non gouvrnementales. Une vaste consultation a été effectuée au niveau national, plus particulièrement auprès des femmes et des hommes des secteurs agricole, alimentaire, des pêcheries et des forêts, ainsi qu'auprès des organisations non gouvernamentales et des communautés autochtones.

M. Hynes a estimé que le Sommet devra trouver un juste équilibre entre les questions d'accès aux aliments et les questions de production durable. A long terme, nous devons trouver une façon de produire davantage de vivre tout en protégeant et en conservant les ressources naturelles disponibles, a-t-il observé.

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Cependant, l'accroissement de la nourriture disponible n'améliorera pas nécessairement le sort des 800 millions de personnes qui sont pauvres et affamées. Nous devrons aussi créer les conditions économiques, politiques et sociales nécessaires pour réduire la pauvreté. Il a indiqué que son pays croit qu'il est essentiel de protéger les sources d'aliments traditionnelles des populations autochtones et de mettre en valeur la contribution positive qu'elles peuvent apporter à la sécurité alimentaire par leurs connaissances traditionnelles de la gestion durable des ressources.

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