Session de 2023,
45e séance plénière – matin
ECOSOC/7144

ECOSOC: la conclusion du débat annuel sur la gestion marquée par des divergences autour de l’appui au peuple palestinien

Le Conseil économique et social (ECOSOC) a conclu aujourd’hui sa session annuelle consacrée à la gestion, tenue les 7 et 8 juin, puis hier, en adoptant une série de résolutions et de décisions recommandées par ses organes subsidiaires.  De nettes divergences se sont faites jour sur plusieurs textes relatifs à l’appui apporté au peuple palestinien. 

D’emblée, les États-Unis ont demandé un vote sur un projet de résolution qui prie les organismes des Nations Unies d’examiner la situation dans chaque territoire non autonome de façon à prendre des mesures appropriées pour y accélérer les progrès économiques et sociaux.  Si le texte a été adopté par 15 voix pour, zéro contre et 29 abstentions, les États-Unis ont critiqué un texte « déséquilibré » et « contre-productif ».

Israël a considéré pour sa part que cette résolution fait fi des véritables obstacles au développement des Palestiniens, en particulier « l’extrême corruption » de l’Autorité palestinienne.  « Le monde a été témoin des destructions meurtrières récentes causées par les colons et les forces de sécurité israéliennes à Jénine et de la poursuite du blocus à Gaza qui cause des souffrances indicibles aux Palestiniens », a rétorqué l’État de Palestine.

Les mêmes divergences sont apparues à l’occasion de l’examen de la résolution demandant l’ouverture des points de passage frontaliers de la bande de Gaza, adoptée par 39 voix pour, 4 contre et 3 abstentions, et de la résolution intitulée « La situation des Palestiniennes et l’aide à leur apporter », adoptée par 37 voix pour, 6 contre et 4 abstentions.

Ce dernier texte réaffirme que l’occupation israélienne constitue un obstacle majeur à l’exercice des droits des femmes et des filles palestiniennes et demande à Israël de renoncer immédiatement à l’ensemble des mesures qui portent atteinte aux droits humains du peuple palestinien.  « Cette résolution n’aide en rien les droits des Palestiniennes », a tranché Israël, avant de dénoncer les normes patriarcales imposées aux Palestiniennes. 

Le restant des textes a été adopté par consensus, dont la résolution figurant dans le document relatif aux activités opérationnelles de l’ONU en faveur du développement, présentée hier par le Zimbabwe.  Le Conseil a également adopté la décision qui nomme le Représentant permanent de la Jamaïque auprès de l’ONU membre supplémentaire du Groupe consultatif ad hoc sur Haïti.  « La réussite de toute action humanitaire et électorale passe nécessairement par le rétablissement de la situation sécuritaire », a déclaré à cette occasion le délégué haïtien. 

Le Conseil a ensuite adopté la décision relative au développement durable au Sahel, par laquelle il prie le Secrétaire général de lui rendre compte, à sa session de 2024, de la manière dont le système des Nations Unies apporte un appui à la réalisation du développement durable dans cette région. Il a également adopté un texte relatif à l’appui au Soudan du Sud et a recommandé à l’Assemblée générale l’élargissement de la composition du Comité exécutif du Programme du Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés.

Enfin, l’ECOSOC a octroyé le statut d’observateur à l’organisation intergouvernementale Council of Palm Oil Producing Countries, avant de fixer un calendrier pour sa session 2024 dont la séance d’organisation aura lieu demain, jeudi 27 juillet, à 10 heures.

ACTIVITÉS OPÉRATIONNELLES DU SYSTÈME DES NATIONS UNIES AU SERVICE DE LA COOPÉRATION INTERNATIONALE POUR LE DÉVELOPPEMENT

L’ECOSOC a adopté la résolution figurant dans le document E/2022/L.33 relative aux activités opérationnelles de l’ONU en faveur du développement, présentée hier par le Zimbabwe.

Par ce texte, l’ECOSOC fait de nombreuses demandes aux États Membres et à leurs partenaires pour le succès de l’aide apportée par le système des Nations Unies pour le développement.  À ce système, il demande notamment de continuer d’aider les pays de programme à tirer parti de partenariats solides, dans le respect des politiques, plans, priorités et besoins de développement définis par chaque pays, avec les partenaires de développement et les parties concernées.

QUESTIONS DE COORDINATION, QUESTIONS RELATIVES AU PROGRAMME ET AUTRES QUESTIONS

Programme à long terme d’aide à Haïti

Dans une déclaration d’ordre général, la Chine s’est félicitée de l’attention portée à la situation humanitaire en Haïti et aux recommandations formulées dans le rapport du Groupe consultatif sur Haïti, qui permettent de favoriser le relèvement socioéconomique d’Haïti et son développement durable.  « Le sort tragique du peuple d’Haïti nous fend le cœur », a ajouté son représentant, en exprimant son appui aux efforts consentis par les entités onusiennes pour lui venir en aide.  Il a exhorté les partis haïtiens à faire avancer le processus politiques de toute urgence et conformément aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité. La Chine a dit appuyer le projet de résolution sur le programme à long terme d’aide à Haïti.

Haïti a salué la présentation du rapport du Groupe consultatif, qui décrit avec justesse la situation critique du pays du fait de la violence armée et de l’insécurité généralisée, alors que près de la moitié de la population fait face à des besoins humanitaires criants.  Pour y répondre, le Gouvernement haïtien a mis en place un cadre national intégré de financement durable, mis en œuvre avec l’ensemble des parties prenantes. La réussite de toute action humanitaire et électorale passe nécessairement par le rétablissement de la situation sécuritaire et le retour à la libre circulation des biens et des personnes dans le pays, a-t-fait valoir le délégué. 

Le Conseil a adopté la décision (E/2023/L.21) qui nomme le Représentant permanent de la Jamaïque auprès de l’ONU membre supplémentaire du Groupe consultatif ad hoc sur Haïti.

La Jamaïque s’est félicitée d’avoir été nommée membre du Groupe consultatif sur Haïti, « nation sœur ».  Nos peuples ont en commun une lutte pour la liberté et la résilience, a-t-elle dit, en appelant à la concrétisation des aspirations au développement de ce pays.  Elle a rappelé que des discussions sur ce sujet se sont récemment tenues à Kingston, avant de plaider pour la création d’un couloir de stabilisation humanitaire. « Les besoins restent gigantesques. »

Le Canada a présenté le projet de résolution figurant dans le document E/2023/L.25 prorogeant le mandat du Groupe consultatif ad hoc sur Haïti jusqu’à la conclusion de sa session de 2024.  La résolution a été adoptée.

Pays d’Afrique sortant d’un conflit

Saisi du rapport du Secrétaire général sur la mise en œuvre d’un appui intégré, cohérent et coordonné au Soudan du Sud et à la région du Sahel par les organismes des Nations Unies (E/2023/92), le Conseil a adopté la décision (E/2023/L.27).  Par ce texte, l’ECOSOC prie le Secrétaire général de lui présenter pour examen, à sa session de 2024, un rapport sur la mise en œuvre d’un appui intégré, cohérent et coordonné au Soudan du Sud par les organismes des Nations Unies.

Développement durable au Sahel

Le Conseil a ensuite adopté la décision relative au développement durable au Sahel (E/2023/L.28), par laquelle il prie le Secrétaire général de lui rendre compte, à sa session de 2024 de la manière dont le système des Nations Unies apporte un appui intégré, cohérent et coordonné à la réalisation du développement durable dans la région du Sahel, dans la limite des ressources disponibles.

QUESTIONS SOCIALES ET QUESTIONS RELATIVES AUX DROITS HUMAINS 

Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés

L’ECOSOC a adopté la décision (E/2023/L.31) relative à l’élargissement de la composition du Comité exécutif du Programme du Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés.  Cet élargissement, de 109 à 110 membres, a été proposé par l’Ukraine dans une note verbale datée du 26 avril 2023.  L’ECOSOC a ainsi recommandé que l’Assemblée générale se prononce, à sa soixante-dix-huitième session, sur cette question.

APPLICATION DE LA DÉCLARATION SUR L’OCTROI DE L’INDÉPENDANCE AUX PAYS ET AUX PEUPLES COLONIAUX PAR LES INSTITUTIONS SPÉCIALISÉES ET LES ORGANISMES INTERNATIONAUX ASSOCIÉS À L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES 

L’ECOSOC a pris note des trois rapports du Secrétaire général consacrés à l’application de la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux par les institutions spécialisées et les organismes associés à l’ONU (A/78/65E/2023/68E/2023/83).  

Les États-Unis ont demandé un vote sur le projet de résolution (E/2023/29), en rappelant que les puissances administrantes déterminent avec l’ONU les modalités de l’appui fourni. 

Le texte, adopté par 15 voix pour, zéro contre et 29 abstentions, prie notamment les institutions spécialisées et les autres organismes des Nations Unies, ainsi que les organisations internationales et régionales, d’examiner la situation dans chaque territoire non autonome de façon à prendre des mesures appropriées pour y accélérer les progrès dans les secteurs économique et social au cas par cas.

L’État de Palestine a réaffirmé la résilience du peuple palestinien, soixante-quinze ans après la Nakba qui a marqué le début de sa dépossession.  Le monde a été témoin des destructions meurtrières récentes causées par les colons et les forces de sécurité israéliennes à Jénine et de la poursuite du blocus à Gaza qui cause des souffrances indicibles aux Palestiniens, lesquels ne baisseront pas les bras, a déclaré la délégation. 

La République arabe syrienne a dénoncé l’occupation israélienne.  Les autorités israéliennes ont incité des colons à venir habiter dans le Golan syrien occupé, a déclaré la délégation, en condamnant cette pratique illicite. Cette occupation a des conséquences économiques et sanitaires graves pour les Syriens.  Elle a dénoncé l’édification d’éoliennes par la Puissance occupante et les pressions exercées par cette dernière quant à l’accès à l’eau. « Il faut mettre en œuvre les résolutions onusiennes pertinentes et mettre un terme à l’occupation. »

La Belgique, au nom de l’Union européenne, a déclaré que l’emploi du terme de Palestine dans le projet de résolution n’équivaut pas à une reconnaissance de l’État de Palestine.  L’Union européenne n’a pas de réserves quant à l’emploi du terme de déplacements forcés, a encore précisé la délégation avant d’appuyer la résolution et annoncer vouloir voter pour.

Les États-Unis ont fustigé les préjugés qui subsistent à l’ECOSOC à l’égard d’Israël, comme le démontre selon eux cette résolution « déséquilibrée » et « contre-productive » qui ne fait rien pour favoriser les aspirations des peuples palestinien et israélien envers un avenir pacifique et prospère. 

Israël a considéré pour sa part que cette résolution est biaisée et fait fi des véritables obstacles au développement des Palestiniens, en particulier « l’extrême corruption » de l’Autorité palestinienne et son refus de reconnaître le droit à l’existence d’Israël. 

RÉPERCUSSIONS ÉCONOMIQUES ET SOCIALES DE L’OCCUPATION ISRAÉLIENNE SUR LES CONDITIONS DE VIE DU PEUPLE PALESTINIEN DANS LE TERRITOIRE PALESTINIEN OCCUPÉ, Y COMPRIS JÉRUSALEM-EST, ET DE LA POPULATION ARABE DANS LE GOLAN SYRIEN OCCUPÉ

À la suite de l’introduction de la note du Secrétaire général (E/2023/95) consacrée à cette question par le Directeur de la Division des questions émergentes et liées aux conflits de la Commission économique et sociale des Nations Unies pour l’Asie occidentale (CESAO), M. TARIK ALAMI, l’ECOSOC a adopté par 39 voix en faveur, 4 voix contre (Canada, États-Unis, Israël, Libéria) et 3 abstentions (Côte d’Ivoire, Guatemala, Royaume-Uni), une résolution (E/2023/L.34) présentée par Cuba au nom du Groupe des 77 et la Chine, par laquelle elle demande l’ouverture des points de passage frontaliers de la bande de Gaza afin de favoriser l’accès humanitaire et la circulation régulière des personnes et des biens, et engage Israël, Puissance occupante, à s’acquitter de ses obligations juridiques au regard du droit international humanitaire. 

Le Conseil a également adopté, par 37 voix pour, 6 contre (Canada, États-Unis, Israël, Libéria, Tchéquie, Royaume-Uni) et 4 abstentions (Côte d’Ivoire, Croatie, Guatemala, Slovaquie), une résolution (E/2023/L.35) intitulée « La situation des Palestiniennes et l’aide à leur apporter », également présentée par Cuba au nom du Groupe des 77 et la Chine, en vertu de laquelle il réaffirme que l’occupation israélienne constitue un obstacle majeur à l’exercice des droits des femmes et des filles palestiniennes, et demande à Israël de renoncer immédiatement à l’ensemble des mesures qui portent atteinte aux droits humains du peuple palestinien. 

Israël a dit que ce projet n’aide en rien les droits des Palestiniennes, avant de dénoncer les normes patriarcales imposées aux Palestiniennes.  La délégation a ciblé la pratique des mariages précoces, puisqu’une fille palestinienne sur 7 est mariée avant l’âge de 17 ans.  « Israël n’est pas responsable de cet état de fait. »  La délégation a invité les Palestiniens à se livrer à une introspection sur le poids de ces normes, plutôt que de prendre Israël pour bouc émissaire.  Elle s’est aussi étonnée de l’appui pour ce texte de délégations qui, en d’autres instances onusiennes, bloquent tout texte sur le genre.

Les États-Unis ont dénoncé un projet biaisé, qui n’est pas de nature à faire avancer les droits des Palestiniennes.  « Nous continuons d’appuyer la solution des deux États. »

Le Royaume-Uni s’est opposé à la prise pour cible d’Israël, comme le fait cette résolution. 

En réponse à Israël, la République arabe syrienne s’est d’abord opposée à l’utilisation du terme « régime » pour désigner son gouvernement.  Elle a rejeté les propos d’Israël l’associant au terrorisme, estimant que l’histoire de ce pays est « maculée de sang et de massacres ». 

L’État de Palestine a remercié les délégations qui ont voté pour et souligné la nécessité de mettre fin à l’occupation.

ADOPTION DE L’ORDRE DU JOUR ET AUTRES QUESTIONS D’ORGANISATION

L’ECOSOC a adopté une décision sur les dates proposées pour sa prochaine session (E/2023/L.22), qui se dérouleront du 27 juillet 2023 au 24 juillet 2024.  Les dates proposées pour les réunions et débats du Conseil devront être approuvées à sa séance d’organisation de la session de 2024.

Enfin, par une autre décision, il a approuvé la demande d’octroi du statut d’observateur auprès du Conseil (E/2023/L.23) présentée par l’organisation intergouvernementale Council of Palm Oil Producing Countries. 

Le Mexique a estimé que l’ECOSOC aurait pu prévoir un échange avec les délégations quant à la demande formulée par cette organisation.

L’Indonésie s’est félicitée de l’octroi du statut d’observateur auprès de l’ECOSOC au Council of Palm Oil Producing Countries, composé de son pays, de Honduras et de la Malaisie, estimant que ce secteur joue un rôle important dans la réalisation des objectifs de développement durable (ODD) et la réduction de la pauvreté. 

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