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Soixante-sixième session,
Séance virtuelle
FEM/2219

La Commission de la condition de la femme se penche sur les moyens de tirer parti de la relance post-COVID-19 pour favoriser l’égalité des sexes

À la veille de la clôture de sa soixante-sixième session, la Commission de la condition de la femme a planché, ce matin, sur les moyens de tirer parti de la relance post-COVID-19 pour faire progresser l’égalité entre les sexes.  La table ronde organisée sur ce thème a permis de souligner l’importance du secteur des soins dans les efforts de relèvement économiques et de tracer les contours d’un « pacte vert féministe » pour relever le défi de l’après-pandémie et des changements climatiques.     

Au cours de cette discussion, les délégations ont notamment entendu la Conseillère au Ministère de l’économie de l’Argentine mettre l’accent sur la revalorisation et le renforcement du système de soins, essentiel à ses yeux pour le fonctionnement de l’économie et du tissu productif.  Mme Mercedes D’Alessandro a expliqué que, dans son pays, les investissements dans les infrastructures de soins ont eu pour effet de multiplier et d’améliorer les emplois liés aux soins, tout en offrant plus de temps aux femmes pour étudier, se former ou travailler.  

Lorsque des mesures sont prises pour faciliter la réintégration des femmes dans la force de travail, l’économie en bénéficie sur les plans qualitatif et quantitatif, a-t-elle souligné, ajoutant qu’en dépit du chemin qu’il reste à parcourir pour assurer leur autonomisation économique, les femmes argentines connaissent un niveau d’activité record à l’heure actuelle.  

Dans le même ordre d’idées, Mme Sherilyn MacGregor, chargée de cours en politique environnementale à l’Université de Manchester, au Royaume-Uni, a dit travailler à l’élaboration d’un « pacte vert féministe », destiné à proposer des solutions aux crises imbriquées des soins et du climat.  À cette aune, elle a plaidé, elle aussi, pour un appui massif au secteur des soins, lequel a un impact environnemental relativement faible et contribue à pousser les économies vers la décarbonation. 

Mme MacGregor a également appelé à plus d’investissements publics dans les infrastructures sociales afin de permettre aux femmes de participer plus largement à la force de travail et d’aider à la reprise économique.  Relevant à cet égard que la pandémie s’est traduite par des pertes d’emploi massives, majoritairement chez les femmes, elle a soutenu que les revenus supplémentaires que ces dernières recevront lors de leur retour au travail généreront les recettes fiscales nécessaires pour financer les dépenses de relance et de transition.   

Le Chef de la section recherches et données d’ONU-Femmes a, pour sa part, indiqué que, selon la base de données COVID-19 Global Gender Response Tracker, seulement 12% de toutes les mesures de protection sociale et d’emploi adoptées dans ce contexte de crise ont ciblé la sécurité économique des femmes et à peine 7% ont appuyé l’augmentation des demandes de soins non rémunérés.  Pourtant, a assuré M. Papa Seck, la reprise offre la possibilité d’agir différemment pour les femmes, notamment en créant une « percée » pour un avenir vert et équitable en matière de genre.  

La Commission achèvera les travaux de sa soixante-sixième session demain, vendredi 25 mars, à partir de 15 heures.

SUITE DONNÉE À LA QUATRIÈME CONFÉRENCE MONDIALE SUR LES FEMMES ET À LA VINGT-TROISIÈME SESSION EXTRAORDINAIRE DE L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE INTITULÉE « LES FEMMES EN L’AN 2000: ÉGALITÉ ENTRE LES SEXES, DÉVELOPPEMENT ET PAIX POUR LE XXI SIÈCLE »

QUESTIONS NOUVELLES, TENDANCES, DOMAINES D’INTERVENTION ET APPROCHES NOVATRICES DES QUESTIONS AYANT UNE INCIDENCE SUR LA SITUATION DES FEMMES, NOTAMMENT SUR L’ÉGALITÉ ENTRE FEMMES ET HOMMES

Table ronde: « Question émergente: Tirer parti de la relance post-COVID-19 pour l’égalité des sexes et un avenir durable » 

Aux commandes de cette table ronde, Mme HYE RYOUNG SONG (République de Corée), Vice-Présidente de la Commission de la condition de la femme, a rappelé que la pandémie a attiré l’attention sur trois crises imbriquées, celles de l’emploi, des soins et de l’environnement, qui portent systématiquement atteinte à l’égalité des sexes et menacent la survie des personnes et de la planète.  Dans ce contexte, a souligné la Vice-Présidente, la pandémie a laissé des millions d’enfants et d’adultes sans le soutien dont ils ont besoin, imposant de fait des choix difficiles et des coûts énormes aux femmes et aux filles.  Pour ajouter à ces défis, l’accélération de la crise environnementale pèse de manière disproportionnée sur les pays les plus pauvres et les femmes les plus marginalisées, alors qu’ils n’ont que faiblement contribué au problème.  Une transition juste, impliquant des changements dans l’économie et dans les systèmes de protection sociale et de soins, est donc nécessaire pour répondre à la crise planétaire, forger une reprise durable et ainsi faire progresser l’égalité de genre, a-t-elle souligné. 

Première intervenante, Mme JAYATI GHOSH, Professeur d’économie à l’Université du Massachusetts, aux États-Unis, a confirmé que la condition des femmes a été aggravée par une succession de catastrophes, qu’il s’agisse de la pandémie, des changements climatiques et du peu de cas accordé par les gouvernements à la situation des personnes confrontées aux crises socioéconomiques.  Ces derniers ont recherché des solutions à court terme plutôt que d’envisager des perspectives plus ambitieuses, a-t-elle déploré, appelant à une modification d’ampleur des modèles économiques afin, notamment, de tenir compte des besoins des femmes et des filles.  De l’avis de l’économiste, il importe tout d’abord d’investir massivement dans l’alimentation et la nutrition, alors que les prix des vivres augmentent et que la subsistance des ménages s’amenuise.  Il faut ensuite investir dans les systèmes de santé pour veiller à ce que tous, singulièrement les femmes et les filles, aient accès aux soins.  Il convient en outre d’investir dans des emplois verts et de renforcer les secteurs publics.  Une attention particulière doit être offerte à la viabilité des micro, petites et moyennes entreprises, où les femmes sont dominantes, et revoir l’accès au crédit pour celles-ci.  Enfin, a poursuivi l’économiste, l’accent doit être mis sur la protection sociale universelle en allant au-delà des « mesurettes » qui ne changent pas la vie des gens.  Parallèlement, la communauté internationale doit se montrer solidaire et s’impliquer davantage, par exemple en injectant des liquidités par le biais des droits de tirage spéciaux (DTS) et d’investissements mondiaux destinés à répondre aux défis que connaît l’humanité.  

Mme GORDANA GAVRILOVIĆOF, Conseillère du Vice-Premier Ministre et Présidente de l’Organe de coordination pour l’égalité des genres auprès du Gouvernement de la Serbie, a souligné que la crise économique engendrée par la pandémie de COVID-19 a eu des impacts disproportionnés sur les femmes, ces dernières étant surreprésentées dans des emplois moins rémunérés, en particulier les femmes roms, les femmes des zones rurales et les femmes handicapées.  Durant la pandémie, cette situation a poussé de nombreuses femmes à devenir partiellement ou entièrement économiquement dépendantes de leurs partenaires.  La COVID-19 s’est également accompagnée d’une augmentation marquée de la violence sexiste et domestique sans que les femmes aient toujours l’option de quitter leur partenaire.  

La panéliste a ensuite expliqué qu’en termes de politique climatique, une perspective de genre est intégrée au cadre normatif de la Serbie.  Notant que les changements climatiques ne sont pas neutres du point de vue du genre, elle a appelé à entendre la voix des femmes et à leur faire une place dans les organes et procédures de prise de décision.  Avec ONU-Femmes, a-t-elle poursuivi, un guide a été développé pour appuyer l’implication des femmes dans les politiques climatiques.  Un outil de suivi du financement pour le climat et le genre a également été mis en place et des documents stratégiques pour le secteur énergétique sont en cours de préparation et mettent eux-aussi l’accent sur une perspective sexospécifique.  En effet, a souligné la panéliste, les hommes et les femmes ont des besoins différents en termes énergétiques, ne serait-ce que parce que dans 82% des ménages, ce sont les femmes qui préparent les repas et sont en charge du recyclage des ordures ménagères.

Mme MERCEDES D’ALESSANDRO, économiste, chercheuse et Conseillère au Ministère de l’économie de l’Argentine, a indiqué que durant la pandémie, de nombreuses femmes argentines ont été reléguées aux tâches domestiques, communautaires et aux soins.  Étant majoritaires dans les secteurs de la santé et de l’éducation, les femmes ont donc joué un rôle fondamental dans la riposte contre la COVID-19 et l’Argentine a décidé de miser sur les femmes pour assurer la relève économique postpandémie.   

L’économiste a mis l’accent sur la revalorisation et le renforcement du système de soins arguant que l’économie des soins soutient le fonctionnement de l’économie et du tissu productif.  Elle a cité la création de programmes visant à améliorer les conditions d’emploi et à étendre les droits du travail, notamment Registradas, spécifiquement destiné aux employés domestiques, secteur qui a connu la plus forte perte d’emplois en 2020-2021.  En outre, les investissements dans les infrastructures de soins ont été accrus, notamment les espaces pour la petite enfance, les cuisines communautaires, et les refuges pour femmes victimes de violence.  Cela a eu un double impact: multiplier et améliorer les emplois liés aux soins tout en offrant plus de temps aux femmes pour étudier, se former ou travailler.  Les politiques de protection sociale ont elles aussi été renforcées pour soutenir les femmes mères, les plus touchées par la crise.  Ceci, combiné au revenu familial d’urgence en 2020, a permis d’empêcher des millions de ménages de tomber dans la pauvreté et l’indigence, a indiqué Mme D’Alessandro.

Le deuxième axe d’intervention a été de favoriser l’insertion des femmes dans les secteurs stratégiques de l’économie tels que l’industrie, l’énergie, la technologie ou les transports.  À cette fin, des incitations fiscales ont été intégrées dans des lois clefs telles que la loi sur l’économie du savoir, ainsi que dans les programmes d’emploi pour les jeunes, entre autres.  Les politiques visant à combler les écarts d’inégalité représentent 15% du budget national et une perspective genrée est également intégrée dans la collecte fiscale auprès des entreprises.

Tout en estimant que le processus de reprise économique en Argentine doit accompagner encore davantage ces efforts pour promouvoir l’autonomie économique des femmes, Mme d’Alessandro s’est réjouie qu’à l’heure actuelle, l’activité économique des femmes argentines connaît un niveau record.  Cela signifie que lorsque des mesures concrètes seront prises pour faciliter leur réintégration dans la force de travail, l’économie en bénéficiera à la fois sur le plan qualitatif et quantitatif, s’est-elle félicitée.

Mme SHERILYN MACGREGOR, chargée de cours en politique environnementale à l’Université de Manchester (Royaume-Uni), a expliqué avoir revisité les visions existantes pour une reprise postpandémie et une transition loin des économies alimentées par les combustibles fossiles à travers une lentille écoféministe intersectionnelle dans le but de proposer un nouveau pacte vert féministe.  Ce pacte propose un ensemble de solutions aux crises imbriquées des soins et du climat et soutient que les gouvernements des pays à revenu élevé d’Amérique du Nord et d’Europe peuvent renforcer leurs actions sur l’inégalité entre les sexes et la dégradation du climat en relevant ces défis ensemble. 

Elle a plaidé pour une augmentation des salaires et de meilleures conditions de travail pour les travailleurs sociaux et la création de nouveaux emplois liés aux soins et à la santé.  Notant que davantage de travailleurs sociaux sont nécessaires pour se remettre de cette pandémie et se préparer à la prochaine, la panéliste a argué que le travail de soins a un impact environnemental relativement faible, comparé notamment au secteur du bâtiment, et doit donc être considéré comme un travail qui pousse les économies vers la décarbonation.  Cette stratégie se base également sur le fait que chaque dollar investi dans le secteur des soins produit trois fois plus d’emplois que dans le secteur du bâtiment par exemple, ce qui est bon pour la reprise économique et la génération de recettes fiscales.  

Mme MacGregor a également appelé à plus d’investissements publics dans les infrastructures sociales, les services de garde d’enfants et de personnes âgées abordables et accessibles permettant aux femmes de participer pleinement à la force de travail, « ce qui sera bon pour la reprise ».  Rappelant que la pandémie a vu un retrait massif de travailleurs du marché du travail, majoritairement des femmes, elle a argué que les revenus supplémentaires que ces dernières recevront lors de leur retour au travail généreront les recettes fiscales nécessaires pour financer les dépenses de relance et de transition. 

La modification des environnements bâtis est un autre point central du pacte vert féministe, a-t-elle poursuivi, en défendant les avantages sociaux et d’efficacité des ressources de la collectivisation et de la colocalisation.  Au niveau des villes, la réaffectation de bâtiments vides permettrait de fournir des logements avec des services sur place plutôt que de construire des logements neufs dans des espaces verts actuellement non développés.  La colocalisation des lieux de travail, des services essentiels et des commerces de détail au sein d’un même immeuble regroupant, par exemple, bureaux, centres de soins, écoles et blanchisserie, faciliterait le jonglage entre plusieurs tâches pour les personnes ayant des responsabilités familiales, en particulier les femmes avec enfants.  Cela minimiserait également la distance des déplacements, réduisant ainsi l’utilisation de véhicules à carburant fossile et favorisant les méthodes de transport durables.  

Mme LEBOGANG RAMAFOKO, Directrice générale de Tekano Health Equity (Afrique du Sud), a indiqué que 50 ans de patriarcat capitaliste et de suprématie blanche ont fait de l’Afrique du Sud l’un des pays les plus inégalitaires du monde où les inégalités structurelles héritées du régime de l’apartheid recoupent invariablement la pauvreté, le désavantage socioéconomique et la race.  Il n’est donc pas surprenant que le confinement, la propagation du virus COVID-19 et la crise sanitaire qui en a résulté ont exacerbé les inégalités socioéconomiques existantes et conduit à des niveaux accrus de violence sexuelle et sexiste contre les femmes et les enfants, a regretté la panéliste.  Qui plus est, la corruption, le déclin économique et un faible taux de croissance ont entravé la capacité du Gouvernement à faire face à la crise.

Malgré une Constitution qui prévoit un État démocratique fondé, entre autres, sur la valeur du « non-sexisme », les divisions structurelles du travail entre les sexes persistent dans de nombreuses pratiques culturelles et sociales en Afrique du Sud, a expliqué la panéliste.  Les femmes sont toujours définies par rapport à la maternité et chargées de s’occuper de la fourniture de services de base tels que l’eau, la subsistance et l’éducation.  Elles sont désavantagées dans l’économie formelle, tandis que celles qui effectuent un « travail de femme » non rémunéré sont rarement reconnues.  La pauvreté reste en outre un facteur qui contribue à l’inégalité entre les sexes, en particulier pour les femmes rurales.

Mme Ramafako a reproché aux dirigeants sud-africains d’avoir ignoré la voix des femmes et, dans certains cas, autorisé des consignes de silence qui mettent en péril la santé reproductive et l’intégrité corporelle des femmes africaines.  Ils ont également permis aux politiques foncières et à la structure de l’économie d’exclure les femmes.  Aujourd’hui, pour reconstruire en mieux, il faut commencer par reconnaître cet échec de leadership et de volonté politique, a insisté la panéliste pour qui la seule voie à suivre est une voie féministe intersectionnelle qui « nous oblige à voir où se trouve le pouvoir et à orienter les ressources vers les groupes marginalisés et les déresponsabilisés ».  Nous ne pouvons pas continuer à soutenir des systèmes économiques et politiques qui ne sont pas sexospécifiques, ou qui permettent de prendre des décisions sur la terre et l’agriculture sans prendre en compte une perspective de genre, a-t-elle affirmé.

M. PAPA SECK, Chef de la section recherches et données d’ONU-Femmes, a indiqué qu’il y a de réelles inquiétudes qu’à moins d’une action décisive, la pandémie entraîne des reculs à long terme en matière d’égalité des sexes et de droits des femmes.  La base de données COVID-19 Global Gender Response Tracker montre que seulement 12% de toutes les mesures de protection sociale et d’emploi adoptées dans le contexte de la pandémie ont ciblé la sécurité économique des femmes et seulement 7% ont appuyé l’augmentation des demandes de soins non rémunérés.

Cependant, la reprise offre une ouverture pour faire les choses différemment pour les femmes, a souligné M. Seck.  Les dirigeants mondiaux peuvent décider de répéter les erreurs du passé ou saisir l’opportunité de faire les choses différemment et créer une « percée » pour un avenir vert et équitable en matière de genre.

Dialogue interactif

Au cours du dialogue interactif avec les délégations, l’Arabie saoudite a rappelé que sa « Vision 2030 » accorde une large place aux femmes, qui représentent 49% de la population du Royaume.  Faisant état de progrès notables en matière de mobilité, de revenus du travail et de retraite, elle a estimé qu’en dépit des difficultés occasionnées par la pandémie, la crise actuelle a permis aux femmes de s’investir dans le télétravail, les services de santé à domicile et la recherche scientifique.  

Consciente du terrain perdu par les femmes au cours de la période pandémique, la Suisse a demandé des informations sur les bonnes pratiques permettant de les intégrer aux processus de décisions pour répondre aux défis contemporains.  

De son côté, la République de Corée a mis en avant les mesures de relèvement destinées aux femmes qu’a pris son gouvernement, en particulier des aides pour accéder à l’emploi, un appui d’urgence pour les soins au sein des familles et un soutien pour les travailleuses qui doivent prendre des vacances non rémunérées.  

Les États-Unis ont noté que 70% des pertes d’emploi liées à la pandémie sur leur territoire ont concerné des femmes, les plus durement touchées étant les femmes noires.  Pour y remédier, le Gouvernement américain s’emploie à favoriser la participation des femmes au marché de l’emploi et à promouvoir le rôle des femmes dans l’économie de soins. 

La Géorgie a fait état de mesures d’atténuation de la crise spécifiquement dirigées vers les femmes, notamment une indemnisation en cas de perte d’emploi, des aides pour les gardes d’enfants et un soutien aux femmes chefs d’entreprise.  Elle a d’autre part évoqué un ensemble de mesures visant à prévenir et réduire les risques de violences sexistes et sexuelles au sein des foyers, indiquant toutefois que les actions de relèvement de son gouvernement ne peuvent concerner les populations des territoires sous occupation russe.     

L’ONG Maat for Peace, Development and Human Rights a déploré des coupes salariales, les licenciements, l’absence d’accès aux soins, la fracture numérique et les violences domestiques dont sont victimes nombre de femmes dans les pays du Sud.  Plaidant pour une augmentation de la coopération internationale pour répondre à ces problèmes urgents, elle a souhaité que la priorité soit donnée à la réintégration des femmes dans la vie active et aux soins pour les femmes ayant des enfants en bas âge, un appel repris par l’Association internationale des jeunes femmes chrétiennes.   

Nous faisons face à un vaste « retour en arrière » pour les femmes et les filles, qu’il s’agisse du manque d’accès à la santé sexuelle et reproductive, des mariages précoces, des grossesses d’adolescentes, du travail non rémunéré et du peu de représentation dans la science et la technologie, s’est inquiété le Royaume-Uni.  Pour la délégation, l’inclusion égalitaire doit devenir la norme et les femmes doivent pouvoir apporter leur expertise aux processus de développement durable.  Mais pour cela, elles doivent aussi se montrer solidaires entre elles, car « les femmes qui ne se soutiennent pas mutuellement ont leur place réservée en enfer », a-t-elle averti en citant l’ancienne Secrétaire d’État américaine Madeleine Albright, décédée hier.  

Tout en reconnaissant que les inégalités de genre, exacerbées par la pandémie, continuent d’être importantes sur son sol, le Japon a assuré que son plan de riposte a des effets positifs pour les femmes, notamment la généralisation du télétravail.  L’autonomisation des femmes et leur formation aux STIM sont au cœur de nos politiques socioéconomiques, ont assuré les Émirats arabes unis, qui ont expliqué avoir mis en place une stratégie interinstitutions pour aider les femmes à s’impliquer dans la société.  L’Union européenne a indiqué avoir mis en place des facilités de résilience dans tous ses États membres, renforcé les infrastructures de soins et introduit de nouveaux droits individuels, comme les droits parentaux non transférables, qui visent à garantir l’égalité femmes-hommes à tous les niveaux.   

De son côté, la Fondation de la banque BBVA pour la microfinance a relevé qu’en Amérique latine, 60% des femmes rurales sont confrontées à des difficultés de subsistance mais que seulement 10% ont accès à des financements.  Pour leur venir en aide et réduire leur vulnérabilité face aux crises, la Fondation propose des produits et services permettant de mettre en place des mesures d’atténuation et d’adaptation aux changements climatiques, d’accès à l’eau et de protection des cultures.  

Le Soudan a quant à lui expliqué que ses mesures de réponse à la pandémie se sont heurtées aux difficultés structurelles d’accès aux services de santé, mais aussi à des problèmes de stabilité et à l’afflux de migrants.  Ces menaces ont des incidences sur le développement du secteur de la santé et occasionnent des retards dans la réalisation des ODD, notamment pour les femmes et les filles, et plus encore dans les zones de conflit, s’est inquiétée la délégation qui a fait appel à la solidarité internationale pour relancer les secteurs nationaux les plus affectés par la crise et favoriser l’égalité entre les genres.   

En réponse aux remarques des délégations, l’économiste de l’Argentine a plaidé pour la mise en œuvre de politiques prenant en compte la situation des personnes les plus vulnérables, et notamment aux impacts qu’ont sur elles les changements climatiques.  Pour y arriver, le recours à un indice basé sur le PIB ne peut suffire, il faut mesurer le niveau de vie des populations, a-t-elle avancé, citant l’exemple de son pays où, bien que le chômage reste relativement faible, on assiste à une chute des salaires et à une augmentation de la pauvreté.  On ne peut pas laisser le niveau de vie reculer à ce point, nous devons prévoir des transformations prenant en compte le moyen et le long terme, a-t-elle préconisé.    

Si beaucoup d’échecs ont été enregistrés par les pays, des synergies se mettent en place et c’est encourageant, a commenté la panéliste de l’Université de Manchester, regrettant toutefois que l’accent ne soit pas suffisamment mis sur le lien entre les soins, l’emploi et le climat, qui sont des domaines interdépendants.  Appelant à une « nouvelle donne féministe », elle a souhaité que les politiques sortent du « modèle unique » et tiennent compte de la diversité des femmes à toutes les étapes du relèvement et de l’action climatique.  

La Directrice générale de Tekano Health Equity a insisté sur l’importance des nouvelles mesures prises tant au niveau local que mondial.  Pour mettre en œuvre ces mesures dans chaque pays et région, elle a recommandé d’établir un tableau afin d’en assurer le suivi.  Le monde ne pourra progresser que s’il accorde plus d’attention aux femmes et aux travaux de soins dans l’économie, a-t-elle insisté.   

Concluant cette discussion, le Chef de la section recherches et données d’ONU-Femmes a jugé essentiel de s’attaquer aux obstacles structurels que rencontrent les femmes de longue date, à commencer par leur sous-représentation dans les postes et fonctions à responsabilités.  Il faut rompre le cercle vicieux de l’exclusion des femmes, a-t-il dit, estimant qu’avec de la volonté politique, cette crise peut être porteuse de transformations positives.  Surtout, a-t-il ajouté, il faut plus de ressources financières pour assurer l’égalité des genres, qui est un facteur de revitalisation pour les démocraties et la justice pour tous. 

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