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Soixante-sixième session,
10e séance plénière et réunion virtuelle, Matin & après-midi
FEM/2218

Commission de la condition de la femme: l’action climatique doit se faire avec les femmes ou ne se fera pas, soulignent ONG et société civile

Le dernier jour du débat général de la Commission de la condition de la femme a été l’occasion pour les représentants de la société civile et des ONG d’appeler à faire des femmes et des filles, qu’elles soient urbaines, rurales, autochtones ou handicapées, des partenaires et des agentes actifs de la lutte climatique, tout en reconnaissant que la crise climatique n’est pas du tout neutre du point du vue du genre puisque les femmes et les filles sont frappées de plein fouet. 

Le verdict clair de cette journée a été que l’action climatique devra se faire en comptant sur les femmes et les filles, seule façon de parvenir à un avenir durable, vert et résilient, ou ne se fera pas.  

Malheureusement, d’après ces témoignages, les femmes rurales, autochtones, handicapées ne sont toujours pas assez associées à la prise de décision, ni à la planification et mise en œuvre des plans et politiques d’atténuation des effets des changements climatiques et des catastrophes.  Pourtant, comme l’a relevé le Ministère du genre, de l’enfance et de la protection sociale du Ghana, les femmes et des filles sont les gestionnaires primaires des ressources naturelles et donc de « puissantes agentes de changement ». 

Mais, dans la pratique, lui a rappelé Girls Learn International, les changements climatiques exacerbent les inégalités, réduisent les moyens de subsistance des femmes et ferment l’accès à l’éducation des filles, mettant de fait leur santé physique et mentale en péril.  Qui plus est, les femmes et les filles représentent la majorité des déplacés climatiques.  Exprimant un sentiment d’urgence, la Trade Union Confederation a insisté sur le fait qu’au moment où la crise climatique risque d’aggraver les difficultés d’accès à l’eau, à l’énergie et à la santé, il importe de faire progresser les droits des femmes, dans le cadre d’un dialogue social.  

Dans la même veine, Public Services International a fait valoir que les femmes et les filles sont concernées au premier chef par les déplacements, les pertes d’emplois et la pauvreté énergétique.  « Une version plus verte du néolibéralisme » ne suffirait pas pour remédier à ces inégalités, d’après la délégation pour laquelle il faut une véritable transition juste qui tienne compte des effets sur les femmes et les filles de crises telles que celles liées à la pandémie et au climat.  Ces deux crises simultanées n’ont fait qu’entraver davantage la possibilité qu’ont les femmes et les filles d’accéder à l’économie formelle. 

L’accès des femmes et des filles à une éducation de qualité a souvent été avancé comme un outil incontournable pour promouvoir l’autonomisation des femmes et leur donner les moyens de prendre leur place dans les enceintes de prise de décisions climatiques.  Le fait que les financement humanitaires et climatiques ne parviennent souvent pas au niveau des organisations communautaires a également été dénoncé, alors que les représentantes de communautés autochtones n’ont eu de cesse de mettre en avant leurs connaissances ancestrales en termes de protection de l’environnement et de respect de la nature.  Concrètement, les intervenants ont appelé à garantir la parité dans la gouvernance climatique, à assurer l’égalité d’accès aux technologies pour la protection des ressources, et le droit à un environnement durable et en bonne santé.  Les États Membres ont également été appelés à consacrer 25% des financements humanitaires aux organisations de femmes autochtones.

Les débats se sont poursuivis dans l’après-midi dans le cadre d’une table ronde sur le thème « Bâtir un avenir résilient: rapprocher les sciences physiques et les sciences sociales pour faire progresser l’égalité des genres dans les domaines des changements climatiques, de l’environnement et de la réduction des risques de catastrophe ».  À cette occasion la Fondatrice-Présidente de Green Hope Foundation a appelé à utiliser l’écoféminisme et les connaissances scientifiques pour faire avancer les connaissances et l’action, relevant que la conjonction de mesures à la fois scientifiques et féministes reste insuffisante du fait des entraves structurelles que connaît la participation des femmes.

Même le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) préconise des modifications systémiques en faveur des femmes et des filles pour progresser sur le front climatique, a relevé le Rapporteur spécial sur les droits de l’homme et l’environnement, qui a déploré qu’à l’heure actuelle, seuls 15 ministres de l’environnement dans le monde sont des femmes et ces dernières ne possèdent que 15% des terres au niveau planétaire.  « Il faut donner le pouvoir aux femmes », a-t-il insisté.

La Commission de la condition de la femme poursuivra ses travaux jeudi 24 mars, à partir de 10 heures.

SUITE DONNÉE À LA QUATRIÈME CONFÉRENCE MONDIALE SUR LES FEMMES ET À LA VINGT-TROISIÈME SESSION EXTRAORDINAIRE DE L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE INTITULÉE « LES FEMMES EN L’AN 2000: ÉGALITÉ ENTRE LES SEXES, DÉVELOPPEMENT ET PAIX POUR LE XXIE SIÈCLE »

Suite et fin de la discussion générale

M. ALEJANDRO GIAMMATEI, Président du Guatemala, a indiqué que la politique générale 2020-2024 de son gouvernement vise à garantir l’équité entre hommes et femmes et à lutter contre les discriminations de toutes sortes, en particulier envers les peuples autochtones et les femmes.  L’un des piliers de cette politique prend la forme d’une stratégie de prévention des violences sexuelles et d’élimination de toutes les formes de violence contre toutes les femmes et filles, y compris la traite et l’exploitation sexuelle, a-t-il précisé, ajoutant qu’à l’échelle de la région, une quinzaine d’institutions, d’organismes judiciaires et de ministères participent à une initiative de prise en charge intégrale des femmes victimes de violence.  Inauguré cette année, cet accord de coopération offre à ces dernières un accès aux services juridiques, sociaux, de santé, d’éducation et d’autonomisation économique.  Au plan national, une équipe de professionnelles dirigée par le Ministère de l’éducation mène des actions pour éliminer la violence contre les filles et les adolescents, a indiqué le Chef d’État, selon lequel la violence sexuelle est une des principales causes de grossesse des moins de 14 ans dans son pays.  Pour combattre ce crime, le Ministère du développement social a lancé un programme de protection, qui prévoit notamment des transferts en espèces aux parents afin de permettre aux filles et aux adolescentes de fréquenter des services de santé.  Parallèlement, a ajouté M. Giammatei, le Ministère de l’économie promeut l’indépendance économique des femmes en leur donnant accès aux financements et à des services de développement d’entreprises pour accroître leur capacité de production. 

Mme WILLIAMETTA E. SAYDEE-TARR, Ministre du genre, des enfants et de la protection sociale du Libéria, a indiqué qu’alors que 58% de sa population dépend de l’agriculture pour sa subsistance, le Libéria s’emploie à renforcer les capacités des agriculteurs, hommes et femmes, notamment en matière de lutte contre les changements climatiques.  En tant que signataire de l’Accord de Paris, le pays s’engage également, au travers de ses contributions déterminées au niveau national, à inclure une perspective de genre dans la planification et la prise de décisions environnementales.  Dans ce même esprit, a poursuivi la Ministre, le Gouvernement libérien a mis en œuvre une stratégie de réponse aux changements climatiques qui vise, entre autres objectifs, à faire accéder les femmes à la propriété de terres agricoles.  Il s’emploie par ailleurs à améliorer la gestion des catastrophes qui affectent principalement les femmes et les filles.  Enfin, il vient de lancer un indice sur l’égalité des sexes, afin de mieux cerner les différences existant entre hommes et femmes en termes de besoins, de participation aux prises de décisions, d’accès aux ressources et aux droits de propriété, de planification du développement et de contrôle des actifs.  Cet outil nous permettra d’orienter les investissements stratégiques pour davantage responsabiliser notre peuple, a-t-elle expliqué. 

Mme AYA BENJAMIN LIBO WARILLE, Ministre du genre, de l’enfant et du bien-être social du Soudan du Sud, a indiqué que son pays subit de plein fouet les effets des changements climatiques, précisant que 5 des 10 États subissent des inondations et que de nombreuses personnes ont été déplacées.  Elle a fait savoir que son gouvernement met actuellement en œuvre une politique de protection de la biodiversité et des mécanismes de réduction des risques de catastrophe.  Le pays connait par ailleurs un niveau élevé d’insécurité alimentaire, ce qui nécessite d’investir dans les infrastructures, la technologie postrécolte et l’agriculture intelligente.  Après avoir évoqué l’intégration d’un quota de genre de 35% à la Constitution, la Ministre a cité plusieurs initiatives visant notamment à contrer l’abandon scolaire durant le confinement, mettre un terme au mariage d’enfants et prévenir les grossesses précoces.  Un fonds pour les entreprises de femmes a été mis sur pied et le Gouvernement a par ailleurs nommé plusieurs femmes à des postes de prise de décisions, y compris au sein du Ministère de l’environnement.

Mme IRENE MONTERO, Ministre de l’égalité de l’Espagne, a dit que l’égalité des sexes est une condition sine qua non à la réalisation des objectifs de développement durables.  Elle s’est inquiétée des retards observés dans la mise en œuvre de la promotion des droits de la femme en raison des contraintes liées à la pandémie de COVID-19.  Elle a appelé à accélérer la mise en œuvre des engagements en matière d’égalité des genres et de protection de l’environnement.  Elle a aussi appelé à tenir compte des femmes et des filles en situation de vulnérabilité et promouvoir la participation des activités qui promeuvent le droit des personnes.  Le projet féministe ainsi que l’environnementalisme social sont essentiels pour faire face à la crise climatique et offrent une opportunité de créer un monde meilleur et plus juste, a déclaré la Ministre avant d’appeler les gouvernements à agir avec détermination et courage en faveur d’un monde égalitaire et durable.

M. AHMED ADAM BAKHEID DUKHRI, Ministre du développement social du Soudan, a indiqué que son gouvernement a réalisé des progrès significatifs en ce qui concerne le droit des femmes.  Reconnaissant le rôle de pionnier joué par les femmes dans les plans de réponse et de relèvement, il a insisté sur l’importance de la coopération entre les partenaires.  Il a souligné les efforts du Soudan pour mettre en œuvre des objectifs ambitieux en matière d’autonomisation des femmes et de protection de l’environnement conformément aux conventions internationales et régionales ratifiées par le Soudan, y compris les objectifs de développement durable et l’Agenda 2063 de l’Union africaine.  En outre, des lois criminalisent désormais les mutilations génitales féminines, reconnaissent les droits des femmes réfugiées et les protègent de la violence.  L’égalité dans les politiques climatiques s’étend également au travail réalisé en coopération avec des partenaires d’organisations internationales et non gouvernementales.

Mme FAZILATUN NESSA INDIRA INDIRA, Ministre d’État pour les enfants et les femmes du Bangladesh, a déploré qu’alors que le pays ne contribue qu’à moins de 1% du réchauffement climatique, les femmes et les filles bangladeshies sont particulièrement vulnérables aux risques de catastrophes naturelles, assurant que son gouvernement s’emploie à leur venir en aide, au travers de mesures d’adaptation et d’atténuation.  De plus, le plan national pour l’action climatique, adopté en 2013, comprend un large volet consacré à l’égalité des sexes, tandis que la politique nationale pour l’autonomisation des femmes appuie aussi l’action climatique des femmes, a-t-elle expliqué.  Pour répondre aux risques de catastrophes naturelles, 38 000 femmes volontaires participent aux dispositifs de préparation aux cyclones, a encore indiqué Mme Indira.  Le Gouvernement a par ailleurs adopté un plan destiné à bâtir une économie verte sensible au genre, tout en renforçant la résilience des communautés et l’autonomisation des femmes au travers de mesures techniques et financières, a-t-elle ajouté, avant d’avertir que son pays aura besoin de plus de ressources pour atteindre les objectifs de développement durable liés aux femmes et aux filles. 

Mme SAMRA FILIPOVIC-HADZIABDIC, Directrice de l’Agence pour l’égalité des genres de la Bosnie-Herzégovine, s’est vantée du développement d’un cadre juridique solide pour faire progresser l’égalité entre les genres en Bosnie-Herzégovine.  Elle a aussi cité un plan d’action pour la mise en œuvre de la résolution 1325 du Conseil de sécurité.  Elle a jugé important d’écouter les femmes et d’appuyer leurs efforts pour changer le monde.  L’adaptation aux changements climatiques, la protection de l’environnement et la réduction des risques de catastrophe sont une composante intégrale des politiques et stratégies d’égalité des genres de la Bosnie-Herzégovine dont le Gouvernement finalise par ailleurs une stratégie d’envergure pour la protection de l’environnement qui intègre une forte composante genre.

M. SUPARK PRONGTHURA (Thaïlande) a indiqué que l’Assemblée nationale des femmes et de la famille de son pays vise à davantage faire entendre la voix des femmes dans la rédaction des lois, tandis que le Département de la prévention des risques de catastrophe du Ministère de l’intérieur a organisé une série d’ateliers de formation et de renforcement de capacité à l’intention des femmes comme des hommes.  Une plus grande visibilité est également accordée aux femmes et aux filles dans les activités de réduction des risques de catastrophe.  Un projet de plan d’adaptation aux changements climatiques vise en outre à ce que les services d’urgence et d’adaptation soient disponibles pour toutes les personnes qui en ont besoin, et une perspective sexospécifique a par ailleurs été intégrée au plan d’action climatique, notamment pour ce qui est de l’adaptation.

M. MOUSSA (Djibouti) s’est inquiété des conséquences des changements climatiques sur les droits des femmes et des filles.  Il a ajouté que la réalisation des droits des femmes repose sur la mise à disposition de moyens significatifs en plus des moyens nationaux.  « L’objectif premier du Gouvernement est de n’exclure aucune femme de la protection sociale », a insisté le représentant, précisant que des mesures ont notamment été prises pour élargir l’accès aux soins de santé et promouvoir la protection.  Les femmes jouent en outre un rôle important dans le secteur informel, qui est un élément central du tissu économique de Djibouti et le Gouvernement s’engage à faire respecter leurs droits.

Mme MARITZA CHAN VALVERDE (Costa Rica) a déploré que peu de femmes aient été présentes dans les délégations qui se sont rendues à la COP26.  L’action climatique devra se faire en comptant sur les femmes et les filles, seule façon de parvenir à un avenir durable, vert et résilient, a-t-elle affirmé.  Elle a indiqué qu’au niveau national, le Costa Rica dispose d’un mécanisme de promotion de la femme et d’une feuille de route pour parvenir à l’égalité des sexes.  Il a également mis à jour sa contribution nationale en vertu de l’Accord de Paris.  La représentante a ensuite appelé à des changements au niveau de l’organisation des soins au sein des sociétés.

Elle a également appelé à garantir la parité dans la gouvernance climatique, à assurer l’égalité d’accès aux technologies pour la protection des ressources, et à garantir le droit à un environnement durable et en bonne santé.

M. HAROLD ADLAI AGYEMAN (Ghana) a indiqué que l’action du Ministère du genre, de l’enfance et de la protection sociale est guidée par le programme national pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes et des filles.  Ce programme, a-t-il précisé, a donné lieu à une politique nationale du genre, qui permet d’intégrer le principe d’égalité hommes-femmes dans tous les secteurs, y compris ceux de l’énergie et de l’environnement.  À cet égard, il a relevé que, face à la menace climatique, la politique nationale de développement à moyen terme 2022-2025 prévoit non seulement de réduire la déforestation et d’augmenter l’utilisation d’une eau et d’énergies propres mais aussi d’assurer l’égalité des sexes.  Dans ses réponses aux changements climatiques, le Ghana reconnaît le rôle important des femmes et des filles en tant que gestionnaires primaires des ressources naturelles et « puissantes agentes du changement », a insisté le représentant, assurant que son pays continuera de veiller à ce qu’elles aient un accès égal aux connaissances, au renforcement des capacités et à la technologie.  Une attention particulière est accordée aux femmes rurales, qui sont durement frappées par les changements climatiques en raison de leur dépendance à l’agriculture et aux ressources, a-t-il indiqué, avant de préciser que son pays s’emploie à inclure les femmes dans l’élaboration et la mise en œuvre de ses politiques de réduction des risques climatiques et de catastrophe. 

Mme PATRICIA SCOTLAND QC, Secrétaire générale du Commonwealth, a relevé que les femmes et les enfants ont été pris au piège avec leurs agresseurs durant la pandémie de COVID-19.  Elle a cité la mise en place d’une plateforme du Commonwealth offrant aux femmes des outils permettant de faire face aux abus de leurs droits, et a ensuite indiqué que les chefs d’État du Commonwealth se réuniront au printemps prochain à Kigali pour discuter de la parité entre les genres et de l’autonomisation des femmes.  

Mme HAIFA ABU GHAZALEH, Secrétaire générale adjointe et Chef des affaires sociales de la Ligue des États arabes, a cité l’adoption d’un communiqué de la Ligue qui a identifié cinq thèmes correspondant aux priorités régionales en matière d’égalité des genres et d’autonomisation des femmes.  Elle a également parlé de l’Initiative verte du Moyen-Orient et de la tenue d’un sommet des États membres de la Ligue des États arabes sur la question en octobre 2021. 

Mme CHACON, d’ACT Alliance - Action by Churches Together, a relevé que la religion et la culture ont une importance prépondérante dans la définition des normes sociales, lesquelles façonnent la réalité face à l’urgence climatique, pour ensuite déplorer la très grande vulnérabilité des femmes et des filles dans ce contexte.  Pour y remédier, elle a recommandé aux États Membres de prendre des mesures climatiques et de réduction des risques de catastrophe tenant compte du genre.  Elle a également souhaité que les mesures de résilience s’appuient sur les connaissances des femmes, qui sont trop souvent ignorées.  Il faut aussi renforcer les financements pour le climat en prenant en compte une perspective de genre et en proposant des dons et non des prêts, a-t-elle ajouté, avant de plaider pour une protection sociale universelle qui comprenne des services de santé sexuelle et reproductive. 

La représentante d’Advocates for Human Rights a souligné le lien entre changements climatiques et égalité des genres dans le contexte des industries extractives, objet d’un rapport par son organisation.  L’industrie minière peut avoir un impact négatif sur la production alimentaire et l’accès à l’eau potable, or ce sont les femmes qui sont le plus souvent en charge de ces deux aspects de la vie, a-t-elle relevé.  Constatant qu’elles sont exclues la plupart du temps des consultations sur le secteur minier, elle a demandé que la société civile et les femmes soient associées à tous les niveaux de la planification. 

M. NADEEM, Advocates for Youth, a noté l’impact des changements climatiques sur les femmes, notamment en termes de santé reproductive.  Il a mis l’accent sur les migrations qui résultent des changements climatiques et des risques accrus courus par les femmes et les filles dans des environnements inconnus, y compris la violence sexiste et les mariages précoces.  Le représentant a plaidé pour un accès aux services de soins reproductifs et sexuels pour les migrants, les femmes et filles qui vivent en milieu rural et les femmes autochtones.  Cependant, a-t-il déploré, ces groupes restent sous-représentés dans les parlements et les enceintes de prise de décisions.  Par conséquent, il a demandé à la Commission de se saisir de cette question et de plaider pour qu’elle soit prise en compte dans les discussions sur la parité et les changements climatiques. 

Mme KACHAMBWA, African Women’s Development and Communication Network – FEMNET, a appelé à la restructuration des mécanismes de financement climatique et environnemental pour répondre aux réalités, besoins et priorités des femmes et filles africaines dans toute leur diversité.  Le financement doit être flexible, accessible et à long terme et soutenir les femmes et les filles africaines qui sont en première ligne de la crise climatique.  Elle a également exigé la représentation équitable des femmes et des filles africaines dans les délégations gouvernementales de la vingt-septième session de la Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et à assurer l’engagement des organisations de jeunesse. 

Mme KHAFAGY, Alliance for Arab Women, a déclaré que les femmes de la région arabe sont confrontées à des inégalités dans l’accès aux services et aux ressources et qu’elles sont exposées à toutes les formes de violence.  Elle a ajouté que les femmes représentent 75% des pauvres de la région arabe.  En outre, les changements climatiques aggraveront la condition des femmes en raison de leur contrôle très limité des terres et des problèmes d’accès à l’eau.  Pourtant les connaissances traditionnelles des femmes dans les régions agricoles en font des acteurs bien placées pour observer les changements climatiques et y apporter différentes pratiques adaptatives.  Elle a estimé que les femmes devaient avoir accès à la technologie pour prévenir et atténuer les effets néfastes des changements climatiques. 

La représentante d’Amnesty International a constaté que les changements climatiques aggravent les inégalités de genre préexistantes, notant qu’après les catastrophes, les femmes font face à une plus grande insécurité et à des violations de leurs droits, en particulier le droit à la santé sexuelle et reproductive.  Dans ce contexte, les États doivent travailler ensemble dans un esprit de multilatéralisme et de coopération pour éviter une crise humanitaire de très grande ampleur et prévenir l’effondrement du climat, a-t-elle préconisé.  Elle a appelé à prendre des mesures ambitieuses pour limiter l’augmentation de la température planétaire de 1,5 degré Celsius et à protéger les personnes des effets inévitables de cette crise en tenant compte des besoins spécifiques des femmes.  Ce faisant, les États doivent s’appuyer sur le respect des droits humains et reconnaître les droits de tous, notamment de ceux qui les défendent.  Enfin, les États doivent faciliter l’accès de la société civile aux informations et aux évaluations, tout en faisant reculer les discriminations dont souffrent les femmes et les filles. 

Mme CHANDRASEKARAN, Asian-Pacific Resource and Research Centre for Women (ARROW), a indiqué qu’une étude réalisée par le Centre confirme l’impact disproportionné de la crise climatique sur les femmes en Asie-Pacifique, constatant que les inégalités sont aggravées par les changements climatiques et les catastrophes naturelles, d’autant plus que les paramètres de justice sont inégaux et ne favorisent pas les femmes.  De fait, dans tous les pays, les femmes ne jouissent pas de tous leurs droits et les normes patriarcales prévalent souvent, a déploré la représentante, avant d’appeler les États Membres à reconnaître que l’égalité de genre et l’autonomisation des femmes sont essentielles pour la durabilité environnementale et les objectifs de développement durable. 

Mme HURST, Fédération canadienne des femmes diplômées des universités, a mis l’accent sur l’accès à une éducation de qualité pour toutes les femmes et les filles en tant qu’outil incontournable de leur autonomisation.  Elle a dénoncé le fait que ceux qui sont le plus responsables des changements climatiques en sont les moins touchés.  Les législations et réglementations pour réduire les émissions de gaz à effet de serre doivent devenir une obligation pour les États Membres, a-t-elle exigé en les appelant aussi à respecter l’Accord de Paris, à consacrer 25% des financements humanitaires aux organisations de femmes autochtones et rurales, à se détourner des énergies non renouvelables et à réglementer le secteur privé de l’extraction. 

La représentante de CHIRAPAQ - Centro de Culturas Indígenas del Perú a déclaré que les changements climatiques sont le fruit des actions de l’être humain qui ne respecte par la Terre-Mère.  Les autochtones veulent protéger la Terre, a-t-elle dit, et se battent contre ce modèle dont ils sont victimes alors même qu’ils ne sont pas pris en compte dans les enceintes de prise de décisions dans la lutte climatique.  Elle a exhorté à reconnaître les contributions et connaissances des autochtones dans la lutte climatique, et à appuyer les initiatives autochtones.  Il faut également garantir la pleine participation des autochtones aux plans et programmes climatiques de l’échelle locale à l’échelle régionale, de leur planification à leur réalisation.  La représentante a également plaidé pour la protection des défenseuses des droits autochtones.

Intervenant au nom de 12 organisations dotées du statut consultatif auprès de l’ECOSOC, la représentante de Congregations of St. Joseph s’est inquiétée de l’impact des sociétés extractives sur les terres des femmes autochtones.  Des activités d’abatage dans les Îles Salomon ont empêché les femmes et filles d’avoir accès aux ressources naturelles, a-t-elle notamment fait savoir en insistant sur le droit qu’ont les communautés autochtones de donner ou de refuser leur consentement libre, informé et préalable. 

Intervenant au nom de 32 millions de personnels travaillant dans le secteur de l’éducation dont la majorité sont des femmes, Mme HOPGOOD, Education international, a demandé aux États Membres de nouer un dialogue avec les syndicats pour promouvoir la parité entre les genres.  Ella a jugé indispensable d’assurer une éducation de qualité en matière de changements climatiques, souhaitant que cette question figure dans tous les programmes scolaires de manière obligatoire. 

Mme BIANCO, Foundation for Studies and Research on Women, relevant que les changements climatiques exacerbent les inégalités préexistantes, a averti que les titulaires de droits appartenant à des minorités, vivant dans la pauvreté ou travaillant dans le secteur agricole sont les plus durement touchés.  Dans la droite ligne de la Stratégie de Montevideo de 2017, qui a pour but de guider l’action régionale pour l’égalité des sexes, elle a plaidé pour une transition vers un modèle de production et de consommation durables incorporant un système de redistribution des ressources et accordant une plus grande importance aux droits et à la diversité des femmes. 

La représentante de Girls Learn International a constaté à son tour que les changements climatiques exacerbent les inégalités, réduisent les moyens de subsistance et ferment l’accès à l’éducation des filles, mettant de fait leur santé physique et mentale en péril.  Les femmes et les filles, a-t-elle alerté, représentent la majorité des déplacés climatiques.  Elle a exhorté les États à créer des programmes de résilience pour les filles, à investir dans les hôpitaux et les abris et à garantir l’égalité des droits.  La crise climatique, a-t-elle insisté, entrave la possibilité qu’ont les filles d’apprendre et d’accéder à l’économie formelle, ce qui les expose à des risques accrus de violence.  Les femmes et les filles, a-t-elle martelé, doivent pouvoir bénéficier d’une éducation complète et participer sur un pied d’égalité à la prise de décisions, notamment celles ayant trait au climat à et à la résilience des communautés. 

La représentante de Global Initiative for Economic, Social and Cultural Rights a regretté que l’égalité hommes-femmes n’ait pas été prise en compte dans les politiques de transition énergétique qui, a-t-elle souligné, ne doivent pas se limiter à une transformation technique mais être conçues comme un outil de promotion de l’égalité de genre en mettant en place des plans ciblés pour les femmes et en accordant la priorité aux besoins des femmes en termes d’énergie. 

Mme BASU, Green Hope Foundation, a souligné le recul accusé en termes de parité à la suite de la pandémie, citant notamment le manque d’infrastructures et le fossé numérique.  Elle a appelé à travailler de façon plus ciblée en tenant compte des complexités qui se posent au niveau des communautés.  Elle a également jugé nécessaire de revoir les systèmes éducatifs pour passer à une éducation basée sur la vocation et les besoins du monde du travail. 

La représentante de International Disability Alliance qui intervenait depuis les Fidji, a expliqué que le Pacifique est le foyer de 1,7 million de personnes handicapées et une région qui subit de plein fouet les effets des changements climatiques.  Les femmes et les filles handicapées en sont touchées de manière disproportionnée, y compris en termes d’accès aux services d’appui, aux soins et à l’éducation.  Or, ce groupe n’est pas pris en compte dans les politiques nationales climatiques, a déploré la représentante qui a appelé à prendre des mesures concrètes pour permettre aux femmes handicapées de participer à la conception et à la mise en œuvre de politiques dans ce domaine, ainsi qu’au processus de prise de décisions.

La représentante de International Federation of Medical Students’ Associations a déclaré que les changements climatiques mettent en danger la vie de tous avec des incidences particulières sur les groupes vulnérables et marginalisés.  Elle a ajouté que sa fédération, qui rassemble 1,3 million d’étudiants en médecine, appelait la Commission à promouvoir des stratégies d’adaptation qui condamnent les pratiques traditionnelles néfastes, dont les mutilations génitales. 

Mme DE ALWIS, International Planned Parenthood Federation, a appelé à lutter contre les discriminations enracinées qui empêchent les femmes et filles d’avoir accès aux services de santé sexuelle et reproductive en rappelant que ces freins sont responsables d’une augmentation de la mortalité maternelle et infantile.  Elle a souligné que le respect des droits des femmes et des filles est indispensable pour surmonter les défis liés aux changements climatiques. 

Mme VIPOND, International Trade Union Confederation, a précisé que son organisation représente quelque 80 millions de travailleuses dans le monde.  Il est temps, a-t-elle dit, d’agir sur tous les fronts et de considérer en priorité les inégalités entre les sexes, qui ont été exacerbées par pandémie.  Au moment où la crise climatique risque d’aggraver l’accès à l’eau, à l’énergie et à la santé, il importe de faire progresser les droits des femmes, dans le cadre d’un dialogue social.  Elle a appelé les États à créer des millions d’emplois décents, notamment dans le secteur de la santé, à doubler le nombre des emplois dans l’administration publique et à surmonter « la ségrégation professionnelle », en assurant l’accès des femmes à des emplois scientifiques et technologiques.  Elle a également souhaité qu’un effort plus important soit fait pour tenir compte de la féminisation de la pauvreté énergétique et pour assurer l’accès des femmes dans toute leur diversité à des postes à responsabilité. 

La représentante de Lutheran World Federation a indiqué que cette alliance d’églises lutte pour la justice climatique et l’égalité des sexes, convaincue de la primauté des droits humains.  L’urgence climatique est une réalité et il faut y faire face maintenant, a-t-elle plaidé, estimant que la situation des personnes marginalisées et vulnérables doit être considérée en priorité.  À cet égard, elle a rappelé que les femmes et les filles subissent de manière disproportionnée les effets des changements climatiques et que 8 déplacés sur 10 à la suite de catastrophes sont des femmes et des filles.  Comme fait aggravant, elle a fait observer que ces femmes et ces filles n’ont souvent pas accès aux ressources et ne participent pas aux prises de décisions.  En revanche, elles sont victimes de violences accrues et d’un accès limité l’éducation, a-t-elle déploré, avant d’appeler les États à tenir compte des vastes connaissances et de l’expérience des femmes, qui peuvent faire d’elles d’efficaces agentes du changement. 

Le représentant de MenEngage Global Alliance, notant que la crise climatique n’est pas neutre du point de vue du genre, a salué les analyses féministes qui mettent en avant les liens entre injustices sociales et égalité de genre.  L’Alliance est solidaire des activités féministes, autochtones et de jeunes qui défient les différentes formes de patriarcats qui contribuent aux injustices climatiques notamment, a déclaré le représentant.  Il faut exposer et contester ces normes sociétales, et les hommes et les garçons doivent devenir des alliés de la transformation des patriarcats néfastes et de la lutte climatique, y compris sous un angle genré, a-t-il insisté.  Il a conclu en demandant de faire de « l’écocide » un crime international. 

Mme MONET, New Generation In Action, du Nigéria, a attiré l’attention sur l’impact des changements climatiques sur l’accès à l’eau et aux produits alimentaires sains.  Elle a plaidé pour une éducation de qualité pour les femmes du secteur du cacao, notamment pour leur apprendre à cultiver le cacao sans avoir recours aux pesticides.  Il faut que les populations locales aient suffisamment de ressources et de connaissances pour protéger leurs terres, a-t-elle souligné en expliquant que son organisation organise notamment des projections de films éducatifs et forge des partenariats.

Mme PAVANELLI, Public Services International, a constaté que la crise climatique n’est pas du tout neutre du point du vue du genre puisque les femmes et les filles sont frappées de plein fouet.  Elles sont notamment concernées au premier chef par les déplacements, les pertes d’emplois et la pauvreté énergétique, a-t-elle souligné, estimant à cet égard qu’une version plus verte du néolibéralisme ne permettrait pas de remédier à ces inégalités.  Il faut une transition juste qui tienne compte des effets sur les femmes et les filles de crises telles que celles liées à la pandémie et au climat.  La représentante a appelé à un changement dans la division actuelle du travail, à une régularisation du travail informel et à la multiplication de services publics de qualité et transformateurs du point de vue du genre. 

Mme KWATRA, Swedish Federation of Lesbian, Gay, Bisexual and Transgender Rights - RFSL, a exhorté la Commission à mettre l’accent sur la lutte contre les violences sexistes ou basées sur le genre et soutenir des engagements éclairs pour comprendre les attentes et contraintes des femmes lesbiennes, bisexuelles et transgenres en temps de crise.  « Un monde meilleur pour tous n’est possible que si tous les efforts sont inclusifs et basés sur les genres », a insisté la représentante. 

Intervenant au nom de United Cities and Local Governments (UCLG), Mme COSSE, maire de Montevideo, a appelé à adopter une approche inclusive plaçant les personnes au cœur des efforts de lutte contre les changements climatiques.  Elle a constaté que les femmes et filles, les membres de la communauté LGBTQ+ et les enfants sont les premiers à voir leurs droits économiques et sociaux compromis en temps de crises. 

Mme DESAI, Voice of Specially Abled People Inc. (VOSAP), a appelé à faire mieux entendre la voix des femmes et des filles en tant que participantes actives à la planification, la mise en œuvre et au suivi des interventions en cas de catastrophe.  Elle a noté que les situations de risques et les urgences humanitaires menacent tout particulièrement les femmes et des filles handicapées qui voient leurs chances de survie réduite en raison de l’absence de services appropriés.  Elle a insisté sur l’importance d’améliorer l’accessibilité en éliminant les barrières physiques, de même que sur la disponibilité de bases de données.  Il faut aussi permettre aux femmes et aux filles handicapées d’avoir accès à l’éducation et aux outils pédagogiques et poursuivre les efforts de planification et de réduction des risques de catastrophe en tenant compte de leurs voix.

Mme VAN DE VOORT, Women in Europe for a Common Future, a demandé à tous les gouvernements de régler par la voie du dialogue les conflits en cours à travers le monde.  Elle a dénoncé les violences intersectionnelles multiples qui touchent les femmes et perpétuent des conceptions patriarcales dépassées, avant de demander aux États Membres de faire preuve de davantage d’audace dans les mesures d’adaptation et d’atténuation des changements climatiques. 

La représentante de Women’s Centre for Legal Aid and Counseling (WCLAC) a dénoncé les violences dont sont victimes les Palestiniennes dans le territoire occupé et à Gaza, où, a-t-elle ajouté, 80% de l’eau disponible n’est pas potable, alors qu’il est de la responsabilité de la Puissance occupante de veiller au fonctionnement des services d’eau et d’assainissement. 

Mme SANDS, World Association of Girl Guides and Girl Scouts, a rappelé l’absolue nécessité de mettre en œuvre des mesures pour lutter contre les changements climatiques, avant de s’étonner que les femmes, notamment autochtones, soient insuffisamment associées aux consultations lancées par leurs gouvernements. 

Table ronde d’experts interactive sur le thème: « Bâtir un avenir résilient: rapprocher les sciences physiques et les sciences sociales pour faire progresser l’égalité des genres dans les domaines des changements climatiques, de l’environnement et de la réduction des risques de catastrophe »

Mme NOELENE NABULIVOU des Fidji, cofondatrice de l’organisation Diverse Voices and Action for Equality, a noté la persistance de cloisons entre les sciences physiques et sociales, notamment dans le contexte de la lutte climatique, et a appelé à en examiner les incidences sur les communautés, en tenant compte d’une perspective de genre de manière à identifier les impacts différenciés des changements climatiques sur les femmes et les filles, afin de mieux répondre à leurs besoins et d’en faire des partenaires dans la lutte climatique.  Constatant que l’action et l’analyse féministes sont souvent considérées comme un travail complémentaire de l’action climatique, elle a recommandé d’encourager explicitement les dynamiques de recherche intersectorielles sur le genre et climat.  Pour l’intervenante, il s’agit de « décoloniser les pratiques et de faire preuve de solidarité avec les autochtones et les femmes scientifiques de couleur ».   

Notant que certaines recherches ne sont pas menées par les États, notamment sur le travail non rémunéré, et que c’est souvent à la société civile de s’y substituer, Mme Nabulivou a souligné l’importance d’établir des partenariats entre le secteur public et la société civile pour pouvoir disposer d’un ensemble d’études et de recherches plus expérimentales ou sur de nouvelles thématiques.  À ce titre elle a cité les travaux de son organisation sur les femmes pauvres et la justice climatique.  Mme Nabulivou a également mis l’accent sur le lien positif entre recherche et mouvements sociaux.  Il faut avancer rapidement et agir pour réparer les écosystèmes et il faut pour cela s’appuyer à la fois sur les sciences sociales et les sciences physiques et sur les rapports du GIEC, a-t-elle estimé. 

Mme LORENA AGUILAR du Costa Rica, experte indépendante sur le genre et l’environnement, a axé son intervention sur des données relatives aux femmes dans la recherche climatique, en affirmant qu’elles sont « désavantagées et sous-représentées ».  Sur 1 000 spécialistes du climat dans le monde, il n’y a que deux femmes parmi les 50 meilleurs, a-t-elle souligné.  Elle a salué les recommandations récentes du GIEC pour veiller à une meilleure représentation des femmes au sein de ses équipes où la représentation des femmes est passée de 8% à un tiers depuis 1990.  Les femmes ont toutefois 15% moins de chances de pouvoir prendre la parole ou chapeauter des groupes de recherche, a-t-elle déploré.  Quant aux principaux obstacles rencontrés par les femmes expertes ou chercheuses, elle a cité le manque de temps, en grande partie à cause de la prise en charge des enfants, ainsi que des problèmes techniques informatiques.  Le GIEC a créé une autre équipe spéciale en tenant compte de la perspective de genre, a-t-elle noté avant de plaider pour une représentation équitable des femmes lors de l’examen de sujets tels que les changements climatiques qui ont différentes répercussions sur les femmes que sur les hommes.  Mme Aguilar s’est d’ailleurs félicitée que les derniers rapports du GIEC intègrent une perspective de genre pour identifier les expériences et besoins des femmes dans le contexte des changements et de la lutte climatiques. 

M. DAVID R. BOYD, Rapporteur spécial sur les droits de l’homme et l’environnement, a tout d’abord rappelé que, le 8 octobre 2021, le Conseil des droits de l’homme a adopté une résolution pionnière sur le droit de tous à un environnement propre et sain, illustrant ainsi l’évolution des droits fondamentaux au niveau mondial.  À cet égard, il a souhaité rendre hommage aux femmes qui ont rendu possible cette avancée historique, affirmant que sans leurs efforts, cette résolution n’aurait pas été adoptée.  Le Rapporteur spécial a ensuite averti que la crise environnementale sans précédent que nous connaissons aujourd’hui ne pourra être maîtrisée si l’on n’autonomise pas les femmes.  Il a noté que même le GIEC préconise des modifications systémiques en faveur des femmes et des filles pour progresser sur le front climatique.  Appelant pour sa part à l’injection d’une « dose de droit fondamentaux », M. Boyd a fait valoir que tous les grands mouvements sociaux de l’histoire se sont servis des droits comme des « catalyseurs ».  C’est donc le bon moment de reconnaître l’importance d’un environnement non toxique, a-t-il souligné, ajoutant toutefois qu’il convient de veiller à ce que ces droits soient accessibles pour les femmes et les filles.  Si chacun sait désormais que les changements climatiques ont sur elles des répercussions disproportionnées, il existe aussi des preuves démontrant qu’elles sont des agentes de changement, a relevé le Rapporteur spécial, citant en exemple le rôle de pointe des femmes en Afrique du Sud, notamment dans les domaines de l’agriculture, des ressources halieutiques et des énergies renouvelables.  Or à l’heure actuelle, seuls 15 ministres de l’environnement dans le monde sont des femmes et ces dernières ne possèdent que 15% des terres au niveau planétaire.  « Il faut donner le pouvoir aux femmes », a-t-il insisté, jugeant que leur participation aux décisions est l’outil le plus puissant pour faire avancer les droits fondamentaux et s’attaquer à la crise climatique et environnementale.

Dialogue interactif

Pour forger des avenirs résilients aux changements climatiques, plusieurs intervenants ont appelé, à l’issue de l’intervention des experts, à promouvoir des sciences physiques et sociales plus sensibles à l’égalité des sexes pour mesurer, comprendre et renforcer la résilience des femmes, des filles et de leurs organisations en tant que puissantes agentes de changement.  

Citant des preuves scientifiques qui démontrent que les femmes et filles sont de puissantes agentes de changement, le Rapporteur spécial sur les droits de l’homme et l’environnement a dit l’importance de promouvoir les droits des femmes avant de rappeler que les cadres des droits humains prévoient des mécanismes de redevabilité.  Si la Présidente de la Green Hope Foundation a souhaité plus de données scientifiques ventilées par sexe pour parvenir à une véritable justice climatique entre hommes et femmes, la plupart des intervenants ont dit la nécessité d’intégrer les dimensions de genre dans la science et la politique des changements climatiques, notamment les connaissances inestimables des femmes autochtones en matière de lutte contre la dégradation des sols.  

Rappelant que l’autonomisation économique et sociale des femmes est indispensable au renforcement de la résilience aux changements climatiques et aux catastrophes, la délégation des États-Unis a indiqué que son pays a, lors de la COP26, annoncé un investissement de 30 millions de dollars en faveur de l’égalité des genres au profit de l’action climatique, par le biais de l’augmentation de la présence des femmes dans l’industrie verte et la réduction du « stress » des filles face aux changements climatiques.  

Notant que « la majorité des personnes touchées par les changements climatiques sont pauvres et que la majorité des pauvres sont des femmes », le Ministre de l’enseignement supérieur, de la science et l’innovation de l’Afrique du Sud a indiqué que son pays accueillera, du 7 au 9 décembre 2022, la septième édition du Forum mondial de la science, sur le thème « La science au service de la justice sociale ».  De son côté, la représentante de la Suisse a appelé à une transformation scientifique pour passer de l’interdisciplinarité à une transdisciplinarité plus sensible à la diversité des besoins et situations.  

« Sans égalité des droits, nous gaspillons des ressources », a prévenu la représentante des agriculteurs avant d’appeler à entendre la voix des 1,5 milliard d’agriculteurs aux niveaux mondial et local, dans un souci d’efficacité en matière de résilience face aux changements climatiques.  

Illustrant la contribution de la science pour mesurer l’impact de la pollution sur la marginalisation environnementale des femmes, l’Église épiscopale a cité une cartographie numérique de ses diocèses qui a montré un lien entre augmentation des taux d’ozone et risques de cancer chez les femmes et filles qui vivent dans des quartiers défavorisés près des axes routiers.  En écho à cette déclaration, la représentante des Philippines a demandé des investissements soutenus pour permettre aux femmes et filles défavorisées d’accéder aux services de santé en général et de santé génésique en particulier.  

Notant que les femmes handicapées sont parmi les plus vulnérables aux catastrophes, la représentante du Royaume-Uni, appuyée par l’Organisation des personnes handicapées du Danemark, a jugé indispensable que ces femmes soient représentées dans les processus de prise de décisions relatifs aux mesures d’atténuation des conséquences des catastrophes.  

Si la représentante d’une ONG sud-africaine a appelé à tenir compte des connaissances inestimables des femmes rurales et autochtones pour lutter contre la dégradation environnementale et la sécurité alimentaire, celle d’Oxfam a annoncé que son organisation s’apprête à mener une étude sur les liens entre les activités de subsistance non rémunérées des femmes et l’égalité des genres dans le contexte environnemental.

Mme KEHKASHAN BASU, fondatrice et Présidente de Green Hope Foundation, a indiqué que son organisation travaille dans 26 pays au contact de communautés se trouvant en périphérie du développement et dans lesquelles les croyances et le manque d’éducation rendent plus importants encore les défis que doivent surmonter les femmes et les filles.  Pour répondre à leurs besoins, il importe d’utiliser au mieux l’action climatique féministe et la science, a estimé l’influenceuse canadienne, co-responsable de ces questions au sein du Forum Génération Égalité.  Elle a rappelé à ce sujet qu’elle participe depuis son adolescence à des processus d’atténuation climatique et qu’elle a vu, au fil des ans, l’évolution de l’action contre les changements climatiques.  « Au début, on s’intéressait surtout aux aspects techniques, désormais on parle de justice climatique et on se concentre sur des questions intersectionnelles », s’est-elle félicitée.  Il n’en reste pas moins que la conjonction de mesures à la fois scientifiques et féministes reste insuffisante du fait des entraves structurelles que connaît la participation des femmes, a souligné la militante, selon laquelle il faut à présent utiliser l’écoféminisme et les connaissances scientifiques pour faire avancer les connaissances et l’action.  Mme Basu a précisé que, dans le cadre de son travail sur la résilience climatique, elle s’appuie justement sur des données issues d’analyses intersectionnelles intégrant le rôle et les besoins des femmes et des filles au niveau local.  De même, a-t-elle ajouté, nous utilisons l’énergie verte pour permette aux femmes de devenir plus indépendantes en sauvegardant l’environnement.  Si nous voulons reconstruire en mieux après la pandémie et contribuer efficacement à l’équilibre planétaire, il est essentiel de faire participer tous les individus et d’éliminer le travail en silos au profit d’une action collective, a-t-elle conclu.  

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