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Soixante-sixième session,
2e et 3e séances plénières, matin & après-midi
FEM/2213

L’égalité des genres dans le contexte de l’urgence climatique au cœur de la soixante-sixième session de la Commission de la condition de la femme

La Commission de la condition de la femme a ouvert, aujourd’hui, sa soixante-sixième session, qui traitera, ces deux prochaines semaines, de la réalisation de l’égalité des genres dans le contexte des politiques et programmes relatifs aux changements climatiques et à la réduction des risques environnementaux et de catastrophes.  Un thème jugé opportun par l’ensemble des intervenants de cette séance inaugurale, à commencer par le Secrétaire général de l’ONU, qui a fait observer que les femmes et les filles sont aux premières loges des situations d’urgence causées par la crise climatique, la pollution, la désertification et la perte de biodiversité, associées à la pandémie de COVID-19. 

« Partout, ce sont les femmes et les filles qui font face aux plus grandes menaces et subissent les préjudices les plus graves; et partout les femmes et les filles passent à l’action pour lutter contre les crises climatiques et environnementales », a constaté M. António Guterres, avant de regretter que « partout, les femmes et les filles continuent d’être largement exclues des lieux de prise de décisions ».  Il a vu là les effets persistants d’un « patriarcat millénaire », exhortant hommes et garçons à œuvrer de concert pour les droits des femmes et l’égalité des genres. 

Face à ces défis grandissants, le chef de l’ONU a également appelé à protéger les avancées durement acquises en matière de droits des femmes, tout en investissant dans l’apprentissage tout au long de la vie, les soins de santé, les emplois décents et la protection sociale.  « L’égalité des genres et les droits des femmes doivent être au cœur d’un contrat social renouvelé, adapté aux sociétés et aux économies d’aujourd’hui », a-t-il plaidé, non sans rappeler que son rapport sur « Notre Programme commun » invite à un rééquilibrage du pouvoir et des ressources fondé sur une « nouvelle donne mondiale ». 

Les femmes ont la connaissance et la compréhension de ce qui est nécessaire pour s’adapter à l’évolution des conditions environnementales et sont en mesure de trouver des « solutions pratiques », a renchéri le Président de l’Assemblée générale, qui a souhaité que les programmes d’atténuation et d’adaptation climatiques permettent non seulement de créer de nouveaux emplois et de nouvelles opportunités de subsistance, mais aussi d’éliminer les obstacles structurels auxquels sont confrontées les femmes.  Il est primordial de promouvoir l’accès des femmes aux institutions financières et aux mécanismes d’épargne, tout en les protégeant contre le harcèlement et d’autres formes de violence dans le monde du travail, a souligné M. Abdulla Shahid.

Pour l’heure, a relevé la Directrice exécutive du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), 70% des femmes dans le monde vivent dans la pauvreté, et les phénomènes météorologiques extrêmes, en réduisant la productivité agricole et en détruisant les biens, ont sur elles un impact considérable.  En outre, certains pays ont vu bondir la violence domestique et la violence sexuelle et sexiste à la suite des catastrophes naturelles, a noté Mme Inger Andersen, qui s’est également alarmée de l’augmentation de la violence contre les femmes défenseuses de l’environnement. 

Dans ce contexte, la quête d’une transition verte et durable passe obligatoirement par des mesures « sensibles au genre », notamment des investissements dans la résilience, a estimé Mme Andersen.  Un avis partagé par la cofondatrice de l’ONG « Girls for Climate Action », qui, face aux impacts des changements climatiques sur les écosystèmes et les populations de sa région de l’est de l’Ouganda, a invité la communauté internationale à investir dans les solutions initiées par les femmes et les filles.  « Il n’y a pas de justice de genre sans justice climatique », a averti Mme Joanita Babirye, tandis que la Secrétaire générale de l’Initiative des bassins sacrés de l’Amazone, en Équateur, mettait en exergue le rôle central des femmes au niveau communautaire face à la crise climatique. 

La dégradation et la destruction des ressources naturelles exacerbent la violence sexiste, a, elle aussi, alerté la Présidente du Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes.  Illustrant son propos, Mme Gladys Acosta Vargas a pointé les risques accrus de violence auxquels s’exposent les femmes qui vont chercher de l’eau pour leur foyer, les sécheresses les obligeant à parcourir de plus grandes distances.  La question de la violence sexiste est tellement urgente que la Commission devrait en faire un point permanent à son ordre du jour, a quant à elle soutenu Mme Reem Alsalem, Rapporteuse spéciale sur la violence contre les femmes, ses causes et ses conséquences, qui a noté que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) en fait mention dans son dernier rapport. 

Insistant d’autre part sur l’importance de tirer parti des compétences des femmes dans l’utilisation durable des ressources naturelles, la Directrice exécutive d’ONU-Femmes, Mme Sima Sami Bahous, a appelé à soutenir des solutions énergétiques et une économie bleue sensibles au genre, jugeant essentiel que les femmes aient accès au potentiel de 24 millions de nouveaux emplois dans les secteurs verts.  Selon elle, les femmes et les filles doivent être placées au centre de la politique climatique et environnementale, parce qu’elles sont des « multiplicateurs de solutions ». 

Organisée en présentiel, cette première journée de travaux a également été marquée par deux tables rondes ministérielles, l’une centrée sur les moyens de faire progresser l’égalité des sexes grâce à des actions holistiques et intégrées, du niveau mondial à l’échelon local, l’autre consacrée aux bonnes pratiques pour parvenir à une participation significative des femmes aux politiques et programmes de réduction des risques liés aux changements climatiques, à l’environnement et de catastrophes.  De nombreuses délégations ont par ailleurs exprimé leur vive préoccupation au sujet de l’impact sur les femmes et les filles de « l’horrible guerre » en Ukraine.

En début de réunion, la Commission, présidée pour cette session par Mme Mathu Joyini (Afrique du Sud), a confirmé l’élection aux postes de vice-président de Mme Antje Leendertse (Allemagne), de M. Māris Burbergs (Lettonie) et de Mme Hye Ryoung Song (République de Corée).  La Commission poursuivra ses travaux demain, mardi 15 mars, à partir de 10 heures.

SUITE DONNÉE À LA QUATRIÈME CONFÉRENCE MONDIALE SUR LES FEMMES ET À LA VINGT-TROISIÈME SESSION EXTRAORDINAIRE DE L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE INTITULÉE « LES FEMMES EN L’AN 2000: ÉGALITÉ ENTRE LES SEXES, DÉVELOPPEMENT ET PAIX POUR LE XXIE SIÈCLE »

Déclarations liminaires

Mme MATHU JOYINI, Présidente de la soixante-sixième session de la Commission de la condition de la femme, a indiqué que pendant les deux semaines à venir, les travaux de la Commission auront pour thème prioritaire « Réalisation de l’égalité des genres et avancement de toutes les femmes et de toutes les filles dans le contexte des politiques et programmes relatifs aux changements climatiques et à la réduction des risques environnementaux et des risques de catastrophes ».  Ce sera l’occasion d’évaluer les progrès réalisés depuis la soixante-cinquième session, notamment sur l’autonomisation économique des femmes dans un monde du travail en mutation, a expliqué Mme Joyini. 

À ses yeux, le choix du thème prioritaire ne pouvait être plus opportun, compte tenu du fait que les effets des changements climatiques et des catastrophes constituent aujourd’hui le principal défi pour l’humanité, avec des retombées sur l’ensemble de la société, en particulier sur les femmes et les filles.  Parmi ces dernières, les plus touchées sont les femmes et les filles rurales et autochtones, mais aussi celles qui vivent dans des situations de conflit, a-t-elle souligné, ajoutant qu’en dépit des crises climatique et environnementale, les femmes et les filles restent des agentes de changement à tous les niveaux.  Elles agissent contre ces défis et sont à la tête des efforts de relèvement, a fait valoir Mme Joyini, avant d’appeler à promouvoir le leadership des femmes dans tous les domaines. 

Comme le relève le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), a-t-elle encore noté, les retombées des changements climatiques frappent plus durement les personnes les plus vulnérables, à commencer par les femmes et les filles.  Il est donc essentiel que les politiques et les financements en la matière soient sexospécifiques, a-t-elle plaidé, faisant part des efforts déployés par son pays, l’Afrique du Sud, pour y remédier.  Le Gouvernement sud-africain a ainsi lancé une stratégie nationale prévoyant l’intégration du genre dans ses politiques environnementales afin que les intérêts des femmes et des filles soient au cœur de ses actions.  Cette stratégie, a expliqué la Présidente, traite de l’atténuation comme de l’adaptation aux risques climatiques et vise à assurer la transition vers une économie faible en carbone, domaine où les femmes peuvent peser. 

Mme Joyini a par ailleurs relevé que la vulnérabilité des femmes et des filles reste importante face aux catastrophes.  Nous ne devons pas permettre que ces crises créent un environnement empêchant les femmes d’accéder à leurs droits, en particulier au droit à la santé sexuelle et reproductive, a-t-elle souligné, souhaitant que cette soixante-sixième session de la Commission soit l’occasion de remettre les femmes au cœur des politiques, notamment en vue de la réalisation du Programme 2030, et de mobiliser l’ensemble des parties prenantes à cette fin.  Avant de conclure, elle a rappelé son engagement en faveur des femmes d’Ukraine, de Palestine, du Yémen, du Sahara occidental et de tous les lieux où les conflits continuent de faire rage.

M. ANTÓNIO GUTERRES, Secrétaire général de l’ONU, a déclaré que les femmes et les filles sont touchées de manière disproportionnée par les situations d’urgence sans précédent causées par la crise climatique, la pollution, la désertification et la perte de biodiversité, associées à la pandémie de COVID-19, ainsi que les répercussions des conflits nouveaux ou en cours qui se sont accélérées et intensifiées.  « Partout, ce sont les femmes et les filles qui font face aux plus grandes menaces et subissent les préjudices les plus graves; et partout les femmes et les filles passent à l’action pour lutter contre les crises climatiques et environnementales », a-t-il scandé avant de regretter que « partout, les femmes et les filles continuent d’être largement exclues des lieux de prise de décisions ».  Il a également relevé que les femmes et les filles qui vivent dans les petites nations insulaires, les pays les moins avancés et les zones de conflits sont les plus touchées. 

Après avoir noté que la raréfaction des ressources touche d’abord les femmes, le Secrétaire général a indiqué qu’il apparaît de plus en plus que le mariage et l’exploitation d’enfants sont liés à la crise climatique.  « Lorsque des catastrophes climatiques frappent –ce qui est de plus en plus fréquent– les femmes et les enfants courent jusqu’à 14 fois plus de risques de mourir que les hommes », s’est alarmé M. Guterres en précisant que les femmes qui œuvrent à la consolidation de la paix se retrouvent souvent en première ligne, tout en s’efforçant de faire vivre leurs familles et leurs communautés, même dans des situations de crises multiples et étroitement liées.  Il a dit être profondément alarmé par l’augmentation de la violence et des menaces à l’encontre des femmes qui défendent les droits humains et militent pour l’environnement, avant de fustiger la discrimination fondée sur le genre, qui fait qu’une infime partie des propriétaires fonciers et des dirigeants sont des femmes. 

Face à ce constat, il a regretté que les besoins et les intérêts des femmes sont souvent négligés et mis de côté dans les politiques et les décisions concernant l’utilisation des terres, la pollution, la conservation et l’action climatique.  Illustrant son propos, il a noté qu’un tiers des rôles décisionnels dans la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, le Protocole de Kyoto et l’Accord de Paris est attribué à des femmes et que 15% seulement des ministres de l’environnement sont des femmes.  De même, un tiers seulement des 192 cadres énergétiques nationaux tient compte de considérations de genre.  Pour le Secrétaire général, cette situation est la preuve que nous continuons de subir les effets d’un patriarcat millénaire qui exclut les femmes et les empêche d’être entendues.  « Nous n’atteindrons aucun de nos objectifs sans la contribution de toutes les personnes », a prévenu M. Guterres avant d’appeler les hommes et les garçons à œuvrer pour les droits des femmes et l’égalité des genres. 

Soulignant que l’Accord de Paris est essentiel pour les droits des femmes et des filles, le Secrétaire général a appelé à lutter contre la perte de biodiversité, la dégradation des terres et la pollution pour que femmes et hommes vivent dans la dignité, sur une planète en bonne santé.  Mais nous n’y parviendrons pas si la participation des femmes n’est pas égale à celle des hommes et si celles-ci n’ont pas le même pouvoir de décision, a-t-il prévenu, tout en notant que les femmes et les filles leaders sont à l’avant-garde des mouvements pour le climat et l’environnement et que les agricultrices et les femmes autochtones font autorité en matière de gestion durable des ressources.

« Dans tous les domaines, la voix, les droits et la contribution des femmes sont incontournables si l’on veut construire les économies durables et les sociétés résilientes de demain », a insisté le Secrétaire général avant de rappeler que son premier rapport sur les liens entre l’urgence climatique et l’égalité des genres a présenté des mesures concrètes visant à placer les femmes et les filles au centre de la politique climatique et environnementale. 

Mettant l’accent sur les inégalités et les injustices liées au genre mises en évidence et exacerbées par la pandémie de COVID-19, le Secrétaire général a souligné que des millions de femmes ont perdu leur emploi, avec des répercussions catastrophiques sur leurs droits économiques et sociaux et que des millions de filles ont été déscolarisées.  Pour s’attaquer à ces problèmes, le Secrétaire général a appelé à présenter un front uni, pour protéger les avancées durement acquises en matière de droits des femmes tout en investissant dans l’apprentissage tout au long de la vie, les soins de santé, les emplois décents et la protection sociale pour les femmes et les filles.  « L’égalité des genres et les droits des femmes doivent être au cœur d’un contrat social renouvelé, adapté aux sociétés et aux économies d’aujourd’hui », a-t-il insisté avant de préciser que son rapport intitulé « Notre Programme commun » invite à un rééquilibrage du pouvoir et des ressources fondé sur une nouvelle donne mondiale.  Il a aussi proposé un nouvel agenda pour la paix, dont l’objectif, a-t-il expliqué, est de réduire toutes les formes de violence –y compris la violence fondée sur le genre– et de placer les femmes et les filles au cœur de la politique de sécurité. 

Les crises climatique et environnementale, combinées aux retombées économiques et sociales de la pandémie de COVID-19, sont les enjeux déterminants de notre époque, a souligné le Secrétaire général.  Et pour que nous puissions bâtir l’avenir durable dont nous avons besoin, les femmes et les filles doivent être au premier plan et montrer la voie.

M. COLLEN VIXEN KELAPILE, Président du Conseil économique et social (ECOSOC), a déclaré que le travail de la Commission de la condition de la femme reste essentiel pour renforcer le cadre normatif mondial pour l’égalité entre les sexes et l’autonomisation des femmes et demeure au cœur du système de l’ECOSOC pour guider une reprise centrée sur les personnes et sensible au genre au lendemain de la pandémie de COVID-19. 

Il a indiqué que le thème prioritaire de la Commission est étroitement aligné sur les priorités définies par l’ECOSOC pour faire face à la triple crise planétaire, qui comprend les changements climatiques, la perte de biodiversité et la pollution.  Il a appelé à tenir compte d’une perspective genre dans tous les plans, politiques et programmes, arguant qu’une approche sensible au genre est nécessaire de toute urgence pour faire face à la crise climatique, à la perte de biodiversité, à la dégradation de l’environnement et à la réduction des risques de catastrophe.  Compte tenu de tous les défis auxquels les femmes et les filles sont confrontées, M. Kelapile a appelé à veiller à ce que la Commission fonctionne de manière efficiente, efficace, transparente et inclusive.  Elle devrait tirer parti de l’analyse d’experts pour produire des évaluations fondées sur des données probantes et axées sur l’action, et formuler des recommandations politiques judicieuses en vue de faire progresser la mise en œuvre du Programme 2030 et de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing grâce à des approches intégrées, a estimé le Président de l’ECOSOC.  Dans ce contexte, il a salué le fait que l’examen par la Commission de ses propres méthodes de travail soit effectué en tenant pleinement compte de l’examen plus large du travail de tous les organes subsidiaires de l’ECOSOC.

M. ABDULLA SHAHID, Président de l’Assemblée générale, a constaté qu’aucun pays n’a pleinement atteint l’égalité et l’autonomisation des femmes et des filles.  Les progrès ont non seulement été lents et inégaux, mais des lacunes importantes subsistent avec de nouveaux défis émergents, à commencer par les changements climatiques, qui exacerbent à la fois le risque et les impacts des catastrophes à l’échelle mondiale.

Il a relevé que bien que les femmes soient touchées de manière disproportionnée par les changements climatiques, elles jouent un rôle crucial dans l’adaptation et l’atténuation.  En effet, a-t-il souligné, elles ont la connaissance et la compréhension de ce qui est nécessaire pour s’adapter à l’évolution des conditions environnementales et sont en mesure de trouver des solutions pratiques.  Pourtant, a-t-il déploré, elles demeurent une ressource largement inexploitée, en raison de droits fonciers restreints, d’un manque d’accès aux ressources financières, à la formation et à la technologie, et d’entraves qui les empêchent souvent de jouer pleinement un rôle politique.  En outre, les niveaux plus élevés de mortalité et de morbidité chez les femmes et les filles, pendant et à la suite de catastrophes climatiques, ont pour conséquences des inégalités pour l’accès aux soins de santé, à la nutrition, à l’assainissement, à l’éducation, au logement, à l’emploi et à une protection sociale adéquate.  De même, faute de planification et de mise en œuvre sensibles au genre, les installations de protection aux catastrophes négligent bien souvent les besoins d’accessibilité spécifiques de certains groupes de femmes, notamment les femmes handicapées, les femmes âgées et les femmes autochtones. 

Pour le Président de l’Assemblée générale, le droit des femmes à participer à tous les niveaux de prise de décisions doit être garanti dans les politiques et programmes de lutte contre les changements climatiques.  Mais il faut aussi que les programmes d’atténuation et d’adaptation permettent de créer de nouveaux emplois et de nouvelles opportunités de subsistance, tout en éliminant les obstacles structurels auxquels sont confrontées les femmes pour accéder à leurs droits.  Notant que, ces dernières années, les femmes sont entrées en grand nombre sur le marché du travail, il a regretté que cette expansion s’accompagne souvent de conditions inégales.  La discrimination et la ségrégation fondées sur le sexe sur le marché du travail ainsi que la faiblesse des réglementations ont contribué à confiner les femmes dans des emplois peu rémunérés et de mauvaise qualité, a-t-il déploré, ajoutant que l’exploitation des femmes sur le marché du travail est encore aggravée par leur part disproportionnée dans les activités non rémunérées.  Le résultat est que le travail domestique et de soins non rémunéré des femmes subventionne l’économie gratuitement, a relevé M. Shahid, appelant à de profondes réformes du système économique, qui veillent à ce que les droits humains constituent le cadre éthique des politiques macroéconomiques. 

Dans ce contexte, a poursuivi le Président de l’Assemblée générale, il importe de concevoir des régimes fiscaux progressifs et d’instituer une budgétisation sensible au genre qui renforce les droits économiques des femmes et leur accès aux services publics tout en remédiant à la discrimination et aux inégalités.  Il faut promouvoir l’accès des femmes aux institutions financières et aux mécanismes d’épargne, tout en protégeant les femmes contre le harcèlement et d’autres formes de violence dans le monde du travail.  Il convient aussi d’intégrer les besoins et les droits des femmes réfugiées, des travailleuses migrantes, des femmes rurales et des femmes autochtones dans les politiques d’emploi, sociales, de santé et de prestations de services.  Il est également essentiel d’instituer des politiques favorables à la famille qui permettent de valoriser la contribution du travail de soins non rémunéré à l’économie, a-t-il dit, avant de lancer un appel à la promotion du leadership et du libre arbitre des femmes, notamment au travers des syndicats, de la société civile et des organisations féministes.  Enfin, après avoir rappelé que seulement quatre femmes ont été élues présidentes de l’Assemblée générale en l’espace de 76 ans, il s’est prononcé à titre personnel pour que le prochain secrétaire général soit une femme.

Mme INGER ANDERSEN, Directrice exécutive du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), a appelé à promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes et des filles dans le contexte de la triple crise planétaire –changements climatiques; perte de biodiversité; et pollution et déchets– qui rend le monde plus inégal et plus divisé.  Elle a indiqué que 70% des femmes vivent dans la pauvreté, et que les phénomènes météorologiques extrêmes qui réduisent la productivité agricole et détruisent les biens ont un impact considérable sur les femmes.  Elle a aussi signalé que certains pays ont connu une augmentation de 300% de la violence domestique et de la violence sexuelle et sexiste à la suite des cyclones tropicaux et des typhons.  Elle s’est aussi inquiétée de l’augmentation de la violence contre les femmes défenseuses de l’environnement dans le contexte de l’augmentation de la pollution et de la raréfaction des ressources alimentaires et hydriques. 

Après avoir précisé que de la nouvelle stratégie à moyen terme 2022-2025 du PNUE fait de l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes une priorité, Mme Andersen a regretté que seulement 15%des ministres de l’environnement, ou secteurs apparentés, étaient des femmes.  Notant que « les équipes à prédominance masculine trouveront des solutions à prédominance masculine », elle a jugé que l’objectif de revigorer le multilatéralisme environnemental nécessite de placer les femmes au cœur de la prise de décisions environnementales.  Dans la recherche d’une transition juste vers un avenir vert et durable, il est indispensable que les investissements dans la résilience et le renforcement des capacités soient sensibles au genre, a-t-elle souligné.  Elle a par ailleurs indiqué que la cinquième session de l’Assemblée des Nations Unies pour l’environnement qui vient de s’achever à Nairobi a été marquée par l’adoption d’une « résolution historique » qui vise à lancer les négociations sur un accord mondial pour mettre fin à la pollution plastique.  Ce texte peut avoir un « impact historique » sur les femmes parce qu’elles sont au cœur même de la transformation de la chaîne de valeur des plastiques et du passage à une économie circulaire. 

Mme MARIA BELEN PÁEZ, Présidente de la fondation Pachamama et Secrétaire générale de l’Initiative des bassins sacrés de l’Amazone en Équateur, a mis en exergue le rôle des femmes au niveau communautaire face à la crise climatique, tout en soulignant leur vulnérabilité, en particulier dans les zones rurales et forestières.  En Amazonie, dans les forêts de la côte Pacifique et dans les Andes, ce sont les femmes les principales responsables des semences, de la production agricole, des fermes et des potagers, et ce sont aussi elles qui gèrent les foyers, les enfants, les personnes âgées et les adolescents, a-t-elle souligné.  Pourtant, a dit la militante, les politiques d’atténuation et d’adaptation qui existent aux niveaux national et infranational ne suffisent pas pour assurer une pleine participation des femmes et leur permettre de jouir pleinement de leurs droits humains, collectifs et territoriaux, mettant en exergue les liens étroits entre ces femmes et leur environnement naturel.  Mme Páez a dénoncé le fait que dans les organisations et les institutions publiques, c’est un leadership d’hommes qui fixe les politiques d’adaptation et d’atténuation aux changements climatiques qui ne vont souvent pas dans le sens des buts et objectifs de petites activités dans les campagnes.  Face à cela, les femmes ont depuis longtemps choisi de s’organiser en communautés et de parler d’une seule voix de leurs inquiétudes relatives aux facteurs qui altèrent leur environnement, a indiqué la militante en parlant des femmes amazoniennes qui ont exprimé très clairement leur refus de l’expansion des frontières industrielles sur leurs territoires. 

Mme Páez a appelé à assurer l’intégrité de ces familles, de veiller aux sage-femmes qui jouent un rôle très important au sein des communautés rurales, de renforcer les processus de santé maternelle et infantile dans ces communautés.  Il faut également renforcer les processus de connaissance traditionnelle et des « chakras » dans la gestion des forêts, et promouvoir une large participation des femmes aux débats et à la prise de décisions sur la question des effets et impacts des changements climatiques, pour rendre les communautés locales plus résilientes et les associer à la restauration des écosystèmes et des systèmes hydriques.  Les femmes au niveau communautaire ont toujours été résistantes et très résilientes, et, face à la crise climatique, il existe de nombreuses opportunités pour que ces femmes puissent occuper davantage de rôles de leadership afin de pouvoir prendre soin de notre Terre.

Mme JOANITA BABIRYE, cofondatrice de Girls for Climate Action, a déclaré avoir grandi à Jinja, ville de l’Ouganda qui abrite de nombreux écosystèmes, dont la source du fleuve Nil.  Y vivre n’était pas un défi jusqu’à il y a cinq ans, lorsque l’empiètement sur les écosystèmes a commencé, n’épargnant ni les rivières ni les zones humides, a-t-elle témoigné.  Chaque fois qu’il pleut, les maisons sont inondées, les gens perdent leurs récoltes et nous sommes exposés aux maladies, a expliqué cette jeune militante de l’action climatique, ajoutant que, chaque nuit, des familles se couchent dans la crainte d’une nouvelle catastrophe.  Loin de se limiter à la partie orientale de l’Ouganda, cette situation est également partagée par les populations du district occidental de Kasese, où les inondations rendent les maisons inhabitables, tuent le bétail et détruisent les récoltes.  Ces personnes transformées en réfugiées climatiques sont forcées de rejoindre des camps, ce qui entraîne un abandon scolaire, des grossesses chez les adolescentes, des cas de violence sexiste, une prévalence du VIH, un chômage généralisé et une pauvreté absolue, a-t-elle dénoncé, ajoutant que cela n’est pas le seul lot de l’Afrique. 

Pour Mme Babirye, il est particulièrement alarmant de constater que la crise climatique affecte de manière disproportionnée les communautés marginalisées et autochtones qui dépendent fortement de l’environnement pour leurs moyens de subsistance au jour le jour.  De fait, « les changements climatiques sont la crise de notre temps », a-t-elle martelé, avant d’appeler la Commission, au nom des jeunes femmes du monde entier, à faire en sorte que la réalité des adolescentes soit au cœur des réponses en matière de climat, d’environnement et de réduction des risques de catastrophe.  Cette population clef est impactée de manière disproportionnée par les enjeux climatiques, notamment en termes d’accès à l’éducation, au logement et à la sécurité alimentaire, a-t-elle alerté.  À cette aune, il importe, selon elle, d’augmenter la résilience des communautés aux effets des changements climatiques et de continuer à investir dans les solutions initiées par les jeunes femmes et les filles.  « Il n’y a pas de justice de genre sans justice climatique », a-t-elle conclu.

Mme SIMA SAMI BAHOUS, Directrice exécutive d’ONU-Femmes, a dénoncé les conséquences disproportionnées sur les femmes et les filles des crises au Myanmar, en Afghanistan, au Sahel, en Haïti, en Syrie, en Somalie, au Yémen et en Éthiopie et de « l’horrible guerre en Ukraine » .  S’inquiétant des « dommages causés au quotidien à la vie, aux espoirs et à l’avenir des femmes et des filles ukrainiennes », elle a exigé que l’invasion et la guerre en Ukraine cessent. 

Mme Bahous a ensuite indiqué que la pandémie de COVID-19 a mis à nu les inégalités existantes et stoppé brutalement les progrès en matière d’autonomisation des femmes, tandis que les changements climatiques font payer le prix fort aux femmes et aux filles.  Elle a salué les engagements des États Membres en faveur de l’égalité des sexes par le biais d’accords environnementaux multilatéraux tels que la Conventions de Rio et le Cadre de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe, et a appelé à les mettre en œuvre en s’appuyant sur des plans d’action pour l’égalité des sexes lorsque des lacunes existent. 

Soulignant l’importance de tirer parti des compétences des femmes dans la gestion de la conservation et de l’utilisation durable des ressources naturelles, la Directrice exécutive d’ONU-Femmes a appelé à un plus grand investissement dans la résilience des femmes.  Il faut soutenir des solutions énergétiques durables et une pêche et une économie bleue sensibles au genre, a-t-elle insisté, notant que moins de 17% de la main-d’œuvre du secteur de l’eau est composée de femmes et qu’il existe un potentiel d’environ 24 millions de nouveaux emplois dans les secteurs verts.  Elle a jugé essentiel que les femmes reçoivent la formation et le soutien nécessaires pour accéder à ces emplois, exhortant la Commission à mettre l’accent sur cette question.  Mme Bahous a aussi insisté sur l’importance d’une approche sensible au genre pour soutenir les organisations, entreprises et coopératives de femmes.  « Les femmes et les filles doivent être placées au centre de la politique climatique et environnementale, parce que les femmes sont des multiplicateurs de solutions », a-t-elle insisté, avant d’appeler tous les acteurs à s’engager en faveur de l’inclusion pleine et significative des femmes et des filles du monde dans les solutions climatiques, en tant que leaders, partenaires et innovatrices. 

Mme GLADYS ACOSTA VARGAS, Présidente du Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes, a exprimé d’emblée sa profonde préoccupation face à l’attaque militaire contre l’Ukraine et la grave situation humanitaire à laquelle sont confrontés les civils, y compris un grand nombre de femmes et d’enfants réfugiés.  Elle a exhorté les parties au conflit armé à intensifier leurs efforts pour parvenir à un règlement pacifique de ce conflit tout en assurant la participation égale des femmes au processus de paix. 

Elle a relevé que la violence sexiste à l’égard des femmes est étroitement liée au thème prioritaire de la Commission de la condition de la femme de cette année, ajoutant que le Comité a exploré ce lien dans plusieurs de ses 38 recommandations générales qui interprètent le contenu et la portée des droits ou de thèmes spécifiques dans le cadre de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. 

Illustrant son propos, elle a fait observer que la dégradation et la destruction des ressources naturelles exacerbent la violence sexiste à l’égard des femmes et des filles.  Par exemple, la crise climatique expose les femmes et les filles qui vont chercher de l’eau pour leur ménage à de plus grands risques de violence, car les sécheresses les obligent à parcourir de plus grandes distances, une question soulevée par le Comité dans sa recommandation générale pionnière n°37 de 2018 sur la dimension de genre dans la réduction des risques de catastrophe dans le contexte plus large des changements climatiques.  Le Comité a ensuite publié, en 2019, une déclaration conjointe sur « les droits humains et les changements climatiques » avec d’autres organes conventionnels des droits de l’homme, exhortant les gouvernements à prendre des mesures plus ambitieuses.

Mme Vargas s’est dite alarmée par l’augmentation des attaques, des menaces, du harcèlement et des meurtres auxquels sont confrontées les femmes autochtones défenseuses des droits humains et des droits environnementaux, fonciers et territoriaux, et celles qui militent contre la mise en œuvre de projets de développement sans l’accord libre, préalable et informé des peuples autochtones concernés.  Le Comité rédige actuellement une recommandation sur les droits des femmes et des filles autochtones qui va dans ce sens, a-t-elle indiqué.  Préoccupé en outre par le risque d’érosion du système multilatéral international de protection contre la violence sexiste à l’égard des femmes dans le contexte de la pandémie de COVID-19, le Comité a publié une déclaration en juillet 2021 dans laquelle il exprime sa préoccupation face au retrait d’un État partie de la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique (Convention d’Istanbul) en pleine pandémie, alertant du risque que cela creuse le fossé de protection des femmes et des filles à une époque où la violence sexiste est en augmentation. 

Mme Vargas a par ailleurs indiqué que le Comité a repris ses sessions en personne à Genève en octobre et novembre 2021 et février 2022 pour rattraper son important arriéré dans l’examen des rapports d’États parties, précisant qu’il s’était penché sur 18 d’entre eux.

Mme REEM ALSALEM, Rapporteuse spéciale sur la violence contre les femmes, ses causes et ses conséquences, a plaidé pour que l’ensemble des acteurs concernés par cette question travaillent ensemble et de manière harmonisée.  La tâche est trop importante pour être traitée en rangs dispersés, a-t-elle affirmé, avant d’en appeler à un engagement plus étroit entre la Commission et les procédures spéciales.  Se disant convaincue de la force du travail en collaboration, elle a indiqué qu’elle avait commencé à travailler sur cette base avec le Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes sur les situations particulières des femmes.  Son premier rapport au Conseil des droits de l’homme a ainsi été consacré à la violence sexiste dont souffrent les femmes et les filles autochtones.  Pour la Rapporteuse spéciale, il existe encore des marges d’amélioration en termes de collaboration avec la Commission, dont les travaux, a-t-elle noté, sont essentiels pour l’évolution de la jurisprudence dans le domaine des droits humains.  La question de la violence sexiste est tellement urgente que la Commission devrait en faire un point permanent à son ordre du jour, a-t-elle insisté, non sans rappeler que cette violence fait partie de l’expérience de toutes les femmes, partout dans le monde.  Il importe, selon elle, d’y répondre efficacement pour contribuer à l’égalité des sexes et à l’autonomisation des femmes, tout en examinant plus en profondeur les défis interconnectés que sont les changements climatiques et la dégradation de l’environnement.  En effet, a fait valoir Mme Alsalem, l’inégalité entre les sexes est liée à d’autres types de vulnérabilité et les changements climatiques exacerbent les discriminations et les violences sexistes, ainsi que l’a mentionné le dernier rapport du GIEC.  Après s’être engagée à soumettre un rapport sur cette thématique en septembre prochain, elle a appelé les États Membres à renforcer le cadre réglementaire existant sur les violences faites aux femmes et à respecter leurs responsabilités afin de garantir le droit des femmes à vivre sans violence, y compris en temps de conflit. 

Discussion générale

M. NKOPANE RASEENG MONYANE (Lesotho), au nom du Groupe des États d’Afrique, a souligné que les contributions des femmes aux efforts d’adaptation, d’atténuation et de résilience aux changements climatiques à tous les niveaux et dans tous les secteurs, restent une nécessité pour parvenir à l’égalité entre les sexes et à l’autonomisation de toutes les femmes et filles.  Il a jugé essentiel que les femmes de différents horizons soient en mesure de diriger et de participer à la conception et à la mise en œuvre de programmes en vue de renforcer la résilience climatique de leurs sociétés et communautés.  Il a insisté sur l’importance de rendre le continent africain plus résilient en renforçant les capacités d’anticipation et de réponse aux catastrophes et en réduisant leur impact sur les personnes vivant dans des situations vulnérables, en particulier les femmes, grâce à la mise en œuvre de l’Initiative africaine de solidarité.  Le continent attend de ses partenaires de développement qu’ils respectent leurs engagements financiers de longue date en matière de climat et d’aide au développement, a indiqué le représentant en expliquant que c’est essentiel pour permettre à l’Afrique de mettre sur pied des plans d’adaptation et d’atténuation des catastrophes et réduire ses émissions de gaz à effet de serre.

En Afrique, a poursuivi le représentant, l’agriculture demeure le principal employeur des femmes et des filles.  Cependant, leur manque d’accès à la terre, aux marchés internationaux, aux technologies agricoles et au capital financier entrave leurs possibilités de diversifier leurs moyens de subsistance ou d’accroître leur résilience face aux changements climatiques, a-t-il expliqué avant de demander aux partenaires de développement du continent de soutenir le Programme détaillé pour le développement de l’agriculture africaine (PDDAA), projet phare de l’Agenda 2063 de l’Union africaine.

Le représentant a par ailleurs relevé que dans les situations de conflit, les femmes sont souvent obligées de fuir leurs foyers et de s’installer dans des camps et des habitations urbaines.  Dans de telles circonstances, les mariages précoces et la prostitution deviennent des moyens pour certaines d’entre elles de subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille.  Les femmes et les filles sont également victimes de la traite, de toutes les formes de violence et d’exploitation.  Dès lors, le délégué a insisté sur l’importance de permettre à toutes les filles et les femmes d’avoir un accès égal à l’enseignement secondaire et supérieur en sciences, technologie, ingénierie et mathématiques pour leur permettre d’accéder à des emplois de qualité dans l’économie durable.

Au nom de l’Union européenne (UE), Mme ELISABETH MORENO, Ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l’égalité des chances de la France, a tout d’abord exprimé la solidarité de l’UE avec l’Ukraine et son peuple, notamment les femmes et les filles de ce pays qui font preuve de résilience et de courage face à une attaque militaire non provoquée et injustifiée de la part de la Russie.

La Ministre a ensuite déclaré que la lenteur des progrès dans l’action climatique, de la transition énergétique et de la réduction des risques de catastrophe constitue un frein à l’égalité de genre, soulignant l’importance d’un cadre stratégique intégré et d’une approche des politiques et de la programmation fondée sur les droits humains et tenant compte de la dimension de genre.  Elle a indiqué que l’UE reconnaît la nécessité d’une action décisive pour faire face aux graves conséquences des changements climatiques, de la perte de biodiversité et de la dégradation de l’environnement sur les femmes et les filles. 

Observant que les situations de crise et de catastrophe exacerbent les inégalités de genre préexistantes et augmentent les formes multiples et croisées de discrimination et de violence à l’égard de toutes les femmes et filles, Mme Moreno a estimé qu’une action climatique intégrant la dimension de genre est essentielle pour s’attaquer aux causes sous-jacentes de la vulnérabilité aux changements climatiques.  Cela doit se traduire par un financement de l’action climatique et d’investissements dans les systèmes de santé qui prennent en considération la dimension de genre, et ce, en renforçant l’accès à des soins et à des services sociaux et sanitaires sûrs, disponibles, abordables, accessibles, de qualité, inclusifs et tenant compte de ladite dimension, y compris ceux liés à la santé mentale, à la santé maternelle et à la santé sexuelle et génésique.  Elle a également insisté sur la nécessité de garantir un accès universel aux informations et à une éducation abordables et complètes en matière de santé sexuelle et reproductive, ainsi qu’à des services de soins de santé. 

Nous devons prendre des mesures pour éliminer tous les obstacles existants, et ce, tout en renforçant les facteurs favorisant le leadership, la participation, l’action et l’expression des femmes et des filles, a poursuivi Mme Moreno, qui a rappelé à cet égard qu’une nouvelle directive européenne vise à renforcer l’égalité entre les femmes et les hommes dans les conseils d’administration.  Les travaux avec le Parlement européen vont permettre son adoption définitive et, ainsi, casser les plafonds de verre auxquels les femmes demeurent confrontées, a-t-elle assuré, avant de souligner le rôle essentiel que les jeunes femmes et les adolescentes jouent dans l’action et la justice climatiques.  Sur ce point, a-t-elle indiqué, l’UE met l’accent sur le Forum Génération Égalité et soutient les efforts déployés par ONU-Femmes pour stimuler un engagement et une participation significatifs des jeunes.  Elle a appelé en outre à accroître la participation et le nombre de femmes diplômées dans le domaine des sciences, des technologies, de l’ingénierie et des mathématiques, tout en soutenant l’accès des femmes à un travail décent et à l’entrepreneuriat.  Il existe un potentiel important d’autonomisation économique des femmes dans la transition climatique et dans les technologies à faibles émissions, a fait valoir la Ministre. 

Mme Moreno a par ailleurs souligné l’importance d’un soutien moral, politique et financier aux organisations de la société civile dans le domaine de l’environnement, aux groupes féministes et aux organisations et mouvements dirigés par des femmes, ainsi qu’aux femmes défendant les droits humains et celles défendant les droits humains en matière environnementale, qui sont souvent exposées aux menaces et aux attaques.  Elle a d’autre part insisté sur la responsabilité du secteur privé d’agir conformément aux principes directeurs des Nations Unies relatifs aux entreprises et aux droits de la personne.  Enfin, elle a souhaité que l’égalité de genre devienne une priorité dans toutes les actions en matière de climat et d’environnement.  Ce n’est qu’en agissant ainsi que nous pourrons assumer nos responsabilités envers les générations actuelles et futures, a-t-elle affirmé.

Au nom du Groupe restreint LGBTI, Mme SARAH SCHLITZ, Secrétaire d’État à l’égalité des genres, à l’égalité des chances et à la diversité de la Belgique, a jugé crucial d’aborder les liens critiques entre l’égalité des sexes, les droits humains, les changements climatiques et les problèmes environnementaux et leurs impacts sur les personnes LGBTI, y compris sur leur santé mentale.  Les personnes LGBTI sont confrontées à des risques disproportionnés de violence et de discrimination à la suite d’une catastrophe ainsi qu’en raison des impacts continus des changements climatiques, a-t-elle indiqué avant de s’inquiéter de facteurs qui excluent les personnes LGBTI de l’accès aux services de base, notamment des soins de santé de qualité, l’eau potable et l’assainissement.  Elle a indiqué que la discrimination fondée sur le sexe aggrave les risques pour les jeunes femmes et les adolescentes et les personnes LGBTI, en particulier celles en situation de vulnérabilité et de marginalisation.  En outre, la représentante s’est dite préoccupée par l’augmentation des menaces et de la violence contre les personnes LGBTI défenseuses des droits, y compris celles qui travaillent sur les questions environnementales. 

La Secrétaire d’État a jugé indispensable que les femmes et les filles dans toute leur diversité aient un accès complet, égal, efficace et des opportunités significatives de participation et de leadership à tous les niveaux dans les domaines des changements climatiques, de la gouvernance de l’environnement et de la réduction des risques de catastrophe.  La lutte contre les changements climatiques doit répondre aux priorités des femmes et les filles dans toute leur diversité, a-t-elle appuyé, avant d’exhorter les États à surmontent les formes multiples et croisées de discrimination auxquelles les femmes et les filles sont confrontées.

Au nom du Groupe des Amis de la famille, M. VALENTIN RYBAKOV (Bélarus) a dit l’importance des politiques, stratégies et programmes nationaux axés sur la famille pour atteindre les objectifs de développement durable, la famille étant l’unité de base et le point de départ pour résoudre un ensemble de problèmes mondiaux allant de la réduction de la pauvreté aux changements climatiques.  Il a jugé impératif de comprendre l’interrelation et l’interdépendance entre les changements climatiques et l’intégrité familiale, s’inquiétant des conséquences dramatiques des changements climatiques qui peuvent considérablement saper la stabilité familiale.  Illustrant son propos, il a indiqué que les catastrophes peuvent entraîner la perte de maisons et de moyens de subsistance, détruire ou endommager des écoles et des établissements de soins de santé et provoquer des déplacements de personnes, de leurs familles et de leurs communautés. 

Le représentant a également souligné l’importance de la famille qui inculque aux enfants le respect de la nature et un comportement environnemental responsable dès leur plus jeune âge.  Les enfants sont des « observateurs permanents » des choix, des actions et des actes des adultes et les parents partagent la responsabilité de la formation de la personnalité de l’enfant, jetant les bases de son comportement moral, a-t-il indiqué.  La famille joue un rôle primordial dans la culture et la responsabilité écologiques et la femme assume un rôle important dans cette relation interconnectée entre les changements climatiques et la stabilité familiale.  Dans ce contexte, il a salué la grande contribution des femmes au bien-être de la famille et au développement de la société, par le biais d’une éducation sur le climat, le renforcement de la résilience, la préservation et la conservation de l’environnement. 

M. AHMED ADAM BAKHEET, Ministre du développement social du Soudan, qui s’exprimait au nom du Groupe des pays arabes, est revenu sur le lien entre changements climatiques, la dégradation de l’environnement et leurs impacts sur la sécurité alimentaire mais aussi sur celle des femmes et des filles.  Il a également évoqué les situations de conflits dans certains pays arabes, et l’impact de ces facteurs sur les femmes.  Les pays arabes ont pris plusieurs mesures pour garantir l’égalité de droits et de genre, ainsi que pour faciliter la participation des femmes à la réponse aux changements climatiques, a-t-il indiqué.  Le Ministre a expliqué que parmi les priorités des pays arabes dans ce domaine figure la promotion des moyens économiques des femmes à travers une coopération régionale, sous l’égide de la Ligue des États arabes et en coopération avec ONU-femmes, en vue de permettre aux femmes de devenir des agentes de l’économie verte dans le monde arabe.  Il faut en outre leur permettre d’être propriétaires de terres et inscrire ce droit dans les législations nationales.  Le Ministre a également souligné que la paix et la sécurité passent par l’intégration de la dimension climatique dans les plans et programmes politiques.  Il a appelé à protéger les femmes et les filles de toute forme de violence, évoquant le plan de travail arabe pour la riposte à la violence à l’égard des femmes, notamment en période de déplacement.  En dernier lieu, le Ministre a estimé que les pays arabes devaient promouvoir des indexes nationaux et les publier en vue de pouvoir mesurer les effets de ces mesures. 

Au nom de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), M. SOVANN KE (Cambodge) a assuré que l’ASEAN reconnaît le rôle clef des femmes en tant que contributrices essentielles au développement de la région, tout en admettant que, malgré les progrès accomplis, des contraintes continuent de faire obstacle à l’égalité des sexes, comme l’a rappelé la pandémie de COVID-19.  Pour cette raison, le cadre de relance globale de l’ASEAN vise à intégrer l’égalité des sexes dans l’ensemble de ses programmes, a indiqué le représentant, soulignant l’importance d’un renforcement de l’autonomisation des femmes, en particulier par le biais de l’inclusion numérique et financière.  À cet égard, il a mis l’accent sur le travail du Réseau des femmes entrepreneurs de l’ASEAN, la première édition, en novembre 2020, du Sommet des femmes dirigeantes de l’ASEAN et le lancement, en mars 2021, de l’ASEAN Gender Outlook, qui suit les progrès vers l’égalité des sexes et les objectifs de développement durable dans la région. 

Poursuivant, le délégué a constaté que les impacts des catastrophes naturelles et des changements climatiques affectent de manière disproportionnée les femmes et exacerbent davantage les inégalités fondées sur le sexe.  Consciente de cette réalité, l’ASEAN a lancé, en janvier dernier, un cadre stratégique pour l’intégration du genre 2021-2025, qui établit des étapes concrètes pour garantir que l’égalité des sexes et l’inclusion sont pleinement prises en compte dans les travaux de l’Association, y compris sur l’action climatique et la réduction des risques de catastrophe, a-t-il indiqué.  Selon lui, ces efforts viendront compléter ceux du Comité de l’ASEAN sur le travail des femmes 2021-2025, qui englobe « la résilience au climat et aux catastrophes sensibles au genre » parmi ses sept domaines d’action.

Au nom des pays lusophones, Mme FAUSTINA FERNANDES INGLES DE ALMEIDA ALVES DE SOUSA, Ministre de l’action sociale, de la famille et de la promotion de la femme de l’Angola, a réitéré son appel à la mise en œuvre intégrale de la Convention sur les droits de la femme, du Programme d’action de Beijing, de la Conférence internationale sur la population et le développement et de tous les autres engagements internationaux visant à l’égalité de facto entre les femmes et les hommes, ainsi qu’à l’intégration de l’égalité des sexes dans tous les agendas internationaux.  Elle a particulièrement mis l’accent sur le Programme d’action de Beijing qui a permis l’adoption d’un vaste ensemble de recommandations visant à lever les obstacles à la participation active des femmes dans toutes les sphères et à tous les niveaux de la vie publique et privée, afin d’assurer leur autonomisation.  Elle a aussi appelé les acteurs à déployer des efforts concertés pour s’assurer que les mesures relatives aux changements climatiques et à la réduction des risques de catastrophe tiennent compte des questions de genre.  « Les femmes possèdent sans aucun doute des connaissances et des compétences inestimables et sont des agentes efficaces du changement dans l’atténuation et l’adaptation aux changements climatiques ainsi que dans la réduction des risques de catastrophe et le renforcement de la résilience », a insisté la Ministre.  Rappelant que les catastrophes naturelles n’affectent pas les gens de la même manière, elle a indiqué que les femmes sont plus vulnérables aux risques, dont l’insuffisance d’accès aux ressources, aux capacités et aux opportunités.  Face à la persistance de nombreux conflits, elle a exhorté les États Membres à mettre en œuvre la résolution 1325 (2000) du Conseil de sécurité sur les femmes et la paix et la sécurité.  Citant le mémorandum d’accord entre la Communauté des pays lusophones et ONU-Femmes, elle a salué les efforts conjoints visant à surmonter les obstacles communs qui entravent le développement des femmes et des filles, notamment les mutilations génitales féminines, le mariage des enfants et la traite des êtres humains.

Mme DERYA YANIK, Ministre de la famille et des services sociaux de la Turquie, qui parlait également au nom du Mexique, de l’Indonésie, de la République de Corée et de l’Australie, a mis en exergue le fait que ce sont les femmes et les filles qui sont le plus touchées par les changements climatiques, à la fois à cause de la discrimination fondée sur le sexe, et parce qu’elles représentent la majorité des pauvres du monde et dépendent davantage de ressources naturelles.  Dans le même temps, elles sont des moteurs dynamiques de l’action climatique, de la réduction des risques de catastrophe et du renforcement de la résilience.

Elle a appelé à l’élimination des barrières structurelles, des normes et stéréotypes sociaux discriminatoires, mais aussi à la promotion de politiques et programmes sensibles au genre qui autonomisent toutes les femmes et les filles, y voyant le seul moyen d’assurer la participation pleine, égale et significative des femmes à la prise de décisions et d’appuyer leur leadership dans les efforts et politiques environnementales et de réduction des risques de catastrophe. 

Elle a estimé essentiel que les soins et le travail domestique non rémunérés soient reconnus, valorisés et financés et que les femmes puissent avoir accès aux services publics et bénéficier des politiques de protection sociale.  Elle a fermement condamné toutes les formes de violence sexiste, y voyant un obstacle majeur à la réalisation de l’égalité entre les sexes et à l’autonomisation de toutes les femmes et les filles.  Elle a appelé tous les États Membres à soutenir fermement les efforts visant à prévenir, punir et éliminer cette forme de violence.  En outre, les femmes et les filles doivent avoir un accès égal et sûr aux technologies de l’information et des communications et à Internet, a-t-elle ajouté, insistant par ailleurs sur l’importance des données désagrégées, notamment en relation avec les soins non rémunérés et le travail domestique, la santé sexuelle et reproductive, la violence et les pratiques néfastes, l’accès et la gestion des ressources, les migrations et les déplacements.

Intervenant au nom des pays en développement sans littoral, Mme ANNA MARIA MOKGETHI, Ministre de la nationalité, de l’immigration et des questions de genre du Botswana, a rappelé que les femmes ont joué un rôle central dans la réponse à la pandémie de COVID-19, car elles représentent 70% de la main-d’œuvre dans les secteurs de la santé et des services sociaux.  En conséquence, elles ont également été plus susceptibles d’être exposées au virus, a-t-elle dit avant de noter que l’emploi des femmes a diminué de 5%, contre 3,9% pour les hommes durant la pandémie.  Ce problème s’ajoute à la situation déjà précaire à laquelle de nombreuses femmes sont confrontées, en termes d’avantages sociaux équitables.  Enfin, elle a aussi indiqué que les données disponibles de 2000 à 2019 montrent que la proportion de la population active en dessous du seuil international de pauvreté de 1,90 dollars par jour a été continuellement plus élevée pour les femmes que pour les hommes. 

Néanmoins, la Ministre s’est félicitée que la proportion de femmes dans les parlements nationaux des pays en développement sans littoral a augmenté régulièrement, passant de 7,8% en 2000 à 27,6% en 2021 - dépassant la moyenne mondiale de 25,6% en 2021.  À cet égard, il est gratifiant de noter qu’au 1er janvier 2021, 11 pays en développement sans littoral comptaient des femmes aux plus hautes fonctions de l’État, que ce soit en tant que chefs d’État ou de gouvernement ou présidentes de parlement.  À la lumière des défis contemporains, Mme Mokgethi a appelé à renforcer la résilience aux changements climatiques et les capacités d’adaptation des petits exploitants agricoles -dont beaucoup sont des femmes- grâce à des programmes de protection sociale sensibles au genre et à l’expansion des infrastructures durables et de la connectivité numérique.  Elle a aussi cité la nécessité de mobiliser des ressources financières adéquates pour augmenter considérablement l’investissement dans des stratégies de réduction des risques des changements climatiques et de catastrophe sensible au genre.  Elle a également appelé à un soutien ciblé pour permettre aux femmes de reprendre une activité économique, y compris l’accès à la formation et au crédit, des droits accrus à la propriété et à la terre, et la fourniture directe d’intrants productifs agricoles aux agricultrices.  Il faut en outre veiller à ce que les hommes et les femmes reçoivent un salaire égal pour un travail de valeur égale; et élaborer des services de prévention et réponse à la violence à l’égard des femmes et des filles - un défi qui est souvent exacerbé par les crises et les catastrophes, comme cela a été le cas lors de la pandémie de COVID-19. 

Table ronde ministérielle 1: « Politiques et programmes relatifs aux changements climatiques et à la réduction des risques environnementaux et des risques de catastrophes: faire progresser l’égalité des genres au moyen de mesures globales et intégrées du niveau mondial au niveau local »

« Le futur est meilleur lorsque des femmes sont présentes à la table des négociations où des décisions sont prises », a déclaré la Ministre de l’égalité entre les femmes et les hommes du Luxembourg, lors de cette première table ronde qui a été l’occasion pour les délégations d’échanger sur les moyens de promouvoir l’égalité des genres aux fins de la lutte contre les changements climatiques, la protection de l’environnement et la réduction des catastrophes.  Une vingtaine de ministres ont promu les initiatives de leurs pays pour ce faire, d’aucuns rappelant que la parité est indispensable pour permettre aux femmes de contribuer à la réalisation d’un développement durable pour tous.  Pour évaluer cette contribution et apporter des mesures correctives, plusieurs délégations ont souligné l’importance de disposer de données ventilées par sexe et de lois institutionnalisant cette parité ainsi que le caractère sexospécifique des initiatives de lutte contre les changements climatiques, la protection de l’environnement et la réduction des catastrophes. 

« Parce qu’aucune crise n’est neutre en termes de genre, comme en témoigne la situation des femmes en Ukraine », la Ministre luxembourgeoise a jugé essentiel de tenir compte de la dimension du genre non seulement dans la gestion de toutes les catastrophes, mais également lors de la définition, la mise en œuvre et l’évaluation des politiques de résilience, comme le prévoit le Cadre de Sendai.  Pour ce faire, elle a jugé indispensable de disposer de données fiables sur la situation des femmes, des hommes, des personnes LGBTI et de réduire, à tous les niveaux, les inégalités liées au genre.  Sur le même ton, la Secrétaire d’État chargée de l’égalité des genres, de l’égalité des chances et de la diversité de la Belgique a vanté une législation nationale ambitieuse en matière d’intégration de la dimension du genre avant de souligner la valeur ajoutée des gouvernements locaux pour promouvoir la dimension sexospécifique de la réponse climatique dont l’efficacité, a-t-elle ajouté, dépend de l’attention simultanée accordée aux dimensions du genre, de l’âge, de la situation sociale, du handicap et autres spécificités. 

Il est indispensable d’impliquer les femmes dans l’identification des impacts sexospécifiques des changements climatiques et la mise en place de mesures pour y répondre, en particulier dans les domaines liés à l’eau, à la sécurité alimentaire, à l’agriculture, à l’énergie, à la santé, à la gestion des catastrophes et aux conflits, a insisté la Ministre de la promotion de la femme et de la famille du Cameroun.  Parmi les questions sexospécifiques importantes liées à l’accès aux ressources, elle a cité le crédit, les services de vulgarisation et la formation, l’information et la technologie, avant d’appeler à mettre en place des projets spécifiques tels le programme d’appui au genre, aux changements climatiques et à l’agriculture mis en place au Cameroun pour accompagner les femmes. 

La Ministre de l’égalité des chances et de la femme de l’Italie a souhaité qu’un maximum de femmes puissent occuper des positions de prise de décisions dans le domaine de l’environnement et la définition de politiques vertes.  Sur le même ton, la représentante de la République dominicaine a cité deux plans dominicains intégrant l’égalité des sexes dans la lutte contre les changements climatiques dont le plan national d’égalité des sexes 2020-2030. 

« Il faut des données ventilées par sexe pour comprendre les vulnérabilités particulières des femmes face aux changements climatiques et procéder aux corrections nécessaires », a insisté la Ministre des femmes de la Nouvelle-Zélande avant de citer la mise en place d’un nouveau fonds pour les changements climatiques qui vise notamment à appuyer les initiatives sexospécifiques dans ce domaine.  Lui emboitant le pas, le Ministre de l’enfance, de l’égalité, du handicap, de l’intégration et de la jeunesse de l’Irlande a précisé que le plan d’action climatiques 2021 de son pays a prévu de consacrer une partie de la taxe carbone à l’investissement social, y compris des initiatives et solutions sexospécifiques.  De son côté, la représentante de l’Égypte a appelé à appuyer la contribution des femmes à la transition vers une économie verte et une économie bleue durable en promouvant les changements de comportements par l’éducation et en garantissant le financement de ces mesures. 

Ventant les initiatives de son pays, la Ministre des femmes et de l’égalité des genres du Chili a indiqué que la stratégie 2021 de lutte contre les changements climatiques de son gouvernement vise à réduire les écarts en matière de vulnérabilité entre hommes et femmes aux niveaux national et local en mettant l’accent sur les zones rurales et autochtones du Chili où les effets de la crise climatique se font le plus ressentir.  À son tour, le Ministre des affaires intérieures du Suriname a cité la finalisation dans le cadre du projet EnGenDER, d’une stratégie d’adaptation sectorielle et d’un plan d’action pour l’eau, d’une analyse de la résilience climatique basée sur le genre, et d’une étude des connaissances, attitudes, pratiques et comportements.  Illustrant les efforts nationaux de promotion de la participation des femmes à l’identification de solutions écologiques, la Ministre de la parité, du travail et du développement durable de l’Ouganda a cité l’adoption de la loi nationale sur l’environnement de 2019, la politique nationale de gestion de l’environnement de 2017, et la loi nationale ougandaise sur les changements climatiques de 2021, entre autres.

« 1 171 femmes travaillent au département de l’environnement du Gouvernement où elles représentent 40% du personnel », s’est félicitée la Vice-Présidente du Conseil des femmes et de la famille de l’Iran, qui s’est néanmoins inquiétée des incidences du régime de sanctions sur le bien-être des femmes iraniennes.  S’enorgueillissant que son pays occupe la dix-huitième place mondiale et la première dans le monde arabe en matière de réalisation de la parité, la Ministre des changements climatiques et de l’environnement des Émirats arabes unis a dit que son pays a toujours promu la parité des femmes pour leur permettre d’apporter toute leur contribution pour lutter contre les changements climatiques.  De son côté la Ministre des affaires sociales et de la famille du Qatar a dit la volonté de son pays de mettre en œuvre le Pacte de Glasgow pour assurer la participation pleine et entière de la femme à la réalisation des objectifs climatiques. 

Enfin, la Ministre du genre, famille et enfant de la République démocratique du Congo a indiqué que son pays a pris 10 mesures urgentes pour assurer la gestion des ressources naturelles et forestières, exhortant tous les acteurs à intégrer des objectifs sexospécifiques dans leurs travaux. 

Table ronde ministérielle 2: « Moyens d’expression et d’action des femmes: bonnes pratiques devant permettre de parvenir à la participation pleine, égale et effective des femmes à la prise de décisions dans le contexte des politiques et programmes relatifs aux changements climatiques et à la réduction des risques environnementaux et des risques de catastrophes »

Soulignant que les changements climatiques touchent de manière disproportionnée les petits États insulaires en développement, la Ministre d’État des Bahamas a présenté un témoignage de première main de l’impact des catastrophes naturelles sur les communautés locales et les femmes, sachant que pas moins de 55 ouragans se sont abattus sur son pays en un siècle dont le plus dévastateur a été l’ouragan Dorian de septembre 2019.  Fortes de cette expérience, les Bahamas ont soutenu la formation des femmes aux changements climatiques et à la santé.  Si ces dernières occupent désormais des rôles de leadership dans les domaines des changements climatiques, de l’environnement et de la réduction des risques de catastrophe et du genre, la Ministre a concédé que cela s’applique essentiellement à la capitale et qu’il faut investir des fonds et des ressources humaines supplémentaires pour établir des bureaux stratégiques locaux et régionaux pour appuyer la parité dans les autres îles du pays.  Toutefois, si l’utilisation du PIB par habitant reste la mesure de la richesse du pays et que l’on persiste à refuser des financements non remboursables aux Bahamas, il sera difficile d’atteindre les femmes et les filles les plus vulnérables, d’où l’importance, selon elle, de finaliser l’indice de vulnérabilité multidimensionnelle. 

Le Ministre d’État, de la famille, de l’inclusion et du développement social de Cabo Verde, autre état insulaire en développement, a mis en exergue « le visage féminin de la pauvreté » dans son pays, insistant sur l’impératif que les femmes, y compris les femmes rurales, soient appelées à participer pleinement à la prise de décisions, en particulier dans le contexte de la lutte contre les changements climatiques.  Il a passé en revue une série de mesures prises en ce sens dont la mise en place d’un système de soins efficace et la création de structures d’accompagnement des personnes dépendantes, telles que des crèches, des centres de soins, mais aussi des projets pilotes pour assurer l’accès des femmes à la terre, à l’eau, aux technologies et à l’intégration dans la chaîne de production.  Lui faisant écho, la Ministre de la femme, du développement communautaire et social des Samoa a même parlé d’une politique nationale du genre dans la gestion des risques de catastrophe qui veille à ce que les femmes soient impliquées dans toutes les phases de la gestion des risques de catastrophes naturelles.  En Colombie, la politique publique et le plan d’action de lutte contre les changements climatiques s’appuient sur des organisations de femmes autochtones pour promouvoir la stratégie climatique à long terme, a indiqué la Ministre colombienne, pour laquelle l’action climatique est un domaine privilégié pour promouvoir la parité.  L’Équateur et la Canada ont eux aussi mis en avant des projets visant à associer les femmes autochtones à la lutte climatique.

« Les femmes appartiennent à tous les lieux où des décisions sont prises », a renchéri la Ministre de la protection sociale de l’Estonie.  Insistant sur l’urgence d’agir face aux changements climatiques, elle a appelé à faire de l’aspiration des femmes à accéder à la table des décideurs une réalité pour la génération actuelle.  Pour ce faire, il faut accorder une attention spéciale à la place des femmes dans l’informatique et les STIM (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques), mais aussi à la création de crèches et de quotas de femmes au sein des conseils d’administration des grandes entreprises, a expliqué le Ministre de la Lettonie, qui présidait cette table ronde. 

Lui emboitant le pas, la Ministre du Japon a expliqué qu’une initiative nationale vise à augmenter la participation des femmes aux conseils qui prennent des décisions importantes sur les politiques et les programmes de réduction des risques de catastrophes.  Elles sont d’ailleurs trois à siéger au Conseil national de gestion des catastrophes, s’est-elle félicitée.  Une autre initiative cherche à établir une coopération plus étroite entre les départements en charge de la gestion des catastrophes et ceux en charge de l’égalité entre les genres, a précisé la Ministre.

De son côté, la Ministre du genre, de l’enfance et de la protection sociale Libéria a appelé à prendre en compte les travaux non rémunérés des femmes ainsi que le problème de la violence à leur égard alors que leur accès au système juridique reste souvent limité.  Elle a également insisté sur l’importance de l’accès des femmes aux terres et aux ressources marines, faute de quoi on limite leurs possibilités de revenus et d’action dans le domaine climatique.  Les femmes sont en première ligne de la production agricole et sont donc aussi les premières victimes de la sècheresse alors même qu’elles restent sous-représentées dans les instances de prise de décisions, a constaté la Ministre du Malawi.  Pour y remédier, un réseau des femmes pour la lutte climatique a vu le jour et l’État a mis en place un programme d’autonomisation des femmes. 

Si tous les intervenants de cet après-midi ont reconnu le rôle des femmes en tant qu’agentes du changement dans la sphère de la lutte climatique, l’Estonie a toutefois remarqué que de nombreux militants qui plaident publiquement pour des politiques durables sont des femmes et des filles, et que « cela a malheureusement souvent un prix ».  Les femmes qui défendent activement le féminisme et exigent des mesures pour mettre fin à la crise climatique sont plus susceptibles que les hommes d’être la cible de menaces, de discours de haine et de harcèlement, notamment en ligne.  Dès lors, la Ministre a exigé d’en tenir compte et de veiller à ce que l’engagement des femmes dans la lutte contre les changements climatiques n’en soit pas « inhibé », en exhortant les États Membres à construire un espace sûr pour que les femmes puissent participer aux discussions publiques.  Les femmes et les filles doivent être des collaboratrices actives dans l’action climatique, et non pas seulement écoutées, a souligné la Ministre de la Finlande.

La Ministre de l’Ukraine, qui s’exprimait « le cœur lourd mais avec une profonde fierté », a parlé du sort de ses concitoyens face aux attaques de la Fédération de Russie qui « foule au pied le droit international ».  Les forces russes ne cessent de pilonner mon pays, s’est indignée la Ministre, indiquant que l’Ukraine a lancé une enquête sur l’attaque visant la centrale nucléaire de Zaporojia et qui, a-t-elle averti, représente un risque de catastrophe environnementale majeure. 

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