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Session de 2022,
34e séance – matin
ECOSOC/7103

Le Conseil économique et social achève son débat consacré à la gestion par l’adoption, non sans difficultés, d’une quinzaine de textes venant de ses organes subsidiaires

Le Conseil économique et social (ECOSOC) a achevé son « débat consacré à la gestion », qui s’est tenu sur deux jours, par l’adoption d’une quinzaine de résolutions et de décisions, sur des sujets aussi divers que l’information géospatiale, le soutien au peuple palestinien, les questions de genre, le développement durable au Sahel ou bien encore l’Instance permanente des peuples autochtones.  Les décisions relatives à cette dernière Instance et au soutien du peuple palestinien ont donné lieu à l’expression de divergences entre les délégations.

Avec sa résolution « Programme d’action en faveur des pays les moins avancés pour la décennie 2022-2031 », le Conseil demande à ces pays, « avec l’appui de leurs partenaires de développement », de s’employer à mettre en œuvre le Programme d’action de Doha.  Avec sa décision relative au « Développement durable au Sahel », le Conseil prie le Secrétaire général de lui rendre compte de la manière dont les Nations Unies apportent un appui intégré, cohérent et coordonné à la réalisation du développement durable dans la région du Sahel, « dans la limite des ressources disponibles ».

Si les adoptions se sont faites au moyen du consensus, d’autres textes ont fait l’objet d’un vote, à l’instar de la résolution sur les répercussions économiques et sociales de l’occupation israélienne sur les conditions de vie du peuple palestinien dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et de la population arabe dans le Golan syrien occupé.  Cette résolution, adoptée par 43 voix pour, 4 voix contre et 4 abstentions, a été saluée par l’observatrice de l’État de Palestine, qui a rappelé que « Gaza est une prison à ciel ouvert ». 

Dans cette résolution, le Conseil demande l’ouverture complète des points de passage frontaliers de la bande de Gaza, afin que soient garantis l’accès humanitaire et la circulation régulière et ininterrompue des personnes et des biens et que soient levées toutes les restrictions à la liberté de circulation imposées au peuple palestinien.  La délégation d’Israël a estimé que le leadership palestinien est largement responsable de la situation du peuple palestinien, en lui reprochant notamment de rejeter toute tentative de relancer les négociations de paix. 

Un vote a également été nécessaire pour l’adoption de la résolution sur la situation des Palestiniennes et l’aide à leur apporter, par lequel l’ECOSOC appelle la communauté internationale à accorder une attention particulière à la promotion et à la protection des droits humains des femmes et des filles palestiniennes.  Le Mexique, qui a voté pour, a néanmoins déploré que la résolution ne prenne pas en compte les normes sociales négatives auxquelles les femmes palestiniennes sont assujetties. 

Une décision relative à l’Instance permanente sur les questions autochtones, se rapportant aux travaux de sa vingt et unième session, a également donné lieu à un vote et à des controverses entre États.  Un amendement présenté par le Bangladesh, l’Inde, l’Indonésie et la République-Unie de Tanzanie a ainsi été rejeté par 25 voix contre, 12 voix pour et 12 abstentions.  L’amendement avait pour but de faire prendre note par l’ECOSOC des communications officielles des États Membres mentionnés dans le rapport de l’Instance, dans lesquelles ils expriment leur position quant à ce qu’il est dit de leurs pays respectifs dans le rapport de l’Instance permanente.

La Finlande et l’Union européenne, notamment, ont tenu à rappeler que le rapport de l’Instance n’est pas le fruit de négociations intergouvernementales mais du travail de 16 experts indépendants.  Cet amendement n’était pas nécessaire et les quatre délégations en question auraient pu simplement exprimer leurs points de vue dans le cadre d’une déclaration en leur capacité nationale, a appuyé le Mexique.  L’Inde leur a rétorqué que « l’Instance permanente a décidé d’inclure des mentions dans son rapport sans donner l’occasion aux États Membres de faire valoir leurs points de vue », revendiquant ce droit au sein des Nations Unies.

Les dates de la vingt-deuxième session de l’Instance permanente sur les questions autochtones ont aussi été fixées: elle se tiendra au Siège de l’ONU du 17 au 28 avril 2023.  Enfin, une décision a été prise pour allonger d’une journée la durée du forum des jeunes en 2023, qui se tiendra du 18 au 20 avril 2023.

L’ECOSOC a ainsi conclu sa session de 2022.  Il se réunira à nouveau lundi 25 juillet pour ouvrir sa session de 2023.

DÉBAT CONSACRÉ À LA GESTION

Questions de coordination, questions relatives au programme et autres questions

L’ECOSOC a pris note du rapport du Comité du programme et de la coordination (A/77/16) et du Projet de budget-programme pour 2023

Il a ensuite adopté une résolution sur la « Prise en compte des questions de genre dans l’ensemble des politiques et programmes du système des Nations Unies » (E/2022/L.13) dans laquelle il demande instamment au système des Nations Unies, compte tenu des circonstances exceptionnelles liées à la pandémie de COVID-19 et dans le cadre des efforts de relèvement, d’accélérer la prise en compte des questions de genre dans les politiques et programmes, notamment dans les mesures visant à mettre en œuvre le Programme de développement durable à l’horizon 2030 aux niveaux mondial, régional et national.  Il demande également instamment aux organismes des Nations Unies d’accélérer encore la prise en compte des questions de genre dans les politiques et programmes qu’ils mettent en œuvre pour faire face aux situations d’urgence et aux autres défis mondiaux, notamment les changements climatiques, la faim, l’insécurité alimentaire et la malnutrition, dans le cadre de l’exécution de leurs mandats respectifs.

L’ECOSOC a aussi adopté la décision E/2022/L.20 « Pays d’Afrique sortant d’un conflit » par laquelle il prie le Secrétaire général de lui présenter pour examen, à sa session de 2023, un rapport sur la mise en œuvre d’un appui intégré, cohérent et coordonné au Soudan du Sud par les organismes des Nations Unies.

En adoptant la décision relative au « Développement durable au Sahel » (E/2022/L.21), le Conseil prie le Secrétaire général de lui rendre compte, à sa session de 2023, de la manière dont le système des Nations Unies apporte un appui intégré, cohérent et coordonné à la réalisation du développement durable dans la région du Sahel, dans la limite des ressources disponibles.

Il a également adopté la résolution sur le « Groupe consultatif ad hoc sur Haïti » (E/2022/L24), qui porte sur le soutien à long terme d’Haïti, que le représentant du Canada a présentée en demandant un soutien unanime à Haïti.  Aux termes de cette résolution, l’ECOSOC décide de proroger le mandat du Groupe consultatif ad hoc sur Haïti jusqu’à la conclusion de sa session de 2023, afin de pouvoir suivre la situation de près et de formuler des conseils concernant la stratégie de développement à long terme d’Haïti en vue de favoriser le relèvement, la reconstruction et la stabilité du pays sur les plans économique et social, en accordant une attention particulière à la nécessité d’assurer un appui international cohérent et durable à Haïti.  Cet appui devra être apporté dans le respect des priorités nationales de développement à long terme et du Plan stratégique de développement d’Haïti et éviter les chevauchements et les doubles emplois avec les mécanismes existants, précise le texte. 

Le représentant d’Haïti a rappelé que 1,5 million de personnes sont touchées par la violence à Port-au-Prince.  Il a loué les efforts de la police nationale pour faire face au défi des bandes organisées qui sèment le « deuil et l’angoisse » dans les familles.  Il a salué la création d’un « basket fund » multidimensionnel pour renforcer la police haïtienne, avant de demander un soutien financier pérenne à son pays et des mesures concrètes d’application des recommandations dudit Groupe consultatif.

Application et suivi des textes issus des grandes conférences et réunions au sommet organisées par les Nations Unies

L’ECOSOC a adopté la résolution sur le « Programme d’action en faveur des pays les moins avancés pour la décennie 2022-2031 » (E/2022/L.23) dans laquelle il demande aux pays les moins avancés (PMA), agissant avec l’appui de leurs partenaires de développement, de s’employer à mettre en œuvre le Programme d’action de Doha en faveur des PMA, notamment en se dotant d’une stratégie ambitieuse pour la mise en œuvre du Programme d’action, en intégrant les dispositions dans leurs politiques nationales et leurs schémas de développement et en procédant à des examens réguliers, avec la pleine participation de toutes les principales parties prenantes.

Avant l’adoption de la résolution, la représentante du Pakistan, au nom du Groupe des 77 et la Chine, a souligné l’importance de la mise en œuvre du Programme d’action de Doha pour reconstruire en mieux et de manière inclusive et durable.  Tous les pays et leurs partenaires de développement doivent honorer leurs engagements, a dit la déléguée, en rappelant que le Programme d’action complète les efforts menés dans le cadre de la coopération Sud-Sud.  En effet, celle-ci ne remplace pas la coopération Nord-Sud mais vient plutôt la soutenir, a-t-elle précisé. 

Après l’adoption, le représentant des États-Unis a rappelé la position de sa délégation sur les échanges commerciaux et sur le paragraphe 9 de la résolution.

Adoption de l’ordre du jour et autres questions d’organisation (E/2022/L.28)

Alors que l’ECOSOC a adopté, hier, son programme de travail (E/2022/L.15) pour la session de 2023, qui comprend les dates proposées pour ses réunions et débats, il a adopté aujourd’hui une décision (E/2022/L.28) pour recommander que la durée du forum de la jeunesse de 2023 soit prolongée d’une journée et que celui-ci se tienne du 18 au 20 avril 2023.

Instance permanente sur les questions autochtones des Nations Unies (E/2022/43)

L’ECOSOC a adopté trois décisions sur la base du rapport de l’Instance permanente sur les questions autochtones sur les travaux de sa vingt et unième session.

La décision I autorise la tenue d’une réunion de trois jours d’un groupe d’experts internationaux sur le thème « Vérité, justice transitionnelle et mécanismes de réconciliation ». 

La décision II décide que la vingt-deuxième session de l’Instance permanente sur les questions autochtones se tiendra au Siège de l’Organisation des Nations Unies du 17 au 28 avril 2023. 

La décision III a été adoptée après le rejet d’un amendement.  L’ECOSOC a ainsi décidé de prendre note du rapport de l’Instance permanente sur les questions autochtones sur les travaux de sa vingt et unième session et d’approuver l’ordre du jour provisoire de la vingt-deuxième session de l’Instance.

La décision a été adoptée par vote, avec 42 votes pour, zéro contre et 6 abstentions (Bangladesh, Inde, Indonésie, Israël, Madagascar et République-Unie de Tanzanie).

Au préalable, l’amendement proposé par quatre coauteurs (Bangladesh, Inde, Indonésie et République-Unie de Tanzanie), a été rejeté à l’issue d’un vote enregistré, ayant reçu 25 voix contre.  Il a reçu 12 voix pour et 12 abstentions.  L’amendement rejeté avait pour but de faire prendre note par l’ECOSOC « des communications officielles que les États Membres mentionnés dans le rapport ont adressées au Président de l’Instance permanente sur les questions autochtones à sa vingt et unième session et au Président du Conseil économique et social, et dans lesquelles ils expriment leurs préoccupations et leur position quant à ce qu’il est dit de leurs pays respectifs dans le rapport de l’Instance permanente ». 

Avant le vote, la représentante de la Finlande a regretté la décision de présenter un amendement à un projet de décision qui a été déjà adopté par l’Instance permanente en rappelant que le rapport de celle-ci n’est pas le fruit de négociations intergouvernementales mais du travail de 16 experts indépendants.  Elle a demandé un vote sur la proposition d’amendement en exhortant les membres de l’ECOSOC à voter contre.  Partageant ce point de vue, la représentante de la République tchèque, qui s’exprimait au nom de l’Union européenne (UE), a également rappelé que le rapport de l’Instance n’est pas un document qui fait l’objet de négociations intergouvernementales et ne doit donc pas être adopté par l’ECOSOC, celui-ci devant simplement en prendre note.  Elle a dit que l’UE n’est pas en position d’accepter ce projet d’amendement et en a demandé son retrait.

La représentante de la Bolivie a rappelé la composition de l’Instance permanente, qui permet un équilibre nécessaire au moment de formuler des recommandations par consensus.  Plus de 470 millions de personnes s’identifient comme autochtones, a-t-elle martelé en rappelant aussi que depuis sa création l’Instance a adopté 21 rapports et que, par le passé, il n’y a jamais eu une telle situation où 4 États membres demandent un amendement sur le rapport de l’Instance.  Les États doivent rester dans un dialogue constant avec les membres de l’Instance permanente, a-t-elle fait valoir tout en s’opposant à l’idée de passer par un amendement.  Elle a donc appelé à voter contre cet amendement, en soulignant que cela n’empêche pas les États Membres d’exprimer leurs points de vue auprès de l’Instance.

Pour le représentant des États-Unis, il faut veiller à ne pas interférer avec le travail de l’Instance permanente, qui est une instance d’experts indépendants avec une fonction consultative.  Les États Membres ont l’occasion d’exprimer leurs points de vue à travers leurs déclarations, leur a-t-il rappelé avant d’annoncer que les États-Unis voteraient contre cet amendement.

Après un vote enregistré, qui a rejeté cet amendement, le représentant de la Colombie a expliqué avoir voté contre cet amendement tout en soulignant l’importance de préserver l’indépendance de l’Instance permanente et de ses 16 experts indépendants dans leur fonction consultative.

Le représentant du Mexique a estimé que cet amendement n’était pas nécessaire et que les quatre délégations en question auraient pu simplement exprimer leurs points de vue dans le cadre d’une déclaration en leur capacité nationale.  Il a salué le travail de l’Instance permanente et a rappelé que son rapport n’est pas le produit de négociations intergouvernementales mais plutôt du travail de ses experts indépendants.  Respectant toutefois le droit de chaque État Membre d’exprimer ses points de vue, le représentant a encouragé l’Instance permanente à renforcer le dialogue et les échanges avec eux.

Le représentant de la Nouvelle-Zélande a dit que son vote ne reflète pas une position sur le fond mais sur la forme.

Le représentant de l’Inde, en tant que coauteur de l’amendement, a dit soutenir la participation des peuples autochtones aux travaux des Nations Unies.  L’Instance permanente a toutefois décidé d’inclure des mentions dans son rapport sans donner l’occasion aux États Membres de faire valoir leurs points de vue, a-t-il regretté, en revendiquant ce droit au sein des Nations Unies.  Le représentant a ensuite affirmé n’avoir eu nullement l’intention de changer « ne serait-ce qu’un mot » du rapport de l’Instance permanente.  Compte tenu de ce qui s’est passé, il a demandé un vote sur le projet de décision III, a-t-il expliqué.

Le représentant de l’Indonésie a, lui aussi, estimé que le droit de s’exprimer des États Membres n’avait pas été respecté par l’Instance permanente.  « En présentant cet amendement factuel nous ne voulions pas interférer dans le processus de l’Instance ou changer son rapport », a expliqué le représentant qui a dit vouloir simplement défendre le multilatéralisme.  Il a demandé à l’Instance d’adhérer pleinement aux principes de la Charte des Nations Unies dans son travail, notamment en respectant le principe de l’indépendance des États et en n’empêchant pas les États Membres d’exprimer leurs points de vue.

Le représentant du Bangladesh a estimé « avoir été forcé » de présenter cet amendement parce qu’il n’a pas eu l’opportunité de s’exprimer devant l’Instance permanente sur un rapport qui « contient des informations ayant trait notamment au Bangladesh ».  Refuser à un État Membre son droit à exprimer sa position nationale est simplement inacceptable, a tranché le représentant.  Il a dit avoir fourni des informations détaillées sur l’Accord de paix du Bangladesh et sa mise en œuvre qui vise notamment une intégration des populations autochtones et des minorités ethniques, mais, a-t-il regretté, le dialogue avec l’Instance n’a pas été possible.  Il a dit vouloir, à l’instar de ses homologues de l’Inde et de l’Indonésie, poursuivre sa coopération avec l’Instance permanente à l’avenir.

Le représentant du Canada, a rappelé que son pays s’est lancé dans un processus « vérité et réconciliation » avec ses populations autochtones et a signalé que, la semaine prochaine, le pape François se rendra au Canada pour y rencontrer les leaders autochtones.  Il a dit ne pas être indifférent aux préoccupations exprimées par les coauteurs de l’amendement en leur assurant que ceux qui s’y sont opposés l’ont fait pour une question de procédure.  « Nous vous écoutons et les leaders de l’Instance permanente sans aucun doute aussi. »

Le représentant du Nicaragua a tenu à préciser qu’il voulait voter en faveur de l’amendement.

Application de la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux par les institutions spécialisées et les organismes internationaux associés à l’Organisation des Nations Unies

L’ECOSOC était saisi du rapport du Secrétaire général sur l’application de la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux par les institutions spécialisées et les organismes internationaux associés à l’Organisation des Nations Unies (A/77/66).  Le Conseil était aussi saisi du rapport du Président du Conseil sur ce même sujet (E/2022/51) et du rapport du Secrétaire général sur l’assistance au peuple palestinien (E/2022/L.67).

Le représentant de l’Indonésie a présenté le projet de résolution (E/2022/L.22) intitulé « Appui aux territoires non autonomes par les institutions spécialisées et les organismes internationaux associés à l’Organisation des Nations Unies ».  Avec ce texte, le Conseil recommande que tous les États redoublent d’efforts au sein des institutions spécialisées et des autres organismes des Nations Unies dont ils sont membres afin d’assurer l’application intégrale et effective de la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux, qui figure dans la résolution 1514 (XV) de l’Assemblée générale, et des autres résolutions pertinentes de l’ONU.  Le Conseil exhorte aussi les institutions spécialisées et les autres organismes des Nations Unies qui ne l’ont pas encore fait à fournir dès que possible une assistance aux territoires non autonomes au cas par cas.

Avant le vote, la représentante des États-Unis a indiqué que son pays allait s’abstenir, en rappelant que les règles nationales s’appliquent sur les territoires non autonomes. 

La résolution a été adoptée par 23 voix pour, zéro contre et 25 abstentions.  Après le vote, le représentant de l’Argentine a rappelé la spécificité de la situation de ces territoires.

Répercussions économiques et sociales de l’occupation israélienne sur les conditions de vie du peuple palestinien dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et de la population arabe dans le Golan syrien occupé

Le Conseil était saisi du rapport du Secrétaire général sur le sujet (E/2022/66), que lui a présenté le Directeur de la Division des questions émergentes et liées aux conflits à la Commission économique et sociale pour l’Asie occidentale, M. TARIK ALAMI. 

Lors du débat général sur ce point, la représentante des États-Unis a déploré le « biais anti-israélien », en indiquant que ce rapport est déséquilibré et montre injustement du doigt Israël.  Cette approche contreproductive n’est pas de nature à promouvoir la paix et nous voterons contre, a dit la déléguée.

Son homologue de la République arabe syrienne a noté que l’occupation israélienne a des effets économiques et humanitaires négatifs, comme le rapport le reconnaît.  L’occupation du Golan syrien est illicite, a-t-il rappelé, en dénonçant les exactions commises par la Puissance occupante. 

L’observatrice de l’État de Palestine a dit que l’occupation coloniale étrangère par Israël de la Palestine sape son développement.  Elle a dénoncé l’apartheid qui découle de cette occupation, la plus longue de l’histoire moderne.  « Gaza est une prison à ciel ouvert. »  La Palestine ne pourra pas se développer sans la fin de cette occupation, a dit la déléguée, avant de mentionner la vulnérabilité accrue des femmes palestiniennes.

L’ECOSOC s’est ensuite prononcé sur le projet de résolution intitulé « Répercussions économiques et sociales de l’occupation israélienne sur les conditions de vie du peuple palestinien dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et de la population arabe du Golan syrien occupé » (E/2022/L.16), que lui a présenté la déléguée du Pakistan.  Cette résolution a été adoptée par vote, recevant 43 voix pour, 4 contre (Canada, États-Unis, Israël, Liberia) et 4 abstentions (Côte d’Ivoire, Guatemala, les Îles Salomon, Royaume-Uni).

Dans cette résolution, le Conseil demande l’ouverture complète des points de passage frontaliers de la bande de Gaza, afin que soient garantis l’accès humanitaire et la circulation régulière et ininterrompue des personnes et des biens et que soient levées toutes les restrictions à la liberté de circulation imposées au peuple palestinien. 

Il demande, en outre, que d’autres mesures d’urgence soient prises pour remédier à la situation humanitaire dans le Territoire palestinien occupé, qui est critique dans la bande de Gaza, et engage Israël, Puissance occupante, à s’acquitter de toutes les obligations juridiques que lui imposent à cet égard le droit international humanitaire et les résolutions pertinentes de l’ONU.  Il demande à Israël de remettre en état et de remplacer les biens civils, les infrastructures essentielles, les terres agricoles et les services administratifs endommagés ou détruits du fait de ses opérations militaires dans le Territoire palestinien occupé. 

Israël doit enfin cesser de détruire les habitations et les biens, les institutions économiques, les terres agricoles et les vergers dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, ainsi que dans le Golan syrien occupé, et d’empêcher les colons israéliens de se livrer à de telles activités illégales, précise le texte adopté.

Avant le vote, le représentant de l’Union européenne a dit vouloir appuyer cette résolution de l’ECOSOC.  Il a toutefois souligné que l’utilisation du terme Palestine dans cette résolution ne peut être considéré comme une reconnaissance d’un État de Palestine et ne préjuge pas des positions individuelles des États Membres concernant ce point et d’une accession aux traités mentionnés dans cette résolution.  En outre, il a précisé que l’UE n’a pas exprimé de qualification juridique sur le terme « déplacement forcé » qui figure dans cette résolution, ni sur d’autres termes juridiques qui y figurent.

Le représentant d’Israël a estimé que le leadership palestinien est largement responsable de la situation du peuple palestinien, en lui reprochant notamment de rejeter toute tentative de relancer les négociations de paix.  Or, selon lui, ce projet de texte est rédigé comme un catalogue des différentes manières dont Israël serait seul responsable de la situation du peuple palestinien.  Le rapport de la Commission économique et sociale pour l’Asie occidentale (CESAO) ne fait aucune mention du financement du terrorisme par l’Autorité palestinienne ou encore du fait qu’elle n’a toujours pas organisé les élections tant attendues, sans parler de la corruption, s’est-il indigné.  Il a également dénoncé le fait que ce texte ne dénonce pas les actions du Hamas et sa reconnaissance, en appelant à lire la charte du Hamas.  Les rédacteurs du rapport sont-ils aveugles, leur a-t-il demandé.  Le rapport ne mentionne pas non plus clairement l’escalade de la violence des Palestiniens à l’encontre d’Israël, ni les roquettes tirées vers Israël à partir de Gaza, a encore relevé le délégué.  « Pensez aux Accords d’Abraham et ce qu’ils ont permis de faire en très peu de temps. »

Après le vote, le représentant du Canada a dit avoir voté contre ce texte au motif qu’il n’est pas assez équilibré.  Le représentant a dit ne pas comprendre qu’on puisse en arriver à la conclusion que toute la responsabilité pour les souffrances du peuple palestinien soit la faute d’un seul pays: Israël.  Le fait de parvenir à un règlement pacifique suppose que l’on accepte les divergences d’opinion, a-t-il fait valoir tout en rappelant que le Canada ne soutient pas pour autant les colonies de peuplement israéliennes.  Aucun État, aucun individu et aucune organisation n’est au-dessus de la loi et ne peut agir en toute impunité, a toutefois martelé le représentant, en y voyant un principe fondamental à respecter.  Il a aussi invité les États Membres à ne pas arriver à des conclusions simplistes en imputant toute la responsabilité à un seul pays.  « Soyons honnêtes avec nous-même », a-t-il conclu.

Le représentant du Mexique, qui a soutenu cette résolution, a regretté la pratique qui consiste à présenter des projets de résolution sans négociation préalable.  Tous les textes présentés à l’ECOSOC doivent passer par un processus de consultation au préalable, a-t-il tranché en regrettant l’absence totale de dialogue sur ce texte.

La Nouvelle-Zélande, qui a soutenu ce texte, a dit que cela ne porte pas préjudice à sa politique sur la question de Palestine.

L’observatrice de l’État de Palestine a demandé des mesures de reddition de comptes pour toutes les violations des droits humains des Palestiniens.  Elle a regretté que les États Membres aient eu à subir « le manque de respect » du représentant d’Israël qui, à aucun moment, n’a fait référence à l’occupation israélienne.  L’État de Palestine est prêt à assumer ses responsabilités vis-à-vis de son peuple et à respecter ses obligations en droit international, a-t-elle affirmé, « mais nous n’accepterons pas d’être méprisés, déshumanisés et rendus responsable des injustices subies par notre peuple depuis 75 ans », a déclaré la déléguée.

L’ECOSOC a ensuite adopté la résolution sur la situation des Palestiniennes et l’aide à leur apporter (E/2022/L.18), que lui a présentée la représentante du Pakistan, au nom du Groupe des 77 et la Chine.  Un vote a été demandé et le texte a été adopté par 40 voix pour, 6 voix contre (Canada, États-Unis, Israël, Libéria, République tchèque et Royaume-Uni), et 4 abstentions (Autriche, Croatie, Guatemala et Îles Salomon).

En adoptant ce texte, l’ECOSOC demande à Israël, Puissance occupante, de renoncer immédiatement à l’ensemble des mesures contraires au droit international ainsi qu’aux lois, politiques et actes discriminatoires dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, qui portent atteinte aux droits humains du peuple palestinien.  Il souligne que les civils palestiniens, en particulier les femmes et les enfants, représentent l’immense majorité des victimes du conflit. 

Le Conseil demande aussi que des mesures urgentes soient prises pour assurer la sûreté et la protection des civils palestiniens du Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, conformément aux dispositions pertinentes du droit international humanitaire.  Il exhorte enfin la communauté internationale à continuer d’accorder une attention particulière à la promotion et à la protection des droits humains des femmes et des filles palestiniennes et à intensifier les mesures prises pour remédier aux conditions difficiles que connaissent les Palestiniennes et leur famille, notamment celles qui vivent sous l’occupation israélienne.

Avant le vote, la représentante d’Israël a indiqué que ce projet est déséquilibré et n’aide en rien les femmes et filles palestiniennes.  En ciblant exclusivement Israël, ce projet relève de la manipulation, a tranché la déléguée.  La réalité est bien différente, a-t-elle affirmé en arguant que la culture palestinienne consacre la primauté et la domination des hommes, une question qui n’a pas été prise en compte.  Elle a déclaré que Gaza est gouvernée par un groupe terroriste, avant de demander si ce projet va bien promouvoir l’autonomisation des Palestiniennes.

Après le vote, le représentant du Royaume-Uni a rejeté le fait de voter sur un groupe spécifique. 

Le représentant du Mexique a exprimé sa solidarité avec les Palestiniennes, avant de déplorer que la résolution ne reconnaisse pas les femmes palestiniennes dans toute leur diversité et ne prenne pas en compte les normes sociales négatives. 

Le représentant du Canada a indiqué avoir voté contre, car ce texte montre seulement du doigt Israël.  Il a aussi fustigé les positions extrémistes du Hamas, avant de rappeler que personne n’est au-dessus des lois.  Ce texte est déséquilibré et il n’est pas crédible de montrer du doigt une seule partie, a-t-il tranché.  « Cela ne correspond pas à la réalité. »

Le représentant de la Nouvelle-Zélande a appuyé cette résolution, précisant que cela ne préjuge en rien de sa position sur la reconnaissance.

Prévention et maîtrise des maladies non transmissibles (E/2022/59)

En adoptant la décision sur l’« Équipe spéciale interorganisations des Nations Unies pour la prévention et la maîtrise des maladies non transmissibles » (E/2022/L.19), l’ECOSOC prend acte du rapport du Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé sur les travaux de l’Équipe spéciale et des recommandations qui y figurent, notamment celle tendant à ce qu’il lui soit rendu compte en 2023 des progrès accomplis dans l’application de sa résolution 2013/12.  Il prie le Secrétaire général de lui soumettre un rapport actualisé pour alimenter les débats à sa session de 2023 sur les progrès accomplis à cet égard. 

Information géospatiale

L’ECOSOC a adopté une résolution relative au « Renforcement des dispositifs de gestion de l’information géospatiale à l’échelle mondiale » (E/2022/L.26), telle qu’oralement amendée, par laquelle il prend note du rapport complet du Comité d’experts sur la gestion de l’information géospatiale à l’échelle mondiale.  Il décide en outre de renforcer les arrangements institutionnels du Comité d’experts en tant qu’organe subsidiaire du Conseil et de renforcer ses travaux.  Il prie ainsi le Secrétaire général de recenser, dans son prochain projet de budget, les moyens d’y parvenir, dans les limites des ressources existantes, notamment la possibilité de créer un secrétariat pour le Comité, qui se consacrerait au travail normatif et aux activités de mise en œuvre menés par le Comité dans le domaine de la gestion de l’information géospatiale à l’échelle mondiale. 

Après l’adoption de ce texte, la représentante des États-Unis s’est dite déçue de constater que le Département des affaires économiques et sociales (DESA) ait décidé de ressources supplémentaires en dépit de ce qui est stipulé dans le texte, alors même que le Département dispose de postes vacants, notamment dans sa division statistique, qui pourraient être réalloués au Comité d’experts.

Le représentant du Japon s’est dit préoccupé par le processus et aurait souhaité une discussion au préalable avec les États membres sur le renforcement des fonctions du Comité d’experts, ainsi que sur l’établissement d’un secrétariat pour le Comité, et cela avant la rédaction du prochain projet de budget.

La représentante du Danemark s’est également exprimée, après le départ des interprètes.

Activités opérationnelles de l’ONU au service de la coopération internationale pour le développement (E/2022/L.17)

En adoptant sans vote la résolution intitulée « Progrès accomplis dans l’application de la résolution 75/233 de l’Assemblée générale sur l’examen quadriennal complet des activités opérationnelles de développement du système des Nations Unies » (E/2022/L.17), l’ECOSOC prend acte du rapport du Secrétaire général sur la mise en œuvre de la résolution précitée et se félicite que le Secrétaire général s’emploie à repositionner le système des Nations Unies pour le développement.  Il souligne « à nouveau » que le système des coordonnateurs résidents doit disposer d’un financement suffisant, prévisible et pérenne pour pouvoir apporter à chaque situation une solution cohérente, efficace, efficiente et responsable dictée par les priorités et besoins de chaque pays.  Enfin, il s’engage de nouveau à dégager les fonds nécessaires au financement du système. 

Se sont exprimés, sans interprétation, la représentante de la Nouvelle-Zélande, au nom également de l’Australie, du Canada, de la Suisse, puis la représentante du Pakistan, au nom du Groupe des 77 et la Chine.

À l’intention des organes d’information. Document non officiel.