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Soixante-dix-septième session
7e & 8e séances plénières – matin & après-midi
AG/SHC/4345

Actant un recul des droits des femmes dans le monde, la Troisième Commission se penche sur les violences en ligne et les effets des changements climatiques

La Troisième Commission, chargée des questions sociales, humanitaires et culturelles, a dialogué, aujourd’hui, avec la Directrice exécutive adjointe d’ONU-Femmes et quatre titulaires de mandat sur le thème de la promotion des femmes.  Tour à tour, les cinq intervenantes ont alerté sur la hausse des violences faites aux femmes en ligne, le recul de leurs droits sexuels et reproductifs et leur vulnérabilité accrue face aux changements climatiques, tout en rappelant les conséquences néfastes de la pandémie.  La situation des femmes et des filles en Ukraine, en Iran ou encore en Afghanistan a également été abordée. 

Ouvrant les discussions, la Directrice exécutive adjointe d’ONU-Femmes en charge des politiques, des programmes, de la société civile et de l’appui normatif aux États Membres s’est alarmée de l’érosion généralisée des droits des femmes, particulièrement marquée en ce qui concerne les droits sexuels et reproductifs.  Mme Asa Regner a également souligné l’incidence de la pandémie de COVID-19 sur les inégalités femmes-hommes, avec ce constat alarmant: plus de 380 millions de femmes et de filles dans le monde vivent aujourd’hui dans l’extrême pauvreté. 

Le recul mondial des droits des femmes, exacerbé par la pandémie, a également été relevé par la Présidente du Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes, qui a, entre autres, cité la décision de la Cour suprême des États-Unis d’annuler l’arrêt « Roe v. Wade », lequel garantissait depuis près d’un demi-siècle le droit des Américaines à avorter.  Mme Gladys Acosta Vargas s’est d’autre part alarmée du « discours régressif » de plusieurs pays qui remettent en cause la légitimité de la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, également appelée Convention d’Istanbul. 

La forte augmentation des violences commises en ligne contre les femmes, notamment durant la pandémie, a aussi été abordée par plusieurs des intervenantes.  Si Mme Regner a mis en garde contre des violences numériques qui précèdent souvent celles physiques et sexuelles, la Présidente du Groupe de travail sur la discrimination à l’égard des femmes et des filles, a, elle, attiré l’attention sur le harcèlement numérique et les technologies pouvant être utilisés pour faire chanter, harceler ou humilier les jeunes filles et les femmes qui militent.  Répondant aux questions de plusieurs délégations à ce sujet, Mme Dorothy Estrada Tanck a plaidé pour une protection accrue des militantes face aux mots, images et pratiques délétères en ligne. 

Autre motif de préoccupation, la vulnérabilité des femmes et des filles face aux changements climatiques a été amplement discutée lors de cette séance, Mme Reem Alsalem, Rapporteuse spéciale sur la violence contre les femmes et les filles, ses causes et ses conséquences, mettant en garde contre un « multiplicateur de menaces » dont les effets sont ressentis plus durement par ceux qui sont déjà marginalisés.  Les femmes sont souvent les premières victimes du dérèglement climatique, a confirmé Mme Acosta Vargas, avant de se dire inquiète de la montée en flèche des attaques ciblant les défenseuses des droits humains et les femmes qui s’opposent aux intérêts économiques privés destructeurs. 

Réagissant à cette problématique, plusieurs délégations, dont celles de la Belgique et de la Colombie, ont appelé à renforcer la participation des femmes et des filles dans l’action climatique.  L’Estonie, au nom des pays nordiques et baltes, s’est de son côté interrogée sur la manière d’évaluer la prise en compte par les États de la question de genre dans les changements climatiques. 

La situation particulière de plusieurs pays a également mobilisé les esprits.  Interrogée sur l’action d’ONU-Femmes en Ukraine, Mme Régner a détaillé le travail de son agence dans ce pays en guerre, tandis que la délégation du Liechtenstein alertait sur le risque de traite des femmes en raison du conflit.  La Présidente du Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes a, quant à elle, indiqué que son instance avait mis en place un groupe de travail chargé de suivre la situation des femmes et des filles ukrainiennes, à l’image du groupe de travail sur l’Afghanistan créé en novembre 2021.  De son côté, l’Union européenne a dénoncé le décès dans un centre de détention en Iran d’une jeune femme, Masha Amini, « pour n’avoir pas porté correctement son voile ». 

Sur un sujet moins connu du grand public, celui de la fistule obstétricale, la Directrice exécutive adjointe du Fonds des Nations Unies pour les activités en matière de population(FNUAP) a rappelé qu’un demi-million de femmes et de jeunes filles vivent aujourd’hui avec cette lésion, qui est la plus grave pouvant survenir à l’accouchement.  Assurant que cette affection qui touche les femmes et les filles les plus pauvres et les plus marginalisées est « évitable » et peut être éliminée d’ici à 2030, Mme Diene Keita a appelé, pour ce faire, à veiller à ce que toutes les femmes et les filles aient accès à des services de soins de santé maternelle, sexuelle et reproductive de qualité, ainsi qu’à une couverture sanitaire universelle. 

La Troisième Commission reprendra ses travaux jeudi 6 octobre, à partir de 10 heures. 

PROMOTION DES FEMMES

Déclarations liminaires suivies de dialogues interactifs

Rappelant que le monde tente de se remettre de la pandémie de COVID-19, de l’urgence des changements climatiques et de l’augmentation des conflits violents, Mme ÅSA CHARLOTTE REGNER, Sous-Secrétaire générale et Directrice exécutive adjointe d’ONU-Femmes chargée des politiques, des programmes, de la société civile et de l’appui normatif aux États Membres, a souligné que les impacts de ces chocs, selon le sexe, restent souvent négligés.  Les taux de violence à l’égard des femmes et des filles sont encore alarmants, a-t-elle signalé, relevant que les facteurs sont exacerbés par la situation sanitaire, humanitaire et climatique mondiale.  Après avoir souligné l’importance d’investir dans la prévention, la représentante a déploré l’intensification de la vulnérabilité des femmes et des filles à différentes formes de violence, en privé et en ligne.  Ces difficultés se développent dans un contexte de recul de l’égalité des sexes et des droits des femmes, en particulier dans les domaines de la santé et des droits sexuels et reproductifs, a-t-elle mis en avant, avertissant que cela menace de « réduire à néant des décennies de progrès ». 

La pandémie a fortement ralenti les progrès sur l’Objectif 5 de développement durable et le monde est loin d’atteindre la parité à l’horizon 2030, a constaté la Directrice exécutive adjointe d’ONU-Femmes.  En effet, plus de 380 millions de femmes et de filles vivent aujourd’hui dans l’extrême pauvreté.  De surcroît, la représentation des femmes aux postes de pouvoir et de décision reste inférieure à la parité, a-t-elle fait remarquer, ajoutant qu’il faudrait 286 années pour supprimer les lois discriminatoires et combler les lacunes en matière de protection juridique.  Il faut donc que, tous ensemble, nous accélérions notre action, a-t-elle appuyé, ajoutant qu’ONU-Femmes veille à ce que les femmes et les filles soient au cœur de ces actions. 

L’oratrice a ensuite évoqué trois rapports préparés pour cette session de l’Assemblée générale.  Le premier, relatif à l’intensification de l’action menée pour éliminer toutes les formes de violence à l’égard des femmes et des filles (A/77/302), souligne qu’il est particulièrement important d’agir sur le monde numérique, a indiqué la Sous-Secrétaire générale.  Tous les États ont fait état d’une flambée des violences visant les femmes en ligne dans le contexte de la pandémie, a-t-elle noté, faisant observer que ces violences s’inscrivent dans un « continuum », puisque la violence en ligne précède souvent la violence sexuelle et physique.  Le deuxième rapport, consacré à la traite des femmes et des filles: les crises comme facteurs multiplicateurs des risques (A/77/292), relève l’impact économique disproportionné de la COVID-19 sur les femmes.  Associé à l’essor du numérique, les femmes et les filles se retrouvent dans une situation beaucoup plus difficile, a rappelé Mme Regner.  S’agissant enfin du rapport sur l’intensification de l’action mondiale visant à éliminer les mutilations génitales féminines (A/77/312), elle a fait remarquer que le déclin avéré de cette pratique n’est cependant « pas assez rapide ».  Les pays où cette pratique subsiste ne sont pas en bonne voie pour atteindre l’objectif de « zéro cas » à l’horizon 2030, a-t-elle jugé.  Dans ce contexte, notre action contre les violences à l’égard des femmes doit s’inscrire dans une action politique plus large, a conclu la Directrice exécutive adjointe d’ONU-Femmes.

Dialogue interactif

À la suite de cet exposé, la Lettonie a souhaité en savoir plus sur les activités d’ONU-Femmes en Ukraine, étant donné que, depuis 2014, le conflit dans ce pays fait beaucoup souffrir les femmes.  Rappelant pour sa part que les réfugiés fuyant l’Ukraine sont principalement des femmes, l’Union européenne (UE) a demandé comment ONU-Femmes remédie aux vulnérabilités spécifiques des femmes, notamment face au risque de traite des personnes.  Sur cette même question, la Malaisie s’est interrogée sur la possibilité de reconnaître la traite comme une violence de genre. 

Après avoir rappelé le décès, dans un centre de détention, d’une jeune Iranienne accusée d’avoir mal porté son foulard, la délégation de l’UE s’est également enquise des actions d’ONU-Femmes en matière de lutte contre les violences en ligne, un sujet qu’a évoqué à son tour la Norvège en relevant que les militantes des droits humains sont plus ciblées que les autres par les discours de haine en ligne.  Indiquant qu’une conférence aurait lieu à Londres le mois prochain sur ces questions, le Royaume-Uni a voulu savoir ce qui permettrait de mieux travailler à l’ONU pour que les droits des femmes ne reculent pas davantage.

Évoquant elle aussi les cas de traite de personnes sur son territoire, la République arabe syrienne s’est interrogée sur l’origine du chiffre mentionné dans l’un des rapports, qui fait état d’une femme sur trois exposée à des violences sexuelles au cours de sa vie.  Le Chili a, lui, mis l’accent sur la situation des femmes autochtones, avant de demander à la Directrice exécutive adjointe d’ONU-Femmes ce qui est fait pour que les femmes et les filles ne soient pas oubliées, notamment en Afghanistan.  De son côté, la Chine s’est alarmée des impacts des changements climatiques sur la situation des femmes, estimant urgent qu’une assistance technique et financière soit fournie aux pays insulaires. 

Par ailleurs, le Mexique a voulu savoir comment les États pourraient intégrer davantage la voix de la société civile au processus de reddition des comptes.  Les États-Unis, mentionnant leur stratégie d’égalité femmes-hommes, ont constaté que les femmes des groupes traditionnellement marginalisés sont plus ciblées que les autres.  Quels sont les facteurs systémiques qui expliquent ces violences et comment les supprimer? a demandé la délégation. 

Répondant aux questions et remarques des délégations, la Directrice exécutive adjointe d’ONU-Femmes a détaillé l’intervention de son agence en Ukraine, mentionnant notamment le soutien apporté à la société civile, aux agences humanitaires de l’ONU et au Gouvernement ukrainien ainsi que le travail autour de la prévention de la traite des personnes.  Concernant le soutien aux militantes des droits humains, elle a précisé qu’au sein des Nations Unies, plusieurs cadres et instructions existent pour soutenir les organisations.  Pour ce qui est de la traite des personnes, elle a jugé important de rappeler que la majorité absolue des « acheteurs » de femmes vivent dans des pays qui ne sont pas dans des zones de conflit.  Il importe donc, selon elle, de changer le comportement des hommes et de les pousser à comprendre leur rôle.  Nous devons aussi informer les femmes de leurs droits et déployer des formes de prévention, en fournissant des moyens de subsistance alternatifs, notamment quand des conflits éclatent comme en Ukraine, a recommandé Mme Regner. 

De nombreuses législations et réformes ont été amorcées dans différents pays pour répondre aux violences faites aux femmes, mais le système de mise en œuvre fait défaut, a-t-elle ensuite alerté, soulignant également l’importance de la question du financement.  Elle s’est par ailleurs déclarée impressionnée par le soutien des États Membres à la lutte contre les violences sexuelles en zone de conflit, avant de plaider pour une participation accrue des femmes et un appui financier aux associations de femmes.  S’agissant du développement des droits dans un contexte numérique, Mme Regner a appelé à ne pas laisser les femmes et les personnes âgées pour compte, soulignant l’importance des travaux de la Commission de la condition de la femme à cet égard.  Enfin, en réponse à la délégation syrienne, elle a précisé que l’ordre de grandeur mentionné dans son exposé était un chiffre officiel de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). 

Mme DIENE KEITA, Directrice exécutive adjointe du Fonds des Nations Unies pour les activités en matière de population (FNUAP), qui présentait le rapport du Secrétaire général intitulé « Intensifier l’action engagée pour en finir avec la fistule obstétricale en l’espace d’une décennie », a rappelé que cette lésion est l’une des plus graves pouvant survenir pendant l’accouchement.  Évoquant « l’horrible agonie de deux ou trois jours de travail, sans aucune assistance médicale », puis, en cas de survie, « la probabilité d’avoir un bébé mort-né et une morbidité dévastatrice à vie », elle a relevé qu’un demi-million de femmes et de jeunes filles dans le monde vivent aujourd’hui avec cette maladie et que des milliers de nouveaux cas apparaissent chaque année. 

Le rapport témoigne des graves conséquences médicales, sociales, psychologiques et économiques d’une absence de traitement.  De fait, a expliqué Mme Keita, outre l’incontinence urinaire, 90% des cas entraînent une mortalité à la naissance.  Cette affection provoque aussi des troubles neurologiques, des infections, une insuffisance rénale, voire la stérilité. 

La fistule obstétricale touche les femmes et les filles les plus pauvres et les plus marginalisées de nos sociétés, qui se voient refuser l’accès à des soins de santé de qualité, à l’égalité et à la dignité, a-t-elle poursuivi, indiquant avoir été le témoin direct de la souffrance des femmes et des filles atteintes par cette maladie en tant que représentante de pays pour le FNUAP.  Selon elle, l’élimination de la fistule obstétricale fait partie intégrante de la réalisation des objectifs de développement durable et de la promesse de la Conférence internationale sur la population et le développement. 

Pour illustrer son propos, Mme Keita a cité le cas de Noorjehan, une femme de 67 ans originaire d’Afghanistan, qui a vécu avec une fistule pendant 49 ans, confinée dans une chambre, lavant son matelas trempé chaque matin, après-midi et nuit et cherchant des sacs en plastique qu’elle attachait comme des couches.  Il y a trois ans, elle a pu subir une opération qui a changé sa vie dans un hôpital soutenu par le FNUAP, a-t-elle relaté, avant d’évoquer le parcours de Pemba, une jeune fille de 15 ans de la République démocratique du Congo (RDC), abandonnée par son petit ami lorsqu’elle est tombée enceinte.  Après un accouchement angoissant et prolongé, son enfant est mort-né, elle a développé une fistule et est devenue une paria dans sa communauté. 

Malgré les revers, notamment la pandémie de COVID-19 et les changements climatiques, des progrès ont été accomplis, a néanmoins constaté la responsable du FNUAP, selon laquelle la fistule est « évitable » et peut être éliminée d’ici à 2030.  Pour ce faire, il faut veiller à ce que toutes les femmes et les filles aient accès à des services de soins de santé maternelle, sexuelle et reproductive de qualité, et à une couverture sanitaire universelle, a-t-elle plaidé.  Sur ce point, elle a reconnu que les progrès sont lents, pointant en outre un déficit de 900 000 sages-femmes dans le monde.  Mme Keita a d’autre part indiqué que 10 à 13 millions de mariages d’enfants supplémentaires devraient intervenir d’ici à 2030.  Il en résultera probablement une augmentation du nombre total de cas de fistule, s’est-elle inquiétée, avant de présenter cinq recommandations stratégiques, axées sur la prévention et le traitement, le soutien financier, les stratégies de réintégration, le plaidoyer et enfin la recherche.  À ses yeux, l’autonomisation et la participation de la communauté sont également cruciales pour réussir à s’attaquer aux déterminants de la mortalité et de la morbidité maternelles.  Elle a donc appelé à garantir l’utilisation des services de prévention et de traitement de la fistule par les communautés dans leur ensemble.

Dialogue interactif 

Dans la foulée de cet exposé, la Norvège a rappelé que le droit de disposer de son corps est une de ses priorités absolues, avant de se prononcer pour une intensification de la lutte contre la fistule obstétricale.  Un appel repris par la Colombie, qui a plaidé pour que la voix des victimes soit entendue.  Pour sa part, Le Mexique a souhaité savoir ce qu’il faudrait faire pour améliorer les données et les indicateurs, souvent utilisés à mauvais escient, notamment s’agissant de la santé sexuelle et génésique.  Comment les États Membres peuvent-ils faire front commun pour améliorer les services de soins de santé maternelle et promouvoir les droits à la santé sexuelle et reproductive, a renchéri le Royaume-Uni, précisant que l’élimination de la mortalité maternelle est l’un de ses objectifs d’ici à 2030. 

Dans sa réponse aux délégations, la Directrice exécutive adjointe du FNUAP a indiqué que son entité travaille de manière coordonnée avec ONU-Femmes, l’UNICEF, le PNUD et l’UNESCO sur tout un éventail de sujets liés à la santé maternelle et aux violences fondées sur le genre.  Avec le PNUD, il s’agit essentiellement d’activités génératrices de revenu, a-t-elle précisé, saisissant l’occasion de ce dialogue pour remercier tous les donateurs dans les différents domaines et tous ceux qui « nous soutiennent », notamment les États Membres.  S’adressant aux délégations présentes, elle leur a demandé de s’unir pour convaincre les autres pays et acteurs que les femmes et les jeunes filles doivent rester une priorité, « sans quoi les objectifs de développement durable ne pourront être réalisés ».

Mme GLADYS ACOSTA VARGAS, Présidente du Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes, s’est félicitée « d’avancées significatives » en matière de promotion de la femme dans de nombreux États parties, précisant que les rapports de suivi de 17 États parties avaient été examinés durant l’année écoulée.  Elle a indiqué qu’au cours de l’année écoulée, le Comité a traité 11 plaintes individuelles, concluant à une série de violations.  Lors de sa quatre-vingt-troisième session qui débutera la semaine prochaine, le Comité adoptera sa trente-neuvième recommandation générale sur les droits des femmes et des filles autochtones, la toute première du genre, a-t-elle annoncé.  Notant que ces dernières étaient souvent les premières victimes des changements climatiques, elle s’est dite alarmée par l’augmentation des attaques dont sont victimes les défenseuses des droits humains et celles qui s’opposent aux intérêts économiques privés destructeurs. 

La Présidente a affirmé que le Comité est profondément préoccupé par la situation mondiale actuelle, notamment en raison des conflits armés en cours dans diverses parties du monde.  Elle a regretté que les violences sexuelles, sous diverses formes extrêmes, continuaient d’être utilisées comme arme de guerre et a rappelé les États parties à leur obligation de protéger les femmes et les filles contre toutes les formes de violence sexiste.  En février, le Comité a mis en place un groupe de travail chargé de suivre la situation des femmes et des filles ukrainiennes et il examinera le neuvième rapport périodique de l’Ukraine lors de sa quatre-vingt-troisième session à Genève, a-t-elle annoncé.  En novembre 2021, le Comité a créé un groupe de travail sur l’Afghanistan et a ensuite demandé au Ministère afghan des affaires étrangères de soumettre un rapport exceptionnel sur la situation des femmes et des filles dans le pays depuis le 15 août 2021.  Il s’agissait de la première interaction d’un organe de traiter des droits la personne avec les autorités afghanes de facto, a-t-elle précisé, ajoutant que le Comité a accompagné la Rapporteuse spéciale sur la violence contre les femmes, ses causes et ses conséquences, lors d’une visite technique conjointe à Kaboul, à l’invitation de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA). 

S’inquiétant d’un recul mondial des droits des femmes exacerbé par la pandémie de COVID-19, Mme Acosta Vargas a noté que le retour de bâton était particulièrement aigu dans le domaine de la santé et en ce qui concerne les droits sexuels et génésiques, citant notamment la décision de la Cour suprême des États-Unis d’annuler l’arrêt Roe v. Wade, qui avait protégé le droit des femmes à choisir l’avortement depuis près d’un demi-siècle.  Elle a rappelé que le Comité avait exprimé sa solidarité avec les femmes et les filles des États-Unis et exhorté l’administration américaine à adhérer à la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes.  Elle a précisé que le Comité était alarmé par le risque d’érosion du système multilatéral international de protection des droits des femmes, pointant le discours régressif de plusieurs pays remettant en cause la légitimité de la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique (Convention d’Istanbul). 

Dialogue interactif

À l’issue de cet exposé, l’Espagne a appelé à suivre de près la situation en Afghanistan, insistant sur le besoin d’une éducation secondaire pour les adolescentes.  Elle a demandé quels étaient les progrès accomplis en matière de lutte contre les violences sexistes et comment il était possible de contribuer à prévenir la régression actuelle sur cette question.  Notant qu’une femme sur cinq dans le monde vit avec un handicap, la délégation a également souhaité s’enquérir des progrès réalisés dans l’élimination des discriminations à l’égard des femmes et des filles handicapées.  Elle a de plus exhorté le Comité à mette à jour sa recommandation générale n°18 sur les « femmes handicapées », adoptée en 1991, afin de l’aligner sur la Convention relative aux droits des personnes handicapées.  Le Japon a voulu en savoir plus sur les mesures visant à éliminer l’écart salarial entre hommes et femmes, indiquant qu’il venait d’adopter une législation pour les entreprises de plus de 300 salariés sur cette question. 

La Malaisie a demandé si le Comité prévoyait des formations en direction des États parties pour s’assurer que leurs rapports sur l’application de la Convention pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes soient présentés de manière efficace.  L’Allemagne a regretté que le Comité fasse l’objet d’attaques de la part de certains États et a ensuite voulu savoir comment celui-ci comptait aborder la question de la santé sexuelle et génésique dans ses travaux.  Le Mexique s’est préoccupé des obstacles auxquels les femmes et les filles autochtones devaient faire face notamment en termes d’accès aux informations dans leur propre langue.  Il a aussi demandé à l’intervenante comment mieux assurer l’accès de ces femmes à la justice. 

Le Chili s’est félicité de l’adhésion de nouveaux membres au protocole facultatif de la Convention, notamment le Maroc.  Il a affirmé que son gouvernement se voulait féministe et annoncé qu’il s’apprêtait à ratifier la Convention 190 de l’Organisation internationale du Travail relative à la violence et au harcèlement dans le monde du travail.  Il a rappelé sa candidature au Conseil des droits de l’homme pour la période 2023-2025 et n’a pas posé de question. 

Le Portugal s’est inquiété du recul des droits des femmes et des filles dans plusieurs régions du monde, suivi de l’Union européenne (UE) qui a attiré l’attention sur la situation en Iran où les femmes sont privées de leur droit à se rassembler, appelant en outre à une enquête impartiale sur la mort de Mahsa Amini.  La délégation a également demandé quelles étaient les principales conclusions des rapports des États examinés par le Comité ces derniers mois et comme mieux protéger les droits des femmes autochtones. 

Répondant à l’Espagne, la Présidente du Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes, a reconnu que le Comité devait consacrer plus d’efforts à la question des personnes souffrant d’un handicap.  Concernant la question de l’écart salarial soulevée par le Japon, elle a souligné que le problème touchait les pays en développement comme les pays développés et affirmé que la question était largement évoquée par le Comité lors de ses échanges avec les États parties.  Elle a salué la question de la Malaisie sur la possibilité de recevoir des formations sur la rédaction des rapports des États, notant cependant que des ressources supplémentaires seraient nécessaires pour accéder à cette requête.  Elle a ensuite souligné que les droits sexuels et génésiques étaient trop souvent bafoués, s’inquiétant de la situation qui prévalait aux États-Unis. 

S’agissant de l’accès à la justice des femmes autochtones, elle a estimé qu’outre le renforcement de celui-ci, il fallait aussi que le système judiciaire se réforme et s’ouvre à ces communautés.  Elle a salué « l’optique féministe » du Gouvernement du Chili, avant de demander aux États parties à la Convention pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes qui la critiquaient à cesser de le faire.  Enfin, répondant à l’UE, elle s’est dite « préoccupée » par la situation en Iran, tout en rappelant que la République islamique n’était pas partie à la Convention.  Elle a ajouté que le trente et unième rapport du Comité, détaillant les principales conclusions des rapports des États examinés cette année serait adopté le 28 octobre prochain. 

Mme DOROTHY ESTRADA-TANCK, Présidente du Groupe de travail sur la discrimination à l’égard des femmes et des filles, a fait observer que les atteintes aux droits des femmes, déjà mises en lumière dans son rapport au Conseil des droits de l’homme de 2018, ont atteint de nouveaux sommets.  En cause: la montée en puissance d’acteurs autoritaires, nationalistes et fondamentalistes dans le monde.  Cette dégradation, a souligné la Présidente du Groupe de travail, contrarie - quand elle ne l’étouffe pas tout simplement - le militantisme des filles et des jeunes femmes.  Or le militantisme féminin, selon plusieurs rapports, est un puissant catalyseur de changement sociétal, a-t-elle relevé, estimant que la protection et la réalisation de des droits fondamentaux des femmes est une condition préalable indispensable à l’instauration de sociétés justes, inclusives, pacifiques et durables.  Évoquant les obstacles à la participation des femmes et des filles à la vie publique, l’experte a mentionné le paternalisme et son cortège de stéréotypes, qui inculquent aux femmes, dès leur enfance, que leur place devrait se confiner à la sphère privée.  Pis, a-t-elle poursuivi, le fait que les jeunes militantes soient perçues comme défiant les normes de genre établies, peut entraîner des agressions, de la part du milieu familial voire des autorités, en guise de punition pour leur activisme.  

Parmi les autres obstacles, Mme Estrada-Tanck a cité l’accès très limité des filles et des femmes à l’éducation et aux opportunités économiques, les mariages précoces et forcés ainsi que les grossesses non désirées.  Le manque de sûreté et de sécurité est également un obstacle majeur au militantisme des filles et des jeunes femmes, a noté la Présidente du Groupe de travail, déplorant la fréquence des attaques, du harcèlement et de la violence dans la rue et dans les transports publics, qui dissuadent les activités et les déplacements des filles et des jeunes femmes en dehors de leur domicile. Le harcèlement numérique ajoute une couche supplémentaire de défis au militantisme des filles et des jeunes femmes, a-t-elle encore expliqué, car les technologies numériques peuvent être utilisées pour faire chanter, contrôler, surveiller, contraindre, harceler, humilier ou objectiver les filles et les jeunes femmes militantes.

Face à ces menaces, l’experte a souligné l’importance de la prise en charge collective, qui devrait être reconnue institutionnellement par les ONG et les donateurs.  Pourtant, a-t-elle regretté, le financement des droits des femmes a été considérablement réduit ces dernières années.  Dans les situations de crise, ce financement est même l’un des premiers à être réduit alors qu’il est absolument nécessaire, a dénoncé Mme Estrada-Tanck.  C’est pourquoi, selon elle, les États ont l’obligation de reconnaître l’activisme en tant qu’exercice des droits de participer à la vie publique, de la liberté d’opinion et d’expression et de la liberté de réunion et d’association.  De fait, a-t-elle insisté, les États doivent supprimer de manière proactive les obstacles qui entravent l’activisme des filles et des jeunes femmes ainsi que leur jouissance des droits humains, a-t-elle exhorté, avant de reprendre, dans sa conclusion, les mots d’une jeune femme activiste: « les autorités devraient soutenir davantage les voix des jeunes activistes »; au lieu de les réduire au silence ou de les minimiser, elles devraient les utiliser comme des plateformes de responsabilisation et de changement. »  

Dialogue interactif

Comment appliquer le droit à un environnement sûr et durable sous l’angle du genre et pour le bien-être des femmes et jeunes filles, a voulu savoir le Costa Rica, qui s’est aussi interrogé sur les outils dont dispose le système des Nations Unies pour encourager la création d’espaces numériques sûrs pour les femmes et les filles.  Sur le même thème, la Malaisie a rappelé ses campagnes de sensibilisation sur les défis que rencontrent les femmes et les filles en ligne, ainsi que sa décision de fermer des sites Internet présentant de la pornographie infantile.  Comment les organisations internationales peuvent-elles soutenir les efforts gouvernementaux de ce type? a-t-elle demandé. 

Notant pour leur part que l’égalité de genre n’a été atteinte dans aucun pays, les États-Unis ont voulu savoir comment les États peuvent soutenir les efforts du Groupe de travail afin de combattre la discrimination contre les femmes et les filles.  Le Mexique s’est, quant à lui, enorgueilli d’être à l’origine de la création du Groupe de travail, avant de s’enquérir des cadres à promouvoir au niveau multilatéral pour encourager le militantisme des femmes et des jeunes filles.  Saluant le militantisme des femmes, notamment en Iran, l’Union européenne a demandé comment les États peuvent créer des liens tangibles entre les décideurs politiques et les défenseurs des droits des femmes.  Le Royaume-Uni s’est plus spécifiquement interrogé sur les modes d’action envisageables en vue d’éviter aux militantes des mesures de représailles. 

De son côté, La Belgique a insisté sur le droit des femmes et des jeunes filles à la santé sexuelle et reproductive, mis en péril par les crises et certaines idéologies.  Elle a souhaité connaître les bonnes pratiques et évolutions prometteuses à ce sujet, tandis que la République arabe syrienne mettait l’accent sur la situation des populations dans les prisons du nord-est du pays, où sont incarcérés nombre de femmes et d’enfants de combattants étrangers.  Fustigeant le refus de leurs États d’origine de les rapatrier, elle a demandé à la Présidente du Groupe de travail si ce refus constitue une discrimination vis-à-vis des femmes ou une « tentative de se dédouaner de leurs responsabilités ». 

Répondant aux questions et remarques des délégations, la Présidente du Groupe de travail sur la discrimination à l’égard des femmes et filles a tout d’abord expliqué comment les Nations Unies peuvent créer des espaces numériques sûrs pour le militantisme féminin.  Plaidant pour une protection accrue face aux mots, images et pratiques délétères en ligne, elle a insisté sur l’importance du dialogue, afin notamment de permettre aux États d’exiger des entreprises de travailler davantage à cette sécurité et à l’égalité de genre.  Mme Estrada Tanck a par ailleurs déploré que les militantes manquent de confiance dans les institutions, non seulement nationales mais aussi internationales, telles que l’ONU.  Elle a indiqué à cet égard que le rapport 2023 de son groupe de travail portera davantage sur les préoccupations des jeunes filles.  Sur la question de l’aide que les États peuvent apporter aux travaux de son groupe, la Présidente a souhaité qu’ils commencent par ratifier les nombreuses conventions pertinentes de l’ONU, notamment la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes.  Plus concrètement, les États devraient investir davantage dans la sensibilisation au recul des droits des femmes et des filles en privilégiant une approche transversale, qui prendrait en compte le croisement de la marginalisation genrée avec d’autres discriminations, a-t-elle préconisé, appelant également à amender le droit de la famille, en particulier sur la question du mariage ou de l’accès à la nationalité. 

Mme Estrada Tanck a, d’autre part, réitéré la centralité des droits sexuels et reproductifs, souhaitant à cet égard que les femmes et les jeunes filles soient mieux informées sur la jouissance effective de leurs droits.  Elle s’est cependant réjouie que, dans certaines constitutions, les droits génésiques et le droit à la santé sexuelle aient été consacrés comme des droits fondamentaux.  Elle a ensuite estimé que le renforcement de la participation des femmes et des jeunes filles est possible, avant de citer des exemples de bonnes pratiques mentionnées dans son rapport, notamment les « parlements d’enfants » qui intègrent la voix des plus jeunes et donc des fillettes.  La Présidente a par ailleurs déploré que nombre de femmes ne puissent ouvrir seules de compte bancaire et éprouvent ainsi des difficultés à financer leur militantisme.  Enfin, répondant à la délégation syrienne, elle a fait valoir qu’aucune appartenance ethnique, religieuse ou autre ne peut justifier le non-respect des droits universels des femmes et des enfants dont plusieurs pays refusent le rapatriement. 

Mme REEM ALSALEM, Rapporteuse spéciale sur la violence contre les femmes et les filles, ses causes et ses conséquences, a constaté que son rapport intervient dans un contexte de repli mondial continu des droits des femmes et de l’égalité des sexes.  Les tentatives visant à contrôler ce que les femmes et les filles disent, pensent et portent, ainsi qu’à leur refuser l’accès aux droits sexuels et reproductifs, sont en augmentation, s’est-elle alarmée.  Il n’est donc pas surprenant, à son avis, que nous soyons à la traîne dans la mise en œuvre et la réalisation de l’Objectif 5 de développement durable sur l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes.

Pour Mme Alsalem, les changements climatiques agissent comme un « multiplicateur de menaces » et leurs effets sont ressentis plus durement par ceux qui sont déjà marginalisés, en raison d'’inégalités et de discriminations préexistantes.  Du fait de la perte des moyens de subsistance et de la limitation des ressources liée aux conséquences des catastrophes naturelles ou à la dégradation de l’environnement, des femmes et des filles du monde entier sont victimes d’exploitation sexuelle en échange de nourriture et de ressources naturelles, notamment d'’au ou de combustible provenant de zones communes.  Les violences sexuelles sont monnaie courante lorsque les agriculteurs, les vendeurs, les propriétaires terriens ou les autorités contraignent les femmes à se livrer à des transactions sexuelles en échange d’articles de première nécessité ou d’un accès aux terres pour la production alimentaire, a-t-elle dénoncé.

Poursuivant, Mme Alsalem a pointé du doigt l’industrie extractive et les entreprises liées à l’énergie et à l’exploitation forestière commerciale, dont les activités ont des conséquences négatives, sexospécifiques et souvent violentes.  Dans ce contexte, le risque de traite pour les femmes et les filles peut augmenter, a-t-elle averti, insistant sur le fait que la séparation familiale et l’orphelinat sont des facteurs de risque supplémentaires pour les filles.  Si la violence physique est la forme la plus tangible de violence que subissent les femmes et les filles, les formes de violence psychologique et autres sont également bien documentées et ne doivent pas être ignorées, a ajouté la Rapporteuse spéciale.   

Mme Alsalem a précisé que son rapport mentionne également certains des groupes particulièrement exposés à la violence, tels que les femmes qui militent pour les droits humains dans le domaine de l’environnement, les femmes et les filles autochtones qui défendent leurs territoires, les femmes ayant des identités de genre et des orientations sexuelles différentes, les femmes âgées, les femmes handicapées, les femmes vivant dans la pauvreté et celles déplacées de force.  Le rapport aborde par ailleurs la façon avec laquelle les États et les processus multipartites prennent en compte la question de la violence contre les femmes et les filles.  Tout en notant une référence accrue au genre en tant que question transversale dans les plans et engagements nationaux, elle a constaté que les femmes restent considérées comme un groupe vulnérable, par opposition aux acteurs dotés d’un pouvoir d’action, les filles n’étant quant à elles « pratiquement jamais reconnues ».

De l’avis de la Rapporteuse spéciale, il importe aujourd’hui de ne pas mettre de côté l’effet évident et cumulatif que la crise climatique a sur les femmes et les filles, et de ne pas le reléguer au rang de « réflexion après coup ».  En fait, a-t-elle recommandé en conclusion, pour que toute approche ou réponse à la crise climatique soit efficace, l’impact sexospécifique doit être placé en son cœur.

Dialogue interactif

À l’issue de cet exposé, plusieurs délégations sont revenues sur l’impact des changements climatiques sur les violences contre les femmes et les filles.  La Slovénie ainsi que l’Union européenne ont demandé plus de détails sur le lien entre ces différents phénomènes, tout comme l’Iraq qui a relevé que la terminologie utilisée dans le rapport ne bénéficie pas d’un consensus international.  La délégation des Pays-Bas a relevé que les changements climatiques viennent exacerber les violences contre les femmes. 

La participation des femmes et des filles en matière de climat est indispensable, a souligné de son côté la Belgique qui a demandé des exemples de bonnes pratiques.  Une demande également formulée par le Canada pour que les actions dans le domaine de l’environnement prennent en compte les questions de genre.  Les délégations du Royaume-Uni et de l’Irlande se sont aussi interrogées sur la manière d’inclure la voix des jeunes filles et des femmes dans la prévention de la violence et en tant qu’actrices d’un changement durable.  Exclure les femmes et les filles de l’action climatique rend son impact plus lourd, a également jugé la Colombie, qui, à l’image du Mexique, a voulu savoir comment garantir une cohérence dans l’approche des différentes instances de l’ONU. 

Le Qatar a demandé des recommandations sur la manière d’agir sur les liens entre changements climatiques et violences contre les femmes.  Comment évaluer la prise en compte par les États de la question de genre dans les changements climatiques? a voulu savoir l’Estonie, au nom des pays nordiques et baltes.  Le Liechtenstein s’est lui interrogé sur le rôle de la société civile et des acteurs non étatiques pour atténuer le risque de traite de personnes provoqué par les changements climatiques.  Comment combattre et atténuer le risque de traite en situation de catastrophe naturelle?

Le Pakistan a voulu savoir comment apporter une assistance technique afin de faire face aux effets des changements climatiques sur les femmes et les filles.  La délégation a également mentionné les violences contre les femmes en territoire occupé, notamment dans le Jammu-et-Cachemire, une « référence insidieuse » a réagi l’Inde.  Soulignant la menace des changements climatiques notamment pour les États insulaires, Cuba a voulu en savoir plus sur l’impact des mesures coercitives unilatérales sur les conditions et la qualité de vie des femmes. 

La Fédération de Russie a jugé que certains éléments du rapport sont ambigus et se fondent sur des concepts douteux, estimant que les femmes et les filles ne peuvent pas occuper une place centrale dans la lutte contre les changements climatiques. 

Le Liban s’est interrogé sur les raisons derrière la hausse du nombre de féminicides tandis que les États-Unis, qui ont relevé un net recul sur les questions d’égalité femmes-hommes, se sont interrogés sur la manière dont l’ONU peut consolider les progrès et éviter tout nouveau recul.  La Roumanie a relevé de son côté que les violences domestiques touchent tous les pays et toutes les sphères et qu’être victime de violences empêche une bonne participation dans la société.  L’Australie s’est inquiétée de la violation des droits des femmes autochtones, avant de demander des recommandations pour concevoir des actions ayant un fort impact malgré des ressources limitées.  Que faire pour multiplier les possibilités d’emploi et édifier une société plus résiliente? a interrogé le Brésil, invitant à ne pas oublier les causes profondes des violences.  Le Luxembourg a de son côté demandé des recommandations pour fournir des informations aux femmes sur les abus et la prévention. 

La délégation de Malte a également pris la parole, ainsi que la République arabe syrienne

Répondant aux questions et remarques des délégations, la Rapporteuse spéciale sur la violence contre les femmes et les filles a indiqué que bien qu’il n’y ait pas suffisamment de données, il existe un lien clair et évident entre les violences à l’égard des femmes, les changements climatiques et la dégradation environnementale.  Cela n’est, pour elle, que la partie visible de l’iceberg, préconisant de procéder à davantage de recherches et de collecte. 

Sachant que 50% de la société est constituée de femmes et de jeunes filles, elles doivent donc se trouver au cœur des processus qui les concernent.  Le Programme 2030 établit clairement qu’il ne peut y avoir de sociétés prospères sans mettre fin à la violence vis-à-vis des femmes ou sans établir l’égalité de genre, a-t-elle rappelé, recommandant l’adoption d’une approche plus sérieuse. 

Notant que la violence à l’encontre des femmes et des jeunes filles est intersectionnelle, elle a estimé que tous les mécanismes des droits humains mais aussi des procédures spéciales doivent œuvrer de concert pour mettre en lumière ces liens.  « Nous ne pouvons pas agir de manière cloisonnée », a-t-elle insisté.  D’ailleurs la résolution annuelle de la Commission encourage celle-ci à se coordonner avec les autres mécanismes des droits humains.  Malheureusement, ce ne fut pas le cas l’année dernière, a-t-elle déploré.

S’agissant des attaques perpétrées à l’égard des cadres de protection établis, elle a indiqué que ce qui l’inquiète le plus est la passivité des États qui ont laissé « certaines voix résonner » de plus en plus au lieu d’adopter une démarche plus active pour défendre la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes.  Or, s’est-elle emportée, ces mêmes États ont pourtant souscrit à ces cadres qu’ils ont même incorporés dans leur législation nationale. 

Sur la question relative à la traite, la Rapporteuse spéciale, a indiqué que bien qu’il soit difficile de trouver des chiffres, on estime que 80% des personnes déplacées à cause des changements climatiques sont des femmes et des jeunes filles.  Elle a suggéré aux États d’étendre l’accès aux itinéraires réguliers de migration et à la citoyenneté pour réduire ces risques. 

Pour terminer, elle a estimé qu’il y a différentes raisons à la montée de la violence, pointant en particulier l’absence de reddition des comptes.  Mais en l’absence de données fiables, comment savoir s’il y a vraiment une flambée de la violence ou les médias étaient-ils simplement au bon endroit, au bon moment.  C’est pourquoi il faut améliorer l’accès aux données, a-t-elle insisté, appelant les observatoires de la féminicide à apporter leur concours.

S’exprimant au nom du Groupe des 77 et la Chine, M. KHAN (Pakistan) a réaffirmé son soutien au Programme d’action de Beijing, à l’égalité des sexes et à l’autonomisation des femmes et des filles en vue de réaliser les objectifs de développement durable.  Il a salué les résultats obtenus en matière de droits des femmes tout en regrettant que bon nombre de promesses et d’engagements n’aient pas été tenus.  Soulignant l’importance de la lutte contre les féminicides et les discriminations à l’égard des femmes handicapées, il a appelé de ses vœux la mise en place d’un cadre statistique permettant de ventiler les données en fonction de ces catégories.  Le délégué a par ailleurs déploré l’impact négatif des conflits et des situations d’occupation étrangères sur les droits des femmes et des jeunes filles.  Il a également plaidé pour que les États abattent les barrières et assurent l’accès à un emploi « plein et productif », insistant à ce propos sur la lutte contre les inégalités salariales.  Pour finir, il a appelé à améliorer la coopération Nord-Sud et Sud-Sud sur ces questions. 

Discussion générale

Au nom du Groupe des États d’Afrique, M. TIJJANI MUHAMMAD BANDE (Nigéria) a exprimé sa préoccupation quant à l’exacerbation des violences liées aux technologies numériques.  Ces violences se sont aggravées durant la pandémie, renforçant le risque de traite des femmes et des filles, a-t-il alerté.  Cela offre de nouvelles possibilités aux trafiquants qui utilisent de plus en plus ces technologies pour exploiter des jeunes filles et cacher des informations sur leurs identités, a-t-il ajouté.  Le délégué s’est ensuite attardé sur les risques liés aux mariages d’enfants, notamment le risque de handicap, et a attiré l’attention sur la menace de la fistule obstétricale.  À la lumière des changements climatiques et de la pandémie, un engagement politique renforcé est nécessaire pour lutter contre ce problème médical, a-t-il plaidé, appelant à un renforcement de la coopération avec des partenaires nationaux et internationaux.  Une attention particulière doit être portée aux pays où les taux de mortalité maternelle sont les plus élevés, a-t-il également recommandé. 

Évoquant ensuite les mutilations génitales féminines, il a rappelé que celles-ci constituent une grave menace pour la santé des femmes et des filles, aggravant, entre autres, leur vulnérabilité au VIH/sida.  Nombre de femmes et de filles continuent d’être menacées chaque année, a-t-il averti, avant d’annoncer la présentation d’une résolution biennale pour accentuer les efforts destinés à faire cesser cette pratique à l’échelle mondiale.  Après s’être félicité des recherches et innovations concernant le VIH/sida, il a jugé que garantir à tous une couverture sanitaire universelle ainsi qu’un accès à des soins de santé de qualité et à des vaccins reste possible si des normes appropriées sont respectées et les médicaments distribués de manière adéquate.  Enfin, tout en reconnaissant que l’arrêt des violences est la responsabilité première des États, il a estimé que cet objectif demeure une « tâche sociétale partagée ». 

Mme CARLE, de l’Union européenne, s’est félicitée des progrès accomplis en matière de promotion des droits de femmes, saluant par exemple le fait qu’il y a six ans, le droit de vote ait été accordé aux femmes dans le dernier pays à ne pas l’autoriser.  Pourtant, a-t-elle nuancé, la participation des femmes dans le domaine politique demeure restreinte à tous les niveaux.  Davantage doit être fait pour assurer l’égalité femmes-hommes et briser le « plafond de verre », a-t-elle appuyé, rappelant que l’accession des femmes aux postes à responsabilité et leur pleine participation aux processus décisionnels est essentielle.

Relevant à son tour que les inégalités de genre ont été exacerbées par les changements climatiques et la pandémie, la déléguée a souligné que les stéréotypes, y compris une répartition persistante et inégale du travail non rémunéré et des violences sexuelles et sexistes, contribuent à l’exclusion des femmes.  Cela requiert des efforts conjoints des gouvernements, du secteur privé et de la société civile, a-t-elle soutenu, avant de plaider pour l’inclusion des hommes et des garçons dans ces efforts en tant que moteurs de changement. 

Pour ce qui est des menaces contre les femmes militantes et les défenseuses des droits humains, la représentante a prévenu que les actes et menaces de violences hors ligne et en ligne peuvent pousser les femmes à se retirer de la vie publique.  Cela sape aussi les efforts de consolidation de la paix et de développement, a-t-elle regretté, appelant à garantir la sécurité et la sureté des femmes qui s’engagent.  Notant à cet égard que l’espace numérique et les réseaux sociaux créent de nouvelles formes de militantisme, elle a appelé à prendre également les risques en compte.  Par ailleurs, après avoir souligné la contribution essentielle des femmes et des jeunes filles à la recherche de solutions face aux changements climatiques, elle a rappelé l’attachement de l’UE aux droits de santé sexuelle et reproductive et à l’accès universel à une éducation sexuelle de qualité.  Pour finir, la déléguée a exprimé sa solidarité avec les femmes et filles touchées par le conflit au Myanmar, en Afghanistan et en Ukraine, ainsi qu’avec les femmes qui défendent leurs droits en Iran. 

S’exprimant au nom de la Communauté des Caraïbes (CARICOM), M. STAN SMITH (Bahamas) a mis en avant les réalisations en matière de promotion de l’égalité des sexes et d’autonomisation des femmes et des filles dans sa région, tout en reconnaissant que beaucoup reste à faire.  Il a ainsi reconnu que les progrès dans la lutte contre les inégalités auxquelles sont confrontées les femmes sur le marché du travail restent trop lents.  Il s’est cependant réjoui de voir les femmes de sa région s’imposer comme des partenaires fiables dans le processus de développement, à travers la promotion d’une croissance économique soutenue et inclusive et dans l’éradication de la pauvreté.  En effet, a-t-il dit, bien que nous n’ayons pas atteint la parité des sexes, les femmes jouent un rôle plus important dans la prise de décision, y compris dans la politique nationale et régionale.  Abordant ensuite la violence et le harcèlement numériques, il a assuré que la CARICOM s’emploie à combattre l’impunité et à combler l’absence de mesures préventives.  À cet effet, la CARICOM concentre ses efforts sur l’amélioration de la collecte de données afin de mieux comprendre et traiter les causes sous-jacentes de cette violence, a-t-il précisé, avant d’appeler à un soutien accru des partenaires de développement pour renforcer les capacités régionales de collecte de données et d’informations crédibles sur la base desquelles des politiques et des plans d’action peuvent être élaborés.

Au nom de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), Mme SURIYA CHINDAWONGSE (Thaïlande) a mis l’accent sur l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes et des filles, affirmant que la contribution transformatrice des femmes et des filles fait partie intégrante de la ECO Vision 2025 de l’ASEAN.  Alors que la pandémie de COVID-19 et d’autres défis mondiaux ont sapé les avancées durement acquises en matière de développement, l’ASEAN a maintenu ses efforts pour arrêter les reculs, récupérer le terrain perdu et améliorer la résilience et la préparation aux chocs futurs, notamment en misant sur les femmes et les filles, a souligné la représentante.  Soulignant à cet égard le rôle essentiel joué par les femmes et les filles dans la riposte à la pandémie, elle a indiqué que les États membres de l’Association se sont aussi engagés à mettre en œuvre la Déclaration de l’ASEAN sur l’élimination de la violence faite aux femmes, ainsi que leurs obligations respectives découlant de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes.  Pour accélérer les progrès dans ces domaines, l’ASEAN a adopté une approche multipartite, en travaillant en partenariat étroit avec diverses entités, dont ONU-Femmes et la Banque mondiale, a indiqué Mme Chindawongse.  Enfin, a-t-elle conclu, l’ASEAN reconnaît que la voix et le leadership des femmes sont essentiels au maintien de la paix, de la stabilité et du développement. 

Mme JOAN MARGARITA CEDANO (République dominicaine), qui s’exprimant au nom du Système d’intégration centraméricain (SICA), a déploré que les inégalités de genre mettent à mal la croissance dans les pays en développement tels ceux de son groupement.  Elle a ensuite indiqué que les États membres du SICA ont entrepris un train de réformes pénales, politiques et sociétales pour combattre les inégalités de genre, permettant ainsi à la situation des femmes de progresser dans plusieurs domaines clés.  La représentante a précisé que le SICA s’emploie notamment à « outiller » les femmes et les jeunes filles contre la violence sexiste et les grossesses juvéniles, lesquelles provoquent mortalité et perpétuation des inégalités d’une génération à l’autre.  La déléguée s’est d’autre part félicitée des avancées permises par le SICA dans le domaine de l’éducation.  Selon elle, un taux de scolarité plus important chez les filles permettra à ces dernières de mieux s’adapter aux exigences du marché du travail.  Cette problématique est d’autant plus importante que la route vers l’inégalité des sexes est loin d’être achevée, a ajouté la représentante, non sans déplorer d’importants écarts de rémunération entre hommes et femmes dans les pays du SICA.

M. WAGNER (Suisse) a indiqué que son pays s’est doté en 2021 de sa première stratégie nationale visant à l’égalité entre les femmes et les hommes.  Il s’est réjoui que les femmes représentent 42% des membres de la Chambre basse du Parlement suisse, admettant toutefois que des progrès doivent être réalisés pour avancer vers la parité à la Chambre haute, ainsi que dans les villes et cantons.  Le Gouvernement suisse, a-t-il ajouté, a également adopté un plan d’action national pour prévenir et lutter contre la violence envers les femmes et la violence domestique, des efforts qui s’appuient notamment sur la sensibilisation.  La promotion des droits des femmes est aussi un pilier de la politique étrangère helvétique, a assuré le délégué, en soulignant la participation active de son pays aux travaux de la Commission de la condition de la femme.  Il a ensuite fait part de la préoccupation de la Suisse à l’égard du harcèlement et des attaques en ligne.  À ce titre, a expliqué le délégué, la Suisse soutient un projet de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) destinée à améliorer la sécurité des femmes et des filles grâce à l’utilisation libre et sûre des médias.  De même, a-t-il dit, nous sommes engagés avec la Commission interaméricaine des droits de l’homme pour faire progresser les standards et garanties de protection concernant les femmes journalistes, ainsi que le Programme femmes, paix et sécurité. 

M. MAXIM V. BIRYUKOV (Fédération de Russie) a souligné le rôle central que joue la Commission de la condition de la femme en tant que principal forum intergouvernemental sur les questions liées aux droits des femmes, avant de s’inquiéter des initiatives visant à la réformer.  Il a aussi souligné l’importance de la cohérence entre les orientations politiques générales fournies par la Commission et les stratégies opérationnelles approuvées par le conseil exécutif d’ONU-Femmes, demandant instamment à cette agence de « ne pas outrepasser son mandat actuel » et de « s’abstenir de fournir un contenu substantiel aux décisions des organes intergouvernementaux du système des Nations Unies ».  Le délégué a également demandé à ONU-Femmes de « cesser de soutenir des initiatives douteuses telles que l’opaque Forum Génération Égalité », jugeant inacceptable de tenter d'imposer aux États la mise en œuvre de certaines mesures qui ne coïncident pas avec leurs engagements internationaux et nationaux. 

Le représentant a ensuite rappelé que le Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes avait examiné en novembre 2021 le neuvième rapport périodique de son pays sur sa mise en œuvre de la Convention éponyme.  Il a indiqué qu’un plan d’action visant à mettre en œuvre la phase II (2019-2022) de la stratégie nationale d’action en faveur des femmes était en voie d’achèvement.  Il s’est également félicité que les législations sur la maternité, l'accouchement et l’éducation des enfants ait été améliorée, tout comme la compétitivité des femmes sur le marché du travail grâce à la formation professionnelle pour celles ayant des enfants d’âge préscolaire.  Il a relevé à cet égard que la liste des industries, emplois et postes présentant des conditions de travail nuisibles ou limitant l’emploi des femmes avait été considérablement réduite.  Enfin, il a souligné l’importance du Forum eurasien des femmes, « l’une des plateformes les plus efficaces pour le dialogue entre les femmes du monde entier », dont la prochaine édition aura lieu à Saint-Pétersbourg en octobre 2024.

M. ORINA (Kenya), s’est dit convaincu que l’égalité entre les sexes était une condition de la réalisation des ODD et du maintien de la paix et de la sécurité.  Il s’est félicité de l’augmentation du nombre de femmes élues au Kenya, notant que le plus jeune membre du Parlement était une députée de 24 ans.  Il a appelé tous les gouvernements à lutter contre les mutilations génitales féminines en améliorant notamment la prévention et l’information et s’est félicité de la création d’un programme commun sur cette problématique avec la Tanzanie et l’Ouganda.  Le délégué a fait savoir que la couverture médicale des femmes avait été améliorée dans son pays, notamment en ce qui concerne le suivi de la grossesse.  Il a aussi annoncé la création d’un index d’autonomisation des femmes, mis en place en partenariat avec ONU-Femmes, et d’un numéro de téléphone gratuit pour le signalement des violences. 

M. NOAH OEHRI (Liechtenstein) a souligné l’importance qu’accorde depuis longtemps son pays à l’autonomisation des femmes et des filles.  Le Liechtenstein croit aux femmes en tant qu'agentes du changement et soutient leur participation égale, pleine et significative à tous les organes de décision, a-t-il affirmé, y voyant une clé pour la réussite du Programme 2030.  Dans cet esprit, il a exhorté les États à faire davantage pour protéger le droit des femmes à s’engager sur un pied d’égalité avec les hommes pendant toutes les phases de transition politique.  Dans le contexte d’un monde de plus en plus polarisé, avec un nombre record de conflits armés prolongés, l’égalité des sexes reste un facteur crucial, mais malheureusement sous-estimé, pour la restauration et le maintien de la paix et de la sécurité internationales, a fait valoir le représentant.

Assurant que son pays continuera à mettre en lumière les besoins particuliers des femmes et des filles ainsi que leur autonomisation et l’égalité des sexes dans sa politique étrangère, le délégué a mis en exergue l’initiative « finance contre l’esclavage et la traite des êtres humains » (FAST).  Lancée par le Liechtenstein il y a plus de trois ans, elle place les institutions financières au cœur de la lutte contre ces crimes, en particulier dans les domaines de la conformité, de l’investissement responsable et de l’innovation financière, a-t-il précisé.  Le représentant s’est par ailleurs alarmé des risques de trafic d’êtres humains résultant des flux massifs de réfugiés en provenance d’Ukraine, indiquant que son pays agit à la fois dans le domaine de la prévention et de l’inclusion financière des Ukrainiens qui ont fui leur pays à la suite de l’agression russe.  Ces actions démontrent clairement l’incidence que peut avoir le secteur financier, a-t-il relevé, invitant tous les États intéressés et le système des Nations Unies à se joindre à l’initiative FAST.

Mme ROMULIS, déléguée de la jeunesse du Mexique a loué l’initiative de son pays d’avoir intégré en tant que déléguées de la jeunesse, trois femmes issues des communautés afro-mexicaines, autochtones et migrantes, des groupes historiquement invisibles qui, aujourd’hui, sont enfin représentés pour faire avancer « nos objectifs mondiaux ».  Il s’agit là, a-t-elle dit, d’un exemple de la politique étrangère féministe en action, fondée sur une approche d’intersectionnalité, qui place en son cœur les voix et les besoins des jeunes qui ont directement fait l’expérience de formes multiples et intersectionnelles de discrimination et de violence. 

Nous méritons tous d’avoir accès au plein exercice de nos droits humains, y compris notre santé et nos droits sexuels et reproductifs, a-t-elle insisté.  Dès lors, comment être des agents de changement dans nos communautés si on nous refuse l’accès à la décision concernant notre sexualité et notre propre corps, s’est interrogée la déléguée qui s’est par ailleurs inquiétée de la régression des droits des femmes et des filles dans le monde.

M. XOLISA MFUNDISO MABHONGO (Afrique du Sud) a assuré du combat sud-africain pour les droits des femmes, précisant que l’Afrique du Sud organise un sommet contre la violence sexiste, qui se tiendra en octobre.  Pour muscler la justice pénale face à ce fléau, le gouvernement sud-africain a publié un nouveau projet de loi pour apporter une réponse cohérente et intersectorielle aux féminicides et à la violence sexiste.  Trois autres nouvelles lois ont déjà été promulguées en ce sens.  Le pays accorde aussi une attention toute particulière à la question des violences dont font l’objet les femmes et jeunes filles dans la sphère numériques.  La question présente implique une approche coordonnée, entre États d’une part, mais aussi entre État, société civile et secteur privé, a estimé le délégué.

Mme TEO (Singapour) a déploré que la réalisation de l’égalité des sexes et de l’autonomisation de toutes les femmes et filles reste un objectif lointain, notant que la pandémie de COVID-19 a aggravé la violence domestique.  Elle a indiqué que la Constitution singapourienne protège les droits de la composante féminine du pays.  Soulignant que les graines de l’égalité des sexes doivent être semées dès le plus jeune âge, elle s’est félicitée d’un accès équitable à un niveau d’éducation élevé, et de ce que neuf jeunes femmes sur 10 ont suivi un enseignement postsecondaire ou supérieur, à égalité avec leurs homologues masculins.  La déléguée a aussi rappelé l’élection en 2017 de la première femme Présidente de l’île, Mme Halimah Yacob.  « Notre travail n’est pas encore terminé » a-t-elle toutefois nuancé, mentionnant notamment une inclusion économique limitée.  Pour aller de l’avant, le Gouvernement a organisé des consultations nationales qui ont accouché d’un livre sur le développement des femmes, a indiqué la déléguée qui s’est félicitée de voir Singapour classé douzième sur 191 pays dans l’indice d’égalité entre les sexes du Rapport mondial sur le développement humain 2021.

M. WANG ZIXU (Chine) a jugé impératif d’accélérer la mise en œuvre de la Déclaration et Programme d’action de Beijing en vue de promouvoir les droits des femmes et d’atteindre les objectifs de développement durable.  Il a souhaité à cet égard que l’égalité femmes-hommes soit incluse dans les efforts destinés à lutter contre les changements climatiques.  S’inquiétant des violences faites aux femmes sur Internet, il a estimé essentiel de s’attaquer à la fracture numérique liée au genre.  Le représentant a indiqué que son pays avait mis en place une centaine de législations favorisant la promotion des femmes.  Il a également rappelé que le Président chinois a promis une aide de 10 millions de dollars pour faire progresser ces questions et que la Chine a proposé d’organiser un sommet international sur la condition féminine en 2025. 

Mme ELINA KALKKU (Finlande) a insisté sur la nature universelle et contraignante des droits humains, regrettant que, chaque jour, des femmes et des filles soient tuées en raison de leur sexe.  Elle s’est élevée contre la violence sexiste en ligne qui frappe les femmes les plus vulnérables, tout en indiquant que les nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC) pouvaient jouer en faveur de l’égalité femmes-hommes.  Elle s’est félicitée du rôle de chef de file joué par la Finlande dans le cadre du Forum Génération Égalité.  Enfin, elle a souligné que les situations désastreuses prévalant suite à l’invasion russe en Ukraine, ainsi qu’en Afghanistan et en Iran, montraient combien il était nécessaire de protéger les droits humains. 

Mme NATHALIA SÁNCHEZ GARCÍA (Colombie) a insisté sur l’importance d’adopter une approche différenciée selon le sexe dans les processus de dialogue politique et judiciaire.  Pour elle, les femmes rurales, autochtones et afrodescendantes sont des agents clefs dans la lutte contre l’insécurité alimentaire et la pauvreté, car elles sont des acteurs fondamentaux de la transformation des campagnes et du monde rural.  Ainsi, nous orientons nos actions vers des efforts transversaux pour améliorer la jouissance des droits sexuels et reproductifs, en mettant l’accent sur les systèmes d’éducation et de santé.  Cela a déjà commencé à se concrétiser par notre retrait du Consensus de Genève, formalisé comme l’une des premières actions du nouveau Gouvernement, a-t-elle indiqué. 

La représentante a par ailleurs fait savoir que son gouvernement compte formuler un plan d’action national pour la mise en œuvre de la résolution 1325 (2000) du Conseil de sécurité sur les femmes, la paix et la sécurité.  Les consultations pour sa formulation visent à être inclusives et, avec le « soutien généreux » du Gouvernement norvégien, des dialogues nationaux seront organisés et la société civile sera entendue.  Elle a ensuite souligné que la paix ne peut pas être construite si les femmes ne sont pas à la table des négociations, appelant les gouvernements à agir dans ce sens.

M. RICH CROKER (Royaume-Uni) a fait valoir que lorsque les femmes ne peuvent produire leur plein potentiel, alors tous les pays souffrent.  À cette aune, il a exhorté les États à s’attaquer à la discrimination et à avancer sur la voie de l’égalité femmes-hommes, signalant que son pays considère les droits des femmes comme des droits humains.  Il a ensuite fait état des ambitions élevées du Royaume-Uni en la matière, avant de préciser que, dans le cadre de sa politique étrangère et de développement, Londres donne la priorité à l'action dans trois domaines: l'éducation des filles, l'autonomisation des femmes et des filles et l'élimination de la violence.

Le représentant s’est dit convaincu que la réalisation de l'égalité des sexes est fondamentale pour construire des démocraties, accélérer les progrès en matière de libertés, de prospérité et de commerce, et renforcer la sécurité et la résilience mondiales.  Selon lui, les connaissances et le leadership des femmes renforcent la prise de décision, ce qui permet de mettre en place des politiques meilleures, plus durables et plus équitables qui profitent à l'ensemble des communautés.

M. NEVILLE MELVIN GERTZE (Namibie) a constaté qu’aucun pays n’a, à ce jour, pleinement atteint l’égalité des sexes.  Au rythme actuel, a-t-il relevé, le fossé mondial entre les genres ne sera pas comblé avant 132 ans.  Déplorant le cortège de fléaux marginalisant les femmes dans le monde, le délégué a mis l’accent sur les changements climatiques, qui affectent de manière disproportionnée les femmes et les filles.  Cette question est centrale pour la Namibie, qui est sujette à un climat aride, a-t-il fait remarquer.  Il a par ailleurs indiqué, que la pandémie de COVID-19 et les fermetures d’écoles qui en ont résulté ont eu un impact dévastateur sur l’éducation des filles dans le monde entier comme dans son pays, freinant drastiquement la réalisation des objectifs de développement durable.  Le représentant a néanmoins fait état d’avancée dans le contexte national, évoquant entre autres une politique de prévention et de gestion de la grossesse chez les apprenants et le National Safe Schools Framework, qui a contribué à traiter les questions de santé et de sécurité dans les communautés scolaires.  Parmi les principaux défis auxquels son pays doit faire face, il a cité le manque d’infrastructures accessibles et de technologies numériques, ainsi que les niveaux élevés de pauvreté infantile et de grossesses chez les apprenants, des questions que « compliquent plus encore certaines pratiques culturelles ».

M. ANTONIO MANUEL REVILLA LAGDAMEO (Philippines) a déclaré que la promotion des femmes est l’une des principales priorités des Philippines, notant que la Constitution du pays met en avant leurs rôles dans la construction de la nation.  Il a également passé en revue les nombreuses lois visant à promouvoir l’avancement des femmes.  Grâce à la mise en place de plusieurs cadres juridiques, programmes et campagnes de sensibilisation, les Philippines restent un pays progressiste en termes d’égalité des sexes et d’autonomisation des femmes et des filles, a-t-il affirmé, s’enorgueillissant en outre que le pays ait conservé sa position élevée dans l’indice mondial d’écart entre les sexes. 

Il s’est cependant préoccupé de la situation des femmes et filles philippines qui, vivant dans la pauvreté ou victimes de catastrophes naturelles, continuent d’être la proie de la traite des êtres humains et du travail forcé.  C’est pourquoi le Gouvernement philippin a fait de la lutte contre la traite des êtres humains l’une de ses principales priorités et s’attèle à ce problème avec la participation de toutes les parties prenantes concernées. 

M. ASHISH SHARMA (Inde) s’est enorgueilli que son pays fasse partie des rares pays où des femmes ont accédé à la fonction de chef d’État, de chef de gouvernement ou de ministre.  « L’Inde est passée du développement des femmes au développement mené par les femmes », s’est félicité le délégué.  Énumérant des mesures visant à la parité dans les institutions représentatives de son pays, il a indiqué que 20 États indiens ont pris des dispositions pour réserver 50% du total des sièges aux femmes.  Sur le plan économique, il s’est réjoui que, via le programme MUDRA, son gouvernement accorde des prêts sans garantie à des entreprises dont 70% sont dirigées par des femmes.  Par ailleurs, les filles sont plus nombreuses que les garçons dans nos écoles de médecine, a ajouté le représentant, non sans rappeler la présence d’Indiennes à des postes de direction, jusque dans l’espace, avec la mission « Mars Orbiter ».  Il a d’autre part signalé que le droit pénal indien sanctionne les coupables de toutes les formes de violence, tout en sanctionnant le mariage juvénile et le harcèlement sur leur lieu de travail.  Le délégué a également vanté les initiatives éducatives, politiques et caritatives de son pays qui contribuent à la promotion des droits des femmes.  Il a notamment mentionné le Prime Minister’s Housing Scheme for All, plus grand programme de logements pour les pauvres au monde, qui accorde le titre de propriété de chaque maison à la cheffe de famille ou de manière conjointe avec son époux.  En conclusion, il a cité le philosophe indien Swami Vivekananda, selon lequel « il n’y a aucune chance pour le bien-être du monde si la condition des femmes n’est pas améliorée »

Mme NELLY BANAKEN ELEL (Cameroun) a critiqué les concepts basés sur le terme « genre », se demandant si la communauté internationale n’a pas fait fausse route à ce sujet.  Elle a insisté sur l’importance de la Déclaration et Programme d’action de Beijing comme axe d’action pour la promotion des droits des femmes.  La représentante a également considéré que l’autonomisation des femmes et des filles devait être un catalyseur de l’acquisition de leurs droits.  Enfin, après avoir appelé la communauté internationale à financer l’éradication de la pauvreté, elle a souhaité que les États se concentrent sur l’essentiel, à savoir l’emploi, la formation, la santé et la nutrition.

Mme FLOR KRISTEN FLORES TELLO (Panama) s’est félicitée du fait que, dans son pays, des femmes soient à la tête de sept ministères, occupent quatre sièges de juges à la Cour suprême et représentent 54% des employés du Ministère des affaires étrangères.  Elle a ajouté que, soucieux de protéger les droits des femmes, le Panama a créé 15 centres de protection pour que les femmes puissent vivre dignement à l’abri des violences.  De même, a poursuivi la représentante, une stratégie nationale d’accès universel à l’énergie d’ici à 2030 a été lancée et devrait contribuer au bien-être des femmes et des filles.  Elle a par ailleurs indiqué que 64% des femmes panaméennes ont bénéficié de programmes d’aide, notamment en ce qui concerne l’accès à des financements.  Avant de conclure, la déléguée a insisté sur la nécessité de protéger les milliers de femmes migrantes vulnérables qui transitent sur le territoire du Panama.

Mme RAWA ZOGHBI (Liban) a constaté qu’aujourd’hui la communauté internationale est bien loin de la réalisation de l’ODD 5 (égalité entre les sexes), le contexte actuel étant marqué par un recul des droits des femmes.  Cela est inacceptable, a-t-elle dénoncé, appelant à redoubler d’efforts pour inverser la tendance actuelle.  Elle a dit accorder une attention toute particulière à la prévention et à la répression de toutes formes de violence faites aux femmes et aux jeunes filles, notant que le partenaire intime est souvent l’auteur de ces violences.  La représentante a ensuite indiqué qu’en dépit des difficultés qu’il traverse, son pays a beaucoup avancé sur l’élaboration d’un plan d’action national destiné à donner corps à la résolution 1325 (2000) du Conseil de sécurité.  Elle s’est également félicitée de la participation des femmes dans les forces armées libanaises, lesquelles représentent 50% des jeunes cadets, dont quatre occupant des postes de responsabilité. 

Mme FIONA BRODERICK (Irlande) s’est dite préoccupée de voir les droits des femmes de plus en plus menacés, notant que les crises climatiques et les conflits exacerbent ces inégalités en raison de leur impact disproportionnés sur les femmes et les jeunes filles.  Il est donc essentiel d’éliminer les obstacles structurels qui empêchent les femmes d’être les moteurs du changement, a-t-elle estimé.  Elle a souligné que les accords de paix sont beaucoup plus pérennes et efficaces si ce sont les femmes qui les concluent, rappelant l’expérience de l’Irlande du Nord.  Il faut cependant faire plus pour que les femmes aient réellement une voix au chapitre, a insisté la déléguée qui a affirmé que l’Irlande met un point d’honneur à la mise en œuvre de la résolution 1325 (2000) du Conseil de sécurité.

Mme FATEMEH ARAB BAFRANI (République islamique d’Iran) a fait état de l’adoption récente de plusieurs lois destinées à protéger les femmes, notamment dans le cadre de la maternité.  Ces avancées s’ajoutent à d’autres progrès réalisés par l’Iran dans les domaines de l’éducation, du travail, de la propriété et de la participation politique des femmes, a-t-elle souligné.  Un autre projet de loi en cours d’élaboration a pour but de renforcer la lutte contre le trafic d’êtres humains et d’organes, a encore indiqué la déléguée.  Selon elle, les différents plans nationaux et autres investissements publics visant à soutenir les femmes sur le plan socioéconomique ou sur celui de la représentation politique ont porté fruit.  Parmi les progrès les plus spectaculaires, elle a cité l’espérance de vie des femmes, qui a atteint 79 ans en 2020, et la présence féminine dans les médias, qui s’élève désormais à 50% des effectifs et permet de porter les points de vue des femmes.  La représentante a toutefois relevé que ces avancées sont entravées par les mesures coercitives unilatérales imposées par les États-Unis.  Exhortant l’ONU à dénoncer cette injustice, elle a également encouragé les États Membres à « éviter de politiser les questions relatives aux droits de l’homme ».  En dépit des difficultés liées aux sanctions économiques, l’Iran demeure prête à coopérer avec les mécanismes des droits de l’homme des Nations Unies, a assuré la déléguée.

Mme ENAAM AHMED ALI, (Pays-Bas) a rappelé que 80% des personnes déplacées par les catastrophes climatiques dans les économies en développement sont des femmes.  La détérioration du climat entraînera donc avec elle celle de la situation des femmes, s’est-elle inquiétée.  Elle a exhorté à soutenir le projet de résolution sur la violence contre les femmes et les filles prochainement coprésenté avec la France.  La représentante a aussi appelé à élaborer des politiques climatiques incluant les femmes et à veiller à ce que les économies développées indemnisent les économies en développement pour les dommages dus aux changements climatiques.  De même, il faut reconcevoir le développement pour que celui-ci ne porte pas uniquement sur la croissance du PIB et l’argent, mais tienne également compte de toutes les autres externalités.  Le système financier doit donc être ajusté en ce sens, a-t-elle recommandé.   

Mme NOEMÍ RUTH ESPINOZA MADRID (Honduras) a affirmé que « le visage du changement est celui d’une femme », son pays étant aujourd’hui présidé par une femme pour la première fois de son histoire.  Mme Xiomara Castro est la seule femme Présidente dans toute l’Amérique latine et ce n’est que la quatrième fois qu’une femme accède à la fonction suprême dans toute l’histoire de la région, s’est enorgueillie la représentante.  Elle s’est par ailleurs félicitée de la création d’un secrétariat doté d’un budget révisé à la hausse au sein du bureau des affaires des femmes, ajoutant que le plan de développement national 2023-2033 prévoit une participation accrue des femmes.

M. YOANGEL VALIDO MARTÍNEZ (Cuba) a condamné les sanctions unilatérales et contraires au droit international imposées par les États-Unis à son pays, qui affectent la vie de millions de femmes.  Rappelant que Cuba a été le premier pays à signer et ratifier la Convention pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes, il a fait valoir que les femmes cubaines bénéficient d’un salaire égal à celui des hommes, du droit à l’avortement et de l’accès universel et gratuit à l’éducation et à la santé.  Le délégué a d’autre part signalé que les femmes occupent 60% des postes dans la justice, 48% dans le secteur scientifique et que 53% des députés sont des femmes.  Il a également rappelé que la Constitution cubaine de 2019 réaffirme que les droits des femmes doivent être promus et protégés.  Le 25 septembre dernier, s’est-il encore félicité, 77% des électeurs ont voté en faveur de l’élargissement des droits des femmes et contre les violations qu’elles subissent dans les sphères publiques et privées. 

Mgr ROBERT DAVID MURPHY, du Saint-Siège, a encouragé la société à prendre l’engagement d’affirmer la dignité égale des femmes et des hommes.  Constatant que nombre de femmes passent sous silence leurs souffrances, il a estimé que ce n’est pas uniquement les femmes courageuses qui doivent se rebeller contre la violence: leurs amis et les hommes doivent aussi le faire, a-t-il professé.  À ce titre, il a jugé essentiel de préserver une unité familiale saine.  Selon lui, bien trop de femmes et de jeunes filles font les frais d’un type pervers de violence à l’extérieur de leurs foyers, notamment de la traite des êtres humains.  Celle-ci relègue les femmes et les jeunes filles de manière violente à leur rôle supposé de subordination pour fournir des services domestiques et sexuels, a-t-il dénoncé.  Pour finir, il a appelé à s’attaquer aux facteurs qui créent ce genre de risques, tels que la pauvreté, le manque d’éducation et l’instabilité familiale.

Mme CASSANDRA MORIN (Canada) a plaidé pour une coordination des efforts en faveur des femmes.  Elle a également souligné l’importance de donner voix au chapitre aux différentes organisations œuvrant pour la promotion des droits des femmes, notamment les organisations autochtones. 

Selon la représentante, les États Membres doivent continuer de consolider les progrès et éviter tout recul en matière des droits humains.  Il est ainsi nécessaire, à ses yeux, de protéger les normes en matière d’égalité femmes-hommes, notamment en ce qui concerne le droit à la santé sexuelle et reproductive, les mariages forcés et précoces, les violences sexuelles et sexistes et la protection des droits LGBTQ+.  Il importe aussi de protéger les femmes journalistes ainsi que les associations de défense des droits des femmes, a-t-elle ajouté, avant de condamner le « meurtre » en détention de la jeune Iranienne Mahsa Amini.  En conclusion, la déléguée a fait part de la détermination de son pays à travailler avec tous les États afin de promouvoir et appliquer les droits humains de toutes les femmes. 

Mme SARAH ZAHIRAH BINTI RUHAMA (Malaisie) a fait part des efforts consentis par son pays pour promouvoir les droits des femmes.  Les progrès, a-t-elle estimé, se reflètent notamment dans une meilleure représentation des femmes dans le monde politique, l’économie et la sphère sociale.  Parmi les mesures phares entreprises par son pays, elle a évoqué l’introduction par le Gouvernement malaisien d’une politique qui exige que 30% des femmes soient nommées à des postes de direction, un objectif d’ores et déjà atteint dans le secteur public.  La déléguée a par ailleurs indiqué que le Parlement malaisien a récemment adopté un projet de loi contre le harcèlement sexuel, qui vise, entre autres, à encourager une plus grande participation des femmes à la main-d’œuvre du pays.  En outre, a-t-elle poursuivi, le département du développement des femmes de Malaisie s’efforce de donner aux femmes les moyens de maximiser leur potentiel pour contribuer au processus de développement du pays ainsi que d’offrir une assistance aux femmes marginalisées par le biais de multiples plateformes économiques.  La Malaisie est convaincue, a conclu la déléguée, que « chaque petit pas que nous faisons aujourd’hui pour la promotion des femmes contribuera finalement à la réalisation de l’objectif plus vaste d’une société plus inclusive ».

Déplorant l’impact disproportionné de la COVID-19 et des changements climatiques sur les femmes, Mme NICHAMON MAY HSIEH (Thaïlande) a indiqué que les plans nationaux pour les droits de la personne ont identifié les femmes et les filles comme un groupe cible principal.  Elle s’est néanmoins félicitée du rôle clef joué par les Thaïlandaises lors de la pandémie et de leur contribution à la croissance économique de la Thaïlande.  À ce sujet, la représentante a relevé que les femmes représentent environ 45% des chefs d’entreprise du pays, soit l’un des taux les plus élevés de la région Asie-Pacifique.  Parmi les autres avancées en matière de droits des femmes, la déléguée a cité les progrès enregistrés dans l’éducation et la formation des femmes et des filles.  Elle a ajouté que le Ministère thaïlandais de l’économie et de la société numérique a organisé une « journée des filles dans les TIC », qui vise à inciter les femmes et les filles à s’approprier le numérique et à poursuivre des études dans les domaines scientifique et technique. 

M. TIGRAN GALSTYAN (Arménie) s’est félicité que 35% des députés du Parlement arménien soient des femmes, de même que 40% des employés dans le domaine des nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC), ce qui selon lui confirme que le fossé numérique hommes-femmes se réduit.  Il a ajouté que le nouveau plan d’action national 2022–2024 permet de promouvoir le rôle des femmes dans la prévention des conflits, donnant ainsi des responsabilités à celles qui sont les premières victimes.  Le représentant a par ailleurs appelé à garantir l’accès des agences des Nations Unies au Haut-Karabakh, condamnant l’« agression » de l’Azerbaïdjan, laquelle a récemment causé la mort de soldats arméniens, dont des femmes, et de 200 civils, tout en forçant 8 000 autres personnes à fuir.

L’examen de la situation économique et sociale du monde laisse encore transparaître une féminisation continue de la pauvreté, a relevé Mme AMINATA LY DIOP (Sénégal).  La déléguée a noté d’énormes disparités entre les hommes et les femmes, notamment dans le secteur de l’emploi et la participation dans la vie publique.  Malheureusement, a-t-elle déploré, cette pauvreté s’est encore accrue chez les populations féminines en milieu rural, qui constituent un quart de la population mondiale.  Elle a également attiré l’attention sur le sort des travailleuses migrantes, caractérisé par des violences « inacceptables ».  Nous lançons un appel pour une plus grande prise en compte de leur protection, indépendamment de leur statut migratoire, a-t-elle réclamé, rappelant le Pacte de Marrakech pour des migrations sûres, ordonnées et régulières.

Évoquant ensuite le plan « Sénégal émergent », la déléguée a fait état de la mise en place d’un important processus de consolidation et de promotion des droits des femmes et des filles en vue d’assurer leur autonomisation.  La stratégie nationale pour l’équité et l’égalité de genre 2016-2026 réaffirme l’engagement du Sénégal en faveur de l’égalité des sexes et de l’autonomisation des femmes, a-t-elle précisé, avant de revenir sur plusieurs avancées significatives, dont l’adoption d’une loi sur la parité dans les instances électives et semi-électives et d’une autre criminalisant les actes de viol et de pédophilie.  Malgré les nombreux efforts pour la promotion de la femme, les défis persistent et ont un rapport de plus en plus affirmé avec la pauvreté, les stéréotypes sexistes, les violences basées sur le genre et les pratiques traditionnelles néfastes, a-t-elle cependant nuancé.  La déléguée a donc appelé à une mobilisation de la communauté internationale et l’application d’une politique de tolérance zéro contre les dérives sexistes.

Mme VILAYLUCK SENEDUANGDETH (République démocratique populaire lao) a estimé que l’égalité femmes-hommes est un préalable à l’avènement d’une société prospère et paisible.  Les effets délétères de la pandémie de COVID-19, les changements climatiques, les conflits armés accompagnés de l’insécurité alimentaire ainsi que le ralentissement économique et social n’ont fait qu’exacerber les inégalités et priver de très nombreuses personnes de l’accès à des prestations de base, a-t-elle constaté.  Cette situation a fait plonger les femmes et les jeunes filles dans une situation de pauvreté accrue, a-t-elle encore déploré, avant de saluer le rôle crucial joué par ces dernières dans les efforts de relèvement.  La déléguée a cependant indiqué que son pays a besoin de la coopération internationale pour garantir l’égalité entre les sexes et l’autonomisation des femmes et des jeunes filles.

Mme THOA THI MINH LE (Viet Nam) a fait remarquer que, sous l’effet de l’instabilité, de la pandémie et des conflits armés, les droits des femmes enregistrent le même recul que le développement.  L’intégration des questions femmes-hommes et l’autonomisation des femmes doivent donc figurer au cœur des politiques pour que cette catégorie de population bénéficie des processus de développement, a préconisé la déléguée, appelant également à mettre en œuvre des actions concrètes pour éliminer toute forme de discrimination contre les femmes et les jeunes filles.  Ces dernières ont fait partie de la révolution industrielle et doivent aussi tirer le meilleur parti de la transition numérique, a-t-elle ajouté, avant de plaider pour un rôle accru des organisations régionales et des partenaires de développement dans la protection des femmes contre les violences et l’exclusion sociale. 

Exerçant son droit de réponse, Mme FATEMEH ARAB BAFRANI (République islamique d’Iran) a dénoncé les « fausses déclarations » énoncées par plusieurs délégations, notamment celles du Canada, de l’Union européenne et du Royaume-Uni.  Le décès de Mahsa Amini nous a profondément attristés et nous ne souhaitons pas voir ce genre de drame se reproduire, a déclaré la représentante, regrettant qu’ONU-Femmes se soit prêtée à un « jugement hatif » en parlant de « meurtre », alors même qu’une enquête sur les causes de la mort de la jeune femme est en cours et que les résultats seront publiés « de manière transparente ».  Certains États feraient mieux de « balayer devant leur porte », a martelé la déléguée, avant d’évoquer les violences sexistes dont les femmes font l’objet au Royaume-Uni et les « atrocités » commises par le Canada contre ses populations autochtones.  En conclusion, elle a invité tous les États Membres à adopter une approche impartiale et à éviter les « deux poids, deux mesures »

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