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Soixante-dix-septième session,
12e & 13e séances plénières – matin, après-midi & soir
AG/12451

Assemblée générale: face à la dégradation de la situation sécuritaire dans le monde et aux diverses crises, les dirigeants demandent une réponse collective

L’écho de la guerre a encore une fois résonné aujourd’hui dans la salle de l’Assemblée générale, au cinquième jour de son débat annuel, celui de la guerre en Ukraine, mais également des autres conflits aux effets non moins dévastateurs qui se poursuivent dans l’ombre de l’invasion russe, que ce soit au Mali, en Éthiopie ou en Azerbaïdjan.  Bon nombre de délégations ont réfléchi aux moyens de renforcer la solidarité mondiale pour gérer les crises et faire face aux menaces persistantes ou nouvelles qui pèsent sur la sécurité. 

Alors que le conflit en Ukraine continue d’interpeller la majorité des États Membres, le Ministre des affaires étrangères de la Fédération de Russie a estimé que « ce qui se décide aujourd’hui est l’avenir de l’ordre mondial ».  Pour M. Sergei Lavrov, la question est de savoir s’il s’agira d’un ordre avec au premier plan « une puissance qui force les autres pays à vivre selon ses fameuses règles qui ne profitent qu’à elle », ou bien plutôt d’un monde démocratique sans chantage ni intimidation.  La Russie a fermement choisi la deuxième option et, avec ses alliés, travaille à sa mise en œuvre, a-t-il fait savoir. 

Face à la guerre du « régime de Kiev » contre son propre peuple, nous n’avons eu d’autre choix que de reconnaître l’indépendance des républiques populaires de Donetsk et de Lougansk et de lancer une « opération militaire spéciale » pour protéger les Russes du Donbass et éliminer la menace de l’OTAN, a encore justifié M. Lavrov, avant de dénoncer « l’hystérie » de l’Occident à propos des référendums dans les régions occupées de l’Ukraine.  Comme le Bélarus, il a dénoncé les sanctions « unilatérales et illégales » imposées par les États-Unis et l’Union européenne, qui ont exacerbé la crise en déclarant une guerre économique contre la Russie. 

Dans une déclaration particulièrement virulente, Le Premier Ministre intérimaire du Mali, M. Abdoulaye Maïga, a fustigé à son tour les sanctions « illégitimes et inhumaines » imposées à son pays.  Il a voulu reconnaitre les limites d’une solution purement militaire aux crises interdépendantes du terrorisme, de la criminalité transnationale organisée et des conflits communautaires -manipulés selon lui par les terroristes et leurs parrains étatiques étrangers, dont les autorités françaises qu'il a qualifiées de « junte ».

« Il faut défendre la paix et condamner la guerre », a plaidé le Ministre des affaires étrangères de la Chine, en ajoutant que « ceux qui livrent des guerres par procuration en subiront les conséquences ».  M. Wang Yi a invité le monde à choisir la voie du développement et de l’ouverture économique, les confrontations et le protectionnisme ne pouvant selon lui que « revenir en boomerang ».  Cela ne l’a pas empêché de lancer comme un avertissement que « Taiwan fait partie du territoire chinois » depuis des temps immémoriaux.  Comme son homologue chinois, le Ministre des affaires extérieures de l’Inde, M. Subrahmanyam Jaishankar, a effleuré la situation en Ukraine assurant que son pays est « du côté de la paix » et de ceux qui respectent la Charte des Nations Unies et ses principes fondateurs. 

Le Vice-Premier Ministre et Ministre des affaires étrangères de l’Éthiopie, M. Demeke Mekonnen, a pour sa part évoqué les « défis qui ont mis à l’épreuve notre survie en tant que nation » à la suite d’attaques menées par un groupe « criminel » déterminé à détruire le pays.  Il a néanmoins appelé à soutenir les efforts de réconciliation, notamment le processus de paix initié par l’Union africaine.  M. Mekonnen s’est par ailleurs félicité de l’inauguration du Grand barrage de la Renaissance éthiopienne, « qui a commencé à éclairer nos maisons », tout en réaffirmant son engagement à coopérer avec les pays riverains. 

À ce propos, M. Sameh Hassan Shoukry Selim, Ministre des affaires étrangères de l’Égypte, a indiqué que malgré une décennie de négociations « futiles », son pays reste déterminé à faire preuve de retenue et à respecter le droit au développement du peuple éthiopien.  « Mais cela ne peut se faire au détriment du droit à la vie du peuple égyptien, qui est lié au Nil depuis l’aube de l’histoire », a-t-il prévenu. 

Dans le Caucase, marqué par la reprise des affrontements avec l’Arménie le 13 septembre dernier, le Ministre des affaires étrangères de l’Azerbaïdjan, M. Jeyhun Aziz Oglu Bayramov, a dit rester engagé à entamer un processus de normalisation avec son voisin.  « Notre région a connu suffisamment de confrontation, de destruction et de souffrance », a déclaré le Ministre, pour qui il est grand temps que les deux nations tournent la page sur cette période tragique de leur histoire. 

Prenant acte, dans un autre registre, de l’annonce de la « phase terminale » de la pandémie de COVID-19 par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le Premier Ministre de la Grenade, M. Dickon Mitchell, a demandé que la question des changements climatiques soit portée au même niveau d’urgence.  Pendant que les ouragans ne cessent de gagner en force, « nous observons et attendons, en retenant notre souffle et en priant en silence, dans l’espoir que cette année ce ne sera pas « notre tour », a témoigné M. Mitchell.  Comme ses voisins des Bahamas ou de Saint-Vincent-et-les Grenadines, il a par ailleurs appelé la communauté internationale à venir en aide à Haïti afin de combler le vide politique et son effet déstabilisateur sur la région des Caraïbes. 

À ce propos, le Ministre des affaires étrangères et des cultes d’Haïti, M. Jean Victor Geneus, a fait état d’une crise multidimensionnelle qui menace la démocratie et les fondements même de l’état de droit dans son pays, « une crise sociopolitique et économique à laquelle s’est greffée l’insécurité », du fait des proportions inquiétantes prises par les activités des gangs armés.  M. Geneus a reconnu que les initiatives visant à rétablir les institutions de son pays, notamment au moyen d’élections inclusives et d’une réforme constitutionnelle, ne pourront porter leurs fruits que si elles s’accompagnent d’un appui « robuste » de la communauté internationale. 

L’Assemblée générale poursuivra son débat général lundi 26 septembre, à 9 heures.

SUITE DU DÉBAT GÉNÉRAL

M. PHILIP EDWARD DAVIS, Premier Ministre et Ministre des finances des Bahamas, a rappelé les effets dévastateurs de l’ouragan de catégorie 5 qui a ravagé son pays en 2019.  Le réchauffement climatique promet des phénomènes de plus en plus fréquents, a mis en garde M. Davis.  « Nous sommes sur la ligne de front dans cette catastrophe. »  Cet ouragan a été suivi de la pandémie de COVID-19, et, étant donné l’importance du tourisme pour l’économie des Bahamas, cette crise sanitaire est rapidement devenue une crise économique et sociale.  Nous devons mieux nous préparer à affronter les prochaines épreuves, a-t-il plaidé, en ajoutant que nul ne peut faire cavalier seul.  Parmi les défis auxquels nous sommes confrontés, aucun ne requiert une action plus urgente que les changements climatiques.  Alors que les décideurs ont longtemps craint que l’action climatique ne s’opère aux dépends du développement économique, plusieurs comprennent aujourd’hui que l’inaction climatique est plus risquée encore.  « Ne le faites pas pour nous, faites-le pour vous-même », a insisté le Premier Ministre.  Des pays comme les Bahamas, qui croulent sous le poids de leur dette, ont besoin de ressources additionnelles pour financer la transition vers des sources d’énergie non polluantes.  Pour leur part, « les Bahamas jouent leur rôle », a-t-il assuré. 

Les services financiers constituent un volet crucial de notre économie, a poursuivi le Premier Ministre, en s’inquiétant des pressions inflationnistes dues à la guerre en Europe.  Les mesures « inéquitables et injustes » prises par les grands pays continuent de mettre à mal notre développement et celui des petits États insulaires en développement (PEID), a-t-il argué.  Hier encore, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a publié une déclaration incluant les Bahamas sur une liste noire, ce qui est « profondément injuste ».  « Comment se fait-il que les grands pays qui partagent des caractéristiques analogues ne figurent pas sur cette liste noire? » a demandé M. Davis, en faisant remarquer que les États visés sont tous d’anciennes colonies.  À ses yeux, ces décisions sont moins liées au respect des règles qu’à la discrimination.  « Les pays gouvernés par les Noirs sont aussi importants », a martelé le Premier Ministre.  Poursuivant, M. Davis s’est opposé à l’embargo contre Cuba et a appelé la communauté internationale à venir en aide à Haïti afin de combler le vide politique et son effet déstabilisateur sur la région. 

M. ABDOULAYE MAÏGA, Premier Ministre par intérim du Mali, a d’entrée exprimé son « profond désaccord » au Secrétaire général de l’ONU à la suite de sa « récente sortie médiatique », l’accusant de « prendre position » sur l’affaire des 46 « mercenaires » ivoiriens, « une affaire bilatérale et judiciaire », entre deux pays frères, qui « ne relève pas des attributions » de M. Guterres.  M. Maïga a demandé à ceux qui réfutent la version du Mali d’indiquer s’ils accepteraient que des militaires ayant dissimulé leurs identités débarquent avec des armes dans leur aéroport, sans que le pays de destination n’ait été au préalable informé, dans le dessein funeste de déstabiliser ce pays.

M. Maïga s’en est également pris à plusieurs dirigeants d’Afrique de l’Ouest.  Au Président en exercice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), M. Umaro Sissoco Embalo, il a signifié qu’il existe un « principe de subsidiarité » entre la CEDEAO et les Nations Unies et « non un principe de mimétisme ».  Le Premier Ministre du Mali a ajouté que le Secrétaire général des Nations Unies n’est pas un chef d’État, ni le Président en exercice de la CEDEAO un fonctionnaire, avant de recommander à ce dernier de ne pas banaliser la CEDEAO.  M. Maïga a également fait observer que le Gouvernement de la transition malien n’avait jusqu’à présent jamais réagi aux « propos injurieux » du Président du Niger, M. Mohamed Bazoum, du fait notamment que M. Bazoum « n’est pas un Nigérien ». 

M. Maïga a ensuite expliqué que, depuis le mois d’août 2020, le Mali se trouve dans un processus de transition, qui prendra fin le 26 mars 2024 par le transfert de pouvoir aux autorités élues.  D’ici à cette échéance, et conformément aux recommandations des assises nationales de la refondation, les autorités de la transition se sont engagées, dans deux chronogrammes convenus avec la CEDEAO, à faire des réformes politiques et institutionnelles, avant d’organiser des élections, dont l’objectif ultime est de refonder l’État malien, afin qu’il réponde aux aspirations profondes et légitimes de notre peuple à la paix. 

Peu de gens savent, a ajouté le Premier Ministre, que le Mali est le seul pays au monde dans lequel se superposent et se déroulent simultanément « quatre types d’insécurité: le terrorisme, les conflits communautaires manipulés par les terroristes et leurs parrains étatiques étrangers, la criminalité transnationale organisée et les actions violentes d’individus isolés ».  Saluant les Forces de défense et de sécurité du Mali, « déterminées à faire face à toutes les menaces, d’où qu’elles viennent », et affirmant que les groupes terroristes avaient été « sérieusement affaiblis », M. Maïga a toutefois reconnu que la solution uniquement militaire ou sécuritaire avait ses limites. 

C’est la raison pour laquelle, en appui à l’action militaire, le Gouvernement du Mali s’est doté d’une stratégie globale et intégrée, avec comme objectif la restauration de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national, a poursuivi le Premier Ministre.  M. Maïga a insisté sur la mise en œuvre parallèle, « diligente et intelligente » de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issue de l’Accord d’Alger, qui demeure une priorité stratégique des autorités de la transition. 

M. Maïga a assuré que le peuple malien restait reconnaissant des efforts et des sacrifices consentis par la MINUSMA.  Mais il a ajouté que, près de 10 ans après l’établissement de la Mission, les objectifs pour lesquels elle a été déployée au Mali « ne sont pas atteints ».  Il a donc réitéré la demande « maintes fois exprimée » de son gouvernement d’un « changement de paradigme » et d’une « adaptation de la MINUSMA à l’environnement dans lequel elle est déployée et d’une meilleure articulation de cette mission avec les autorités maliennes ». 

Le Premier Ministre a par ailleurs dénoncé « les influences extérieures négatives et les tentatives d’instrumentalisation de certaines entités légalement présentes au Mali, pour servir des agendas cachés ».  Le monde se souviendra « qu’après avoir été abandonné en plein vol », le 10 juin 2021, par la France qui a décidé unilatéralement de retirer la force Barkhane du Mali, son pays a été ensuite « poignardé dans le dos » par les autorités françaises, a déclaré M. Maïga.  Il a ensuite accusé « les autorités françaises, profondément anti-françaises pour avoir renié les valeurs morales universelles et trahi le lourd héritage humaniste des philosophes des lumière » de s’être « transformées en une junte au service de l’obscurantisme ».  Il a ainsi accusé la « junte française nostalgique de pratique néocoloniale, condescendante, paternaliste et revancharde, qui a commandité et prémédité des sanctions inédites, illégales, illégitimes et inhumaines de la CEDEAO et de l’UEMOA » contre son pays.

Accusant la France d’avoir violé l’espace aérien malien plus d’une cinquantaine de fois en apportant des « renseignements, des armes et munitions aux groupes terroristes », il a rappelé que, le 15 août dernier, le Mali avait officiellement demandé une réunion urgente du Conseil de sécurité sur cette question et a reproché à la France de faire obstacle à un tel débat destiné à « la manifestation de la vérité ».  Tout en assurant que les opérations militaires des Forces de défense et de sécurité du Mali étaient conduites « dans le strict respect des droits de l’homme et du droit international humanitaire », il a ajouté que le Mali « s’oppose avec véhémence à l’instrumentalisation de la question des droits de l’homme à des fins politiques, de positionnement, voire de chantage ou d’intimidation ».

Enfin, M. Maïga s’est voulu rassurant en réaffirmant que les autorités de la transition malienne n’avaient d’autres objectifs que de faire des réformes politiques et institutionnelles, avant d’organiser des élections, tout en luttant obstinément contre le terrorisme.  Ces réformes permettront, a-t-il conclu, d’améliorer la gouvernance et toutes les dispositions seront prises pour que la démocratie malienne soit la « plus enviée au monde ».

M. RALPH GONSALVES, Premier Ministre et Ministre de la sécurité nationale, des affaires juridiques et de l’information de Saint-Vincent-et-les Grenadines, a souligné la nécessité de s’unir pour sortir du tumulte dans lequel l’humanité a été plongée par la convergence des crises.  Il a confié croiser de plus en plus souvent « le visage tendu de l’homme ordinaire ».  Selon lui, l’époque souffre des conséquences d’un impérialisme toujours aussi ivre de la quête d’hégémonie.  Il nous faut redonner l’occasion d’espérer à l’humanité et faire naître un nouvel espoir, au-delà de la simple amélioration des conditions de vie actuelle, a jugé M. Gonsalves.  Les conflits et les souffrances du monde sont autant d’atteintes à notre assemblée, a-t-il poursuivi, s’inquiétant que la crise en Ukraine aboutisse à un « Armageddon nucléaire ».  Jusqu’à quand pourrons-nous supporter le sort punitif infligé aux peuples palestinien et cubain? a-t-il en outre demandé avant de déclarer que l’ONU ne pouvait plus rester les bras croisés dans le silence et l’inaction face au droit que revendique Taiwan à exister.  Pour en finir avec ces querelles du XXe siècle, il a demandé l’instauration d’un leadership mondial à l’unisson des aspirations des peuples du monde et basé sur le multilatéralisme, « seule voie à suivre pour que l’humanité avance et panse ses plaies ». 

Le Premier Ministre a souligné que les implications de la guerre en Ukraine ont été terribles pour les Caraïbes, l’explosion du prix des denrées et des carburants s’ajoutant aux ouragans et aux effets à long terme de la pandémie de COVID-19.  Il a toutefois dit sa confiance dans un multilatéralisme solidaire pour permettre aux petits États insulaires en développement (PEID) de se relever durablement de ces épreuves.  S’il a salué l’aide apportée par la Banque mondiale et les pays partenaires du développement aux membres de la Communauté des Caraïbes (CARICOM), il a souligné la nécessité que ce soutien épisodique se transforme en solidarité permanente et structurée.  « Ce monde où les éléphants du progrès écrasent les fourmis que nous sommes doit appartenir au passé », a-t-il encore déclaré.  Enfin, après avoir réaffirmé l’attachement de son pays à la réforme du Conseil de sécurité, il a estimé qu’un Haïti sûr et prospère profiterait à tous les États de la région et il a demandé la levée des sanctions économiques « injustifiées » contre le Venezuela. 

M. DICKON MITCHELL, Premier Ministre, Ministre des finances et Ministre de la sécurité nationale, de l’administration publique, des affaires intérieures, de l’information et des technologies de l’information et des communications, et de la gestion des catastrophes de la Grenade, a pris note de l’annonce de la « phase terminale » de la pandémie de COVID-19 par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), en espérant que le monde en tirera des leçons et que nous ne reviendrons pas à la normale.  Au milieu de cette catastrophe, notre communauté internationale s’est mobilisée et a démontré ce qu’il est possible de faire lorsque nous sommes déterminés à travailler ensemble vers un objectif commun, s’est-il félicité.  Il est maintenant « impératif » que la question des changements climatiques soit portée à ce niveau d’urgence, a fait valoir le Premier Ministre, en ajoutant que les effets dévastateurs du réchauffement climatique se font déjà sentir dans le monde entier.  Il a mis au défi les jeunes, qui représentent 50% de la population de son pays, d’être des vecteurs du changement plutôt que des « victimes » des changements climatiques.

Les petits États insulaires en développement (PEID), notamment ceux des Caraïbes, subissent déjà les effets négatifs des changements climatiques, alors que chaque saison des ouragans apporte des tempêtes plus nombreuses et plus puissantes.  « Nous observons et attendons, en retenant notre souffle et en priant en silence, dans l’espoir que cette année, ce ne sera pas "notre tour" », a témoigné M. Mitchell.  Il a demandé une augmentation urgente du financement climatique pour l’adaptation et la suppression des obstacles auxquels les pays en développement sont confrontés.  Les retombées économiques de la fermeture des frontières due à la pandémie et la stagnation du tourisme, moteur économique essentiel de la Grenade, ont exacerbé les niveaux déjà élevés de chômage et de pauvreté, a poursuivi le Premier Ministre.  Nous devons donc atténuer ces circonstances « désastreuses » en diversifiant notre économie et en développant une économie numérique robuste.  De même, le Gouvernement a adopté une série de mesures visant à assurer une éducation universelle gratuite jusqu’au niveau des collèges communautaires.  Selon le Premier Ministre, les critères de vulnérabilité des PEID en vigueur doivent être revus de toute urgence.  La conséquence du statut de revenu moyen supérieur accordé à la Grenade, sans tenir compte de ses vulnérabilités spécifiques, continue d’entraver sa capacité d’accéder aux financements concessionnels et aux subventions.  Il a donc appelé à l’élaboration d’un nouvel indice de vulnérabilité multiple.  Le Premier Ministre s’est par ailleurs dit confiant que la levée du blocus imposé par les États-Unis à Cuba facilitera les changements économiques et sociaux nécessaires dans ce pays.  Il a en outre plaidé pour l’adoption de mesures afin de parvenir à la stabilité politique en Haïti.  Enfin il a appuyé le processus judiciaire en cours à la Cour internationale de Justice (CIJ) visant à mettre un terme au différend frontalier entre le Venezuela et la Guyane. 

M. DIMITAR KOVACHEVSKI, Premier Ministre de la Macédoine du Nord, a insisté sur l’importance de l’unité, une leçon tirée des défis du XXIe siècle, notamment la pandémie et la guerre en Ukraine.  Il a expliqué que son pays avait appris cette leçon lorsqu’il a déclaré pacifiquement son indépendance en 1991, puis surmonté, en 2001, un conflit interethnique interne sur la voie du concept d’« une société pour tous », facteur important de stabilité dans les Balkans occidentaux.  Il s’est élevé contre la démonstration de force d’un pays géographiquement plus grand contre un pays plus petit, y voyant un précédent dangereux et inadmissible.  La Fédération de Russie doit mettre un terme immédiat à cette agression, a-t-il insisté. 

Préoccupé par l’incertitude de l’approvisionnement en nourriture et en énergie, il a appelé à s’appuyer sur les leçons tirées de la pandémie, c’est-à-dire la solidarité internationale, soulignant le rôle actif et important du Secrétaire général ainsi que de la Türkiye qui a servi de médiateur pour les exportations de blé d’Ukraine.  Il a mis en garde contre les nombreux conflits dans le monde relégués au second plan en raison la situation en Ukraine, notant en outre que le terrorisme et de nombreuses menaces hybrides, notamment les « fake news », constituent un défi pour l’ensemble du monde démocratique. 

Le Premier Ministre s’est également préoccupé de l’impact des changements climatiques, citant les récentes inondations catastrophiques au Pakistan, de même que de la perte de biodiversité, la pollution atmosphérique et le manque d’eau.  Tous ces problèmes exigent des actions concertées, a-t-il appuyé.  Il a aussi évoqué la question des millions de réfugiés en provenance d’Ukraine et pour lesquels la Macédoine du Nord a ouvert ses portes.

Poursuivant, M. Kovachevski a fait savoir que le 1er janvier 2023, la Macédoine du Nord assumera la présidence de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).  Il a également indiqué que sur le plan interne, son gouvernement travaille à faire de la Macédoine du Nord une société civique et démocratique.  Conscient de l’importance de la compréhension, du respect et du soutien mutuels, son pays a créé, en collaboration avec l’Albanie et la Serbie, l’initiative « Open Balkan ».  Aujourd’hui, cette initiative est devenue un exemple réussi d’interconnectivité régionale, s’est-il félicité.  Guidés par ces politiques de construction de ponts, la Macédoine du Nord a d’ailleurs réussi à atteindre l’objectif stratégique de devenir membre à part entière de l’ Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et a entamé les négociations d’adhésion avec l’Union européenne. 

M. MOEKETSI MAJORO, Premier Ministre du Lesotho, a déclaré que la pandémie de COVID-19 avait changé la nature de l’engagement multilatéral, de la diplomatie, du fonctionnement du monde des affaires et jusqu’aux interactions entre êtres humains les plus fondamentales.  La pandémie a non seulement accéléré le rythme et l’ampleur de la révolution numérique, mais a également creusé en ce sens l’écart entre les « nantis » et les « démunis ».  Elle a en outre exposé aux yeux du monde nos vulnérabilités en tant que pays faisant partie des États d’Afrique enclavés les moins avancés, a ajouté M. Majoro. 

Constatant que l’environnement mondial est actuellement moins favorable à la reprise de la réalisation des objectifs de développement durable, le Premier Ministre du Lesotho a appelé les États Membres à travailler à celle-ci « dans un véritable esprit de partenariat », faute de quoi la « décennie d’action s’achèvera en une décennie de déception ».  Faisant siens certains des propos tenus par le Secrétaire général à l’ouverture du débat général de cette soixante-dix-septièmesession de l’Assemblée générale, M. Majoro a invité les pays à réaffirmer et démontrer leur détermination à travailler ensemble pour le bien des peuples et à respecter de nouveau le principe cardinal du multilatéralisme.  Le rôle moteur de l’ONU en la matière est de plus en plus important, a-t-il encore dit, jugeant impératif « que nous unissions nos volontés et que nous mettions en commun nos efforts pour le bien-être de l’humanité ». 

Concernant les changements climatiques, et dans la perspective de la COP27 de novembre prochain, « qui se tiendra sur le sol africain », M. Majoro a fait appel à la communauté internationale et aux partenaires du développement en Afrique pour qu’ils simplifient les modalités d’accès aux financements pour l’adaptation et les dédommagements.  Par ailleurs, il a demandé aux États-Unis et à la Chine d’apaiser leurs tensions commerciales et politiques et de réaffirmer leur attachement aux principes fondateurs de l’ONU: l’unité pour résoudre pacifiquement les différends et l’équité pour permettre l’avancement économique et social de tous les peuples du monde. 

En outre, le Lesotho fait de la réforme de la composition et du fonctionnement du Conseil de sécurité, la condition pour que les Nations Unies puissent mettre fin aux conflits, y compris la crise en Ukraine.  Des Nations Unies réformées, transparentes et plus démocratiques, dans lesquelles l’Afrique est représentée sur le modèle du consensus d’Ezulwini porté par l’Union africaine, sont nécessaires pour préserver la paix et la sécurité internationales et pour faire face aux défis du développement, a souligné M. Majoro.  Comme nombre de dirigeants africain avant lui, le Premier Ministre du Lesotho a appelé à la levée des sanctions économiques et politiques contre le Zimbabwe.  Il a en outre préconisé une intensification des efforts diplomatiques nécessaires au règlement des questions du Sahara occidental et de Palestine. 

M. ADRIANO AFONSO MALEIANE, Premier Ministre du Mozambique, a remercié les États Membres des Nations Unies pour l’élection de son pays au Conseil de sécurité à compter de 2023.  Comme le suggère le thème de la présente session l’Assemblée générale, le monde traverse une période difficile marquée notamment par la pandémie de COVID-19, les changements climatiques, les crises humanitaires et une économie mondiale en déroute, a-t-il rappelé.  L’émergence de nouvelles sources de tensions et de conflits interétatiques, qui s’ajoutent aux fléaux du terrorisme et du crime organisé international, affecte négativement le développement et aggrave la crise alimentaire, énergétique et humanitaire.  Pour y remédier, M. Maleiane a plaidé pour un dialogue constructif et des actions multilatérales concertées, seules voies possibles, à son avis, pour préserver la paix et assurer un développement durable.

Pour le Mozambique, les objectifs de développement durable doivent guider la recherche de solutions collectives aux défis qui caractérisent cette ère de changements.  Ces objectifs, intégrés au programme national de gouvernance, ont permis d’obtenir des résultats significatifs dans la lutte contre la pauvreté, notamment en ce qui concerne la productivité agricole, l’alimentation en eau potable en milieu rural, l’accès à l’électricité et à l’éducation, y compris pour les filles, de même que les soins de santé et la vaccination des enfants, a affirmé le Premier Ministre.  Nous devons toutefois repenser le modèle de financement institutionnel multilatéral afin de mobiliser pleinement nos ressources et atteindre nos objectifs de développement, a nuancé M. Maleiane. 

L’impact des changements climatiques place le Mozambique « sous surveillance permanente », s’est inquiété le Premier Ministre en notant la multiplication des phénomènes climatiques qui affectent son pays.  Le Gouvernement, en coordination avec les pays de la région et les partenaires de la coopération, a ainsi participé à la mise en place du Centre des opérations humanitaires et d’urgence de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), qui vise à fournir des outils permettant de répondre et d’atténuer l’impact des changements nécessitant une intervention rapide et coordonnée. 

S’agissant de la consolidation de la paix nationale, le Premier Ministre a estimé que le Mozambique avait fait des progrès remarquables dans le processus de désarmement, démobilisation et réintégration des anciens combattants de la RENAMO (Résistance nationale mozambicaine), conformément à l’accord national de paix et de réconciliation signé le 6 août 2019.  Afin de prévenir et de combattre le terrorisme dans certains districts de la province de Cabo Delgado, le Gouvernement a en outre adopté une approche globale fondée sur le renforcement des capacités opérationnelles des forces de défense et de sécurité, avec la collaboration de la SADC, de l’Union européenne et du Rwanda, et le développement socioéconomique afin de réduire la vulnérabilité des communautés à l’extrémisme violent.  Selon lui, cette approche innovante se veut un modèle d’action régionale concertée pour faire face à la menace mondiale du terrorisme. 

M. EDI RAMA, Premier Ministre de l’Albanie, a décrit l’agression de la Russie contre l’Ukraine comme une bataille ouverte entre une tyrannie cynique vieillissante et une jeune démocratie en pleine expansion.  Cela est « inacceptable », a ajouté M. Rama, qui a affirmé que son pays continuerait à être pleinement solidaire de l’Ukraine et de son peuple.  Tout comme une quarantaine d’autres pays, nous les aiderons, par tous les moyens possibles, à se défendre, a-t-il ajouté.

L’Albanie appelle et soutient les travaux en vue de l’adoption d’une convention sur la prévention et la répression des crimes contre l’humanité.  Ce nouvel instrument comblerait une lacune importante dans le cadre international actuel et faciliterait la coopération internationale pour protéger les civils, a estimé M. Rama. 

Le Premier Ministre a énuméré les nombreux défis sérieux qui doivent être relevés de manière adéquate et immédiate, citant en particulier la menace du terrorisme.  À l’heure où une multitude de crises ont mis le monde en émoi, y compris par des menaces nucléaires inacceptables, l’Albanie a été la cible, en juillet dernier, d’une cyberattaque à grande échelle non provoquée, « une agression d’État », orchestrée et exécutée par la République islamique d’Iran, a poursuivi M. Rama.  C’est pourquoi le Gouvernement albanais n’a eu d’autre choix que de rompre ses relations diplomatiques avec l’Iran, espérant que cette mesure extrême forcée constituerait un exemple et un moyen de dissuasion pour quiconque soutient ou parraine des actions aussi abominables contre des États souverains.  À cet égard, le Premier Ministre a exhorté les Nations Unies, notamment le Conseil de sécurité, à s’attaquer plus sérieusement et concrètement à la cybersécurité en investissant dans la prévention et en aidant les États Membres à renforcer leur résilience.

M. Rama a défendu les idéaux de justice, appelant le Conseil de l’Europe à honorer la vérité en acceptant la demande de l’Albanie de produire un rapport de suivi et de restaurer la crédibilité sur le cas de l’ancien Président du Kosovo, Hashim Thaçi, arrêté sans aucune preuve, ni au Kosovo ou ailleurs, pour un présumé trafic d’organes.

Enfin, le Premier Ministre a souhaité partager le lancement, avec la Macédoine du Nord et la Serbie, de l’initiative « Open Balkans », une plateforme ouverte à tous les pays des Balkans, du Monténégro au Kosovo, de la Bosnie-Herzégovine à la Turquie, à la Grèce et au-delà, un investissement pour tous, dans le cadre d’un projet européen commun plus vaste.  Le meilleur message de l’initiative « Open Balkans », a conclu le Premier Ministre albanais, est qu’il n’est pas nécessaire d’être d’accord sur tout, mais qu’en construisant une voie commune vers l’avenir, on peut aussi gérer les désaccords.

Le cardinal PIETRO PAROLIN, Secrétaire d’État du Saint-Siège, a rappelé l’attachement de ce dernier au multilatéralisme et au rôle irremplaçable de l’Organisation des Nations Unies dans ce domaine.  C’est dans cet esprit que le pape François plaide pour son renouvellement, a-t-il ajouté, rappelant que les droits fondamentaux de l’homme reconnus dans la Déclaration universelle des droits de l’homme sont fermement ancrés dans des valeurs universelles pour que le droit à la vie, à la liberté de pensée, la liberté de conscience, de religion, d’opinion et d’expression, soit protégé, « comme l’institution familiale ». 

Le Secrétaire d’État a jugé impératif de parvenir à un large consensus de fond au sein de l’Organisation si elle veut rétablir sa crédibilité en tant que famille de nations.  Il a salué à ce propos les effets de la réforme en cours de l’ONU, en particulier la résolution de l’Assemblée générale visant à organiser une séance d’explication à chaque fois qu’un membre permanent du Conseil de sécurité utilise son droit de veto. 

Le Secrétaire d’État a par ailleurs jugé obscènes les niveaux atteints par les dépenses militaires, une hausse absurde qui a selon lui pour effet direct d’accroître l’insécurité alimentaire, de restreindre l’accès aux soins de santé et de priver d’éducation des générations entières.  Dans le contexte actuel particulièrement sombre, marqué par la crise ukrainienne et ses conséquences sur le bien-être des peuples du monde et par la persistance du péril climatique et de la crise migratoire, il a exhorté les États à ne pas relâcher leurs efforts pour permettre aux personnes de vivre dans la paix, la sécurité et la dignité dans leur pays d’origine.  Il a par ailleurs attiré l’attention sur l’importance d’encadrer juridiquement le développement et l’utilisation des technologies de l’information et des communications, dont l’impact peut être dramatique en matière de maltraitance des enfants. 

M. WANG YI, Conseiller d’État et Ministre des affaires étrangères de la Chine, a indiqué que le monde, malgré les remous qu’il connaît, avance sur la voie du développement, de la multipolarité et de la paix.  « Il faut défendre la paix et condamner la guerre. »  Comme le dit le Président Xi, la paix, comme le soleil et l’air, se remarque peu de celui qui en jouit, a continué le Ministre, avant d’indiquer que « ceux qui livrent des guerres par procuration en subiront les conséquences ».  Il a appelé au règlement des différends par le dialogue et invité le monde à choisir la voie du développement et de l’ouverture économique, « le protectionnisme ne pouvant que revenir en boomerang ».  Le Ministre a comparé les pays aux passagers d’un même navire, qui se doivent de « ramer ensemble ».  Il a encore défendu l’équité internationale, en dénonçant ces pays qui veulent « impressionner par la force » et réduire les autres au silence, alors que les règles du jeu doivent être écrites par tous les pays.  La Chine propose un modèle de paix et de développement gagnant-gagnant.  Le Ministre a rappelé que la Chine, des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, est le plus important contributeur de troupes aux missions onusiennes.  « La Chine est aussi le seul de ces cinq pays à s’être engagé à ne pas utiliser l’arme nucléaire en premier. »  Il a indiqué que la Chine défend un ordre international basé sur des règles, en rappelant les quelque 27 000 accords bilatéraux qu’elle a signés.  Le Ministre s’est opposé à toute politisation des droits de la personne et a rappelé que « les pays en développement ne sont plus une majorité silencieuse mais les piliers du développement mondial ».  Il a détaillé la réponse de la Chine face à la pandémie de COVID-19, avec notamment le don de 2,5 milliards de doses de vaccin à plus de 120 pays et organisations internationales.  La Chine est attachée à un mode de développement respectueux de l’environnement, a-t-il assuré.

Le Ministre a appelé au respect des points de vue des pays et dénoncé toute ingérence dans leurs affaires intérieures.  Il a demandé le règlement de la crise en Ukraine, que soient facilités les échanges et prises en compte les préoccupations sécuritaires de toutes les parties.  Celles-ci doivent faire en sorte que la crise ne « déborde » pas, a-t-il insisté, en souhaitant la préservation des intérêts des pays en développement.  Il a qualifié d’inacceptable la pratique des sanctions et déclaré que la Chine est aux côtés de tous les pays qui veulent préserver leur souveraineté. 

« Taiwan fait partie du territoire chinois » depuis des temps immémoriaux, a martelé le Ministre, en soulignant la constance des efforts de réunification de la Chine.  Il a demandé que « tous les territoires volés par le Japon à la Chine » lui soient retournés.  C’est un élément important d’un ordre international basé sur des règles, a tranché le Ministre.  Il a rappelé que l’Assemblée générale a définitivement réglé la question de la représentation de la Chine à l’ONU.  « Il n’y a pas deux Chines ou une Chine et Taiwan, il n’y a qu’une seule Chine unie. »  Le Ministre a précisé que 180 pays ont reconnu le fait qu’il n’y a qu’une seule Chine et que Taiwan en fait partie.  Fustigeant toute ingérence dans le détroit de Taiwan, il a précisé que son pays œuvre à une réunification pacifique et sincère.  La Chine est déterminée à combattre toute activité séparatiste et à lutter contre les ingérences, afin de jeter les bases de la réunification et d’une paix durable dans le détroit de Taiwan, a-t-il assuré.  « Toute ingérence sera écrasée par les roues de l’histoire », a averti le Ministre.  En conclusion, le Ministre a fait valoir que la Chine a fait le choix du développement plutôt que du pillage et de la colonisation, de l’harmonie avec la nature plutôt que de son exploitation destructrice.  Ce nouveau paradigme, avec à sa tête le Parti communiste chinois, ouvre des perspectives radieuses, a-t-il conclu.

M. PHAM BINH MINH, Vice-Premier Ministre du Viet Nam, a constaté que l’éclatement des conflits armés et la montée des tensions, en particulier entre grandes puissances, ont rendu le climat sécuritaire international plus volatile qu’à n’importe quel moment depuis la guerre froide.  De même, la crise climatique et d’autres risques de sécurité non traditionnels menacent notre existence même, et à moins d’une décennie de l’échéance, les objectifs de développement durable sont encore loin du compte.  Il a relevé que face à ces crises multiples, les pays en développement et vulnérables, qui manquent de capacité, de ressources et de résilience pour faire face aux chocs extérieurs, sont les plus durement touchés.  Pour inverser ce cours, nous devons fondamentalement changer nos manières de penser et de faire les choses, a-t-il prescrit.  Il a donc appelé à repenser une approche globale pour résoudre les problèmes mondiaux, renforcer la résilience et placer les personnes au cœur de tous les efforts de développement.  De même, la clef d’une telle approche est la solidarité internationale et des partenariats à tous les niveaux.  Cette solidarité internationale, a-t-il rappelé, a été cruciale pour le succès de la libération nationale du Viet Nam et sa réunification.  Désormais, le pays est en voie de parvenir au stade de revenu élevé d’ici à 2045. 

Pour le Vice-Premier Ministre, une approche de confrontation et de jeu à somme nulle doit être éliminée.  L’imposition, l’intervention et les actes unilatéraux n’ont pas leur place dans la bonne conduite des affaires internationales, a-t-il argué, appelant les grandes puissances à travailler pour le bien commun, ainsi qu’au renforcement du multilatéralisme et de la coopération internationale.  De même, les grands agendas onusiens et internationaux, notamment celui du Programme 2030 et les actions climatiques ne doivent pas être suspendus en raison de désaccords entre pays. 

Le Vice-Premier Ministre a ensuite affirmé que nous avons besoin d’institutions multilatérales fortes et efficaces, avec l’ONU au centre, pour mieux relever les défis mondiaux.  Il a fait observer que les organisations régionales peuvent jouer un rôle de premier plan dans le renforcement de la coopération multilatérale, évoquant notamment l’action de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN).  Le Vice-Premier Ministre a ensuite appelé au maintien de la paix, la stabilité, la sûreté et la sécurité maritimes en mer de Chine méridionale, insistant sur l’importance de résoudre les différends par des moyens pacifiques, dans le plein respect de la légalité et des processus diplomatiques.  Il a par ailleurs fait savoir que le Viet Nam aspire à un siège au Conseil des droits de l’homme pour la période 2023-2025, et a dit espérer pouvoir compter sur le soutien des États. 

M. SALEUMXAY KOMMASITH, Vice-Premier Ministre et Ministre des affaires étrangères de la République démocratique populaire lao, a constaté que le monde est aujourd’hui confronté à des défis multiformes allant des conflits armés aux crises environnementales et au ralentissement économique.  Dans ce contexte, encore aggravé par la pandémie de COVID-19, la communauté internationale se doit de trouver des solutions, non seulement transformatrices, mais également pratiques, orientées vers l’action, durables et adaptées aux besoins les plus besoins urgents, a plaidé le dirigeant, ajoutant que cela ne peut se faire qu’en défendant les principes de la Charte des Nations Unies et en préservant le multilatéralisme.  Rappelant à cet égard que l’ONU a été fondée pour empêcher une autre guerre mondiale, il a appelé de ses vœux une réforme de l’Organisation pour rendre celle-ci plus efficace dans la résolution des problèmes mondiaux.  Dans ce cadre, les sanctions et les mesures unilatérales sont selon lui à proscrire car elles contreviennent aux principes de la Charte et du droit international, et entravent le développement national des pays ciblés. 

Au sein de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), a poursuivi M. Kommasith, la République démocratique populaire lao s’emploie avec beaucoup de responsabilité à promouvoir la paix et la stabilité.  Saluant à ce propos le rôle joué par l’ASEAN dans la création d’un environnement propice à un retour à la normale au Myanmar, il a souhaité que les échanges se poursuivent avec ce pays afin de garantir la livraison de l’aide humanitaire et d’assurer la mise en œuvre du plan de consensus en cinq points élaboré par l’organisation régionale. 

Le Vice-Premier Ministre a par ailleurs évoqué les efforts consentis par son pays pour avancer sur la voie des objectifs de développement durable, au travers de ses plans nationaux de développement socioéconomique et de sa stratégie de croissance verte.  Il a cependant reconnu que les progrès réalisés avant 2019 ont été sapés par les effets de la pandémie, lesquels ont affecté les moyens de subsistance de la population.  Le pays est en outre confronté à des événements météorologiques extrêmes dus aux changements climatiques, notamment à des inondations importantes, a-t-il relevé, jugeant urgent que des pays en développement comme le sien puissent disposer de ressources financières et d’un soutien technique pour atteindre les engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris.  Il a donc appelé à une volonté politique renouvelée, couplée à des actions concrètes, lors de la COP27.  Enfin, il a réitéré son attachement aux programmes de développement convenus au niveau international pour les pays les moins avancés et les pays en développement sans littoral.

M. DON PRAMUDWINAI, Vice-Premier Ministre et Ministre des affaires étrangères de la Thaïlande, a constaté que le monde se trouve à un tournant décisif et appelé à travailler ensemble dans des conditions de respect mutuel.  Il s’est inquiété du recul du développement dans le monde, en partie à cause de l’impact de la COVID-19, mais aussi à cause des tensions politiques et des crises énergétique, financière et alimentaire qui frappent de plein fouet les petits États insulaires en développement (PEID), les pays sans littoral et les groupes vulnérables.  La crise alimentaire nous concerne tous, a-t-il souligné, estimant urgent de renforcer l’action multilatérale et appelant les institutions financières internationales et les agences spécialisées à assurer la coordination face à ces crises.  Il est vital que les chaînes d’approvisionnement restent ouvertes pour rendre le système alimentaire mondial plus résilient et garantir l’accès à une alimentation saine à des prix abordables, a-t-il insisté, avant de saluer l’Initiative céréalière de la mer Noire. 

De même, l’accès aux soins de santé de base, aux vaccins et aux médicaments doivent être garantis, a exigé M. Pramudwinai, qui a encouragé l’émergence d’un système de protection sociale inclusif et accessible à tous.  Il s’est aussi prononcé en faveur d’un instrument juridiquement contraignant sur la prévention, la préparation et l’intervention en cas de pandémie.  Estimant que grâce à une meilleure santé et une meilleure alimentation, le monde sera en mesure de reprendre la voie des objectifs de développement durable (ODD), il a appelé à user de tous les moyens pour les promouvoir et les réaliser, y compris la science, la technologie, l’innovation, la coopération Nord-Sud et la coopération Sud-Sud.  Il a aussi souligné que la recherche de sources de financement innovantes sera essentielle pour faire des ODD une réalité.

Pour sa part, a poursuivi le Vice-Premier Ministre, la Thaïlande a adopté un modèle économique novateur qui repose sur la science, la technologie et l’innovation et encourage l’optimisation des ressources pour mettre en place des politiques respectueuses de l’environnement et solides sur le plan économique.  Il a encouragé l’élaboration d’un cadre sur la protection de la biodiversité et sur la gestion des déchets plastiques, avant de rappeler que son pays s’est engagé à parvenir à la neutralité carbone d’ici à 2050.  Il ne s’agit pas d’une promesse creuse, a-t-il assuré, avant de demander à tous les pays d’honorer leurs promesses en termes de financement de l’action climatique et d’aide financière et technique aux pays qui en ont besoin.  Le Vice-Premier Ministre a ensuite salué le rôle constructif que joue l’ASEAN au Myanmar et a défendu l’idée qu’une coopération régionale étroite peut compléter les efforts multilatéraux.  Il a également annoncé qu’à partir de novembre, la Thaïlande accueillera de nouveau des visiteurs.

M. DEMEKE MEKONNEN HASSEN, Vice-Premier Ministre et Ministre des affaires étrangères de l’Éthiopie, a évoqué les conséquences des changements climatiques dans la Corne de l’Afrique, avec des épisodes de sécheresse record dans certains endroits et des inondations extrêmes dans d’autres.  Nous devons réaliser nos engagements en matière de financement climatique pour renforcer la résilience et atténuer les impacts, a-t-il déclaré.  Il a indiqué que l’Afrique n’est pas responsable d’émissions qui ont causé la crise climatique.  Pourtant, c’est elle qui apporte la contribution la plus tangible pour atténuer ses effets.  Il a cité le programme de reboisement « Ethiopian Green Legacy Initiative » et assuré que son pays est également sur la voie de l’énergie durable et de la transformation vers une croissance verte. 

Le Vice-Premier Ministre a déploré le fait que le monde n’ait pas encore atteint la véritable universalité dans les organes de l’ONU.  L’Afrique n’a pas de siège permanent au Conseil de sécurité et la quête de solutions africaines aux problèmes africains n’a pas encore reçu le respect et le soutien attendus.  Il a ensuite évoqué le développement socioéconomique et la démocratisation de l’Éthiopie au cours des dernières années.  Des années également marquées par des défis qui ont mis à l’épreuve notre survie en tant que nation, a-t-il relevé.  Il a en effet rappelé qu’en novembre 2020, une attaque « odieuse » a été menée contre les forces de défense nationale éthiopiennes qui protégeaient non seulement la paix et la stabilité de l’Éthiopie, mais aussi aidaient à maintenir la paix dans d’autres pays au nom de l’ONU et de l’Union africaine (UA).  « Et le groupe criminel qui en est à l’origine reste déterminé à détruire le fondement sociétal du pays, de connivence avec des acteurs extérieurs opposés à nos aspirations de développement », a-t-il dénoncé.  Nous appelons à soutenir notre agenda pour la paix, la réconciliation et la reconstruction, a plaidé M. Hassen.  Nous demandons également le soutien au processus de paix dirigé par l’UA, a—t-il insisté.  « Toute autre approche, y compris la politisation des droits de l’homme et les mesures coercitives unilatérales ne donneront aucun résultat positif », a-t-il prédit.

Le Vice-Premier Ministre a indiqué que l’année écoulée a également été une étape importante pour l’Éthiopie et l’ensemble du bassin du Nil.  En effet, le Grand Barrage de la Renaissance éthiopienne a commencé à éclairer nos maisons et réaliser notre aspiration intergénérationnelle, a-t-il relevé.  Il a réitéré l’engagement de l’Éthiopie à l’équité et la coopération dans l’utilisation des fleuves transfrontaliers, ainsi qu’une prospérité partagée avec tous les pays riverains.  Il a promis que son pays va poursuivre de bonne foi la négociation trilatérale sous les auspices de l’UA pour parvenir à un accord mutuellement acceptable.  Selon M. Hassen, la population jeune de l’Afrique et ses vastes ressources naturelles devraient être une source de croissance et de meilleurs emplois.  L’Afrique peut être la vitrine du développement vert et durable, a-t-il confié.  Mais pour y parvenir, il a insisté sur la nécessité d’une réforme de l’architecture financière mondiale qui tienne compte des besoins et du potentiel des pays les moins avancés.  En outre, les efforts de l’Afrique pour tracer son destin ne doivent pas être compliqués par la concurrence entre grandes puissances, a-t-il conclu.

M. SERGEY V. LAVROV, Ministre des affaires étrangères de la Fédération de Russie, a fait état de crises qui s’intensifient et d’une situation sécuritaire internationale qui se détériore rapidement.  Au lieu d’un dialogue honnête et de la recherche d’un compromis, nous sommes confrontés « à la désinformation, à des mises en scène grossières et à des provocations ».  À son avis, les pays occidentaux sapent la confiance dans les institutions internationales et dans le droit international censés protéger les plus faibles contre l’arbitraire, notamment au sein des Nations Unies.  « Ce qui se décide aujourd’hui est l’avenir de l’ordre mondial », a observé M. Lavrov.  Pour lui, la question est de savoir s’il s’agira d’un ordre avec au premier plan une puissance qui force les autres pays à vivre selon ses fameuses règles qui ne profitent qu’à elle, ou bien s’il s’agira plutôt d’un monde démocratique sans chantage ni intimidation des « indésirables ».  La Russie a fermement choisi la deuxième option et, avec ses alliés, travaille à sa mise en œuvre, a-t-il lancé. 

Selon le Ministre, le modèle unipolaire de développement mondial, qui servait les intérêts de l’Occident au moyen des ressources de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique latine, appartient au passé.  Il a été remplacé par des États souverains qui défendent leurs intérêts dans le cadre d’une architecture multipolaire équitable, processus perçu par « les États-Unis et les élites dirigeantes entièrement soumises aux pays occidentaux » comme une menace à leur domination.  Il a fustigé les guerres d’agression des « maîtres du monde autoproclamés » en Yougoslavie, en Iraq et en Libye, qui ont fait des milliers victimes.  « Quels sont les résultats de ces aventures? » a grondé M. Lavrov.  « L’ordre fondé sur des règles de l’Occident » impose partout des lignes de démarcation et la confrontation de blocs.  « La doctrine Monroe prend une dimension mondiale », a encore dit le Ministre.  De même, les sanctions unilatérales et illégales, adoptées depuis des années en violation de la Charte des Nations Unies et déployées comme un instrument de chantage politique, constituent un outil de contrainte de la dissidence, a-t-il dénoncé, citant l’exemple de l’embargo contre Cuba. 

Washington et Bruxelles ont exacerbé la crise actuelle en déclarant une guerre économique contre la Russie, a poursuivi M. Lavrov.  Il en résulte une hausse des prix mondiaux des denrées alimentaires, des engrais, du pétrole et du gaz.  Malgré l’Initiative céréalière de la mer Noire, les navires transportant des céréales ukrainiennes se rendent pour la plupart « loin des pays les plus pauvres », et les obstacles financiers et logistiques créés par les États-Unis et l’Union européenne continuent d’entraver les exportations de céréales et d’engrais russes, a assuré le Ministre.  Pendant ce temps, la « russophobie officielle » a pris une ampleur grotesque et sans précédent en Occident, lequel déclare ouvertement son intention non seulement d’infliger une défaite militaire à la Russie, mais aussi de la détruire. 

S’agissant de l’Ukraine, M. Lavrov a vanté le rôle de son pays dans l’arrêt des hostilités déclenchées par les « néonazis de Kiev » dans l’est de l’Ukraine, et pour exiger la mise en œuvre des accords de Minsk, approuvés à l’unanimité par le Conseil de sécurité en 2015, mais « enterrés par Kiev avec la complicité directe des États-Unis et de l’Union européenne ».  Face à la guerre du « régime de Kiev » contre son propre peuple, nous n’avons eu d’autre choix que de reconnaître l’indépendance des Républiques populaires de Donetsk et de Lougansk et de lancer une « opération militaire spéciale » pour protéger les Russes du Donbass et éliminer la menace de l’OTAN, a-t-il justifié.  M. Lavrov a dénoncé « l’hystérie » de l’Occident à propos des référendums dans les régions occupées de l’Ukraine, et blâmé la position imposée par les États-Unis au Secrétariat de l’ONU, au Conseil des droits de l’homme, à l’UNESCO et à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui a été « privatisée ».  De même, le Ministre a fustigé les violations par les États-Unis de leurs obligations en vertu de l’accord de siège de l’ONU, estimant que le Secrétaire général a également des responsabilités à cet égard. 

M. SIRODJIDDIN MUHRIDDIN, Ministre des affaires étrangères du Tadjikistan, a déploré la progression du terrorisme et de la criminalité organisée au niveau mondial, appelant les États Membres à participer à une conférence sur la sécurité des frontières organisée à Douchanbé les 18 et 19 octobre prochains.  Il s’est inquiété que les changements climatiques ne viennent ralentir, voire inverser, les progrès réalisés pour atteindre les objectifs de développement durable, attirant l’attention sur les problèmes liés à l’eau.  Il a d’ailleurs rappelé que son pays organisera avec les Pays-Bas, du 22 au 24 mars 2023, la deuxième Conférence des Nations Unies sur l’eau.  Il a ajouté que le Tadjikistan avait proposé de faire de l’année 2025 une année internationale pour la préservation des glaciers, annonçant ensuite que le Tadjikistan allait pour la première fois briguer un siège de membre non permanent au Conseil de sécurité pour la période 2028-2029. 

Préoccupé par le sort du peuple afghan qui se trouve aujourd’hui au bord de l’effondrement humanitaire et économique, M. Muhriddin a fait savoir que son pays avait ouvert son territoire, ses infrastructures et ses moyens de communication pour l’acheminement direct de l’aide humanitaire aux Afghans et continué à fournir l’électricité indispensable aux populations malgré l’arrivée des Taliban au pouvoir.  Les divergences entre Taliban et l’apparition de nouveaux groupes terroristes armés rendent la situation sécuritaire toujours plus précaire, s’est-il inquiété, affirmant qu’il était fondamental pour le Tadjikistan de protéger ses 1 400 kilomètres de frontière avec l’Afghanistan.  Pour autant, il a insisté sur la nécessité d’inclure le pays dans les processus de coopération régionale. 

M. Muhriddin a ensuite regretté que le Président du Kirghizistan se soit exprimé devant l’Assemblée générale concernant le différend frontalier « hérité de l’histoire » qui oppose les deux pays, précisant que les hostilités avaient cessé et qu’un protocole de règlement de la situation avait été signé le 19 septembre 2022.  Il a affirmé que le Kirghizistan a fait mine de retirer ses troupes et son armement lourd de la ligne de contact en les dissimulant dans des zones peuplées à proximité de la frontière, ajoutant que l’agression militaire kirghize avait coûté la vie à 40 civils tadjiks et fait 200 blessés.  Cette situation n’est pas le fruit d’un incident, le Kirghizistan ayant préparé l’agression depuis près d’un an en construisant des infrastructures militaires dans la zone frontalière, a-t-il accusé.  Rappelant que les questions frontalières avec la Chine et l’Ouzbékistan avaient pu être réglées au terme d’un long processus, le Ministre a regretté qu’au cours des 20 dernières années, les groupes politiques qui se sont succédé au pouvoir au Kirghizistan soient constamment revenus sur les dizaines de protocoles signés pour en interpréter les dispositions uniquement à leurs avantages.  Il a souligné que les différends frontaliers ne pouvaient être résolus en créant des situations de crise, mais grâce à un travail quotidien basé sur la volonté politique des parties. 

M. SUBRAHMANYAM JAISHANKAR, Ministre des affaires extérieures de l’Inde, a évoqué les engagements pris par son pays à l’occasion de son indépendance, parmi lesquels celui de « faire de l’Inde un pays développé » un siècle plus tard, soit dans 25 ans aujourd’hui.  « Notre solidarité ne se limite pas à des mots », a poursuivi le Ministre, notant que son pays à fourni des vaccins à plus de 100 nations et multiplié les partenariats en Asie, en Afrique et en Amérique latine.  Il a déploré la dégradation du paysage international, que perturbent plus encore les changements climatiques.  « Le Sud sera le plus touché », a-t-il regretté, jugeant impératif que le monde reconnaisse cette injustice.  L’inégalité de la distribution des vaccins ne doit pas être reproduite dans d’autres domaines, a-t-il averti. 

Évoquant le conflit en Ukraine, M. Jaishankar a affirmé que l’Inde est du côté de la paix et de ceux qui respectent la Charte des Nations Unies et ses principes fondateurs, et qu’une solution rapide à cette guerre est dans l’intérêt collectif.  Préoccupée par l’accumulation de la dette dans les économies fragiles, l’Inde a envoyé 50 000 tonnes de blé, médicaments et vaccins à l’Afghanistan, accordé des crédits de 3,8 milliards de dollars à Sri Lanka, et fourni 10 000 tonnes d’aide alimentaire et de vaccins au Myanmar.  Le Ministre a ensuite rappelé le travail de son pays auprès de l’Alliance solaire internationale et son engagement dans le cadre de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et de l’Accord de Paris, sur la base du principe des responsabilités communes mais différenciées.  Outre son engagement indéfectible en faveur de la coopération Sud-Sud, l’Inde travaillera avec les autres membres du G20 pour aborder plusieurs questions telles que la dette, la sécurité alimentaire et énergétique. 

Le Ministre a plaidé en faveur de la réforme de la gouvernance des institutions financières multilatérales, et a estimé que l’Inde, lors de son mandat au Conseil de sécurité, a fait office de « passerelle » sur des questions graves, mais clivantes, auxquelles est confronté l’organe.  Il a annoncé que l’Inde, qui préside actuellement le Comité du Conseil de sécurité contre le terrorisme, accueillera sa réunion spéciale à Mumbai et à New Delhi, ajoutant que l’Inde préconise une approche de « tolérance zéro » à ce sujet.  M. Jaishankar a par ailleurs souligné que la réforme du Conseil de sécurité, dont l’architecture est « anachronique et inefficace », bénéficie d’un soutien considérable parmi les États Membres de l’ONU.  Nous ne sommes pas dans une ère de guerre et de conflit, a tranché le Ministre, avant de conclure: « au contraire, c’est un temps pour le développement et la coopération ».

Mme ANN CHRISTIN LINDE, Ministre des affaires étrangères de la Suède, a regretté que les progrès sur les objectifs de développement durable s’essoufflent alors que la pauvreté augmente, les crises climatiques et environnementales se multiplient et que la pandémie se poursuit. 

Mme Linde a déclaré qu’un membre permanent du Conseil de sécurité avait lancé une guerre d’agression contre un pays voisin en violation de ses obligations internationales, notant que l’Assemblée générale avait demandé à la Russie de retirer ses troupes du territoire de l’Ukraine et réaffirmé la souveraineté et l’intégrité territoriale de cet État.  Elle a réitéré cette demande aux côtés des autres membres de l’Union européenne, de ses partenaires transatlantiques et d’autre pays du monde entier.  Elle a déclaré illégaux les faux « référendums » organisés sur le territoire ukrainien et affirmé qu’ils n’auraient aucun effet, soulignant également que la mobilisation partielle et les menaces nucléaires ne dissuaderaient pas la Suède de soutenir l’Ukraine.

Selon Mme Linde, la guerre d’agression russe a intensifié les crises alimentaires, énergétiques et financières avec pour conséquence que les actions d’un seul État ont exposé plus d’un demi-milliard de personnes à un risque accru de pauvreté, de famine et d’endettement.  La Ministre a affirmé que la Suède et l’Union européenne avaient augmenté leurs contributions et leur assistance humanitaire.  La Ministre a exhorté les États à revoir à la hausse leurs ambitions et à accélérer les mesures destinées à combattre les changements climatiques et la perte de la biodiversité.  Elle a ensuite souligné le rôle joué par la Suède dans la transition climatique par le biais de l’innovation et des investissements verts. 

Mme Linde a rappelé l’engagement des cinq États disposant de l’arme nucléaire à prévenir et éviter la course aux armements et a regretté les actions irresponsables de la Russie à cet égard.  Elle a opposé à cette dernière les pays membres de l’Initiative de Stockholm, qui ont répondu à l’appel du Secrétaire général pour remettre le désarmement et la non-prolifération en tête de l’agenda international.

Évoquant le recul de l’égalité des genres, la Ministre a déploré que les droits, les ressources et la représentation des femmes ne soient pas acquis.  Elle a relevé que les violences contre les femmes et les filles avaient augmenté et que l’accès à l’avortement sûr et légal avait connu d’importants revers, évoquant en particulier la situation des femmes et des filles en Afghanistan.  Elle a exhorté les États à agir sur la base de « Notre Programme commun » et à conserver cet élan lors du Sommet de l’avenir, en 2024.

Mme Linde a déclaré que la candidature conjointe de son État et de la Finlande à l’OTAN avait été prise à la lumière des changements fondamentaux pour leur défense et leur sécurité résultant de l’agression russe en Ukraine, avant de souhaiter un approfondissement de la politique étrangère et de sécurité commune de l’Union européenne.  Elle a également apporté son soutien à la candidature du Danemark au Conseil de sécurité pour 2025-2026.

Enfin, la Ministre a déploré les 176 attaques commises depuis le début de l’année contre des travailleurs humanitaires, notant que 47 d’entre eux avaient perdu la vie, de même que plus de 50 Casques bleus.  Elle a exhorté à renverser la tendance globale au recul démocratique et appelé à poursuivre l’effort visant à clarifier les circonstances entourant la mort de l’ancien Secrétaire général Dag Hammarskjöld.

M. NIKOLAY MILKOV MILKOV, Ministre des affaires étrangères par intérim de la Bulgarie, a déclaré que l’augmentation « abrupte » des risques sécuritaires et de l’instabilité menace de détruire l’ordre mondial fondé sur des règles, notant qu’au cours de ce débat général, une grande majorité d’intervenants ont considéré que la guerre menée par la Fédération de Russie contre son voisin représente le risque le plus important.  Il a exprimé sa profonde préoccupation concernant la récente escalade de ce conflit et la mobilisation partielle russe, avant de rejeter les « simulacres de référendum » en cours dans l’Ukraine occupée.  S’agissant des Balkans occidentaux, il a vu dans le processus d’intégration à l’Union européenne (UE) et la coopération régionale les deux outils les plus puissants pour apporter la paix, la stabilité et la prospérité.

Poursuivant, M. Milkov s’est inquiété des effets cumulés des changements climatiques, de la pandémie de COVID-19 et de la guerre en Ukraine sur le système alimentaire mondial, mettant en danger 1,7 milliard de personnes dans plus de 90 pays.  Exerçant actuellement la présidence du Conseil économique et social (ECOSOC), la Bulgarie attache une grande importance aux priorités des économies émergentes en matière de développement durable, a-t-il affirmé, ajoutant qu’elle se préoccupait aussi de la « lutte existentielle » des petits États insulaires face à l’élévation constante du niveau de la mer.  Le Ministre a également insisté sur l’importance de l’égalité entre les sexes et de la protection des droits des personnes handicapées, avant d’indiquer que la Bulgarie a présenté sa candidature au Conseil des droits de l’homme pour la période 2024-2026.  Il a aussi plaidé en faveur d’une accélération de la réforme du Conseil de sécurité et pour l’attribution d’au moins un siège non permanent supplémentaire au Groupe des États d’Europe orientale. 

M. SAMEH HASSAN SHOUKRY SELIM, Ministre des affaires étrangères de l’Égypte, a appelé à une action internationale concertée et à un engagement renouvelé en faveur du multilatéralisme pour faire face aux nombreuses crises qui secouent le monde.  D’après lui, le système des Nations Unies est mis en péril par des tentatives visant à le contourner et à remettre en cause son efficacité, ce qui compromet la capacité de l’Organisation à maintenir la sécurité et la stabilité mondiales.  Il a pointé du doigt le « deux poids, deux mesures » qui témoigne la volonté politique « limitée » des États Membres et réitéré la position africaine en faveur de la réforme du Conseil de sécurité sur la base du consensus d’Ezulwini et de la Déclaration de Syrte.  Abordant la crise alimentaire actuelle, qui résulte selon lui de l’incapacité de la communauté internationale à réaliser le second objectif de développement durable, le Ministre a alerté sur la situation en Afrique, où une personne sur cinq est menacée par la faim, alors que le continent reste un importateur net de denrées alimentaires pour un coût annuel de 43 milliards de dollars.  Dans l’idée d’une stratégie intégrée, et pour garantir la sécurité alimentaire collective, M. Selim a proposé l’établissement en Égypte, eu égard à sa situation géographique, d’un « centre international de stockage, d’approvisionnement et de commerce des céréales ».  Rappelant ensuite que l’Égypte accueillera en novembre la prochaine Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP27), le Ministre a estimé que l’obtention de résultats tangibles à Charm el-Cheikh sera liée à la capacité de la communauté internationale de progresser vers la mise en œuvre des objectifs de l’Accord de Paris. 

M. Selim a évoqué le différend autour du Grand Barrage de la Renaissance, indiquant qu’après une décennie de négociations « futiles », l’Égypte reste déterminée à faire preuve de retenue et à respecter le droit au développement du peuple éthiopien.  « Mais cela ne peut se faire au détriment du droit à la vie du peuple égyptien, qui est lié au Nil depuis l’aube de l’histoire », a-t-il mis en garde.  Il a insisté, à cet égard, sur la nécessité de parvenir sans délai à un accord global juridiquement contraignant concernant le remplissage et l’exploitation du barrage, conformément à l’accord sur la déclaration de principes conclue par l’Égypte, le Soudan et l’Éthiopie en mars 2015 à Khartoum.  En tant qu’États souverains, ceux-ci doivent respecter leurs obligations internationales et les honorer de bonne foi « par des actes et non des paroles ».  L’Égypte appelle la communauté internationale, en particulier l’ONU et le Conseil de sécurité, à rejeter de telles violations du droit international et à appliquer ses principes afin de préserver le sort de 150 millions de citoyens égyptiens et soudanais, a-t-il martelé.

Enfin, le Ministre a plaidé pour la recherche d’une solution négociée juste, durable et globale à la question palestinienne sur la base de la solution des deux États, avec la création d’un État palestinien dans les frontières du 4 juin 1967 et Jérusalem-Est comme capitale.  Dans le même temps, il est essentiel de s’abstenir de toute mesure unilatérale qui modifierait les faits sur le terrain et compromettrait les chances d’une solution finale, a-t-il averti.  En vertu de la responsabilité qui est la sienne d’appuyer ses voisins, l’Égypte continuera à soutenir les efforts entrepris pour trouver des solutions politiques conformément au droit international et aux résolutions pertinentes de l’ONU en Syrie, au Liban, au Yémen et au Soudan, a conclu M. Selim, de manière à préserver l’unité, l’intégrité et la souveraineté de ces pays et à mettre fin à l’ingérence extérieure dans leurs affaires.

M. JEYHUN AZIZ OGLU BAYRAMOV, Ministre des Affaires étrangères de l’Azerbaïdjan, a constaté que le monde continuait de faire face aux défis créés par la pandémie de COVID-19.  Président en exercice du Mouvement des pays non alignés, l’Azerbaïdjan œuvre en faveur d’une plus grande solidarité mondiale pour vaincre la pandémie, a-t-il affirmé.  Outre une campagne de vaccination efficace dans le pays, il a salué l’assistance apportée par Bakou à plus de 80 pays.  Il a en outre insisté sur l’engagement de son pays en faveur du Programme de développement durable à l’horizon 2030 et s’est félicité qu’il ait été classé parmi les 50 premiers pays dans le rapport sur les objectifs de développement durable 2022. 

M. Bayramov a déclaré que l’Azerbaïdjan avait gravement souffert de « l’agression de l’Arménie au début des années 1990, au cours desquelles, l’Arménie a occupé 20% du territoire de l’Azerbaïdjan ».  Il a accusé l’Arménie de « nettoyage ethnique » et d’avoir mené une politique de colonisation illégale au cours des 30 dernières années.  À l’automne 2020, l’Azerbaïdjan, en réponse à une nouvelle provocation militaire à grande échelle de l’Arménie et guidé par les droits inhérents conférés aux États Membres par la Charte des Nations Unies, a lancé une opération de contre-offensive, a-t-il ensuite expliqué.  L’Azerbaïdjan a alors « libéré ses territoires et le conflit vieux de trois décennies a été résolu conformément à la déclaration trilatérale signée par les dirigeants de l’Azerbaïdjan, de la Russie et de l’Arménie le 10 novembre 2020 », a poursuivi le ministre.

L’Azerbaïdjan est engagé à entamer le processus de normalisation avec l’Arménie, a poursuivi M. Bayramov, qui a regretté que celle-ci préfère exacerber les tensions en multipliant les provocations, notamment celles-des 12 et 13 septembre derniers.  Il a aussi accusé l’Arménie de n’avoir pas respecté un premier cessez-le-feu convenu le 13 septembre et d’avoir continué ses bombardements jusqu’au rétablissement de la trêve le 14 au matin, laquelle tient depuis lors, a-t-il affirmé.  Il a toutefois estimé que la déclaration faite devant l’Assemblée générale par le Premier Ministre arménien il y a deux jours constituait « une nouvelle preuve démontrant que la partie arménienne semble axée sur la poursuite de la confrontation plutôt que sur la normalisation ».

« Nous pensons que notre région a connu suffisamment de confrontation, de destruction et de souffrance », a poursuivi le Ministre, pour qui « il est grand temps que nos deux nations s’engagent pleinement et de tout cœur dans la normalisation postconflit, afin que nous puissions enfin tourner la page tragique de notre histoire et commencer à construire un avenir meilleur pour nos enfants ». 

« L’engagement de la partie azerbaïdjanaise est là.  Nous espérons que l’Arménie rendra enfin la pareille de manière constructive et s’engagera véritablement dans les négociations », a ajouté M. Bayramov, qui a ajouté que, son pays ayant « libéré ses territoires d’une longue occupation militaire étrangère », il était désormais déterminé à s’engager dans la reconstruction et de leur réintégration complètes.  L’Azerbaïdjan entend parallèlement continuer à jouer un rôle de membre responsable de la communauté internationale car, a-t-il conclu, « dans un monde globalisé, aucun pays n’est une île; et nous agissons en conséquence ».

M. VIVIAN BALAKRISHNAN, Ministre des affaires étrangères de Singapour, qui s’est dit particulièrement préoccupé par l’invasion russe de l’Ukraine, a constaté que les rivalités entre superpuissances continuent de s’accentuer et que les risques de conflits ouverts en Europe et en Asie augmentent.  Il a également noté l’inégalité et la fragilité du redressement post-COVID-19 faisant peser le risque d’une pandémie encore plus fatale.  De même, la période d’inflation prolongée ainsi que l’augmentation rapide du coût de l’énergie ont rendu plus difficile la génération des ressources pour faire face aux problèmes à long terme.  Évoquant également la crise climatique, la détérioration de l’eau et de la biodiversité et la chaîne alimentaire, il s’est vivement inquiété que l’ensemble de ces crises interviennent concurremment et s’alimentent, citant en exemple les inondations dévastatrices au Pakistan et l’insécurité alimentaire dans certaines parties d’Afrique.  À ses yeux, la seule façon d’aller de l’avant était est de maintenir le système multilatéral inclusif et fondé sur des règles.  Rappelant la création du Forum des petits États, il a souligné que ces derniers, en particulier, ne doivent pas laisser la force primer le droit.

Le Ministre a appelé les délégations à achever l’élaboration d’un instrument international juridiquement contraignant se rapportant à la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer et portant sur la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale.  Notant que les changements climatiques restaient l’enjeu le plus pressant auquel l’humanité est confrontée, il a souligné la nécessité d’une réponse globale ambitieuse et d’honorer les engagements de l’Accord de Paris et du Pacte pour le climat de Glasgow, plaidant en outre pour une restructuration économique, des avancées technologiques, des investissements et des changements comportementaux.  Il a rappelé que Singapour, par sa situation géographique, était particulièrement vulnérable à l’augmentation du niveau de la mer.  Il a affirmé son engagement à construire un écosystème de finance verte et a exprimé son soutien à l’établissement d’un marché du crédit carbone en Asie. 

M. Balakrishan s’est aussi préoccupé du problème de l’insécurité alimentaire, exacerbée par les changements climatiques et la guerre en Ukraine, notant que 828 millions de personnes étaient affectées par la faim l’an dernier, 40 millions de plus qu’en 2020 et 150 millions de plus qu’en 2019.  Il a appelé à renverser cette tendance en permettant aux chaînes d’approvisionnement alimentaire de rester ouvertes et de fonctionner sans heurts et en encourageant les innovations et la technologie afin de s’adapter aux nouveaux enjeux. 

Le Ministre a également insisté sur la nécessité de construire une architecture de santé globale plus robuste afin de protéger les générations futures, notant que d’autres pandémies et urgences suivraient la COVID-19.  Il a fait part de son appui au Mécanisme COVAX et de la contribution de Singapour à la création du fonds d’intermédiation financière pour la prévention, la préparation et la réponse aux pandémies sous l’égide de la Banque mondiale.  Avertissant par ailleurs qu’une approche d’exclusion et l’érosion de la confiance ne feraient qu’alimenter les activités des cybercriminels, il a souhaité que tous les États puissent bénéficier de la transformation numérique et apporté son soutien à la proposition de pacte numérique mondial du Secrétaire général. 

M. VLADIMIR MAKEI, Ministre des affaires étrangères du Bélarus, a noté que, depuis plus de six mois, le monde vit dans l’ombre du conflit en Ukraine qui, comme la pandémie de COVID-19 avant lui, a mis en évidence « les inconvénients de l’interdépendance mondiale ».  Il a ensuite appelé à répondre, « de manière très honnête et impartiale », à deux questions: quelles sont les causes profondes du conflit en Ukraine? et que faire pour mettre fin au conflit et empêcher que des événements similaires ne se reproduisent à l’avenir?

Afin de répondre à ces questions, il s’est lancé dans une vaste démonstration historique et géopolitique.  Estimant que le conflit prenait racine dans l’humiliation des perdants de la guerre froide, il a dépeint les « soi-disant vainqueurs » occidentaux des années 90 comme ceux de la Première Guerre mondiale, écrasant leurs adversaires par un « traité de Versailles 2.0 », un gentlemen’s agreement non écrit et non respecté.  Accusant l’Occident d’avoir voulu transformer les ex-Républiques soviétique en États satellites, il a cité le diplomate américain Georges Kennan qui avait qualifié l’extension de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) vers l’Est « d’erreur stratégique potentiellement gigantesque ».  Dénonçant les « guerres illégales » de l’OTAN en Yougoslavie, en Iraq, en Libye et en Syrie, M. Makei a fait reposer la responsabilité du bain de sang en Ukraine sur « l’Occident collectif ».

Abordant la question des solutions à apporter au conflit M. Makei a estimé que les Occidentaux avaient refusé et ignoré des propositions répétées de la Fédération de Russie en 2009, du Bélarus en 2017, et de nouveau de la Fédération de Russie en décembre 2021 pour aboutir à un accord consensuel sur les questions de paix et de sécurité en Europe.  Il a opposé un Occident qui souhaitait un monde « unipolaire et concentrique » à la plupart des autres pays du monde qui souhaitaient un monde « multipolaire et polycentrique ».  Estimant que l’Occident avait dominé le monde pendant 500 ans et espérait continuer de le faire indéfiniment, il en a appelé à une « révolution copernicienne » qui permettrait à l’Occident de comprendre que les relations internationales ne tournent pas autour de lui, que l’Histoire n’a pas de fin et ne se dirige pas inexorablement vers la soi-disant « démocratie libérale » et que le monde ne peut se réduire à une confrontation entre soi-disant « démocraties » et « autocraties ». 

Condamnant des sanctions économiques « unilatérales et illégales », le Ministre a estimé qu’elles manquaient leur cible et que le Bélarus et la Russie résisteraient à la tempête comme Cuba, « éprise de liberté », qui subit des sanctions depuis 60 ans déjà.  Il a estimé qu’elles avaient surtout pour effet de faire souffrir les pays les plus pauvres du monde, avec des prix des aliments et des engrais multipliés par trois ces six derniers mois, et un effet boomerang qui verrait les simples citoyens européens geler cet hiver. 

M. Makei s’est dit « triste » de voir les Ukrainiens victimes des ambitions de « l’Occident collectif », dénonçant les révolutions téléguidées de 2004 et 2014.  « L’Ukraine paie aujourd’hui par le sang cette situation mais il n’est pas trop tard pour rectifier le tir », a-t-il affirmé.  Rappelant que des négociations russo-ukrainiennes avaient eu lieu au Bélarus juste après le début du conflit, il a réitéré la proposition de bons offices de son pays. 

M. LUCA BECCARI, Ministre des affaires étrangères de Saint-Marin, a appelé toutes les parties impliquées dans le conflit en Ukraine à renoncer à l’usage de la force et à rouvrir des voies de dialogue et de négociation.  Profondément préoccupé par les conflits armés à travers le monde, il a réaffirmé son engagement en faveur du principe de la responsabilité de protéger, essentiel à la prévention des atrocités de masse, ainsi qu’aux obligations des droits de l’homme et du droit international humanitaire, tels la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, le Statut de Rome et les Conventions de Genève.  Il a également réitéré son soutien à la CPI ainsi qu’aux initiatives comme le Code de conduite relatif à l’action du Conseil de sécurité contre le génocide, les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre du Groupe ACT et la déclaration franco-mexicaine sur la suspension volontaire du veto par les membres permanents du Conseil de sécurité.

Soucieux de la protection des enfants et des jeunes dans les conflits, M. Beccari a encouragé les États Membres à adopter les instruments pertinents sur la protection de l’enfance, notamment les Principes de Paris et la Déclaration sur la sécurité dans les écoles.  Il a affirmé son engagement en faveur de la protection des femmes et des filles et son soutien à la prévention des violences sexuelles et fondées sur le genre, y compris en période de conflits.  Il a également souligné les risques accrus auxquels sont confrontés les personnes handicapées en cas de conflits, avant de condamner les attaques contre les journalistes, les travailleurs humanitaires, les défenseurs des droits de l’homme et les forces de maintien de la paix, rappelant l’importance de ces acteurs et de la société civile dans la prévention et les mécanismes d’alerte.  M. Beccari a condamné la rhétorique nucléaire dangereuse de la Fédération de Russie, appelant à un véritable engagement en faveur du désarmement.  Il a regretté que la dixième Conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération n’ait pas été capable d’adopter son document final et a exhorté les États à rejoindre le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires.  Enfin, dans le contexte actuel, il a insisté sur l’importance de conserver la sécurité alimentaire sur l’agenda et d’encourager la production, la fourniture et la consommation durables, insistant également sur l’importance de combattre le gaspillage alimentaire.

M. FAISAL BIN FARHAN AL-FARHAN AL-SAUD, Ministre des affaires étrangères de l’Arabie saoudite, a réaffirmé l’attachement de son pays à la Charte des Nations Unies et son soutien aux initiatives visant à maintenir la paix et la sécurité internationales.  Il a souligné à cet égard l’importance de la coopération fondée sur le respect mutuel, la souveraineté des États et le règlement pacifique des différends.  Se disant favorable à une réforme du Conseil de sécurité de l’ONU pour le rendre plus représentatif et plus apte à relever les défis communs, il a estimé nécessaire, à la lumière des conflits qui agitent le monde, d’en revenir à la raison et de rechercher des solutions négociées afin de faire cesser les combats, de protéger les civils et d’offrir à tous des opportunités de paix, de sécurité et de développement.  À cette fin, l’Arabie saoudite soutient les efforts internationaux visant à trouver des solutions au conflit russo-ukrainien et à maintenir la sécurité et la stabilité régionale et internationale, a-t-il affirmé, mettant l’accent sur le besoin d’actions concertées.  Sur ce point, il a rappelé que le récent sommet de Djeddah pour la sécurité et le développement a souligné l’importance de l’action collective pour construire un avenir meilleur et le rôle central de l’ONU pour régler les différends.  À cette occasion, a-t-il poursuivi, il a été rappelé qu’il est impératif de ne pas s’ingérer dans les affaires intérieures des États et de prendre en considération les valeurs de leurs sociétés. 

Dans cet esprit, et conformément à l’Initiative de paix arabe, le Ministre a renouvelé son appel à la création d’un État palestinien indépendant dans les frontières de 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale, en demandant l’arrêt immédiat des mesures unilatérales qui sapent la solution des deux États.  S’agissant du Yémen, il a dit soutenir les efforts visant à faire taire les armes, tout en appelant à permettre au Conseil présidentiel de jouer son rôle en vue de parvenir à une paix durable et de satisfaire aux besoins humanitaires.  Il a par ailleurs confirmé le soutien du royaume saoudien aux efforts de l’Envoyé spécial en Syrie afin de trouver une solution politique à la crise de ce pays tout en préservant son unité, demandant de maintenir le cessez-le-feu et de contribuer à un acheminement sans entrave de l’aide humanitaire.  Il a d’autre part souligné la nécessité de réformes politiques et économiques pour assurer la stabilité et la résilience du Liban, avant d’exprimer son appui au dialogue au Soudan et en Libye, ce dernier pays devant selon lui être libéré de toute présence militaire étrangère.  De même, a-t-il ajouté, tout doit être fait pour éviter que l’Afghanistan devienne une base pour le terrorisme. 

Après avoir exhorté la communauté internationale à renforcer sa lutte contre la prolifération des armes de destruction massive, le Ministre a exhorté l’Iran à se conformer à ses obligations internationales dans le domaine nucléaire.  Il a ensuite assuré que son pays soutient les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat et la nécessité d’une transition responsable vers des ressources plus diversifiées et plus durables.  La réalisation de ces objectifs dépendra de la participation de chacun mais aussi des spécificités régionales et du besoin d’assurer la sécurité et l’accès énergétiques pour tous, a-t-il soutenu, avant de préciser que l’Arabie saoudite entend diversifier ses sources d’énergie et optimiser sa production, tout en réduisant ses émissions de CO2 en vue d’atteindre la neutralité carbone d’ici à 2060.  Il a toutefois indiqué que, soucieux de contribuer à l’équilibre des marchés de l’énergie, le royaume juge nécessaire d’investir dans les énergies fossiles et leurs technologies propres au cours des prochaines décennies afin de répondre aux besoins grandissants et d’éviter au monde des politiques irréalistes qui auraient de graves conséquences socioéconomiques et sécuritaires.  Pour finir, il a annoncé la candidature de son pays pour accueillir l’Exposition universelle de 2030 qui aura pour thème « l’ère des changements: conduire le monde vers des lendemains clairvoyants ». 

M. DATO ERYWAN PEHIN YUSOF, Ministre des affaires étrangère du Brunéi Darussalam, a considéré que le facteur déterminant pour réussir le passage à un « monde postpandémique » sera un programme de vaccination réussi et l’équité vaccinale.  Il a toutefois relevé que cette voie est entravée par des problèmes d’approvisionnement et de distribution.  À cet égard, il a prôné le développement d’une infrastructure sanitaire mondiale plus efficace et résiliente face à d’éventuelles urgences sanitaires mondiales.  Il a également recommandé des efforts supplémentaires pour faire face aux conséquences de la pandémie, comme la santé mentale, un problème souvent pris à la légère selon lui.  Conscient de la nécessité d’inclure cet aspect dans ses efforts de redressement, le Brunéi Darussalam a mis en place un plan d’action multisectoriel quinquennal ans pour la santé mentale, a annoncé le Ministre. 

Par ailleurs, à mi-chemin de la période impartie pour réaliser les ODD, il a noté que le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat des Nations Unies (GIEC) montre que les impacts des changements climatiques sur l’agriculture ont des conséquences dévastatrices sur la production et la sécurité alimentaires.  Le Brunéi Darussalam s’est engagé à respecter l’ambition climatique, a dit le Ministre en indiquant que son pays s’oriente vers un taux net zéro d’ici à 2050, par la préservation des forêts ainsi que la transition vers des énergies propres afin de façonner un avenir à faibles émissions de carbone.  Et en tant que l’un des champions régionaux de la conservation, de l’environnement et de la préservation des forêts, le pays joue également un rôle de premier plan au niveau régional en accueillant le Centre intergouvernemental de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) pour les changements climatiques.  L’an dernier, a poursuivi le Ministre, la paix et la stabilité de notre région ont été affectées, et l’ASEAN a collectivement convenu d’un consensus en cinq points pour plancher sur une solution pacifique et un éventuel retour à la normale dans l’un de ses États membres, à savoir le Myanmar.  Malheureusement, ces questions continuent d’exiger une attention particulière et, à ce titre, « nous apprécions le soutien et les contributions constants des Nations Unies et d’autres acteurs aux efforts de l’ASEAN », a-t-il indiqué.

M. ALI SABRY, Ministre des affaires étrangères de Sri Lanka, s’est inquiété de l’impact des changements climatiques sur le développement économique et social et la sécurité alimentaire de Sri Lanka avant de dire la détermination de son pays à atteindre les objectifs de l’Accord de Paris et la neutralité carbone d’ici à 2050.  Il a réitéré son attachement à l’utilisation durable des océans et de leurs ressources.  Sri Lanka, a-t-il souligné, est un leader de la région Asie-Pacifique pour la disponibilité des données sur les objectifs de développement durable et l’élaboration de politiques fondées sur des données probantes.  Le pays, s’est encore félicité M. Sabry, figure désormais à la soixante-treizième place sur l’indice du développement humain.  « Grâce à un accord avec le FMI nous avons pu mettre en place des réformes économiques répondant aux besoins des plus vulnérables. »

Rappelant que Sri Lanka était victime du terrorisme depuis plusieurs décennies, le Ministre a vanté la mise en place d’un arsenal législatif pour lutter contre le financement du terrorisme, la radicalisation et l’utilisation à des fins malveillantes des nouvelles technologies.  Au-delà de ces initiatives, il a jugé nécessaire de développer la pensée critique des jeunes, favoriser le sens civique et renforcer la résilience de la communauté pour atténuer les effets et l’influence de la violence idéologie extrémiste.  Enfin, il a estimé qu’en cette période de crises multiples il faut faire preuve de solidarité mondiale et de diplomatie, en tirant parti des idées et des talents de tous les segments de la société pour trouver des solutions transformatrices qui ne laissent personne derrière.  Malgré ses défauts « le multilatéralisme fournit un cadre solide pour résoudre les problèmes et les défis contemporains », a conclu M. Sabry. 

M. CARLOS RAFAEL FARÍA TORTOSA, Ministre des affaires étrangères du Venezuela, a dénoncé la campagne mondiale pernicieuse de discrédit et de stigmatisation contre le peuple, les institutions et la révolution démocratique du Venezuela pour imposer une économie de marché, la mondialisation néolibérale et une version moderne de la colonisation.  L’objectif de cette campagne est d’étouffer toute tentative de créer des alternatives à un système impérialiste et prédateur, a-t-il affirmé.  On nous accuse d’être une dictature et un État défaillant alors qu’au cours des deux dernières décennies, le Venezuela a organisé 29 élections libres.  Il a dénoncé l’imposition de 913 sanctions illégales qui empêchent le Venezuela de vendre et d’acheter ce dont il a besoin pour son développement.  Les pertes dépassent 150 milliards de dollars ces dernières années, a comptabilisé M. Faría Tortosa.  En outre, plus de 31 tonnes de réserves d’or vénézuéliennes, estimées à 1,3 milliard de dollars, sont séquestrées à la Banque d’Angleterre et plus de 10 milliards de dollars de dépôts et de fonds vénézuéliens sont illégalement bloquées dans des banques étrangères.  Mais ces sanctions illégales n’ont jamais pu tordre la volonté du peuple, même si cet acte de piraterie laisse de profondes blessures dans la société, a observé le Ministre. 

Abordant la question de la migration, M. Faría Tortosa a affirmé que 60% des Vénézuéliens qui ont émigré, sont retournés volontairement au pays, demandant à savoir où se trouvaient les ressources allouées par les organisations multilatérales pour soutenir les migrants vénézuéliens.  Il a ensuite informé que pour la première fois en 120 ans, le Venezuela a produit 80% de sa consommation nationale.  Producteur de pétrole et de gaz, le Venezuela peut et veut être utile durant cette crise énergétique, a poursuivi le Ministre qui a par ailleurs souligné que seule une agriculture durable permettra de venir à bout de la faim et de la pauvreté dans le monde.  S’agissant de la guerre en Ukraine, il a appuyé la proposition du Mexique, qui appelle à la création d’une commission internationale pour faciliter le dialogue entre la Russie et l’Ukraine. 

Le Ministre a ensuite demandé aux pays du Nord d’accepter l’émergence de nouvelles puissances et de nouveaux leaderships comme la Chine, la Russie, l’Inde, l’Iran et la Türkiye.  Il a exigé que soit reconnu le droit à la patrie du peuple sahraoui et du peuple palestinien avant d’appeler à la fin des sanctions économiques illégales et la persécution politique contre le Nicaragua, Cuba, l’Iran et la Russie.  Il a aussi souhaité que le droit du peuple argentin sur les Malvinas soit rétabli par le dialogue. 

M. VLADIMIR NOROV, Ministre des affaires étrangères de l’Ouzbékistan, a indiqué que l’instauration de relations et d’un dialogue interculturels est extrêmement importante pour atténuer les tensions, l’incertitude et l’imprévisibilité au niveau mondial.  Dans cette optique, lors du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai, qui s’est tenu à Samarcande le 16 septembre, le Président ouzbek, M. Shavkat Mirziyoyev, a présenté l’initiative de solidarité de Samarcande pour la sécurité et la prospérité communes.  Par ailleurs, au niveau national, son gouvernement a adopté la Stratégie de développement du Nouvel Ouzbékistan pour 2022-2026, qui vise à approfondir les processus démocratiques, à garantir l’état de droit et à améliorer le niveau de vie de la population.  Cette stratégie se fonde sur les résultats des réformes menées au cours des cinq années précédentes et vise à faire progresser la mise en œuvre globale des objectifs de développement durable, a précisé M. Norov. 

L’Ouzbékistan est à la veille d’un événement politique important, une réforme constitutionnelle, a poursuivi le Chef de la diplomatie ouzbèke, en annonçant des amendements soumis à référendum afin d’interdire le travail forcé et celui des enfants, de même que le refus d’employer des femmes enceintes ou des femmes avec enfants.  En outre, il est également proposé d’introduire des normes pour garantir l’ouverture, la transparence et la responsabilité des organismes publics.  Le Ministre s’est ensuite enorgueilli des résultats obtenus par son pays au cours des cinq dernières années en matière d’éducation, le nombre d’inscriptions dans l’enseignement supérieur étant passé de 9% à 29%, et celui des enfants bénéficiant d’un enseignement préscolaire de 27% à 67,2%. 

Les perspectives de développement de l’Asie centrale sont inextricablement liées à la garantie de la paix dans l’Afghanistan voisin, a indiqué M. Norov.  Préoccupé par l’insuffisance de l’attention internationale accordée à ce pays, qui connaît une profonde crise humanitaire, il a considéré d’une importance capitale d’empêcher son isolement.  La priorité de la communauté internationale devrait être la restauration de l’économie afghane, son intégration dans les processus économiques interrégionaux, ainsi que la mise en œuvre d’infrastructures et de projets socialement significatifs, a-t-il estimé.  Il a proposé de créer un fonds spécial de soutien humanitaire pour l’Afghanistan à Termez et d’établir à Tachkent, avec le soutien de l’ONU, un centre interrégional pour la connectivité afin de faciliter l’intégration de l’Afghanistan dans le commerce et l’économie de la région.

M. AMERY BROWNE, Ministre des affaires étrangères de Trinité-et-Tobago, s’est particulièrement inquiété des dangers que constituent les ouragans et typhons cataclysmiques qui menacent l’existence des petits États insulaires.  Il a aussi alerté des événements à évolution lente tels que la détérioration des récifs coralliens et l’afflux d’algues sargasses, qui menacent les fragiles écosystèmes et les moyens de subsistance de son peuple, en particulier les pêcheurs et ceux qui dépendent du tourisme.  Fort de ces constats, le Ministre a appelé à la mise en œuvre intégrale et effective de l’Accord de Paris.  Il a jugé indispensable la mise en place d’un cadre spécifique pour traiter les pertes et dommages dans le cadre de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC).  Il a jugé prioritaire de parvenir à un mécanisme financier avant de rappeler que l’existence même et la viabilité des petits États insulaires est menacée. 

Par ailleurs, il a rappelé que le fardeau supplémentaire de l’inflation mondiale galopante et des crises des denrées alimentaires, des carburants, des aliments pour animaux et des engrais a exercé une énorme pression sur les économies et populations des petits États insulaires, freinant leur réalisation du développement durable.  Il a exhorté la communauté internationale à travailler ensemble pour accélérer la production alimentaire mondiale.  Trinité-et-Tobago, a-t-il ajouté, a accueilli au mois d’aout la deuxième réunion Agri-Investment Forum and Expo de la CARICOM qui a pour objet de réduire de 25% d’ici à 2025 la dépendance alimentaire des pays de la CARICOM. 

Après avoir dit la détermination de la CARICOM à appuyer le rétablissement de la paix et d’une gouvernance démocratique stable en Haïti, M. Browne a exhorté le système des Nations Unies et les donateurs internationaux à renforcer de toute urgence leur rôle et leur engagement avec ce pays.  Il les a encouragés à aider à réprimer la violence continue et dévastatrice des gangs et à améliorer la situation humanitaire.  Au niveau sous-régional, il a souligné les difficultés que rencontrent les Caraïbes pour construire des sociétés sûres et pacifiques face à la criminalité transnationale organisée, la traite d’êtres humains, le trafic illicite de stupéfiants et un flux constant d’armes à feu illégales.  Son pays a la volonté de renforcer encore sa coopération avec les partenaires régionaux et internationaux pour relever ces défis, a-t-il assuré.  Enfin, le Ministre a appelé la communauté internationale à adopter des mesures adaptées aux défis fondamentaux de financement auxquels sont confrontés les pays en développement, avec une attention particulière aux spécificités des pays les moins avancés (PMA) et des PEID.  Il a ainsi jugé prioritaire de s’entendre au niveau international sur un indice de vulnérabilité multidimensionnel. 

Mme THÓRDÍS KOLBRÚN REYKJFJÖRD GYLFADÓTTIR, Première Ministre de l’Islande, a fait remarquer que cette session se déroule à un moment où un pays puissant, membre permanent du Conseil de sécurité, a décidé de bafouer les normes et les lois internationales, même si les guerres d’expansion territoriale ne sont tout simplement pas permises.  Elle a vu l’invasion illégale et brutale à grande échelle de la Russie en Ukraine comme une prise de conscience brutale de ce à quoi le monde pourrait ressembler si la capacité de détruire était autorisée à déterminer le sort des nations.  Elle a dénoncé la brutalité absolue et écœurante dont la Russie a fait preuve, ajoutant que, pour le bien de l’humanité, l’Ukraine doit gagner tandis que les crimes perpétrés doivent être punis.  Pour le bien de l’humanité, cette folie doit cesser, a martelé Mme Gylfadóttir. 

L’Islande, a poursuivi la Cheffe de gouvernement, est déterminée à assumer sa responsabilité par rapport à l’insécurité alimentaire, la pauvreté, la faim, la réponse à la pandémie, ainsi que dans le cadre des conflits armés et des changements climatiques.  Elle a illustré son propos en signalant l’augmentation de son aide humanitaire et au développement, ainsi que son financement climatique qui met l’accent sur l’atténuation et l’adaptation.  Sur la COVID-19, elle a estimé qu’il appartiendra aux futurs historiens de juger si les sacrifices économiques consentis pendant la pandémie valaient les bénéfices et si la restriction généralisée des libertés individuelles en valait la peine.  La Première Ministre a ensuite déclaré que la lutte contre la pollution marine est une priorité pour son pays, en particulier concernant les déchets plastiques.  Elle a jugé opportun que soient conclues les négociations sur un nouvel accord sur la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité marine dans les zones au-delà de la juridiction nationale.  Mme Gylfadóttir a par ailleurs réitéré l’objectif d’un monde exempt d’armes nucléaires et, à cet égard, a accusé « le comportement irresponsable de la Fédération de Russie », qui a menacé explicitement de recourir à ces armes de destruction massive.

La Première Ministre a assuré que l’Islande reste déterminée à contrer la régression des droits des femmes et des filles dans de trop nombreux endroits du monde.  Elle a aussi récusé l’utilisation abusive de l’information par des gouvernements qui revendiquent le monopole de la vérité, prenant l’exemple de la Russie où toute forme de débat public et de pensée indépendante a été criminalisée.  Elle a plaidé pour que chacun puisse remettre en question le statu quo et débattre librement, même sur les questions les plus sensibles, de même pour la liberté de créer de l’art.  Ce sont ces valeurs que les défenseurs de l’Ukraine veulent garantir à leurs enfants, a-t-elle expliqué en appelant à répondre à leur appel de se tenir aux côtés de l’Ukraine.  « Nous devons répondre à l’appel pour défendre le système multilatéral. »

M. JEAN VICTOR GENEUS, Ministre des affaires étrangères et des cultes, a lu une déclaration du Premier Ministre de la République d’Haïti, M. ARIEL HENRI.  Il a déclaré que son pays traverse une crise multidimensionnelle qui menace la démocratie et les fondements même de l’état de droit, « une crise sociopolitique et économique sur laquelle s’est greffée l’insécurité », au point d’ébranler la « superstructure » de l’État.  Il s’agit pour son gouvernement de restaurer, sans délai, la sécurité et l’ordre public; d’élargir, à brève échéance, le consensus autour d’un accord politique avec un maximum de secteurs en vue d’aboutir à une gouvernance apaisée; de créer un climat propice à la tenue rapide d’élections générales; et de répondre aux questions économiques et sociales.  Sur la question sécuritaire et la restauration de l’ordre public, M. Geneus a dénoncé les activités des gangs armés, qui ont pris des proportions inquiétantes.  En sa qualité de Chef du Conseil supérieur de la Police nationale d’Haïti, le Premier Ministre a pris des mesures visant à rendre celle-ci plus efficace et mieux préparée à combattre l’insécurité, en renforçant ses capacités opérationnelles et en améliorant les conditions de travail des policiers.  « L’intensification des opérations a permis d’obtenir quelques bons résultats, ce qui a réduit les exactions des gangs armés, notamment dans la zone métropolitaine.  Cependant, il reste beaucoup à faire pour en finir avec ce fléau », a-t-il reconnu.  De plus, la livraison des véhicules blindés et équipements qui lui font défaut tarde, a-t-il constaté avant de rappeler le besoin d’un accompagnement robuste de la part des partenaires internationaux d’Haïti.

Sur le plan politique, malgré les divergences qui persistent entre les différents acteurs, M. Geneus a dit continuer à encourager le dialogue.  Des initiatives impliquant diverses composantes de la société haïtienne sont en cours, relatives au rétablissement d’institutions démocratiques pleinement opérationnelles par le biais d’élections libres, transparentes et inclusives, ainsi qu’à la réforme constitutionnelle.  S’il a reconnu que c’est un droit constitutionnel de manifester pacifiquement, M. Geneus a cependant condamné les pillages, actes de vandalisme et attaques perpétrés contre des églises, des écoles, des universités, des hôpitaux, des responsables politiques, des acteurs économiques, des missions diplomatiques et des organisations internationales.  « De nombreux autres crimes et massacres sont restés jusqu’ici impunis et des assassins sont encore en liberté et certains ont le culot de venir parader les armes à la main à la tête des manifestations de ces jours derniers », s’est-il écrié.  M. Geneus a encore cité le Premier Ministre: « Contrairement à ce que disent certains de mes adversaires, je n’ai nullement la volonté de rester au pouvoir plus de temps qu’il n’en faut ».  Le souci principal de son gouvernement est le retour à l’ordre constitutionnel et la remise de la direction des affaires du pays à des élus librement choisis par le peuple haïtien.  Il a donc aspiré à trouver un accord politique pour l’organisation d’élections présidentielle, législatives et locales, « dès que les conditions le permettront ».

M. BERNARD GOMOU, Premier Ministre de la Guinée, a rappelé que les Forces de Défense et de Sécurité, unies au sein du Comité National du Rassemblement pour le Développement (CNRD) ont pris leur responsabilité, le 5 septembre 2021, en vue d’établir une gouvernance vertueuse profitable aux populations guinéennes, avec pour objectif un développement inclusif et durable.  Il a ajouté qu’un état des lieux a été réalisé afin de convenir de solutions appropriées aux défis identifiés et de relancer le pays, avec les objectifs suivants: la Rectification institutionnelle pour bâtir des institutions fortes et légitimes pouvant résister au temps et à la tentation des hommes; la Refondation de l’État pour moraliser la vie publique et restaurer l’autorité de l’État; le Redressement visant à rompre avec les anciennes pratiques en vue de réformer, de moderniser et de rajeunir l’administration; le Rassemblement du peuple, dans son entièreté, dans la conduite des affaires publiques en toute transparence; et le Respect de tous les engagements aux niveaux national et international. 

Parmi les progrès réalisés, il a cité l’élaboration et la publication de la Charte de la Transition; la formation d’un gouvernement de transition civil; la mise en place, du Conseil National de la Transition (CNT); l’établissement de la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF), pour lutter contre la corruption et les détournements de biens publics, et l’organisation des Assises Nationales « Journées de Vérité et de Pardon » dont le rapport a été remis le 24 août 2022.  Le Premier Ministre a mis l’accent sur l’état du processus de Transition en 10 points, dont un recensement général de la population et de l’habitat ainsi qu’un recensement administratif à vocation d’état civil.  « Je n’insisterai pas assez sur le caractère impérieux de la réalisation de recensements de qualité pour l’établissement d’un fichier électoral incontestable qui garantira les processus électoraux transparents et les résultats acceptés de tous », a dit M. Gomou avant de rappeler que la question du fichier électoral a toujours été le point de discorde et de contestation des différents scrutins de ces dernières années.

En ce qui concerne les questions de justice et de droits de l’homme, il a dit que le Gouvernement guinéen a fait de l’organisation du procès des événements du 28 septembre 2009 ayant fait des victimes, une priorité nationale.  Après 13 ans d’attente, le Président de la Transition a fait ouvrir ce procès en collaboration avec la CPI et le Conseil des droits de l’homme, a-t-il précisé.  Sur le plan économique, il s’est vanté de mesures fortes pour renforcer la résilience du pays, citant le Programme de Référence Intérimaire (PRI) 2022-2025 et rassurant les investisseurs publics et privés de la volonté du Gouvernement de garantir des conditions favorables aux affaires.  L’assainissement des finances publiques et les réformes engagées dans le secteur minier, notamment la fixation du prix indiciaire de la bauxite, permettront aux populations de bénéficier des dividendes de la croissance de ce secteur, a-t-il expliqué avant d’insister sur « l’impérieuse nécessité de mettre en place l’état de droit et des institutions fortes pour une Transition réussie ».  S’agissant de la contribution de son pays aux efforts de maintien de la paix, il a indiqué que le Président de la Guinée, le colonel Mamadi Doumbouya, a décidé, en plus du contingent guinéen de la MINUSMA opérant depuis 2013 à Kidal (Mali), de déployer un contingent additionnel en remplacement de celui du Bénin, dont le mandat arrive à expiration en 2023. 

Mme REEM EBRAHIM AL HASHIMY, Ministre d’État à la coopération internationale des Émirats arabes unis, a dit qu’alors que le monde est à l’aube d’une nouvelle ère, le Gouvernement fait le choix de la paix, du relèvement et de la prospérité.  La politique étrangère émirienne se déploie à travers de nouvelles coopérations dans les domaines de l’économie, du développement durable, des technologies de pointe et de la recherche scientifique, a-t-elle énoncé.  Elle a rappelé que son pays est un membre non permanent du Conseil de sécurité, avant d’appeler à restaurer la confiance dans le système international et la légitimité de ses institutions, en respectant le droit international, en particulier la Charte des Nations Unies.  À cet égard, elle a demandé à l’Iran de mettre fin à l’occupation illégale des îles émiriennes de Grande-Thumb, de la Petite-Thumb et d’Abou Moussa.  Face aux conflits armés dans le monde, elle a voulu que soient activés les mécanismes internationaux de règlement des crises et que soient trouvées des solutions durables.  Dans le monde arabe et en Afrique, il faut donner la priorité aux solutions diplomatiques, au dialogue et à la désescalade, a prescrit la Ministre d’État.  Elle a aussi souligné l’importance de gérer les tensions, d’éviter l’émergence de nouveaux conflits et de lutter contre les idéologies extrémistes. 

Mme Al Hashimy, qui a appelé à la création d’un État palestinien indépendant, a salué la déclaration du Premier Ministre d’Israël concernant la solution des deux États.  Elle a suggéré, face à la fréquence croissante des crises, de renforcer le rôle des organisations régionales pour répondre aux défis actuels, y compris l’Union africaine.  Le Moyen-Orient et la péninsule coréenne n’ont pas besoin d’armes de destruction massive pour préserver la paix et la sécurité, a-t-elle décrété, recommandant plutôt un dialogue afin de désamorcer les tensions et de répondre aux préoccupations régionales et internationales.  La Ministre d’État s’est aussi préoccupée de l’absence d’une position internationale ferme contre le terrorisme et son financement, le flux d’armes et de combattants vers les zones de conflit ainsi que l’émergence de groupes dotés de capacités accrues de combat.  Pour y faire face, elle a conseillé d’empêcher les terroristes d’obtenir des armes et des technologies de pointe. 

S’agissant des changements climatiques, Mme Al Hashimy a réclamé un financement adéquat pour l’action climatique afin d’aider les pays en développement à renforcer la résilience de leurs communautés.  Il faut également investir dans les énergies renouvelables, a encouragé la Ministre d’État souhaitant des résultats significatifs à l’issue de la COP27 prévue en Égypte en novembre prochain.  Elle a vanté l’initiative d’innovation climatique agricole lancée avec les États-Unis afin d’améliorer la production alimentaire et de lutter contre la faim dans le monde.  Elle a souligné le rôle des jeunes pour trouver des solutions durables face aux défis mondiaux ainsi que la participation des femmes pour façonner une société stable et durable. 

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