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8919e séance – matin
CS/14721

Conseil de sécurité: le Haut-Commissaire pour les réfugiés s’élève contre la politisation de la question migratoire, qui complique l’aide humanitaire

La politisation de la question migratoire a été dénoncée, ce matin , par le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, M. Filippo Grandi, à l’occasion de son exposé devant le Conseil de sécurité mené sous forme de dialogue interactif avec les membres du Conseil, avec la participation de la Ministre des affaires étrangères de la Norvège.  Le Haut-Commissaire, qui intervenait par visioconférence, a pris comme exemple la crise ayant éclaté à la frontière entre le Bélarus et la Pologne. 

Alors que le nombre de personnes relevant de la compétence du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) dans le monde s’élevait à plus de 91 millions au 31 décembre 2020, contre 86,5 millions en 2019, M. Grandi a en particulier abordé les situations du ressort du Conseil, comme l’Afghanistan, où il vient d’effectuer une visite, ainsi que la Syrie, l’Éthiopie et la Libye, autant de situations exigeant une solution politique et non militaire.  Il a remarqué que l’incapacité croissante de la communauté internationale à instaurer la paix oblige les humanitaires à travailler dans des situations de conflit ou de crise avec de moins en moins de capacités. 

Les travailleurs du HCR paient donc le prix des échecs de la communauté internationale et ils sont de plus en plus amenés à traiter eux-mêmes avec les autorités de facto de certains pays, s’est-il désolé.  Or, les travailleurs humanitaires ne peuvent pas se substituer aux États ni à la volonté politique de dialogue, a-t-il tranché, invitant à un débat de fond. 

Du côté des personnes à aider, Saint-Vincent-et-les Grenadines a cité les personnes vulnérables d’Haïti, du Sahel, du bassin du lac Tchad, de la Corne de l’Afrique, du Yémen, de la Syrie et de l’Afghanistan.  Des personnes qui ont besoin d’un multilatéralisme renouvelé, aux fins de fournir une aide humanitaire urgente, de renforcer la souveraineté, de restaurer les contrats sociaux et de s’attaquer aux causes profondes des conflits et de l’insécurité. 

« La vie ne peut pas attendre l’avènement de solutions politiques », a conclu le Haut-Commissaire pour les réfugiés, prévenant que sans cela des millions de personnes vivront dans la fragilité et l’insécurité, ce qui conduira indubitablement à davantage de mobilité humaine, laquelle deviendra « ingérable ».   

Il a jugé symptomatique que les Afghans veuillent partir et a auguré que l’effondrement économique et l’incertitude aboutiront à un afflux de migration vers d’autres pays.  Il a réclamé, d’une part, des ressources et des dérogations au régime de sanctions et, d’autre part, de ne pas négliger les besoins des pays voisins, comme le Pakistan et l’Iran, qui accueillent depuis longtemps des millions de réfugiés afghans. 

Les réfugiés syriens ne veulent pas rentrer en Syrie, a constaté de son côté, la représentante des États-Unis, après sa récente visite dans les camps de réfugiés en Jordanie, ce qui, selon elle, nécessite de les protéger « là où ils vivent ».  

La Ministre des affaires étrangères de la Norvège, Mme Anniken Huitfeldt, a fait observer que les réfugiés et déplacés deviennent parfois des « pions » dans la politique des puissances internationales.  Elle a conseillé de donner la priorité à la prévention, de manière à éviter des situations contraignant les gens à fuir, et à renforcer le lien entre l’humanitaire, le développement, la consolidation de la paix et les droits de la personne, ce pour quoi le nouveau Groupe de haut niveau sur le déplacement interne a insufflé un élan dont il faut tirer profit. 

La France s’est, elle aussi, inquiétée de « l’instrumentalisation politique des flux migratoires » et l’a condamnée, jugeant « inacceptable de mettre en danger la vie d’individus vulnérables à des fins politiques ». 

Pour la Fédération de Russie, les pays qui ont créé des conflits par leur ingérence dans les affaires internes d’autres États doivent en assumer les conséquences, y compris à l’égard des migrants ou des réfugiés.  De son côté, le Kenya a souligné le rôle que doit jouer le HCR pour veiller à ce que la radicalisation et l’appui aux actes terroristes soient éliminés des camps de réfugiés.  Dans le contexte des nouvelles menaces sécuritaires, le Viet Nam a rappelé la distinction à établir entre les réfugiés et les migrants clandestins qui émigrent à des fins économiques. 

Pour mieux gérer les flux de réfugiés, au nombre de 20,7 millions fin 2020, les membres du Conseil ont cité comme priorités « le partage des responsabilités » et « la mise en œuvre du Pacte mondial sur les réfugiés », qui ont pour but de réduire la pression sur les pays d’accueil, et favoriser le retour volontaire et dans la dignité des réfugiés et des déplacés. 

M. Grandi a en outre amené le débat sur le terrain des changements climatiques.  Il a demandé au Conseil de mener une réflexion sur l’imbrication entre ce sujet et les questions dont il est saisi, en tenant compte des flux de migration et des déplacements dus aux catastrophes naturelles.  L’Estonie a appelé à des actions concrètes pour protéger en particulier les millions de réfugiés et de personnes déplacées qui vivent sur les « lignes de front de la crise climatique », de la Somalie à l’Amérique centrale.  Le Conseil tiendra d’ailleurs, le 9 décembre, un débat public intitulé « Maintien de la paix et de la sécurité internationales: sécurité dans le contexte du terrorisme et des changements climatiques ». 

EXPOSÉ DU HAUT-COMMISSAIRE DES NATIONS UNIES POUR LES RÉFUGIÉS

Rapport annuel du Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés A/76/12, A/76/12/ADD.1 

Dans son exposé présenté par visioconférence, M. FILIPPO GRANDI, Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, a voulu tout d’abord souligner le rôle exemplaire du Niger, Président du Conseil en décembre, qui est un pays aux ressources très limitées et situé dans une zone troublée.  Pourtant, le Niger est toujours disposé à accueillir des personnes en situation de détresse, a salué M. Grandi en donnant l’exemple récent des 11 500 réfugiés arrivés dans le nord du Niger en provenance du Nigéria, sachant que la région accueille en tout 600 000 déplacés.  M. Grandi a également applaudi l’idée de mettre les changements climatiques à l’ordre du jour des travaux du Conseil, précisant que la région du Sahel est sans doute celle où la corrélation entre changements climatiques et situation d’urgence humanitaire est la plus palpable. 

Certes, l’instabilité et l’insécurité sont « le pain quotidien du Conseil », mais la famine et les catastrophes naturelles viennent de plus en plus s’ajouter à ces données, a fait remarquer le Haut-Commissaire.  Or, a-t-il remarqué, ce n’est que lorsque ces questions affectent les pays du Nord qu’elles attirent l’attention de toute la communauté internationale.  S’insurgeant contre la tendance récente à une politisation de la problématique migratoire, il a constaté un cocktail de tous ces éléments avec la crise ayant éclaté à la frontière entre le Bélarus et la Pologne.  Les travailleurs du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), eux, paient le prix des échecs de la communauté internationale car ils ont chaque fois plus à traiter avec les autorités de facto de certains pays, s’est désolé M. Grandi.  Il a insisté sur « ces obstacles supplémentaires » pour le HCR, sans compter les entraves à l’acheminement de l’aide dans des situations d’instabilité politique, ce qui prolonge la durée de la crise et isole les humanitaires qui, souvent, travaillent seuls. 

M. Grandi a mis l’accent sur l’impossibilité croissante pour ces travailleurs de sauver des vies, faute de moyens, alors même que, parallèlement, on a le sentiment que les travailleurs sont en mesure de résoudre tous les problèmes.  Prenant l’exemple actuel de l’Afghanistan, où  environ 23 millions de personnes sont confrontées à la faim et 700 000 personnes sont déplacées depuis août, il a indiqué avoir été témoin, lors de sa récente visite, des difficultés auxquelles se heurtent les travailleurs du HCR qui ont fait le choix de rester après la prise du pouvoir par les Taliban, avec lesquels ils doivent dialoguer pour améliorer leur accès aux populations.  « Les travailleurs humanitaires ne peuvent pas se substituer aux États: nous ne pouvons pas nous substituer à une volonté politique de dialogue », a-t-il insisté, tout en reconnaissant les efforts consentis par certains États pour préserver l’économie du pays.  Même s’il est vrai que cela n’est pas un symptôme, ou une conséquence frappante, il a observé que de très nombreux Afghans veulent quitter le pays.  L’effondrement économique et l’incertitude en Afghanistan aboutiront à un afflux de migration vers d’autres pays, a-t-il averti.  Il a de ce fait souligné le besoin de ressources, en demandant d’une part des dérogations au régime de sanctions et, d’autre part, de ne pas négliger les besoins des pays voisins, comme le Pakistan et l’Iran, qui accueillent depuis longtemps des millions de réfugiés afghans. 

« Je ne suis pas naïf; depuis que je travaille dans le milieu humanitaire, j’ai appris à louvoyer », a reconnu le Haut-Commissaire, qui a dit cependant craindre la paralysie et l’inertie, conséquences d’objectifs contradictoires, qui empêchent de plus en plus d’aider les populations dans le besoin.  Il a signalé, par ailleurs, que la situation humanitaire s’est dégradée en Syrie, à cause non seulement du conflit mais aussi de la situation inédite au Liban, qui accueille des millions de réfugiés de différentes nations.  Inquiet de l’absence de progrès dans la recherche d’une solution politique en Syrie, il a prévenu que la situation actuelle condamne des millions de personnes à une existence chaque fois plus difficile.  Il importe de veiller à ce que l’humanitaire couvre et satisfasse les besoins fondamentaux, a-t-il plaidé en invoquant la résolution 2585 (2021) du Conseil.  Certes, il y a moins de réfugiés en Syrie, mais il faut soutenir ceux qui ont fait ce choix, a-t-il encouragé.  Balayer les obstacles suppose la coopération de la Syrie -sur les plans juridique, sécuritaire et humanitaire et du point de vue des droits de l’homme- pour garantir un soutien à ceux qui auront décidé un retour volontaire soient effectivement soutenus. 

Le Haut-Commissaire a aussi déploré les conséquences de l’incapacité croissante de la communauté internationale à instaurer la paix: cela oblige les humanitaires à travailler dans des situations de conflit ou de crise avec des capacités de plus en plus limitées.  Il a donné les exemples du Yémen et de la Libye et, plus récemment, de l’Éthiopie où les deux parties ont une idée fixe: la solution militaire, non viable, qui a mené à une situation intenable, avec 20 millions de personnes dans le besoin dans la région du Tigré, mais aussi à Ahmara, où l’accès est impossible, voire dangereux.  Il a révélé avoir été pris à parti pour supposément soutenir une partie au conflit au détriment de l’autre. « Après la contre-attaque des derniers jours, nous perdons les acquis obtenus, qui étaient déjà bien maigres, dans le domaine de l’assistance humanitaire. »  M. Grandi a exhorté à faire pression sur les parties au conflit pour qu’elles respectent les agents humanitaires et garantissent leur sûreté, y compris les agents locaux, indépendamment de leur appartenance ethnique.  Il a aussi demandé que l’accès soit garanti, en particulier pour les livraisons de liquidités et de carburant.  « N’oubliez pas les réfugiés », a-t-il lancé à l’adresse de l’Éthiopie et des pays voisins comme l’Érythrée, pour garantir la protection de ces personnes, notamment au Soudan, où nombre d’entre elles sont arrivées. 

Le Haut-Commissaire a expliqué que le déplacement de populations continue d’être le produit d’une conjugaison de facteurs, comme au Mexique, où il vient de se rendre.  « Nous ferons de notre mieux pour fournir une assistance humanitaire. »  M. Grandi a indiqué que le coût des opérations humanitaires s’élève à 41 milliards de dollars, pour 180 millions de personnes, et à 9 milliards de dollars pour le HCR à lui seul.  Il a assuré que le HCR tente d’être « le plus créatif possible » en multipliant les voies d’approvisionnement et de coopération avec les acteurs du développement et d’autres entités.  « La vie ne peut pas attendre l’avènement de solutions politiques », a-t-il conclu, prévenant que sans cela des millions de personnes vivront dans la fragilité et l’insécurité, ce qui conduira indubitablement à davantage de mobilité humaine, laquelle deviendra « ingérable ». 

Il a demandé aux membres du Conseil de réfléchir à toutes ces questions, eux qui ont le mandat de veiller à la paix et la sécurité internationale.  M. Grandi a rappelé les chiffres figurant dans le rapport annuel du Haut-Commissariat, en particulier le fait qu’à présent, 90% des 80 millions de réfugiés et de déplacés se trouvent dans des pays en développement, et mis l’accent sur les conséquences de la pandémie de COVID-19 et des changements climatiques. 

Déclarations

Mme ANNIKEN HUITFELDT, Ministre des affaires étrangères de la Norvège, a fait observer que, dans de nombreux pays et régions, des personnes sont forcées de tout laisser derrière elles pour fuir un conflit ou des catastrophes naturelles et deviennent souvent des déplacées internes, ou cherchent refuge dans des pays voisins, avec un impact supplémentaire sur des communautés déjà fragiles.  Beaucoup trouvent refuge dans des camps de réfugiés de l’ONU alors que d’autres deviennent victimes de situations dangereuses, à la merci de trafiquants sans scrupules, ou des « pions » malgré elles dans la politique des puissances internationales.  La chef de la diplomatie norvégienne a également fait allusion aux effets de la pandémie de COVID-19, qui ont aggravé le sort des plus vulnérables.  Elle a cependant estimé qu’il ne suffit pas de répondre aux besoins humanitaires des réfugiés et des déplacés mais qu’il faut de la volonté politique pour s’attaquer aux causes profondes des déplacements. 

À cet égard, le nouveau Groupe de haut niveau sur le déplacement interne a insufflé un élan dont il faut tirer profit pour renforcer le efforts visant à trouver des solutions à ce phénomène.  Il s’agit, a indiqué la Ministre, de prioriser la prévention de manière à éviter des situations contraignant les gens à fuir.  Cela signifie de s’attaquer au conflit armé, aux changements climatiques et à la pauvreté, a expliqué la Ministre, ajoutant qu’il faut renforcer le lien entre humanitaire, développement, consolidation de la paix et droits de la personne.  Une approche actuellement mise à mal en Afghanistan, a-t-elle observé, en appelant les acteurs humanitaires et du développement à œuvrer à éviter une catastrophe humanitaire.  Et de prévenir: « Si nous échouons, ce seront 20 années d’acquis du développement qui sont menacés. »  Mme Huitfeldt a ensuite proposé de reconnaître l’étroite corrélation qui existe entre changements climatiques, catastrophes naturelles, vulnérabilité et déplacement, réclamant aussi des informations et des données plus fiables sur les risques climatiques et sécuritaires.  Dans ce contexte, elle a estimé encourageant le travail du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) au Sahel.  Elle a aussi mis l’accent sur l’obligation de toutes les parties au conflit de respecter et protéger les civils car, selon, elle, le renforcement de la protection des civils réduira les déplacements forcés. 

M. T.S. TIRIMURTI (Inde) a affirmé que la réponse humanitaire de l’Inde au problème des réfugiés, en particulier ceux confrontés à la persécution, a toujours été motivée par les idéaux de compassion et d’empathie.  À travers l’histoire, l’Inde a été une terre de refuge pour ceux qui ont été persécutés dans des pays étrangers, a-t-il rappelé en citant les zoroastriens et les juifs, confrontés à la persécution il y a des siècles, qui avaient trouvé un foyer en Inde.  Dans l’histoire contemporaine, l’Inde a fait preuve d’hospitalité pour les communautés de réfugiés des pays voisins, notamment les Tibétains et les « frères et sœurs » du Bangladesh, de Sri Lanka, d’Afghanistan et du Myanmar, a encore mentionné le représentant avant de souligner qu’aujourd’hui, l’Inde accueille un grand nombre de réfugiés avec des programmes d’assistance entièrement gérés par ses propres ressources. 

Pour ces raisons, le délégué a noté « avec préoccupation » l’augmentation du nombre de réfugiés et de personnes déplacées sous mandat du Haut-Commissariat pour les réfugiés, qui a atteint plus de 91 millions de personnes.  Elle reste d’avis que la prévention des conflits armés, la lutte contre le terrorisme, la construction et le maintien de la paix empêcheront les gens d’être contraints de quitter leur patrie.  Elle estime aussi que l’action internationale doit rester dans les limites du concept de souveraineté, qui ne doit en aucun cas être dilué.  En tant que défi mondial, la question des réfugiés doit en outre bénéficier d’une collaboration mondiale, avec au centre, les Nations Unies en tant que plateforme dans le traitement de la question des réfugiés. 

Par ailleurs, le représentant a dit croire « fermement » que les principes d’humanité, d’impartialité et de neutralité doivent être respectés dans le traitement des questions de réfugiés, afin de maintenir la crédibilité du mécanisme international de protection des réfugiés.  Les États Membres et le HCR doivent rester attachés aux buts et principes de la Charte des Nations Unies et éviter la politisation du travail humanitaire, a-t-il ajouté.  Enfin, la pandémie de COVID-19 ayant exacerbé les défis humanitaires existants, y compris pour les réfugiés, les États Membres devraient fournir des services médicaux équitables et sans discrimination aux réfugiés, en tenant compte des stratégies nationales de riposte à la pandémie, a conclu M. Tirimurti. 

M. SVEN JÜRGENSON (Estonie) a tout d’abord constaté qu’en dépit de l’appel lancé par le Secrétaire général à un cessez-le-feu mondial, de nouveaux conflits ont éclaté dans le monde cette année, tandis que d’autres plus anciens se sont intensifiés.  En conséquence, un nombre sans précédent de personnes ont été chassées de chez elles et la fourniture d’une aide humanitaire est devenue plus importante que jamais, a-t-il souligné en se disant profondément préoccupé par la situation désastreuse en Afghanistan.  Dans ce pays, plus de 22 millions de personnes ont besoin d’une telle assistance, a-t-il relevé, non sans rappeler que son pays et plusieurs autres États membres de l’Union européenne se sont engagés à fournir une aide avoisinant les 800 millions de dollars, alors que la saison hivernale approche.  Le représentant s’est également alarmé des informations faisant état de violences sexistes et sexuelles de grande ampleur en Libye et en Éthiopie et de recrutements d’enfants au Yémen et au Mali.  Une plus grande attention devrait être accordée à ces défis spécifiques, notamment en ce qui concerne les réfugiés et les personnes déplacées à l’intérieur de leur pays, a-t-il plaidé, avant d’en appeler à une distribution équitable, sûre et sans entrave des vaccins contre la COVID-19 à ces populations vulnérables, ce qui est particulièrement urgent au Myanmar, en Syrie et au Yémen.

Notant ensuite que, selon un récent rapport de la Banque mondiale, les changements climatiques pourraient forcer 216 millions de personnes dans six régions du monde à fuir leurs pays d’ici à 2050, le délégué a appelé à des actions concrètes pour protéger les communautés vulnérables, en particulier les millions de réfugiés et de personnes déplacées qui vivent sur les « lignes de front de la crise climatique », de la Somalie à l’Amérique centrale.  Il a, d’autre part, dénoncé les tentatives de certains États visant à exploiter la vulnérabilité d’êtres humains à des fins politiques, condamnant à cet égard l’instrumentalisation de migrants et de réfugiés via l’organisation de flux à travers les frontières extérieures de l’Union européenne.  S’agissant enfin des déplacements forcés, en nette hausse cette année dans le monde, il a relevé qu’en raison de « l’agression russe » en Ukraine, qui dure depuis sept ans, on dénombre 1,5 million de déplacés à travers le pays.  Pour ces populations, a-t-il ajouté, une aide vitale ne peut être fournie le long des 20 kilomètres de la « ligne de contact » que dans les zones contrôlées par le Gouvernement.  Il a encore précisé que, ces dernières années, près d’un tiers de l’aide humanitaire de l’Estonie est destiné à l’Ukraine. 

M. JAMES KARIUKI (Royaume-Uni) a déclaré que son pays est engagé de longue date dans l’assistance et la protection des réfugiés, afin de leur assurer et restaurer leur dignité.  Il a ainsi contribué à hauteur de 570 millions de dollars au budget du HCR rien qu’au cours de ces cinq dernières années, a précisé le représentant.  Son pays salue et reconnaît également la générosité de ceux qui ont ouvert leurs frontières aux personnes forcées de quitter leurs pays.  Dans ce cadre, le Royaume-Uni a donné 970 millions de dollars au Liban depuis 2011.  Il a également contribué à hauteur de 422 millions depuis 2017 pour les réfugiés musulmans rohingya installés au Bangladesh, ainsi qu’à hauteur de 278 millions pour le programme d’accueil des réfugiés en Ouganda, au cours des six dernières années. 

Le délégué a ensuite déclaré que les acteurs humanitaires de terrain ont des responsabilités, notamment vis-à-vis du respect du droit international humanitaire et de ses principes, à savoir humanité, neutralité, impartialité et indépendance. Ils doivent donc veiller au principe de retour volontaire sûr et digne des réfugiés dans leurs pays.  Par ailleurs, observant que la pandémie de COVID-19 a créé des conditions socioéconomiques favorisant les conflits et donc les déplacements forcés, M. Kariuki a jugé important de trouver les moyens de pleinement mettre en œuvre les résolutions 2532 (2020) et 2565 (2021) du Conseil de sécurité, pour la fourniture équitable des vaccins.  En tant que donateur principal du programme COVAX, le Royaume-Uni s’est dit dans ce contexte heureux d’apprendre que des doses ont pu être délivrées aux réfugiés afghans.  La délégation a espéré que des progrès similaires pourront être réalisés dans les mois à venir. 

M. PHAM HAI ANH (Viet Nam) a considéré que, pour empêcher les afflux dramatiques de réfugiés, les gouvernements potentiellement concernés devraient assumer la responsabilité première d’assurer la paix et la sécurité ainsi que de s’attaquer aux causes profondes des conflits que sont la pauvreté et les inégalités, d’une manière globale et inclusive.  Ils devraient en outre, soutenus en cela par la communauté internationale, fournir à leur population des services de base et un environnement propice au développement, a-t-elle ajouté.  Parce que la vie des gens est le bien le plus précieux, le représentant a appelé toutes les parties prenantes concernées par la crise des réfugiés à tout faire pour empêcher que quiconque ne perde la vie en franchissant une frontière ou en se noyant en mer.  Il a ensuite estimé que le règlement de cette crise repose sur le renforcement de la coopération et l’assistance internationales, lesquelles doivent être centrées sur l’être humain, non politisés et conformes aux principes de respect de la souveraineté des pays et de non-ingérence dans leurs affaires intérieures.  Enfin, le représentant a souligné l’importance, au sujet des politiques migratoires, de faire la distinction entre les réfugiés et les migrants clandestins qui émigrent à des fins économiques, en particulier dans le contexte des nouvelles menaces sécuritaires.

M. JUAN RAMÓN DE LA FUENTE RAMÍREZ (Mexique) a déclaré qu’alors que la communauté internationale est confrontée à un volume croissant de déplacements internes et internationaux, on ne peut ignorer qu’en plus des conflits, d’autres facteurs affectent de plus en plus les mouvements de personnes.  Au nombre de ceux-ci, il y a les effets des changements climatiques, que ce soit sous la forme d’événements météorologiques extrêmes ou de phénomènes d’évolution progressive tels que les sécheresses, qui exercent une pression supplémentaire sur les populations.  S’y est ajoutée la pandémie de COVID-19 et ses effets sur l’économie, a-t-il fait remarquer.  Pour le représentant, cette combinaison de facteurs nécessite des réponses globales. 

M. de la Fuente Ramírez a toutefois reconnu que chaque situation est différente, avec des complexités particulières.  Sur cette base, et s’agissant du Myanmar, il a réitéré son appel à la création de conditions nécessaires pour que les réfugiés et autres personnes déplacées de force, en particulier les Rohingya, puissent retourner dans leurs lieux d’origine, sur une base volontaire.  Les réfugiés syriens vivant dans différents pays doivent également pouvoir rentrer chez eux, sur une base volontaire, lorsque les conditions sont réunies, a-t-il aussi demandé.  Concernant l’Afghanistan, il a plaidé pour que tout Afghan souhaitant quitter le pays puisse le faire sans restriction.  En revanche, en Libye, il a jugé crucial de prêter attention aux conditions de détention et de prendre des mesures pour protéger la vie et les droits humains des personnes en quête de protection internationale. 

Le représentant mexicain a également déclaré que son pays n’est pas à l’abri de la question des réfugiés.  Au cours des six premiers mois de 2021, le Mexique a été le troisième pays à recevoir le plus de demandes d’asile au monde.  Fin novembre, il avait reçu plus de 123 000 demandes de statut de réfugiés, ce qui représente une croissance exponentielle par rapport aux années précédentes.  Le taux de reconnaissance du statut de réfugié au Mexique dépasse 70% et est devenu l’un des plus élevés au monde, a-t-il encore précisé.  « Comme c’est la tradition dans mon pays, le Mexique continuera d’assumer la protection et la prise en charge des réfugiés avec responsabilité et ouverture. » 

M. JUN ZHANG (Chine) a exprimé sa reconnaissance au HCR qui, sous la houlette de M. Grandi, a dû surmonter les difficultés liées aux conflits, à la pandémie de COVID-19 et aux catastrophes diverses pour aider les réfugiés à conserver leur dignité.  Observant que, selon les statistiques officielles, le nombre des réfugiés et des personnes déplacées dépasse désormais les 82 millions dans le monde, il a appelé la communauté internationale à continuer de servir le « principe d’humanité » et à coopérer pour fournir une protection à ces populations vulnérables, conformément au droit international et en fonction des spécificités historiques des pays.  Alors que les nations en développement accueillent 86% des réfugiés dans le monde, il convient également d’alléger la charge qui pèse sur eux et d’inclure ces questions dans les plans de relèvement post-COVID-19, a plaidé le délégué.  À ses yeux, il importe également d’éviter le « deux poids, deux mesures » et la politisation en la matière, tout en veillant à ne pas laisser les terroristes et les criminels influer sur la situation.  Dans ce contexte, le Conseil de sécurité doit, selon lui, se concentrer sur sa responsabilité première et ainsi traiter des situations de conflit de manière à œuvrer à un retour digne et sûr des réfugiés et des déplacés.  De même, a-t-il poursuivi, les sanctions doivent être levées afin de permettre aux populations des pays ciblés de bénéficier d’une assistance. 

Évoquant ensuite la Question de Palestine, qui reste sans solution après plus de 70 ans, M. Zhang a rappelé que sept millions de Palestiniens restent réfugiés.  Bien que les chances de création d’un État palestinien semblent s’éloigner, les efforts doivent porter sur l’amélioration de la situation de ces personnes, a-t-il souligné, avant de faire mention des 6,7 millions de personnes devenues des réfugiés à la suite des « printemps arabes » et des conflits qui se sont ensuivis.  Il s’agit là du « fruit le plus amer de l’imposition des règles démocratiques », a jugé le représentant, selon lequel les États responsables de ces évolutions doivent soutenir la reconstruction des pays visés et favoriser le retour des réfugiés.  Il faut aussi veiller à ce que le Conseil s’acquitte de ses fonctions afin que l’histoire ne se répète pas, a-t-il martelé, avant d’exprimer sa préoccupation à l’égard de l’Afrique, continent qui abrite le plus grand nombre de réfugiés dans le monde, et de l’Afghanistan, où la guerre a provoqué le déplacement de dizaines de milliers d’habitants.  Estimant qu’il est urgent de reconstruire ce pays pour éviter une plus grande vague de réfugiés, il a invité le Banque mondiale et le FMI à soutenir les finances du nouveau Gouvernement afghan afin d’alléger les souffrances de la population.  Enfin, après avoir exhorté le Myanmar et le Bangladesh à mener des discussions bilatérales pour permettre le rapatriement progressif des réfugiés rohingya dans leur pays d’origine, le délégué a également appelé au dialogue et à la coopération pour trouver « coûte que coûte » des solutions à la crise des réfugiés aux frontières de l’Union européenne, et ce sans recourir à la force. 

Mme LINDA THOMAS-GREENFIELD (États-Unis) a raconté avoir vu de ses propres yeux le quotidien des réfugiés syriens en Jordanie, qui accueille la plus importante population de déplacés depuis la Seconde Guerre mondiale.  « Sur place, j’ai été le témoin de ce qu’accomplissent le HCR et le PAM, qui ont véritablement transformé le visage des camps de réfugiés, lesquels n’ont plus rien à voir avec ceux que j’ai visités, au Kenya, dans les années 1990 », a-t-elle poursuivi.  La représentante a ainsi expliqué s’être entretenue dans ce camp jordanien avec des femmes syriennes qui, en ce lieu, tentent de reconstruire leur vie en y créant de véritables entreprises tout en éduquant leurs enfants.  Ceux-ci n’ayant connu que la guerre et les déplacements, la représentante des États-Unis a appelé les pays d’accueil à soutenir leur intégration pour que leurs rêves deviennent réalité. 

Mme Thomas-Greenfield a en outre remarqué que les réfugiés syriens ne veulent pas rentrer en Syrie.  Cela nécessite que nous les protégions là où ils vivent, en a-t-elle déduit.  À cet égard, elle a plaidé pour des politiques migratoires plus humaines.  Concernant l’Afghanistan, elle a évoqué le pont aérien mis en place cet été à Kaboul, « le plus important de l’histoire de l’humanité », et demandé aux États Membres d’aider les réfugiés en usant de tous les moyens possibles, notamment en nouant des partenariats durables avec les agences spécialisées de l’ONU.  Elle a annoncé, par ailleurs, que les États-Unis donneraient 1,2 milliard de doses de vaccins contre la COVID-19 en 2022 et qu’ils s’efforceraient d’être à la hauteur de l’espoir qu’ils représentent pour des millions de réfugiés du monde entier. 

Selon Mme INGA RHONDA KING (Saint-Vincent-et-les Grenadines), les bouleversements socioéconomiques déclenchés par les conflits armés, exacerbés par la pandémie et amplifiés par la crise climatique exigent une action internationale « urgente », « ciblée » et « bien coordonnée ».  Les personnes vulnérables, d’Haïti, du Sahel et du bassin du lac Tchad, jusqu’à la Corne de l’Afrique, au Yémen, en Syrie et en Afghanistan ont besoin d’un multilatéralisme renouvelé, a plaidé Mme King.  Un multilatéralisme dont le but serait de fournir une aide humanitaire urgente, de renforcer la souveraineté et restaurer les contrats sociaux et de s’attaquer aux causes profondes des conflits et de l’insécurité. 

Mme King a appelé à une plus grande volonté politique et à des engagements multilatéraux d’ampleur pour aider les États fragiles et touchés par des conflits à mettre en œuvre des processus de paix, renforcer l’état de droit, rétablir la confiance des populations, entre autres.

Du fait des changements climatiques, la perte accrue de biodiversité et la dégradation généralisée de l’environnement ajoutent des contraintes supplémentaires à ces situations déjà complexes et souvent insurmontables.  C’est pourquoi Mme King a appelé les membres du Conseil à travailler de concert à des solutions concrètes, « basées sur l’individu » et « tenant compte du climat », aux multiples défis posés. 

Elle a aussi jugé impératif que tous les politiques et programmes de développement soient centrés sur les principes fondamentaux d’inclusion et d’égalité, en toutes circonstances.  Les intérêts et les conséquences pour les apatrides, les réfugiés et les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays doivent être pleinement pris en compte, a-t-elle martelé.  De même, les droits et perspectives des sociétés indigènes, des minorités ethniques et religieuses, des femmes et des filles, ainsi que d’autres groupes marginalisés, doivent être examinés en profondeur et sauvegardés. 

Les réponses à toute crise, a-t-elle aussi noté, doivent être guidées par les principes fondamentaux du droit international, « en particulier l’autorité souveraine des États ».  Les opérations humanitaires doivent s’appuyer sur des préceptes « d’humanité, de neutralité, d’impartialité et d’indépendance », le retour et la réintégration des personnes déplacées devant toujours être menés « de manière sûre, volontaire, digne et durable ».

Mme King a enfin jugé essentiel que la « justice sociale, économique et environnementale » oriente tous les efforts visant à maintenir la paix et la sécurité internationales. 

M.  GENNADY V. KUZMIN (Fédération de Russie) a rappelé la contribution importante de son pays dans les réponses humanitaires, notamment à l’égard des réfugiés.  La Fédération de Russie apporte également son concours au règlement des conflits dans le monde, a-t-il fait remarquer avant de souligner aussi le soutien qu’apporte son pays au HCR, y compris financièrement.  Le représentant a ensuite déclaré que la première chose à faire pour éviter que des personnes quittent leurs propres pays est d’éviter les conflits et notamment les conflits nés d’ingérence étrangère.  Si la responsabilité première de protéger les civils incombe aux États concernés, a-t-il poursuivi, la communauté internationale a elle aussi un rôle à jouer.  En conséquence, M.  Kuzmin a estimé que les pays qui ont créé des conflits par leur ingérence dans les affaires internes d’autres États doivent en assumer les conséquences, y compris à l’égard des migrants ou des réfugiés. 

Prenant exemple de l’Afghanistan, le représentant a déclaré que l’ingérence extérieure avait créé une instabilité faisant craindre un flux de réfugiés.  Il a donc estimé que les « États occidentaux » et les bailleurs de fonds traditionnels « occidentaux » doivent assumer leurs responsabilités et prendre des mesures pour reconstruire la stabilité et favoriser le retour des réfugiés.  Dans le cas de la Syrie, la priorité est de garantir le retour volontaire des réfugiés syriens, a-t-il recommandé en invitant à tenir compte de l’initiative russe de retour des réfugiés syriens.  Le rapatriement des réfugiés syriens peut contribuer à la reconstruction du pays, a-t-il assuré, appelant le HCR à reprendre ses activités en ce sens.  Par ailleurs, concernant l’accès humanitaire dans la région du Haut-Karabakh, il a invité le HCR à entrer en contact avec les autorités de Bakou et d’Erevan. 

M. MATIN KIMANI (Kenya) a mis en exergue les défis auxquels sont confrontés les pays d’accueil des réfugiés, en particulier le fait que les groupes terroristes exploitent les camps de réfugiés pour recruter et endoctriner.  De la même façon, ces camps servent aux activités criminelles économiques de ces groupes.  Le délégué a donc jugé indispensable que les Nations Unies et les agences humanitaires chargées de la gestion de ces camps veillent à prévenir l’apparition de telles activités.  Il a par ailleurs requis des efforts concertés des États pour accorder aux réfugiés les mêmes droits élémentaires consacrés par les législations nationales.  M. Kimani a ensuite estimé que le HCR a un rôle à jouer pour veiller à ce que la radicalisation et l’appui aux actes terroristes soient éliminés des camps de réfugiés.  De son côté, il est de l’obligation de la communauté internationale d’épauler les réfugiés, en apportant un financement adéquat tel que demandé par les pays d’accueil et le Haut-Commissariat.  Les pays les plus nantis, pour leur part, pourraient faire davantage pour la réinstallation des réfugiés, le financement n’étant qu’un des piliers de la réponse nécessaire, a-t-il fait valoir. 

M. Kimani a ensuite demandé au Haut-Commissaire s’il était en mesure de fournir des chiffres et des données sur la question des populations réfugiées à cause des changements climatiques et de ses répercussions.  Il a également abordé le problème des abus flagrants des droits de la personne sur les côtes de la Méditerranée, et voulu savoir si, de l’avis de M. Grandi, il serait réaliste de nourrir l’espoir que les politiques européennes à l’endroit des réfugiés et des migrants africains pourraient changer.  Il a renvoyé à cet égard à un article faisant état de prisons secrètes, ou de décisions liées au financement et au recours à des milices pour s’assurer que les réfugiés n’arrivent pas en Europe.  Il a enfin demandé si ce « scandale » finirait dans un avenir proche. 

Mme GERALDINE BYRNE NASON (Irlande) a salué la « franchise » de M. Grandi, reconnaissant les « défis immenses » auxquels est confronté le HCR.  Elle a aussi remercié les pays d’accueil qui font face à un fardeau de plus en plus lourd.  Constatant que le nombre des personnes déplacées de force atteint à présent 84 millions, « un record », elle a imputé cette situation à la multiplication des conflits.  En Afghanistan, a-t-elle relevé, ce sont près de 700 000 personnes supplémentaires qui ont été déplacées cette année, ce qui porte le total à près de six millions d’individus, soit plus que la population de l’Irlande.  Face à ce besoin humanitaire gigantesque, le Conseil de sécurité a la responsabilité d’agir et notamment d’éliminer les obstacles qui empêchent l’acheminement de l’aide vitale et urgente, a souligné la représentante, avant d’évoquer le sort des femmes et des filles afghanes qui fuient pour protéger leur vie et « leurs rêves ».  Cela fait aujourd’hui 81 jours que les filles afghanes ne peuvent plus aller à l’école, a-t-elle dénoncé, appelant le Conseil à ne pas les oublier alors qu’il réfléchit aux suites à donner au mandat de la MANUA. 

La déléguée a également averti qu’après plus de 10 années de conflit en Syrie, les difficultés que rencontrent les déplacés dans ce pays sont aujourd’hui aggravées par l’arrivée de l’hiver.  Compte tenu de la fragilité de la situation, il est impératif que l’aide atteigne les nécessiteux, indépendamment de toute considération politique.  Elle s’est, d’autre part, alarmée de la situation en Éthiopie, où les populations n’ont d’autre choix que de fuir les violences et les destructions.  Le Conseil doit, selon elle, rester uni et exiger de toutes les parties qu’elles respectent le droit international humanitaire.  Il a en outre la responsabilité de prévenir toute dégradation de cette crise et d’appuyer les efforts de paix déployés par les pays de la région, a-t-elle affirmé, ajoutant que « nous ne pouvons permettre que cette catastrophe se déroule sous nos yeux ».  Aux conflits s’ajoutent des facteurs connexes comme la faim et les changements climatiques, a poursuivi Mme Byrne Nason, souhaitant que le Conseil intègre les conséquences de ces crises dans son mandat.  Soulignant, à cet égard, le lien qui existe entre le climat et la sécurité au Sahel, elle a invité le Conseil à utiliser les données du terrain pour étayer ses prises de décision.  « Lorsque le leadership et le multilatéralisme échouent, les plus vulnérables en ressentent les effets », a-t-elle prévenu, avant de réitérer le soutien de son pays au « travail essentiel » du HCR, notamment dans les camps surpeuplés et auprès des communautés d’accueil. 

M.  TAREK LADEB (Tunisie) a déclaré que la conviction de son pays en matière de réfugiés se base sur son adhésion aux textes internationaux y relatifs, sur son expérience en tant que pays d’origine, de transit ou de destination, mais également sur sa culture méditerranéenne et africaine.  Pour ces raisons, et étant donné l’aggravation de la situation, le délégué a plaidé pour une démarche cohérente et holistique, fondée non seulement sur la paix et le développement durable, mais également sur le principe de « responsabilité commune mais différenciée ». 

Poursuivant, le représentant a estimé qu’afin de résoudre les défis posés par la migration forcée, le Conseil de sécurité devrait mettre l’accent sur la nécessité d’éviter les conflits.  Le Conseil doit également renforcer les dimensions « développement » et « solidarité » lorsque qu’il traite des causes fondamentales des crises et des migrations, a-t-il recommandé.  Il a fait observer que, en se déplaçant, les personnes recherchent une vie meilleure.  Le représentant a donc appelé à fournir un appui économique aux pays en développement d’origine ou de destination.  Il faut, enfin, traiter de la question des migrations et de l’asile conformément aux principes du droit international des droits de l’homme, a-t-il rappelé, tout en veillant à suivre les risques liés au terrorisme et à la criminalité transfrontière. 

M. NICOLAS DE RIVIÈRE (France) a appelé à ce que « le partage solidaire des responsabilités » guide l’action du Conseil.  À l’heure où le nombre de personnes déplacées et des besoins de protection n’a jamais été aussi élevé, notamment au Sahel, où la situation s’aggrave, porter assistance aux personnes contraintes à l’exil est « une responsabilité » et « un devoir » à partager collectivement, a-t-il estimé. 

Appelant à « tout faire » pour soutenir les pays en première ligne face aux déplacements de grande ampleur, le représentant a estimé que ce n’était qu’à travers une approche « solidaire, globale et collective » que la prise en charge des réfugiés et le sort des personnes déplacées s’amélioreraient.

Dans ce contexte, la mise en œuvre du Pacte mondial sur les réfugiés est prioritaire, a-t-il souligné. 

La France travaille activement à la mise en œuvre de ses engagements pris lors du Forum mondial sur les réfugiés en 2019.  Notamment dans le cadre de programmes de renforcement des capacités en matière d’asile, par exemple au Niger, et dans le cadre de son programme de réinstallation, mis en œuvre désormais dans neuf pays du Proche-Orient et d’Afrique.  Elle a quasiment doublé en un an sa contribution au HCR pour atteindre cette année 100 millions de dollars, dont 45 millions consacrés à répondre à la crise afghane.

Appelant à des retours « volontaires », « durables », dans des conditions « sûres et dignes », le délégué a regretté que de telles conditions ne soient pas remplies en Syrie ou en Birmanie.  En Syrie, il a dénoncé de « graves violations des droits de l’homme », commises de manière « systématique » par le régime.  Or, les réfugiés ne pourront pas rentrer de manière sûre, digne et durable tant que le régime continuera de s’opposer à leur retour, en menaçant leurs vies et en les privant de leurs droits, notamment de propriété, a-t-il estimé.  Jugeant essentiel que le HCR puisse assurer un suivi effectif des réfugiés syriens de retour, il a condamné fermement « toute instrumentalisation politique des flux migratoires ». 

Évoquant ensuite la situation à la frontière entre la Pologne et le Bélarus, il a estimé « inacceptable » de « mettre en danger la vie d’individus vulnérables à des fins politiques », et jugé qu’il revenait au Conseil de créer les conditions d’un règlement durable. 

L’insécurité et les violations massives des droits de l’homme sont les premières causes de déplacements, a enfin rappelé M. de Rivière.  Qu’il s’agisse de la Syrie ou de la Birmanie, seules des solutions politiques permettront de stabiliser durablement ces pays et de relever les défis liés aux déplacements de populations, a-t-il conclu.

M. ABDOU ABARRY (Niger) a évoqué la situation dans son pays, qui se montre généreux en matière d’accueil de réfugiés alors qu’il affronte un contexte sécuritaire, celui du Sahel, particulièrement difficile.  Selon lui, la consolidation de la paix et l’action humanitaire doivent se combiner et, dans ce cadre, la communauté internationale doit redoubler d’efforts pour que les pays d’accueil disposent des ressources nécessaires à la protection des réfugiés.  Il s’agit, a-t-il rappelé, de sauver des vies.  En tant que Président en exercice du Conseil de sécurité, il a également rappelé le rôle du Niger dans la promotion de la réunion des conditions propices à un retour digne et sûr des réfugiés et demandeurs d’asiles libyens.  En outre, avec le Nigéria, tout est mis en œuvre pour un rapatriement dans ces mêmes conditions des réfugiés ayant fui les exactions de Boko Haram, a-t-il ajouté.  Le représentant permanent a indiqué que, avec le HCR et les pays partenaires de la région, le Niger s’efforce d’intégrer ceux des réfugiés nigérians qui n’ont pas pu regagner leur pays, cela en fournissant notamment aux enfants l’accès à l’éduction et à la santé et en accompagnant l’autonomisation des adultes afin qu’ils participent à la vie économique des communautés où ils sont installés.

Par ailleurs, il a jugé impératif que la question des déplacés de force et des apatrides soit incluse dans les réponses nationales aux violences sexistes et contre les enfants.  Enfin, il a indiqué que les forces armées du Niger aident les civils dans le contexte périlleux de lutte contre le terrorisme dans la région du Sahel, en s’assurant en particulier que l’aide humanitaires parvient aux communautés touchées par ce fléau.  M. Abarry a mentionné en conclusion la création, par le Gouvernement de son pays, du Recensement administratif de développement à vocation humanitaire, qui vise à traiter de la question délicate de l’apatridie. 

Reprenant la parole en fin de séance pour répondre aux questions des membres du Conseil, le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés a salué l’accent mis dans le rapport sur les solutions aux déplacements internationaux.  Celles-ci sont parfois différentes de celles afférentes aux réfugiés bien que certains éléments se recoupent, a-t-il relevé.  S’agissant du lien « extrêmement complexe » entre crise humanitaire et changements climatiques, il a donné l’exemple du Sahel où les ressources deviennent rares, les communautés entrent en conflit entre elles, et cela finit par provoquer des déplacements.  Ces chaînes causales se retrouvent de plus en plus dans le monde, a-t-il remarqué. 

Répondant au Kenya, il a dit s’efforcer de ne pas avancer des chiffres qui ne seraient qu’indicatifs car il est plus complexe de quantifier certaines questions au niveau mondial.  Nous avons été très actifs sur l’aspect sanitaire de la pandémie pour les réfugiés et déplacés, qui se trouvent souvent dans des nations où les populations sont « sous-vaccinées », a-t-il indiqué.  Il a invité à porter l’attention sur « ces pays qui en aident d’autres » et à examiner la manière dont les filets de sécurité sociale mis en place dans de nombreux pays pourraient aussi aider les populations déplacées.  Il a remercié l’Irlande et le Kenya qui ont vraiment établi des liens au cœur de ces questions complexes. 

S’agissant de l’Afghanistan, il a demandé de mettre l’accent sur la prévention d’un afflux de migrants dû à l’effondrement des structures étatiques, estimant que cela est évitable.  Des mécanismes de transition sont en train d’être négociés entre les institutions de Bretton Woods et d’autres organisations, a-t-il fait savoir.  Les Taliban et la communauté internationale doivent trouver un modus vivendi pour coexister et résoudre la question des droits des femmes, y compris le droit à l’emploi, a-t-il souhaité.  Reconnaissant que c’est une question délicate d’un point de vue politique, il a prévenu que si on ne fixe pas une trajectoire précise, on ne sera pas en mesure de trouver une solution viable pour ce pays. 

S’agissant du Myanmar, M. Grandi a indiqué que la situation politique fait qu’il est difficile de dialoguer avec ceux qui contrôlent actuellement le pays.  Il s’est inquiété à nouveau de la situation des Rohingya se trouvant dans le nord du pays ainsi qu’au Bangladesh.  Le Haut-Commissaire a demandé au Conseil de ne pas les oublier. 

D’autre part, M. Grandi a dit poursuivre son dialogue avec la Commission européenne qui a fait une proposition très importante, selon lui, en vue de l’adoption d’un pacte sur le droit d’asile.  Le débat se heurte toutefois à des obstacles politiques très forts, a-t-il dit en comptant sur l’Union européenne pour favoriser un dialogue avec les pays d’origine et de transit. 

Le Haut-Commissaire s’est encore alarmé de la situation en Libye en dépit du travail du HCR et de l’OIM et malgré la construction des centres d’accueil.  Tout y est très fragile, a-t-il constaté, misant sur l’aboutissement du processus électoral car, sans une stabilité politique, il sera difficile de gérer le flux migratoire.  Il a insisté pour que cette question « ne disparaisse pas des radars du Conseil ». 

Revenant aussi sur la Syrie, M. Grandi a parlé des divergences sur le retour des Syriens et a incité à un débat plus franc.  Les pays voisins accueillent plus de six millions de réfugiés syriens, a-t-il souligné, exhortant, là aussi, à un « débat de fond » pour mobiliser tous les acteurs tant en Syrie qu’au sein de la communauté des donateurs.  Le Haut-Commissaire a appelé à trouver une solution politique au conflit. 

Répondant à la Fédération de Russie au sujet du Nagorno-Karabakh, il a dit être en dialogue avec les parties au conflit en vue de garantir un retour volontaire et durable en Arménie et en Azerbaïdjan. 

Le Haut-Commissaire pour les réfugiés a également réagi aux déclarations des membres du Conseil ayant évoqué une solution pour les réfugiés palestiniens, rappelant que cela relevait de ses responsabilités lorsqu’il était à la tête de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) mais que ce ne l’était plus.  Il a dit qu’il transmettrait les questions des membres du Conseil sur les réfugiés palestiniens à ses collègues de l’UNRWA. 

Dans sa réponse au Kenya, il a assuré que le HCR est saisi de la question de l’état de droit dans les pays d’accueil des réfugiés.  Il s’est enfin félicité que le HCR ait obtenu, ce matin même, des annonces de contributions à hauteur d’un milliard de dollars, chiffre record pour le HCR.  Mardi prochain, il organisera à Genève une réunion pour faire suite au Forum mondial sur les réfugiés, a-t-il aussi annoncé.

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