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8816e séance – après-midi 
CS/14576

Conseil de sécurité: l’Envoyé spécial pour la Corne de l’Afrique appelle à faire avancer les négociations autour du Grand barrage éthiopien de la Renaissance

Le Conseil de sécurité s’est réuni, cet après-midi, pour faire le point sur le différend entourant le Grand barrage éthiopien de la Renaissance.   À cette occasion, l’Envoyé spécial du Secrétaire général pour la Corne de l’Afrique a indiqué que les parties, à savoir l’Égypte et le Soudan d’une part, et l’Éthiopie de l’autre, n’ont pas été en mesure de s’entendre sur un cadre d’engagement pour régler certaines questions fondamentales, notamment un mécanisme de résolution des différends et le remplissage et l’exploitation du barrage pendant les années de sécheresse. 

Face au manque de progrès des négociations, M. Parfait Onanga-Anyanga a appelé les parties à éviter toute déclaration qui augmenterait les tensions dans une région déjà soumise à une série de défis, notamment l’impact de la COVID-19 et les conflits violents.  « Ensemble, avec d’autres partenaires intéressés », il est possible d’aller de l’avant en vue de traiter la question de manière pacifique, constructive et globale, conformément à l’esprit de coopération mis en évidence dans la Déclaration de principe de 2015, a-t-il affirmé. 

La Directrice exécutive du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), organe chargé par le Secrétaire général de fournir des conseils techniques en vue d’aider les pays à trouver un terrain d’entente sur cette question, a souligné que là où l’eau est rare et les sécheresses fréquentes, comme c’est le cas dans le bassin du Nil-Bleu, la coopération le long d’un fleuve partagé est la seule option durable à long terme. 

À ce stade, et compte tenu de l’augmentation d’autres sources de tension régionale, a indiqué Mme Inger Andersen, surmonter les divergences qui subsistent entre les parties nécessitera un travail minutieux et la détermination des trois États à parvenir à une « solution coopérative » dans l’esprit « un fleuve, un peuple, une vision ». 

Sur ce point, la Ministre des affaires étrangères du Soudan a souhaité que le remplissage et l’exploitation de ce barrage se fassent sur la base d’un accord juridiquement contraignant.  « Nous sommes bien conscients que ses avantages ne seront pas limités au seul voisin éthiopien, à condition toutefois qu’il soit rempli et exploité dans le cadre d’un accord juridique entre les trois pays », a souligné Mme Marim Alsadig A. Al Mahdi.  Opposée à toute méthode unilatérale de remplissage et d’exploitation du Grand barrage, la Ministre a notamment alerté qu’en l’absence d’informations sur ces modalités, la sécurité du barrage de Roseires, qui alimente 70% des projets agricoles irrigués du Soudan, sera gravement menacée. 

Qualifiant à son tour le Grand barrage de « menace existentielle » pour son pays, le Ministre des affaires étrangères de l’Égypte a alerté en outre que cette structure pourrait provoquer des pénuries en eau allant jusqu’à 120 milliards de mètres cubes et décrié l’annonce, le 5 juillet par l’Éthiopie, de la reprise du remplissage du barrage. 

M. Sameh Shoukry a également accusé l’Éthiopie d’avoir fait dérailler les négociations menées par l’Union africaine (UA) et de chercher à réorienter les pourparlers vers la conclusion d’arrangements non contraignants qui retireraient aux États en aval toute protection face aux effets adverses du Grand barrage.  L’Égypte, a-t-il assuré, ne s’est jamais opposée au droit de l’Éthiopie d’exploiter les ressources du Nil-Bleu.  « Cependant, l’Égypte attend, et exige en effet, que son coriverain en amont se conforme à ses obligations juridiques internationales qui l’obligent à éviter d’infliger des dommages importants aux intérêts de ses voisins en aval », a-t-il insisté.  Il a également exhorté le Conseil de sécurité à adopter le projet de résolution sur la question qui a été distribué par la Tunisie et qui engagerait les parties à finaliser sans tarder le texte d’un accord juridiquement contraignant sur le remplissage et l’exploitation du Grand barrage. 

Estimant en revanche que la résolution de la « question du Nil » ne se trouve pas au sein du Conseil de sécurité, le Ministre de l’eau, de l’irrigation et de l’énergie de l’Éthiopie a privilégié l’approche proposée par le Président Tshisekedi, en sa qualité de Président de l’Union africaine, estimant que celle-ci permettra de sortir du « bourbier » créé par « l’héritage colonial du bassin du Nil que l’Égypte et le Soudan sont déterminés à préserver ».  

« Aucun de nous ne devrait avoir soif en regardant l’autre boire », a reconnu M. Seleshi Bekele Awulachew, tout en soulignant qu’il n’existe aucune alternative viable au Grand barrage éthiopien de la Renaissance, près de 70% de l’eau dont dispose l’Éthiopie se trouvant dans le bassin du Nil.  Le Grand barrage, a-t-il affirmé, est le « bon barrage construit au bon endroit » pour améliorer le sort de la population de l’ensemble de la région.  

Avant de céder la parole aux trois Ministres, la France, qui préside le Conseil pendant ce mois de juillet, a justifié la tenue de cette réunion par le fait que la responsabilité du Conseil est d’éviter que la prolongation de ce différend ne devienne une menace pour le maintien de la paix et de la sécurité internationales.  La délégation s’est notamment inquiétée du fait qu’après 10 ans de négociations, la confiance est « abîmée » et la poursuite du remplissage du réservoir du barrage accroît les tensions.  

À l’instar du Royaume-Uni, la grande majorité des membres du Conseil de sécurité a appelé les trois parties à s’abstenir d’actions qui sapent les négociations, les encourageant à s’engager de manière constructive et urgente pour conclure les négociations et parvenir à un accord mutuellement acceptable. 

À l’instar du Président Tshisekedi, la délégation de la République démocratique du Congo (RDC) a mis en garde contre toutes déclarations ou prises de position qui pourraient compromettre ou compliquer le processus « très délicat » des négociations en vue d’une « solution africaine ».

PAIX ET SÉCURITÉ EN AFRIQUE

Déclarations

M. PARFAIT ONANGA-ANYANGA, Envoyé spécial du Secrétaire général pour la Corne de l’Afrique, a indiqué que depuis la première réunion sur le Grand barrage éthiopien de la Renaissance, en juin 2020, les parties n’ont pas été en mesure de s’entendre sur un cadre d’engagement pour régler les questions litigieuses restantes.  Elles doivent se mettre d’accord sur certaines questions fondamentales, notamment un mécanisme de résolution des différends et le remplissage et l’exploitation du barrage pendant les années de sécheresse.

L’Envoyé spécial a ensuite dressé une chronologie des différentes réunions organisées sur la question depuis octobre 2020, précisant que le Soudan, avec le soutien de l’Égypte, a officiellement demandé à l’Union africaine (UA), aux Nations Unies, aux États-Unis et à l’Union européenne (UE) d’assurer une médiation entre les parties.  L’Éthiopie, quant à elle, préfère que moins de changements soient apportés au processus en cours dirigé par l’UA.

Face à l’absence de progrès dans les pourparlers, le Président Tshisekedi de la RDC, en sa capacité de Président de l’UA, s’est engagé avec les parties sur la base d’une approche en deux étapes pour répondre à la question la plus urgente du remplissage du Grand barrage éthiopien de la Renaissance pendant la saison des pluies, et ensuite, les garanties pour un accord plus complet sur le remplissage et l’exploitation ultérieurs du barrage.  Le 24 juin, le Président Tshisekedi a convoqué virtuellement le Bureau des chefs d’État de l’Union africaine pour un « échange d’informations » sur le GERD.  Malheureusement, aucun progrès significatif n’a été enregistré en présence de l’Éthiopie et de l’Égypte, tandis que le Soudan a décidé de ne pas y assister.  Par ailleurs, le 15 juin, la Ligue des États arabes a adopté une résolution sur le différend, qui, entre autres, demande à l’Éthiopie de s’abstenir de remplir le réservoir du Grand barrage sans parvenir à un accord.  L’Éthiopie a vu dans le communiqué une tentative de politiser et d’internationaliser le différend.

L’Envoyé spécial a également fait état d’interactions bilatérales entre l’Éthiopie et le Soudan ainsi que de la récente déclaration du Soudan exprimant sa volonté d’accepter un accord intérimaire sur le remplissage du barrage à condition qu’un accord soit signé concernant tous les autres points qui ont été convenus à ce jour et assurant la continuité des négociations dans un délai déterminé.  Entretemps, le 5 juillet dernier, le Gouvernement éthiopien a informé l’Égypte et le Soudan du début du remplissage pour la deuxième année du Barrage.  L’Égypte et le Soudan se sont opposés à cette notification, réitérant leur position selon laquelle tout nouveau remplissage devrait avoir lieu dans le contexte d’un cadre convenu.

Chacun des pays partageant les eaux du Nil a des droits et des responsabilités, et l’utilisation et la gestion de cette ressource naturelle nécessitent l’engagement continu de toutes les nations concernées, de bonne foi, en vue de trouver un terrain d’entente, a souligné l’Envoyé spécial.  Pour faciliter ce processus, le Secrétaire général a chargé le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) de fournir des conseils techniques fondés sur les meilleures données et connaissances scientifiques disponibles, en vue d’aider les pays à trouver un terrain d’entente sur la manière de traiter cette question délicate.

Qualifiant cette question d’importance critique et face au manque de progrès de négociations, M. Onanga-Anyanga a appelé toutes les parties à traiter la question de manière constructive et à éviter toute déclaration qui augmenterait les tensions dans une région déjà soumise à une série de défis, notamment l’impact de la COVID-19 et les conflits violents.  « Ensemble, avec d’autres partenaires intéressés », il est possible d’aller de l’avant en vue de traiter la question de manière pacifique, constructive et globale, conformément à l’esprit de coopération mis en évidence dans la Déclaration de principes de 2015, a-t-il affirmé.  Pour sa part, a conclu l’Envoyé spécial, l’ONU reste disponible pour promouvoir une solution gagnant-gagnant en soutenant les États Membres dans la navigation de cette question complexe, où une véritable volonté politique, le compromis et le bon voisinage sont essentiels.

Mme INGER ANDERSEN, Directrice exécutive du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), a déclaré qu’une infrastructure hydraulique bien planifiée sur un cours d’eau partagé peut être une source de collaboration renforcée et ne doit pas nécessairement être un jeu à somme nulle.  Elle a indiqué que le Grand barrage éthiopien de la Renaissance, qui est en cours de construction depuis 2011, permettra d’améliorer les sources énergétiques de l’Éthiopie, notamment en lui permettant d’augmenter l’électrification, d’accélérer l’industrialisation et d’exporter le surplus d’électricité dans la région.  La construction du barrage touche maintenant à sa fin, et en 2020, le réservoir a commencé à se remplir pour la première fois, environ 4,9 milliards de mètres cubes d’eau ayant été retenus.  Suite au début de la saison des pluies de 2021, l’Éthiopie a annoncé que de l’eau supplémentaire avait commencé à s’accumuler dans le réservoir.  Une fois achevé, a précisé Mme Andersen, le Grand barrage éthiopien de la Renaissance pourra stocker 74 milliards de mètres cube d’eau et produire jusqu’à 5,150 MW.

Relevant qu’un grand barrage modifie le débit d’une rivière, elle a signalé que là où l’eau est rare et les sécheresses fréquentes, comme c’est le cas dans le bassin du Nil-Bleu, la coopération le long d’un fleuve partagé est la seule option durable à long terme.  Dans les années à venir, deux des plus grands barrages au monde, le Haut-Barrage d’Assouan, en Égypte, et le Grand barrage éthiopien de la Renaissance, contrôleront et réguleront considérablement le débit du Nil, a-t-elle indiqué, notant que ce dernier a des implications importantes à la fois pour le développement humain et pour l’environnement.  Une gestion prudente et coopérative à l’échelle du bassin peut maximiser les effets positifs d’une infrastructure aussi importante, et aider à minimiser les conséquences négatives.

Mme Andersen a rappelé la signature, en 2015, d’un accord sur une déclaration de principe entre l’Égypte, l’Éthiopie et le Soudan relatif à la coopération autour des ressources transfrontalières en eau.  Elle a indiqué que des progrès ont été réalisés dans de nombreux domaines, mais qu’aucun consensus n’a été atteint concernant certaines questions critiques, notamment les dispositions pour la gestion des sécheresses prolongées; le développement en amont et en aval du Grand barrage éthiopien de la Renaissance; et un mécanisme de règlement des différends.  Certains différends subsistent également au sujet de la portée et la nature de l’accord proposé.  À ce stade, et compte tenu de l’augmentation d’autres sources de tension régionale, a-t-elle poursuivi, surmonter les divergences qui subsistent entre les parties nécessitera un travail minutieux et la détermination des trois États à parvenir à une « solution coopérative » dans l’esprit « un fleuve, un peuple, une vision ».

Un accord sur le Grand barrage éthiopien de la Renaissance doit être trouvé, a insisté la Directrice exécutive du PNUE qui a souligné qu’une gestion efficace et coopérative de l’eau est d’autant plus importante dans le contexte des changements climatiques.  Selon les modèles climatiques, le débit du Nil présentera une variabilité plus élevée au cours de la période allant jusqu’en 2040, provoquant davantage d’inondations et des sécheresses plus intenses.  Il est donc impératif que les parties travaillent ensemble pour gérer ces défis interconnectés.  Et pour parvenir à un accord optimal, la confiance, la transparence et un engagement ouvert seront essentiels.

M. PAUL LOSOKO EFAMBE EMPOLE (République démocratique du Congo RDC) a déclaré que le Grand barrage éthiopien de la Renaissance sera le plus grand barrage de l’Afrique avec 1 800 mètres de longueur, 155 mètres de hauteur, et un volume total de 74 milliards de mètres cubes.  Il a expliqué que ce gigantesque ouvrage situé à 15 kilomètres de la frontière soudanaise pose des problèmes à son voisin immédiat le Soudan et à la République arabe d’Égypte dont les économies et le bien-être des populations dépendent étroitement des eaux du Nil-Blanc situées en aval du Nil-Bleu.  Face à ce conflit, M. Empole a noté qu’il existait aujourd’hui quelques propositions encourageantes dont le projet d’accord rédigé par les parties avec l’assistance des experts de l'Union Africaine (UA).  « L’état des lieux de ces propositions indique que 90% des problèmes techniques ont déjà été résolus », s’est félicité le délégué avant de noter qu’il ne restait plus aux parties qu’à aplanir les divergences techniques et juridiques restantes, principalement la nature de l’accord à signer, le mécanisme de règlement des différentes et la gestion du débit d’eau lors des sècheresses.

M. Empole a expliqué que c’est dans ce contexte que la RDC, pays qui assume la présidence de l'UA pour l’exercice 2021-2022, a pris une série d’initiatives diplomatiques au plus haut niveau dont l’organisation en avril dernier, en présentiel, de la conférence ministérielle de Kinshasa sur le Grand barrage et, par la suite, le « ballet diplomatique » effectué par le Président Tshisekedi auprès de la République arabe d’Égypte, la République du Soudan et la République fédéral d’Éthiopie afin de relancer des négociations en vue d’un accord qui tienne compte des intérêts de tous.  Après avoir fait rapport de ces consultations au Bureau des chefs d’État et de gouvernements de l’UA réunis le 24 juin, le Président Tshisekedi a demandé à toutes les partis de s’abstenir de déclarations ou de prises de position qui pourraient compromettre ou compliquer le processus « très délicat » des négociations en vue d’une « solution africaine ».  Le délégué a appelé à briser la glace de la méfiance et à offrir à chacun la garantie de la prise en compte de ses intérêts ainsi que de la bonne fin du processus en cours.  Dans ce contexte, il a estimé que le Conseil de sécurité ferait œuvre utile d’inviter l’Égypte, le Soudan et l’Éthiopie à poursuivre les discussions dans le cadre de l’UA, et sous la médiation de son Président en exercice, conformément au principe de subsidiarité et à la Charte de l’ONU.

M. TAREK LADEB (Tunisie) a souhaité que la présente séance puisse donner un nouveau souffle aux négociations sous la houlette de l’Union africaine afin d’aider les trois pays à trouver un accord juridiquement contraignant qui respecterait les intérêts vitaux de leurs populations en matière de sécurité hydrique et de droit au développement.  Face à la situation actuelle, il a exhorté à une coopération et collaboration entre les trois pays dans le cadre d’un mécanisme sur l’utilisation des ressources hydriques et le règlement du différend.  Ce mécanisme devra respecter le droit des pays en amont sans porter préjudice aux pays en aval.  Cela n’est pas impossible, il faut juste une volonté politique de la part des trois pays, a-t-il dit avant de les exhorter à s’abstenir de prendre des mesures unilatérales de nature à compliquer davantage la situation.  Il a par ailleurs jugé très important que les Nations Unies et le Conseil de sécurité appuient le rôle primordial de l’Union africaine.

Mme BARBARA WOODWARD (Royaume-Uni) s’est félicitée que les trois parties, le Soudan, l’Égypte et l’Éthiopie, aient poursuivi les discussions pour parvenir à un accord trilatéral plus détaillé sur le remplissage et l’exploitation du Grand barrage éthiopien de la Renaissance.  Elle s’est dite convaincue qu’en travaillant ensemble et avec le soutien continu de l’Union africaine et de la communauté internationale au sens large, l’Égypte, l’Éthiopie et le Soudan trouveront la détermination de parvenir à un accord, dans l’intérêt de tous.  Elle a insisté sur l’importance de parvenir à un consensus et s’est félicitée du fait que de nombreuses questions clefs figurent dans la Déclaration de principe de 2015.

Nous appelons les trois parties à s’abstenir d’actions qui sapent les négociations et nous les encourageons à s’engager de manière constructive et urgente -dans un esprit de compromis- pour conclure les négociations et parvenir à un accord mutuellement acceptable, a insisté la représentante.  Elle a ensuite réaffirmé le ferme soutien du Royaume-Uni au processus dirigé par l’UA et aux Gouvernements d’Égypte, d’Éthiopie et du Soudan dans leurs efforts pour parvenir à un accord équitable et mutuellement acceptable.

M. MARTIN KIMANI (Kenya) a regretté que le bassin du Nil, qui tout long de son histoire a été une source d’espoir et de connexion, soit traité aujourd’hui au sein du Conseil de sécurité dont le mandat est lié à la paix et la sécurité internationales.  Il a noté que bien que cette réunion porte sur le Grand barrage éthiopien de la Renaissance et les trois pays concernés, elle concerne également les 10 pays réunis par l’ambition qui a abouti à l’initiative du bassin du Nil en 1999 dont l’objectif était de développer les ressources hydriques du bassin du Nil de façon durable et équitable.

Il a félicité les Gouvernements de l’Égypte, de l’Éthiopie et du Soudan pour leur foi et leur confiance dans la capacité des mécanismes de l’Union africaine à les amener à un accord négocié.  Dans le même temps, le Kenya reconnaît l’importance cruciale du principe de subsidiarité dans cette affaire et la recommande au Conseil de sécurité.  Le représentant a ensuite appelé les parties à s’engager à nouveau à négocier de bonne foi dans le cadre du processus dirigé par l’UA, les exhortant à éviter les propos incendiaires et à faire du principe « des solutions africaines aux défis africains » une réalité.

Mme MONA JUUL (Norvège) a dit que les trois parties -l’Égypte, l’Éthiopie et le Soudan- ont des intérêts légitimes dans le Nil et ses ressources en eau.  Elle a estimé qu’une solution durable au problème du Grand barrage éthiopien de la Renaissance ne peut être trouvée que par les parties elles-mêmes.  Notant que la Déclaration de principe est un bon cadre pour parvenir à une utilisation équitable et raisonnable du Nil-Bleu, Mme Juul a appelé les parties à parvenir à un consensus sur les modalités d’une coopération future, sur la base de ces principes, ainsi que sur la transparence et la confiance.  « Cela nécessite un engagement constructif, la volonté politique et le courage de trouver des compromis », a-t-elle insisté avant d’appeler les trois parties à s’abstenir de toute action qui pourrait saper les négociations.  Elle les a également engagés à faire pleinement usage des bons offices de l’Union africaine, l’objectif étant de parvenir à un accord qui bénéficiera au développement et à la prospérité des trois parties.

Mme INGA RHONDA KING (Saint-Vincent-et-les Grenadines) a reconnu l’importance primordiale du Nil et sa valeur intrinsèque en tant que ressource en eau transfrontalière pour chacune des parties, et par extension pour tous les États riverains, afin d’améliorer la qualité de vie de leurs populations.  En effet, le Nil est indispensable au développement durable et socioéconomique de chacune des parties et nous prenons note de leurs désaccords et de leurs préoccupations crédibles concernant son utilisation, a-t-elle dit.  Elle a encouragé les parties à apaiser leurs positions tranchées et à poursuivre les négociations trilatérales de bonne foi, afin de parvenir à un accord amiable, équitable et raisonnable.  La représentante a estimé que les bons offices de l’Union africaine restent essentiels pour faciliter un dialogue constructif et des négociations sérieuses.  L’UA est la mieux placée pour faciliter le règlement pacifique des différends, a-t-elle souligné, insistant sur l’importance de respecter le principe de subsidiarité, ainsi que le Chapitre VIII de la Charte des Nations Unies.

Se disant conscient de l’importance du plus grand projet hydroélectrique en Afrique, M. VASSILY A. NEBENZIA (Fédération de Russie) a noté les préoccupations légitimes de l’Égypte et du Soudan quant à l’impact potentiellement négatif du barrage, en l’absence d’un accord.  Il a exhorté les parties à parvenir à un accord négocié dans l’esprit de la Déclaration de Khartoum de 2015 en tenant compte des progrès réalisés dans la définition des modalités du barrage.  « La compréhension et la confiance mutuelles sont nécessaires », a-t-il souligné, avertissant que les déclarations sur l’usage possible de la force devraient être évitées.  Il s’est déclaré préoccupé par l’escalade de la rhétorique conflictuelle, estimant que les désaccords sur le développement ne devraient pas conduire à des menaces pour la paix et la sécurité.  À ses yeux, parvenir progressivement à un accord sur le remplissage du réservoir et l’exploitation de la centrale pourrait aider à trouver un accord mutuellement acceptable.  « Le mieux serait de négocier avec tous les pays du bassin du Nil », a-t-il dit, avant de saluer l’implication de l’Union africaine, y compris son comité d’experts techniques et juridiques.

Le représentant a appelé l’Union africaine à intensifier ses efforts, notant que l’augmentation du nombre de médiateurs et d’observateurs n’apportera pas de valeur ajoutée.  Il a proposé que toutes les parties intéressées profitent de leur présence à New York pour y tenir des pourparlers sur place, sous la médiation de la présidence de l’Union africaine.  Décrivant cette option comme la meilleure contribution que le Conseil puisse apporter à la recherche d’une solution, le représentant russe a par ailleurs fait part de la volonté de son pays de fournir une surveillance par satellite du remplissage du réservoir à la demande de toutes les parties concernées.

Pour Mme LINDA THOMAS-GREENFIELD (États-Unis), la Corne de l’Afrique est à un point d’inflexion.  Les décisions qui seront prises dans les semaines et les mois à venir auront des conséquences importantes et à long terme pour les habitants de la région.  Elle a estimé qu’une solution équilibrée et équitable pour le remplissage et l’exploitation du Grand barrage éthiopien de la Renaissance peut être trouvée avec l’engagement politique de toutes les parties.  Selon elle, les préoccupations de l’Égypte et du Soudan concernant la sécurité de l’eau, ainsi que la sécurité et le fonctionnement du barrage peuvent être conciliées avec les besoins de développement de l’Éthiopie.

Jugeant que l’Union africaine est le lieu le plus approprié pour traiter ce différend, elle a demandé instamment à l’Union africaine et aux parties d’utiliser l’expertise et le soutien des trois observateurs officiels -l’Afrique du Sud, l’Union européenne et les États-Unis- ainsi que des Nations Unies et d’autres partenaires pour contribuer à une issue positive.  La représentante a exhorté les représentants du Soudan, de l’Éthiopie et de l’Égypte à continuer de discuter avec son gouvernement de l’ensemble des moyens possibles pour désamorcer les tensions, et à faire preuve de souplesse pour résoudre cette question de manière pacifique.

M. SVEN JÜRGENSON (Estonie) s’est inquiété des tensions accrues et « très préoccupantes » autour du Grand barrage éthiopien de la Renaissance.  Il a reconnu qu’il n’y a pas de « solution facile » à cette question et souligné qu’il est d’autant plus important que les trois parties concernées soient prêtes à faire les concessions nécessaires pour parvenir à une solution juste et équitable.  Cela est réalisable si toutes les parties concernées « négocient de bonne foi », a-t-il estimé.

Regrettant qu’aucun accord n’ait été trouvé jusqu’à présent sur les questions en suspens, il a espéré qu’avec la facilitation de l’Union africaine (UA), les parties continueront à travailler pour parvenir à un accord en temps voulu.  L’UA, en tant qu’organisation régionale, devrait rester le « principal forum » pour cela, a conclu la délégation.

Pour Mme BYRNE NASON (Irlande), il ressort clairement des différents exposés qu’un règlement négocié demeure la seule solution à cette question critique.  En effet, a poursuivi Mme Nason, un accord négocié profitera à des millions de personnes vivant dans le bassin du Nil-Bleu.  Un accord durable sur la gestion du barrage est absolument essentiel pour la stabilité et le développement à long terme de l’ensemble de la région, a-t-elle insisté.

En outre, a-t-elle averti, l’Égypte, l’Éthiopie et le Soudan subissent de plein fouet les effets des changements climatiques, de la croissance démographique et de l’urbanisation rapide, qui ne feront qu’accroître les défis liés à la gestion de l’eau.  C’est pourquoi une coopération soutenue en matière de ressources en eau ne peut, selon elle, que renforcer et soutenir les relations mutuellement bénéfiques entre voisins.  Certes, a reconnu Mme Nason, les parties ont raison de se préoccuper de l’avenir de leur propre population, mais elles doivent le faire dans une relative harmonie et ensemble.  

La représentante a estimé que les négociations menées par l’Union africaine restent le meilleur forum pour trouver un accord global sur le Grand barrage éthiopien de la Renaissance et a encouragé l’UA à continuer de s’appuyer sur l’expertise technique et le soutien politique nécessaires pour mener à bien ce rôle de facilitation très complexe.  Elle a encouragé la reprise rapide des pourparlers. 

M. T.S. TIRUMURTI (Inde) a déclaré que l’utilisation de l’eau du Nil doit profiter aux populations de tous les pays en respectant les droits des États riverains en amont et en aval.  Il a salué les efforts déployés par l’Union africaine (UA), sous les présidences successives de l’Afrique du Sud en 2020 et de la République démocratique du Congo en 2021, pour faciliter une discussion significative avec les observateurs.  « D’après le communiqué de l’UA du 26 juin 2020, nous comprenons que ces négociations tripartites ont permis de parvenir à un accord sur 90% des questions », a noté le représentant.  Il a ensuite appelé l’Éthiopie, l’Égypte et le Soudan à travailler de manière constructive dans le cadre des processus dirigés par l’UA en vue de résoudre les questions en suspens de manière ciblée et avec l’urgence qu’elles méritent.

M. ABDOU ABARRY (Niger) a souligné que son pays soutient pleinement le processus de négociation en cours sous l’égide du Président en exercice de l’Union Africaine.  Il a appelé les parties à faire montre de davantage de volonté politique en donnant au Comité technique de négociation de l’Union africaine la possibilité de formuler des propositions de compromis, qu’elles doivent accepter, afin de finaliser les 10% des points en suspens, dans le meilleur délai.

Poursuivant, le délégué a indiqué que les neuf États de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale qui composent le bassin du Niger, ont convenu d’une stratégie de gestion et d’utilisation rationnelle et durable des eaux du fleuve Niger, par tout État, à travers l’Autorité du bassin du Niger (ABN), mise en place en 1980.  Cet exemple réussi de coopération en matière d’exploitation des ressources en eau peut efficacement servir, selon lui, de source d’inspiration pour une solution rapide de la question du Grand barrage éthiopien de la Renaissance et en vue d’une exploitation et d’une gestion durables des eaux du Nil entre tous les riverains à l’avenir.  Pour finir, la délégation a, en vertu du principe de subsidiarité, lancé un appel à tous, à privilégier une solution régionale et africaine de la question du Grand barrage.

M. ENRIQUE JAVIER OCHOA MARTÍNEZ (Mexique) a regretté qu’aucun progrès notable n’ait été réalisé malgré de nombreuses années de négociations, alertant que ce différend régional risque de devenir une menace pour la paix et la sécurité internationales.  Dans ce contexte, il a engagé la communauté mondiale et le Conseil de sécurité en particulier à soutenir les efforts de médiation de l’Union africaine.  Il a exhorté les trois pays concernés à parvenir à un accord sur le remplissage du barrage et à s’abstenir de toute action susceptible de porter atteinte à la bonne volonté nécessaire pour parvenir à un accord.  Il a fait observer que le Mexique partage depuis longtemps ses ressources en eau, à la fois sur sa frontière nord avec les États-Unis et sa frontière sud avec le Belize et le Guatemala.  De son avis, la Commission internationale des frontières et des eaux, établie entre les États-Unis et le Mexique en 1989, pourrait servir de modèle pour des accords similaires entre l’Éthiopie, l’Égypte et le Soudan.  Tout en proposant de partager l’expérience de son pays, il a néanmoins noté que la gestion des ressources en eau n’est jamais sans défis, et a souligné l’importance d’un mécanisme de règlement des différends.

M. DANG DINH QUY (Viet Nam) s’est déclaré préoccupé par le fait que de nombreux cours d’eau soient de plus en plus souvent utilisés sans tenir compte des droits et des intérêts légitimes des pays riverains, en particulier des pays en aval qui sont placés dans une position désavantageuse.  Les effets néfastes de cette tendance, aggravée par les changements climatiques, posent d’important défis à la sécurité, à la stabilité et au développement de nombreuses régions, notamment en Afrique, a-t-il constaté, ajoutant que l’utilisation des cours d’eau internationaux doit être conforme au droit international et aux engagements des pays concernés.  Il s’est donc prononcé pour une codification plus poussée du droit international concernant l’utilisation durable des cours d’eau, notamment par la mise en œuvre de la Convention sur le droit relatif aux utilisations des cours d’eau internationaux à des fins autres que la navigation.

S’agissant du Nil-Bleu, le délégué a dit soutenir les efforts des parties concernées pour promouvoir le développement durable et l’utilisation équitable des ressources en eau, y compris par la coopération et les négociations sur le Grand barrage éthiopien de la Renaissance.  Il a appelé les parties à mettre en œuvre l’accord de 2015 sur le projet et à s’appuyer sur le principe d’un règlement des différends par des moyens pacifiques.  Le représentant a également appuyé le rôle joué par l’Union africaine dans les négociations et la médiation, tout en appelant de ses vœux une accélération du processus afin d’aider les trois parties à résoudre les problèmes restants, notamment les questions juridiques et techniques.  

M. Zhang JUN (Chine) a exprimé son soutien à l’Éthiopie, à l’Égypte et au Soudan pour parvenir à un accord par le dialogue sur l’utilisation durable des eaux du Nil.  Il s’est dit persuadé que l’achèvement du barrage peut renforcer la confiance mutuelle et une coopération gagnant-gagnant.  Rappelant l’importance de la Déclaration de principe de 2015 et des multiples cycles de négociations organisés sous les auspices de l’Union africaine, il a noté les positions exprimées dans les récentes lettres adressées au Conseil de sécurité par les Ministres des affaires étrangères de l’Éthiopie, du Soudan et de l’Égypte.  Le représentant de la Chine a encouragé l’Égypte, l’Éthiopie et le Soudan à résoudre leurs différends par le dialogue et la consultation.  Il a exprimé l’espoir que les parties sauront reprendre le dialogue pour parvenir à un accord acceptable et bénéfique pour chacun d’eux, dans un esprit de coopération amicale.   

M. NICOLAS DE RIVIÈRE (France) a justifié la tenue de cette réunion par le fait que la responsabilité du Conseil de sécurité est d’éviter que la prolongation de ce différend ne devienne une menace pour le maintien de la paix et de la sécurité internationales.  Notant que l’ensemble des parties ont des « intérêts légitimes » à faire valoir, il a constaté qu’après 10 ans de négociations, la confiance est « abîmée » et la poursuite du remplissage du réservoir du barrage accroît les tensions.  Dans ce contexte, il importe selon lui d’éviter d’ajouter aux défis qui s’imposent déjà au Soudan, à l’Égypte et à l’Éthiopie, ce dernier faisant face à un conflit au Tigré qui attise d’autres tensions.  Le représentant a donc appelé les pays de la région à faire preuve de volonté politique pour résoudre leurs différends par le dialogue, avec l’appui de l’Union africaine.  Les efforts menés dans ce sens doivent se poursuivre et se renforcer, a-t-il plaidé avant d’encourager les Nations Unies à continuer d’apporter leur expertise et les trois parties à accepter un rôle plus actif des observateurs aux négociations.

La France est convaincue qu’un accord peut être rapidement trouvé entre les parties sur le remplissage et la gestion du barrage de la Renaissance, a assuré M. de Rivière.  À ses yeux, il existe en effet des éléments de convergence sur lesquels les négociations sous l’égide de l’Union africaine doivent s’appuyer.  Fort de ce constat, le délégué a appelé solennellement l’Éthiopie, l’Égypte et le Soudan à leur sens des responsabilités, du compromis et de la coopération afin de régler dès que possible les questions qui restent en suspens.  La France, a-t-il indiqué, restera mobilisée afin qu’une solution négociée puisse être trouvée dans les meilleurs délais.

M. SAMEH SHOUKRY, Ministre des affaires étrangères de l’Égypte, a déclaré que son pays de cent millions d’âmes est confronté à une menace existentielle parce qu’une structure aux proportions gigantesques a été construite à travers l’artère qui lègue la vie au peuple égyptien.  Il a estimé que cette construction continue de restreindre l’énergie vitale de millions d’innocents vivant en aval de ce barrage géant.  

Le Ministre des affaires étrangères de l’Égypte a fustigé l’obstination de l’Éthiopie qui a annoncé, le 5 juillet 2021 –à peine trois jours avant la convocation de cette session– qu’il a commencé le remplissage du barrage.  Il a estimé que cet « acte flagrant d’unilatéralisme » est une « manifestation de l’irresponsabilité de l’Éthiopie et de sa cruelle indifférence face aux dommages que le remplissage de ce barrage peut infliger à l’Égypte et au Soudan ».  C’est pourquoi, l’Égypte a choisi –à nouveau– de porter la question du Grand barrage éthiopien de la Renaissance devant le Conseil de sécurité.  Et d’inviter le Conseil de sécurité à intervenir –rapidement et efficacement– pour empêcher une escalade des tensions et faire face à cette situation qui pourrait, a-t-il averti, mettre en danger le maintien de la paix et de la sécurité internationales.

Il a dit que l’Éthiopie a commencé unilatéralement la construction de ce barrage - sans remplir les devoirs qui lui incombent en tant qu’État en amont de notifier et de consulter ses coriverains en aval.  Le Ministre égyptien des affaires étrangères a dit que l’espoir de son pays demeure depuis 10 ans de conclure un accord juridiquement contraignant qui permette à l’Éthiopie d’atteindre ses objectifs de développement en produisant de l’hydroélectricité à partir du Grand barrage éthiopien de la Renaissance de manière rapide, efficace et durable tout en comportant des dispositions permettant d’atténuer les effets néfastes de ce barrage, notamment pendant les périodes de sécheresse pour les autres pays.  Il a ajouté qu’un tel accord doit empêcher d’infliger des dommages importants aux intérêts riverains de l’Égypte et du Soudan, garantir la sécurité, la fonctionnalité et la résilience des barrages en aval et veiller à ce que la sécurité de l’eau de l’Égypte ne soit pas mise en péril par le remplissage et l’exploitation de ce qui deviendra la plus grande centrale hydroélectrique d’Afrique.

M. Shoukry a fustigé une « intransigeance éthiopienne », source, selon lui, de l’échec des négociations depuis 10 ans avant d’ajouter que « l’Éthiopie a décidé d’ignorer les réalités de la géographie et semble être sous l’illusion que le Nil-Bleu est un fleuve intérieur qu’il peut exploiter à son profit exclusif ».  Après avoir affirmé que l’Éthiopie refuse d’inclure toute forme de dispositions contraignantes en matière de règlement des différends, le Ministre égyptien a assuré que l’Égypte ne s’est jamais opposée au droit de l’Éthiopie d’exploiter les ressources du Nil-Bleu.  « Cependant, l’Égypte attend, et exige en effet, que son coriverain en amont se conforme à ses obligations juridiques internationales, qui l’obligent à éviter d’infliger des dommages importants aux intérêts de ses voisins en aval », a-t-il insisté.

Le Ministre égyptien a accusé l’Éthiopie d’avoir fait dérailler les négociations menées par l’UA et de chercher à réorienter les pourparlers vers la conclusion d’arrangements non contraignants.  Ces propositions, a-t-il indiqué, auraient pour conséquence de retirer aux États en aval toute protection face aux effets adverses du Grand barrage et d’autoriser l’Éthiopie à remplir son réservoir et mettre en route ses turbines massives sans établir de règles pour atténuer les effets néfastes du barrage et réglementer son fonctionnement.  Dans son format actuel, le processus que dirige l’UA se heurte à une impasse, a-t-il regretté, dénonçant la position « implacable » de l’Éthiopie.

Il s’est inquiété de l’absence de garanties concernant la sureté et la stabilité du barrage ainsi que de l’absence de protection face aux dommages incalculables qui pourrait en résulter en période de sécheresse.  La seule chose que veut l’Égypte, c’est un accord contraignant qui comporte une police d’assurance contre les effets néfastes du Grand barrage sur la sécurité hydrique de l’Égypte en créant un mécanisme qui permettrait aux trois pays de coopérer et d’assumer collectivement le fardeau de devoir répondre aux prochaines périodes de sécheresse.  Malheureusement, a-t-il déploré, l’Éthiopie reste inébranlable dans son rejet de tout accord offrant une mesure significative de protection aux États en aval.  Il n’est donc pas exagéré d’affirmer que, pour l’Égypte, le Grand barrage est une menace existentielle.  Ce barrage, a-t-il détaillé, pourrait provoquer des pénuries en eau allant jusqu’à 120 milliards de mètres cubes, priver des millions d’agriculteurs de l’eau nécessaire à l’irrigation, détruire des milliers d’hectares de terres arables et augmenter la désertification ainsi que la vulnérabilité aux effets des changements climatiques.

Dans ce contexte, M. Shoukry a fait appel à la responsabilité unique conférée au Conseil de sécurité de maintenir la paix et la sécurité internationales, avant d’exhorter le Conseil de sécurité d’adopter le projet de résolution sur la question du Grand barrage éthiopien de la Renaissance qui a été distribué par la Tunisie.  Ce texte, a-t-il indiqué, vise notamment à engager les parties à finaliser sans tarder le texte d’un accord juridiquement contraignant sur le remplissage et l’exploitation du Grand barrage, et à s’abstenir de toute mesure unilatérales susceptible de mettre à mal le processus.  L’adoption de ce texte enverrait un signal sans équivoque que le Conseil de sécurité reste attaché à la paix et à la prospérité du continent africain, a-t-il estimé.

Mme MARIAM ALSADIG A. AL MAHDI, Ministre des affaires étrangères du Soudan, a affirmé d’emblée que son pays reconnaît les droits de l’Éthiopie voisine dans l’exploitation actuelle et future de l’eau du Nil et qu’il a soutenu la construction du barrage de la Renaissance depuis le début.  Nous sommes bien conscients que ses avantages ne seront pas limités au seul voisin éthiopien, à condition toutefois qu’il soit rempli et exploité dans le cadre d’un accord juridique entre les trois pays, conformément au droit international et aux principes d’exploitation juste et raisonnable des ressources en eau de transit, a-t-elle fait valoir.  De même, le Soudan connaît les avantages du barrage de la Renaissance en termes de prévention des inondations et d’écoulement régulier de l’eau tout au long de l’année.  Pour la Chef de la diplomatie soudanaise, ce vaste projet peut être un exemple de coopération fructueuse pour plus d’un quart de milliard de citoyens africains s’il est bien utilisé et repose sur des fondements de coopération et d’intégration.

Pour Mme Al Mahdi, un accord juridique contraignant sur le remplissage et l’exploitation s’impose tout d’abord pour protéger les Soudanais.  La présence d’un barrage d’une capacité de 74 milliards de mètres cubes, à quelques kilomètres de la frontière soudanaise, et en l’absence d’une coordination des mesures de sécurité avec les communautés en aval du barrage, constitue un danger direct pour ces communautés.  De plus, a-t-elle ajouté, nous ne pouvons pas accepter que la méthode unilatérale de remplissage et d’exploitation du barrage soit utilisée pour intimider nos citoyens, bafouer leur dignité et violer leurs droits humains, comme l’a fait l’Éthiopie il y a des mois, invoquant son droit unilatéral de décider comment exploiter le barrage.  

Un accord juridiquement contraignant s’impose également pour la protection des barrages soudanais, a poursuivi la Ministre, indiquant que le barrage de Roseires, situé à 100 kilomètres du barrage de la Renaissance, est 10 fois plus petit en termes de capacité en eau.  Or ce barrage alimente 70% des projets agricoles irrigués du Soudan, conjointement avec d’autres barrages qui génèrent environ 40% de l’électricité soudanaise.  En conséquence, à moins que des informations ne soient disponibles de manière régulière sur les modalités de remplissage et d'exploitation du barrage de la Renaissance, la sécurité du barrage de Roseires sera gravement menacée, de même que sa capacité à produire de l’électricité et à fournir de l’eau pour les projets stratégiques dont dépend le Soudan, a-t-elle averti.  

Selon elle, un accord juridiquement contraignant est également nécessaire pour assurer la sécurité stratégique du Soudan.  Savoir quand est rempli et exploité le barrage de la Renaissance est essentiel pour organiser l’exploitation du barrage de Roseires afin que le Soudan puisse planifier ses projets agricoles.  À ses yeux, viser la perturbation des capacités agricoles du Soudan en imposant la domination unilatérale de l’Éthiopie sur la façon de remplir et d’exploiter le barrage de la Renaissance est donc une menace pour l’avenir.

Soucieux de préserver les liens pérennes entre les deux pays et la coopération régionale, le Soudan a participé de bonne foi à toutes les négociations tripartites sur le barrage de la Renaissance, depuis leur lancement en 2011, a-t-elle rappelé, évoquant l’échec récent de la proposition soudanaise visant à renforcer le Mécanisme africain de négociation en en faisant une médiation dirigée par l’Union africaine avec la participation de l’ONU, de l’Union européenne et de l’Afrique du Sud.  Un échec dû, là encore, a-t-elle affirmé, à « l’intransigeance de la position éthiopienne ».  Dans ces conditions, elle a souhaité que le Conseil de sécurité « assume ses responsabilités » en invitant les parties à reprendre les négociations sous l’égide de l’Union africaine, avec des observateurs et des médiateurs internationaux jouant des rôles de facilitation.  Elle lui a aussi demandé d’appeler l’Éthiopie à ne pas prendre des mesures unilatérales qui menaceraient des millions d’habitants derrière le barrage de la Renaissance.  Il faut que le remplissage et l’exploitation de ce barrage se fassent sur la base d’un accord juridiquement contraignant, a martelé la Ministre.  Un silence du Conseil à ce sujet enverrait, selon elle, le message qu’une action unilatérale préjudiciable aux intérêts du Soudan et de son peuple est « acceptable » et aurait des conséquences « désastreuses ».

M. SELESHI BEKELE AWULACHEW, Ministre de l’eau, de l’irrigation et de l’énergie de l’Éthiopie, a déclaré que le temps et les ressources du Conseil étaient inadaptés pour tenir des discussions sur le Grand barrage éthiopien de la Renaissance.  Rappelant qu’en juin 2020, les membres ont exhorté son pays, ainsi que l’Égypte et le Soudan, à poursuivre leurs négociations dans le cadre du processus dirigé par l’Union africaine, il a déclaré que son gouvernement l’avait fait de bonne foi.

« Le barrage hydroélectrique n’est pas le premier du genre en Afrique ou dans le monde, pas plus que le réservoir qui stockera l’eau et produira de l’électricité », a déclaré le Ministre éthiopien, précisant que le réservoir du Grand barrage est deux fois et demi plus petit que celui du Haut-Barrage d’Assouan en Égypte.  La seule chose qui distingue ce barrage des autres est l’ampleur de l’espoir qu’il suscite pour les 65 millions d’Éthiopiens qui n’ont pas accès à l’électricité.  Le Grand barrage, a-t-il martelé, est le « bon barrage construit au bon endroit » pour améliorer le sort de la population de l’ensemble de la région.  Il a dit la volonté de l’Éthiopie de coopérer avec l’Égypte et le Soudan dans intérêt mutuel.

« Malheureusement, nous sommes ici parce que l’Égypte, et plus récemment le Soudan, ont exprimé leur opposition à ce barrage hydroélectrique », a déploré le Ministre éthiopien, notant que ces deux pays ont construit des barrages et des canaux, grands et petits, sans tenir compte des droits des autres pays riverains et malgré les appels à la consultation de l’Éthiopie.  Soulignant qu’il n’existe aucune alternative viable au Grand barrage éthiopien de la Renaissance, il a fait observer que, contrairement à l’Égypte et au Soudan, l’Éthiopie n’a pas de réserves d’eau souterraine considérables et ne dispose pas d’eau de mer qui pourrait être dessalée.  Nous ne pouvons pas éviter d’utiliser l’eau du Nil, a-t-il dit, précisant que près de 70% de l’eau dont dispose l’Éthiopie se trouve dans le bassin du Nil.

M. Awulachew a rappelé que l’Union africaine est déjà saisie de la question et a regretté que le Conseil de sécurité soit appelé à se prononcer au sujet d’un projet de développement hydrique qui, a-t-il souligné, requière une solution hydrotechnique.  Il s’est déclaré convaincu que l’approche proposée par le Président Tshisekedi, en sa qualité de Président de l’UA, permettra de sortir du « bourbier » créé par « l’héritage colonial du bassin du Nil que l’Égypte et le Soudan sont déterminés à préserver ».  Il a par ailleurs affirmé que le remplissage fait partie du processus de construction du Grand barrage qui, a-t-il de nouveau insisté, est un instrument d’intégration régionale.

Notant que l’objectif de son pays est de maximiser les ressources en eau rares grâce à une utilisation durable et verte, il a dit sa conviction qu’un accord entre les trois États est à portée de main tout en avertissant que « l’Éthiopie ne répondra pas à des pressions et ingérences politiques ».  Il a confirmé la volonté de l’Éthiopie de continuer à négocier sous les auspices de l’Union africaine, afin de s’assurer que: « Aucun de nous ne devrait avoir soif en regardant l’autre boire. »  Il a appelé le Conseil de sécurité à résister aux efforts visant à le transformer en un organe d’appel pour les cours d’eau transfrontaliers.  La résolution de la « question du Nil » ne se trouve pas dans le Conseil de sécurité et ne peut que provenir de négociations menées de bonne foi, a-t-il souligné.  Le Ministre a appelé le Conseil de sécurité à renvoyer la question à l’UA avant d’encourager l’Égypte et le Soudan à parvenir à un règlement négocié sur le premier remplissage et l’exploitation annuelle du Grand barrage éthiopien de la Renaissance.

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