Aller au contenu principal
8334e séance – matin
CS/13475

Conseil de sécurité: le Secrétaire général de l’ONU plaide pour une utilisation plus efficace de la médiation

Le Secrétaire général a exhorté les États Membres, aujourd’hui, devant le Conseil de sécurité, à s’engager en faveur d’une utilisation plus efficace de la médiation, prévue par le Chapitre VI de la Charte des Nations Unies sur le règlement pacifique les différends, afin de « sauver les vies de millions de personnes ».  Au cours de ce débat public qui aura vu plus de 70 orateurs prendre la parole, le représentant des États-Unis a déclaré qu’il ne fallait pas être « aveuglé » par la médiation, ceux qui refusent la paix devant en subir les conséquences.

À l’entame de son propos, le Secrétaire général, M. António Guterres, a loué les bénéfices de la médiation, qui est au cœur de sa « montée en puissance de la diplomatie pour la paix », en prenant l’exemple de la Gambie où une crise politique majeure a été évitée l’année dernière et, sur une autre scène, des pourparlers avec les Taliban qui se poursuivent, de manière « discrète », malgré les années de guerre.  « Une médiation fructueuse requiert une forte volonté politique », a-t-il expliqué.

Il a également insisté sur l’accent mis de plus en plus sur la prévention au sein de l’ONU, en mentionnant les efforts de ses représentants et envoyés spéciaux et la récente création d’un Conseil consultatif de haut niveau chargé des questions de médiation.  L’un de ses membres, l’ancien Président du Nigéria, M. Olusegun Obasanjo, s’est ainsi rendu au Libéra pour appuyer une transition pacifique du pouvoir après les élections de 2017. 

M. Guterres a ensuite souligné la nécessité d’associer la société civile, les responsables religieux, les jeunes et les femmes aux efforts de médiation.  « Le rôle que joue une institution comme l’Église est important, dans la mesure où les diocèses se trouvent aux avant-postes de nombreuses communautés où la violence éclate », a renchéri l’Archevêque de Canterbury, M. Justin Welby.  La déléguée de la Pologne a, quant à elle, mentionné le rôle joué par la Communauté de Sant’Egidio, organisation chrétienne axée sur le règlement et la prévention des conflits en Afrique.

Mme Mossarat Qadeem, Directrice exécutive et cofondatrice de PAIMAN Alumni Trust a, également, relayé l’appel du Secrétaire général, déplorant que « malgré la rhétorique actuelle » les femmes « restent largement devant la porte » des négociations de paix.  Elle a balayé les idées communes justifiant l’exclusion des femmes du rôle de médiatrices par des facteurs « culturels ».  Selon elle, cette exclusion des femmes n’a rien à voir avec la culture mais plutôt avec le pouvoir.

Les délégations ont été unanimes à demander une participation accrue des femmes aux processus de paix, celle-ci devant être, pour le Ministre d’État pour le Commonwealth et les Nations Unies du Royaume-Uni, Lord Tariq Mahmood Ahmad de Wimbledon, une « obligation ».  Le délégué de la Guinée équatoriale a, lui, mentionné la création d’un réseau de médiatrices de l’Union africaine, avec lequel le Secrétaire général est déjà en contact.

Enfin, M. Guterres a insisté sur le rôle central du Conseil de sécurité, en signalant aux parties belligérantes qu’elles doivent régler pacifiquement leurs différends.  « Lorsque ce Conseil de sécurité n’est pas uni, nos efforts de médiation en pâtissent », a-t-il constaté, alors que de nombreuses délégations ont déploré l’incapacité du Conseil sur plusieurs dossiers.

« Les médiateurs onusiens ne peuvent réussir que si le Conseil de sécurité se montre uni dans son soutien et si ses membres lèvent certains obstacles politiques ou idéologiques qui affaiblissent les efforts de médiation », a relevé la déléguée de la France.  Une position nuancée par son homologue des États-Unis qui a indiqué que les médiateurs ne peuvent pas forcer les acteurs à vouloir la paix.

« Kofi Annan, décédé la semaine dernière, avait compris, en tant qu’Envoyé spécial en Syrie, qu’il ne pouvait pas vouloir la paix davantage que les parties syriennes », a-t-il dit.  Le représentant américain a également mentionné le Soudan du Sud, pays contre lequel le Conseil de sécurité a fini par imposer un embargo sur les armes après des années de médiation.  « La médiation n’est pas un remède universel », a tranché le délégué de la Suisse.

Enfin, de nombreux pays, comme l’Égypte, la Fédération de Russie ou encore la République islamique d’Iran, ont mis en garde contre une application sélective de la Charte et une partialité dans les efforts de médiation.  « Trop souvent, on assiste à des tentatives de « monopoliser » la médiation ou de l’orienter vers des intérêts politiques, a estimé le délégué russe.

« L’imposition artificielle de recettes est contreproductive et la connivence avec l’une des parties au conflit ne saurait être justifiée », a-t-il mis en garde.  Le représentant égyptien a, lui, demandé la désignation de médiateurs acceptables par toutes les parties, tandis que son homologue de la Suisse a plaidé pour la « professionnalisation du métier de médiateur. »

« Au lieu de s’escrimer à vouloir tout mettre sur le dos de l’ONU, peut-être serait–il judicieux de se tourner vers des acteurs ayant le plus de capacités et de volonté de s’engager dans la médiation », a conclu le délégué de l’Inde.

MAINTIEN DE LA PAIX ET DE LA SÉCURITÉ INTERNATIONALES (S/2018/586)

Déclarations

M. ANTÓNIO GUTERRES, Secrétaire général de l’ONU, a fait remarquer que les conflits durent des années, parfois des décennies, et que les accords de paix durables sont difficiles à obtenir et de courte durée.  La volonté politique est éphémère, l’attention internationale est volatile, a-t-il ajouté, en prenant l’exemple du conflit en République centrafricaine, qui a vu pas moins de 15 accords de paix signés depuis 1997. 

« Aussi mauvaise que la situation puisse paraître en plusieurs endroits du monde, je suis convaincu qu’il est de notre pouvoir d’inverser ces tendances. » M. Guterres a rappelé qu’il a fait de « la montée en puissance de la diplomatie pour la paix », l’une de ses priorités.  La prévention, qui inclut des investissements dans la médiation, la consolidation de la paix et le développement durable, doit être notre priorité. 

Il a passé en revue les instruments de médiation à disposition de l’ONU, tels que les bons offices de ses représentants et envoyés spéciaux, qui peuvent conduire des processus de paix comme en Libye ou diriger des opérations complexes comme au Mali.  En Gambie, c’est l’action coordonnée de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), de l’Union africaine et de l’ONU et des pays voisins qui a permis d’éviter une crise politique majeure. 

Un engagement discret peut jouer un rôle important, a poursuivi le Secrétaire général, en prenant l’exemple des pourparlers qui se poursuivent avec les Taliban malgré des années de guerre, à l’écart du grand public, permettant aux positions de se clarifier.  L’engagement renouvelé avec la République populaire démocratique de Corée a découlé d’une telle approche.

Il a cité le grand nombre d’acteurs –jeunes militants, organisations de femmes, dignitaires religieux– qui jouent un rôle de médiation, de l’Afghanistan au Zimbabwe.  « Nous devons trouver de nouveaux moyens de poursuivre des approches plus inclusives, qui sont cruciales pour assurer le succès des efforts de médiation.  C’est ce que nous faisons à l’ONU. »

Le Secrétaire général a indiqué qu’il offre ses bons offices lorsqu’ils peuvent être utiles, en complément de ceux de ses représentants et envoyés spéciaux.  Il a mentionné aussi la récente création d’un Conseil consultatif de haut niveau chargé des questions de médiation, l’un des membres de ce Conseil consultatif, l’ancien Président du Nigéria, M. Olusegun Obasanjo, s’étant rendu en son nom au Libéra pour appuyer une transition pacifique du pouvoir après les élections de 2017. 

Une médiation fructueuse et le règlement pacifique des différends requièrent une forte volonté politique, a-t-il dit, prenant comme exemple la courageuse déclaration pour la paix et l’amitié signée par l’Éthiopie et l’Érythrée le mois dernier après 20 ans de conflit. 

« Mais nous devons renforcer nos efforts et aller au-delà des négociations avec les élites politiques et militaires.  Ce qui veut dire travailler au niveau local pour bâtir la paix à partir du terrain », a-t-il dit, en insistant sur le rôle des autorités locales, de la société civile et des chefs religieux, prenant pour exemple la conférence nationale en Libye. 

M. Guterres a ensuite défendu une participation accrue des femmes dans les processus de paix, ajoutant qu’il a nommé trois femmes récemment dans des rôles importants de médiation.  L’émergence de réseaux régionaux de femmes est un développement important, tel que le réseau de femmes médiatrices de l’Union africaine.  « Mon conseil consultatif de haut niveau est déjà en contact avec ces réseaux », a-t-il noté. 

« Nous devons aussi en faire plus pour engager les jeunes, agents cruciaux du changement », a-t-il déclaré, en se félicitant du fait que six jeunes réfugiés aient pris part en tant qu’observateurs au Forum de revitalisation de haut niveau pour le Soudan du Sud.  M. Guterres a par ailleurs souligné la nécessité d’investir dans les réseaux sociaux qui, loin d’exacerber les tensions comme cela est souvent le cas, peuvent, au contraire, rapprocher les communautés, nourrir le dialogue et corriger des injustices historiques. 

Enfin, le Secrétaire général a insisté sur le rôle central de ce Conseil de sécurité, qui peut signaler aux parties belligérantes qu’elles doivent régler pacifiquement leurs différends.  « Lorsque ce Conseil de sécurité n’est pas uni, nos efforts de médiation en pâtissent », a-t-il constaté, en ajoutant que les organisations régionales, par leur expertise, expérience et capacité, peuvent lui être d’un grand appui. 

Face à la nature évolutive des conflits, le Secrétaire général a indiqué qu’une « pensée innovante sur la médiation » est désormais une nécessité.  « Je vous exhorte à vous engager davantage en faveur d’une utilisation plus efficace de la médiation en tant qu’instrument permettant de sauver et d’améliorer les vies de millions de personnes dans le monde. »

M. JUSTIN WELBY, Archevêque de Canterbury, a commencé par rappeler que l’ambition des fondateurs de l’ONU avait été de mettre fin aux conflits à travers le monde, et que la vie de Jésus avait été sacrifiée à la cause de la paix.  Le paysage des conflits a considérablement évolué au cours des 70 dernières années, a observé M. Welby, en expliquant que la première étape de la résolution des conflits, c’est la conciliation.  Le rôle que joue une institution comme l’Église est important à cet égard, dans la mesure où les diocèses se trouvent aux avant-postes de nombreuses communautés où la violence éclate.

Alors que l’ONU est « l’exemple le plus extraordinaire d’un cadre de conciliation », il a recommandé de s’enraciner dans une analyse des facteurs de conflits pour aboutir à une « transformation performative ».  L’Archevêque a annoncé avoir constitué une équipe au sein de son bureau, pour pouvoir mettre en place un « cadre collaboratif avec d’autres confessions ».  Alors que nous réfléchissons à de nouveaux moyens de promouvoir la médiation, c’est une option sur laquelle il serait bienvenu de se pencher, a-t-il ajouté, en soulignant l’importance des jeunes et des femmes à cet égard, « pour leur confier le leadership de la consolidation de la paix ». 

Mme MOSSARAT QADEEM, Directrice exécutive et cofondatrice de PAIMAN Alumni Trust, une organisation de la société civile qui travaille à prévenir l’extrémisme violent au Pakistan, a rappelé que depuis 18 ans, les femmes revendiquent leur reconnaissance et leur inclusion dans les processus de paix et leur place aux tables de négociations de paix.  Mais malgré la rhétorique actuelle de soutien à cette cause et les résolutions du Conseil et les plans d’action nationaux en ce sens - « nous, les femmes, restons largement devant la porte », s’est-elle indignée avant de demander pourquoi.

Elle a commencé par déconstruire certaines idées communes comme celle qui expliquerait l’exclusion des femmes par des facteurs « culturels » qui empêcheraient les femmes de jouer un rôle de médiatrices dans certains conflits.  « Or si c’était vrai, il y aurait certainement des différences majeures entre des pays comme le Népal et la Colombie », a-t-elle ironisé avant d’affirmer haut et fort que l’exclusion n’est pas liée à des facteurs culturels mais bien au pouvoir.  Répondant aussi à ceux qui tendent à délégitimer les coalitions de femmes pour la paix, elle leur a reproché de ne reconnaître que la légitimité des moyens forts et des armes pour parvenir à la paix et de ne pas accepter le rôle positif que peuvent jouer les acteurs de la société civile, à commencer par les femmes.  Les conflits d’aujourd’hui ne peuvent être réglés par les mêmes moyens que ceux du XXe siècle et, trop souvent encore, les envoyés de l’ONU n’ont même pas accès aux nombreux acteurs sur le terrain, s’est-elle plainte.

« Si vous avez vraiment la volonté de mettre fin aux conflits, alors commencez par reconnaître leur complexité parce que cela peut amener à concevoir des processus de médiation qui y répondent en faisant appel aux vastes ressources des acteurs locaux, en particulier des femmes », a-t-elle lancé à la salle.  Aux sceptiques qui doutent de la capacité des femmes de parler aux extrémistes violents notamment des Taliban, de Boko Haram ou de Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE), elle a évoqué deux cas d’espèce pour prouver le contraire, l’un au Sri Lanka et l’autre au Yémen, ainsi que sa propre expérience au Pakistan.  Pour Mme Qadeem la médiation doit faire appel à l’humanité intrinsèque en chacun.  « Croyez-moi, cela fait tomber les barrières et permet de réaliser des miracles. »  À cet égard, elle a vanté les formidables capacités et la vision des femmes médiatrices de l’Alliance des femmes pour le leadership en matière de sécurité (WASL).

Mme Qadeem a ensuite passé en revue un certain nombre de leçons qu’elle a tirées de sa propre expérience de médiation.  Pour elle, de par leur relation de proximité et leur connexion avec les communautés, les femmes peuvent apporter un soutien fondamental aux processus de construction de la paix, en mettant l’accent sur le relationnel.  Associer les femmes aux processus de paix, c’est aussi une question de justice et d’équité, dans la mesure où les négociations et accords de paix ont un impact sur la structure et la direction que prennent les sociétés en situation post conflit et que cela affecte aussi les femmes.  Mme Qadeem a aussi soutenu que les femmes médiatrices utilisent efficacement le « soft power » et la communication humanisante pour créer des processus plus ouverts et flexibles.  Elle a également réfuté l’argument selon lequel les femmes médiatrices ne se consacrent qu’à des questions relatives aux femmes, en affirmant que leurs points forts sont les questions sociétales, la recherche de consensus, le désarmement, la désescalade ou encore la transformation de la jeunesse et des femmes radicalisées.

LORD TARIQ MAHMOOD AHMAD de Wimbledon, Ministre d’État pour le Commonwealth et les Nations Unies du Royaume-Uni, a souligné que le Chapitre VI de la Charte des Nations Unies ne porte pas seulement sur la notion de médiation, mais qu’il s’agit d’un bon point de départ.  Les différents acteurs concernés doivent agir de concert au sein de l’Organisation, et en dehors de celle-ci, dont les leaders religieux et les organisations de femmes, a-t-il plaidé.  Au Royaume-Uni, a-t-il relevé, « nous sommes bien placés pour mesurer les dégâts causés par les divisions et les violences en Irlande du Nord ».  Il a rappelé qu’il avait fallu des années de médiation pour parvenir à la signature de l’Accord de Belfast en 1998.

Dans le domaine à l’ordre du jour du Conseil, l’ONU a fait des progrès considérables pour renforcer le rôle de la médiation, grâce à la création du Groupe d’appui à la médiation en 2006 et d’un Conseil consultatif de haut niveau sur la médiation en 2017.  Le Ministre a invité à se tourner vers l’avenir et la prochaine décennie, non seulement en tenant compte de la complexité des situations de conflits, mais aussi en prenant la mesure de la panoplie d’outils additionnels à la disposition du Conseil de sécurité pour renforcer ses efforts.  « Cela suppose aussi de mettre en œuvre intégralement les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité, en nous appuyant sur les leçons apprises. »  À cet égard, la participation des femmes ne devrait pas être une option, mais une « obligation », en sachant que celles-ci, lorsqu’elles sont associées à cet effort, jouent un rôle déterminant dans l’avènement de la paix et sa viabilité, a souligné en conclusion Lord Ahmad.

M. JOB OBIANG ESONO MBENGONO (Guinée équatoriale), s’exprimant au nom de la Côte d’Ivoire et de l’Éthiopie, a insisté sur le rôle du Conseil de sécurité pour promouvoir la médiation, celle-ci faisant partie intégrante de nombre de mandats d’opérations de paix.  Il a pris note de la création du Conseil consultatif de haut niveau chargé des questions de médiation par le Secrétaire général, avant de souligner l’importance de la coopération entre l’ONU et l’Union africaine, à une époque où le multilatéralisme est menacé. 

Il a pris pour exemple la médiation réussie en Gambie grâce aux efforts de ces deux organisations et de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO.  L’Union africaine a renforcé ses capacités de médiation et compte une vingtaine d’envoyés spéciaux et médiateurs sur le continent, a-t-il déclaré. 

Enfin, le délégué a demandé une participation accrue des femmes, en insistant sur l’importance du réseau de médiatrices de l’Union africaine.

M. VERÓNICA CORDOVA SORIA (Bolivie) a déclaré qu’il est fondamental de mobiliser les parties au conflit dans le cadre des processus de médiation, de même que les organisations de femmes et les enfants.  La médiation doit permettre de concilier les positions des parties au conflit, grâce à des mesures de renforcement de la confiance, et à la mise en place d’un environnement propice aux discussions. 

L’ONU peut faire la différence en ce domaine, grâce à son expertise et à sa présence sur les théâtres de conflits, a estimé la représentante, pour qui des infrastructures physiques locales doivent toutefois être mises en place pour que les médiateurs puissent faire leur travail.  Se félicitant de la création du Conseil consultatif de haut niveau l’an dernier, Mme Soria a par ailleurs encouragé le Secrétaire général à poursuivre ses efforts en ce sens, en veillant au respect de la parité.

Mme JOANNA WRONECKA (Pologne) a indiqué que l’ONU était dotée d’instruments efficaces pour promouvoir la médiation, tels que le Conseil consultatif de haut niveau chargé des questions de médiation.  Elle a ensuite mentionné les efforts fructueux de médiation en vue du règlement pacifique du différend autour du nom de l’ancienne République yougoslave de Macédoine. 

La déléguée de la Pologne a par ailleurs insisté sur l’importance des efforts de la communauté de Sant’Egidio, organisation chrétienne axée sur le règlement et la prévention des conflits en Afrique.  Elle a plaidé ensuite pour un rôle accru des organisations de femmes dans les efforts de paix, ce rôle n’ayant que marginalement cru depuis l’adoption de la résolution 1325 (2000). 

Enfin, la déléguée a plaidé pour la création d’un système permettant d’améliorer le financement des efforts de médiation et de prévention. 

Citant la Syrie le Yémen ou la Libye, « où les représentants onusiens sont directement en charge des processus de règlement des conflits », comme des théâtres d’actions positives, Mme ANNE GUEGUEN (France) a aussi fait référence au Mali, comme un exemple où « l’obstruction des groupes criminels et terroristes » et les différends entre parties entravaient les progrès en faveur de la paix. 

« Les défis globaux sont désormais une source potentielle de multiplication des conflits », a-t-elle aussi dit, en pointant les changements climatiques, « qui avivent les sources traditionnelles de conflits comme en témoignent les tensions entre éleveurs en Afrique de l’Ouest ou en Afrique centrale ».

Là où le Conseil de sécurité a lui-même donné aux Nations Unies la charge de la gestion des processus politiques, ces derniers ne pourront réussir « que si le Conseil de sécurité se montre uni en soutien aux médiateurs onusiens » et si ses membres lèvent « certains obstacles politiques ou idéologiques qui affaiblissent les efforts de médiation », a-t-elle relevé; « la France réitère son plein soutien aux médiateurs onusiens », a-t-elle dit, en Syrie, au Yémen et en Libye.

Selon la déléguée, si la médiation est un élément essentiel de la prévention et du règlement des crises, elle doit bien entendu s’accompagner de la promotion du respect du droit international, en particulier des droits de l’homme et du droit international humanitaire, et du recours à la justice internationale et à l’arbitrage.  Le droit international demeure en effet un pilier durable de l’ordre multilatéral et un instrument indispensable pour prévenir ou résoudre les crises et la paix.

Pour M. KAREL J.G. VAN OOSTEROM (Pays-Bas), face à la nature changeante des conflits, le Conseil de sécurité doit développer de nouvelles approches pour répondre aux défis actuels.  Évoquant les cas du Mali, de la République démocratique du Congo (RDC) et surtout de la Syrie, où une guerre civile fait rage et des acteurs non étatiques jouent des rôles déterminants, il a constaté que ces conflits sont la preuve qu’il faut adapter les instruments existants.  La communauté internationale peine à faire face à ces défis, ce qui résulte souvent en une « mosaïque d’initiatives de médiation par des États et des organisations non gouvernementales (ONG) », et ce qui manque, selon lui, c’est la coordination de tous ces efforts. 

Dans bien des cas, l’ONU est bien placée pour assumer ce rôle et le Conseil de sécurité a son propre rôle à jouer pour soutenir les efforts de l’ONU.  Mais pour agir efficacement, le Conseil a besoin d’être alerté au plus tôt, et, à ce titre, sa délégation salue les efforts en cours du Secrétaire général pour plus de comptes rendus proactifs.  « Si la médiation se faisait efficacement au niveau des États, le Conseil n’aurait plus rien à faire », a affirmé le représentant, encourageant ainsi le recours à cet instrument pour éviter que les situations ne s’enflamment et deviennent une menace à la paix et la sécurité mondiales, citant notamment les cas du Cameroun et du Nicaragua.

Il a également plaidé pour des stratégies de médiation inclusives qui associent « toutes les parties prenantes », dont la société civile, pour arriver à toucher les populations et les communautés au niveau local et faire remonter leurs doléances.  À ce titre, il a insisté sur le rôle des femmes qui doivent être « des partenaires égaux dans les processus de paix et en particulier dans les efforts de médiation », rappelant notamment les résultats probants remportés par des organisations comme le Mediterranean Women Mediation Network, FEMWISE et le Nordic Network avant d’encourager les Nations Unies à intensifier leur coopération avec elles et à nommer davantage de femmes aux postes d’envoyés.

La médiation doit faire partie des instruments utilisés tout au long du cycle de conflit et doit être intégrée dans les efforts de consolidation de la paix, a poursuivi M. Van Oosterom, pour lequel les efforts de médiation doivent mener à des solutions en phase avec le droit international, la justice transitionnelle et le principe de responsabilité. 

Il a également vanté les mérites d’acteurs pertinents comme les organisations régionales, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), les leaders religieux ou encore les personnes âgées.  « La médiation est nécessaire pour la prévention des conflits », reprenant les termes du Secrétaire général qui a dit que « les caméras ne sont jamais là quand on réussit à éviter une crise ».  Mais la prévention est discrète et donc souvent « oubliée », et comme elle est oubliée, elle est trop souvent sous-financée, notamment aux Nations Unies où seules des contributions volontaires financent les efforts de prévention.  Pour y remédier, les Pays-Bas proposent donc de passer à des contributions régulières à ce titre.

M. GUSTAVO MEZA-CUADRA (Pérou) s’est appuyé sur le Chapitre VI de la Charte des Nations Unies, pour rappeler que la médiation est l’un des moyens à la disposition des parties pour tout différend dont la prolongation est susceptible de menacer le maintien de la paix et de la sécurité internationales.  Le travail de médiation correspond à un mandat précis, et les Envoyés spéciaux du Secrétaire général ont une responsabilité particulière à cet égard, a-t-il estimé.  Le représentant a ensuite encouragé le Conseil à jouer un rôle plus actif dans le recours à la médiation, ainsi qu’à la négociation, la conciliation, l’arbitrage, le règlement judiciaire, entre autres moyens pacifiques.  Avant de saluer le rôle des femmes dans ce domaine, il a souligné le rôle important que jouent les organisations régionales, comme l’Union africaine ou l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) qui déploie ses efforts pour trouver une solution négociée au conflit qui sévit au Soudan du Sud. 

M. KAIRAT UMAROV (Kazakhstan) a souligné l’importance du Centre régional des Nations Unies pour la diplomatie préventive en Asie centrale, qui contribue à la stabilisation de la région, celle-ci étant confrontée notamment au conflit afghan.  Son pays a fondé la Conférence pour l’interaction et les mesures de confiance en Asie, qui est un forum intergouvernemental de promotion de la paix et de la stabilité en Asie, a-t-il signalé, en appelant à une coopération renforcée dans ce domaine entre l’ONU et les organisations régionales.  Pour illustrer l’engagement de son pays en faveur d’un règlement pacifique des différends, le délégué a pris l’exemple des pourparlers de paix pour la Syrie à Astana et de son rôle s’agissant du dossier du programme nucléaire iranien.  Le Kazakhstan s’attache à jouer le rôle de « courtier honnête » et de « bâtisseur » de ponts, a-t-il conclu. 

M. MANSOUR AYYAD SH. A. ALOTAIBI (Koweït) a souligné que si on examine l’histoire de la médiation, on constate qu’elle a dû passer par plusieurs phases, avant d’être institutionnalisée par la Charte des Nations Unies, jusqu’à devenir une activité de premier plan du Secrétariat, grâce à ses bons offices et ses envoyés spéciaux.  Pour sa délégation, il est « inacceptable » que l’ONU dépense des milliards de dollars d’aide, alors que cet argent serait mieux employé pour financer des efforts de médiation en amont des conflits.  Il a demandé au Conseil de sécurité d’accorder à l’avenir à la médiation une plus grande importance dans ses travaux, tout en donnant aux organisations régionales et sous-régionales la possibilité d’assumer davantage de responsabilités à cet égard, conformément au Chapitre VIII de la Charte des Nations Unies. 

M. CARL ORRENIUS SKAU (Suède) a plaidé pour plus de femmes dans la médiation.  Il s’est insurgé contre la prétention de faire participer les femmes en impliquant une ou deux aux négociations ou en créant des mécanismes séparés dans lesquels les femmes ont juste un rôle de conseil.  Pour la Suède, les femmes et les hommes doivent participer, de manière égale, à tous les niveaux des processus politiques et de paix.  M. Skau a souhaité par exemple que plus de femmes soient nommées envoyées spéciales et hauts responsables d’équipes de médiation.  Et les États Membres peuvent y contribuer en proposant des candidatures féminines.  Le réseau suédois de médiation des femmes a été lancé en 2015 à ce propos.  De même, les équipes de médiation devraient avoir assez d’expertise féminine pour comprendre comment les droits des femmes font partie des questions en discussion. 

La Suède a plaidé également pour que tous les segments de la société soient impliqués dans la médiation.  Les organisations régionales et sous-régionales jouent aussi un rôle crucial pour anticiper les risques de conflit en établissant notamment des relations utiles pour une médiation efficace. 

Enfin, la Suède invite le Conseil de sécurité à rester uni pour soutenir les efforts de médiation de l’ONU, en donnant aux envoyés et équipes de médiation les leviers dont ils ont besoin pour réussir, notamment dans le cadre de situations politiquement complexes.  Malheureusement, a noté le délégué, des divisions au sein du Conseil de sécurité s’ajoutent aux défis auxquels un médiateur onusien fait face.  La Suède estime que des questions qui ne font pas partie de l’ordre du jour du Conseil de sécurité, tels que le Cameroun, le Nicaragua, la Papouasie-Nouvelle-Guinée et Madagascar, nécessitent des efforts en matière de diplomatie préventive et de médiation.

M. WU HAITAO (Chine) a rappelé que la médiation est l’un des instruments de règlement pacifique des conflits.  L’ONU doit renforcer ses activités de médiation, dans le respect du principe de non-ingérence et de la souveraineté nationale, a-t-il dit.  Il a aussi plaidé pour une meilleure coordination des efforts de médiation, le Conseil de sécurité ayant à cet égard un rôle essentiel à jouer, avant de louer le professionnalisme du Secrétaire général et de ses représentants.  Le délégué de la Chine a insisté sur l’importance des organisations régionales, avant de rappeler que paix et développement se renforcent mutuellement.  La Chine a participé à plusieurs efforts de médiation, notamment s’agissant du programme nucléaire de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), a-t-il souligné. 

M. VASSILY A. NEBENZIA (Fédération de Russie) a jugé la médiation préférable à l’imposition de sanctions du Conseil de sécurité.  Le Chapitre VIII de la Charte des Nations Unies recommande d’ailleurs la recherche d’un règlement pacifique des différends d’ordre local par le moyen d’organismes régionaux.  C’est ce que s’efforce de faire Moscou en participant par exemple aux efforts de médiation déployés par la Commission des États indépendants (CEI), a-t-il dit. 

Le représentant a ensuite prévenu des risques qui se posent lorsque divers efforts de médiation se font concurrence.  En dernière analyse, le meilleur moyen de régler un conflit est d’engager les parties dans un dialogue constructif, facilité par des médiateurs « impartiaux ». 

Malheureusement, trop souvent, a regretté M. Nebenzia, on assiste à des tentatives de « monopoliser » la médiation ou de l’orienter vers des intérêts politiques.  « L’imposition artificielle de recettes est contreproductive » et « la connivence avec l’une des parties au conflit ne saurait être justifiée », a-t-il mis en garde.  Hélas, trop souvent le Conseil de sécurité promeut des initiatives qui constituent une ingérence dans les affaires internes des pays, a soutenu le délégué.  Une telle attitude ne peut que saper la confiance dans l’Organisation dans son ensemble, a souligné le représentant.  La Fédération de Russie, a ajouté le délégué, s’est toujours prononcée en faveur du rapprochement des positions et des accords mutuellement acceptables par les parties concernées.

M. RODNEY M. HUNTER (États-Unis) a rendu hommage à Kofi Annan, décédé la semaine dernière, qui, en tant qu’Envoyé spécial en Syrie, avait compris qu’il ne pouvait pas vouloir la paix davantage que les protagonistes de la guerre dans ce pays. 

Les médiateurs ne peuvent pas forcer les acteurs à vouloir la paix et ce qui manque souvent, y compris au sein de ce Conseil, c’est un véritable désir d’assurer le succès des processus de médiation, a-t-il déclaré.  « Les représentants et envoyés de l’ONU ne peuvent agir seuls. »  Ceux qui refusent de s’engager dans des processus de paix doivent savoir les conséquences sérieuses auxquelles ils s’exposent, a-t-il déclaré.  Il a pris l’exemple du Soudan du Sud, pays contre lequel le Conseil a fini par imposer un embargo sur les armes après de longues négociations.  Pendant des années, on nous avait en effet dit d’attendre un accord de paix, d’attendre que les efforts de médiation portent leurs fruits, a-t-il déploré. 

Le délégué a affirmé qu’il ne saurait y avoir de paix sans conséquences pour ceux qui la refusent.  La médiation ne doit pas nous aveugler et nous devons avoir le courage de dire lorsqu’elle ne suffit pas, a-t-il conclu. 

M. MAURO VIEIRA (Brésil) a parlé du rôle de son pays comme garant dans les pourparlers entre le Gouvernement colombien et l’Armée de libération nationale (ELN), un cas qui démontre à souhait l’engagement de son pays à faciliter le règlement pacifique des conflits.  Il a félicité le Secrétaire général pour la mise en place du Conseil consultatif de haut niveau chargé des questions de médiation.  Pour mieux préparer l’ONU à utiliser la médiation, le Brésil estime que le Groupe de l’appui à la médiation doit pouvoir bénéficier de ressources humaines et financières adéquates.  À ce propos, l’établissement d’un compte spécial dédié aux missions politiques spéciales, ne relevant pas du budget ordinaire de l’Organisation, pourrait rendre disponibles des ressources exclusivement consacrées à la médiation. 

M. Vieira a également appelé l’ONU à continuer de soutenir les organisations régionales et sous-régionales afin qu’elles renforcent leurs outils de médiation, invitant aussi l’ONU à assister les institutions nationales et locales.  L’expérience a laissé voir que des acteurs autres que l’ONU peuvent être des médiateurs très efficaces et qu’ils ont parfois une plus grande chance de succès, a-t-il constaté.  Même dans le cas où d’autres acteurs ont de meilleures chances de réussite, l’ONU doit tout de même se tenir prête à apporter une assistance politique et technique au besoin, a—t-il souhaité. 

Selon le Brésil, le succès de la médiation dépend de son caractère inclusif et de l’appropriation nationale.  De plus, les approches partant du bas vers le haut, et qui tiennent compte de toutes les perspectives, semblent produire des accords plus solides.  Même si cela prend du temps pour arriver à des solutions inclusives, celles-ci durent plus longtemps, a-t-il argué.  Il a plaidé pour l’implication des jeunes et de femmes dans la médiation, se félicitant de la parité des sexes au sein du Conseil consultatif de haut niveau chargé des questions de médiation.  M. Vieira a en outre invité le Conseil de sécurité à éviter de prendre des décisions qui peuvent affecter négativement des médiations en cours.  Les régimes de sanctions, par exemple, doivent être mis en place en coordination étroite avec les médiateurs et les gens du terrain.  « Les sanctions ne sont pas une fin en soi », a-t-il insisté en ajoutant qu’elles doivent toujours être au service d’une stratégie politique visant à promouvoir la résolution pacifique d’une crise. 

Prenant la parole au nom du Groupe des amis de la médiation, M. FERIDUN HADI SINIRLIOĞLU (Turquie) a estimé que les conflits gagnent en complexité, de même que la prévention et la résolution des conflits.  Afin de parvenir à une paix durable, nous devons élaborer une approche globale, inclusive, et coordonnée dans le cadre de laquelle les acteurs de la communauté internationale puissent travailler en toute complémentarité.  L’inclusivité a prouvé à quel point elle est un moyen significatif de réaliser une paix durable, a indiqué le représentant. 

Tous les membres de la société devraient jouer un rôle significatif dans les processus de paix, mais les femmes et les jeunes peuvent tout particulièrement contribuer à l’avènement de la paix et de la résilience au sein de leurs sociétés.  Il nous appartient, a souligné M. Sinirlioglu, de mettre en œuvre intégralement les dispositions des résolutions du Conseil de sécurité relatives aux femmes, à la paix, et à la sécurité et aux jeunes, à la paix et à la sécurité. 

Il est indispensable, a-t-il ajouté, que le Conseil et l’Organisation dans son ensemble renforcent leurs capacités à calibrer leur approche, en la faisant passer de la réponse aux conflits à la paix durable, et en mettant l’accent sur la formation de la prochaine génération de médiateurs. 

M. MOHAMED OMAR MOHAMED GAD (Égypte) a souligné la nécessité d’une application de la Charte sans sélectivité et dénoncé les visées de ceux qui veulent saper le multilatéralisme.  Les solutions militaires aux crises sont souvent peu efficaces comme la communauté internationale a pu le constater au Moyen-Orient, a déclaré le délégué.  L’ONU a un rôle essentiel à jouer dans le règlement pacifique des conflits, a-t-il dit, en exhortant le Conseil de sécurité à utiliser pleinement la médiation ou encore l’arbitrage avant d’user de toute mesure coercitive.  Le Conseil, a-t-il ajouté, doit aussi prendre pleinement en compte les efforts régionaux et locaux accomplis.  Enfin, le représentant a demandé la désignation de médiateurs acceptables par toutes les parties et le renforcement de la coopération entre l’ONU et l’Union africaine. 

Mme MARÍA EMMA MEJÍA VÉLEZ (Colombie) a affirmé qu’il est important de renforcer les capacités locales de médiation, comme c’est le cas dans son pays, où ces efforts ont été couronnés de succès.  Elle a ensuite souligné la contribution que peuvent apporter les États voisins, à titre bilatéral ou dans le cadre de l’Organisation des États américains (OAE).  Selon elle également, il faut absolument renforcer la participation des femmes dans ce contexte, comme c’est le cas au Népal ou actuellement en Colombie.  Les femmes doivent être présentes à chaque étape des processus de paix, a insisté Mme Mejía Vélez, en affirmant que la paix a toutes les chances de s’inscrire dans la durée si elles y sont associées.

Mme MALEEHA LODHI (Pakistan) a déploré l’échec des efforts de médiation dans de nombreux conflits et invité à un changement d’approche, pour mettre l’accent sur la diplomatie au service de la paix.  Le Conseil de sécurité a un rôle crucial à jouer dans cette diplomatie préventive, a-t-elle dit, avant de mentionner les critiques grandissantes à l’égard du Conseil pour sa tendance à recourir au Chapitre VII de la Charte.  La mise en œuvre des résolutions du Conseil pourrait être recherchée par un recours judicieux au Chapitre VI, a préconisé la déléguée.  Elle a ensuite encouragé le Conseil à autoriser le Secrétaire général à user davantage de ses bons offices.  Le Conseil pourrait également renvoyer certaines situations devant la CPI.  La déléguée du Pakistan a enfin déploré la non-application des résolutions du Conseil s’agissant du conflit de longue date au Jammu-et-Cachemire.  « Ce qui est en jeu ici est à la fois la crédibilité de ce Conseil et une paix durable dans la région. »

« La guerre est le dernier argument de souveraineté, mais la médiation est un choix préliminaire très sage », a estimé M. TEODORO LOPEZ LOCSIN, JR.(Philippines).  La médiation peut permettre aux États de régler leurs différends « par les mots et non pas par les balles », a poursuivi le représentant pour lequel « la paix ne peut s’obtenir à n’importe quel prix », une leçon apprise par son pays pour lequel les efforts de médiation de Paris sont arrivés trop tard, « trois millions de morts trop tard ».  La médiation, même lorsqu’elle échoue, permet néanmoins de prendre conscience de ce qui est réellement en jeu et du vrai prix à payer, a-t-il argué.

Ainsi, les Philippines réaffirment leur plein soutien à la médiation, ce dont témoigne notamment la Déclaration de Manille pour le règlement pacifique des disputes internationales.  Après 18 ans d’engagement continu dans un processus de paix, le Gouvernement philippin a finalement promulgué la loi organique de Bangsamoro qui en fait une région autonome.  Signée par le Président Rodrigo Roa Duterte, cette loi reconnaît les aspirations de ceux qui vivent dans la province musulmane de Mindanao -pas uniquement des musulmans mais également des chrétiens et des populations autochtones- dans le contexte de la république démocratique indivisible, a expliqué le représentant ajoutant que la « souveraineté ne peut s’amputer » et « qu’une république ne peut sponsoriser des solutions non républicaines, tout comme une démocratie ne peut sponsoriser la dictature ».  « Un califat n’a jamais été une option », a -t-il précisé avant de rappeler que les « portes pour des négociations de paix avec les rebelles communistes sont également toujours ouvertes ».

Mme AUDRA PLEPYTĖ (Lituanie) a constaté que, trop souvent, la médiation et les processus de paix restent dominés par les hommes.  « Alors que les femmes sont touchées disproportionnellement par les conflits, leur rôle crucial dans les négociations, dans le maintien et la consolidation de la paix au sein de leurs propres communautés, est souvent négligé », a-t-elle déclaré, en soulignant la nécessité de corriger ce déséquilibre.  Aussi la représentante a-t-elle encouragé le Secrétaire général à poursuivre ses efforts en vue de mettre l’accent sur le recrutement de femmes à des postes d’envoyées spéciales et de médiatrices.

Mme Plepytė a ajouté que le Conseil de sécurité devrait fournir un soutien politique aux efforts de médiation des organisations régionales, qu’il s’agisse de l’Union africaine, de l’Union européenne ou de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) ou encore du Conseil de l’Europe.  Les communautés locales concernées devraient également être parties prenantes des processus de paix en cours dans leurs pays, a conclu la représentante.

M. GHOLAMALI KHOSHROO (République islamique d’Iran) a dénoncé l’invasion au début de ce siècle d’un pays par un membre permanent de ce Conseil en violation de la Charte.  Ce même pays poursuit une politique de retrait des accords et organisations internationaux et demande à tous les États de ne pas respecter la résolution 2231 (2015) du Conseil, sous peine d’être punis, a-t-il dénoncé.  « Si cette tendance alarmante se poursuivait, la crédibilité de ce Conseil en serait érodée. » Le délégué a dénoncé le recours excessif du Conseil au Chapitre VII, « comme si la Charte ne comprenait pas d’autres dispositions ».  Ce Chapitre est une mesure de derniers recours, a-t-il souligné.  Enfin, il a déclaré que les efforts de médiation, pour être efficaces, devaient être conduits de manière « objective, transparente et neutre ».  « Le seul objectif du médiateur doit être de faciliter le processus vers une solution juste et d’aider les parties à parvenir à cette solution d’elles-mêmes. »

M. GEORG HELMUT ERNST SPARBER (Liechtenstein) s’est félicité que le Secrétaire général ait choisi d’axer ses priorités sur la prévention des conflits, notamment via le Conseil consultatif de haut niveau chargé des questions de médiation.  « Une paix durable ne peut autoriser de facto ou de jure l’impunité pour les crimes de droit international les plus graves », a estimé M. Sparber, en soulignant le caractère dissuasif de la promesse de justice.  De même, un déni de justice prive les populations victimes de la possibilité de guérir, et de rebâtir une société.  Le représentant a préconisé que les accords post conflit arrachent « les racines des causes des atrocités », sans quoi « les graines du conflit repousseront ».  Les efforts de médiation doivent ainsi laisser un espace pour la recherche de la justice en cas de crimes graves.

Dans la médiation des accords de paix, il a invité à prendre en compte le changement de nature des conflits, leur caractère de plus en plus intra-étatique.  Notant le cas, toujours plus fréquent, où une communauté au sein d’un pays aspire à plus de pouvoir de décision, le représentant a estimé que l’ONU devrait se concentrer sur cet aspect pour bâtir son architecture de prévention et de résolution des conflits.  « Les missions de terrain devraient être capables de soutenir efficacement les efforts de médiation à l’échelle locale en facilitant un dialogue de bonne foi sur l’autogestion, entre un État donné et une communauté affectée, où les deux parties sont consentantes. »  Une paix durable est atteignable « quand toutes les communautés ont un rôle à jouer dans la manière dont elles sont gouvernées », a-t-il assuré.

Mme LOUISE BLAIS (Canada) a souscrit aux appels de plusieurs délégations demandant d’impliquer davantage les femmes et les jeunes dans la médiation.  On peut faire le lien entre la participation de groupes de femmes et des taux de mise en œuvre beaucoup plus élevés une fois qu’un accord est conclu, a-t-elle justifié. 

Le Canada, a-t-elle poursuivi, contribue au Fonds des femmes pour la paix et l’aide humanitaire au Burundi, un groupe qui intervient dans la médiation et le règlement pacifique des différends.  Le Canada a aussi financé des efforts pour intensifier l’engagement des femmes, des jeunes et des Églises à l’appui du processus de paix dirigé par l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) au Soudan du Sud.  De même, le Canada appuie le « travail extraordinaire » accompli au Mali par les Ambassadeurs de la paix, un groupe de jeunes et de femmes qui œuvre pour un changement pacifique dans les régions touchées par les conflits.  Pour Mme Blais, ces différentes initiatives illustrent ce à quoi doit ressembler la médiation efficace sur le terrain, au quotidien.  Elles prennent la forme de dialogues communautaires pour la paix, de surveillance pour des alertes rapides, de diffusion de renseignements et d’un engagement politique actif.  Elle a tout de même déploré que les préjugés et l’intimidation dissuadent trop souvent les femmes et les jeunes de participer aux processus de paix. 

Mme SIMA SAMI I. BAHOUS (Jordanie) a salué la mémoire de Kofi Annan qui fut un « grand exemple de médiateur ».  Elle a aussi salué le rôle central de l’ONU dans la médiation, rappelant que lorsque la médiation n’est pas mise en branle assez tôt, ce sont les femmes et les enfants qui en paient le prix le plus cher.  Elle a appelé la communauté internationale à user de la médiation dans ce Moyen-Orient frappé par la violence, afin d’y parvenir à des solutions durables.

Pour le cas de la Jordanie, le pays a une position de principe qui est le rejet de solutions militaires, y compris dans le cadre du conflit syrien pour lequel la Jordanie appelle à une solution politique négociée.  Pour la Jordanie en outre, il faut renforcer la place des femmes dans les processus de médiation, en droite ligne de la résolution 1325 (2000) du Conseil de sécurité.  La déléguée a également souligné qu’une médiation efficace doit tenir compte des causes profondes des différends, et demandé un soutien politique et moral du Conseil de sécurité aux négociateurs engagés à travers le monde. 

M. TORE HATTREM (Norvège), qui s’exprimait également au nom de l’ensemble des pays nordiques (Danemark, Finlande, Islande, Norvège et Suède), s’est d’abord réjoui que le Conseil ait montré un front uni pour résoudre le conflit en Gambie avec les autres parties prenantes, l’an dernier. 

Les pays scandinaves encouragent le Conseil à utiliser pleinement son mandat pour encourager et promouvoir les efforts de médiation comme dans le cas colombien, « où nous voyons le rôle crucial que la Mission de l’ONU, renforcée par un mandat fort du Conseil de sécurité, peut jouer une fois l’accord de paix signé, quand les deux parties s’engagent dans la phase délicate de la mise en œuvre des accords ».

La complexité des conflits d’aujourd’hui pose des défis aux efforts de médiation de l’ONU, a reconnu M. Hattrem; dans un tel contexte, « il existe une relation complexe entre sanctions et processus de paix », a-t-il ajouté.  « L’engagement du Conseil de sécurité implique une responsabilité pour apporter un soutien actif aux efforts de paix et à l’aide de la consolidation de la paix », a poursuivi le représentant, qui a appelé le Conseil à s’inspirer de développements positifs de la paix dans la Corne de l’Afrique entre l’Érythrée et l’Éthiopie, ou encore entre l’Érythrée et la Somalie.

Reconnaissant le rôle prépondérant des organisations régionales, les pays nordiques encouragent « le renforcement des relations entre l’Union africaine (UA) et l’ONU, et entre le Conseil de paix et de sécurité de l’UA et le Conseil de sécurité ». 

Le représentant s’est enfin dit préoccupé par le faible nombre de femmes engagées dans les processus de médiation, et a encouragé le Secrétaire général à agir pour améliorer la situation. 

M. JORGE SKINNER-KLEÉ ARENALES (Guatemala) a déploré que malgré l’importance de l’outil, la médiation soit encore trop peu utilisée dans les premiers stades d’un conflit potentiel.  Il a également rappelé tout effort de prévention « devrait prendre en compte les causes profondes et les dynamiques d’un conflit, ainsi que les intérêts, les besoins, les traditions et les idiosyncrasies politiques et sociales de la population concernée ».

Cependant, « il n’y a pas de formule magique dans les méthodes de médiation », a-t-il aussi pointé, et, concernant la question de l’ingérence, « aucune pratique ne saurait imposée de l’extérieur » à moins que ne soit désigné « un médiateur enthousiaste et avec une profonde connaissance de la nature du conflit et des attentes des différentes parties », ainsi qu’avec l’expérience et la confiance suffisante. 

M. YURIY VITRENKO (Ukraine) a dit qu’en tant que pays faisant face à l’agression de son voisin de l’est, l’Ukraine estime qu’il est important de renforcer les capacités de médiation de l’ONU, ainsi que son efficacité à toutes les phases des conflits.  Il a déploré que le potentiel de l’ONU en la matière ne soit pas pleinement exploité, et que de nombreuses personnes à travers le monde, y compris en Ukraine, continuent de regarder l’ONU avec l’espoir que l’Organisation va renforcer ses efforts de prévention des conflits et assurer le respect universel du droit international.

Le représentant a rappelé que cela fait exactement 4 ans que les forces russes ont envahi l’Ukraine.  Il a observé quelques secondes de silence, debout, afin de rendre hommage aux Ukrainiens ayant perdu leur vie dans ce conflit.  Il a enfin énuméré un certain nombre d’initiatives prises par l’Ukraine pour régler ce différend de manière pacifique et par la médiation. 

M. MARTÍN GARCÍA MORITÁN (Argentine) a souligné le caractère essentiel du multilatéralisme pour la paix et la sécurité internationales, disant que son pays est un fervent défenseur du principe de règlement pacifique des différends internationaux.  Il a plaidé en faveur de la médiation et de l’appui à la médiation, ce qui est capital dans la prévention de conflits.  L’Argentine salue à ce propos la stratégie du Secrétaire général de placer la diplomatie préventive au centre de son action, et plaide en faveur de l’amélioration des capacités des organisations régionales et des acteurs nationaux et locaux.

Le représentant a jugé important que la médiation tienne compte des spécificités au cas par cas sans « extrapoler sur la base de recettes préétablies » et en capitalisant sur des synergies positives avec d’autres mécanismes de règlement de crise.  À ce titre, le représentant a souligné les contributions précieuses que peuvent apporter les organisations régionales et sous-régionales aux processus de médiation, ainsi que l’importance de l’inclusion des femmes à ces processus.

Le succès des efforts de médiation ou des missions de bons offices dépend toutefois de la mise en œuvre de bonne foi des obligations qui incombent aux parties concernées, a précisé le représentant exhortant ces parties et les États étrangers à faire preuve de retenue et à ne pas prendre de mesures qui risqueraient d’exacerber les tensions.  Cela signifie également que le règlement pacifique de conflits dépend du consentement nécessaire des parties prenantes à participer à de tels processus, a conclu le représentant. 

M. JUAN SANDOVAL MENDIOLEA (Mexique) a salué le fait que le renforcement de la médiation fasse partie des priorités de la réforme du pilier paix et sécurité engagée par le Secrétaire général de l’ONU.  Il a demandé d’opter aujourd’hui pour des approches de médiation novatrices.  Il a rappelé l’initiative du « Groupe de Contadora » auquel le Mexique fait partie, et qui a œuvré pour de bons rapports entre États d’Amérique latine et centrale. 

Pour le Mexique, il faut aussi renforcer les capacités de médiation aux niveaux local, national et régional, tout en incluant cet aspect dans les mandats des opérations de maintien de la paix et les missions politiques spéciales.  Le représentant a aussi plaidé pour une plus grande implication de femmes aux efforts de médiation, rappelant que seulement 2% des médiateurs entre 1990 et 2017 furent des femmes.  Il a donc interpelé le Conseil consultatif de haut niveau chargé des questions de médiation de l’ONU et demandé que ce chiffre augmente. 

Mme JOANNE ADAMSON, de l’Union européenne, a indiqué que la stratégie mondiale de l’Union européenne (UE) a récemment placé la prévention des conflits comme une priorité de premier plan.  Aujourd’hui l’UE est engagée dans pas moins de 40 médiations et processus de dialogue à travers le monde.  Parfois, l’UE mène les discussions, comme c’est le cas entre Belgrade et Pristina, ou dans le dossier du nucléaire iranien.  L’UE est prête à faire davantage, a-t-elle révélé, tout en expliquant qu’elle est en train de renforcer ses capacités et ses structures de médiation et de soutien au dialogue.  L’UE entend aussi renforcer des initiatives communes avec ses partenaires comme l’ONU et l’Union africaine. 

Mme Adamson a parlé du soutien de l’UE en faveur du Groupe de l’appui à la médiation, rappelant que son organisation a débloqué 15 millions d’euros pour les projets de médiation de l’ONU à travers le monde au cours des dernières années.  Elle a mentionné le rapport conjoint ONU-Banque mondiale qui a laissé voir que le renforcement de la prévention des conflits pourrait permettre d’économiser 70 millions de dollars par an. 

Pour l’UE, l’inclusion des jeunes et des femmes dans la médiation n’est pas une option, mais plutôt un impératif, car « on ne peut parvenir à des accords durables avec seulement la moitié de la population impliquée ».  Elle a annoncé que l’UE et l’ONU allaient bientôt organiser une retraite des organes de médiation des organisations régionales et internationales afin d’améliorer leur engagement.  « Aujourd’hui, a poursuivi Mme Adamson, nous avons les moyens techniques de mieux soutenir la médiation.  L’ingrédient qui manque est le soutien politique. »  Elle a ainsi paraphrasé l’ancien Secrétaire général Kofi Annan qu’elle a présenté comme faisant partie des personnages ayant dédié leur vie à la défense de la paix et des droits de l’homme.

L’Allemagne est convaincue que la médiation est un instrument clé dans toutes les phases des conflits, de la prévention à la stabilisation et la consolidation de la paix, a expliqué son représentant, M. JUERGEN SCHULZ.  Alors que les pressions mondiales s’intensifient, la nécessité de régler les crises de manière pacifique devient de plus en plus urgente.  « Nous avons besoin de plus de dialogue et moins de confrontations, de plus de prévention et moins d’intervention », a estimé le représentant pour lequel le Conseil de sécurité a un rôle important à jouer à cet égard. 

« Lorsque le Conseil décide de confier un rôle de médiateur au Secrétaire général ou à quelqu’un d’autre, il est essentiel de lui fournir le soutien politique nécessaire tout en accordant suffisamment d’espace aux parties concernées pour poursuivre une solution pacifique », a souligné le représentant, appelant dans la foulée au respect de certains standards et principes pour régir les processus de médiation. 

En Allemagne la médiation joue d’ores et déjà un rôle clef dans ses efforts nationaux de règlement des conflits, ce dont témoigne notamment la mise en place de son unité de la médiation au sein du Bureau fédéral des affaires étrangères et son soutien renforcé aux efforts de médiation sur le terrain.  Elle souhaite travailler avec d’autres États Membres et organisations régionales pour promouvoir la médiation en tant qu’instrument privilégié du règlement pacifique des conflits, a expliqué le représentant avant de passer en revue certaines situations où l’Allemagne intervient déjà en ce sens, notamment au Yémen et au Darfour.

« Les processus de paix les plus réussis sont ceux qui sont appuyés par la population », a rappelé M. Schulz avant d’insister sur l’importance de la participation des femmes à ces processus et d’appeler à ce qu’elles aient une influence sur leur structure et leurs résultats.

M. JORGE MORAGAS SÁNCHEZ (Espagne) a estimé que la condition principale pour une médiation couronnée de succès était le consentement des parties en conflit.  Il est également essentiel de garantir le caractère inclusif du processus, afin que les acteurs exclus n’essayent pas de saper le résultat de la médiation.  De même, il est nécessaire que les médiateurs sachent qu’il faille d’abord juger de l’opportunité de la médiation avant de l’engager au moment opportun.

Le représentant a noté que les mécanismes locaux et nationaux peuvent permettre de réduire les tensions, mais cela nécessite des ressources pour la formation des médiateurs.  Il est tout aussi important d’inclure les femmes dans les processus de médiation, notamment parce que les crises les affectent plus particulièrement.  L’Espagne soutient également l’établissement de réseaux de dirigeants religieux locaux dans l’optique d’exercer des activités de médiation.

M. YASUHISA KAWAMURA (Japon) a rappelé le rôle positif joué par le Japon dans le règlement de conflits, en citant pour exemple l’archipel des Philippines.  Dans ce pays, le Japon a contribué aux accords de paix entre le Gouvernement et l’insurrection Moro, et déployé des experts de l’Intervention civile de paix pour contrôler le cessez-le-feu.

Il a vivement encouragé les partenariats entre les organisations d’obédience régionale, sous-régionale et internationale, notamment en Afrique, citant l’Union africaine, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), et l’Autorité intergouvernementale sur le développement (IGAD).  Il a notamment insisté sur le renforcement des liens entre le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine et le Conseil de sécurité, par le biais de réunions annuelles. 

« Nous devons éviter la redondance dans nos initiatives.  Cela nécessitera un engagement approprié à différents niveaux entre le Secrétariat général et le terrain », a insisté M. Kawamura.

Mme ELENE AGLADZE (Géorgie) a rappelé que 10 ans après le conflit entre son pays et la Fédération de Russie, la Géorgie faisait toujours face à la présence illégale russe dans les deux régions occupées.  Elle a évoqué les formats formels de dialogue établis pour résoudre ce conflit, notamment les discussions internationales de Genève et le Mécanisme conjoint de prévention des incidents et d’intervention.  Elle a déploré que ces formats n’aient pas conduit à des résultats positifs. 

Les leçons que la Géorgie en tire sont, dans un premier temps, que la médiation doit être neutre.  La substance même des discussions est tout aussi curiale, a-t-elle souligné en notant que la partie russe se retirait chaque fois que des sujets qui ne leur plaisaient pas étaient évoqués. 

Enfin, même les médiateurs les plus avisés ne peuvent parvenir à des résultats probants sans la volonté politique des protagonistes

M. FRANCISCO DUARTE LOPES (Portugal) a salué les efforts déployés par le Secrétaire général pour renforcer la capacité de médiation des Nations Unies, sur la base d’un « appel à la montée en puissance de la diplomatie pour la paix ».  La création du Conseil consultatif de haut niveau chargé des questions de médiation constitue déjà un résultat tangible à cet égard, a ajouté le représentant.  Pour lui, « la réforme en cours au sein de l’Organisation en matière de gestion, de paix, de sécurité et de développement contribuera certainement à renforcer l’approche holistique à adopter pour la résolution des conflits ».  Il s’est prononcé en faveur de l’établissement de systèmes d’alerte rapide et du renforcement des capacités de nature à permettre une action immédiate de la communauté internationale.  M. Lopes a en outre apporté son soutien à la complémentarité des efforts, ainsi qu’au rôle accru des femmes et des jeunes dans les processus de médiation. 

M. MAGDI AHMED MOFADAL ELNOUR (Soudan) a espéré que les délibérations d’aujourd’hui débouchent sur une approche objective et contraignante qui donne la priorité absolue à un règlement pacifique des disputes par le biais de la médiation, une approche qui doit pouvoir compter sur « un appui sérieux du Conseil de sécurité ».  Le Conseil doit être à même de jouer son rôle et de renforcer ses efforts de médiation parce que même si les médiateurs jouissent d’impartialité et de compétence, il y a toujours besoin que les parties prenantes leur apportent leur appui, y compris les organisations régionales et sous-régionales, a remarqué le représentant. 

Par ailleurs, il a appelé le Conseil à rester uni et à condamner les parties qui font perdurer les conflits, notamment les acteurs non étatiques.  Le représentant a mis en avant les contributions précieuses des organisations régionales et sous-régionales dans les règlements pacifiques des conflits, en particulier l’Union africaine.  « Ce sont ces organisations et les pays voisins qui sont les meilleurs médiateurs en cas de crise parce qu’ils maitrisent les dimensions politiques, sociales, et environnementale et autres sur le terrain », a-t-il affirmé.  C’est pourquoi le Soudan appelle la communauté internationale à renforcer les capacités de médiation de ces organisations, justifiant cela notamment par l’efficacité de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) dans le processus de paix avec le Soudan du Sud. 

Il espère que les efforts internationaux et régionaux se multiplieront à l’avenir pour promouvoir le rôle de la médiation dans le règlement des différends et que le processus de réforme en cours à l’ONU, avec en son cœur la prévention, soit pleinement soutenu.

M. SYED AKBARUDDIN (Inde) a estimé que la question n’est pas de savoir si la médiation était un outil important de règlement des différends, mais plutôt de se demander si le système des Nations Unies, dans sa configuration actuelle, pouvait mener des actions de base nécessaires pour la médiation.  Est-ce qu’il existe une volonté de fournir les ressources aux Nations Unies pour qu’elle s’occupe des menaces majeures de la paix et la sécurité internationales au-delà des déclarations normatives, a demandé le délégué de l’Inde, qui a souligné que les problèmes des Nations Unies en tant que médiateur sont dus à la nature même des organisations intergouvernementales.  Ces dernières sont en effet marquées par des processus de prise de décisions complexes.  Au lieu que les États Membres soutiennent pleinement les médiateurs, ces États parlent plutôt de diverses voix, a-t-il fait observer.

Selon l’Inde, les réformes engagées par le Secrétaire général ont peu de chance de faire évoluer cette réalité, puisque les limites des organisations intergouvernementales ne peuvent être résolues par des améliorations ou des modifications des règles et règlements du Secrétariat de l’ONU.  Et sachant que le problème est fonctionnel, il serait plus avisé d’identifier des solutions fonctionnelles et non pas structurelles, a-t-il expliqué.  Selon M. Akbaruddin, au lieu de s’escrimer à vouloir tout mettre sur le dos de l’ONU, peut-être serait–il judicieux de se tourner vers des acteurs ayant le plus de capacités et de volonté de s’engager dans la médiation.

Pour M. GHEORGHE NECULA (Roumanie), la médiation, bien qu’essentielle, devrait être employée non pas seule mais de concert avec d’autres mécanismes comme la diplomatie préventive et le déploiement préventif.  Rappelant le caractère essentiel de la coopération entre acteurs et la cohérence des objectifs pour une médiation réussie, le représentant a estimé qu’un travail d’équipe devait être mené entre les entités régionales et sous-régionales telles que l’Union africaine ou la Communauté économique des États de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) ou encore l’Union européenne. 

M. Necula a aussi relevé l’importance des partenariats au sein des Nations Unies, comme entre le Conseil de sécurité et la Commission de consolidation de la paix.  En tant que Président de la Commission de consolidation de la paix, la Roumanie a d’ailleurs mis la priorité sur le développement d’une synergie entre la Commission et le Fonds de consolidation de la paix.

M. GERT AUVAART (Estonie) a appelé à ne pas remettre en question « notre capacité à régler les conflits de façon pacifique par les temps qui courent », estimant qu’on ne peut « juste pas se le permettre » et rappelant qu’il s’agit d’une responsabilité collective selon la Charte des Nations Unies.  L’Estonie soutient l’accent marqué que les Nations Unies mettent sur la médiation comme moyen d’action crucial dans ce domaine, et remercie le Secrétaire général pour les recommandations visant à renforcer les capacités de médiation sur le plan national et local. 

Les moyens permettant de détecter et réagir à temps aux potentielles nouvelles crises, la coopération et les partenariats, les vertus de la confiance et de la compassion sont autant de facteurs à renforcer aux yeux du représentant et un investissement porteur dans la prévention des conflits efficaces.  Dans ce contexte, l’Estonie salue la mise en place du Conseil de haut niveau chargé des questions de médiation ainsi que le travail du Département des affaires politiques dans le domaine de la prévention et de la médiation, des efforts qu’elle soutient.

Le représentant a également souligné l’importance de l’inclusion dans ces processus, notamment celle des jeunes et des personnes âgées, des femmes, des groupes religieux et des minorités, de manière à mieux comprendre les défis à relever et à y apporter des solutions durables.  L’Estonie insiste aussi sur l’importance de la volonté politique et de l’engagement des parties pour le succès des processus de médiation.  À ce titre, le représentant a appelé le Conseil de sécurité à pleinement faire recours au potentiel du Chapitre VI de la Charte de manière unie et dans un esprit de coopération.

M. BRIAN PATRICK FLYNN (Irlande) a noté que des mesures importantes avaient été prises collectivement depuis le dernier débat sur la médiation en 2009, soulignant que le contexte mondial actuel rendait cet instrument encore plus important et pertinent qu’avant.  Il a salué l’accent particulier mis par le Secrétaire général sur l’importance de la médiation, quelque chose que « ce Conseil a également reconnu ».  Sur la base de sa propre expérience, l’Irlande, confirme que l’inclusion est essentielle pour le succès des processus de médiation, à commencer par celle des femmes.  Son représentant a regretté toutefois qu’entre 1990 et 2017, les femmes ne représentent toujours que 2% des médiateurs de processus de paix.  « Si nous voulons être plus efficaces, cela doit simplement changer » a averti le représentant avant de rappeler que l’Irlande a organisé en juin 2018 un séminaire sur la promotion des femmes en tant que médiateurs, suivi d’une table ronde thématique.  Il a également insisté sur l’importance croissante de l’agenda « jeunes et processus de paix ».  Par ailleurs, il a estimé que les résultats des processus de médiation dépendent d’un financement adéquat des efforts de prévention des conflits.  C’est dans cet esprit que l’Irlande a investi 19,26 millions de dollars dans le Fonds de consolidation de la paix des Nations Unies depuis 2006 ainsi que 2,2 millions de dollars en contributions extrabudgétaires à l’Unité de soutien à la médiation du Département des affaires politiques depuis sa création en 2008. 

Cette année marque le vingtième anniversaire de l’Accord du vendredi saint, a rappelé le représentant, expliquant que c’était le fruit d’un long processus de négociation et de médiation en Irlande du nord, auquel ont activement participé les femmes et les organisations de la société civile. 

M. ELMAHDI S. ELMAJERBI (Libye) a parlé des violences et différends nationaux en Libye qui, selon lui, sont le résultat de l’effondrement d’un régime totalitaire.  Les conflits internes comme ceux de son pays sont très complexes et nécessitent une vue globale pour y faire face. 

Pour que la médiation réussisse, les mécanismes de médiation doivent faire voir aux acteurs qu’il ne faut pas confondre les processus et les hommes.  Le facteur temps ne compte guère car cela peut conduire à des mauvais accords.  Pour son pays, il a souligné que l’exacerbation du conflit est due aux ingérences étrangères flagrantes dans les affaires de la Libye.  Il a affirmé qu’une bonne médiation devait réunir toutes les parties au conflit, sans qu’il y ait en outre un ordre du jour caché au cours des discussions. 

« Le règlement pacifique des conflits ne saurait être contraint », a insisté M. AMRITH ROHAN PERERA (Sri Lanka).  Les différentes parties d’un conflit doivent au contraire être convaincues, persuadées par le mérite de la médiation et d’un accompagnement adéquat vers la paix, a-t-il poursuivi.  « Il est important de rappeler que tous les organes des Nations Unies doivent tenir leurs engagements envers les États dans leur souveraine égalité.  Ils doivent respecter leur intégrité territoriale et leur indépendance politique. »  Il est aussi du devoir de chaque État Membre « de s’abstenir de menace ou de l’usage de la force.  

En tant que pays sortant d’un conflit long de 30 ans, qui s’est engagé dans un processus de réconciliation entre 2001 et 2006 via un médiateur externe, le Sri Lanka est au fait des avantages et des dangers d’efforts de médiation, aussi sincères soient-ils, s’ils ne sont pas bien calibrés, contrôlés et gérés ».  Pour réussir selon M. Perera, une médiation doit être « bien préparée », « impartiale », « consentie entre parties », « inclusive », et « respectant les souverainetés nationales ».

Mme ANAYANSI RODRÍGUEZ CAMEJO (Cuba) s’est dit attachée au principe du règlement pacifique des différends par le biais de la médiation, à condition que cela se fasse dans le respect des principes de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de la non-ingérence dans les affaires intérieures des États. 

Elle s’est dite préoccupée par « la nouvelle tendance du Conseil de sécurité à invoquer le Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, et en particulier ses articles 41 et 42, avant d’avoir épuisé toutes les autres possibilités de règlement pacifique des conflits. 

La représentante a été jusqu’à estimer qu’il y a eu à maintes reprises manipulation de la Charte, « ce qui empêche toute médiation objective ».  Tant que certains états continueront à utiliser ou à menacer d’utiliser le recours à la force en violation de l’intégrité territoriale, les efforts du Conseil de sécurité seront compromis.  Pour sa délégation, toute médiation efficace repose sur le consentement des parties et l’impartialité et la compétence des médiateurs.

Cuba salue les efforts du Secrétaire général en ce sens, mais appelle à une évaluation au cas par cas du rôle que l’ONU souhaite attribuer à certaines organisations en tant que médiateurs. 

M. MOHAMMED SIAD DOUALEH (Djibouti) a rappelé l’effort de médiation du Qatar, depuis six ans, afin de résoudre un différend frontalier entre Djibouti et l’Érythrée.  Cette initiative a malheureusement échoué, mais des leçons peuvent en être tirées, a-t-il relevé.  Ainsi, le représentant a indiqué que la médiation n’était pas faite pour des amateurs, car elle demandait des capacités qui découlent de l’expérience. 

Il a aussi déclaré que les États en conflit doivent s’impliquer dans la médiation.  Ensuite, il doit y avoir la responsabilisation des acteurs engagés dans ce processus.  Ainsi, les États qui y prennent part doivent être conscients qu’il y aura des conséquences s’ils ne prennent pas part au processus ou s’ils n’agissent pas de bonne foi. 

De plus, il faut qu’il y ait un temps limité pour les discussions.  Par ailleurs, les parties doivent être conscientes qu’en cas de non-aboutissement de la médiation, alors un arbitrage sera de mise, comme cela se voit avec le différend entre le Venezuela et le Guyana, lequel est désormais renvoyé devant la Cour internationale de Justice (CIJ).  Djibouti espère que le Secrétaire général de l’ONU, avec le soutien du Conseil de sécurité, va relancer les efforts de médiation dans le cadre du différend avec l’Érythrée, et que la question soit renvoyée devant la CIJ si un accord n’est pas obtenu. 

M. OMAR KADIRI (Maroc) a estimé que, compte tenu des défis d’aujourd’hui, seuls des efforts unis pourront porter des fruits en termes de règlement pacifique des conflits par le biais de la médiation.  Ces processus doivent se faire dans le plein respect de l’intégrité territoriale des États, a-t-il précisé.  Le représentant a également appelé à renforcer la participation des jeunes à ces processus et à se pencher sur les causes profondes des conflits.

Réaffirmant son attachement au Chapitre VI de la Charte, le Maroc a toujours cherché à promouvoir des initiatives de médiation, a-t-il poursuivi.  Il a dit que son pays participe au réseau des médiatrices de la Méditerranée et reste attaché à contribuer à la diplomatie préventive et à la réalisation des objectifs de développement durable grâce à une collaboration -notamment Sud-Sud- pour le développement économique.  Le délégué a estimé que, pour réussir, la médiation doit être guidée par des paramètres clairs et qu’il faut éviter la multiplication des parties prenantes.  Par ailleurs, l’ONU doit rester chef de file de ces processus, a-t-il conclu. 

M. MARC PECSTEEN DE BUYTSWERVE (Belgique) a déclaré que son pays, soucieux de soutenir et encourager les initiatives de médiation, a présidé en février dernier à New York un séminaire consacré aux passerelles entre la négociation humanitaire et la médiation politique, en collaboration avec le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et le Centre de compétences sur la négociation humanitaire. 

La Belgique est toute aussi convaincue de la nécessité de promouvoir une participation active des femmes dans les processus de médiation, une position découlant de son engagement à mettre en œuvre la résolution 1325 (2000) du Conseil de sécurité.  « Une participation conséquente des femmes ne sera jamais le résultat de vœux pieux mais plutôt le résultat d’une démarche déterminée », a souligné le délégué, en rappelant que le même raisonnement vaut pour les jeunes.  « Au niveau de l’Union africaine, l’Initiative Femwise Africa témoigne d’un soutien de haut niveau à l’inclusion des femmes.  Ce réseau a collaboré récemment à une mission en République centrafricaine, dont l’objectif était de renforcer la contribution et la participation des femmes à la vie politique et aux processus de dialogue, notamment celui mené par l’Initiative africaine », a-t-il précisé. 

La Belgique a soutenu en conclusion la volonté du Secrétaire général d’accroître l’expertise en médiation au sein des missions et de renforcer les partenariats avec les acteurs locaux et nationaux de la médiation.

Mme MARIANGELA ZAPPIA (Italie) a parlé de la médiation comme d’un instrument pour la pérennisation de la paix.  Renforcer les capacités de médiation est donc essentiel au sein du système des Nations Unies, selon elle.  En tant que partenaire du Département des affaires politiques, l’Italie a toujours soutenu ses activités de médiation, y compris par le biais de financements.  Le pays œuvre également en partenariat avec ONU-Femmes et le PNUD pour promouvoir la participation des femmes aux processus de paix.

Pour l’Italie, la médiation ne peut fournir des solutions durables que si toutes les composantes de la société y sont associées.  La déléguée a insisté sur le rôle des femmes à cet égard, regrettant que peu, parmi elles, soient impliquées aujourd’hui dans les efforts de médiation.

M. MASUD BIN MOMEN (Bangladesh) a salué la décision du Secrétaire général de créer le Conseil consultatif de haut niveau chargé des questions de médiation, et s’est réjoui de recevoir des nouvelles prochaines de l’avancée des travaux.  Les missions de maintien de la paix au Mali et en République centrafricaine ont aussi jeté des bases positives, selon lui, sur la manière dont les troupes des Nations Unies pouvaient contribuer aux efforts de médiation au niveau local.  Il a aussi qualifié les missions politiques spéciales d’utiles pour bâtir un manuel de bonnes pratiques qui prendrait aussi bonne note « des potentielles ornières et des opportunités manquées ».  Mettant en garde contre les commissions ad hoc mal préparées, M. Momen a préconisé de rendre visibles les efforts de médiation seulement si les parties prenantes s’engagent avec honnêteté dans le processus.  Il a aussi encouragé l’initiative du Conseiller spécial sur la prévention du génocide pour promouvoir le rôle des autorités religieuses dans la prévention et la résolution des conflits.

Au sujet des persécutions envers la minorité rohingya dans le Myanmar voisin, M. Momen s’est dit ouvert à tout effort constructif des parties prenantes pour aider à résoudre cette crise humanitaire où le Bangladesh se trouve engagé malgré lui.  « Nous sommes reconnaissants envers les efforts de l’Envoyée spéciale du Secrétaire général et des envoyés spéciaux désignés par de nombreux États Membres », a-t-il appuyé.  Il s’est dit convaincu qu’une solution durable passera seulement par « la prise en charge du problème par le Conseil de sécurité, et un engagement soutenu de la communauté internationale ». 

M. SAMUEL MONCADA (Venezuela), s’exprimant au nom du Mouvement des pays non alignés, a rappelé l’attachement du mouvement à une « diplomatie pour la paix, à l’opposé de la tendance grandissante de certains États à avoir recours à l’unilatéralisme, à l’arbitraire et à des mesures unilatéralement imposées ». 

Se déclarant farouchement en faveur du multilatéralisme, et de solutions pacifiques aux conflits, le représentant a aussi rappelé que le consentement des parties prenantes était un préalable sine qua non à toute tentative de médiation pour que la tentative soit légitime et éventuellement couronnée de succès, « si le but ultime est bien d’atteindre des accords durables, inclusifs et détaillés, comme déclaré dans la note préparatoire à l’ouverture de ce débat ».

Il a enfin déclaré que le Mouvement des pays non alignés prévoyait, via « l’identification de mesures concrètes » et dans le respect de la Charte des Nations Unies, la création d’un mécanisme en son sein promouvant la médiation et le règlement pacifique des conflits. 

Pour M. LAZARUS OMBAI AMAYO (Kenya), la médiation ne peut réussir dans l’isolement.  Il est important d’investir dans la prévention des conflits, le renforcement de la confiance et de définir des mandats clairs et inclusifs pour guider les processus de médiation.  Par conséquent, le Kenya estime que la médiation est centrale au règlement pacifique des conflits.

Le représentant a constaté avec satisfaction les succès remportés par les Nations Unies en termes de prévention des conflits, et a appuyé l’appel du Secrétaire général en faveur de la diplomatie préventive et de la médiation tout en appelant à leur fournir davantage de ressources.  « Quand un conflit intervient il est bien plus coûteux de le régler », a-t-il remarqué pour encourager les investissements dans la prévention, insistant également sur l’importance du renforcement des capacités de paix et d’alerte rapide sur le terrain.

Le Kenya demande à la communauté internationale de continuer à soutenir les initiatives de paix régionales, en particulier en Afrique auxquelles le Kenya participe activement.  Le représentant a également reconnu l’importance d’inclure les femmes dans les processus de médiation, et a mis l’accent sur l’importance de l’accès aux nouvelles technologies d’alerte rapide des organisations régionales et sous-régionales comme l’Union africaine, l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ou encore la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, qui jouent déjà un rôle important dans la prévention des conflits et la médiation. 

M. KENNEDY MAYONG ONON (Malaisie) a apporté son plein appui à la médiation en tant qu’outil privilégié pour parvenir à des solutions pacifiques, justes et durables aux conflits.  Sur le plan régional, la Malaisie, à l’invitation du Gouvernement philippin, a facilité les efforts de paix au sud des Philippines qui ont débouché sur l’Accord de Bangsamoro entre le Gouvernement philippin et le Front de libération islamique Moro, le 27 mars 2014.  Elle joue également un rôle actif depuis 2013 dans le dialogue pour la paix en Thaïlande du Sud, a rappelé le représentant.

Il a appelé à mettre l’accent sur la prévention des conflits, en insistant sur l’importance d’un système d’alerte rapide pour pouvoir identifier à temps les signes avant-coureurs des crises.  Cela suppose, selon la Malaisie, une implication active des organisations régionales et de la communauté internationale.  Il faut également s’attaquer aux causes profondes des conflits, a poursuivi le représentant, qu’elles soient politiques, économiques ou autres. 

À cette fin, toutes les parties prenantes, y compris les Nations Unies, les organisations régionales, les institutions financières internationales et le secteur privé, ne devraient ménager aucun effort pour identifier les racines de ces causes et, ensuite, s’y attaquer. 

Le représentant a également mis l’accent sur l’importance de venir en aide aux pays en situation post conflit pour éviter qu’ils ne fassent marche arrière.  Ce soutien doit être axé sur le développement socioéconomique, l’éradication de la pauvreté et le renforcement des capacités de ces pays, a estimé le représentant.  Il a également mis en avant le lien intrinsèque entre paix et réalisation des objectifs de développement durable.

Mme ONDINA BLOKAR DROBIČ (Slovénie) a rappelé que la médiation était un outil payant, qui permet d’économiser des ressources financières énormes pouvant être réinjectées ailleurs, mais aussi et surtout des vies humaines.  La Slovénie s’est félicitée d’avoir favorisé la médiation dans la région méditerranéenne, à travers la « MedMed Initiative » et le réseau des femmes médiatrices de Méditerranée (Mediterranean Women Mediators Network); tous deux promeuvent le rôle des jeunes et des femmes dans la prévention des conflits. 

Dans ce contexte, Mme Drobič a mis en avant un projet slovène de développement scolaire en Bosnie-Herzégovine voisine, qui encourage dans les classes le développement des valeurs de tolérance, de respect, de droits de l’homme et de diversité.  Le projet, a-t-elle assuré, montre déjà des résultats positifs et tangibles.  La Slovénie envisage d’ailleurs de l’étendre à toute la région des Balkans. 

M. ALI NASEER MOHAMED (Maldives) a relevé que la médiation, en tant qu’outil de règlement pacifique des différends, n’était efficace que lorsque le processus était objectif, inclusif et surtout impartial.  Saluant les mécanismes mis en place par l’ONU dans le cadre des médiations, le représentant a noté qu’il est aussi essentiel que les efforts de médiation ciblent les causes profondes des conflits, et que les médiateurs aient les bonnes informations.  Il faut donc que l’ONU améliore ses capacités d’analyse afin de fournir les bons outils dans les situations spécifiques.

M. WOUTER HOFMEYR ZAAYMAN (Afrique du Sud) a dit que le déploiement des soldats de la paix et les sanctions font partie des mesures propres au Chapitre VII de la Charte des Nations Unies qui ont malheureusement été le plus souvent utilisées par le Conseil de sécurité.  Il a rappelé qu’avant d’envisager le Chapitre VII, il faut tenir compte du Chapitre VI qui valorise pour sa part l’utilisation de la médiation pour la résolution des conflits. 

Il a ainsi rappelé que le Conseil de sécurité dispose d’un large éventail de ressources pour éviter que ne surviennent les conflits et les juguler quand ils ont éclaté.  Le représentant a parlé des vertus de la médiation qui aura été utile pour son pays qui a vécu une transition politique pacifique vers un mode de gouvernance plus démocratique.

Il faut donner plus de voix aux femmes médiatrices, a-t-il également plaidé en précisant que cela est crucial quand celles-ci sont issues notamment de zones en proie aux conflits, afin de donner plus de chance à la paix.  Il a aussi invité le Conseil de sécurité à s’appuyer davantage sur les médiateurs africains quand il est notamment question de gérer des crises dans leur continent.

Mme POLLY IOANNOU (Chypre) a préconisé l’adoption d’un code de conduite pour les médiateurs de l’ONU, qui devraient avoir un mandat clairement délimité.  L’expérience a démontré que les accusations peuvent rejaillir de part et d’autre lors du processus de médiation, ce qui rend absolument nécessaire une impartialité et une neutralité sans failles, a indiqué le représentant. 

Le Conseil de sécurité devrait de son côté opter pour la « subsidiarité » lorsque des acteurs locaux et régionaux pourraient favorablement assumer la médiation.

M. YASHAR T. ALIYEV (Azerbaïdjan) a rappelé que tous les États doivent respecter leurs obligations internationales, en particulier le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États.  Il n’a pas souhaité que les cadres de médiation soient utilisés comme outils pour entériner des situations résultant de l’utilisation illégale de la force, de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité, d’actes de génocide et de nettoyage ethnique.  Il a souhaité que des efforts plus importants soient menés pour assurer la bonne mise en œuvre des résolutions adoptées par les organes principaux des Nations Unies. 

M. Aliyev a rappelé que le Conseil de sécurité, dans plusieurs résolutions adoptées à l’unanimité, avait condamné l’usage de la force contre son pays, l’occupation de ses territoires et les attaques contre les civils.  Ces textes avaient réaffirmé que la région du Haut-Karabakh est une partie intégrante de l’Azerbaïdjan et avaient demandé le retrait immédiat et sans condition des forces d’occupation, des demandes qui n’ont pas été entendues, a-t-il dit en regrettant des efforts de médiation infructueux.  Il a dénoncé, en plus, les mesures prises comme l’implantation de colons, les destructions et l’appropriation de sites culturels ou historiques, ainsi que l’exploitation des ressources et autres richesses des territoires en question.  Le premier objectif du processus de paix en cours, a-t-il conclu, est d’assurer le retrait immédiat des troupes et le retour des personnes déplacées de force.

Mgr BERNARDITO AUZA, Observateur du Saint-Siège, a rappelé que le pape François envisageait la notion de médiation « dans la culture de la rencontre », qui privilégie le respect mutuel et la compréhension et place au cœur de toute activité politique, sociale et économique la personne humaine. 

De fait, les médiateurs du processus de paix en Colombie ont insisté sur le fait que l’accent de la médiation et de la résolution des conflits doit être placé sur le respect et la défense de la dignité humaine et le bien commun, a relevé l’Observateur du Saint-Siège. 

Une autre leçon fondamentale apprise par l’Église catholique, c’est que les efforts de médiation exigent la participation de toutes les parties concernées, pas seulement celles qui exercent une autorité, mais la communauté dans son ensemble, a-t-il souligné.

M. DOMINIQUE MICHEL FAVRE (Suisse) a indiqué que la médiation n’est pas un « remède universel ».  « La médiation repose sur une base volontaire et les parties elles-mêmes doivent être réellement disposées à y participer. »  Il a indiqué que le Conseil a un rôle essentiel à jouer et invité celui-ci à évaluer soigneusement l’impact de ses sanctions dans les contextes de conflit, afin d’assurer la complémentarité entre l’application des sanctions et les processus de médiation. 

L’efficacité d’une médiation réside dans la professionnalisation du métier de médiateur, a-t-il conclu, en mentionnant le master en médiation de la paix proposé par l’École polytechnique fédérale de Zurich. 

M. DANG DINH QUY (Vietnam) a commencé son intervention par dire que l’ONU doit tirer le meilleur parti des outils de diplomatie préventive à sa disposition, notamment des envoyés spéciaux du Secrétaire général et missions politiques.  Pour sa part, le Conseil de sécurité doit rester uni dans la recherche de solutions pacifiques aux différends et aux conflits, y compris en faisant usage des dispositions de la Charte des Nations Unies, en particulier son Article 33.

Le délégué a ensuite réaffirmé l’importance vitale des organisations régionales dans le maintien de la paix et de la sécurité internationales.  Dans sa région, l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) a contribué de manière proactive à la promotion du dialogue et de la compréhension mutuelle, a fait valoir le représentant.  Il a, en conclusion, exhorté les parties aux conflits à créer des conditions favorables à la médiation. 

Mme ALYA AHMED SAIF AL-THANI (Qatar) a dit que la médiation est l’un des outils à disposition pour régler les conflits et souligné la nécessité de remédier à leurs causes profondes.  Elle s’est félicitée du nombre croissant d’acteurs de la médiation au sein de l’ONU et de la création du conseil consultatif de haut niveau chargé des questions de médiation.  « Mon pays a une expérience unique dans la médiation », a-t-elle dit. 

Elle a souligné la nécessité de bien connaître les différents aspects d’un conflit pour assurer le succès des efforts de médiation.  « La médiation est au cœur du règlement pacifique des conflits. »  « Mon pays continuera de s’engager en faveur des efforts de médiation malgré les sanctions injustes qui le frappent », a-t-elle conclu. 

Mme AMIERA OBAID ALHEFEITI (Émirats arabes unis) a déclaré que l’Organisation des Nations Unies a toujours joué et continuera de jouer un rôle essentiel dans le règlement pacifique des différends, exprimant son soutien au Conseil consultatif de haut niveau du Secrétaire général chargé des questions de médiation.  Pour les Émirats, les efforts de médiation doivent inclure tout le monde.  La représentante a en plus exhorté les Nations Unies et le Conseil à collaborer étroitement avec les organisations régionales à la recherche de solutions politiques durables.

Elle a conclu son intervention en citant Kofi Annan: « Il peut sembler parfois que la culture de la paix n’ait aucune chance contre la culture de la guerre, la culture de la violence et les cultures de l’impunité et de l’intolérance.  La paix peut en effet être un défi complexe, qui dépend de l’action dans de nombreux domaines et qui dépend même de la chance de temps en temps.  Il peut s’agir d’un processus douloureusement lent et fragile et imparfait lorsqu’il est réalisé.  Mais la paix est entre nos mains.  On peut la réaliser. »

M. DENIS RÉGIS (Haïti) a rappelé que l’une des défaillances de la communauté internationale est son incapacité à prévenir les conflits, ce qui découle souvent de la passivité, du manque de proactivité, voire l’inertie du principal organe responsable du maintien de la paix.  « Le Conseil de sécurité a montré à quel point il peut être divisé dès lors que les prétendus intérêts vitaux des membres permanents priment sur leur attachement au respect des valeurs universelles sur lesquelles se fonde la Charte », a-t-il noté.  Il a salué la création du Conseil consultatif de haut niveau chargé des questions de médiation, un organe censé donner à la médiation un relief d’autant plus grand que le bilan de l’ONU dans ce domaine demeure à ce jour contrasté.

M. Régis a indiqué que chaque fois qu’une médiation ou une intervention des Nations Unies réussit, c’est la cause du maintien de la paix et de la sécurité internationales qui progresse.  « Du coup, la crédibilité de notre Organisation en sort renforcée. »  En revanche, a-t-il constaté, chaque échec nourrit le scepticisme, voire le cynisme à son égard, affaiblissant d’autant plus sa capacité d’intervention future en faveur de la paix.

M. MHER MARGARYAN (Arménie) a lui aussi estimé que les organisations régionales et sous-régionales jouent un rôle crucial dans le règlement des différends et la prévention des conflits.  Son pays a par ailleurs favorablement accueilli le soutien continu du système des Nations Unies et du Secrétaire général aux efforts de médiation déployés par le Groupe de Minsk de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE), dont l’objectif est de parvenir à un règlement pacifique du conflit du Haut-Karabakh.  La délégation s’est, en conclusion, déclarée favorable au rôle des femmes dans la paix et la sécurité, conformément à la résolution 1325 (2000) du Conseil de sécurité.

M. SATYENDRA PRASAD (Fidji) a souligné l’intensité des conflits liés aux changements climatiques et à leurs conséquences, telles que la sécheresse et la raréfaction des ressources en eau.  Mon pays est en première ligne face aux changements climatiques, a-t-il rappelé.  Le délégué des Fiji a déclaré que les conflits communautaires liés au contrôle des ressources et plus largement aux changements climatiques ont le potentiel de dégénérer en des conflits interétatiques.  En conclusion, le représentant a demandé le renforcement des capacités de médiation de l’ONU pour remédier aux nouveaux conflits liés aux changements climatiques.

M. JAMAL FARES ALROWAIEI (Bahreïn) a souligné l’importance de ce débat, en particulier au vu des situations de crises qui secouent le Moyen-Orient.  Au sein de l’Organisation, les envoyés spéciaux et les représentants spéciaux du Secrétaire général jouent un rôle de premier plan dans les processus de médiation, a-t-il estimé.  Aussi, a-t-il souhaité saluer l’initiative du Secrétaire général visant à créer le Conseil consultatif de haut niveau chargé des questions de médiation, estimant par ailleurs que le Conseil de sécurité devrait apporter son soutien décisif à de nombreux processus de médiation en cours.  Le représentant a souligné, en conclusion, que le respect de la souveraineté nationale et territoriale devait prévaloir dans le cadre de ces processus.

M. KHALIFA ALI ISSA AL HARTHY (Oman) a salué la création à l’ONU d’un Conseil consultatif de haut niveau chargé des questions de médiation.  Les médiateurs doivent être crédibles et se tenir à une distance égale vis-à-vis de toutes les parties pour que leurs efforts soient fructueux, a-t-il déclaré.  Le délégué d’Oman a indiqué que son pays est prêt à jouer un rôle constructif pour régler les conflits dans la région. « Plus que jamais, nous devons promouvoir la médiation », a-t-il conclu. 

M. ROLLIANSYAH SOEMIRAT (Indonésie) a insisté sur la nécessité de promouvoir le dialogue et le respect du droit international, d’autant plus que cela doit permettre de protéger le plus faible.  Cela empêche en outre le plus puissant de prendre des initiatives contraires au droit international.  Le délégué a aussi appelé au renforcement du partenariat entre l’ONU et les organisations régionales et sous-régionales dans le cadre de la médiation, afin de pallier le manque de ressources des Nations Unies, tout en bénéficiant de la connaissance du terrain et de l’expertise de ces organisations.  M. Djani a également souhaité que la médiation soit soutenue par des ressources adéquates et des capacités appropriées.  Il a enfin invité les États Membres et la société civile à aider l’ONU à remplir sa mission d’épargner le monde du fléau de la guerre. 

Le délégué du Pakistan a voulu réagir aux allégations formulées par l’Inde et le ton employé par son délégué.  La position de l’Inde selon laquelle le Jammu-et-Cachemire fait partie intégrante de son territoire contrevient aux résolutions du Conseil de sécurité, a-t-il affirmé, en pointant « l’angoisse » de l’Inde sur ce dossier, ce qui est à son avis « typique d’une Puissance occupante ».

À l’intention des organes d’information. Document non officiel.