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ECOSOC/445

L'ECOSOC ET LE FMI ENTAMENT UNE NOUVELLE ERE DE COOPERATION DANS LA LUTTE CONTRE LA PAUVRETE

28 octobre 1999


Communiqué de Presse
ECOSOC/445


L'ECOSOC ET LE FMI ENTAMENT UNE NOUVELLE ERE DE COOPERATION DANS LA LUTTE CONTRE LA PAUVRETE

19991028

Les questions de la lutte contre la pauvreté, de l'allégement de la dette extérieure et du relèvement après- conflit, ont été à l'ordre du jour de la première rencontre, tenue cet après-midi, entre les membres du Conseil économique et social et tous les Directeurs exécutifs du Conseil d'administration du Fonds monétaire international (FMI). Comme l'a souligné le Président du Conseil économique et social, M. Paolo Fulci (Italie), il faut se féliciter de la disparition de l'ère de suspicions entre les deux instances et de la naissance d'une nouvelle ère de coopération en vue de s'atteler aux questions urgentes qui concernent la plupart des pays de la planète. La place centrale qu'occupe aujourd'hui la lutte contre la pauvreté dans les stratégies du FMI, a expliqué son Directeur général, M. Michel Camdessus, a été facilitée par le consensus international sur le lien entre croissance économique - prérogative essentielle du Fonds - et développement qui est une des priorités du système des Nations Unies. M. Camdesssus voit en ce lien une connexion linéaire mais aussi circulaire puisque les politiques sociales appropriées contribuent à la création d'un climat propice à la mise en oeuvre des politiques macréconomiques et monétaires. Le FMI a concrétisé ce constat par la création d'une Facilité pour la réduction de la pauvreté et la croissance dans le cadre duquel les programmes macroéconomiques tiennent compte des exigences sociales. Dans ce contexte, le FMI attend la contribution du système des Nations Unies. Le même souci de la lutte contre la pauvreté a été récemment confirmé par l'Initiative prise à Cologne par le G8, qui a étendu le champs d'éligibilité à l'Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (HIPC). En effet, les mesures d'allégement ou de remise de la dette sont accordées à la condition que les sommes ainsi épargnées soient investies dans le secteur social. Le Directeur général du FMI a affirmé que le Fonds a été en mesure de rassembler les fonds nécessaires à la mise en route de cette Initiative HIPC renforcée.

La Vice-Secrétaire générale des Nations Unies a déclaré que les caractéristiques de la mondialisation peuvent contribuer à faciliter les modalités de mise en place des mécanismes de coopération entre les Nations Unies et les institutions de Bretton Woods en vue de l'élimination de la pauvreté, et à favoriser la bonne gouvernance et le relèvement après-conflits. Cependant pour le Vice-Président du Conseil économique et social M. Makarim Wisibono, le renforcement des liens de coopération soutenus entre les Nations Unies et les institution de Bretton Woods ne devrait pas se faire au détriment des mandats respectifs de chacune de ces entités.

REUNION DU CONSEIL ECONOMIQUE ET SOCIAL AVEC LE CONSEIL DES ADMINISTRATEURS DU FONDS MONETAIRE INTERNATIONAL

Déclarations liminaires

Mme LOUISE FRECHETTE, Vice-Secrétaire générale des Nations Unies, a estimé que la collaboration entre les Nations Unies et les institutions de Bretton Woods s'est développée comme en témoignent le dialogue similaire qui a eu lieu au printemps dernier entre l'ECOSOC et la Banque mondiale et la visite qu'a rendu le Secrétaire général la semaine dernière à la Banque mondiale. Au cours de ces dernières années, les Nations Unies ont eu des échanges fructueux avec le Directeur général du FMI à l'occasion des segments de haut niveau et lors de réunions ad hoc avec des représentants du Fonds. La Vice-Secrétaire générale des Nations Unies a évoqué dans ce contexte les différents sujets qui peuvent faire l'objet d'un dialogue entre les Nations Unies et le Fonds monétaire international.

La lutte contre la pauvreté constitue l'un des défis les plus importants du prochain millénaire. Cette question arrivera certainement en bonne place sur l'ordre du jour du Sommet du millénaire. Un certain nombre d'institutions spécialisées des Nations Unies ont acquis une connaissance approfondie des stratégies d'élimination de la pauvreté. Nous souhaitons, a souligné Mme Fréchette, que les stratégies conjointes de lutte contre la pauvreté de la Banque mondiale et du FMI s'inspirent de cette expertise. Il faut par ailleurs mettre en place des mécanismes de coopération au sein même des Nations Unies et notamment au niveau des pays. La Vice-Secrétaire générale a fait part de la préoccupation que lui inspire la baisse de l'aide publique au développement et a exprimé sa satisfaction face aux mesures visant à assurer le financement de l'Initiative pour les pays pauvres fortement endettés (HIPC).

Pour Mme Fréchette, l'autre question d'une importance particulière touche à la bonne gouvernance. Dans ce domaine, a- t-elle précisé, nos programmes d'assistance technique et de renforcement des capacités, mis en oeuvre en grande partie par le PNUD, sont importants. Nous aidons les Etats à privatiser leurs entreprises moribondes, à réformer leur système juridique et leurs institutions, à améliorer le fonctionnement de l'administration publique, à lutter contre la corruption et à promouvoir les ressources humaines. Un troisième domaine où il serait souhaitable d'établir des liens de coopération entre les Nations Unies et le FMI est celui du relèvement après les conflits. L'un des aspects les plus difficiles de cette question tient au déroulement, de façon concomitante, des processus visant des réformes institutionnelles et sociales, la stabilisation rigoureuse des économies et la mise en place de programmes d'ajustement structurel. Dans les pays ravagés par la guerre, la possibilité d'accroître l'épargne domestique est très limitée, d'où la nécessité d'avoir recours à des capitaux extérieurs supplémentaires. Mme Fréchette a appelé la communauté internationale à déployer un effort particulier pour faciliter les flux de capitaux lors de la période transitoire que connaîssent les sociétés touchées par des conflits.

L'environnement mondial que nous connaissons à présent peut réellement apporter sa contribution aux objectifs fixés dans ces trois domaines d'action. C'est la raison pour laquelle, les Nations Unies s'intéressent à cette "nouvelle architecture financière internationale". Nous devons faire preuve de vigilance pour que l'instabilité des marchés créée par la crise asiatique ne se reproduise pas. Des progrès significatifs ont été faits et notamment dans la mise en place de normes de surveillance du fonctionnement du système financier international, l'établissement d'un Forum de stabilité financière et la création d'une ligne de crédit de prévoyance par le Fonds monétaire international. Nous devons préserver cet élan de réforme, a ajouté Mme Fréchette.

M. MICHEL CAMDESSUS, Directeur général du Fonds monétaire international (FMI) faisant part des travaux du Comité intérimaire du FMI et de la Banque mondiale, a déclaré que les conditions économiques dans le monde se sont beaucoup améliorées. Le FMI, qui s'attendait à une croissance de 2,3% en 1999, a eu l'heureuse surprise d'enregistrer une croissance mondiale de 3%. Les chiffres ne sont certes pas impressionnants mais ils montrent le caractère encourageant des tendances actuelles. Les projections, a poursuivi M. Camdessus, reflètent des progrès importants dans les pays industrialisés comme dans les économies émergentes. Elles soulignent aussi les défis qui demeurent dans de nombreux domaines. Ces défis sont liés à la gestion difficile des politiques monétaires dans un environnement de faible inflation. Toutefois, il y a des indications que le ralentissement de la croissance en Amérique du Nord et la relance au Japon et en Europe pourront se poursuivre sans heurt. Il semble en effet que ces deux derniers se dirigent vers la bonne direction qui consiste à stimuler la demande intérieure faisant ainsi entrevoir de meilleures perspectives de croissance. Mais des risques subsistent et il ne faut pas baisser la garde. S'agissant des possibilités de reprise des économies émergentes, le FMI constate là aussi une reprise étonnamment rapide dans les pays d'Asie frappés par les crises financières. Un certain degré de relèvement apparaît au Brésil et en Fédération de Russie. La relance existe donc même si elle reste précaire. Partant, les pays doivent maintenir leurs programmes d'ajustement structurel. La baisse de l'inflation, voire son élimination est une chose excellente, a poursuivi M. Camdessus. Mais une inflation faible ne suffit pas à prévenir les crises économiques. La faiblesse même de cette inflation pose de nouveaux défis notamment aux politiques visant à stimuler la reprise comme au Japon. Dans ces conditions, la politique monétaire doit être très vigilante et tenir compte des conséquences des fluctuations des prix et de l'intégration financière. Le FMI a également analysé les conséquences délétères du bogue de l'an 2000. Il a beaucoup avancé dans la mise à jour de son système informatique. Par exemple, pour régler les problèmes de balance des paiements, le Comité intérimaire a créé la nouvelle facilité financière pour s'attaquer aux crises qui pourraient résulter du phénomène du bogue de l'an 2000. Cette facilité est ouverte aux pays qui ont des politiques macro-économiques saines et qui ont coopéré avec le FMI dans la restructuration de leurs économies. Si donc un problème apparaît, la réaction du FMI sera immédiate, a affirmé M. Camdessus.

S'agissant de la réduction de la pauvreté, il s'est félicité de ce que la communauté internationale ait enfin reconnu le lien entre croissance économique et développement qui en fait ont une connexion linéaire, tout à fait réelle. La connexion n'est pas seulement linéaire elle est aussi circulaire. Les politiques sociales sont en effet un facteur indispensable à la création d'un climat de durabilité pour les politiques macro-économiques et monétaires. Les institutions de Bretton Woods aident donc les pays à déclencher une sorte de cercle virtuel pour assurer la salubrité des politiques macro-économique et financières qui puissent contribuer à la réalisation des objectifs sociaux. Au FMI, la réduction de la pauvreté est donc devenue un objectif plus central et plus explicite. Ainsi, l'institution a créé la facilité pour la réduction de la pauvreté et la croissance qui conduira à une coopération plus étroite avec la Banque mondiale. Les programmes sociaux et sectoriels de lutte contre la pauvreté seront donc pris en considération dans les politiques économiques que le FMI finance et l'accent sera mis davantage sur la bonne gouvernance. Dans ce contexte, le FMI attend avec intérêt la contribution du système des Nations Unies, étant donné qu'il n'a pas les compétences ni les moyens de définir ces politiques sociales. Il peut tout simplement essayer de rendre les cadres macro-économiques le plus compatibles possibles avec les objectifs sociaux. Son rôle sera aussi de décourager les dépenses non productives - comme les dépenses militaires ou de prestige - afin de privilégier les services sociaux.

Pour ce qui est de la question de la dette, le FMI et la Banque mondiale ont étudié la manière de financer la généreuse promesse faite par le G8 à Cologne. Le FMI vient d'approuver son cadre de financement lors de la dernière Réunion du Comité intérimaire. Il a fallu en effet trouver des systèmes ingénieux pour mobiliser les ressources. Chaque pays a bien voulu donner au FMI les réserves qu'il possède au Fonds. Les petits problèmes, qui restent à régler notamment avec les banques régionales de développement, montrent que le FMI pourra commencer rapidement à mettre en oeuvre l'Initiative de Cologne. Cet effort de la communauté internationale est d'autant bien venu qu'il établit le lien entre allégement de la dette et investissement dans le secteur du développement humain, donc la lutte contre la pauvreté. L'Initiative ne peut que fonctionner et faire la différence dans les 41 pays les plus endettés. Si ces pays épousent les préceptes de la bonne gouvernance et des politiques macro-économiques saines, ils réussiront à réduire la pauvreté et à contribuer à la réalisation de l'objectif mondial de réduire de moitié la pauvreté d'ici l'an 2015. Cette stratégie est le pilier social de la nouvelle architecture financière internationale qui doit garantir plus de transparence dans les politiques monétaires et financières et permettre un meilleur contrôle des banques et des institutions financières. Le FMI a également travaillé à la transparence comme en témoignent l'établissement de nouveaux rapports, ses cadres de politique générale et ses mémorandums, même si parfois cette transparence entre en conflit avec son rôle de conseiller confidentiel. Le FMI travaille aussi à la participation du secteur privé dans la prévention et la gestion des crises financières.

M. PAOLO FULCI, Président du Conseil économique et social, a présenté les travaux du Conseil dans le domaine de la lutte contre la pauvreté. Il a relevé que les questions de pauvreté et de dette sont toujours d'actualité et tout particulièrement en ce qui concerne l'Afrique. Le Conseil a également donné une plus grande visibilité aux affaires humanitaires. Par ailleurs, l'ECOSOC a contribué à mettre en place un programme d'appui à Haïti en élaborant un plan de relèvement complet qu'il a soumis au Conseil de sécurité. Il a noté dans ce contexte, que, pour la première fois, la Conseil a ainsi mis en application des dispositions de l'Article 55 de la Charte des Nations Unies qui prévoient que l'ECOSOC peut fournir au Conseil de sécurité des renseignements et l'aider dans ces travaux. M. Fulci a en outre rappelé l'importance du mandat de l'ECOSOC qui représente 70% des ressources humaines et financières du système des Nations Unies. Il a ajouté que l'ECOSOC s'est admirablement acquitté de la tâche consistant à renforcer la coopération entre les Nations Unies et les institutions de Bretton Woods, ainsi que d'autres partenaires. Il constitue par conséquent une véritable instance mondiale ce dont témoigne notamment la réunion d'aujourd'hui.

M. NITIN DESAI, Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales, évoquant les travaux de l'Assemblée générale au cours de cette session, a expliqué que la principale question sur laquelle l'Assemblée générale s'est penchée porte sur l'élimination de la pauvreté. Les intervenants de haut niveau qui ont pris la parole à la Deuxième Commission se sont pour leur part préoccupés des conséquences de la mondialisation. La lutte contre la pauvreté touche aussi la question de la cohérence des politiques nationales en ce qui concerne certains domaines comme, le commerce, la finance ou le développement social. La marginalisation de certains pays dans le processus de mondialisation a constitué par ailleurs une préoccupation particulière. Le débat sur le développement en Afrique se situe dans le contexte de la paix durable et du relèvement après les conflits. L'accent qui est mis sur les populations sert de toile de fond au débat sur les conséquences des récentes crises financières sur ces populations. En outre, la qualité de la croissance est devenu un des thèmes récurrents du débat au sein de l'Assemblée générale. Toutes les grandes conférences des Nations Unies tentaient en fait de définir les conséquences des programmes sur la qualité du développement aux plans national et international. La question du financement est également à l'ordre du jour de la Deuxième Commission qui pendant plus de dix ans a maintenu la question de l'endettement des pays pauvres à son ordre du jour. Le processus du financement pour le développement doit tenir compte de tous ces éléments.

Dialogue sur la question de l'élimination de la pauvreté et de l'Initiative HIPC

M. PAOLO FULCI a indiqué que le Sommet de Copenhague et les autres conférences internationales des Nations Unies ont permis d'engager toute la communauté internationale en faveur de l'objectif qu'est la lutte contre la pauvreté. C'est en effet devenu le leitmotiv des travaux des Nations Unies, et de plus en plus, celui des institutions de Bretton Woods. Il a également noté que, dans ce contexte, de nombreux pays se sont fixé des objectifs précis et un calendrier pour la réduction de la pauvreté. Toutefois, les tendances actuelles sont causes de graves préoccupations. Ainsi, dans de nombreuses régions du monde, et en particulier en Afrique, la proportion des personnes qui vivent dans la pauvreté ne cesse d'augmenter. Par ailleurs, la crise financière en Asie a aussi largement déprimé ce continent. M. Fulci a déclaré que, compte tenu de ce constat, la communauté internationale doit redoubler d'efforts concertés et soutenus pour atteindre les objectifs qu'elle a elle-même fixés dans ce domaine. Cela suppose entre autres que les mesures en vue de l'élimination de la pauvreté soient arrêtées dans les politiques macro-économiques et les politiques nationales qui vont dans ce sens. Il faut également combattre les facteurs qui perpétuent la pauvreté, c'est-à-dire mettre en place des programmes qui garantissent la sécurité alimentaire, les soins de santé primaire et l'éducation de base ainsi que l'accès à l'eau potable, l'égalité entre les sexes et surtout la création d'emplois à long terme tout en instaurant des mesures de protection sociale pour les plus vulnérables. M. Fulci a également insisté sur le fait qu'une attaque concertée de la pauvreté nécessite une mobilisation importante de ressources aux niveaux national et international. De plus, il faudrait parvenir à un système économique international plus équitable permettant aux pays en développement de mieux s'intégrer dans le système financier et commercial mondial.

M. ANTHONY BOOTE, Directeur adjoint, Division des opérations de financement, Département de révision et de développement des politiques du Fonds monétaire international, a expliqué que le montant de l'Initiative HIPC a doublé et par conséquent, l'ensemble des programmes disponibles en faveur des pays les plus pauvres va entraîner la réduction du fardeau de la dette de plus de moitié. Il ne s'agit cependant pas d'une panacée et il est indispensable à cet égard de veiller à ce que l'octroi de cette aide se fasse de façon à encourager l'exécution des programmes d'ajustement structurels. La Conférence qui s'est tenue en Ethiopie a conclu qu'il fallait faire preuve de plus d'ambitions et à cette fin, utiliser toutes les ressources à notre disposition. L'initiative HIPC doit faire partie d'un programme d'ensemble de lutte contre la pauvreté et doit susciter une plus grande participation de la société civile, des donateurs et du système des Nations Unies. Les questions relatives à la bonne gestion des affaires publiques et à la transparence doivent être incorporées aux stratégies d'élimination de la pauvreté. L'initiative HIPC doit servir de catalyseur à tous les efforts de lutte contre la pauvreté pour devenir un cadre macroéconomique où les autorités locales prendront les décisions importantes. La mise en oeuvre de cette démarche qui porte sur le long terme constitue un défi pour nous tous.

M. THOMAS A. BERNES, Directeur exécutif du FMI, a souligné l'importance du dialogue entre les Nations Unies et les institutions de Bretton Woods. Il a souhaité intégrer ce dialogue dans un contexte plus large à savoir quand et comment on pourra intégrer les programmes de lutte contre la pauvreté dans les programmes du FMI, et a reconnu que cette question est pour le moins controversée. Il a toutefois rappelé que le Fonds a déjà mis en place l'Initiative HIPC. Pour ce qui est de l'évaluation des programmes du FMI, M. Bernes a noté que le Fonds a ses propres critères bien que ceux-ci fassent souvent l'objet de critiques. Le nouvel accent mis sur l'Initiative HIPC vise à remédier aux trois critiques les plus fréquentes, à savoir l'absence de responsabilité nationale; l'absence ou la coordination insuffisante entre grands acteurs internationaux et gouvernements, et comment mesurer les résultats des programmes du Fonds. M. Bernes a indiqué qu'il ne s'agit pas là de sujets nouveaux, mais que la communauté internationale dispose aujourd'hui d'un cadre nouveau où ces questions peuvent être débattues. Il estime qu'il faudra une nouvelle culture des institutions internationales pour mener à bien cette démarche. En outre, le FMI est conscient de la difficulté pratique de réaliser la coopération entre les Nations Unies et les institutions de Bretton Woods toutefois le FMI est engagé en ce sens. Par ailleurs, il a rappelé le rôle important des acteurs nationaux, et la nécessité de faire passer ce message au niveau des pays respectifs. M. Bernes a également abordé la question du contenu social des politiques du Fonds et de la Banque, soulignant que cette question n'a été que récemment abordée par le FMI dont elle ne constituait pas une priorité jusque là. Toutefois, à ce jour, le Fonds est conscient de l'importance des facteurs sociaux dans le domaine du développement, notamment de l'éducation et de la santé. Abordant la question du processus de mondialisation, M. Bernes a déclaré que ce processus doit contribuer à ce que tout le monde réalise que non seulement les fruits à en tirer profitent à tous, mais également, que les chocs se répercutent sur tous. Par ailleurs, pour ce qui est de savoir comment la Banque et le Fonds décident s'il y a suffisamment de responsabilités nationales dans leurs programmes, M. Bernes a reconnu que la réponse n'est pas aisée. Il a ajouté toutefois que les pays seuls doivent agir dans ce contexte. Le FMI en tient compte dans ses programmes et cette question continue de faire l'objet d'un débat en son sein. M. PERCY MANGOAELA, Vice-Président du Conseil économique et social, fait part d'un article paru ce matin dans le New York Times qui annonçait que les pertes d'Amazone point com, société de ventes de livres par Internet, pourraient augmenter au cours du mois prochain. Cette société, qui n'a jamais enregistré de bénéfices, continue pourtant de jouir d'une confiance remarquable des investisseurs. Le Vice-Président a raconté cette anecdote pour montrer que les pays endettés ne se trouvent pas dans une situation aussi enviable. L'endettement total de ces pays est aujourd'hui estimé à 2,5 trillions de dollars, une augmentation de 2300 milliards par rapport à l'année dernière. La dette des "tigres asiatiques", qui suscitait auparavant l'envie s'élève à 460 milliards de dollars. Il est d'ailleurs prévu que la croissance du PNB de l'Indonésie soit négative au cours de cette année. Des initiatives encourageantes ont été prises pour résoudre la question de l'endettement, a reconnu le Vice- Président en rappelant que l'application de l'Initiative HIPC s'est révélée très lente. Il s'est néanmoins félicité de l'Initiative du G8 qui offre un cadre d'allégement de la dette plus rapide et un mécanisme de financement de la dette. Il faut espérer, a dit le Vice-Président, que ces mécanismes n'aient pas de conséquences sur le prix de l'or dont beaucoup de pays pauvres dépendent. Il est heureux aussi que l'Initiative lie l'allégement de la dette au développement social, a ajouté le Vice-Président avant de demander une révision des critères d'éligibilité à l'Initiative afin d'en élargir la portée. Il a aussi demandé l'annulation de la dette des pays éligibles liée à l'aide publique et autres formes d'aide extérieure. Il faut aller plus loin, a-t-il insisté, et permettre aux pays endettés aujourd'hui d'enregistrer la croissance nécessaire au développement durable et à la lutte contre la pauvreté.

M. JEREMY GREENSTOCK (Royaume-Uni) s'est réjoui du partenariat entre les Nations Unies et le FMI. Les bienfaits de l'allégement de la dette ne seront mesurés que par le niveau de réduction de la pauvreté. Cette question est une priorité pour le Royaume Uni et l'Union européenne, a-t-il déclaré. Les Nations Unies peuvent jouer à cet égard un rôle central et pour ce faire, il faudra élaborer des méthodes qui tiennent compte du nouveau climat qui prévaut aujourd'hui au sein des institutions financières internationales. Les donateurs et bénéficiaires doivent reconnaître que le développement et la lutte contre la pauvreté supposent des investissement dans des marchés concurrentiels. Nous devons aborder le développement comme une affaire d'investissement afin de susciter la croissance économique et lutter ainsi contre la pauvreté. Les pays qui ne peuvent pas se mettre en situation de concurrence et qui se trouvent dans une phase de conflit ou d'après-conflit, soit 33 pays sur les 41 que compte l'Afrique, représentent un grave problème. Avons-nous une stratégie particulière pour trouver des solutions au problème que connaissent ces pays, s'est interrogé le représentant?

Mme BRIZUELA DE AVILA, Ministre des affaires étrangères de El Salvador a rappelé qu'à la suite du conflit que son pays a traversé, le Président salvadorien a élaboré un programme national qui tient compte des aspirations du peuple. En effet, un référendum national a révélé que ce que le peuple salvadorien demandait était des possibilités d'emploi car, elle estime qu'un travail dans la dignité lui permettra de se prendre en main. Le Salvador veut encourager la microentreprise et les exportations. Par ailleurs, les dépenses sociales du Gouvernement ont fortement augmenté, en particulier dans le domaine de l'éducation et de la santé. Le Salvador recherche également à optimiser l'utilisation de ses ressources. Toutefois, comme d'autres pays en développement, il a besoin de l'aide de la communauté internationale. La Ministre a affirmé que les initiatives visant à alléger l'endettement extérieur des pays en développement sont essentielles aux développement de ces pays. Fort du constat que la croissance économique est la pierre angulaire du développement, elle demande de faciliter l'accès aux marchés mondiaux aux pays en développement. Dans ce contexte elle a estimé que si les pays développés voulaient réellement faire un effort de solidarité, l'ouverture de leur marchés constituerait une étape importante dans ce sens.

M. SAMUEL INSANALLY, (Guyana), au nom du Groupe des 77 et la Chine, s'est félicité de l'accent que le Directeur général du FMI a mis sur le double caractère quantitatif et qualitatif de la croissance; la croissance qualitative étant seule capable d'assurer la durabilité de la bonne santé économique. Le représentant a posé la question de savoir, comment le FMI conçoit son rôle dans la lutte contre la pauvreté et quelle approche générale il préconise en la matière. A cet égard, le représentant a souhaité savoir si le Directeur général est revenu sur les propos qu'il tenait il n'y a pas si longtemps, selon lesquels le rythme actuel de la croissance ne permettra pas de réaliser l'objectif visant à réduire la pauvreté de moitié d'ici 2015. S'arrêtant sur la question de l'Initiative HIPC, le représentant a souhaité un dynamisme plus réel des pays donateurs et la révision des critères. Il a conclu en demandant des explications sur la philosophie générale du FMI face aux nouveaux défis du développement et ce que pense le FMI de l'architecture de développement de la Banque mondiale.

M. JOSEPH MUTABOBA (Rwanda) a abordé la situation des pays qui se trouvent dans une phase d'après conflits comme son pays. Il a dénoncé la tendance qui veut que les pays donateurs se préoccupent davantage de l'élimination de leurs propres dettes. Le représentant a regretté le langage employé au Sommet de Cologne. Cette Réunion a évoqué un fonds d'emprunt qui ne sert qu'à brouiller les pistes et occulter la situation des pays pauvres fortement endettés. Le Sommet de Cologne donne plus de pouvoir au FMI et à la Banque mondiale pour imposer des conditions supplémentaires, comme la bonne gouvernance et les mesures d'ajustement structurel, à la mise en oeuvre de programmes d'élimination de la pauvreté. Le représentant a demandé ce que le FMI comptait faire dans le domaine de l'édification de la paix.

M. JORGEN BOJER (Danemark) a constaté que les nouveaux partenaires du développement des Nations Unies axent désormais aussi leurs efforts sur la réduction de la pauvreté. Il se félicite de l'accent nouveau que le Fonds met sur cet aspect du développement. Il demande toutefois comment le Fonds pourra s'assurer que cela se fasse bien. Par ailleurs, le FMI envisage- t-il un partenariat avec les Nations Unies en vue de mieux intégrer cette nouvelle dimension dans ces documents et programmes. Il estime que l'ONU a, dans ce contexte, un avantage comparatif.

Répondant aux questions liées à la démarche suivie par le Fonds à l'égard du développement et de la stratégie face à la pauvreté, M. STEPHEN PAUL COLLINS a précisé que l'Initiative HIPC n'est rien d'autre qu'une initiative de lutte contre la pauvreté qui laisse aux pays la responsabilité dans l'élaboration des politiques. Pour lui, la priorité doit être d'assurer que tous les programmes de lutte contre la pauvreté des pays restent conformes à la poursuite de politiques macroéonomiques saines. Il serait pertinent que les Nations Unies s'associent au Fonds en la matière.

M. ALEXANDRE BARRO CHAMBRIER, Conseil d'administration du FMI, a fait part d'un nouveau climat au sein du FMI. Des progrès remarquables ont été réalisés dans les domaines des réformes structurelles et de la stabilité macroéconomique. Beaucoup reste à faire, notamment pour ce qui est de la croissance économique et de la qualité de cette croissance. Répondant au représentant du Rwanda, il a évoqué les progrès importants réalisés dans le

pays malgré le problème de mobilisation des capacités locales. Il est maintenant essentiel de s'attaquer à la dette du Rwanda qui peut d'ores et déjà bénéficier de l'initiative HIPC. Il est également important que les progrès économiques aillent de paire avec la réconciliation nationale et le renforcement des institutions.

M. HERNAN OYARZABAL (FMI) a rappelé qu'il y a quelques années seulement le FMI n'accordait pas beaucoup d'importance aux aspects sociaux dans le cadre du développement. Il a indiqué que cette approche n'est plus celle du FMI qui a décidé d'intégrer de plus en plus la dimension sociale dans ses activités. Il a toutefois affirmé que la solution des problèmes sociaux se situe dans le moyen et le long terme et que, par conséquent, il faut appliquer des politiques qui suscitent la stabilité économique et encouragent la croissance dans les pays. Répondant à l'intervention du Ministre des affaires étrangères du El Salvador, il a mis l'accent sur le fait que la société elle-même est à l'origine de ces nouvelles mesures. Cela reflète, selon lui, à la fois une prise de conscience et une réflexion interne importante. Par ailleurs, le fait qu'elle ait dit que sa société ne recherche pas de solutions populistes prouve que des décisions difficiles ont été prises et que cela entraîne des coûts politiques. Les différentes expériences du Fonds et du Groupe des 24 ont montré que beaucoup d'Etats Membres, dans leurs processus de participation, insistent désormais sur ce qu'ils peuvent faire pour eux-mêmes et par eux-même avant de se demander ce qu'ils doivent demander à la communauté internationale et cela dénote un changement de mentalité important et bienvenu. Il a également mis l'accent sur la nécessité d'ouverture des marchés des pays développés aux produits des pays en développement, ce qui traduirait, dans la pratique, les déclarations faites dans des forums tels que celui-ci. Il a également demandé à l'Organisation mondiale du commerce de donner tout son appui à la proposition d'El Salvador dans ce domaine.

Répondant à son tour, M. ABBAS MIRAKHOR (FMI) a déclaré que l'attention que le FMI accorde à la question de la lutte contre la pauvreté n'est pas nouvelle. Dès son arrivé à la tête du Fonds, le Directeur général actuel a déclaré lui-même que l'ajustement structurel et la croissance économique ne suffisaient plus et que le FMI devait aussi se joindre à la lutte contre la pauvreté.

M. SEMAKULA KIWANUKA (Ouganda) a fait part de sa satisfaction quant à l'accent mis sur la durabilité de la croissance économique. Dans le passé, les institutions de financement ont caractérisé leurs actions par des initiatives à court terme, a-t-il expliqué. Le représentant a demandé que les populations rurales, les femmes et les jeunes soient les cibles des initiatives de lutte contre la pauvreté. La majorité des femmes et des jeunes essaye en effet de subsister dans des secteurs informels. Il faut investir dans la gestion démocratique, les droits de l'homme, le respect du droit comme base de la stabilité politique, pour faire de la lutte contre la pauvreté une priorité.

M. DAUDI NGELAUTWA MWAKAWAGO (République-unie Tanzanie) a demandé si les nouvelles conditions de participation à l'Initiative HIPC tiennent compte de l'échéance de 2015. Il a en outre fait remarquer que, du fait que les pays en développement ont à la base de leurs économies des matières premières dont les prix sont en chute vertigineuse, et par conséquent ne disposent pas de liquidités suffisantes pour financer leur croissance, l'allégement de la dette ne constitue qu'un seul aspect de l'aide au développement nécessaire. Il fait sienne la question du Rwanda sur les infrastructures matérielles et humaines.

M. CARLOS DOS SANTOS (Mozambique) s'est félicité de la nouvelle approche du FMI en ce qui concerne la lutte contre la pauvreté et son engagement en faveur des objectifs mondiaux que la communauté internationale réclame depuis longtemps. Le représentant a posé la question de savoir s'il n'est pas possible de ramener le délai prévu par l'Initiative HIPC à un an ou à six mois étant donné qu'il a été possible de le faire passer de six à trois ans.

Mme RIBERO VIOTTI (Brésil) a demandé comment le Fonds a intégré dans ses programmes des mesures palliatives de réduction de la pauvreté.

Mme SONIA LEONCE (Sainte-Lucie) a déclaré que dans le cadre de ce débat sur l'élimination de la pauvreté, il aurait fallu se pencher sur ses causes. Elle a indiqué à cet égard, que les programmes d'ajustement structurel du FMI provoquent souvent la pauvreté. Par ailleurs, elle regrette que ce débat n'ait pas abordé les objectifs et normes de développement social, ni la question des déséquilibres et du système de préférence qui font que certains Etats n'ont pas accès à des financements dans de bonnes conditions.

M. MARIO ALEMAN (Equateur) a souligné le lien entre dette et développement et a attiré l'attention du Conseil économique et social sur le problème d'endettement des pays à revenu intermédiaire. Cette année, l'Equateur a consacré 80% de son PIB au remboursement de sa dette et n'a donc pas pu payer sa "dette sociale", à savoir le paiement des fonctionnaires.

M. ADAWA EDOW (Kenya) a demandé l'accélération de la mise en oeuvre du processus d'allégement de la dette et de la mise en oeuvre de l'Initiative HIPC renforcée.

M. LIBRAN CABACTULAN (Philippines) a dit ne pas comprendre les doutes qui subsitent quant au lien entre dette et pauvreté puisque la dette est bien une des raisons principales de la pauvreté. Le représentant a en outre souhaité savoir l'état du Fonds d'affectation spéciale. Les 2,6 milliards de dollars prévus ont-ils été collectés a-t-il demandé. Selon certaines informations, il semble que seuls 130 millions de dollars ont été donnés par les pays développés de niveau intermédiaire comme la Norvège ou le Portugal.

M. BOOTE (FMI) répondant aux questions de certains délégués, a expliqué que ce que le FMI entend par " la decision" c'est le moment où il décide de fournir une aide financière à un pays, à partir de là, il y aura allègement de la dette. Par ailleurs on désigne de "point d'achèvement" le moment où cette dette a été entièrement apurée. Pour ce qui est de la position du FMI en matière de déboursement, il a affirmé que l'on peut réussir à ce que trois-quart des pays participent au Processus de Cologne d'ici l'an 2000. Il a rappelé en outre que le but des institutions de Bretton Woods est d'aider les pays dans leur lutte contre la pauvreté, mais que la responsabilité première revient aux pays dans ce domaine. En ce qui concerne le Fonds d'affectation spéciale, il a remarqué qu'il y eu des apports importants à ce Fonds par les Etats-Unis et l'Union européenne.

Répondant à son tour, le Directeur général du FMI, M. CAMDESSUS, est revenu sur l'engagement international en faveur des objectifs de réduction de la pauvreté fixés pour 2015. Il existe, a-t-il dit, le danger de ne pas atteindre cet objectif à moins que nous ne stimulons la croissance et mettions la lutte contre la pauvreté au centre des politiques. Il faut le souligner, a affirmé M. Camdessus, la croissance qualitative nécessaire à la lutte contre la pauvreté dépend des politiques d'ajustement structurel qui certes doivent être améliorées. Le FMI peut aider les pays dans leur recherche d'une croissance de qualité. Pour cela les pays doivent notammment encourager la participation de la société civile et recevoir une aide publique pour développer les secteurs sociaux. Tout cela peut être fait, a insisté M. Camdessus, si nous rassemblons nos efforts et mettons l'accent sur la bonne gouvernance. Pour sa part, le FMI a aujourd'hui intégré la nécessité de travailler ensemble, c'est à dire avec la Banque mondiale et les Nations Unies. Il essaye aussi de corriger ses quatre "dichotomies perverses"; entre les mesures de réduction de la dette et celles de lutte contre la pauvreté; entre les politiques sociales et les politiques de réduction de la pauvreté; entre les politiques macroéconomiques et les politiques monétaires; et entre la paix et le développement.

Dialogue sur l'établissement de la paix après les conflits: quelle approche pour l'aide à l'édification de la paix

M. MAKARIM WIBISONO, Vice-Président de l'ECOSOC, a déclaré que s'il était vrai que le développement ne peut se faire que dans des conditions de paix, il est évident que la paix et la stabilité ne peuvent perdurer en l'absence d'une prospérité partagée. La paix et le développement sont donc étroitement liés. Négliger l'une de ces dimensions mettrait en péril l'autre. Le concept d'édification de la paix doit reposer sur ce constat. La reconstruction des institutions politiques et sociales et la création des fondements nécessaires pour le développement des sociétés déchirées par les guerres sont au coeur de ce défi. Les sociétés qui sortent de situations de conflit ont des besoins plus importants et différents de ceux des sociétés qui jouissent de la paix et de la stabilité. Les sociétés touchées par des conflits exigent une approche intégrée et globale qui permette la création d'un environnement politique stable grâce à la réconciliation nationale et à l'édification des institutions tout en fournissant une aide d'urgence humanitaire qui se transforme ensuite en une aide au relèvement, à la reconstruction et au développement.

Dans de telles situations, le système des Nations Unies est indispensable au rétablissement des conditions socio-économiques qui vont au-delà des exigences habituelles de l'aide au développement. Les Nations Unies sont la plupart du temps appelées à jouer un rôle de premier plan mais elles ne peuvent pas réussir sans des liens de coopération soutenue avec les autres partenaires, et notamment les institutions de Bretton Woods. Cette collaboration doit englober toutes les phases d'édification de la paix, de la gestion à l'aide d'urgence et de la réhabilitation à la reconstruction. Nous devons nous demander comment renforcer ce partenariat tout en respectant les mandats respectifs des institutions.

Mme NANCY L. HAPPE (FMI) a fait part des politiques du FMI à l'égard des pays se relevant de conflits. Elle a rappelé que le FMI participe à des programmes dans pratiquement tous ces pays dans le but d'y instaurer une stabilité économique et cela se traduit par de l'assistance technique et parfois financière. Elle estime que la participation du Fonds doit toutefois faire partie d'efforts coordonnées où une autre institution, telle que les Nations Unies, est chef de file. Par ailleurs, le Fonds a mis en place un système d'aide d'urgence. Elle a expliqué que tous ces programmes mettent l'accent sur la reconstruction de la capacité d'application des programmes du FMI. Compte tenu du fait que la plupart de ces pays sont hautement endéttés, elle a souligné qu'ils peuvent bénéficier d'une aide dans le cadre de l'Initiative HIPC. Conscient des difficultés de ces pays, le Fonds a décidé de prendre en considération au cas par cas les situations en ce qui concerne les arriérés de ces pays. Les efforts du Fonds doivent en outre s'inscire dans des efforts concertés de la commnauté internationale pour rétablir la paix et la stabilité dans ces pays.

M. AREND KOUWENAAR (FMI) a décrit la participation du Fonds au Rwanda depuis 1994 à ce jour. De 1994 à 1996, le Fonds a centré son action sur l'aide humanitaire d'urgence, puis de 1996 à la date d'aujourd'hui, il s'est attaché à la mise en oeuvre de mesures d'ajustement structurel. Ainsi de 1994 à 1996, l'aide du Fonds s'est manifestée par une aide technique pour la reconstruction des institutions, des conseils en matière de stabilisation macro-économique, une coordination étroite avec les donateurs, l'assistance financière dans le cadre de facilitées de financement. En 1997, le pays est passé de l'aide d'urgence à un programme normal mais fin 1997 il est retourné à un programme d'urgence avec le rapatriement de milliers de réfugiés. Les bons résultats du Rwanda dans l'application de cette aide lui ont permis de bénéficier de programmes d'ajustement structurel vastes. Le programme socio-économique a continué à tenir compte de la situation d'après les conflits en mettant l'accent sur l'amélioration des dépenses sociales, de nouveaux programmes scolaires, un programme de dispensaires décentralisés. Les dépenses sociales renouvelables ont augmenté pour atteindre 6% du PIB dans les deux années avenir. Des cibles ont été retenues et des phases ont été identifiées pour tenir compte des besoins du pays en matière notamment de réforme agraire et de réforme de la fonction publique. La transparence du budget est en outre une priorité et elle passe par des obligations rédditionnelles et des audits. Dans l'ensemble, le Rwanda a fait des progrès sur la voie du redressement et cela lui permettrait de demander bientôt de l'aide. La croissance économique et la stabilité macro- économique est bonne. En revanche, les résultats dans le domaine de la réconciliation nationale sont moins bons. Le représentant a rendu hommage à la volonté du Gouvernement et a évoqué l'augmentation de 10 à 15% de l'aide des donateurs par rapport à son niveau d'avant la guerre pour expliquer ces avancées. En revanche, il a fait état de la lenteur dans le renforcement des capacités, l'absence de ressources, l'insuffisance de la formation du personnel de la fonction publique, l'imprévisibilité des flux d'aide, l'insuffisance de la coordination des pays donateurs.

M. ALEXANDRE BARRO CHAMBRIER, Directeur exécutif du FMI, a estimé que le cas du Rwanda illustre bien la manière dont le FMI, les Nations Unies et les autres organisations internationales peuvent travailler ensemble. En règle générale, le Fonds a constaté que de bonnes politiques de réduction de la pauvreté et une bonne gestion des affaires publiques encouragent l'instauration d'un climat de paix. Le Directeur exécutif a attiré l'attention sur la question-clef de la vente d'armes en soulignant d'ailleurs que le Fonds examine toujours attentivement les dépenses militaires des pays dont il finance les économies. Le Directeur exécutif a expliqué que l'une des plus grandes difficultés pour le Fonds est d'apporter des solutions à un pays qui sort d'un conflit en ayant déjà de nombreux arriérés à l'égard des institutions multilatérales. Le Fonds doit donc trouver en la matière une démarche novatrice. La démarche est naturellement facilitée lorsqu'il se trouve devant un gouvernement qui présente une stratégie économique très claire et des progrès sur la voie de la réconciliation nationale.

M. JANIS PRIEDKALNS (Lettonie) estime que ce dialogue en cours entre les Nations Unies et les institutions de Bretton Woods a permis un débat stratégique et sur les applications concrètes dans le domaine de l'édification de la paix post- conflit. Pour ce qui est des activités des Nations Unies dans ce domaine, il a relevé que, de part leur mandat, elles doivent faire preuve de la plus grande impartialité ce qui l'empêche parfois de prendre des décisions qui s'imposent dans la mesure où les Gouvernements concernés ne sont pas toujours d'accord. Un autre dilemme stratégique est le fait que les institutions internationales sont appelée à jouer un rôle de banquier, en particulier dans les situations post-conflit qui nécessitent souvent des ressources financières importantes pour rétablir une stabilité macro-économique et réaliser la réconciliation nationale. En ce qui concerne la mise en oeuvre des programmes, le représentant a rappelé le rôle joué par l'ECOSOC dans la définition du plan de redressement pour Haïti.

M. KAMALESH SHARMA (Inde) a souligné la nécessité de donner un visage humain au développement. Nous disposons des stratégies et des moyens de le faire. L'année précédente a été couronnée de succès. Aux Nations Unies, jamais un tel débat, approfondi et sérieux, n'avait été fait non seulement au niveau du contenu mais aussi que le climat.

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