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SG/SM/21210

Journée des victimes de l’esclavage: « Mettre fin au racisme hérité de l’esclavage est un impératif de justice pour le monde », déclare le Secrétaire général

On trouvera, ci-après, le discours du Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres, prononcé à l’Assemblée générale à l’occasion de la Journée internationale de commémoration des victimes de l’esclavage et de la traite transatlantique des esclaves, à New York, aujourd’hui:

J’ai l’honneur de me joindre à vous pour rendre hommage aux victimes et aux personnes rescapées de la traite transatlantique des esclaves. 

Nous en savons beaucoup sur la traite transatlantique d’Africains réduits en esclavage, et la journée d’aujourd’hui est l’occasion de perpétuer le souvenir de ce crime contre l’humanité, de cette traite d’êtres humains d’une ampleur sans précédent, de ces transactions économiques avilissantes et de ces violations inqualifiables des droits humains. 

Derrière les faits et les chiffres se dessinent les histoires de millions de personnes: des histoires de souffrance et de douleur indicibles; des histoires de familles et de communautés déchirées; mais aussi des histoires de courage et de bravoure extraordinaires face à la cruauté des oppresseurs. 

Nous devons raconter ces histoires de résistance juste – de Zumbi dos Palmares, au Brésil, à la Reine Nanny des Marrons, en Jamaïque, en passant par la reine Ana Nzinga du Royaume du Ndgongo, dans l’actuel Angola, Toussaint Louverture de Saint-Domingue, dans l’actuel Haïti, et bien d’autres.

Nous devons également entendre les récits de l’interdiction du commerce des esclaves dans l’imamat du Fouta Toro, dans l’actuel Sénégal, sous le règne d’Abdoul Kader – bien avant que les mouvements abolitionnistes ne prennent de l’ampleur en Europe et dans les Amériques.

Nous ne saurons jamais tous les actes de résistance –si ambitieux ou modestes qu’ils fussent– qui ont lentement mais sûrement permis de triompher de l’injustice, de la répression et de l’asservissement. 

Néanmoins, les récits de ces actes sont indispensables pour comprendre un passé dont l’une des séquelles les plus pernicieuses et les plus durables continue d’entacher notre présent: le racisme. 

Le commerce transatlantique d’Africains réduits en esclavage a contribué à façonner les conceptions modernes de la race.  Pour rationaliser le caractère inhumain de la traite des esclaves, les Africains étaient dépeints comme étant inférieurs à des êtres humains.  Les tropes racistes étaient largement répandus – légitimés par une pseudo-science et inscrits dans la législation. 

Plus de deux cents ans après la fin de la traite transatlantique des esclaves, le mensonge vicieux qu’est la suprématie raciale demeure bien vivant.  En effet, il est amplifié par celles et ceux qui se font l’écho de la haine dans les espaces en ligne, qui lui servent de nouvelle caisse de résonance. 

Mettre fin au racisme hérité de l’esclavage est un impératif de justice pour le monde.  Cet impératif nous concerne toutes et tous – nous devons toutes et tous opposer un front solidaire face au racisme, quel que soit le lieu ou le moment où il se présente. 

La traite transatlantique des esclaves a marqué une rupture brutale dans l’histoire de l’Afrique et fait obstacle au développement du continent pendant des siècles.  Parallèlement, la prospérité que connaît une grande partie du monde occidental n’a été possible que grâce à l’exploitation du travail et du savoir-faire d’Africains réduits en esclavage.  La traite des esclaves a dévasté les économies des peuples qu’elle a asservis et enrichi les colonisateurs. 

Nous devons inverser les conséquences, endurées par des générations d’êtres humains, de l’exploitation, de l’exclusion et de la discrimination –y compris dans leurs dimensions sociale et économique manifestes–, en instaurant des cadres de justice réparatrice.  Le fait de reconnaître les torts du passé, de déboulonner des statues d’esclavagistes et de demander pardon ne peut effacer les crimes qui ont été commis.  Toutefois, cela peut parfois aider à libérer le présent –et l’avenir– des chaînes du passé.

Mais les erreurs du passé ne doivent pas détourner notre attention des maux actuels.  Hors du continent africain, les personnes d’ascendance africaine sont souvent parmi les dernières à bénéficier de soins de santé, de l’éducation, de la justice et de toute autre opportunité.  La diaspora africaine a enrichi les sociétés du monde entier.  Et pourtant, elle fait toujours face à la marginalisation, à l’exclusion et aux préjugés inconscients; sa vie encore obscurcie par l’ombre persistante de l’esclavage.

En cette Journée internationale du souvenir, rendons hommage aux victimes de l’esclavage, dont la mémoire est immortalisée par l’Arche du retour qui se dresse sur la place située juste à l’extérieur de cette salle et qui nous rappelle constamment le courage des esclaves.  Cette arche nous invite: à faire front commun contre le racisme; à nous attaquer aux inégalités et aux injustices; à apprendre –et enseigner– le passé; et à bâtir des sociétés fondées sur la dignité, le respect, la justice et les opportunités pour toutes et pour tous.

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