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Lutte contre l’islamophobie: le Secrétaire général appelle les gouvernements à condamner les discours incendiaires et préserver la liberté de religion, en particulier pour les minorités

On trouvera ci-après le message du Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres, à l’occasion de la célébration de la Journée internationale de lutte contre l’islamophobie, à New York, aujourd’hui:

Nous nous réunissons aujourd’hui durant ce mois sacré de ramadan que les musulmanes et les musulmans du monde entier observent en ce moment. 

Le ramadan est un temps de réflexion et de solidarité.  C’est un moment où l’on s’entraide pour progresser et s’élever.  Mais pour de nombreux musulmans de par le monde, cette période est également synonyme d’angoisse et de peur. 

Dans l’esprit du ramadan, j’ai appelé à faire taire les armes à Gaza et au Soudan.  Aujourd’hui, à l’occasion de cet important événement, j’appelle tous les responsables politiques, religieux et communautaires –chacun, chacune, partout– à se joindre à notre appel.  Il est temps que la paix soit une réalité. 

Pour près de deux milliards de musulmans à travers le monde, l’islam est un pilier de la foi qui unit les gens aux quatre coins de la planète.  N’oublions pas qu’il s’agit également d’un pilier de notre histoire commune. 

Pendant des siècles, les musulmans ont été une source essentielle de culture, de philosophie, d’érudition et de science.  Qu’il s’agisse de l’influence considérable d’Avicenne, grand médecin et philosophe dont les interprétations de Platon et d’Aristote ont contribué à façonner le développement de la philosophie de l’Europe occidentale ; 

Du mathématicien et astronome musulman Al-Khwarizmi, à l’origine des chiffres hindous-arabes et père de l’algèbre; du « père du rationalisme », Averroès, dont les commentaires novateurs ont jeté un pont entre la pensée islamique et la pensée occidentale; aux innombrables contributions des musulmans dans tous les domaines, de la science, de la technologie et de la médecine à la littérature, à l’art, à la musique et à l’architecture. 

L’événement d’aujourd’hui met en lumière un fléau vicieux, qui représente un déni et une ignorance totale de l’islam et des musulmans et de leurs contributions indéniables: le fléau de l’islamophobie. 

Partout dans le monde, nous assistons à une montée de la haine et du sectarisme anti-musulmans.  L’islamophobie peut revêtir plusieurs formes.  La discrimination structurelle et systémique.  L’exclusion socioéconomique.  Des politiques d’immigration déséquilibrées.  Une surveillance et un fichage injustifiés.  Les restrictions d’accès à la citoyenneté, à l’éducation, à l’emploi et à la justice. 

Tous ces obstacles et d’autres barrières institutionnelles violent notre engagement commun en faveur des droits humains et de la dignité.  Ils perpétuent également un cercle vicieux d’exclusion, de pauvreté et de déni de droits qui se répercute d’une génération à l’autre. 

Dans le même temps, les discours clivants et les idées fausses propagent des stéréotypes, stigmatisent des communautés et créent un climat d’incompréhension et de suspicion.  Cela peut conduire à une augmentation du harcèlement et même de la violence pure à l’encontre des musulmans, dont des organisations de la société civile se font l’écho, de plus en plus souvent, dans des pays du monde entier.  Certains exploitent honteusement la haine anti-musulmane et les politiques d’exclusion à des fins politiques.  Nous devons dire ce qui est.  C’est de haine qu’il s’agit.  Ni plus ni moins. 

Et ceux qui se spécialisent dans les discours haineux se servent, à mauvais escient, du porte-voix le plus puissant de l’histoire –les réseaux sociaux– pour amplifier et diffuser leurs idéologies méprisables.  Les plateformes en ligne sont devenues le terrain de prédilection des idéologies extrémistes et du harcèlement.  Tout cela ne fait qu’aggraver les divisions.  Qu’alimenter la violence dans la vie réelle. 

Malheureusement, cette tendance alarmante s’inscrit dans un contexte plus large d’idéologies suprématistes et d’attaques contre les Juifs, les communautés chrétiennes minoritaires et bien d’autres.  La haine des uns et la haine des autres s’entre-alimentent.  La haine normalise la haine.  La haine détruit le tissu de nos sociétés.  Et la haine ronge l’égalité, l’entente mutuelle et le respect des droits humains dont dépendent la paix future – la paix du monde. 

Nous ne pouvons rester les bras ballants face à ce déchaînement de haine et de sectarisme.  L’événement qui nous réunit aujourd’hui nous rappelle tous à notre responsabilité: celle d’affronter et d’éradiquer le fléau du sectarisme antimusulman.  Les dirigeants politiques doivent montrer la voie et cultiver la cohésion sociale, et non la peur.  Les gouvernements doivent condamner les discours incendiaires et préserver la liberté de religion, en particulier pour les minorités. Et je suis reconnaissant aux chefs religieux qui travaillent ensemble pour promouvoir le dialogue interconfessionnel. 

Les plateformes numériques doivent modérer les contenus haineux et empêcher qu’ils ne se répandent, tout en protégeant leurs utilisateurs du harcèlement. L’intelligence artificielle doit réduire les préjugés et les stéréotypes, et non les amplifier et les reproduire. 

Et nous devons tous aider à faire tomber les murs de l’intolérance et de la division.  Dans les villes comme dans les villages.  Dans les écoles, dans la rue et en ligne.  Partout et en tout lieu. 

Engageons-nous tous à dénoncer le sectarisme antimusulman, où que nous le voyions, où que nous l’entendions.  Les musulmans viennent de tous pays, toutes cultures, tous milieux.  Ils représentent la merveilleuse diversité de la famille humaine. 

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