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SG/SM/21713

Des siècles de patriarcat, de discrimination et de stéréotypes néfastes ont créé un énorme fossé entre les genres dans les domaines scientifique et technologique, dénonce le Secrétaire général

On trouvera ci-après le discours du Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres, à l’occasion de la session annuelle de la Commission de la condition de la femme, ce 6 mars à New York:

La session de la Commission de la condition de la femme est l’un des plus importants événements annuels qui se tiennent à l’Organisation des Nations Unies.

Elle revêt une importance encore plus grande à l’heure où les droits des femmes sont bafoués, menacés et battus en brèche dans le monde entier.

Les progrès réalisés au fil des décennies s’évanouissent sous nos yeux.

De l’Afghanistan, où les femmes et les filles ont été effacées de la vie publique, à certains des pays les plus riches, où les droits sexuels et procréatifs des femmes sont attaqués.

L’égalité des genres est un horizon de plus en plus lointain.  ONU-Femmes estime qu’au rythme actuel, il faudra attendre 300 ans avant de l’atteindre.

La mortalité maternelle augmente.  Toutes les deux minutes, une femme meurt pendant la grossesse ou l’accouchement; pourtant, la plupart de ces décès pourraient être évités.

Les effets de la pandémie de COVID-19 continuent de peser sur des millions de filles contraintes d’abandonner leurs études, de mères et d’aidantes obligées de renoncer à un emploi, et d’enfants mariés de force.

De l’Ukraine au Sahel, les femmes et les filles sont les premières et les plus gravement touchées par les crises et les conflits.

Au niveau international, certains pays s’opposent désormais à l’inclusion même d’une perspective de genre dans les négociations multilatérales.

La patriarchie contre-attaque.  Mais nous ripostons.

Et je clame haut et fort: l’ONU se tient aux côtés des femmes et des filles du monde entier.

La Vice-Secrétaire générale et la Directrice exécutive de l’ONU Femmes se sont récemment rendues en Afghanistan, avec un message clair à l’attention des autorités du pays: les femmes et les filles ont des droits humains fondamentaux, et nous ne renoncerons jamais à lutter pour ces droits.

Les équipes pays des Nations Unies et les organismes humanitaires à travers le monde contribuent à fournir une aide pratique et des soins aux femmes en situation de crise.  L’égalité des genres et l’investissement dans les filles et les femmes sont au cœur de notre action humanitaire et de développement.

Nos missions politiques et de maintien de la paix continuent de promouvoir la participation des femmes à tous les processus de paix avec énormément d’obstacles, et de veiller à ce que les priorités des femmes fassent pleinement partie de notre action politique.  C’est la seule voie vers une paix durable et pérenne.

Soyons clairs: les cadres internationaux ne sont pas adaptés aux besoins et aspirations des femmes et des filles du monde.  Il est grand temps de les changer.

Mes initiatives en faveur d’un plan de relance des objectifs de développement durable et d’une réforme du système financier mondial visent à accroître les moyens d’investir dans les femmes et les filles au niveau national.

Notre rapport sur Notre Programme commun met l’accent sur l’égalité des genres, dans tout ce que nous faisons.

J’ai demandé au système des Nations Unies de faire en sorte que tout notre soutien aux États Membres en prévision du Sommet de l’avenir reflète notre engagement pour l’égalité des genres et les droits des femmes.

Dans le cadre de Notre Programme commun, j’ai commandé un examen indépendant de nos capacités en matière d’égalité des genres sur l’ensemble de nos activités.

Les conclusions et recommandations porteront sur les structures, le financement et le leadership, afin que nous puissions mieux servir les femmes du monde entier.

La parité femmes-hommes parmi notre personnel est une étape essentielle vers l’égalité des genres dans nos travaux.

Cinq ans après le lancement de la Stratégie sur la parité des genres applicable à l’ensemble du système des Nations Unies, nous avons déjà parcouru un long chemin.

Nous avons atteint la parité femmes-hommes parmi les 190 hauts responsables et les coordonnatrices et coordonnateurs résidents dans l’ensemble des pays du monde.

S’agissant du personnel professionnel, le Secrétariat dans son ensemble devrait être proche de la parité en 2025 – soit trois ans avant le délai imparti.  Mais, il faut être clair, les obstacles sont plus difficiles à surmonter dans les missions sur le terrain.

Et c’est pour cela qu’à présent, nous donnerons la priorité aux domaines où le progrès est plus lent.  J’espère que les États Membres comprendront le besoin de changement et soutiendront une adaptation de nos règles afin de faciliter notre avancée vers la parité.

Cette année, vous vous intéressez en particulier à la réduction des disparités entre les genres dans les domaines de la technologie et de l’innovation.  Le moment ne pourrait pas être mieux choisi.

Car, tandis que la technologie avance à toute allure, les femmes et les filles sont laissées à la traîne.

L’équation est simple: sans les idées et la créativité de la moitié du monde, les possibilités offertes par la science et la technologie ne se concrétiseront qu’à moitié.

Trois milliards de personnes, en majorité des femmes et des jeunes filles vivant dans des pays en développement, ne sont toujours pas connectées à Internet.

Dans les pays les moins avancés, seules 19% des femmes utilisent Internet.  L’intelligence artificielle façonne notre monde futur.  Espérons qu’il ne sera pas façonné de manière totalement sexiste.

À l’échelle de la planète, les filles et les femmes ne représentent qu’un tiers des effectifs dans les filières d’études relatives aux sciences, à la technologie, à l’ingénierie et aux mathématiques.

Dans le secteur technologique, les hommes sont deux fois plus nombreux que les femmes.  En outre, seulement une personne sur cinq travaillant dans le domaine de l’intelligence artificielle est une femme.

La pandémie de COVID-19 a amplifié les inégalités d’accès à Internet et accentué les dangers qui guettaient les femmes et les filles en ligne.

La désinformation et la mésinformation à caractère misogyne fleurissent sur les médias sociaux.  Le « gender-trolling » vise tout spécialement à réduire les femmes au silence et à les écarter de la vie publique.

Les informations sont peut-être fausses, mais les dégâts sont bel et bien réels.

Des siècles de patriarcat, de discrimination et de stéréotypes néfastes ont créé un énorme fossé entre les genres dans les domaines scientifique et technologique.

Les femmes ne représentent que 3% des personnes récompensées par un prix Nobel dans des catégories scientifiques.

Il y a trois ans, Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna sont entrées dans l’histoire en devenant la toute première équipe exclusivement féminine à remporter un prix Nobel dans une discipline scientifique.

Par 172 fois, ce prix a été décerné à des équipes d’hommes.

Les mégadonnées sont devenues un bien précieux et un élément essentiel à la prise des décisions politiques et commerciales d’aujourd’hui.

Mais elles prennent rarement en compte les différences entre les genres – voire le genre féminin tout court – ce qui fait que des produits et services portent, dès leur conception, la marque de l’inégalité entre les femmes et les hommes.

Nous ne pouvons pas laisser les Silicon Valleys de notre monde se transformer en vallées de la Mort pour les droits des femmes.

Pour que, dans l’avenir, l’humanité contrôle la technologie, plutôt que l’inverse, nous avons besoin de la pleine participation de toutes et tous.

L’inégalité des genres est une question de pouvoir.  Aujourd’hui, je demande que des mesures soient prises sans délai pour équilibrer la répartition du pouvoir, dans trois domaines.

Premièrement, il s’agit d’accroître les niveaux d’éducation, de revenu et d’emploi des femmes et des filles, en particulier dans les pays du Sud.

Pour que les femmes de ces pays soient connectées au monde en ligne, nous devons combattre la pauvreté et les inégalités, qui ne cessent d’augmenter.

Deuxièmement, les dirigeantes et dirigeants doivent promouvoir la pleine participation des femmes et des filles et leur accès aux plus hautes fonctions dans les domaines scientifique et technologique, des gouvernements aux conseils d’administration, en passant par les établissements scolaires.

Le tout premier rapport de l’ONU sur la technologie, l’innovation, l’éducation et l’égalité des genres contient de nombreuses recommandations.  Ils doivent être suivis

Y sont notamment préconisés: un système d’enseignement et de formation professionnelle qui tient compte de la dimension de genre; des algorithmes qui ne sont pas contraires aux droits humains et à l’égalité femmes-hommes; des investissements en faveur de la réduction de la fracture numérique entre les genres.

Plus que jamais, nous avons besoin d’une action collective des États, de la société civile, du secteur privé et des acteurs et actrices de la communauté technologique.

Troisièmement, nous devons créer un environnement numérique sûr pour les femmes et les filles.

L’ONU travaille avec diverses parties prenantes pour promouvoir un code de conduite portant sur l’intégrité de l’information diffusée sur les plateformes numériques.  L’objectif est d’atténuer le préjudice causé et de lutter contre l’impunité, tout en défendant le droit à la liberté d’expression.

Promouvoir la pleine contribution des femmes à la science, à la technologie et à l’innovation n’est pas un acte de charité ou une faveur à leur égard.  Tout le monde y gagne.  C’est une nécessité et cela profite à tout le monde.

Lorsque les femmes bénéficient de services médicaux en ligne, leur famille et leur entourage sont en meilleure santé.

Lorsque les femmes ont accès à des services bancaires et à des ressources en ligne, sans partis pris elles créent des entreprises qui profitent à la société et à l’économie.

Lorsque les femmes ont accès à des plateformes numériques sûres, elles créent des communautés qui peuvent changer le monde.  Regardez le mouvement #MeToo.

Enfin, lorsque les femmes scientifiques et technologues s’attaquent aux problèmes mondiaux, elles multiplient les chances de trouver des solutions.

De nombreux chefs de file du secteur technologique, en particulier des femmes, savent que l’inégalité et l’exclusion sont une impasse morale et commerciale.

Les femmes et les filles sont à la tête de l’action menée pour rendre la science et la technologie accessibles, inclusives et sûres.

Dans de nombreux pays, le nombre de filles qui étudient les sciences, les technologies et les mathématiques bat des records.  Cela devrait être le cas partout.

Les femmes et les filles continueront de faire entendre leur voix.

Leurs paroles porteuses de revendications pour leurs droits et leurs libertés résonnent dans le monde entier.

La Commission de la condition de la femme est un moteur et un catalyseur pour la transformation dont nous avons besoin.

Ensemble, faisons reculer la misogynie et allons de l’avant pour les femmes, les filles et l’humanité tout entière.

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