LE VIEILLISSEMENT N’EST PAS UN FLEAU MAIS UN PHENOMENE POSITIF QUI REQUIERT LA MOBILISATION DE TOUS LES ACTEURS DE LA SOCIETE
Communiqué de presse SOC/4592 |
Deuxième Assemblée mondiale
sur le vieillissement
LE VIEILLISSEMENT N’EST PAS UN FLEAU MAIS UN PHENOMENE POSITIF QUI REQUIERT LA MOBILISATION DE TOUS LES ACTEURS DE LA SOCIETE
Les actions internationales en faveur du
vieillissement doivent respecter les valeurs spirituelles et religieuses
Madrid, 9 avril -- Alors que les délégations poursuivaient leur échange de vues dans le cadre de la seconde Assemblée mondiale sur le vieillissement qui se tient à Madrid jusqu’au 12 avril, la question de la recherche de solutions palliatives au manque de ressources disponibles pour répondre aux besoins des personnes âgées ainsi que celle de la lutte contre les préjugés les concernant dans un contexte de respect des valeurs propres à chaque société ont été au cœur des interventions de cet après-midi.
C’est ainsi que la Secrétaire d’Etat aux personnes âgées de la France a rappelé que «le contrat social qui unit les êtres humains leur commande de respecter ceux qui les ont précédés et à qui ils doivent beaucoup», commentaire prolongé par celui du Ministre de la santé et des affaires sociales de la Suède qui a souligné la nécessité de s’attaquer aux préjugés et de développer une image positive de la vieillesse, surtout dans les pays développés dans lesquels les personnes âgées ne disposent pas du même respect que dans de nombreux pays en développement. Ces derniers, du fait de leurs cultures et de leurs traditions, réservent en effet aux personnes âgées une place privilégiée.
C’est justement ces traditions et ces valeurs qu’il s’agit de défendre et, même si les délégations se sont entendues sur le caractère indispensable de la coopération au niveau international, le Ministre de l’administration publique et des finances du Qatar, a lancé un appel pour la protection de la famille dans le respect des valeurs spirituelles et religieuses propres à chaque société. Dans le même ordre d’idées, le Ministre des ressources en électricité, en eau, des affaires sociales et du travail du Koweït a fait remarquer que la responsabilité envers les personnes âgées découle des préceptes de l’Islam, qui encouragent la piété filiale à l’égard des anciens. Les représentants du Koweït et du Yémen ont fait part de leurs préoccupations quant à la situation vécue aujourd’hui par la population palestinienne.
Il est indispensable, de l’avis de la plupart des pays qui se sont exprimés, que les gouvernements apportent un soutien à la cellule familiale. Mais dans les pays en développement, la famille est souvent mise en danger du fait des migrations sociales et de la pauvreté endémique. De l’avis de la Ministre de la promotion de la femme et du développement humain du Pérou, pays dans lequel la pauvreté touche 53% de la population, la famille ne peut en effet bien souvent plus pallier aux déficiences des système de protection sociale de nombreux pays en développement, devant avant tout faire face aux problèmes de subsistance qui touchent chacun de ses membres.
La coopération avec le secteur non gouvernemental a été présentée par plusieurs délégations comme une alternative pertinente. En effet, le développement de tels partenariats représente non seulement un prolongement des politiques étatiques mais permet aussi d’impliquer directement les personnes âgées dans le processus de prise de décisions qui les concernent, selon le Ministre pour les personnes âgées de l’Australie. Le Gouvernement du Canada, quant à lui, tente de mobiliser la société civile, les milieux universitaires et privés pour aménager des espaces favorables aux personnes âgées et leur offrir un cadre de vie adapté à leurs besoins. De même, selon la Ministre française, il faut favoriser la participation des personnes âgées encore très actives intellectuellement et physiquement à des actions de solidarité, notamment par l’intermédiaire d’associations de bénévoles. Le Ministre du travail et de la sécurité sociale de Chypre s’est d’ailleurs félicité des résultats positifs du travail mené pendant des années en partenariat avec les communautés et les organisations bénévoles et de l’appui qui leur a été octroyé par la fourniture d’une assistance technique et financière. Les gouvernements, en particulier dans les pays développés, ne doivent pas oublier leurs responsabilités car, selon, le Ministre de la santé et des affaires sociales de la Suède, à tous les niveaux, c’est une des tâches politiques les plus importantes du Gouvernement que de prendre soin des personnes âgées.
Outre les personnalités déjà nommées, la plénière de l’Assemblée a entendu des interventions des Ministres et hauts responsables des pays suivants: Indonésie, Luxembourg, Thaïlande, République de Corée, Roumanie, Norvège, Madagascar, Chili et Bénin.
Le débat général reprendra demain mercredi 10 avril à 10 heures.
Échange de vues général
M. H. BACHTIAR CHAMSYAH, Ministre des affaires sociales de la République d’Indonésie : Il est indispensable d’intégrer le processus du vieillissement au processus du développement. Cependant, étant donné la complexité de la question, l’application des politiques doit être souple. En Indonésie, les personnes âgées représentent 7,4% de la population totale, taux qui devrait s’élever à 11,20% en 2020. Le Gouvernement doit et devra donc faire face à leurs besoins et aux problèmes qui découlent de ce changement démographique. Plusieurs mesures ont été prises afin que les personnes âgées reçoivent le plus profond respect et qu’elles puissent partager leur expérience. L’Indonésie a déclaré le 29 mai Journée internationale des personnes âgées. Une loi sur le bien-être des personnes âgées a également été promulguée et vise à encourager leur indépendance et à préserver la valeur culturelle de trois générations sous le même toit. Des programmes spécifiques ciblant les personnes âgées ont été mis en oeuvre dans les hôpitaux.
Le défi qui se pose aujourd’hui est de s’assurer que la mondialisation aura des retombées positives sur la protection des personnes âgées dans notre société afin que ces dernières puissent vivre dans la dignité. Il est également crucial de mettre en place des services d’appui pour la famille. Cependant, face à l’ampleur des moyens nécessaires, il est indispensable que la communauté internationale fournisse un important soutien technique et financier pour la mise en oeuvre des programmes au bénéfice des personnes âgées.
M. LARS ENGQVIST, Ministre de la santé et des affaires sociales de la Suède : Nos vies, nos espoirs, nos appartenances, nos relations et notre sens de la communauté ont été fondamentalement modifiés par l’allongement de 25 ans de l’espérance de vie pendant le 20e siècle. Nos vies présentent aussi des perspectives plus réjouissantes maintenant qu’à 65 ans, nous avons encore un tiers de notre existence devant nous. Nous sommes malheureusement assez mal préparés pour cette révolution; notre marché du travail discrimine et ignore les personnes âgées, notre culture est tournée vers les jeunes et l’entièreté de notre système démocratique est basé sur le fait que les personnes âgées sont des observateurs passifs. Nous devons nous attaquer aux préjugés, rompre avec la vision traditionnelle que nous avons des personnes âgées et nous assurer qu’ils jouissent de tous leurs droits. A cet égard, le Plan d’action international jouera un rôle important en stimulant et en inspirant les efforts et les changements des attitudes dans le monde entier.
Une situation économique stable est une précondition à la participation à la vie de la société, et les politiques sociales à visée universelle constituent la base de cette sécurité. Convaincue que le système de retraite doit être fiable et stable, la Suède a modernisé le sien afin qu’il accompagne le changement démographique. Le passage de la vie active à la retraite doit être facilité; nombreux sont ceux qui souhaitent continuer à travailler, mais à un rythme moins soutenu, et on doit leur donner cette possibilité. A tous les niveaux, c’est une des tâches politiques les plus importantes du Gouvernement que de prendre soin des personnes âgées. Certes, la question des ressources est cruciale, mais nos populations doivent pouvoir compter sur la société pour fournir de bons services sociaux à ses seniors. Le critère essentiel doit être celui des besoins des ces derniers, et non la situation financière de la personne âgée dans le besoin.
Mme MARIE-JOSEE JACOBS, Ministre de la famille, de la solidarité sociale et de la jeunesse du Luxembourg : Aujourd’hui au Luxembourg, un citoyen sur cinq a plus de 60 ans; dans une vingtaine d’années, ce sera un sur 4. Nous redoutons tous de vieillir. Pourtant, par rapport aux seniors des générations précédentes, les sexagénaires et les septuagénaires ont la chance de bénéficier de quinze à vingt années «dorées». Néanmoins, les spécialistes de gérontologie insistent que, pour jouir de ce cadeau, il faut savoir gérer ses compétences multiples de façon plus consciente et plus responsable. Au Luxembourg, une mission indispensable de participation politique revient au Conseil supérieur des personnes âgées, aux commissions du troisième âge instituées au sein de nombreuses communes tout comme aux Organisations non gouvernementales qui regroupent les seniors. Au Luxembourg, tout comme dans nos pays voisins, le Gouvernement investit des moyens considérables pour instituer les services requis. Avec l’assurance luxembourgeoise Alzheimer, je partage la préoccupation particulière du bien-être des seniors affectés de troubles psychogériatriques. Mes services sont en train d’élaborer un projet de loi pour la promotion des droits des personnes concernées. De même, l’accueil approprié des personnes en fin de vie me tient à cœur.
Depuis une dizaine d’années, les ministères de l’Education nationale et de la Famille proposent avec beaucoup de succès une formation aux fonctions d’aide sociofamiliale. D’autre part, en tant que petit pays, le Luxembourg a compris particulièrement bien qu’il ne constitue point un îlot isolé. Dans nos services, les seniors luxembourgeois sont soignés en grande partie par des frontaliers allemands, belges ou français et par des immigrés notamment portugais, qui ne parlent pas leur langue et qui ne connaissent que partiellement leurs coutumes et traditions. Demain, dans ces mêmes services, nous admettrons de nombreux non-luxembourgeois, immigrés et réfugiés, dont nous devrons étudier la culture pour bien les soigner. Récemment, le Luxembourg a appuyé des initiatives au bénéfice des personnes âgées à Cuba, au Liban, à Maurice et au Tadjikistan.
M. KRASAE CHANAWONGSE, Thaïlande : La relation entre la population et la qualité de la vie nous amène à explorer des nouvelles stratégies pour surmonter les obstacles et les défis nés de ce qui a tout d’un «tremblement de terre démographique». Ce phénomène est encore aggravé par des facteurs tels que la pauvreté, la mauvaise santé, le VIH/sida, la situation de l’emploi, de l’environnement, les systèmes de retraite et les problèmes de droits de l’homme. Le vieillissement est désormais une question mondiale qui concerne toutes les sociétés modernes. En Thaïlande, si les valeurs traditionnelles dictent aux jeunes générations de prendre soin des personnes âgées une fois qu’elles sont faibles et dépendantes, les enfants ne sont pas toujours dans une position qui leur permet de jouer ce rôle. C’est pourquoi il incombe au Gouvernement et aux sociétés de leur tendre la main. En Thaïlande, nous cherchons à intégrer les différents aspects du vieillissement dans la planification à court et à long termes. Les questions démographiques doivent être prises en compte d’une manière holiste et intégrer les obstacles, les défis, les ressources et le capital relatif au vieillissement. Nous pensons également que l’amélioration de la qualité de la vie doit passer par la santé dans l’indépendance, la sécurité et la participation sociale. Il est aujourd’hui déplorable que les personnes âgées soient exclues et discriminées et qu’on leur refuse la place qui leur revient dans la société.
Mme SHARON CARSTAIRS, Leader du Gouvernement du Canada au Sénat chargée de responsabilités spéciales à l’égard des soins palliatifs : Je suis fière de souligner la participation canadienne aux orientations du Plan international et celle de notre Gouvernement pour aider les aînés canadiens à améliorer leur état de santé et leur sécurité financière. Par exemple il y a eu un recul spectaculaire de la pauvreté chez les aînés canadiens au cours de ces deux dernières décennies, grâce notamment à un agencement efficace des régimes de revenu des retraites public et privé. Nous avons aussi accompli des progrès remarquables pour aider à préserver et améliorer l’état de santé des aînés. Le Canada a l’une des espérances de vie les plus élevés au monde, soit 81,5 ans pour les femmes et 76 ans pour les hommes.
Le Canada applaudit les efforts qui ont entouré l’élaboration du nouveau Plan d’action international sur le vieillissement dont il appuie sans réserve les grands thèmes. Nous appuyons de façon particulière les besoins spéciaux des pays en développement face à ces défis et sommes ravis de constater que le Plan international en tient compte. Parmi les priorités que s’est donné le Canada en ce qui concerne les aînés, figure notamment l’amélioration de la santé, le mieux-être et l’autonomie du troisième âge, l’amélioration de la participation des aînés canadiens à la vie économique et sociale. Notre Gouvernement lançait récemment un programme national de compétence et d’apprentissage pour répondre à la nécessité de renouveler les qualifications des gens de tous âges, à tous les stages de la vie. Les gouvernements fédéral et provinciaux travaillent à mettre sur pied des services sanitaires et sociaux adaptés aux besoins changeants des Canadiens. Nous devons en outre mobiliser tous les secteurs gouvernementaux, société civile, milieux universitaires et privés pour aménager des milieux favorables à tous les groupes.
sheik falah bin jassim jabr al-thani, Ministre de l’administration publique et des finances du Qatar : Mettant en oeuvre les résultats des réflexions sur les changements sociaux, économiques et culturels provoqués par le vieillissement de la population, le Qatar a instauré des programmes pour élargir la couverture sociale des jeunes et des personnes âgées. Il s’agit de mettre à la disposition de ces dernières des maisons adaptées à leurs besoins, un système de santé efficace et des services éducatifs appropriés. Ces programmes respectent pleinement le rôle spirituel, social et culturel des personnes âgées ainsi que les principes des Nations Unies qui ont été définis en la matière.
Un Comité pour les personnes âgées a été créé dans le cadre du Conseil des affaires familiales. Le Qatar est en outre considéré comme un pionnier en matière de promotion de la sécurité des personnes âgées. Notre pays finance en effet des programmes pour protéger les personnes âgées et leur environnement familial. Cependant, de tels programmes ne pourraient être appliqués s’ils étaient en contradiction avec les valeurs et les traditions de la société. Nous estimons que la famille est le fondement de la société. C’est pourquoi, nous lançons un appel à la protection de la famille dans le respect des valeurs religieuses de notre société. Nous souhaitons que sous l’égide des Nations Unies soient définis des principes juridiques en faveur de la famille. Il faut également régler le problème de la dette et mettre un terme à la pauvreté dans le monde.
M. KEVIN ANDREWS, Ministre pour les personnes âgées de l’Australie : Le vieillissement de la population pose plusieurs défis au premier rang desquels se trouve la réduction massive du nombre de nouveaux entrants sur le marché du travail, le besoin de développer des soins de santé adaptés aux personnes âgées, la pression accrue sur les familles et le besoin d’encourager l’épargne. Il faut également s’attendre à un changement des préférences en matière de style de vie. Dans ce contexte, le Gouvernement australien a lancé une «stratégie nationale pour une Australie vieillissante» qui vise à consolider le système de soins pour les personnes âgées. Cette stratégie gouvernementale cherche également à encourager la participation du secteur non gouvernemental. La question du vieillissement ne relève pas en effet de la seule responsabilité des gouvernements. Tous les acteurs de la société doivent se sentir concernés.
La stratégie australienne est fondée sur quatre objectifs principaux: l’indépendance des personnes âgées, le soutien de la communauté, un vieillissement en bonne santé et des soins pour tous. Le Gouvernement s’efforce également de promouvoir un accès universel au travail, au logement, aux transports et aux loisirs. Des efforts en matière de recherche sont également déployés. Des initiatives spécifiques ont été lancées dans les domaines de l’emploi par la mise en place d’une législation pour empêcher les actes discriminatoires fondés sur l’âge, la définition de programmes communautaires et le développement des soins de santé à domicile.
M. ANDREAS MOUSHOUTTAS, Ministre du travail et de la sécurité sociale de Chypre : Le vieillissement nous demande de repenser nos institutions, nos politiques, notre législation et nos pratiques afin que l’évolution démographique produise des effets positifs sur les forces de travail, les systèmes de protection sociale et la société dans son ensemble. La situation à Chypre n’est pas alarmante mais devient visible. Les personnes de plus de 65 ans représentent 11,4% de la population. Le groupe de personnes âgées de 80 ans et plus devrait doubler d’ici 2028. Nous sommes par exemple résolus à garantir le droit à un niveau de vie décent des personnes âgées et à encourager et renforcer leurs relations avec leur famille et leur communauté. Parmi les mesures adoptées figurent notamment un système de pension sociale assurant un revenu décent aux bénéficiaires et leur permettant de continuer à travailler sans que leurs pensions en soient diminuées.
Nous sommes en outre convaincus que les politiques sur le vieillissement devraient faire intervenir tous les acteurs de la société. Le Gouvernement de Chypre a travaillé pendant des années en partenariat avec les communautés et les organisations bénévoles en leur fournissant une assistance technique et financière. Un Corps de coordination pour les personnes âgées, représentant largement les organisations gouvernementales, privées et non gouvernementales est en place depuis 1996 alors qu’un Corps intergouvernemental de haut niveau s’assure que les politiques des déférents départements sont bien coordonnées. Le vieillissement est un processus de toute une vie, qui ne concerne pas seulement les personnes âgées. Une condition préalable cruciale demande qu l’on rejette la notion dominante qui considère les personnes âgées comme un groupe homogène plus dépendant que les autres. Nous devons développer une image positive de la vieillesse.
Mme CECILIA BLONDET, Ministre de la promotion de la femme et du développement humain du Pérou : Au Pérou, une décennie d’autoritarisme a plongé le pays dans une profonde crise institutionnelle et nous a laissé un Etat extrêmement affaibli. Nous sommes heureusement aujourd’hui dans une période de renforcement de la démocratie et la lutte contre la pauvreté est la priorité absolue des programmes nationaux. La pauvreté, notre grand ennemi, touche 53% de la population au Pérou et le vieillissement de la population ne saurait être envisagé séparément des politiques sociales et stratégies de développement visant à l’éradiquer. En cette phase de transition et de consolidation de l’état de droit, le principal indicateur relatif à la population que le Pérou cherche à intégrer dans ses programmes de développement est la qualité de la vie, et non les taux de natalité ou les indices de vieillissement. L’amélioration de la qualité de la vie passe par la garantie de l’accès à l’emploi et aux services de base indispensables à la réalisation individuelle et collective. Le lancement récent au Pérou d’un Plan national d’égalité des chances va dans ce sens.
Le processus de vieillissement de la population génère de nouvelles demandes sociales et des soucis constants pour les autorités du pays et ce, d’autant plus que le niveau d’éducation des personnes âgées est faible, avec un taux d’analphabétisme de 35,7%, trois fois plus que la moyenne nationale. De plus, au Pérou, le vieillissement aggrave les inégalités de sexe; le fait que les femmes âgées n’aient pas bénéficié d’une scolarisation normale les condamne à la sphère domestique et les rend économiquement dépendantes. Le système de sécurité sociale ne couvre que 53,4% des personnes âgées, dont la majorité sont des hommes. C’est pourquoi, dans un souci d’équité sociale, un Plan national d’action a été élaboré afin de promouvoir l’utilisation du potentiel des personnes âgées et la pleine réalisation de leurs droits humains. Cette politique vise essentiellement à considérer les familles, dans leur sens large, comme responsables de l’attention aux personnes âgées. Elle vise également à promouvoir la solidarité entre les personnes âgées et à offrir des mécanismes d’insertion sur le marché du travail afin que les personnes âgées puissent contribuer de façon productive à la société.
Mme PAULETTE GUINCHARD-KUNSTLER, Secrétaire d’Etat aux personnes âgées : Non, la vieillesse n’est plus un fardeau. Elle n’est pas un fardeau pour les personnes qui vieillissent, lorsque ces personnes voient tous leurs droits reconnus. Elle n’est pas non plus un fardeau pour la société, mais au contraire une chance pour un développement social harmonieux et durable, si l’on sait utiliser les compétences des personnes vieillissantes et reconnaître le rôle économique, civil et social des personnes âgées. Aujourd’hui, nous devons d’abord nous préoccuper des conditions d’accès à des systèmes de santé et de soins de qualité, lutter contre les disparités existantes en matière d’espérance de vie, faire en sorte que l’accroissement de la longévité n’engendre pas une vieillesse à deux vitesses en opposant ceux qui ont accès aux médicaments et aux traitements coûteux et ceux qui subiraient la vieillesse. Nous nous fixons, dans le programme que nous allons adopter, des objectifs ambitieux en matière de protection sociale: la garantie des ressources minimales décentes pour les personnes âgées, l’extension de la sécurité sociale, la recherche de meilleures conditions de transparence et de viabilité pour les régimes de pension. En second lieu, il importe de préserver la dignité des personnes âgées grâce à la solidarité entre les générations; le contrat social qui unit les êtres humains leur commande de respecter ceux qui les ont précédés et à qui ils doivent beaucoup. Pour que nous ne connaissions pas à l’avenir de «guerre des âges» ou de fracture des âges, nous devons encourager tout ce qui contribue à lier les générations.
C’est en ce sens que nous Français, sommes attachés au régime de retraites par répartition parce qu’il constitue le socle d’un système de protection sociale équitable et durable. Nous devons aussi promouvoir le mouvement de disponibilité aux autres; aujourd’hui, de plus en plus de retraités, encore très actifs intellectuellement et physiquement, veulent participer à des actions de solidarité, notamment par l’intermédiaire d’associations de bénévoles: soutien scolaire et périscolaire, aide au démarrage d’entreprises, appui aux projets de coopération Nord-Sud… Cette tendance est appelée à se développer dans le monde. «Si l’adulte refuse au vieillard toute possibilité de communication en privant de sens ses paroles, ses gestes, ses appels, celui-ci s’enferme en lui-même, il désapprend le langage, il glisse hors de l’espèce humaine». Ainsi parlait Simone de Beauvoir il y a 40 ans, nous enjoignant de ne jamais perdre de vue ce devoir d’humanité.
En outre, nous devons cesser d’assimiler la vieillesse à la déchéance en associant la valeur de l’homme à sa capacité productive. Évitons que l’âge ne devienne un facteur d’exclusion du système productif et concilions, dans le cadre de nos législations nationales, deux exigences: il faut assurer le droit au travail des personnes vieillissantes, prévenir les départs précoces et en même temps affirmer un droit à la retraite, en fonction d’un âge légal qui ne soit pas un âge couperet. La participation des personnes âgées à la vie politique et sociale, aux instances de décision locales, régionales et nationales ne doit pas être octroyée: elle doit être posée comme un principe fondamental auquel toute personne a droit et auquel toute société doit souscrire. Enfin, les recommandations qui figurent dans le Plan d’action, sur l’intérêt de créer dans tous les pays des comités d’action nationaux sur le vieillissement, comportant une représentation de la société civile et des organisations de personnes âgées constituent un levier très important pour la constitution d’une société pour tous les âges.
M. LEE KYEONG-HO, Vice-Ministre, Ministère de la santé et de la sécurité sociale de la République de Corée : La population de la République de Corée est composée de 7,2% de personnes âgées. En 2019, ce taux sera de 14%. La croissance de la proportion de personnes âgées est plus importante dans notre pays que dans de nombreux autres pays développés. Face à cette situation, le Gouvernement coréen a mis en place des politiques en faveur des aînés qui visent à renforcer leur qualité de vie par l’amélioration, en particulier, des infrastructures sociales mises à leur disposition. L’assistance médicale aux personnes âgées fait partie d’un large plan national d’assurance sociale. Les personnes âgées pauvres peuvent notamment disposer de soins médicaux gratuits. Il existe en outre depuis 1988 un système national de pensions de retraite. Le Gouvernement a également mis en place des mesures facilitant l’accès des personnes âgées aux activités de loisir. Les personnes âgées sont elles-mêmes parties prenantes de ces initiatives puisque certaines organisations dans lesquelles elles sont regroupées ont mis en place, par exemple, des clubs et des associations sportives.
La République de Corée encourage les soins à domicile pour les personnes âgées souffrant de démence ou de paralysies. L’accès aux nouvelles technologies de l’information est également encouragé afin d’aider les personnes âgées à relever les défis posés par le XXIe siècle. Enfin, les personnes âgées doivent être considérées comme des individus actifs pouvant contribuer au bien-être de la société.
M. PETRE CIOTLOS, Ministre délégué chargé du travail et de la sécurité sociale de la Roumanie : Le système public de retraite est devenu un problème de politique économique et une priorité de la réforme du système de protection sociale dans son ensemble. Une réforme rapide est nécessaire. Le Gouvernement roumain a entamé cette réforme en prenant en considération, entre autres, l’incidence de l’inflation et de la hausse des prix sur les retraites. A présent, le projet de loi relatif à la retraite est presque terminé. Il est dans le droit fil de ceux mis en oeuvre dans les autres pays d’Europe centrale et orientale et est conforme aux recommandations de la Commission européenne.
Le Gouvernement a en outre adopté une législation pour promouvoir la cohésion sociale en stimulant la solidarité communautaire vis-à-vis des catégories les plus vulnérables. La Roumanie souhaite aussi faire intervenir des experts d’horizons différents permettant une approche globale du vieillissement qui doit faire référence aux facteurs médicaux, psychologiques et sociaux. La Roumanie souhaite utiliser la Classification internationale des maladies, infirmités et handicaps, récemment adoptée par l’Organisation mondiale de la santé comme cadre conceptuel et comme langage commun. Elle souhaite aussi promouvoir l’approche fonctionnelle afin d’explorer la possibilité d’analyser les différences entre les Etats dans le cadre d’une approche européenne plus globale. Elle souhaite notamment analyser l’impact des facteurs socioéconomiques et des facteurs liés à la santé à des stades précoces et de maturité de la vie humaine.
Mme INGJERD SCHOU, Ministre des affaires sociales de la Norvège : L’allongement remarquable de la durée de la vie dont nous sommes les témoins depuis 50 ans est la conséquence des progrès de la médecine, de la modernisation des services de santé, ainsi que de l’amélioration des conditions économiques et sociales. Le plan d’action qui doit être adopté à la fin de la semaine est d’une importance vitale pour poser les fondements d’une vieillesse saine et pour nous permettre à tous de travailler et de vivre indépendamment aussi longtemps que nous le souhaitons. Il est également important que nous soyons encouragés à travailler plus longtemps, car sinon nos sociétés feront face à de sérieux problèmes de manque de main-d’œuvre.
Il est en fait paradoxal que dans les pays riches, où les conditions de travail sont saines et où les corvées physiques ont pratiquement disparu, les personnes semblent privilégier un accès anticipé à la retraite. Nous devons nous atteler à changer cette situation. Nous devons également changer la vision que nous avons du vieillissement, car c’est un cercle vicieux. Les gens dans la force de l’âge ont une vision négative de personnes âgées et s’attendent à ce que ces personnes se retirent de la vie active et de la vie politique. Or la plupart des personnes sont encore très vigoureuses à l’âge de la retraite et elles constituent une ressource pour la société, pas un fardeau. Par ailleurs, nous avons proposé qu’un article soit ajouté à la déclaration politique qui sera adoptée par l’Assemblée; cet article porte sur les droits des personnes handicapées et sur l’accessibilité aux bâtiments, à l’information et à la communication. Cette question devrait aussi figurer dans le Plan d’action international.
M. HELENE RAJAONARIVELO, Madagascar : Bien que classé parmi les pays à population jeune, Madagascar figure parmi ceux dont le taux de personnes âgées de 60 ans et plus était de 9% en 1999 et sera de 19% en 2050. Notre Gouvernement a par conséquent pris des mesures adéquates dont l’objectif est d’adopter et de mettre en oeuvre une politique visant à garantir une meilleure qualité de vie aux personnes âgées. Dans le cas particulier de Madagascar, le problème de l’isolement des personnes âgées ne se pose pas encore pour la majorité d’entre elles car elles sont encore intégrées et respectées dans leur famille, leur communauté et toute la société. Malheureusement, la paupérisation généralisée provoque l’éclatement de la famille et l’isolement des personnes âgées. Pourtant, ces dernières représentent une richesse nationale importante.
Nous comptons sur la coopération internationale en matière de mise à disposition de ressources pour renforcer le rôle de la famille, protéger et conserver le rôle et le statut traditionnels de ses membres et élaborer des lois pertinentes. Il faut également établir un cadre institutionnel de mise en oeuvre, selon un processus participatif, d’un département ministériel chargé de la question avec le concours d’une équipe multidisciplinaire de consultants, la participation des ONG, de la société civile et de toutes les forces vives de la nation. Il est également important d’encourager les personnes âgées à se prendre en charge elles-mêmes avec l’aide de leur environnement immédiat rassemblé dans un groupement de tous les ménages voisins comprenant des personnes âgées. Il s’agit de créer une caisse commune de solidarité dont le financement pourrait provenir d’une contribution tirée d’une partie des revenus de chaque unité.
M. ENRIQUE SILVA CIMMA, Chili : Depuis 1995, une politique spécifique visant les personnes âgées est appliquée au Chili et a porté ses fruits. Cette politique réaffirme la nécessité impérieuse de promouvoir la participation des personnes âgées à la société et à son développement. L’activité des personnes âgées, dont 73% sont indépendantes et peuvent travailler dans plusieurs domaines, doit être stimulée. Par ailleurs, une Université du troisième âge a été créée afin de favoriser l’accès des personnes âgées à l’éducation, à la culture et à la connaissance.
En ce qui concerne les questions de santé des personnes âgées, le Gouvernement a fait en sorte que sur les 1,5 millions de personnes âgées que compte le Chili, 1 million reçoivent des soins gratuits. A cet égard, on a créé un aliment nutritif, dénommé «Les Années d’Or», qui contient des éléments nutritionnels indispensables aux personnes âgées. Certes, tous les problèmes ne sont pas résolus et nous restons préoccupés par la pauvreté et les inégalités de revenu entre les riches et les pauvres. Cependant, les problèmes afférents aux retraites et aux fonds de pension ont été considérés, les retraites des veuves réévaluées et certains revenus discriminatoires supprimés. Les suggestions et recommandations de cette Assemblée seront néanmoins utiles pour continuer à intégrer le vieillissement de la population dans les politiques nationales. A cet égard, le Chili se déclare disposé à accueillir une conférence régionale afin de contribuer à l’approfondissement de la prise de conscience collective en faveur des personnes âgées.
M. OMER HUSSAIN SABAA, Yémen : L’élimination de la pauvreté et la réduction des actes de violence contre les personnes âgées sont des objectifs complémentaires à la promotion des droits de l’homme. Nous approuvons dans leur ensemble les principes et mesures proposés dans les documents qui doivent être adoptés par l’Assemblée. Mon pays s’est engagé à respecter les droits de l’homme dont ceux de la personne âgée. De nombreuses institutions en faveur des personnes âgées ont été créées au Yémen. Nous avons légiféré sur leur protection et leurs droits.
Mon pays est en voie de développement, il fera tout ce qu’il peut dans la mesure de ses moyens pour protéger les personnes âgées. J’espère qu’un plan d’action révisé sera adopté et que ses objectifs pourront être atteints grâce aux volontés de coopération internationale. Nos ressentons douloureusement la situation vécue par les vieilles personnes palestiniennes humiliées de façon inhumaine et inacceptable.
Mme NICOLE ELISHA, Bénin : Les personnes âgées au Bénin sont environ au nombre de 600 000 soit 10% de la population. Être vieux au Bénin est un privilège car la personne âgée est le socle sur lequel repose la stabilité de la famille. La menace qui pèse sur celle-ci est le manque d’emploi, la perte d’emploi, la rémunération très faible, la dégradation des conditions de vie des actifs dont dépendent les personnes âgées. Le problème de l’emploi rémunérateur est donc alarmant.
Au Bénin, il y a plus de 21 associations visant à aider les personnes âgées à vieillir tout en restant actives. Le Gouvernement du Bénin a par exemple, à cette fin, élaboré une stratégie pour ses politiques de protection sociale qui prend en compte les personnes âgées. Les programmes d’ajustement structurel n’ont pas permis d’améliorer les conditions de vie de la population, encore moins celle des personnes âgées. Je voudrais lancer un appel à la communauté internationale et lui demander de soutenir le Bénin dans sa politique de protection des couches les plus vulnérables de la société et en particulier les personnes âgées.
M. TALAL MUBARAK AL-AYYAR, Ministre des ressources en électricité, en eau, des affaires sociales et du travail du Koweït : Les Etats arabes ont reconnu l’importance de préparer un Programme de travail international visant les personnes âgées et dont les caractéristiques les plus saillantes seraient les suivantes: soutenir l’établissement d’organisations non gouvernementales pour le bien-être des personnes âgées; accroître la prise de conscience relative aux questions du vieillissement de la population; améliorer les programmes de logement destinés aux personnes âgées; respecter les valeurs traditionnelles de solidarité sociale. Mentionnons à cet égard la participation efficace du Conseil de coopération du Golfe par l’organisation de forums, la réalisation d’études spécialisées et, dans les 20 dernières années, l’élaboration de régulations et de lois régissant le statut des personnes âgées.
Le Koweït espère que cette réunion condamnera les actions terroristes perpétrées par Israël contre les civils palestiniens. Au Koweït, l’engagement en faveur de la responsabilité envers les personnes âgées découle des préceptes de l’Islam, qui encourage la piété filiale à l’égard des anciens. Les honorer et leur assurer une existence décente rend hommage aux dons illimités effectués pendant leur vie. En outre, une Institution sociale pour le bien-être des personnes âgées a été établie en 1955; elle prend en charge les personnes âgées malades, dont les familles ne s’occupent pas, tout en encourageant les familles à leur rendre visite. Des centres ambulatoires de soins ont également été mis sur pied; ils permettent aux personnes âgées de rester dans leur famille et facilitent leur intégration sociale. Plus de 1 164 citoyens bénéficient de ces services. Enfin, des aides financières mensuelles sont versées aux personnes âgées afin de leur assurer un revenu stable et un niveau de vie décent.
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