POUR KOFI ANNAN, LA DEUXIEME ASSEMBLEE MONDIALE SUR LE VIEILLISSEMENT DOIT FAIRE SAVOIR QUE LES PERSONNES AGEES NE SONT PAS UNE CATEGORIE A PART
Communiqué de presse SOC/4587 |
Deuxième Assemblée mondiale
sur le vieillissement
1ère séance plénière
POUR KOFI ANNAN, LA DEUXIEME ASSEMBLEE MONDIALE SUR LE VIEILLISSEMENT DOIT FAIRE SAVOIR QUE LES PERSONNES AGEES NE SONT PAS UNE CATEGORIE A PART
Plusieurs pays, dont le Groupe des 77 et de la Chine, proposent la création
d’une institution des Nations Unies en faveur des personnes âgées
Madrid, 8 avril -- Le coup d’envoi de la deuxième Assemblée mondiale sur le vieillissement, qui se déroulera jusqu’au 12 avril prochain, a été donné, ce matin au Palais des congrès de Madrid, par le Secrétaire général des Nations Unies, M. Kofi Annan. D’ores et déjà, tous les mois, un million d’hommes et de femmes passent la barre des 60 ans et d’ici à 2050, on prévoit que le monde comptera plus de 2 milliards de personnes âgées, contre environ 600 millions aujourd’hui. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, la population mondiale comprendra alors un nombre beaucoup plus élevé de personnes de plus de 60 ans que de jeunes de moins de 15 ans. Le monde en développement verra à lui seul sa proportion de personnes âgées multipliée par quatre au cours de cette période.
Des chiffres augurant d’une véritable révolution démographique qui constituent selon M. Annan une raison pressante pour que cette deuxième Assemblée mondiale adopte un plan d’action permettant aux personnes âgées de poursuivre leur existence dans la sécurité et la dignité et de continuer à apporter leur contribution plus précieuse que jamais aux sociétés. Expliquant que le vieillissement n’est plus un phénomène affectant uniquement les pays développés et que toutes les sociétés, les institutions et les individus seront touchés, il a appelé les dirigeants réunis cette semaine à Madrid à adresser un message fort au monde entier et à élaborer un plan d’action lui faisant savoir que les personnes âgées ne constituent pas une catégorie à part. Ainsi que le Secrétaire général l’a posé clairement «nous vieillirons tous aussi, si nous en avons la chance!»
En somme, contribuer au bien-être des personnes âgées doit faire partie intégrante des Objectifs de développement fixés par la déclaration du Millénaire. Un point de vue partagé par le Président de la cinquante-sixième session de l’Assemblée générale des Nations Unies, M. Han Seung-Soo de la République de Corée, qui a estimé que les Objectifs de développement ne pourront être atteints sans l’intégration du vieillissement et des préoccupations des personnes âgées dans le cadre des politiques de développement et des stratégies d’élimination de la pauvreté. En cela, il a souhaité que l’Assemblée de Madrid fasse un jour figure de l’un de ses jalons les plus importants du développement mondial. Souhaitant la bienvenue aux participants avant l’ouverture de l’Assemblée, l’Infante d’Espagne Doña Cristina, nommée il y a plusieurs mois Ambassadrice de bonne volonté en
préparation de cet événement a, quant à elle, appelé les jeunes à être plus conscients de ce que la construction d’une société plus juste exige que l’on reconnaisse les progrès réalisés par les générations qui nous ont précédés et que l’on valorise leur expérience et leurs capacités. L’Espagne, en accueillant l’Assemblée sur le vieillissement, souhaite initier un débat novateur à cet égard, a-t-elle souligné. Quant à lui, le Président du Gouvernement du Royaume d’Espagne, M. José Maria Aznar, qui a été élu par acclamation Président de cette deuxième Assemblée mondiale sur le vieillissement, a expliqué que le défi que de nombreux pays doivent relever consiste à prévenir les possibles effets négatifs qui peuvent résulter du vieillissement. Les pays devront à cet effet promouvoir le «vieillissement actif» par le biais de politiques de prévention en matière de santé, d’apprentissage permanent et d’une vie professionnelle flexible, tout en reconnaissant le rôle pivot de la famille, puisque c’est en son sein que nous apprenons à apprécier les personnes pour ce qu’elles sont. Un accent sur la famille qui a également été mis par de nombreux intervenants ce matin, notamment le Président de la Guinée équatoriale, M. Obiang Nguema Mbasogo et le Président du Gabon, El Hadj Omar Bongo, qui ont expliqué que les mutations profondes et les difficultés économiques que rencontrent les pays en développement risquent de mettre ce système traditionnel de solidarité intergénérationnelle en péril et exigent donc des une forte réponse des pays eux-mêmes mais aussi de la communauté internationale dans son ensemble.
Un constat partagé par le Ministre des affaires étrangères du Venezuela, qui, au nom du Groupe des 77 et de la Chine, a estimé que la présente Assemblée donnait l’occasion d’appliquer au vieillissement les principes forts adoptés récemment à Monterrey en faveur du financement du développement. L’objectif pour tous doit être de rompre le cercle vicieux de la pauvreté, y compris chez les personnes âgées, et à cet effet, le Ministre a proposé la création en faveur des personnes âgées d’une institution similaire à l’UNICEF, le Fonds des Nations Unies consacré à l’enfance. Comme d’autres personnalités ce matin, le Vice-Président du Soudan, M. Moses Machar Kacuol, a dénoncé le fardeau implacable de la dette et proposé qu’une partie des remboursements dus à ce titre par les pays en développement soit convertie en ressources rendues disponibles pour que ces pays mettent en place des programmes sociaux et sanitaires, notamment à destination des personnes âgées.
Le premier Plan d’action sur le vieillissement adopté en 1982 à Vienne ayant été largement vu, ce matin, comme avant tout adapté aux besoins des pays développés, de nombreux appels ont été lancés pour que le Plan de 2002 corresponde cette fois-ci aux besoins et aux défis auxquels sont confrontées toutes les personnes âgées, en particulier celles vivant dans les pays en développement. S’exprimant en qualité de représentant du pays hôte ainsi que de l’Union européenne, le Ministre du travail et des affaires sociales de l’Espagne a insisté pour que le Plan d’action réaffirme la pleine protection et la promotion des droits de l’homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinction d’âge, ainsi que la possibilité pour les personnes âgées de continuer à contribuer de manière productive à la société, en remplissant leur rôle familial et communautaire mais aussi, si elles le souhaitent, en participant au marché du travail, y compris par la promotion de la formation continue et de formes flexibles de mise à la retraite. La plénière de l’Assemblée a, par ailleurs, élu 23 des 27 Vices-Présidents devant composer son Bureau. Elle a également désigné M. Juan José Lucas Gimenez (Espagne), Vice-Président ex-officio et M. Felipe Paolillo (Uruguay), qui a présidé aux travaux du comité préparatoire de l’Assemblée, Président de la Grande Commission. Le Rapporteur ainsi que les Vices-Présidents restants, seront élus à une date ultérieure. Le règlement intérieur, l’ordre du jour et l’organisation des travaux ont aussi été adoptés ce matin.
Outre les personnalités déjà nommées, la plénière de l’Assemblée a entendu des allocutions ce matin, du Président de l’Albanie et du chef du Gouvernement de la Principauté d’Andorre, ainsi que les ministres et hauts responsables des pays suivants: Ghana, Maurice, Sénégal, Guatemala, Argentine et Inde.
Le débat général se poursuivra cet après-midi à 15 heures.
Déclaration de bienvenue
Son Altesse Royale l’Infante d’Espagne, DOÑA CRISTINA, Ambassadrice de bonne volonté des Nations Unies pour la deuxième Assemblée mondiale sur le vieillissement : C’est un honneur pour nous, Espagnols, que d’accueillir cet événement mondial. Nous sommes conscients de ce que le vieillissement de la population constitue à la fois un défi auquel nous devons nous préparer et un potentiel dont nous devons tirer parti. L’Espagne, en accueillant l’Assemblée sur le vieillissement, a souhaité faire preuve de son intérêt pour les politiques d’intégration des personnes âgées et initier un débat novateur. Les personnes âgées représentent une force universelle qui peut transformer le futur, et cette transformation mondiale touchera les personnes, les familles, les communautés et tous les groupes sociaux. Aujourd’hui, nous devons nous préparer à ce nouveau défi et promouvoir des changements d’attitude face à cette «révolution démographique». Nous les jeunes, nous devons être conscients de ce que la construction d’une société plus juste exige que l’on reconnaisse les progrès réalisés par les générations qui nous ont précédés et que l’on valorise leur expérience et leurs capacités. En même temps, nous devons être capables de transmettre ces valeurs aux générations à venir. La solidarité intergénérationnelle est un cadre naturel de rencontre, d’apprentissage et d’échanges, qui profite à tous et aide à construire une société plus intégrée. Le vieillissement est une étape de développement des capacités des hommes et des femmes; les personnes âgées doivent être reconnues comme acteurs et citoyens à part entière de nos sociétés et bénéficier d’une pleine reconnaissance sociale.
Allocutions d’ouverture
M. KOFI ANNAN, Secrétaire général des Nations Unies : Les personnes âgées servent de lien entre le passé et le présent, et leur sagesse et leur expérience constituent pour la société des atouts très précieux. Nous nous réunissons aujourd’hui pour rendre hommage à la contribution des personnes âgées et pour élaborer une stratégie devant leur permettre de poursuivre leur existence dans la sécurité et la dignité. Une vie à laquelle, ils ont droit. Vingt ans se sont écoulés depuis l’adoption par la première Assemblée mondiale d’un Plan d’action mondial. Depuis lors, l’évolution du monde a été considérable. Ce qui est demeuré identique, c’est notre principal objectif: édifier une société pour tous les âges. Des raisons fondamentales et pressantes motivent le réexamen de la question. Le monde subit actuellement une transformation démographique révolutionnaire sans précédent. L’évolution extraordinaire de la pyramide des âges aura des incidences sur toutes les collectivités et institutions, et sur tous les individus. Le vieillissement n’est plus un phénomène affectant uniquement les pays développés et ce qui n’était qu’une note de bas de page au XXe siècle va devenir le thème dominant du XXIe siècle. Une telle révolution va présenter d’énormes défis dans un monde déjà en pleine mutation. Dans de nombreux pays développés, le maintien du système qui permettait d’assurer la sécurité du berceau jusqu’à la tombe est de moins en moins assuré. Par suite du vieillissement de la population active, les personnes âgées risquent de ne pas bénéficier de pensions et de systèmes de soins adéquats. Nous devons dès maintenant prendre les dispositions voulues et mettre au point un nouveau plan d’action sur le vieillissement adapté au XXIe siècle. Etant donné qu’une plus forte proportion de personnes âgées ont de plus grandes qualifications, vivent et demeurent en bonne santé plus longtemps, il nous faut reconnaître qu’elles peuvent constituer pour la société un atout plus important que jamais. En encourageant leur participation active à diverses activités et au développement, nous pouvons mettre à profit leurs talents et leur précieuse expérience. Les personnes âgées qui veulent et peuvent travailler devraient avoir la possibilité de le faire et toutes les personnes sans exception devraient pouvoir continuer à s’instruire pendant la durée de leur vie. Nous pouvons mobiliser la société pour renforcer la solidarité entre les générations et à combattre les abus, la violence, l’absence de respect et la discrimination dont les personnes âgées sont victimes. En assurant des soins de santé satisfaisants et abordables, nous pouvons aider les personnes âgées à demeurer indépendantes aussi longtemps que possible. De nouveaux engagements internationaux ont été pris aboutissant à l’adoption des Objectifs du Millénaire et contribuer au bien-être des personnes âgées doit faire partie intégrante de ces objectifs. En outre, la révolution des technologies de l’information et la prise de responsabilités de la société civile sont en train de transformer le monde. Il est possible de former et de renforcer les partenariats nécessaires pour édifier une société pour tous les âges. Les gouvernements doivent s’y employer en faisant appel à des coalitions regroupant tous les acteurs de la société, les ONG, le secteur privé, les organisations internationales, les éducateurs et les professionnels de la santé et bien entendu les associations de personnes âgées.
Compte tenu des opportunités qui s’offrent, je suis convaincu que vous adresserez un message fort et ne ménagerez aucun effort pour mener à bonne fin les négociations touchant l’élaboration du Programme d’action. J’espère que vous ferez ainsi savoir au monde que les personnes âgées ne constituent pas une catégorie à part. Nous vieillirons tous aussi, si nous en avons la chance. Ne considérons donc pas qu’il s’agit d’un groupe distinct, mais que nous en ferons partie. Enfin, je vous ferai un aveu, c’est aujourd’hui mon soixante-quatrième anniversaire et pour reprendre une chanson des Beatles, je vous pose la question: aurez-vous besoin de moi lorsque j’aurai 64 ans? J’espère que la réponse est affirmative, que l’on prendra soin des personnes âgées et que l’on aura besoin d’elles au XXIe siècle.
M. HAN SEUNG-SOO, (République de Corée) Président de la cinquante-sixième session de l’Assemblée générale des Nations Unies : Le 21ème siècle est témoin d’une révolution démographique sans précédent; tous les mois, un million d’hommes et de femmes, dont les trois quarts dans le monde en développement, passent en effet la barre des 60 ans. Dans les années qui viennent, le vieillissement de la population constituera une force universelle qui, au même titre que la mondialisation, façonnera notre avenir. Certes, il y a 20 ans, le Plan d’action international sur le vieillissement adopté par la première Assemblée a contribué à éveiller les consciences et a amené certains pays à établir des mécanismes de coordination nationale de soutien aux personnes âgées. Cependant, au contraire d’autres questions mondiales comme l’environnement ou l’éradication de la pauvreté, le vieillissement de la population n’a pas reçu l’attention qu’il mérite de la part de la communauté internationale. Notre tâche, ici à Madrid, est de réviser et d’élaborer un plan d’action international tenant compte des tendances mondiales ayant un impact sur le vieillissement. Les objectifs définis dans la Déclaration du Millénaire ne pourront être atteints sans l’intégration des personnes âgées et de la prise en compte de leurs préoccupations dans le cadre des politiques de développement et des stratégies d’éradication de la pauvreté. Les compétences, l’expérience et les connaissances des personnes âgées devraient être mises à profit pour promouvoir le développement des capacités humaines et soutenir la croissance économique; ceci est d’autant plus important dans l’économie du XXIe siècle fondée sur la connaissance. Tous les gouvernements doivent intégrer le vieillissement dans la planification des politiques nationales et dans la mise en œuvre du Plan d’action international. La santé, le logement, la garantie d’un revenu et la pleine participation des personnes âgées à la société doivent constituer les priorités. Les sévices, la discrimination et la violence contre les personnes âgées doivent être, une fois pour toutes, éliminés. En tant que Président de l’Assemblée générale, je demande à tous les Etats Membres d’unir leurs efforts afin de bâtir une société pour tous les âges. Certes, nous ne sommes qu’au début de ce long voyage, mais je souhaite qu’un jour nous puissions regarder en arrière et identifier la Conférence de Madrid comme l’un de ses jalons les plus importants.
Echange de vues général
M. MARC FORNÉ MOLNÉ, Chef du Gouvernement d’Andorre : La Principauté d’Andorre suit de près les tendances internationales en matière de vieillissement de la population et tente d’approfondir la connaissance de ce phénomène afin de définir de nouvelles politiques permettant d’améliorer le bien-être des personnes âgées. C’est pourquoi nous avons intégré dans notre politique sociale les Principes des Nations Unies en faveur des personnes âgées adoptés par l’Assemblée générale des Nations Unies le 16 décembre 1991. En 1999, durant la célébration de l’Année internationale des personnes âgées, la Principauté d’Andorre a conduit une étude sur les personnes âgées afin de connaître et de comprendre quelles sont leur situation, leurs caractéristiques et leurs conditions de vies. Suivant le principe du « vieillissement actif », la Principauté d’Andorre reconnaît l’importance du Plan d’action international sur le vieillissement de la population.
Les principes généraux de ce Plan appliqué aux personnes âgées d’Andorre sont, entre autres, la définition des droits et des devoirs des personnes âgées, la co-responsabilité de l’individu, de la famille et de l’Etat pour assurer leur bien-être, la solidarité sociale et le renforcement des attitudes intergénérationnelles. Il faut également donner la priorité aux actions à caractère préventif, favoriser la pleine autonomie des individus et de leurs familles et définir des programmes et des actions transversaux centrés sur les besoins réels des personnes âgées. Dans ce contexte, Andorre a défini une série de programmes et de projets centrés, notamment, sur la prévention pour assurer le maintien de la santé et du bien-être des personnes âgées, sur une attention particulière aux personnes en situation de grande dépendance, sur une participation, une protection de leurs droits et sur le développement d’une solidarité face au phénomène du vieillissement.
EL HADJ OMAR BONGO, Président du Gabon : La première Assemblée mondiale sur le vieillissement, tenue à Vienne en 1982, a révélé au monde entier la nécessité pour les Etats d’adopter un plan d’action et une stratégie à long terme en matière de vieillissement. Au terme de 20 ans d’engagement, nous voici à l’heure du bilan. Celui-ci fait ressortir les difficultés qu’ont les Etats dans leur ensemble, mais plus particulièrement des pays comme le Gabon, à satisfaire pleinement les besoins engendrés par le vieillissement, malgré les efforts importants déjà engagés. De tout temps, la personne âgée a occupé une place importante dans la société africaine, la personne âgée étant considérée traditionnellement comme une richesse et non comme un fardeau. Mais aujourd’hui nos sociétés sont en pleine mutation et les campagnes se vident, les valeurs de solidarité sont mises à rude épreuve et les personnes âgées se retrouvent souvent isolées des membres de leur famille. L’allongement de la durée de vie traduit certes une amélioration des conditions de vie de nos populations. Mais elle pose aussi le problème lié à leur vieillissement. C’est pourquoi, le Gabon s’est lancé depuis 1983 dans un vaste programme de protection sociale des personnes économiquement faibles, parmi les quelles les personnes âgées constituent une catégorie importante. Une institution de sécurité sociale a par exemple été créée à leur intention.
Mais tous les efforts que nous déployons ne peuvent atteindre leur objectif, nos pays étant soumis à une forte pression par un ensemble de problèmes économiques, d’investissements et d’équipement. Dans le même temps, le remboursement de la dette extérieure atteint un niveau absurde, absorbant à lui seul la moitié de notre budget. L’Etat a le devoir d’actionner les mécanismes de solidarité au sein de la société, de promouvoir les valeurs fondamentales de la démocratie et les droits fondamentaux de l’homme. Mais le développement durable auquel nous aspirons tous ne pourra se réaliser avec la marginalisation d’une catégorie de population. La mise en œuvre des politiques novatrices pour l’avènement d’une société pour tous les âges passe essentiellement par la lutte contre la pauvreté qui nécessite elle-même des moyens financiers destinés à la réintégration des groupes marginalisés. Le Gabon est prêt à participer, avec la communauté internationale, à toute nouvelle initiative en vue d’améliorer les conditions des personnes âgées. Parce qu’elles redonnent à la personne âgée la place qui lui revient dans la société, les orientations définies dans le Plan d’action révisé retiennent toute notre attention et obtiennent notre engagement en vue de leur réalisation.
M. REXHEP MEIDANI, Président de la République d’Albanie : Le 20 mars dernier, la Cour suprême des Etats-Unis s’est trouvée devant un dilemme relatif au préjugé d’âge quant à l’emploi. Le cas en question, qui concernait un groupe de travailleurs mis à pied par une société d’électricité en Floride, était lié à la discrimination fondée sur l’âge. Ce phénomène nouveau et délicat exige un examen exhaustif des trois révolutions qui sont en train de marquer le siècle que nous vivons: tout d’abord, la révolution de la dignité humaine, celle des Droits de l’homme et de la liberté humaine; deuxièmement, la révolution de la mondialisation qui va nécessairement redéfinir la signification de la souveraineté; troisièmement, les révolutions dans les domaines de l’information et de la biologie qui transforment radicalement le monde actuel, plus spécialement en rapport avec l’âge de l’homme. Aujourd’hui, la discrimination basée sur l’âge semble être un choix provisoire plutôt qu’une solution à long terme. Il s’agit d’un nouveau «produit non assimilé» des conjonctures et des structures économiques entièrement modifiées et des évolutions technologiques, d’une vision partielle liée à l’intérêt immédiat et au profit plutôt qu’aux perspectives de développement politique, économique et social. On ne saurait expliquer autrement le fait que, dans le cadre de l’Union européenne, 4 hommes sur 10 de plus de 55 ans ont actuellement cessé de travailler. Et alors qu’ils font des projets pour passer le temps libre, les autres travaillent pour couvrir le paiement de «vacances forcées» de ces homes qui auraient normalement toute l’expérience, l’énergie et la santé de continuer à contribuer par leur travail. De plus, pour de nombreux pays, se dessine clairement la difficulté sérieuse de financer et de couvrir les schémas de pensions, tout d’abord à cause des retraites anticipées et, deuxièmement, du fait de la croissance de l’âge moyen de la population. Les conséquences de ce phénomène nouveau deviennent visibles aussi bien à divers niveaux des structures des Etats et des économies que chez les corporations.
En Albanie, nous oeuvrons actuellement, de manière étudiée et graduelle, en vue de porter l’âge de la retraite, dans l’espace de 10 ans, à 65 ans pour les hommes et à 60 ans pour les femmes. C’est pour cette raison que nous essayons dès à présent d’introduire dans la formation scolaire les éléments principaux d’une éducation dans l’esprit du travail en équipe, de l’interaction et de l’adaptation pluridimensionnelle.
M. OBIANG NGUEMA MBASOGO, Président de la République de Guinée équatoriale : Dans la mesure où les personnes âgées constituent un patrimoine irremplaçable, il est indispensable d’adopter une stratégie et un plan global de développement social qui tiennent compte des problèmes qui leur sont spécifiques afin qu’elles continuent de contribuer au développement de la société. Il faut par conséquent identifier les problèmes concrets rencontrés dans chaque pays et faire une distinction entre ceux propres aux pays en développement et ceux des pays développés. Les formes modernes de la vie sociale, la sédentarisation, l’exode rural, en particulier des jeunes, la baisse de la natalité, la perte de la valeur du soutien familial et affectif ont en outre des conséquences directes sur la vie des personnes âgées.
Dans de nombreux pays développés, la cohésion sociale faiblit et l’hospice est souvent considéré comme une solution mais il a en fait pour conséquence de marginaliser les personnes âgées qui sont alors considérées comme des sujets inutiles. Dans les pays africains, les personnes âgées peuvent compter sur la famille. Cependant, la pauvreté et le manque d’infrastructures nécessitent de renforcer les politiques de santé et d’éducation. Dans ce contexte, la Guinée a mis en place un programme qui vise à développer une protection sociale pour les travailleurs afin que les prestations de retraite soient les mêmes pour tous étant donné leur faible possibilité d’épargne. En parallèle, la capacité de production devrait être augmentée mais les pays africains sont confrontés à une dette trop importante.
Alors que la communauté internationale est réunie aujourd’hui pour la construction d’un monde meilleur, la Guinée est très préoccupée par l’escalade de la violence au Moyen-Orient. Il faut par conséquent appeler les parties à prendre les mesures qui s’imposent pour la cessation des hostilités, et notamment l’application des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité. Nous proposons enfin à l’Assemblée d’établir un code des droits de la personne âgée et de créer un organisme international qui serait notamment chargé de l’application des recommandations du document final de cette deuxième Assemblée mondiale.
M. JUAN CARLOS APARICIO, Ministre du travail et des affaires sociales de l’Espagne, au nom de l’Union européenne et des pays associés : Nos politiques sociales et économiques restent liées à une structure démographique de type pyramidal; l’évolution démographique rapide exige une adaptation urgente. La «révolution silencieuse» prend place dans le cadre de changements politiques, économiques, sociaux, environnementaux et culturels; elle s’accompagne de changements épidémiologiques considérables, tels que la prévalence de maladies chroniques et non transmissibles. Pour ces raisons, le vieillissement doit être placé au centre de toutes les stratégies de développement, et plus
particulièrement des stratégies de lutte contre la pauvreté. L’Union européenne a été une des premières zones dans le monde à reconnaître les problèmes spécifiques d’une société «vieillissante» et à aborder cette question sous des angles multiples: l’assainissement des finances publiques, l’emploi, la protection sociale et le développement durable.
En ce qui concerne le Plan d’action international, l’Union européenne souligne le rôle important des Commissions régionales dans sa mise en œuvre. Elle réaffirme également son engagement en faveur de la pleine protection et de la promotion des droits de l’homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinction d’âge. Ce Plan doit par ailleurs réaffirmer que les personnes âgées ont la possibilité de continuer à contribuer de manière productive à la société, en remplissant leur rôle familial et communautaire mais aussi, si elles le souhaitent, en participant au marché du travail. C’est pourquoi il est essentiel de lutter contre toute forme de discrimination, de promouvoir la formation continue et les formes flexibles de mise à la retraite. D’ici à 2010, l’âge moyen de cessation d’activité aura augmenté de 5 ans dans les pays de l’Union européenne. En outre, l’allongement de la vie active ainsi que l’augmentation de l’emploi sont des mesures qui peuvent aider à atteindre la viabilité future des systèmes de retraite. Il importe enfin que le Plan d’action international reconnaisse le rôle clef des familles, des communautés, des organisations de personnes âgées et des autres organisations communautaires, comme complément à l’action publique et qu’il intègre la perspective de l’égalité homme-femme comme une question transversale à tous les autres thèmes.
M. LUIS ALFONSO DAVILA, Ministre des affaires étrangères du Venezuela, s’exprimant au nom du Groupe des 77 et de la Chine : Vingt après la première Assemblée mondiale sur le vieillissement de Vienne, il faut nous demander ce que nous avons atteint. Et la réponse, c’est qu’il nous a manqué une politique d’action plus énergique face au vieillissement des populations, plus particulièrement dans les pays en développement. Ces pays sont conscients que les recommandations de Vienne étaient surtout adaptées aux besoins des pays développés. Il faut donc que le Plan de 2002, qui sera adopté à la fin de la semaine, corresponde aux besoins et aux défis auxquels sont confrontées toutes les personnes âgées, en particulier celles vivant dans les pays en développement. En fait, la présente Assemblée mondiale nous donne l’occasion d’appliquer au vieillissement les principes forts adoptés à Monterrey s’agissant du financement du développement. Pour relever tous les défis du XXIè siècle, il nous faudra des institutions bien adaptées. C’est à cet effet, que le Président Chavez a proposé lors de la Conférence de Monterrey la création d’un Fonds humanitaire international qui permettrait de rompre le cercle vicieux de la pauvreté, y compris chez les personnes âgées, et pourrait être alimenté par un faible pourcentage des remboursements dus par les pays en développement au titre de la dette extérieure. C’est aussi dans la même perspective que le Groupe des 77 et la Chine proposent aujourd’hui que l’on envisage de créer en faveur des personnes âgées une institution similaire à l’UNICEF, le Fonds des Nations Unies consacré à l’enfance.
Compte tenu de la complexité des défis que présente le vieillissement, il est fondamental que les institutions chargées du développement, internationales aussi bien que nationales, intègrent pleinement cette question à leur action. La mondialisation et les obstacles commerciaux dont sont victimes les pays en développement ont en effet eu pour conséquences de réduire sensiblement les ressources destinées aux programmes sociaux, en particulier ceux en faveur des personnes âgées, dans ces pays. Il faut donc inverser cette tendance, si l’on veut garantir à toutes les personnes âgées l’égalité des chances où qu’elles se trouvent. Il faut aussi que les pays développés honorent leurs engagements en matière d’Aide publique au développement et de coopération internationale. Souvent la contribution des personnes âgées passe inaperçue et pourtant, surtout dans les pays en développement, elles apportent un appui décisif à leur famille. C’est particulièrement vrai des pays fortement atteints par l’épidémie du VIH/sida où les grands-parents s’occupent désormais de leurs petits-enfants orphelins ou des personnes malades. Il est aussi crucial que les personnes âgées du monde entier ait un accès satisfaisant aux services de santé, y compris les soins préventifs, et de protection sociale. Elles doivent avoir aussi la possibilité de continuer à participer activement et de manière productive à la société. Le Groupe des 77 et la Chine sont particulièrement préoccupés par la situation spécifique et vulnérable des femmes âgées. C’est pourquoi, ils estiment que toutes les politiques et programmes mis en œuvre doivent contenir une perspective sexospécifique afin de garantir que leurs besoins propres soient bien pris en compte. Tous ces éléments devront être refléter dans le Plan d’action de 2002 sur le vieillissement et les Etats Membres ont le devoir, à cet égard, de tout mettre en œuvre pour qu’ils parviennent à un compromis et assurent ainsi aux personnes âgées, surtout celles vivant dans des pays en développement, qu’elles vivent en bonne santé et dignement tout en contribuant au développement de leur pays.
M. MOSES MACHAR KACUOL, Vice-Président de la République du Soudan : Le monde est confronté à des crises de plus en plus graves et les inégalités mondiales se creusent entre les riches et les pauvres. A cela s’ajoute que certains pays, parmi les plus pauvres, sont confrontés au lourd fardeau de la dette; dans ces pays, le service de la dette absorbe des ressources qui devraient être consacrées au développement humain. La situation est encore plus difficile pour les pays les moins avancés (PMA), et pour cette raison, nous demandons aux pays donateurs de consacrer, comme ils s’y sont engagés, 0,7% de leur PNB à l’aide au développement, y compris 0,15% aux PMA. Au Soudan, le Gouvernement a mis en place des politiques nationales visant à mettre en œuvre les stratégies et plans d’action élaborés par les Nations Unies et relatifs au vieillissement et au développement social.
En effet, les personnes âgées sont pour nous considérées comme une véritable richesse: source d’affection, de stabilité, d’expérience, de générosité, d’histoire, elles représentent aussi une institution éducative dans la mesure où elles aident à former les nouvelles générations. La tradition de la famille élargie au Soudan fait de cette institution le pôle de toute politique sociale. Les personnes âgées ont aussi un rôle crucial d’intermédiaires dans la recherche de la paix, notamment dans le cadre des tribunaux locaux; ils sont les vecteurs de la justice sociale. Afin d’assurer leur bien-être matériel, des programmes de microcrédit sont spécifiquement destinés aux personnes âgées et une loi sera adoptée afin d’instituer un système unique d’assistance sociale. Cependant, afin que nous puissions consacrer davantage de ressources aux programmes à l’intention des personnes âgées, nous souhaitons qu’un Fonds international sur le vieillissement dans les pays en développement soit créé, ou que la dette des pays en développement soit annulée.
Mme CECILIA V.L. BANNERMAN, Ministre du développement de la main d’œuvre et de l’emploi du Ghana : Le taux de personnes âgées au Ghana s’élève à 8%, ce qui reflète l’augmentation de l’espérance de vie et qui est un résultat de l’amélioration des services de santé, d’éducation et de la technologie. Le vieillissement de la population est un sujet d’inquiétude pour notre Gouvernement dans la mesure où les groupes actifs économiquement vont devenir incapables de soutenir les groupes dépendants, et en particulier les personnes âgées. La modernisation, l’urbanisation et les migrations ont créé des distances sociales qui ont provoqué un nombre proportionnellement important de personnes négligées et isolées.
Réagissant aux défis posés par le vieillissement de la population, le Gouvernement du Ghana a développé en 1997 un Plan d’action national sur le vieillissement. La pauvreté, les déficiences en matière d’alimentation, de logement et d’accès aux services de santé ont été définis comme les problèmes majeurs auxquels sont confrontées les personnes âgées. Dans ce contexte, le rôle de la famille comme base de l’unité de la société a été reconnu comme un élément essentiel d’intégration sociale. Le Plan d’action national définit par conséquent les mesures à prendre pour appuyer les familles afin qu’elles continuent d’offrir une assistance aux personnes âgées. Le Gouvernement du Ghana déploie en outre des efforts pour développer des schémas de pensions appropriés et efficaces pour les personnes âgées. Cependant, étant donné les faibles ressources financières dont disposent les pays en voie de développement, une coopération internationale est indispensable, en particulier pour renforcer les structures de santé, d’éducation et pour développer la protection sociale.
M. SAMOULLAH LAUTHAN, Ministre de la sécurité sociale, de la solidarité nationale et du bien-être social des personnes âgées et de la réforme des institutions de la République de Maurice : Certains aspects du vieillissement sont inquiétants, notamment dans les pays les moins avancés qui ne peuvent pas relever seuls le défi que présente ce phénomène. Le problème doit donc être abordé sur le plan structurel et institutionnel et la réponse à apporter doit être complexe et multidimensionnelle. Il faut également envisager le vieillissement comme une source de richesse. Les personnes âgées sont en effet des éléments de préservation de l’unité dans la diversité. Elles ont rôle vital à jouer car elles servent de vecteur de transmission de la culture et des valeurs sociales.
La politique officielle de Maurice en faveur des personnes âgées reprend les principes de Vienne de 1982. Les activités de promotion des personnes âgées comptent notamment le renforcement de leur sécurité, de leur autonomie, de leur santé et de leurs conditions de vie. Un Fonds spécial pour le bien-être des personnes âgées a été créé ainsi qu’un Centre de loisirs et des institutions de bienfaisance. Cependant, Maurice n’a pas la capacité de mettre en oeuvre pleinement ses objectifs en matière de vieillissement et aucun plan d’action ne pourra couronner de succès sans une volonté et des moyens de traduire les intentions en actes. Nous lançons par conséquent un appel pour que le défi posé par le vieillissement en Afrique soit relevé par la mise à disposition de moyens substantiels.
Mme AMINATA TALL, Ministre du développement social et de la solidarité nationale du Sénégal : Le Sénégal, à l’instar de nombreux pays africains, est sujet à une augmentation considérable du nombre de la proportion des personnes âgées. Aujourd’hui en effet, les personnes âgées de 60 ans et plus, représentent 4,52% de la population en Afrique et selon les estimations, ce pourcentage passera à 11,32 % d’ici en l’an 2050. Dans notre pays, les projections de la Direction nationale de la prévision et de la statistique fixent d’ici à 2015 une proportion de la population âgée à 11%. C’est dire que le processus de vieillissement de la population sénégalaise s’engage progressivement et va en s’amplifiant. Le vieillissement s’impose donc au Sénégal comme un problème de société du fait d’une croissance démographique des personnes âgées estimée à 4%. Des difficultés en découlent, qui se posent toutefois moins en terme de poids démographique qu’en terme de désintégration du tissu social, de démantèlement des réseaux de solidarité communautaire et de pauvreté. La personne âgée jadis choyée et prise en charge par sa famille et la communauté est aujourd’hui de plus en plus victime de la conjoncture difficile source de précarité et d’insécurité sociale. Par ailleurs, nos systèmes de sécurité sociale mettent en marge près de 70% des personnes âgées. Celles-ci vivent ainsi une marginalisation économique exacerbée par une situation sanitaire précaire. Mais moins qu’un problème, nous envisageons le vieillissement comme une opportunité. L’initiative prise par notre pays au lendemain de la Première Conférence mondiale sur le vieillissement à Vienne d’organiser tous les ans une journée nationale de la personne âgée répond de ce souci. L’attribution de la tutelle administrative des personnes âgées au Département ministériel chargé du développement social et de la solidarité nationale est pour nous une invite adressée à l’ensemble de la communauté internationale. Au plan réglementaire, l’Etat a ainsi reconnu en la Fédération des associations de retraités et personnes âgées du Sénégal un interlocuteur privilégié. Au plan socioéconomique, le souci de dynamiser et de maximiser le rôle de des personnes âgées au sein de la société d’une part et de promouvoir leur protection économique et sociale et sanitaire d’autre part, est manifesté à travers diverses actions des pouvoirs publics. Des programmes et projets offrent des perspectives de prise en charge de certaines préoccupations des personnes âgées. Nous mûrissons l’idée d’intégrer des conseils de sage dans les collectivités locales. Nous encourageons la création au niveau local de cellules d’appui et d’aide aux personnes âgées. Le vieillissement de la population doit être pour nous l’occasion de tracer les voies d’une sensibilisation plus accrue axée non plus sur la personne stricto sensu mais sur la vulgarisation du principe de vieillir en restant actif et en bonne santé.
Mme ALEJANDRA FLORES, Directrice du Programme national pour les personnes âgées du Guatemala : Au Guatemala, le phénomène du vieillissement de la population intervient dans un contexte de grande précarité. C’est pourquoi, les efforts en faveur des personnes âgées doivent être fondés sur une définition appropriée de politiques publiques adéquates et sur le renforcement d’une législation fondée sur la nécessité d’améliorer leur qualité de vie et de tenir compte des différences culturelles, ethniques et linguistiques du pays. A cet égard, des avancées substantielles ont été réalisées au Guatemala, notamment en 2000 par l’intégration de la question des personnes âgées à la politique sociale définie pour la période 2000-2004.
Il est également indispensable de développer des stratégies nationales qui stimulent et rendent possible la participation des personnes âgées à la vie sociale afin, notamment, de renforcer les liens entre les générations et de faire participer cette catégorie de la population à la construction d’une identité guatémaltèque. Face à la quasi-inexistence d’information sur les besoins, les problèmes et les attentes des personnes âgées, le Gouvernement du Guatemala a commencé à mener des enquêtes sur le vieillissement de la population et ses conséquences sur la société. Les résultats de ces recherches doivent permettre de définir quelles sont les priorités afin de mettre en place des lignes d’action cohérentes et viables. Il faut également intégrer et renforcer les instances de coordination afin d’utiliser au mieux les ressources et développer des actions qui aient un impact positif sur la qualité de vie des personnes âgées. Afin de sensibiliser la société au phénomène du vieillissement, il est également indispensable de créer des espaces de communication qui favorisent leur participation à la vie de la communauté et de la société en général.
Mme SILVIA E. GASCON, Ministère du développement social de l’Argentine : Alors que les pays développés étaient riches quand ils ont commencé à vieillir, certains pays, dont l’Argentine, vieillissent dans la pauvreté. L’Argentine, plus qu’un pays pauvre, est un pays inégalitaire, une nation qui a conjugué, pendant les 10 dernières années, croissance économique et augmentation de l’exclusion sociale. En conséquence, les adultes qui ont vécu un processus d’ascension sociale dans les années 50, se trouvent dans leur vieillesse appauvris. Cette paupérisation est source de grandes souffrances, car ces personnes se voient fermer l’accès à des biens et des services qu’elles pouvaient auparavant obtenir. Les retraites et la couverture sociale diminuent progressivement, ce qui menace fortement la sécurité économique des retraités futurs. L’Argentine a entrepris de réformer l’Etat absent, fragile et fragmenté qu’elle a aujourd’hui, afin de construire un Etat moderne, ouvert, souple et ancré dans sa population, et visant à ce que les personnes exercent pleinement leurs droits à la participation citoyenne. La formation d’un Conseil fédéral des personnes âgées va dans ce sens.
En résumé, si l’Etat garantit un revenu minimum et une couverture de santé adéquate, si les familles jouent le rôle qui leur revient et qui ne peut être délégué, à savoir la satisfaction des besoins en affection et la défense des droits, si la société civile et le secteur privé reconnaissent les avantages du vieillissement pour le développement humain, si les personnes âgées elles-mêmes participent activement au contrôle des institutions qui gèrent leurs intérêts et revendiquent leurs droits, alors il ne restera qu’à établir une relation État-citoyen qui facilite le passage des personnes âgées du rôle classique de «bénéficiaire» à celui de protagoniste actif et de véritable citoyen intégré.
M. SATYA NARAYAN JATIYA, Ministre de la justice sociale et de la promotion sociale de l’Inde : Le Gouvernement d’Inde s’est engagé à fournir un environnement permettant d’atteindre les objectifs de sécurité émotionnelle et économique pour les personnes âgées. Du fait de notre tradition, le concept de foyer de personnes âgées est étranger à l’Inde. Cependant, la mondialisation et ses effets économiques provoquent une transformation invisible et silencieuse au sein des structures sociales. La fragmentation du réseau traditionnel familial mène à une dissolution de l’aide au sein de la famille proche et éloignée. La migration des jeunes générations des zones rurales vers les zones urbaines et d’un centre urbain à un autre ainsi que la migration transnationale ont pour conséquence l’isolement des personnes âgées au moment où elles ont besoin du soutien familial. Le Gouvernement de l’Inde a adopté la Politique nationale pour les personnes âgées, en 1999. Un Plan d’action de cinq ans pour la période 2000-2005 a été dressé. Reconnaissant que la sécurité financière est un des besoins des personnes âgées, le Gouvernement d’Inde a mis en place un projet national intitulé «Sécurité sociale et des revenus des personnes âgées» (OASIS) qui vise à établir un plan global pour la sécurité financière des travailleurs notamment de ceux ne bénéficiant d’aucun arrangement formel. Le Gouvernement couvre déjà environ 32 millions de travailleurs et leurs familles. Toutefois, il y a un besoin urgent d’atteindre tous ceux qui n’y ont pas encore accès. Le rôle des organisations non gouvernementales est crucial dans la promotion de l’assistance publique en faveur des personnes âgées. Le Gouvernement réalise que le vieillissement est un processus continu. Trouver l’équilibre entre les aspirations des jeunes et les droits des personnes âgées est la tâche ambitieuse de toute nation, particulièrement les nations à économies en transition comme l’Inde. Le Gouvernement de l’Inde a reconnu ces deux aspects. Alors que le problème des personnes âgées dépasse les frontières nationales, il y a cependant des différences à la fois dans les perceptions et les réalités actuelles d’une nation à une autre. Chaque Etat devra développer sa propre stratégie. Nous reconnaissons en même temps que le monde en vieillissement est un héritage commun et le XXIe siècle sera un tournant à cet égard. Le Gouvernement prévoit des mesures significatives pour l’amélioration de la condition des personnes âgées dans le 10e plan de cinq ans qui commence cette année.
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