IL N'Y A PAS DE STRATEGIE DE DEVELOPPEMENT EFFICACE DONT LES FEMMES N’EN SONT PAS UNE COMPOSANTE ESSENTIELLE, DECLARE M. KOFI ANNAN
Communiqué de presse FEM/1192 |
Journée internationale de la femme
IL N'Y A PAS DE STRATEGIE DE DEVELOPPEMENT EFFICACE DONT LES FEMMES N’EN SONT PAS UNE COMPOSANTE ESSENTIELLE, DECLARE M. KOFI ANNAN
Commémoration de la Journée internationale de la femme
en présence de la Première Dame des Etats-Unis et de la Reine Noor de Jordanie
Ouvrant ce matin les célébrations de la Journée internationale de la femme au Siège des Nations Unies, le Secrétaire général, M. Kofi Annan, a rendu hommage à la détermination des femmes afghanes qui, face aux privations et aux discriminations les plus cruelles, ont fait preuve d’un courage et d’une ingéniosité remarquables. Organisée depuis 1975 avec pour triple objectif de promouvoir l’égalité entre les sexes, le développement et la paix, la Journée a été organisée cette année sur le thème «Les femmes afghanes aujourd'hui: réalités et possibilités». Aux côtés notamment de la Première Dame des Etats-Unis, Mme Laura Bush, et de sa Majesté la Reine Noor de Jordanie, M. Annan a engagé la communauté internationale à permettre aux femmes afghanes de donner la pleine mesure de leurs possibilités, relevant qu’il n’existe pas de stratégie de développement effective dont les femmes ne soient pas une composante essentielle.
La Première Dame des Etats-Unis, Mme Laura Bush, rappelant que les enfants afghans prendront le chemin de l'école le 23 mars prochain, a souligné que l’éducation est l’investissement le plus important sur le long terme si l’on veut que la prospérité devienne une réalité. Les améliorations dans l’éducation des femmes ont en effet contribué largement au déclin de la malnutrition des enfants ainsi qu’à la baisse des taux de moralité infantile. Sa Majesté la Reine Noor de Jordanie a insisté sur le renforcement des capacités locales pour compenser les pertes de compétences et d’infrastructures. Elle a donné en exemple le modèle de développement pour le Moyen-Orient, élaboré il y a douze ans, qui intègre la santé, la participation des femmes à la prise de décisions, l’accès aux revenus, au microcrédit, à la formation à leurs droits civils et sociaux, et aux soins de santé, et qui a permis de renforcer la stabilité et la cohésion sociale.
Pour la Ministre de la condition de la femme d’Afghanistan et première femme ministre de son pays, Mme Sima Samar, dont la déclaration était lue par Mme Angela King, Conseillère spéciale pour la parité entre les sexes et la promotion de la femme, le succès de la reconstruction en Afghanistan exigera non seulement un plan bien défini et approprié mais surtout une participation active des femmes afghanes. Elle a indiqué qu’après sa nomination le 22 décembre 2001, son ministère était resté deux mois sans bureau, certains voulant se contenter de faire de ce ministère un symbole.
Outre les personnalités citées, M. Han Seung-soo (République de Corée), Président de l’Assemblée générale et M. Ole Peter Kolby (Norvège), Président du Conseil de sécurité ont pris la parole au cours de la cérémonie d’ouverture. Mme Sima Wali, Présidente de l’ONG “Refugee Women in Development”; M. Othman Jerandi (Tunisie), Président de la Commission de la condition de la femme; Mme Thoraya Ahmed Obaid, Directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) et Mme Julia Taft, Administrateur assistant et Directeur du Bureau pour la reconstruction et la prévention des crises du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) ont ensuite participé à la table ronde. Mme Charlotte Abaka (Ghana), Présidente du Comité pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes (CEDAW), a, pour sa part, lu la déclaration de solidarité en faveur des femmes afghanes adoptée lors de la dernière session du Comité.
En début de séance, un bref documentaire sur les écoles en Afghanistan a été projeté.
"LES FEMMES AFGHANES AUJOURD'HUI: RÉALITÉS ET POSSIBILITÉS"
Déclarations liminaires
M. KOFI ANNAN, Secrétaire général des Nations Unies, a rappelé que, depuis plusieurs années, la situation des femmes afghanes interpelle, non sans raison, la conscience du monde. Notre dévouement à leur cause, a-t-il souligné, devrait nous conforter encore dans notre détermination à relever les défis auxquels les femmes et les filles doivent répondre partout dans le monde. S’arrêtant sur quelques domaines qui constituent des priorités sur le plan mondial, le Secrétaire général a expliqué que, sur plus de 100 millions d’enfants non scolarisés, la majorité sont des filles. Sur plus de 800 millions d’adultes illettrés, la majorité sont des femmes. Le VIH/sida se répand parmi les femmes et les filles à une vitesse alarmante et intolérable. Partout où un conflit violent éclate, ce sont souvent les femmes et les filles qui sont les premières victimes. La violence à l’égard des femmes, surtout au sein de la famille, est une véritable épidémie mondiale, la traite des femmes et des filles est la forme de criminalité organisée qui connaît la plus forte progression. Le travail des femmes reste sous-estimé et sous-payé, lorsqu’il est rémunéré et presque dans tous les pays, les femmes continuent d’être sous-représentées aux postes de décision.
Il y a 18 mois, a rappelé le Secrétaire général, les dirigeants politiques du monde entier en adoptant la Déclaration du Millénaire ont décidé de promouvoir l’autonomisation et l’éducation des femmes «en tant que moyen efficace de combattre la pauvreté, la faim et la maladie, et de promouvoir un développement réellement durable». La même année, le Conseil de sécurité a adopté la résolution 1325 (2000), qui reconnaît le rôle crucial joué par les femmes dans la paix et la sécurité. Les études montrent les unes après les autres qu’il n’existe pas de stratégie de développement effective dont les femmes ne soient pas une composante essentielle. De même, si les femmes doivent être protégées des conséquences des conflits armés, elles doivent aussi être reconnues comme jouant un rôle essentiel dans la recherche d’une solution. Nous devons nous efforcer davantage de les faire participer pleinement à toutes nos stratégies de rétablissement et de consolidation de la paix et de reconstruction. De plus, la Charte des Nations Unies proclame l’égalité des droits des hommes et des femmes. Sur cette planète, toute femme, où qu’elle vive, a exactement les mêmes droits que tout homme.
Le Secrétaire général a rendu hommage à la détermination des femmes afghanes qui, face aux privations et aux discriminations les plus cruelles, ont fait preuve d’un courage et d’une ingéniosité remarquables. À l’heure actuelle, les femmes afghanes, avec le soutien du monde, réaffirment leurs droits – en particulier celui de jouer un rôle actif à tous les niveaux de la société et celui de participer à chaque étape de l’instauration de la paix et du développement dans leur pays. Aujourd’hui, à Kaboul, les femmes afghanes ont marqué cette Journée par la présentation d’un cadre commun et d’un programme d’action national, définis au cours d’une consultation qui a rassemblé cette semaine des femmes de toutes les composantes de la société afghane. Nous devons écouter attentivement leur message – parce qu’il faut aux femmes d’Afghanistan plus que des manifestations de
solidarité. Pour donner la pleine mesure de leurs capacités, elles ont besoin d’une aide concrète. Il faudra construire plus d’écoles et les équiper, former plus d’enseignants et les rémunérer si on veut garantir à chaque fille afghane le droit à l’éducation. Et les hommes devront apprendre que chaque femme a le droit de vivre dans un environnement sûr, sans violence ni discrimination ni mauvais traitement. Agissons avec la conviction que l’amélioration de la condition des femmes est un bienfait dont les femmes ne sont pas les seules à tirer profit: c’est un bienfait pour nous tous, a conclu M. Annan.
M. HAN SEUNG-SOO (République de Corée), Président de l’Assemblée générale, a estimé que la réunion d’aujourd’hui témoigne de l’engagement des Nations Unies en faveur de l’égalité des sexes, du renforcement du rôle de la femme dans tous les domaines et de la promotion de ses droits humains. Il a ensuite salué les initiatives prises par la Première Dame des Etats-Unis, Mme Laura Bush, dans ce domaine. Evoquant les femmes afghanes, à qui cette Journée est consacrée, il a rappelé que, pendant les vingt années de conflit armé, elles ont fait preuve d’une patience, d’un courage et d’une persévérance sans borne. Elles ont survécu à des années de souffrance et de privations, exacerbées par les discriminations fondées sur le sexe d’un régime brutal. Le Président de l’Assemblée s’est dit convaincu que, dans l’Afghanistan post-taliban, les femmes allaient devenir des acteurs de premier plan, capables d’identifier leurs propres besoins et priorités.
La communauté internationale doit continuer d’encourager l’Administration intérimaire du pays à renforcer le pouvoir des femmes afghanes en tant que partenaires de la reconstruction. Les donateurs doivent également inscrire, en tête de leur ordre du jour, la promotion et la protection des droits humains de femmes et des fillettes d’Afghanistan, notamment en leur garantissant un accès égal à l’éducation. Alors que nous nous engageons à oeuvrer ensemble en faveur du renforcement des pouvoirs de la femme, l’amélioration du sort de la femme afghane est l’une de nos priorités absolues, a-t-il ajouté.
M. OLE PETER KOLBY (Norvège), Président du Conseil de sécurité, a rappelé, que sans sécurité pour les femmes, il n’y aura pas de sécurité du tout, mais il faut de la ténacité et de la volonté pour y arriver. Le Conseil de sécurité, a-t-il assuré, est prêt à travailler avec d’autres pour renforcer le rôle de la femme dans la société et favoriser la prévention des conflits. Le Conseil reconnaît de plus en plus le lien entre l’égalité des sexes et la paix. Il a rappelé à cet égard la résolution 1325 d’octobre 2000, qui demande que tous les efforts soient déployés pour assurer la parité. Des progrès ont été déjà réalisés: un plan de mise en oeuvre a été ainsi mis au point au sein des Nations Unies pour assurer la parité; un plan particulier concerne le maintien de la paix, assurant la formation du personnel du Département des opérations de maintien de la paix et des missions aux questions de parité. Mais il reste beaucoup à faire, a ajouté M. Kolby, citant en particulier la situation des femmes en Afghanistan. Le Conseil a déjà exprimé son ferme appui au peuple de ce pays, à la formation d’un gouvernement le plus largement représentatif, multiethnique et très respectueux de l’égalité des sexes. Le Conseil, a-t-il souligné, a insisté sur la participation des femmes à ces efforts et sur la nécessité d’assurer leur sécurité. Il faut éviter que les droits des femmes soient bafoués, ce qui exige leur intégration à la direction des affaires du pays, a-t-il estimé.
Mme LAURA BUSH, Première Dame des Etats-Unis, a fait part de sa solidarité avec le peuple -femmes et hommes- afghan, qui a souffert pendant des années sous le régime des Taliban. Elle a ajouté que les évènements du 11 septembre ont galvanisé la communauté internationale et les peuples du monde entier suivent désormais de très près le rôle que jouent les femmes dans leur société. Aujourd’hui, le monde aide les femmes afghanes à reprendre le cours normal de leur existence. Mme Bush a rappelé que les femmes afghanes contribuent de façon importante à la société afghane. Elles ont acquis le droit de vote dès 1920. Elles étaient médecins, enseignantes, avocates. Le temps est aujourd’hui à la reconstruction et des opportunités inégalées se présentent maintenant grâce aux efforts déployés par les Nations Unies, les Etats-Unis, l’Administration intérimaire afghane et nos alliés dans le monde. Les efforts que déploient actuellement les Etats-Unis témoignent d’un engagement sur la durée. Notre pays est le plus grand donateur en faveur de l’Afghanistan. Depuis très longtemps, il appuie les efforts humanitaires des Nations Unies et continuera de le faire. Nous avons accordé 1,5 million de dollars pour aider les femmes afghanes à travailler et à faire vivre leurs familles. De nombreuses femmes sont désormais chefs de famille, ayant perdu leur époux au cours de ce conflit qui dure depuis 23 ans. Les femmes, les enfants et les veuves qui avaient dû trouver un abri dans des camps de réfugiés regagnent maintenant leurs foyers.
Les Etats-Unis ont fourni une aide au retour à 150 000 personnes et nous nous sommes engagés à allouer plus de 50 millions de dollars pour financer des projets relatifs à la santé, à l’éducation et à l’hygiène, a précisé Mme Bush. Les enfants américains ont envoyé plus de 4 millions de dollars en nourriture, vêtements et jouets aux enfants afghans grâce au Fonds américain pour les enfants afghans. L’éducation constitue un domaine d’activité prioritaire si l’on veut que la prospérité devienne une réalité. Les améliorations dans l’éducation des femmes ont en effet contribué largement au déclin de la malnutrition des enfants ainsi qu’à la baisse des taux de moralité infantile. Mme Bush a indiqué que, dans deux semaines, les fillettes et garçons afghans retourneront à l’école, beaucoup d’entre eux pour la première fois. Les Etats-Unis, par le biais d’un certain nombre de projets, se sont engagés à aider le peuple afghan à redévelopper leur système éducatif. L’éducation est l’investissement le plus important sur le long terme. Aujourd’hui, alors que nous célébrons la Journée internationale de la femme, nous réaffirmons notre mission qui est de protéger les droits fondamentaux des femmes en Afghanistan et dans le monde entier. Cet engagement ne doit pas cesser si nous voulons construire un monde pacifique, prospère et stable. Ensemble, les Etats-Unis, les Nations Unies et nos alliés prouveront que les forces de la terreur ne pourront arrêter l’élan de la liberté, a souligné la Première Dame des Etats-Unis.
Mme ANGELA KING, Conseillère spéciale pour la parité entre les sexes et la promotion de la femme, a lu une déclaration au nom de Mme SIMA SAMAR, Ministre de la condition de la femme d’Afghanistan et première femme ministre de son pays. Au moment où nous célébrons la Journée internationale des femmes, les femmes afghanes peuvent enfin espérer retrouver leurs droits, les femmes et fillettes sortent de l’obscurité, mais avant d’y parvenir, elles auront besoin de beaucoup d’appui. En tant que Ministre de la condition de la femme, elle a espéré pouvoir guérir une part des blessures. Avec la guerre, les femmes ont vu leurs foyers détruits, leurs fils et leurs maris tués, leurs souffrances ont été inimaginables.
Le succès de la reconstruction en Afghanistan, a fait remarquer Mme Samar, exigera non seulement un plan bien défini et approprié mais surtout une participation active des femmes afghanes. Elle a indiqué qu’après sa nomination le 22 décembre 2001, son ministère était resté deux mois sans bureau, certains voulant se contenter de faire de ce ministère un symbole. Ceci ne peut contribuer à résoudre les problèmes des femmes, a-t-elle fait valoir. En outre, sans pouvoir garantir la sécurité, nous ne pouvons pas faire grand chose et c’est pourquoi, nous espérons que la communauté internationale n’oubliera pas notre pays, qu’elle tiendra ses nouvelles promesses, assistera à la restauration du système économique du pays et apportera son soutien aux femmes et fillettes pour leur permettre de reconstruire leur vie.
Table ronde
Sa Majesté LA REINE NOOR DE JORDANIE, a expliqué que la priorité de la communauté internationale devrait viser à permettre aux femmes afghanes de participer pleinement à la vie sociale, économique et culturelle du pays et d’acquérir leur autonomie. Il faut également garantir leur droit à la sécurité, à la santé et à l’éducation. Le 23 mars prochain, les filles afghanes prendront le chemin de l’école, certaines pour la première fois. La promotion de la participation des femmes n’est pas une tâche aisée, surtout en dehors des zones urbaines, qui ne peut pas uniquement reposer sur des modifications législatives. Les localités doivent jouer un rôle accru. Il faut en outre améliorer et appuyer les activités des organisations non gouvernementales. La Reine Noor a rappelé que selon les principes directeurs de l’UNESCO, le cadre de reconstruction et d’appui des partenaires extérieurs doit être défini par le peuple afghan lui-même. Il faut privilégier les initiatives et capacités locales pour compenser les pertes de compétences et d’infrastructures.
La Reine Noor a évoqué le modèle de développement pour le Moyen-Orient, élaboré il y a douze ans, qui intègre la santé, la participation des femmes à la prise de décisions, l’accès aux revenus, le microcrédit, la formation à leurs droits civils et sociaux, et l’accès aux soins de santé. Plus de 70 % des bénéficiaires sont des femmes qui assurent 90 % du taux de remboursement des microcrédits. En tant que modèle de développement durable, ces programmes renforcent la stabilité sociale et la cohésion. Mais la réalisation de ces objectifs exige une coopération internationale importante. Les femmes de l’Afghanistan attendent une aide concrète.
M. OTHMAN JERANDI (Tunisie), Président de la Commission de la condition de la femme, a expliqué que, depuis 1998, les graves violations des droits fondamentaux des femmes et des fillettes afghanes, en particulier dans les zones placées sous le contrôle des Taliban ont constitué une source de préoccupation importante pour la Commission. Celle-ci a mis en lumière à plusieurs reprises les restrictions aux libertés de mouvement imposées aux femmes, le harcèlement et les violences dont elles sont victimes. La Commission a appelé instamment toutes les parties, en particulier les Taliban, à agir conformément au droit humanitaire international et au principe du respect des droits de l’homme et à mettre un terme à toutes les violations des droits de l’homme commises contre les femmes et les fillettes. La Commission n’a pas seulement condamné ces violations mais elle a également appelé la communauté internationale à aider la femme afghane et à accorder une attention particulière à la promotion et à la protection des droits de la femme et de la fillette afghanes.
L’année a fourni une occasion inégalée à la Commission de fournir une aide aux femmes afghanes qui revendiquent le droit de jouer un rôle dans la reconstruction du pays. L’Afghanistan connaît un moment unique de son histoire. Les femmes afghanes doivent pouvoir jouir à nouveau de leur droit au travail, à l’éducation, à la sécurité de leur personne, à la liberté de mouvement, d’association et d’expression. Il est essentiel que les stratégies de reconstruction du pays privilégient la pleine participation des femmes afghanes à la vie culturelle, civile, économique, politique et sociale du pays. Nous sommes convaincus que l’autonomisation des femmes est essentielle au développement humain dans toute sa dimension. Au cours de cette célébration, a ajouté le Président de la Commission, nous devrions également avoir une pensée pour toutes les femmes dans le monde, victimes de la guerre et des conflits armés et qui vivent dans des situations humanitaires critiques.
Mme THORAYA AHMED OBAID, Directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), a souligné que de nombreuses femmes musulmanes, dont elle, avaient été attristées de voir comment leur religion avait été utilisée au nom de la terreur. Elle a ensuite évoqué les conséquences du manque de soins de santé génésique, indiquant que moins de 5% des femmes afghanes ont accès à des obstétriciens dans le pays et que leur espérance de vie s’arrête à 44 ans: la naissance, a-t-elle insisté, devrait être une célébration, non une condamnation à mort. Les femmes devraient donc être en mesure de prendre des décisions sur leur mariage et le nombre d’enfants qu’elles souhaitent, a-t-elle plaidé. Notant qu’il est difficile de faire sortir les femmes dans la rue quand il n’y a pas de sécurité, elle a réclamé des mesures spéciales pour protéger femmes et fillettes contre toute menace. Elle a demandé qu’on n’oublie pas non plus les femmes afghanes se trouvant encore dans les camps de réfugiés à l’extérieur du pays. Mme Obaid a souhaité que davantage de ressources soient allouées pour la santé de reproduction. Elle a ensuite demandé à la communauté internationale de déployer tous les efforts nécessaires pour mettre fin à l’oppression et à la violation des droits de femmes orchestrées par l’Etat, en Afghanistan ou ailleurs dans le monde. Il faut toutefois, selon elle tirer les leçons de l’expérience afghane: le fait de nier les droits à la participation des femmes dans la vie politique, économique et sociale détruit un pays et son peuple mais l’appui que les autorités d’un pays apporte aux femmes aide le pays lui-même et son peuple à prospérer.
Mme SIMA WALI, Présidente de l’ONG «Refugee Women in Development», a rappelé qu’en tant qu’Afghane, elle avait cherché au cours de ces 23 dernières années le moyen de faire connaître les souffrances, l’oppression, les outrages que les femmes de son pays ont endurés. Non seulement elles ont été soumises à la guerre et au cycle de la violence comme toute la société afghane, mais elles sont également devenues, d’une façon sans précédent, la cible d’une nouvelle forme de guerre: la férocité des attaques menées contre elles a été telle qu’il a fallu créer un nouveau terme et parler «d’apartheid sexuel». La violence continuelle à l’encontre des femmes afghanes les a prises au piège de ce que l’on nomme souvent la féminisation de la pauvreté, illustrée par les «migrations forcées» féminines. Les infrastructures sociales, économiques et politiques de l’Afghanistan ont été détruites, des conditions effroyables ont obligé douze millions de femmes à vivre dans une pauvreté abjecte, les ont forcées à subir les pires abus, la prostitution et les trafics. L’espérance de vie pour elles est de moins de 40 ans, le taux de mortalité de leurs enfants de moins 5 ans atteint 27,5 %. Le taux d’analphabétisme est de 80 %; voici quelques-uns des indicateurs qui placent l’Afghanistan, parmi les pays ravagés par la guerre, au nombre des plus pauvres du monde.
Pendant vingt ans, a poursuivi Mme Wali, j’ai lancé mon propre Jihad pour les femmes et pour la paix. Nous sommes devenues des non citoyens dans notre pays, avons souffert de crimes haineux contre l’humanité et avons besoin du soutien de la communauté internationale pour retrouver notre place dans la société et afin d’assurer un avenir plus stable pour le pays mais aussi pour la région et le monde entier. Il faut accorder une attention particulière à la reconstruction de la société civile en Afghanistan, débarrassée de l’insécurité et du terrorisme. Nous espérons aujourd’hui pouvoir nous engager dans un processus démocratique, a souligné Mme Wali. Lors des pourparlers avec les Nations Unies à Bonn, nous avons réussi à établir le rôle des femmes dans la nouvelle équipe: il est temps de renforcer ce qui a été réalisé à Bonn. Elle a dit craindre, qu’une fois de plus, les droits de plus de la moitié de la population afghane ne soient menacés, craindre qu’on ne permette pas aux femmes de voter. Ma culture, a-t-elle assuré, n’encourage pas la violence ou les trafics à l’encontre des femmes ou des enfants, ma religion n’encourage pas le fait de déshumaniser les femmes: et pourtant une milice dirigée par des hommes leur a refusé ces droits. Elle a appelé à saisir l’occasion unique qui nous a été accordée dans l’histoire de l’aide au développement pour rétablir l’égalité hommes-femmes. Il faut conditionner l’assistance internationale à une égalité entre les sexes, sinon nous ne serons pas sûres d’avoir tout fait pour rétablir la dignité des femmes afghanes, a-t-elle estimé. Mme Wali a souhaité à cet égard une pression internationale constante sur les dirigeants afghans, indiquant qu’on ne pouvait permettre aux éléments brutaux de la société afghane de se renforcer une fois de plus. Les femmes afghanes ont lutté pour les droits de l’homme en s’exposant à graves risques, pour elles-mêmes et leurs familles; elles rêvent aujourd’hui de participer à la reconstruction de leur patrie, mais ceci dépendra de vous, a-t-elle lancé aux participants.
Mme JULIA TAFT, Administrateur assistant et Directeur du Bureau pour la reconstruction et la prévention des crises du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), a estimé que cette célébration donne l’occasion de rappeler que les femmes afghanes ne sont pas les seules dans le monde à lutter pour recouvrer leur dignité, pour jouir de leurs droits fondamentaux et pour participer pleinement à la société. Après avoir connu un conflit pendant 23 ans, la population de l’Afghanistan souffre de nombreux traumatismes, de la pauvreté et du chômage. Parmi les femmes afghanes, qui constituent la moitié des 20 millions d’habitants, 2 millions d’entre elles sont veuves et nombreuses sont celles qui sont contraintes de mendier dans les rues. Les taux de mortalité maternelle et infantile, la situation en matière de santé, d’éducation et d’hygiène figurent parmi les plus élevés dans le monde. Pourtant, avant la prise de pouvoir par les Taliban, les femmes constituaient la moitié des employés des services publics, 70 % des enseignants et 40 % des médecins à Kaboul. En 1977, 15 % des membres de la Loya Jirga, l’Assemblée traditionnelle de sages, étaient des femmes.
Le rétablissement de la sécurité, de la primauté du droit, des systèmes éducatifs, de santé et d’hygiène publics efficaces renforceront considérablement la stabilité sociale tout en favorisant la réintégration des femmes dans la société afghane. Au cours de l’année à venir, nous avons l’intention d’augmenter de façon significative le nombre de femmes dans l’enseignement et le taux d’inscription à l’école aux niveaux primaire et secondaire. La rentrée des classes se fera le 23 mars prochain, a indiqué Mme Taft qui a évoqué les activités menées par le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), le Programme alimentaire mondial (PAM), le Fonds des Nations Unies pour les femmes (UNIFEM) et, en particulier, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) qui est en train de réhabiliter l’Université de Kaboul et ses dortoirs pour que les femmes puissent y être logées en toute sécurité. La Loya Jirga d’urgence, qui entrera en fonctions dans deux mois, comprendra 100 femmes sur un total de 500 membres. Compte tenu des responsabilités qu’elles assument au sein de la famille et de leur participation active au sein des communautés, les femmes afghanes sont bien placées pour identifier les besoins essentiels et les priorités devant guider la reconstruction et le développement de leur pays.
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