SG/SM/6183

TRANSCRIPTION DE LA CONFERENCE DE PRESSE DU SECRETAIRE GENERAL M. KOFI ANNAN, TENUE AU SIEGE LE 17 MARS 1997

17 mars 1997


Communiqué de Presse
SG/SM/6183


TRANSCRIPTION DE LA CONFERENCE DE PRESSE DU SECRETAIRE GENERAL M. KOFI ANNAN, TENUE AU SIEGE LE 17 MARS 1997

19970317

M. Eckhard (interprétation de l'anglais) : Le Secrétaire général a un bref exposé à vous faire concernant ses dernières mesures de réforme aux Nations Unies. Il répondra ensuite à vos questions, et après cela M. Maurice Strong, son Coordonnateur exécutif de la réforme, vous donnera des informations détaillées et répondra à vos questions de façon exhaustive. Monsieur le Secrétaire général?

Le Secrétaire général (interprétation de l'anglais) : Merci beaucoup, Fred. Bonjour. Je suis heureux de me retrouver parmi vous aujourd'hui, et de pouvoir vous annoncer certaines initiatives administratives que je vais prendre aujourd'hui. Je crois que j'ai indiqué clairement dès le début que j'allais adopter une approche à deux volets, le premier volet concerne les mesures et les initiatives que je peux prendre en vertu de mes pouvoirs, et le second porte sur le plus long terme et sur les questions stratégiques où seuls les Etats Membres peuvent se prononcer.

A mon avis, la réforme est un outil puissant pour renforcer l'Organisation, et non une fin en soi. Les mesures de réforme de l'administration que j'ai indiquées sont conçues pour aider à transformer l'Organisation en un instrument plus efficace au service de la communauté internationale. Ces améliorations seront réalisées - et de façon à revitaliser l'esprit et l'engagement des fonctionnaires et à renouveler la confiance dans l'avenir de l'Organisation.

Il me semble qu'après 50 années d'existence cette institution, que nous appelons l'Organisation des Nations Unies, a apporté des bienfaits incommensurables au monde. En examinant cette institution aujourd'hui, je suis fier de ce que nous accomplissons tous les jours dans chacun de nos postes. Mais je suis également convaincu que grâce à ces réformes nous pourrons faire encore plus de bien, et de façon encore plus efficace, en cette ère de défis et d'attentes, en respectant notre héritage, en mettant en oeuvre les initiatives actuelles et en refaçonnant l'ONU. Je suis convaincu que nous pouvons continuer d'honorer nos mandats alors que nous nous engageons dans le prochain millénaire.

Aujourd'hui, j'ai 10 éléments à vous présenter, et tous ces éléments relèvent du premier volet. Vous avez sur le tableau les premières mesures que j'ai prises; ces mesures ont été annoncées il y a environ six semaines. J'ai nommé un Comité exécutif qui est composé de tous les Secrétaires généraux adjoints et chefs de programmes et de fonds. Nous nous réunissons régulièrement sous ma présidence pour harmoniser nos activités, mettre en commun des informations et prendre des décisions collectives.

Nous avons également établi ce que j'appelle dans ce domaine les Comités exécutifs, qui permettent d'habiliter les Départements. J'ai regroupé, en l'occurrence, 30 entités de l'ONU en quatre domaines qui comprennent les affaires économiques et sociales; les activités opérationnelles pour le développement; les affaires humanitaires; et la paix et la sécurité.

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Ces comités exécutifs siègent régulièrement pour coordonner et harmoniser les activités, prendre des décisions et me soumettre les décisions qu'ils estiment que je devrais prendre. Et donc, en regroupant ces trente unités en quatre groupes, il leur est demandé de coopérer et de travailler ensemble.

Il s'agit d'un puissant message pour le reste de l'Organisation et pour l'Organisation elle-même, non seulement au Siège, mais également sur le terrain. Si les personnes sur le terrain se rendent compte qu'il y a des Chefs de département et d'institution qui se réunissent régulièrement à New York à des fins de coordination, elles commenceront à faire de même sur le terrain.

En haut de ce tableau, on trouve le Coordonnateur exécutif, M. Strong, que la plupart d'entre vous connaissent. Après cette intervention, M. Strong pourra vous donner davantage de renseignements de base. M. Strong est un homme clé dans le cadre de cet effort. Bien que je dirige l'effort, M. Strong est ici pour m'aider à coordonner les efforts de réforme et pour veiller à ce que nos efforts soient complets et portent sur tous les domaines de l'Organisation.

Avant de continuer, je vais maintenant passer aux mesures que j'annonce aujourd'hui. Tout d'abord, le budget. J'ai l'intention de présenter pour l'exercice biennal 1998-1999 un budget qui représentera 123 millions de dollars de moins par rapport au budget actuel - une réduction de 123 millions de dollars. Pour ce qui est des effectifs, ce projet de réduction indiquera une réduction de 1000 postes.

Je passe au point 3: réduction des dépenses administratives. Il a été calculé que 38% de notre budget est consacré à des dépenses administratives. Je crois qu'il s'agit d'un pourcentage trop élevé et j'ai donné pour instructions que des mesures soient prises pour réduire ce pourcentage d'un tiers d'ici à l'an 2001, de ce fait libérant des ressources supplémentaires pour le développement économique.

Quatrièmement, une intégration des activités de l'Organisation des Nations Unies au niveau des pays. En l'occurrence, j'ai décidé que le poste de Coordonnateur résident de l'Organisation des Nations Unies en tant que mon représentant sur le terrain doit être renforcé et amélioré, qu'il doit être le chef d'équipe au niveau du pays, et que toutes les institutions des Nations Unies qui oeuvrent sur le terrain devraient coordonner leurs efforts, élaborer un programme de pays en coordination avec le gouvernement concerné, jouer leur rôle respectif en mettant en oeuvre les différentes composantes qui leur reviennent dans le cadre du programme qu'elles auront ainsi élaboré.

J'insisterai également pour qu'il y ait des locaux communs pour l'Organisation des Nations Unies dans les pays concernés. Ceci contraindra les institutions à travailler ensemble au quotidien pour coordonner leurs efforts,

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et nous permettra de tirer parti de réductions communes de personnel et d'unir nos efforts, ce qui, libérera également des fonds supplémentaires pour les activités sur le terrain.

Le point suivant concerne le regroupement des départements s'occupant des questions économiques et sociales. A l'heure actuelle, il existe trois départements dans les domaines économique et social. J'estime qu'il est essentiel de regrouper ces départements pour consolider nos efforts dans les domaines économique et social. Par conséquent, j'ai décidé de fondre ces trois départements en un seul. Certaines des activités du troisième département, DDSMS, le département des services d'appui et de gestion pour le développement, seront également redistribuées à d'autres départements.

Ensuite viendra la rationalisation de l'appui technique aux organes intergouvernementaux. J'estime qu'il est possible d'améliorer et de renforcer la façon dont on rend des services aux mécanismes intergouvernementaux. Je pense qu'il est possible d'améliorer et de renforcer les services que nous rendons aux mécanismes intergouvernementaux. Par conséquent, j'ai décidé de créer un nouveau département, le département des affaires de l'Assemblée générale et des services de conférence. J'espère ainsi renforcer les services que nous fournissons aux Etats membres et apporter cohérence, qualité et efficacité aux services que nous fournissons aux organes intergouvernementaux.

Le point suivant que j'ai annoncé aujourd'hui concerne le Département de l'information. Et je suis sûr que vous vous intéressez tous vivement à ce domaine. J'ai l'intention de réorienter le travail du Département de l'information. Le Département de l'information, en l'état actuel des choses, sera transformé en un nouveau bureau des communications et des services de médias pour renforcer la capacité de fournir des services de communication en temps opportun aux gouvernements, aux médias et à la société civile.

Le point suivant sur la liste traite du regroupement des services administratifs, du personnel d'achat et d'autres services. Ce sont des domaines qui, à mon avis, pourraient tirer parti d'un service commun en joignant nos efforts. Lorsque je parle de services communs, cela ne veut pas dire que j'ôte des responsabilités aux administrateurs. J'ai dit que j'allais déléguer des pouvoirs aux administrateurs, mais dans certains cas, en créant un service commun on peut leur fournir un appui beaucoup plus économique et beaucoup plus rationnel pour le travail qu'ils accomplissent. Nous essaierons de voir comment nous pouvons regrouper les différents bureaux qui existent au sein des Nations Unies, ses programmes et ses fonds pour les activités d'achat, de gestion du personnel et des finances et des autres services pour voir si l'on peut tirer parti du regroupement.

Passons au code de conduite. Nous en avons beaucoup entendu parler et nous en avons élaboré un nouveau. J'ai prié le personnel de l'examiner et de discuter là-dessus. Nous consultons le personnel comme tout bon administrateur

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se doit de le faire et une fois que nous aurons ses commentaires, nous les présenterons aux Etats Membres pour approbation au cours des prochains mois.

Le dernier point sur cette liste concerne la réduction de la documentation. Je crois que nous produisons trop de documents sur papier dans l'Organisation et je tiens à ce que le volume de la documentation soit réduit. J'établies un objectif immédiat d'une réduction de 25 % d'ici la fin de l'année 1998. Je crois que nous pouvons faire d'autres réductions, et j'insisterai pour qu'elles soient faites. Je suis sûr que vous vous préoccupez du volume des documents que vous devez examiner. Une fois, j'ai dit pour plaisanter que j'ai parfois peur que l'immeuble ne s'écroule sous le poids des documents imprimés. Donc, je suis heureux de pouvoir agir dans ce domaine.

Voilà une partie du violet numéro un. On n'exclut pas la possibilité qu'entre maintenant et juillet, je fasse d'autres communications et que je prenne d'autres initiatives dans les domaines de l'administration, de l'organisation des activités. Nous continuerons de travailler sur le deuxième volet. Le travail a déjà commencé mais nous présenterons des propositions à plus long terme aux Etats Membres. Ce rapport, en juillet, comprendra un résumé de toutes les mesures que j'aurais prises entre janvier et juillet, et cela permettra de présenter des propositions aux Etats Membres sur les questions fondamentales sur lesquelles les Etats Membres devront se prononcer, y compris la mission des Nations Unies, ce que nous devons faire, les activités essentielles - et j'espère qu'on recevra des messages clairs et l'appui indéfectible des Etats Membres et, une fois que ce sera fait, nous pourrons réorienter le travail de l'organisation pour qu'il soit centré sur les activités fondamentales.

A présent, je vais répondre à vos questions, ensuite M. Strong sera à votre disposition.

Question : Merci Monsieur le Secrétaire général. Au nom de l'Association des correspondants des Nations Unies, je vous souhaite la bienvenue, je vous adresse tous nos voeux de succès dans vos mesures de réforme.

J'ai deux questions. En ce qui concerne la réforme, on a l'impression qu'il s'agit d'une exigence du Nord, alors qu'en fait la réforme des Nations Unies peut également bénéficier au Sud. Est-ce que vous êtes satisfait de la manière dont le Sud est engagé dans ce processus, au niveau du gouvernement et à d'autres niveaux? Ensuite, concernant votre code de conduite, tenez-vous compte de la notion de responsabilité et sous quelle forme?

Le Secrétaire général : Je crois que la réforme est une chose dont peuvent se féliciter tous les Etats Membres du Nord comme du Sud, et si l'on en définit l'objectif comme une volonté de faire des Nations Unies une institution dégraissée, plus efficace, plus pertinente et mieux à même de

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servir les intérêts des Etats Membres, j'ai la possibilité depuis mon entrée en fonctions de m'entretenir avec tous les Etats Membres des cinq groupes régionaux, en petits groupes, en grands groupes, ils sont tous favorables à la réforme, mais une réforme bien conçue.

J'espère et je ne doute pas qu'ils - le Nord et le Sud - apporteront leur soutien à l'ensemble des mesures que je viens de proposer aujourd'hui. Il est clair que tout le monde ne sera pas entièrement satisfait des mesures que je viens d'émettre. Je les considère comme étant exhaustives, justes et pertinentes même si elles ne représentent qu'une partie des mesures que j'entends proposer dans le courant de l'année. Mais j'estime que lorsqu'on en vient à réaliser des réformes dans une Organisation comme la nôtre, il s'agit là de circonstances dans lesquelles nous devons tous nous remémorer ce qu'a déclaré un jour Ben Bella : Nous devons tous être prêts à mourir un peu et à donner un peu pour permettre aux choses d'avancer. Et je suis convaincu que cela se produira en l'occurrence.

S'agissant du code de conduite, évidemment, il est question d'obligation redditionnelle, de transparence financière des administrateurs hors classe mais il s'agit également du haut niveau de conduite et de conscience professionnelle.

Question : En ce qui concerne la fusion des trois départements économique et social : à l'époque de votre prédécesseur, on a tenté de le faire et cela n'avait pas abouti. Comment cela va-t-il se passer cette fois? Qui va mener cette initiative?

Le Secrétaire général : Tout d'abord, je n'ai pas vraiment participé à ce qu'avait fait mon prédécesseur à ce moment là, je ne suis donc pas en mesure de formuler des observations sur ce qui a été réalisé. En l'occurrence, nous avons tenu des consultations approfondies et fait un bilan détaillé de ce qui devait être fait et des raisons pour lesquelles cela devait être réalisé. Nous avons non seulement fait le bilan et engagé des consultations approfondies, mais nous avons également élaboré un programme et un calendrier pour la mise en oeuvre des décisions. Ces mesures ne vont pas être appliquées de manière précipitée. C'est un processus qui va être géré. Les réformes doivent être gérées et nous gérerons ce processus. C'est donc une analyse et des consultations difficiles et réfléchies qui nous ont incités à prendre cette décision, et je suis convaincu que grâce à ces efforts et à cette réflexion nous prenons la bonne direction et les bonnes décisions. Et je peux vous assurer que je n'ai nullement l'intention de revenir sur cette décision dans un an ou dans six mois et créer à nouveau trois départements ou deux départements. Nous y avons beaucoup réfléchi et je crois que cette mesure résistera à l'épreuve du temps.

Question : Qui sera à sa tête?

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Le Secrétaire général : Je vous parlerai de cela plus tard, je n'ai pas l'intention de faire des annonces personnelles. J'estime que lorsqu'on mélange les questions relatives au personnel avec celles relatives à la structure de l'Organisation les débats se dénaturent parfois. Nous aborderons donc plus tard les aspects relatifs au personnel.

Question : Vous avez déclaré que 1 000 postes allaient être supprimés, comment ces postes vont-ils être répartis entre les différents Départements et dans quelle proportion de ces postes sont d'ores et déjà vacants?

Le Secrétaire général : Je crois que lorsque nous élaborerons le prochain budget, nous nous en tiendrons fermement aux priorités définies par les Etats Membres et nous répartirons les ressources de l'Organisation conformément aux priorités énoncés par les Etats Membres. Ainsi, les réductions opérées et les ressources affectées aux départements ne seront pas mises en oeuvre dans tous les secteurs ce qui serait une façon trop brusque de le faire. Des analyses et une définition des priorités devront être établies.

Nous avons déjà un certain nombre de postes vacants. Nous avons environ 1 000 postes, peut-être plus. Et je n'ai pas l'intention de les pourvoir. J'ai l'intention de les réduire. Je proposerai que ces postes soient réduits. Bien entendu, il appartient aux Etats Membres d'en décider. Mais en faisant cette proposition, je serais en mesure de les convaincre que nous sommes en train de nous restructurer, de nous rationaliser afin que nous puissions faire davantage avec moins ou faire la même chose avec moins. Et, donc les aspects concernant les programmes de notre travail n'en souffriront pas inutilement.

Question : Pouvez-vous nous dire comment vous entendez réorienter le Département de l'information? Je suis préoccupé par un bureau utile du Département de l'information Est-ce que nous allons le perdre?

Le Secrétaire général : Non, je pense qu'il y aura des consultations approfondies avec les Etats Membres et des groupes comme l'Association des correspondants de l'Organisation des Nations Unies pour déterminer le sens que prendra cette réforme. Nous ne prendrons aucune décision de manière hâtive et qui pourrait créer une situation qui serait contraire à l'effet recherché. L'objectif est de nous rendre plus efficaces et plus utiles et comme je l'ai dit, offrir de meilleurs services aux médias, à la société civile, etc. Donc, en fait si nous le faisons bien nous renforcerons notre coopération avec vous et vous obtiendrez de meilleurs services de l'Organisation.

Question : (interprétation de l'anglais) : J'imagine que vos détracteurs au sein du Congrès des Etats-Unis vous demanderont de supprimer plus de 1000 postes. Comment entendez-vous répondre à cela? Et, que pensez-vous du projet des Etats-Unis de ne payer les 900 millions de dollars que si ces résultats sont obtenus?

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Le Secrétaire général : S'ils veulent que je supprime plus de 1000 postes, je ne peux pas faire de commentaires là-dessus. De mon point de vue, on ne peut effectuer ces réductions qu'après une analyse et des consultations sérieuses, et après un examen détaillé de ce qui doit être fait et des mandats qui sont ceux de l'Organisation. S'ils veulent supprimer plus que 1000 postes, je ne peux vraiment pas faire de commentaires là-dessus, parce que je ne sais pas quelle est leur réflexion, leur analyse et quelle est la logique d'une telle position.

Mais ceci est une proposition sérieuse. Elle a été analysée, elle a été examinée et nous savons que cette mesure ne va pas vider l'Organisation de sa substance. Et en fin de compte, l'objectif de la réforme est de rendre l'ONU plus efficiente, plus efficace, d'en faire une Organisation mieux à même de servir les Etats Membres. Et à ce stade, toute exigence de réduction allant au-delà de ces 1000 postes ne serait pas judicieuse, selon notre analyse.

Question (interprétation de l'anglais) : Est-ce que la dette de 900 millions de dollars empêche cela?

Le Secrétaire général : J'ai toujours été optimiste quant au versement de ces fonds. Je crois que le Président et l'Administration sont décidés à payer ce qu'ils doivent et je crois qu'un grand nombre de membres du Congrès sont disposés également à payer. Je crois qu'un grand nombre de citoyens américains sont gênés que leur gouvernement soit débiteur. Ils ne sont pas contents de voir leur gouvernement présenté comme le plus mauvais payeur par des petits pays pauvres.

Donc, je crois qu'il y a une réelle volonté de payer. Le Congrès a indiqué qu'il payerait s'il y avait des réformes. Je crois qu'on peut voir ce matin que c'est ce que nous leur donnons. La réforme est bonne pour l'Organisation. Les Etats Membres veulent une réforme. Ce que l'ONU veut correspond à ce que les Etats-Unis veulent. Nous ferons ce qu'ils demandent et nous espérons qu'ils tiendront également leurs promesses.

Question : Sur la question de l'obligation redditionnelle, l'un des problèmes qui se sont posés au cours des dernières années concernait le nombre de cas disciplinaires contre le personnel où l'Administration n'a pas tenu compte du verdict d'innocence prononcé par le premier tribunal, et a poursuivi ces personnes au Tribunal administratif, où les verdicts ont été renversés. Les gens du Skylink, par exemple; le cas récent du fonctionnaire chargé de l'information à Washington; le cas de la Somalie : Dans tous ces cas, quelqu'un a pris des décisions rapides sur des gens, n'a pas tenu compte de tous les tribunaux impartiaux et les a laissées au stade final d'un verdict coûteux pour l'ONU.

Est-ce que vous allez réformer le système judiciaire interne de sorte que ses décisions soient rapidement respectées plutôt que de les faire traîner et de les contester finalement?

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Le Secrétaire général : Je crois qu'il s'agit d'une Organisation qui doit respecter la primauté du droit. Nous devons accepter et respecter nos propres procédures et pratiques internes. C'est une Organisation qui ne devrait pas légitimer le type de pratiques dont vous parlez. Je crois que, dans le cadre de ce nouvel esprit d'obligation redditionnelle, les choses vont également changer.

Je sais, les fonctionnaires m'ont souvent demandé : "Qu'allez-vous faire aux administrateurs qui commettent ces erreurs, qui poursuivent leur carrière et qui sont parfois promus?" Je crois que cela également devrait changer et je suis à peu près sûr que vous constaterez des changements dans ce domaine également.

Question : Le budget de l'ONU est peut-être inférieur au budget de la Police de New York. Cette Organisation dessert 185 pays. Est-ce que vous pensez que la réduction du budget et la réduction du personnel qui ont commencé depuis plusieurs mois déjà - et vous annoncez une nouvelle réduction de 1000 postes - est -ce que vous pensez qu'elles permettront de maintenir les services de l'Organisation au même niveau? Deuxièmement, compte tenu de la réduction du budget, les taux de contributions des Etats Membres vont-ils également être réduits?

Le Secrétaire général : Je dois tout d'abord dire que, dans sa forme actuelle, le budget de l'ONU est déjà inférieur au budget de la Police de New York. Donc, en le rationalisant, oui, il sera encore inférieur à celui-ci.

Mais, les Etats Membres ne payent toujours pas. Il y a environ 80 Etats Membres qui ont une dette. On dit souvent que le budget de l'ONU ne représente que des "cacahuètes" et qu'il est inférieur au budget de la Police de New York. Je suis d'accord avec vous.

Alors, pourquoi les Etats membres ne paient-ils pas? La charge que nous leur demandons n'est pas excessive. J'espère qu'un des éléments de la réforme dont nous parlons sera la réaffirmation par les Etats Membres des idéaux de l'Organisation et un engagement à payer intégralement et en temps opportun leurs contributions. Ceci devrait être un élément essentiel de toute réforme dont nous discutons dans cette enceinte.

Pour ce qui est de l'incidence des réductions sur les activités en question, nous avons procédé à une étude générale et nous avons indiqué qu'avec une modification de nos méthodes de travail, un accroissement de l'informatisation et la rationalisation de nos procédures, nous devrions être en mesure d'exécuter nos missions sans que les réductions exercent sur elles une incidence négative.

Question (interprétation de l'anglais) Avez-vous des idées sur la révision du barème des quotes-parts?

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Le Secrétaire général (interprétation de l'anglais): Une évaluation équitable. En fait, il existe un Comité composé d'Etats Membres qui détermine les quotes-parts. Evidemment, si le budget est réduit, les parts seront réduites, mais de toutes façons il existe un Comité des contributions qui discute de ce barème des quotes-parts. On dispose d'une indication selon laquelle les Etats-Unis souhaiteraient ramener leur contribution de 25% à 20% du budget ordinaire. Mais c'est un débat qu'ils devront tenir avec les autres Etats Membres, qu'ils devront convaincre.

Question (interprétation de l'anglais) : En ce qui concerne les réductions de personnel, quelle est la date limite? A quel moment pensez-vous avoir mille personnes de moins? Vous avez dit qu'il existait actuellement environ 1000 postes vacants. Est-ce normal, ou y a-t-il eu un effort conscient de ne pas pourvoir ces postes? Egalement, cela semble indiquer que l'on pourrait atteindre cet objectif sans licencier du personnel. Est-ce bien à cela que vous pensez?

Le Secrétaire général (interprétation de l'anglais) : Je dois dire qu'effectivement il existe mille postes vacants. Il s'agissait d'une politique délibérée visant à rationaliser l'Organisation. Le prochain budget que je vais présenter aux Etats Membres leur parviendra le mois prochain, en avril. Les Etats Membres vont décider du montant du prochain budget et du niveau des effectifs d'ici décembre de cette année. Donc, à mesure que nous entrons dans la prochaine période budgétaire 1998-1999, le budget de l'Organisation des Nations Unies fera apparaître mille postes de moins. Comme je l'ai indiqué, si les chiffres actuels des taux de change et d'inflation se maintiennent, notre budget représentera une réduction de 123 millions de dollars par rapport à l'exercice en cours. Et si je supprimes les postes d'assistant qui sont vacants, l'incidence sur le personnel sera minime. Je pense que cette maison a été perturbée déjà depuis un certain temps. Nous ferons les économies; nous allons rationaliser; nous éliminerons les mille postes, puis nous commencerons à former le personnel en place dans la maison pour lui donner les compétences qu'il n'a pas encore, pour nous doter des compétences dont nous avons besoin et pour investir davantage dans l'informatisation.

Question (interprétation de l'anglais) : La liste n'indique pas comme prioritaire la question d'une augmentation des ressources de l'Organisation. Est-ce que vous n'avez pas comme priorité d'essayer d'amener les pays à payer, et à trouver des fonds d'une autre manière, plutôt que, comme pour les trois premiers points, réduire, réduire, réduire?

Le Secrétaire général (interprétation de l'anglais) : Oui, j'ai fait allusion à cela. J'ai dit que le paiement des obligations à l'Organisation constitue un aspect essentiel de la réforme. Et je crois que vous allez voir que cela fait véritablement partie du deuxième volet, lorsque nous mettrons en place notre programme global et détaillé du deuxième volet. Cela n'est qu'une

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partie de l'effort, une partie du premier volet. Il ne s'agit pas d'un programme global. C'est un élément du volet trois; il y aura d'autres mesures annoncées au titre du premier volet. Puis le deuxième volet sera annoncé en juillet, lorsque nous ferons le programme d'ensemble, et vous verrez alors certaines choses que vous ne voyez pas ici aujourd'hui.

Question (interprétation de l'anglais) : Tout en proposant la réduction du personnel ici au Secrétariat, vous proposez d'améliorer l'intégration de l'Organisation des Nations Unies au niveau des pays. Est-ce que le deuxième volet comporte de nouveaux postes budgétaires?

Le Secrétaire général : Je crois avoir expliqué pourquoi nous pouvons supprimer 1 000 postes et pourquoi nous pouvons le faire sans provoquer une incidence négative sur les programmes. Et j'ai parlé d'activités au niveau des pays pour lesquels nous espérons pouvoir regrouper et conjuguer nos efforts sur le terrain pour avoir un meilleur effet. On déterminera après une analyse des programmes qui sont mis en oeuvre si des ressources supplémentaires sont nécessaires au niveau des programmes et des fonds pour que le travail soit fait sur le terrain. Je ne crois pas pouvoir dire, d'emblée, que des ressources supplémentaires seront nécessaires et obtenues sur le terrain. Cela dépendra des programmes et de ce qu'ils devront faire.

Je ne peux répondre qu'à deux autres questions. J'ai beaucoup parlé aujourd'hui : je reviens de la Cinquième Commission, excusez-moi.

Question : Rien qu'une précision, il s'agit d'une question de gestion interne. Vous avez des services de médias. Beaucoup d'informations qui sortent rapidement de ce bâtiment proviennent du disque optique. Nombre d'ONG se plaignent du fait que l'accès qui leur est offert leur coûtera environ 1 000 dollars par mois. Je ne sais si ce service est mis à la disposition de la presse, est-ce que vous pourriez nous en donner une idée? Nous sommes préoccupés par le fait que les informations mises à notre disposition gratuitement sur Internet pourraient ne pas être accessibles, ou que certains organismes ne pourront pas faire passer des nouvelles par Internet, mais les diffuseront en passant par le disque optique. La question qui se pose est la suivante, allons-nous devoir payer les renseignements que nous obtenons régulièrement des Nations Unies?

Le Secrétaire général : Je ne crois pas que nous voulons rendre les choses encore plus difficiles ou bien plus chères pour vous. Je pense que nous sommes tous surexcités : à tout instant, on dit, "cette semaine, 2 millions de personnes ont accédé à la page d'accueil de l'ONU. Nous avons été visités par 3 millions de personnes sur Internet!". Je pense que vraisemblablement nous utiliserons cette route : pour simplifier vos vies et simplifier et améliorer notre capacité en matière de diffusion de l'information. Donc, je ne crois pas que nous ayons l'intention de passer par le disque optique pour vous faire encourir des coûts financiers supplémentaires ou pour vous infliger d'autres difficultés. Mais comme je l'ai indiqué - M. Strong vous en parlera - nous

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allons avoir de plus amples consultations, et chaque membre du groupe devra mettre en oeuvre la transformation du Département de l'information.

Question : Mais encore une précision sur la réduction du personnel. L'année dernière, votre prédécesseur a essayé de licencier des personnes qui travaillaient dans ce bâtiment, et l'Assemblée générale les a réinstallées dans leurs fonctions en leur disant, "oubliez cela". Est-ce que vous pouvez opérer cette réduction du personnel qu'il a tentée de faire, ou y a-t-il des limites à vos fonctions pour ce qui est de la réduction du personnel dans ce bâtiment?

Le Secrétaire général : Nous pouvons opérer ces réductions; nous pouvons faire ces modifications. Mais il faut également que je respecte les décisions de l'Assemblée générale et des Etats Membres. Dans toute organisation, le changement doit être géré, et une partie du processus de gestion consiste à rester en contact avec tous les intervenants et avec tous ceux qui peuvent aider à formuler vos propositions de réforme. C'est également l'une des raisons pour lesquelles j'ai pris beaucoup de temps pour mener de larges consultations avec les Etats Membres et avec le Conseil du personnel pour être sûr que chacun comprenne bien ce que je suis en train de faire, et que chacun puisse adhérer au programme de réforme et collaborer avec moi pour sa mise en oeuvre. Je crois que nous avons une proposition solide; que nous avons une proposition audacieuse. Nous allons gérer le changement, et nous arriverons à un résultat.

M. Eckhard : Ce sera la dernière question. Après nous nous adresserons à M. Strong.

Question : Monsieur le Secrétaire général, vous avez dit que vous aviez déjà proposé une réduction de 25 % des documents aux Nations Unies. On estime qu'il y a production mensuelle d'un million de photocopies pour le Tribunal criminel pour l'ex-Yougoslavie à la Haye. Vous avez été sur les lieux; avez- vous proposé quelque chose qui confirmerait votre décision de rester sur la voie de la réforme en la matière?

Le Secrétaire général : Je ne suis pas allé à La Haye, au Tribunal international, pour discuter de réduction en matière de documentation, donc je crois n'en avoir pas parlé. J'ai discuté de questions politiques beaucoup plus essentielles, de la viabilité du Tribunal, et de la nécessité de le rendre plus efficace pour avoir accès aux personnes mises en accusation pour que le Tribunal puisse faire son travail. Mais je crois que la décision de réduire la documentation de 25 % s'étend à toute entité au sein des Nations Unies.

M. Strong est ici : Maurice Strong, le Coordonnateur exécutif.

Je voudrais vous présenter M. Strong, le Coordonnateur exécutif pour la réforme, qui va jouer un rôle essentiel dans le cadre de cet effort, et qui va collaborer étroitement avec moi dans ce processus.

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