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SG/SM/6149

LE SECRETAIRE GENERAL SOULIGNE LA NECESSITE D'UN PARTENARIAT ET D'UN CONSENSUS AFIN QUE LA REFORME DE L'ONU REUSSISSE

27 janvier 1997


Communiqué de Presse
SG/SM/6149


LE SECRETAIRE GENERAL SOULIGNE LA NECESSITE D'UN PARTENARIAT ET D'UN CONSENSUS AFIN QUE LA REFORME DE L'ONU REUSSISSE

19970127 Il s'adresse au National Press Club à Washington, D.C.

Ci-après, on trouvera l'allocution prononcée par M. Kofi A. Annan, Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies, au National Press Club à Washington, D. C., le 24 janvier 1997 :

C'est pour moi un grand plaisir d'être parmi vous aujourd'hui, vous qui faites et défaites l'opinion publique américaine. Je suis très heureux d'avoir si tôt l'occasion de vous faire partager ma vision de l'avenir, mes espoirs et mes projets.

Trois semaines se sont écoulées depuis que j'ai été nommé Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies. Un des premiers conseils qui m'a été prodigué est le suivant : "Évitez les journalistes américains. L'Organisation des Nations Unies est tellement impopulaire aux États-Unis que, quels que soient vos propos, ils seront critiqués."

Nul n'est tenu de suivre un conseil. Comme vous vous en doutez, je n'ai nullement l'intention de tenir compte de celui-ci. Bien au contraire. Lorsque je suis arrivé dans ce pays, il y a près de 40 ans, j'ai très vite acquis la plus haute estime pour les journalistes américains. J'étais venu aux États-Unis pour faire mes études et apprendre à mieux connaître une société où la libre circulation de l'information et des idées a le plus grand prix. J'y ai acquis la conviction que je devais consacrer ma vie à défendre la démocratie et l'état de droit et m'engager dans la politique avec réalisme et générosité.

Mais j'ai une deuxième raison de ne pas fuir les journalistes américains. Je suis profondément convaincu que les États-Unis ont autant besoin de l'Organisation des Nations Unies que l'Organisation des Nations Unies a besoin des États-Unis.

Au cours des 50 dernières années, l'Organisation des Nations Unies et les États-Unis ont appris à tirer parti de leurs atouts respectifs. Benjamin Franklin a donné à l'Amérique une de ses premières leçons de politique

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lorsqu'il a engagé les 13 colonies à surmonter leurs querelles et leur a déclaré qu'elles courraient à leur perte si elles n'unissaient pas leurs forces. C'est cette même idée qui, après les atrocités de la seconde guerre mondiale et grâce, en grande partie, aux efforts d'hommes d'État américains, a donné naissance à l'Organisation des Nations Unies. La leçon de Franklin est toujours d'actualité.

Et, de fait, les États-Unis et l'Organisation des Nations Unies sont liés par une longue et fructueuse amitié. L'an dernier, une équipe spéciale constituée par le Conseil des relations extérieures du Congrès et composée d'Américains de toutes tendances — républicains et démocrates, progressistes et conservateurs — est parvenue à la conclusion que l'ONU avait bien servi les intérêts américains.

Bien évidemment, je n'ignore pas que des malentendus nombreux et persistants nous séparent. Mais je crois que le moment est venu de les dissiper, de parler franchement entre amis. Rien ne vaut un dialogue sincère et constructif.

Je tiens tout d'abord à réaffirmer ma foi inébranlable dans les buts et principes de l'Organisation mondiale — paix, liberté et justice, progrès et développement, générosité et solidarité, respect des droits de l'homme. Ce sont les mêmes idéaux qui ont fait de l'Amérique une si grande nation. Ce sont les principes que défendaient ceux qui, voilà 50 ans, ont invité l'Organisation des Nations Unies à établir son siège dans ce pays.

J'ai toujours constaté que les Américains étaient très chaleureux et s'intéressaient beaucoup aux travaux de l'Organisation des Nations Unies.

Je me félicite des résultats des nombreux sondages d'opinion qui montrent à quel point le public américain soutient l'Organisation des Nations Unies — ses opérations de maintien de la paix et d'aide humanitaire, ses programmes de développement économique et son travail indispensable en matière de droits de l'homme et de démocratisation.

Les milliers d'Américains employés dans le système des Nations Unies font preuve du même enthousiasme et du même attachement aux idéaux de l'Organisation. Aux postes de rang supérieur, l'Organisation emploie davantage d'Américains que de ressortissants de n'importe quel autre pays. Le Programme des Nations Unies pour le développement, le Fonds des Nations Unies pour l'enfance et le Programme alimentaire mondial sont dirigés par des Américains. Le Secrétaire général adjoint à l'administration et à la gestion est un Américain. Tous continueront de jouer un rôle de premier plan en vue de mener à bien le programme de réforme de l'Organisation. C'est encore un Américain qui est à la tête d'une opération de maintien de la paix de grande envergure menée par l'Organisation des Nations Unies dans l'ex-Yougoslavie. Si je mentionne tous ces hommes et ces femmes aujourd'hui, c'est tout simplement pour vous montrer que nos destins sont indissociablement liés.

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Le monde a changé. Il est marqué par une interdépendance croissante entre les nations. Or cette évolution, qui est très avantageuse pour les États-Unis, est favorisée par l'Organisation des Nations Unies, grâce aux accords que concluent entre eux ses États Membres souverains.

L'ONU favorise la liberté du commerce et l'ouverture des marchés. Certains organismes du système combattent les épidémies, la famine, la pauvreté; protègent les droits de l'homme; luttent pour la protection de l'environnement; oeuvrent pour la promotion de la femme et le respect des droits de l'enfant.

D'autres encore fixent les règles et normes indispensables à la sécurité et à l'efficacité des transports aériens et maritimes. (Ce sont eux qui imposent l'usage de l'anglais aux pilotes et contrôleurs de la circulation aérienne dans le monde entier. Imaginez la situation si ce n'était pas le cas.) Un organisme des Nations Unies s'emploie à faire respecter les droits de propriété intellectuelle partout dans le monde. Un autre coordonne l'attribution des fréquences radio; sans lui, la cacophonie règnerait sur les ondes internationales.

Les organismes des Nations Unies s'emploient à promouvoir le droit international et à en faire respecter les normes, notamment en adoptant des mesures pour lutter contre le terrorisme, le trafic des drogues et la criminalité transnationale. Les problèmes transfrontières exigent en effet des solutions transfrontières.

Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés s'occupe de quelque 45 millions de réfugiés et personnes déplacées dans le monde entier. Sans cet organisme de première importance, nombre de pays se trouveraient déstabilisés par des flux de réfugiés désordonnés.

Et il est souvent arrivé que les Casques bleus des Nations Unies empêchent l'escalade des conflits et sauvent d'innombrables vies humaines. Actuellement, ils aident à consolider la paix dans des pays aussi différents que l'Angola, Chypre, l'ex-Yougoslavie, Haïti, le Liban et le Libéria.

Comme le montre la diversité de ces interventions, l'ONU touche la vie des simples citoyens américains de bien des façons. Nous ne formons pas un organisme étranger isolé; l'ONU fait partie de votre réalité de tous les jours.

Je me suis entretenu avec le Président Clinton, les membres de son gouvernement et les dirigeants des deux partis au Congrès, et ces rencontres ont été constructives et prometteuses.

Je leur ai donné l'assurance que j'étais fermement résolu à réformer l'ONU. Non pas à réformer pour réformer, mais pour redonner à l'Organisation les moyens de servir au mieux les intérêts de ses États Membres dans un monde en pleine évolution. Nous non plus, nous ne pouvons pas courir le risque de manquer le pont vers le XXIe siècle.

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Ce pont, nous avons même déjà commencé à le traverser. Les effectifs de l'échelon supérieur ont été réduits de 25 % depuis 1992, tout comme ceux de l'ensemble des fonctionnaires de l'Organisation.

Depuis décembre dernier, l'ONU a pris les mesures voulues pour fonctionner avec un budget à croissance zéro qui plafonne à 2 milliards 608 millions de dollars pour l'exercice biennal 1996-1997. Depuis un an, le Secrétariat a entrepris plus de 400 projets pour améliorer son efficacité et il a déjà obtenu des résultats tangibles : par exemple, il recourt davantage à Internet et à la page d'accueil de l'ONU pour diffuser des informations concernant l'Organisation, il a réduit le coût de la documentation et des services de conférence, et il gère mieux la trésorerie.

Les fonds et programmes des Nations Unies se sont également engagés sur la voie d'une réforme qui aide l'Organisation à obtenir de meilleurs résultats sur le terrain, que ce soit au Rwanda ou en Haïti. On peut citer par exemple, parmi les réformes accueillies avec satisfaction en juin dernier par le G-7, l'initiative de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement, qui a créé une nouvelle structure intergouvernementale, restructuré son secrétariat et regroupé cinq programmes en un seul. Le Programme alimentaire mondial a quant à lui adopté un budget à croissance nominale négative et, parallèlement, il a concentré ses ressources sur les pays et les personnes qui en ont le plus besoin. L'UNICEF a aplani la structure de son échelon supérieur, amélioré sa gestion financière et collaboré avec d'autres organismes des Nations Unies en vue d'harmoniser ses cycles de programmation dans 27 pays.

En matière de maintien de la paix, nous avons renforcé notre capacité de planifier les opérations et de fournir un appui logistique à nos troupes sur le terrain. Nous avons un Centre d'opérations qui fonctionne 24 heures sur 24, un personnel militaire professionnel le plus souvent mis à notre disposition à titre gracieux par différents gouvernements, et un Groupe des enseignements tirés des missions, qui nous permet de tirer parti de l'expérience acquise ces dernières années.

Je pourrais continuer indéfiniment. Le fait est que nous continuerons. La réforme est un processus, et non pas un événement isolé. Elle débouchera sur un Secrétariat allégé et plus efficace. Nous repenserons attentivement nos structures et nos procédures à la lumière de nos ressources financières limitées. Nous ferons un effort délibéré pour éliminer les chevauchements d'activités et les doubles emplois. Nous essaierons de faire en sorte que l'ONU soit à la hauteur de ce que le monde attend de nous. Et nous n'épargnerons aucun effort pour attirer et retenir les professionnels les plus compétents, que nous aiderons à tirer pleinement parti de leurs compétences. Il ne faut pas que l'on travaille à l'ONU comme on travaillerait n'importe où ailleurs; travailler à l'ONU, c'est une vocation. Sachons retrouver notre enthousiasme, redéfinir notre mission et réorienter nos efforts pour que la réalité soit à la mesure de nos ambitions.

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Je n'ai aucun doute sur l'importance de la place qu'occupe la réforme dans ma tâche de Secrétaire général et je n'ai pas la moindre réserve à ce sujet. Je suis convaincu qu'il faut réformer l'Organisation en profondeur, à la fois pour donner une expression concrète aux grandes idées exprimées dans la Charte et pour adapter l'ONU aux changements qui remanient en profondeur la scène politique et économique internationale. C'est ce que j'ai dit — et continuerai à dire — avec la même conviction à tous mes interlocuteurs, à Washington ou ailleurs. Je suis persuadé qu'une telle réforme est dans l'intérêt de tous les États Membres, qu'il s'agisse de pays développés ou en développement.

Pour que l'Organisation acquière à coup sûr une valeur et une efficacité nouvelles, il faut que la réforme procède d'un nouveau consensus entre les différents gouvernements sur ce que doivent être le rôle de l'ONU, ses fonctions essentielles et ses priorités, sur ce qu'elle est le mieux placé pour faire, sur ce qu'elle devrait faire en collaboration avec d'autres et sur ce qu'elle devrait laisser faire à d'autres.

Je suis parfaitement conscient de la complexité de la tâche. Pour la mener à bien, il faudra changer les structures et les méthodes de travail. Il faudra que les mesures prises par les gouvernements et le Secrétariat se renforcent mutuellement. Et il faudra qu'un grand nombre d'acteurs s'accordent à agir en fonction d'objectifs communs. Mais je suis convaincu que c'est possible et que l'heure est venue d'agir.

Je suis prêt à appuyer cet effort avec toute l'autorité du Secrétaire général, en entreprenant sans hésiter les réformes de gestion qui sont de mon ressort, et en formulant des propositions et aidant à promouvoir le consensus politique nécessaire, lorsque les réformes envisagées appellent une décision de la part des États Membres.

Ma stratégie de réforme comporte trois éléments fondamentaux, dont l'exécution vient d'être mise en route parallèlement. Ils devraient produire des résultats concrets à différents moments au cours de l'année et conduiront, je l'espère, à l'adoption de tout un ensemble de réformes par l'Assemblée générale, à sa session d'automne. Je suis optimiste parce que, pour chacun des éléments considérés, une partie des fondations sur lesquelles nous allons construire ont déjà été jetées, et aussi parce que, depuis que j'ai pris mes fonctions, j'ai déjà pu tester, et, je crois, renforcer, certaines de ces fondations.

Le premier de ces éléments consiste à élargir la portée des réformes de gestion et du processus d'examen de l'efficacité en cours sous la direction du Secrétaire général adjoint, M. Connor, et d'en accélérer l'exécution. Sur la base des travaux déjà accomplis, j'ai demandé aux principaux directeurs du programme et à l'ensemble du personnel de m'aider à mettre au point une nouvelle série de mesures d'amélioration de la gestion susceptibles d'être

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appliquées à court terme et de contribuer à renforcer considérablement l'efficacité et la productivité du Secrétariat. Ces mesures devraient porter sur tous les aspects de la gestion : la façon dont nous gérons nos ressources financières, la façon dont nous gérons le personnel, et la façon dont nous gérons nos opérations. Je suis convaincu que nous parviendrons à sensiblement rationaliser et simplifier nos procédures administratives, et à réorienter une grande partie des ressources actuellement affectées à des tâches administratives courantes pour les consacrer à des investissements dans les techniques d'information et la formation à la gestion, et à des programmes permettant d'obtenir des résultats concrets sur le terrain. Je suis également convaincu que nous parviendrons à renforcer encore la fonction de contrôle interne indépendant qui a été mise en place à l'Organisation dans le cadre du Bureau des services de contrôle interne, notamment grâce au renforcement des normes de contrôle interne, et à l'adoption de méthodes plus efficaces d'évaluation du coût et de la qualité de nos produits.

Je suis persuadé que dès les prochains mois, des progrès tangibles apparaîtront déjà dans tous ces domaines. Ceci devrait préparer le terrain pour permettre à l'Organisation de vivre et de fonctionner efficacement dans les paramètres du budget (pour 1998-1999) qui doit être approuvé par l'Assemblée générale à sa prochaine session. Sur la base de l'aperçu qu'elle a déjà approuvé, ce budget fera, pour la première fois, apparaître une croissance négative en termes réels. Quand je parle de fonctionner efficacement, je ne pense pas seulement à l'efficacité administrative, mais aussi à la capacité d'exécuter, dans les limites du budget approuvé, des programmes mieux ciblés, regroupant efficacement les capacités et les ressources autour d'objectifs prioritaires.

J'ai essayé de donner l'exemple dans mon propre cabinet, dont j'ai rationalisé les fonctions et sensiblement réduit les effectifs, que j'ai aussi ramenés à un niveau moins élevé. J'ai également décidé d'organiser des réunions très fréquentes avec tous les chefs de département et de programme, en mettant l'accent sur les principes de la responsabilité et de la délégation des pouvoirs, sur la nécessité d'assurer une plus grande cohérence des politiques et des programmes au sein du Secrétariat, et sur l'importance du travail en équipe et de communications continues pour éviter les doubles emplois et accroître l'impact de nos travaux. Des groupes sectoriels (sous- cabinets) ont été créés pour définir l'orientation générale et assurer la coordination dans quatre domaines clefs de l'activité de l'Organisation : paix et sécurité, secours humanitaires, affaires économiques et sociales, et opérations de développement.

Ces groupes ne s'intéressent pas seulement aux activités du Secrétariat central, mais également à celles des divers programmes et fonds qui font partie de l'Organisation. Ils se réuniront une fois pas semaine et permettront, à certains égards pour la première fois, des échanges réguliers et systématiques entre différentes entités de l'Organisation qui oeuvrent à la réalisation d'objectifs connexes.

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Le deuxième élément de ma stratégie de réforme se fonde sur ces mesures et a pour objectif une simplification et une rationalisation sensibles des structures administratives. J'ai déjà préparé le terrain pour une série d'examens dans chacun des grands domaines d'activité de l'Organisation.

Le troisième élément reflète le fait que je ne serai pas seul pour mener la réforme. Je travaillerai en étroite coopération avec les États Membres engagés dans un processus parallèle. S'il existe des chevauchements d'activités dans le système des Nations Unies, c'est en partie parce que les gouvernements ont créé des organismes dont les activités font double emploi avec celles des Nations Unies, et seuls les gouvernements peuvent les éliminer. J'ai déjà commencé à travailler en étroite collaboration avec le Président de l'Assemblée générale pour être sûr que nous poursuivons les mêmes objectifs. Je dois prendre soin de ne pas porter atteinte aux prérogatives des gouvernements. Mais je n'hésiterai pas à leur faire part de mes idées quand je penserai contribuer ainsi à faciliter les transactions et à faire progresser le processus en cours.

Mon rapport sur la réforme de l'Organisation sera prêt à la fin du mois de juillet 1997, et j'engagerai alors des consultations avec les États Membres en vue de présenter des propositions à l'Assemblée générale lors de sa cinquante-deuxième session. Pour que la réforme aboutisse, il est essentiel qu'elle fasse l'objet d'un consensus.

J'ai nommé M. Maurice Strong, spécialiste bien connu des réformes, qui a une expérience à la fois de l'ONU et du secteur privé, Coordonnateur exécutif de la réforme de l'Organisation des Nations Unies. Sous ma direction, il coordonnera tous les aspects du processus de réforme, en étroite collaboration avec le Secrétaire général adjoint, M. Connor, ancien Président-Directeur général de Price Waterhouse, qui est à l'heure actuelle chargé de la gestion du Secrétariat.

Quand les Américains songent à une réforme de l'Organisation des Nations Unies, ils ne pensent pas seulement aux réformes que le Secrétaire général peut introduire lui-même. Prenons par exemple la question du Conseil de sécurité : très nombreux sont les gouvernements qui estiment que la composition du Conseil et le nombre de ses membres reflètent la situation politique qui prévalait en 1945. Ils estiment donc que le Conseil devrait être élargi, pour être plus représentatif, de façon à mieux refléter la situation géopolitique actuelle. Je partage ce point de vue. Mais c'est bien aux États Membres qu'il appartient de décider de la nature et de l'étendue de la réforme du Conseil de sécurité. J'espère que le long débat qui se poursuit sur ce sujet parviendra à son terme cette année.

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De même, les Américains estiment que leur quote-part est trop lourde. Mais le barème des quotes-parts a été établi de concert avec le reste du monde. Essentiellement, il reflète le poids des États-Unis dans l'économie mondiale. Si les États-Unis étaient un pays plus pauvre, l'ONU leur demanderait moins. Pourtant, cette formule n'est pas sacro-sainte. Les États-Unis peuvent négocier pour eux-mêmes une quote-part plus faible — mais ils doivent pour cela persuader les autres États Membres. Je suis tout disposé à faciliter ce processus, mais c'est une tâche qui incombe à la diplomatie américaine et non pas au Secrétaire général.

La crise financière de l'Organisation des Nations Unies et la dette des États-Unis sont une autre question qu'il nous faut aborder ouvertement. Certains m'ont conseillé d'être très réservé à ce sujet. Mais je sais que la plupart des Américains ne sont pas satisfaits de voir que leur pays passe pour ne pas tenir sa parole, et nombreux sont ceux qui espèrent voir ce problème résolu rapidement. Soyons clairs : les dettes des États-Unis sont le résultat d'un processus qui n'a rien d'occulte, qui est l'oeuvre de tous les États Membres, et auquel les États-Unis ont librement participé. Les États-Unis jouent un rôle décisif dans la façon dont fonctionne l'Organisation des Nations Unies. Mais elle ne peut fonctionner sans les contributions de ses Membres.

Il faut bien comprendre d'abord que la crise actuelle de l'Organisation des Nations Unies ne saurait être surmontée par un rafistolage du budget, ou par de meilleures techniques de gestion de la trésorerie. Il s'agit plutôt d'une crise politique — d'un manque de confiance dans l'Organisation.

En ma qualité de Secrétaire général, je me suis engagé à rétablir cette confiance.

Le monde doit disposer d'une organisation internationale efficace. Une Organisation des Nations Unies plus adaptée aux besoins de la communauté internationale, ayant des priorités bien définies et des moyens efficaces de réagir aux crises et aux urgences internationales. Une Organisation qui soit bien gérée, plus ouverte, plus transparente, dont l'organigramme soit simplifié et qui rende des comptes plus précis. Une telle organisation, cadrant mieux son action, peut obtenir plus de résultats avec moins de ressources.

Et cette organisation doit mieux servir les États Membres. Prenons le maintien de la paix. Ce sont les États Membres, et non le Secrétaire général, qui décident de lancer des opérations de maintien de la paix. Mon rôle consiste à aider le Conseil de sécurité à parvenir à une décision, à appliquer au mieux cette décision, et à rendre compte intégralement et honnêtement de l'opération menée, en faisant des recommandations sur les décisions ultérieures à prendre.

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Les États-Unis sont directement intéressés au succès des opérations de maintien de la paix. Ces dernières années, nous avons été témoins d'exemples de barbarie et d'iniquité qui ont atteint une échelle qu'après la seconde guerre mondiale, on espérait ne plus jamais revoir.

Si l'Organisation des Nations Unies n'existait pas, l'opinion publique mondiale devrait selon toute vraisemblance se tourner vers l'unique superpuissance qui existe encore. Au lieu de cela, l'Organisation des Nations Unies donne aux États-Unis et aux autres pays un moyen de se partager les responsabilités de la paix et de l'ordre dans le monde, et donc d'en partager le coût politique, le fardeau financier et les risques sur le plan humain.

Si la guerre marque l'échec de la diplomatie, alors, sûrement, la diplomatie, aussi bien bilatérale que multilatérale, est notre première ligne de défense. N'importe quel militaire de haut rang vous dira que sans une vigoureuse défense, il ne saurait y avoir d'offensive. À ce jour, le monde consacre des milliards de dollars à la préparation de la guerre. Ne devrions-nous pas consacrer un milliard ou deux à la préparation de la paix? Renforcer cette ligne de défense essentielle n'est d'ailleurs pas très coûteux. L'action des Nations Unies en matière de diplomatie préventive peut éviter le coût immense de la guerre, son lourd tribut de vies humaines et son prix énorme.

En même temps, l'Organisation des Nations Unies doit être à même de résoudre les grands problèmes du développement économique et social de demain. Ce sont là des préoccupations essentielles pour la majorité des Membres de l'Organisation.

La mondialisation de l'économie est, sans aucun doute, la tendance de l'avenir. Mais cette mondialisation comporte le risque d'une marginalisation de régions tout entières. Je pense à l'Afrique, à la gravité de ses problèmes, mais aussi à son potentiel considérable.

La seule instance où se réunissent tous les pays du monde — riches et pauvres, petits et grands — l'Organisation des Nations Unies, ne peut éviter d'être un acteur majeur du développement économique et social. Elle n'entre aucunement en concurrence avec la Banque mondiale ou avec le Fonds monétaire international, car nos efforts sont nécessairement complémentaires.

La mondialisation est une source de défis nouveaux pour l'humanité. Le Président Clinton a souligné qu'il faut que les nations travaillent ensemble pour résoudre les problèmes nouveaux de caractère mondial. Je suis d'accord avec lui : agissons ensemble, nous serons plus forts, moins vulnérables devant chaque calamité. Mais nous devons nous aider les uns les autres. Pour citer un grand homme d'État, le Président François Mitterrand, "si nous cédons à l'illusion qu'il nous suffit de rendre la planète inhabitable pour quelques-uns, elle finira par être complètement inhabitable."

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Seule une organisation mondiale est capable de relever ces défis mondiaux. Je dis au peuple américain : vous avez déjà une telle organisation, c'est l'Organisation des Nations Unies.

Les grandes tâches de la communauté internationale ne s'amenuisent pas avec le temps. Au contraire, elles deviennent plus urgentes, plus difficiles. La menace constante du terrorisme, des troubles civils, des conflits ouverts et de la dégradation de l'environnement nous rappelle que le monde est fragile, frappé d'incertitude, parfois brutal.

Pour accomplir ces grandes tâches, il faut de la confiance, la coopération de tous les partenaires, l'engagement résolu de tous : les gouvernements, les parlementaires, les organisations régionales et internationales, les organisations non gouvernementales, les médias, le public — bref, tous ceux qui constituent les Nations Unies.

Aujourd'hui, je vous demande de m'accorder votre coopération. Je vous demande à tous de réaffirmer votre adhésion aux idéaux de la Charte. Les nobles ambitions qui, il y a 50 ans, ont poussé les pères fondateurs à créer l'Organisation des Nations Unies, restent d'une grande pertinence à ce jour, plus que jamais sans doute.

Là où subsistent des différends, examinons-les en toute franchise. Mettons un terme aux accusations mutuelles et aux invectives.

L'imminence du nouveau millénaire nous offre à tous une chance extraordinaire. Oublions les occasions perdues de ces dernières années. Travaillons ensemble à édifier un monde dont nous soyons fiers.

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À l’intention des organes d’information. Document non officiel.