SG/SM/6014

LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL SOULIGNE QUE RIEN NE DEVRAIT EMPECHER L'ADOPTION CETTE ANNÉE D'UN TRAITÉ D'INTERDICTION COMPLETE DES ESSAIS D'ARMES NUCLÉAIRES

9 juillet 1996


Communiqué de Presse
SG/SM/6014
DC/2558


LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL SOULIGNE QUE RIEN NE DEVRAIT EMPECHER L'ADOPTION CETTE ANNÉE D'UN TRAITÉ D'INTERDICTION COMPLETE DES ESSAIS D'ARMES NUCLÉAIRES

19960709

On trouvera ci-après le texte de la déclaration faite le 1er juillet, à Genève, par le Secrétaire général, M. Boutros Boutros-Ghali, devant le Conseil consultatif pour les questions de désarmement :

Je me félicite de pouvoir être avec vous aujourd'hui et vous faire part de mes vues sur différentes questions relatives au désarmement et à la sécurité. Cet éminent Conseil joue un rôle important en ce qu'il émet des idées originales, d'actualité et pratiques sur les débats qui ont actuellement lieu sur la scène internationale.

Je vous félicite, Monsieur le Président, de présider cette réunion, comme je vous y ai invité, et vous en remercie. Vos qualités exceptionnelles sont bien connues, tant de moi-même que du Conseil. Je me réjouis en particulier à la perspective d'entendre vos commentaires sur les activités novatrices du Groupe d'experts gouvernementaux sur les armes légères dont la première session, que vous avez également présidée, s'est achevée vendredi.

J'ai rencontré nombre d'entre vous au cours de réunions passées du Conseil mais certains visages me sont encore inconnus. Je voudrais souhaiter la bienvenue à trois nouveaux membres : M. Tshinga Judge Dube, du Zimbabwe, M. Yuri Kliukin, de la Fédération de Russie et Mme Wangari Maathai, du Kenya. Les débats auront tant à gagner de vos compétences et de votre expérience. Je suis particulièrement heureux de constater que davantage de femmes font désormais partie du Comité.

Les fondateurs de l'Organisation des Nations Unies avaient une vision, qui a toujours été notre source d'inspiration, d'une communauté mondiale pacifique dont les membres n'utiliseraient pas la force armée pour atteindre leurs objectifs politiques, qui s'efforcerait de réduire au minimum le rôle des armes et d'utiliser au mieux les ressources de la planète pour assurer le progrès économique et social. Cette vision a guidé les activités menées par l'Organisation des Nations Unies dans le domaine du désarmement et elle doit continuer de vous inspirer lorsque vous examinez les questions en constante évolution et toujours plus vastes liées au désarmement.

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Je voudrais étudier plus avant avec vous le rôle de l'ONU en la matière. Au préalable, cependant, un mot de mise en garde. Le Conseil ne se réunit qu'une fois cette année pour des raisons financières. L'ONU subit les effets des compressions. Confrontée à une grave crise financière, elle n'en doit pas moins toutefois exécuter du mieux qu'elle peut les nombreux programmes dont les États Membres lui ont confié l'application. Si l'on veut que les idées examinées ici aient un impact, il ne faut pas négliger ces réalités.

Pendant près d'un demi-siècle, l'Organisation des Nations Unies a fait des progrès concrets pour atteindre l'un de ses objectifs : un monde qui ne serait pas menacé par les armes nucléaires. Nous sommes sur le point de parvenir à un accord sur un autre événement décisif connexe : l'adoption du traité d'interdiction des essais d'armes nucléaires. Vendredi dernier, à l'issue de la deuxième partie de la Conférence du désarmement, le Président du Comité spécial sur l'interdiction des essais nucléaires a présenté un nouveau projet de traité. Les questions non résolues, bien que cruciales, ne sont guère nombreuses. Les gouvernements devront réfléchir attentivement à ces questions tout au long du mois. Je continuerai à engager tous les gouvernements à ne pas ménager leurs efforts et à faire preuve d'une grande souplesse et montrer un esprit de compromis afin que le projet soit adopté dès le début de la troisième partie de la session, à la fin de ce mois.

Permettez-moi de rappeler une fois encore ce que j'ai souligné dans les messages adressés aux négociateurs de la Conférence , à savoir que rien ne devrait empêcher l'adoption du traité cette année, conformément aux souhaits de l'Assemblée générale à sa cinquantième session.

L'interdiction des essais d'armes nucléaires sera un pas en avant sur la voie du désarmement nucléaire et de la non-prolifération des armes nucléaires. Elle dépréciera encore le rôle de ces dernières dans la sécurité internationale. Elle viendra compléter l'oeuvre accomplie au niveau bilatéral depuis la fin de la guerre froide. Ses dispositions prévoyant un contrôle strict de son respect élargiront la portée de la coopération internationale dans le domaine nucléaire.

L'interdiction des essais nucléaires sera donc une victoire tant pour les nations nucléaires que non nucléaires. Elle permettra aux parties au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires d'honorer l'engagement solennel pris en 1995 d'interdire les essais nucléaires cette année. Elle renforcera le régime de non-prolifération en général et la volonté des parties de respecter les dispositions du Traité. Le processus d'examen du Traité pourra ainsi, en 1997, être constructif dès le début.

Le traité d'interdiction des essais nucléaires constituera également un remarquable succès pour la diplomatie multilatérale et les négociateurs de la Conférence du désarmement. Il sera le couronnement de trois décennies d'efforts et sera le deuxième traité d'importance mondiale, après la Convention sur les armes chimiques, à être conclu par la Conférence au cours de cette décennie.

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Les parties ont fait du Secrétaire général leur dépositaire. Ce dernier est donc chargé avant tout d'être le garant légal du traité et d'en suivre l'adhésion mais ses responsabilités sont également d'ordre politique. Je me suis engagé à offrir mes bons offices pour assurer l'adhésion universelle aux dispositions du Traité.

Je suis prêt à entamer les consultations qui permettront de décider de la

date la plus appropriée pour convoquer une reprise de la cinquantième session, recevoir le traité et l'ouvrir à la signature. Dans la mesure où des ressources seront disponibles, j'ai également proposé que l'Organisation des Nations Unies collabore à la création d'un organe de suivi du traité à Vienne.

Le traité d'interdiction des essais d'armes nucléaires ne doit pas être un élément isolé. Le désengagement et la réduction des arsenaux nucléaires doivent également se poursuivre. Des réductions sont en cours aux termes du premier Traité sur la réduction et la limitation des armements stratégiques offensifs (START I). Il est essentiel que la Fédération de Russie et les États-Unis d'Amérique s'engagent à appliquer pleinement les dispositions de START II et j'invite instamment la Russie à ratifier cet accord. Tant qu'il y aura des armes nucléaires, les États qui se sont engagés à renoncer à ce type d'armes auront le droit d'obtenir de véritables assurances en matière de sécurité. Un arrêt de la production de matières fissionables pourrait également contribuer à renforcer le régime de non-prolifération nucléaire.

Les efforts régionaux ont porté leurs fruits au cours de l'année écoulée. Mon propre continent, l'Afrique, est maintenant une zone exempte d'armes nucléaires. Les nations de l'Asie du Sud-Est ont conclu un accord similaire. L'ensemble de l'hémisphère Sud est maintenant exempt d'armes nucléaires. L'espoir grandit de voir ces exemples positifs servir d'inspiration à d'autres régions - je parle notamment du Moyen-Orient - afin que l'on puisse débarrasser le monde des armes nucléaires.

Je voudrais maintenant passer des questions de "macrodésarmement" à celles de "microdésarmement".

Les instruments de choix dans la plupart des conflits actuels sont les armes individuelles et les armes légères. Abondantes et bon marché, elles tuent des milliers de gens. "Kalashnikov" est un mot que l'on connaît partout dans le monde. Les mortiers et les missiles antiaériens portables sont devenus courants. Les mines terrestres antipersonnel, assassins durables et silencieux, existent toujours. Les combattants ne sont cependant plus des soldats réguliers mais font partie de milices et de bandes armées. Les images dramatiques d'adolescents brandissant leurs armes ne choquent plus.

C'est ainsi que se présentent désormais les guerres. Le défi est de trouver des réponses novatrices et constructives. Le Gouvernement et le peuple maliens offrent un exemple positif à cet égard.

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En 1993, le Président du Mali m'a informé de l'afflux illicite de nombreuses armes individuelles dans son pays et a demandé à l'Organisation des Nations Unies de l'aider à les rassembler. En 1994, une mission consultative a identifié certaines des sources et souligné la nécessité de renforcer les mécanismes de sécurité intérieure. Une mission de suivi dans d'autres pays de la région en 1995 a confirmé la nécessité d'adopter une approche mettant l'accent avant tout sur la sécurité.

Parallèlement à ces efforts, un accord de paix a été conclu, en vertu duquel les rebelles touaregs étaient tenus de remettre leurs armes. Le Président du Mali, M. Konare, a lancé un nouvel appel à l'Organisation des Nations Unies, lui demandant cette fois de prêter son concours afin de rassembler et de détruire près de 3 000 armes légères. Il y a exactement quatre mois, à Tombouctou (certains d'entre vous en ont été les témoins), ces armes, disposées en tas, ont été volontairement

détruites par le feu, symbolisant ainsi de manière éclatante la fin du conflit. L'Organisation s'est réjouie de prendre part à cet événement, et continue d'aider activement le Mali à mettre en oeuvre l'accord de paix.

L'expérience menée par l'Organisation des Nations Unies au Mali montre que la communauté internationale est consciente de la nécessité d'accorder davantage d'attention au microdésarmement.

La Commission du désarmement a adopté des directives sur les transferts d'armes, ce qui constitue la première mesure au niveau multilatéral permettant d'exercer un contrôle sur la question épineuse du transfert d'armes illicite. Je félicite le Japon de l'initiative qu'il a prise au sein du groupe d'experts gouvernementaux sur les armes légères et le remercie du soutien qu'il apporte à cet organe essentiel.

En Afrique centrale, des États ont proposé la création d'un registre régional des armes, afin d'accroître la transparence dans le domaine militaire. Cette mesure de confiance mérite l'appui le plus large possible.

Comme vous le savez, je soutiens activement l'interdiction de toutes les mines terrestres antipersonnel. De plus en plus d'États ont interdit unilatéralement le transfert ou l'emploi des mines. Ils devraient aussi intensifier leur assistance financière ou technologique pour aider les pays à mener des opérations de déminage et à perfectionner les techniques s'y rapportant.

Les 28 et 29 juin, j'ai assisté au sommet du Groupe des Sept, au cours duquel le Ministre italien des affaires étrangères, Lamberto Dini, dans une déclaration faite à la presse, s'est réjoui de l'intention du Japon et du Canada de tenir, au début de l'année prochaine, une conférence internationale qui s'inscrirait dans la perspective de l'action menée en faveur d'une interdiction totale de la production et de l'emploi des mines terrestres antipersonnel.

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En outre, j'invite instamment toutes les parties à ratifier le protocole révisé sur les mines terrestres. L'accord relatif au Protocole révisé II a créé un nouveau précédent dans le domaine du droit humanitaire international et de la réglementation internationale des armements. Pour la première fois, une disposition interdit le transfert de toutes les mines terrestres antipersonnel non détectables. Les dispositions concernant la protection des opérations de maintien de la paix et des missions humanitaires ont été renforcées, et le mécanisme d'examen des conférences annuelles permettra de maintenir l'élan en faveur du perfectionnement du protocole et de l'interdiction pure et simple des mines.

En 1995, le Conseil d'administration a tenu un débat utile relatif à la convocation d'une quatrième session extraordinaire de l'Assemblée générale consacrée au désarmement. En mai, la Commission du désarmement a achevé l'examen de cette question. L'opportunité de tenir une quatrième session extraordinaire semble faire l'unanimité.

L'Organisation des Nations Unies s'emploie tout particulièrement à mobiliser l'attention de l'ensemble de la communauté internationale sur les questions pressantes du monde d'aujourd'hui, comme l'ont montré les différentes grandes conférences qui se sont tenues récemment. J'attache une grande importance à cette fonction.

Le consensus qui a débouché sur la Déclaration finale de la première

session extraordinaire consacrée au désarmement était, d'un point de vue historique, d'une importance capitale. Bien que la course aux armements fît toujours rage, la communauté internationale a profité d'une période de détente entre les deux plus grandes puissances pour mobiliser l'opinion mondiale en faveur du désarmement.

Certains éléments du plan d'action adopté à cette session, qui portent sur des questions d'ordre nucléaire et sur les armes chimiques, biologiques et classiques, continuent d'être appliqués quotidiennement. Cependant, des divergences subsistent quant à savoir si, la guerre froide étant finie, la Déclaration reste adaptée à la situation actuelle.

Les deuxième et troisième sessions extraordinaires, tenues en 1982 et 1988, ont été des succès relatifs. Cependant, pour différentes raisons, que vous avez examinées au cours de vos débats, il n'a pas été possible de venir à bout des divergences de vues divisant les États Membres sur certaines questions essentielles. La prochaine session extraordinaire doit être constructive et positive tant du point de vue de l'analyse du passé que du point de vue de l'orientation de l'avenir.

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La Déclaration finale de 1978 a été rendue possible en grande partie grâce à une préparation minutieuse. Le Comité préparatoire avait tenu cinq sessions à cette fin. Il se pourrait que l'on procède de la même manière pour la session extraordinaire envisagée. La date exacte de la session pourrait rester en suspens pendant que les préparatifs se poursuivraient. La teneur et le déroulement de ces travaux permettraient de déterminer le moment propice à la convocation de la session, afin d'en assurer le succès.

Le désarmement est une affaire de dimension mondiale, et qui intéresse chaque État, les organisations régionales et l'ensemble de la communauté internationale. L'Organisation des Nations Unies est, au niveau mondial, la seule instance dotée du cadre et du mandat voulus pour faire face à la menace que représentent les armes nucléaires et les autres armes de destruction massive. La sécurité humaine sous tous ses aspects exige que nous menions à bien cette entreprise capitale.

J'attends avec intérêt vos points de vue sur ces questions et vous souhaite plein succès dans vos travaux.

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