Soixante-quatrième session
8e séance plénière* – matin
SOC/4932

Commission du développement social: comment le système onusien joue son rôle de chef de file dans la mise en œuvre de solutions politiques

Au quatrième jour de sa session annuelle, la Commission du développement social (#CSocD64) a réuni, ce matin, de hauts responsables du système des Nations Unies dans le cadre d’un dialogue interactif porté par le slogan « Unis pour l’inclusion », avant une après-midi consacrée au débat général.

Cette rencontre a rassemblé des représentants clefs des agences, fonds et programmes de l’ONU afin d’examiner les « priorités d’un développement social transformateur », ainsi que les moyens de renforcer la cohérence, la coordination et l’impact des actions du système des Nations Unies dans la mise en place de solutions politiques inclusives et intégrées. 

Au cours des débat, modérés par Mme Bjørg Sandkjær, Sous-Secrétaire générale à la planification des politiques au Département des affaires économiques et sociales (DESA), les intervenants se sont appuyés sur les directives de la Déclaration politique de Doha vue comme un nouvel élan pour renforcer le multilatéralisme et agir collectivement.  Ce texte, adopté en novembre dernier au Qatar, 30 ans après le Sommet mondial pour le développement social de Copenhague, se veut « un catalyseur pour le développement » et un projet conçu « pour les peuples », a-t-on rappelé. 

La Déclaration politique de Doha désignant les commissions économiques régionales de l’ONU comme principaux organes de suivi, celles-ci étaient toutes représentées pour marquer leur détermination à agir. 

Les priorités pour un développement social transformateur

Lors de la première partie de la discussion, les intervenants ont réfléchi notamment aux meilleurs moyens de mettre en œuvre la récente Déclaration politique de Doha et de renforcer l’aide aux grandes régions économiques afin d’y promouvoir le développement social.

Il y a une « responsabilité collective » à mettre en œuvre ladite Déclaration, a reconnu M. Gilbert Houngbo, de l’Organisation internationale du Travail (OIT), afin d’éradiquer la pauvreté et promouvoir des emplois décents et l’inclusion sociale. Les chiffres qu’il a donnés sont parlant: près de 400 millions de personnes dans le monde sont prêtes à travailler mais ne trouvent pas un emploi; près de 2 milliards de personnes travaillent dans le secteur informel; le taux de chômage mondial est de 4,9%. 

Les suivis régionaux de la mise en œuvre

« L’OIT va suivre de près la mise en œuvre de la Déclaration politique de Doha et soutenir les pays dans le renforcement de leur système de protection sociale », a assuré M. Houngbo. Dans le même sens, M. Claver Gatete, de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), a dit que l’Afrique est prête à se mettre au travail pour mettre en œuvre la Déclaration.  Et le travail à faire est conséquent: beaucoup de pays en Afrique n’atteindront pas les objectifs de développement durable (ODD) d’ici à 2030.  De plus, les systèmes de protection sociale des pays africains sont fragmentés et sous-financés, tandis que les politiques d’accès à l’éducation ne sont pas harmonisées. M. Gatete a notamment appelé à investir pour la création d’emplois décents. 

En Europe, on constate des changements sociétaux profonds, a relevé Mme Tatiana Molcean, de la Commission économique pour l’Europe (CEE), en parlant du creusement des inégalités et du vieillissement de la population.  Elle a détaillé l’action de la Commission visant à promouvoir la solidarité intergénérationnelle.  La Commission aide ainsi les pays à modifier leurs marchés du travail et leurs systèmes de protection sociale pour s’adapter au vieillissement.  « Nous suivons également de près les engagements des membres pour répondre aux difficultés de logement. »  La Déclaration politique de Doha désigne les commissions économiques régionales comme principaux organes de suivi, a-t-elle rappelé en assurant elle aussi de sa détermination à aider les États à la mettre en œuvre.

La Déclaration de Doha est également importante pour l’Amérique latine et les Caraïbes eu égard aux défis colossaux de la région, a enchaîné M. Jose Manuel Salazar-Xirinachs, de la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC).  La protection sociale est un élément essentiel des sociétés modernes, a-t-il dit, en se félicitant que cela ait été rappelé avec force à Doha.  « Cette Déclaration contient tous les ingrédients pour changer la donne et son suivi doit être une priorité. »  Il a rappelé les « pièges » qui entravent le développement social dans la région, à savoir une « croissance faible, une cohésion sociale faible, des institutions faibles et une structure de production très hétérogène ».  Nous œuvrons à une stratégie régionale de développement social, sous l’égide de la présidence du Brésil, pour assurer le suivi de cette Déclaration, a-t-il assuré.

Mme Armida Salsiah Alisjahbana, de la Commission économique et sociale pour l’Asie et le Pacifique (CESAP), a souligné que la protection sociale est un outil éprouvé et efficace pour réduire la pauvreté et les inégalités, et que son rôle est plus crucial que jamais face aux risques engendrés par les changements climatiques.  Cinquante-cinq pour cent de la population de la région Asie-Pacifique bénéficie désormais d’au moins une prestation de protection sociale, s’est-elle félicitée.  En outre, les évolutions démographiques, telles que le vieillissement de la population, la migration des jeunes et l’évolution des structures familiales, appellent des politiques favorisant la solidarité intergénérationnelle.  La transformation de l’économie des services à la personne est tout aussi importante, de même que la coopération régionale, a-t-elle conclu. 

Des sentiments mitigés sur la Déclaration de Doha, mais un fort soutien

Parlant enfin pour la Commission économique et sociale pour l’Asie occidentale (CESAO), M. Mourad Wahba a prévenu que ses propos seraient peut-être perçus comme « inattendus ».  Il a en effet confié des sentiments mitigés s’agissant de la Déclaration politique de Doha.  S’il a dit sa fierté que cet accord « remarquable » ait été obtenu sous l’égide d’un pays arabe, il s’est demandé pourquoi davantage n’a pas été fait depuis 1995 (premier Sommet mondial pour le développement social, à Copenhague).  Depuis cette date, nous avons en effet régressé, a-t-il constaté, en rappelant que 40% de la population de la région arabe connaît la faim. « Notre capacité à alléger les souffrances a décru. »  Cette Déclaration reconnaît nos lacunes et nous encourage à réaffirmer nos ambitions, a-t-il néanmoins affirmé, en estimant qu’un changement est possible.

« Alors que les États Membres entament le travail acharné de la mise en œuvre de la Déclaration de Doha, l’UNRISD est prêt à vous soutenir, par des preuves, une analyse rigoureuse et des plateformes de dialogue », a ensuite promis Mme Magdalena Sepúlveda Carmona, de l’Institut de recherche des Nations Unies pour le développement social (UNRISD), avant d’énoncer trois priorités: renforcer la protection sociale universelle et fondée sur les droits ainsi que les services publics; assurer des transitions justes et inclusives face aux perturbations climatiques, et bâtir une gouvernance économique plus équitable et élargir l’espace budgétaire. S’agissant de cette dernière priorité, la dirigeante a plaidé pour une fiscalité progressive, la limitation de l’évasion fiscale, la restructuration responsable de la dette et des budgets alignés sur les droits humains et la durabilité. 

Les délégations qui ont participé à la discussion ont largement souligné le rôle irremplaçable de l’ONU dans la mise en œuvre des priorités de développement social.  Les Philippines, par exemple, ont reconnu le besoin d’un soutien ciblé de l’ONU.  Le Malawi a redit l’importance de cet appui pour renforcer les capacités nationales. « Les réformes de l’ONU doivent permettre d’accroître l’efficacité de son action. » 

L’ONU doit continuer de montrer la pertinence de son action, a appuyé l’Égypte, en ajoutant qu’elle croyait en elle.  Le Qatar a fait part de sa conviction que le développement social ne peut découler que des efforts concertés de tous les acteurs, des agences onusiennes au secteur privé.  Cuba, convaincue elle aussi du rôle crucial de l’ONU dans ce domaine, s’est malgré tout inquiétée des contraintes structurelles à son développement, telles que l’embargo imposé par les États-Unis. 

Le rôle de chef de file du système onusien dans la mise en place de solutions politiques « inclusives et intégrées »

La seconde table ronde a mis en évidence un constat largement partagé: face à des politiques publiques fragmentées, l’écart entre les engagements internationaux et les réalités quotidiennes continue de se creuser, mettant l’inclusion à rude épreuve.  La question centrale posée aux participants a été de savoir comment faire en sorte que l’inclusion débouche sur de réelles opportunités.

La contribution du système des coordonnatrices et coordonnateurs résidents a été mise en avant par Mme Rosemary Kalapurakal, Directrice adjointe au Bureau de la coordination des activités de développement (BCAD), qui a rappelé que ce système est appuyé par les équipes de pays, les gouvernements et les partenaires.  C’est un véritable « hub de coordination ».  À titre d’exemple, elle a cité l’appui à l’initiative « Haya Karima » lancée par l’Égypte pour le développement des villages de campagne, illustrant la capacité du système onusien à fédérer les acteurs autour de priorités nationales intégrées.

Dans la même ligne, Mme Diene Keita, Directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), a rappelé que « concrétiser la vision de Doha exige des approches centrées sur les personnes, fondées sur les droits et menées par les pays », soulignant que l’individu constitue le « tissu même de la société ».  À cet égard, M. Marcos Neto, Administrateur assistant du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), a rappelé qu’« une jeune femme en milieu rural ne dissocie pas sa santé, sa sécurité alimentaire, ses droits et son emploi, mais en fait l’expérience simultanément ».

D’où la nécessité d’œuvrer « conjointement », qui s’est confirmée au cours de la discussion avec les États Membres.  Il faut, a-t-on entendu, concevoir et financer conjointement les systèmes de santé, de protection sociale, d’emploi et de sécurité alimentaire. 

Interrogés par l’Iraq sur les bénéfices économiques de systèmes efficaces de protection sociale, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et le PNUD ont répondu que ces investissements ne constituent pas un coût, mais un levier de résilience, de productivité et de croissance à fort rendement.  Idem pour la santé, selon le Directeur général de l’OMS, M. Tedros Adhanom Ghebreyesus: « la santé n’est pas un coût, mais un investissement fondamental pour une croissance inclusive, la justice sociale et la stabilité ».

L’égalité des genres et les PME, moteurs du progrès

L’égalité des genres non plus n’est pas un coût, mais un accélérateur du développement, a renchéri Mme Nyaradzayi Gumbonzvanda, Directrice exécutive adjointe d’ONU-Femmes, après avoir informé que 351 millions de femmes et de filles pourraient encore vivre dans l’extrême pauvreté d’ici à 2030.  Plusieurs orateurs ont alerté à cet égard sur la persistance d’inégalités structurelles, rappelant que les femmes restent sous-représentées sur le marché du travail tout en assumant une part disproportionnée du travail domestique non rémunéré.

Les données transmises par ONU-Femmes ont été vues comme un frein majeur à la cohésion sociale, à la productivité et à la réalisation des objectifs de développement durable (ODD).  Pour remédier à la situation, la Tanzanie a par exemple plaidé pour une autonomisation conjointe des femmes et des hommes.

Les débats ont également mis en lumière le rôle des petites et moyennes entreprises (PME), qualifiées par le PNUD d’épine dorsale de l’économie locale.  De même, les activités informelles doivent être vues et transformées en moteurs de croissance inclusive.

L’influence de la démographie et le potentiel de l’agriculture

Le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) a rappelé qu’il était impossible d’éliminer la pauvreté sans tenir compte des changements démographiques.  La collecte et l’analyse de données démographiques ventilées ont été présentées comme indispensables à l’élaboration de politiques fondées sur des preuves, conformément à la Déclaration politique de Doha et au Programme d’action de la Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD). 

Abordant enfin l’intelligence artificielle et les avancées technologiques, le FNUAP a insisté sur la nécessité de combler la fracture numérique et de veiller à ce que le progrès technologique donne du pouvoir aux populations, sans les exclure ni leur nuire.

Dans le même esprit, les débats ont mis en avant le potentiel des systèmes agroalimentaires pour une croissance inclusive. Selon les données de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), 44% des jeunes actifs dans le monde travaillent dans ces systèmes, tandis que plus de 20% des jeunes demeurent exclus de l’emploi, de l’éducation ou de la formation.  Combler ces écarts pourrait accroître le PIB mondial d’environ 1 500 milliards de dollars, tandis que la réduction des inégalités de genre pourrait générer jusqu’à 1 000 milliards de dollars supplémentaires, a détaillé M. Máximo Torero Cullen, Économiste en chef à la FAO. 

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* En raison de la crise de liquidités qui affecte l’Organisation des Nations Unies, la Section des communiqués de presse n’a pas pu couvrir la 7e séance plénière.

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