10205e séance – matin  
CS/16426

Au Conseil de sécurité, des appels à une coopération accrue face à la menace persistante que fait peser Daech sur la paix et la sécurité internationales

Venue présenter, ce matin, au Conseil de sécurité, le vingt-troisième rapport semestriel du Secrétaire général concernant la menace que Daech (EIIL) fait peser sur la paix et la sécurité internationales, la Cheffe du Bureau du Secrétaire général adjoint à la lutte antiterroriste, Mme Oguljeren Niyazberdiyeva, a confirmé que, malgré les pertes subies par son leadership et les perturbations affectant son commandement central, ce groupe a su s’adapter grâce à ses réseaux décentralisés et à l’évolution de ses tactiques. 

« Bien que sa structure soit de plus en plus dispersée, Daech conserve sa résilience, ses groupes affiliés étant unis par une idéologie commune », a expliqué cette haute fonctionnaire du Bureau de lutte contre le terrorisme, précisant que le groupe continue d’exploiter les environnements sécuritaires fragiles et les conflits armés qui se prolongent. 

Daech toujours menaçant en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie du Sud   

La menace qu’il représente reste particulièrement aiguë dans certaines régions d’Afrique, notamment au Sahel et dans le bassin du lac Tchad.  Ainsi, la Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique demeure le groupe affilié à Daech le plus actif au monde et a démontré une capacité croissante à acquérir et à utiliser des technologies de drones commerciaux, a relevé Mme Niyazberdiyeva.  En République démocratique du Congo (RDC) et au Mozambique, les groupes affiliés continuent également de mener des attaques tout en intensifiant le recrutement et en étendant leurs zones d’activité, et ce, malgré la forte pression de la lutte antiterroriste. 

En République arabe syrienne, l’évolution du paysage politique et sécuritaire continue de remodeler la nature de la menace, a-t-elle constaté en indiquant que la fermeture du camp de Hol, en février, a accru les préoccupations en termes de sécurité, alors que l’on ignore toujours où se trouvent des milliers d’ex-combattants de Daech.  Parallèlement, en Iraq, où les capacités du groupe ont été réduites, l’enjeu consiste désormais à consolider ces acquis durement obtenus grâce à des institutions solides, une administration de la justice efficace et des efforts de réhabilitation et de réinsertion.

En Asie du Sud, enfin, l’EIIL-Province du Khorasan demeure l’une des filiales les plus opérationnelles de Daech.  « Le groupe continue de démontrer qu’il a la volonté et la capacité de soutenir ou d’inspirer des attaques au-delà de l’Afghanistan, tout en exploitant l’instabilité locale pour recruter, planifier des opérations et pérenniser ses activités ». 

Dans ce contexte, Mme Niyazberdiyeva a plaidé pour une coopération internationale accrue en matière de partage d’informations, de gestion des frontières, de justice pénale, d’enquêtes financières et de réponses coordonnées. Elle a également souligné le fait que l’exploitation croissante par Daech et ses filiales des progrès dans les domaines de l’intelligence artificielle (IA), des communications chiffrées, des plateformes numériques, des actifs virtuels et des drones impose de renforcer la gouvernance, la surveillance et la coopération internationale, y compris avec le secteur privé. 

Mme Carmen G. Cantor, Directrice exécutive adjointe de la Direction exécutive du Comité contre le terrorisme, a fait le même constat, avertissant que les groupes terroristes exploitent les réseaux sociaux et l’IA pour lever des fonds et renforcer leurs réseaux opérationnels.  De fait, « la menace que représente Daech n’a pas reculé et est maintenant dispersée et adaptée à divers contextes », a-t-elle observé, prônant une coopération internationale sur la durée et l’adoption d’une approche holistique -et non d’une réponse purement sécuritaire- afin d’agir efficacement contre ce groupe et ses affiliés. 

Inquiétude des membres africains du Conseil 

Pour la RDC, cette menace n’est pas une préoccupation abstraite mais « une tragique réalité quotidienne ».  Dans l’est du pays, a expliqué la délégation, l’évolution des Forces démocratiques alliées (ADF), passées d’un groupe armé localisé à une organisation terroriste connectée, illustre la manière dont les réseaux terroristes exploitent les conflits locaux et autres fragilités pour étendre leur influence. 

Le continent africain demeurant un théâtre majeur de l’expansion opérationnelle de l’EIIL, la représentante congolaise a demandé de soutenir davantage les efforts africains de lutte contre le terrorisme, notamment à travers un financement adéquat et prévisible, le renforcement des capacités, le partage de renseignements et une coopération régionale renforcée.  « En RDC, les groupes terroristes exploitent également les réseaux de trafics illicites et l’exploitation illégale des ressources naturelles pour financer leurs activités », a-t-elle pointé, jugeant que la lutte contre ces circuits financiers est une clef pour empêcher leur expansion. 

Dans le même ordre d’idées, le Libéria a dit miser sur une sécurité sous-régionale opérationnelle.  Les États africains sont en première ligne sur le terrain et le soutien international doit être à la hauteur de cette détermination en fournissant des ressources pérennes et prévisibles, a insisté son représentant, assurant que son pays, en collaboration avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et ses partenaires internationaux, est prêt à organiser un dialogue de haut niveau pour « bâtir un bouclier défensif unifié s’étendant du Sahel à l’Atlantique ». 

Préoccupée par « l’inquiétant glissement vers le continent africain » des activités de Daech, la Somalie a, elle, estimé que la capacité d’adaptation de Daech exige une réponse agile et unifiée.  Elle aussi a demandé un soutien aux nations africaines qui subissent de plein fouet ces menaces, non sans insister sur le besoin d’appropriation nationale de la lutte antiterroriste.  La coopération internationale doit, à ses yeux, privilégier l’assistance technique, le partage de renseignements et un soutien prévisible aux initiatives nationales de paix.  Il convient aussi de s’attaquer aux causes profondes et de privilégier la prévention, a ajouté son délégué, pour qui le développement durable, conjugué à un soutien ciblé aux États touchés, constitue la meilleure défense face à la radicalisation. 

Le Pakistan, Bahreïn et la Russie expriment leurs propres préoccupations

À son tour, le Pakistan s’est dit vivement préoccupé par la présence et les activités du groupe EIIL-Province du Khorassan en Afghanistan.  Sommant les Taliban de veiller à ce que les groupes terroristes n’utilisent pas le territoire afghan pour attaquer d’autres États, il a jugé nécessaire de renforcer la sécurité des frontières, notamment dans l’espace numérique, d’entraver le financement de ces organisations, y compris par l’usage des cryptomonnaies, et de les empêcher d’accéder à des armes sophistiquées. 

Élargissant la focale, le représentant pakistanais a aussi réclamé une « réponse mondiale » face au terrorisme d’État, lequel, a-t-il rappelé, peut prendre la forme d’occupations étrangères, telles que celles opérée par l’Inde au Jammu-et-Cachemire. 

Bahreïn a, pour sa part, condamné les « attaques terroristes injustifiées » perpétrées par la République islamique d’Iran et ses supplétifs contre les États voisins et leurs populations, appelant Téhéran à respecter pleinement les termes de la résolution 2817 (2026) du Conseil et à mettre fin aux hostilités qui compromettent la sécurité de la région. 

De son côté, la Fédération de Russie a dénoncé le « deux poids, deux mesures » des pays occidentaux en matière de lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent, notion qu’ils imposent aux autres, tout en criminalisant chez eux toute manifestation d’extrémisme.  En guise d’illustration, le délégué russe a cité le traitement judiciaire de l’explosion des gazoducs Nord Stream 1 et 2 en septembre 2022, qui a débouché sur la mise en accusation d’un ressortissant ukrainien par le parquet allemand, alors que Berlin continue de verser des dizaines de milliards d’euros au « régime de Kiev ». 

De surcroît, des armes occidentales fournies à Kiev se retrouvent entre les mains de combattants, tant en Afrique qu’en Amérique latine et au Proche-Orient, a-t-il accusé, ajoutant que les soutiens occidentaux de l’Ukraine, qui, selon lui, utilisent ce pays pour mener une « guerre par procuration » contre la Russie, « adoptent une approche similaire sur le continent africain ». 

Lutte contre le financement de Daech et respect des sanctions 

Saluant l’adoption, le mois dernier, du neuvième examen de la Stratégie antiterroriste mondiale, la France a cité, au premier rang des priorités, la lutte contre le financement du terrorisme,7 ans après l’adoption de la résolution 2462 (2019), la première à avoir mobilisé le Conseil sur cette question. Elle a été appuyée sur ce point par le Panama, selon lequel il est impératif de priver les groupes terroristes comme Daech de leurs subsides.  Pour cette délégation, il est indispensable de renforcer le renseignement financier et l’échange rapide d’informations entre États. 

La France a également réitéré son plein soutien aux travaux du Comité des sanctions créé par la résolution 1267 (1999), souhaitant qu’il fasse usage de l’ensemble des outils dont il dispose pour contrer l’action des groupes terroristes.  À cet égard, la représentante du Danemark a appelé à mettre à jour le régime de sanctions concernant Daech, regrettant en tant qu’ancienne Présidente du Comité 1267 que tous les individus proposés n’aient pas été inscrits sur sa liste.  Un grief repris par la Lettonie, pour qui le Conseil et ses organes subsidiaires doivent agir en conséquence. 

Le Chine a, elle, exhorté les autorités afghanes de facto à honorer leurs engagements en matière de lutte antiterroriste en agissant contre toutes les forces terroristes dans le pays, y compris les entités et individus inscrites sur la liste du Comité des sanctions, tandis que les États-Unis ont applaudi les États Membres dont les opérations, notamment dans le domaine financier, ont opposé des contraintes et des limitations aux activités de Daech. La déléguée américaine a ainsi souligné le rôle de chef de file de l’Iraq en matière de poursuites et d’incarcération des individus affiliées à cette organisation. 

La Grèce s’est prononcée pour une coopération public-privé renforcée et des efforts accrus pour entraver le financement du terrorisme, dans le plein respect des droits humains et des libertés fondamentales.  Dans la même veine, le Royaume-Uni a dit renforcer les capacités de lutte contre le terrorisme en Afrique de l’Ouest et au Sahel via des initiatives ciblées de partage de renseignements, notamment en appuyant des initiatives régionales telles que le Centre de lutte contre le terrorisme au Nigéria. 

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