Conseil de sécurité: l’impact des coupes budgétaires sur la police des Nations Unies préoccupe
Le Secrétaire général adjoint aux opérations de paix a prévenu, cet après-midi, au Conseil de sécurité, que la capacité du maintien de la paix à remplir ses missions sera gravement compromise en l’absence du paiement intégral et en temps voulu des contributions obligatoires des États Membres, évoquant la grave crise de liquidités que traverse actuellement l’ONU.
« L’efficacité est indispensable et nous sommes résolument engagés à identifier des marges d’économies. Toutefois, cette recherche d’efficacité ne saurait se substituer à un financement prévisible et durable du maintien de la paix », a souligné M. Jean-Pierre Lacroix, notant que le Secrétariat a mis en œuvre d’importantes mesures d’économie, notamment des réductions de personnel civil et le rapatriement de personnels militaires et de police.
En effet, sur un effectif autorisé de 7 740 policiers, seuls 4 600 sont déployés, a relevé le Pakistan, lors cette réunion avec les chefs de composantes Police des missions onusiennes.
Préoccupé par l’impact de ces coupes sur la protection des civils, M. Lacroix a indiqué que les opérations de maintien de la paix dépendent de la police des Nations Unies pour l’engagement communautaire, la réforme institutionnelle et la prévention de la violence criminelle et intercommunautaire.
La police des Nations Unies est également particulièrement bien placée pour opérer dans des environnements à forte densité de population, soutenir le renforcement des capacités des institutions de l’État de droit et contribuer à la lutte contre les activités criminelles transnationales.
En ces temps de contraintes budgétaires, M. Lacroix a aussi souligné que la professionnalisation de la police des Nations Unies au cours de la dernière décennie est un capital institutionnel essentiel à préserver et à renforcer.
Les témoignages du terrain
Les chefs des composantes Police de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) et de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS) ont confirmé ce constat.
Ainsi Mme Mamouna Ouédraogo, de la MONUSCO, a expliqué que seule la moitié des effectifs policiers autorisés par la résolution 2808 (2025) avait pu être déployée sur le terrain cette année. Concrètement cela signifie que, malgré l’insécurité en évolution rapide dans l’est de la RDC, la présence de groupes armés, les déplacements massifs et la fragilité institutionnelle, les unités de police sont concentrées à Kinshasa, Beni et Bunia, tout en maintenant une présence limitée mais essentielle à Goma.
Du côté de la MINUSS, M. Meinolf Schlotmann a fait état d’une réduction d’environ 33% du personnel en uniforme et civil. « Les gels d’embauche et l’incertitude autour des allocations pour le personnel en uniforme entravent notre capacité à attirer et à retenir l’expertise policière spécialisée, y compris les policières essentielles à une protection efficace et à une réponse aux violences sexuelles et fondées sur le genre », a-t-il déploré.
Il n’en reste pas moins que l’expérience de la MONUSCO confirme qu’une police efficace n’est pas « périphérique au maintien de la paix », mais fondamentale pour la protection des civils, la prévention des conflits, la reddition de comptes et la stabilisation durable, a argué sa cheffe de la police. Elle a été appuyée en cela par la plupart des membres du Conseil.
Une police qui fait face à de nombreux défis
À son tour, le Conseiller pour les questions de police a signalé que les campagnes de désinformation et de mésinformation ciblent de plus en plus souvent les missions de l’ONU.
Cela complique notre engagement auprès des communautés et érode la confiance des institutions des États hôtes, s’est-il inquiété.
En outre, les environnements dans lesquels nous opérons sont de plus en plus complexes et instables: la police des Nations Unies est confrontée à des réseaux criminels transnationaux organisés et sophistiqués qui exploitent la porosité des frontières, la faiblesse des institutions et les nouvelles technologies pour saper la gouvernance et alimenter les cycles de violence.
Un soutien étatique constant, des alliances stratégiques et un accent mis sur la formation et le perfectionnement professionnels sont essentiels pour que la police des Nations Unies dispose des capacités nécessaires pour anticiper, comprendre et combattre ces phénomènes, a analysé la Colombie, qui a également insisté sur l’importance de l’appropriation nationale pour assurer la réussite des processus de renforcement institutionnel et pérenniser les capacités développées.
Un appui unanime
Dans un environnement international complexe, la police des Nations Unies a su évoluer, se professionnaliser et démontrer son utilité sur le terrain, a reconnu la France. Ces acquis sont précieux. Ils doivent être consolidés et inscrits dans la durée.
Soulignant que la police des Nations Unies joue un rôle central dans la promotion de la confiance et de la solidarité avec les communautés locales, le Danemark l’a décrite comme « un pont stratégique » entre la stabilisation militaire et la paix durable.
La Grèce, Bahreïn, la Lettonie et le Royaume-Uni ont encouragé l’intégration de nouvelles technologies dans la formation et le renforcement des capacités de la police des Nations Unies dans le but d’améliorer son efficacité opérationnelle et de réduire les risques pour son personnel.
Notant que l’Afrique est l’hôtesse du plus grand nombre de missions de l’ONU et la plus grande contributrice à la composante Police des Nations Unies, les A3 (Libéria, République démocratique du Congo et Somalie) ont souligné, par la voix du Libéria que la police des Nations Unies doit avoir pour rôle principal de renforcer les capacités nationales - et non de les remplacer, un point de vue partagé par la Chine et la Fédération de Russie.
Notre message est ferme: passons de l’intervention au partenariat, de la substitution à l’autonomisation, de l’appropriation internationale à la souveraineté nationale et des structures parallèles à des services de police robustes, permanents et dirigés par les nationaux.
Lorsqu’une mission de police de l’ONU ferme, a-t-il ajouté, son succès ne saurait être mesuré au nombre de véhicules qu’elle laisse derrière elle, mais à la force et à la légitimité du service national de police qui y succède, a tranché le représentant.