10087e séance – après-midi       
CS/16273

Conseil de sécurité: l’ONU s’inquiète de l’intensification des attaques en Ukraine en plein hiver

« Le début de la nouvelle année n’a apporté ni paix ni même répit à l’Ukraine, mais une recrudescence des combats et des destructions. »  C’est le constat qu’a dressé, cet après-midi la Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques et à la consolidation de la paix, au cours d’une réunion du Conseil de sécurité focalisée sur les dernières frappes russes ayant ciblé les infrastructures civiles ukrainiennes, notamment énergétiques, « alors que les températures chutent bien en dessous de zéro degré Celsius ». 

Mme Rosemary DiCarlo a indiqué que dans la nuit du 8 au 9 janvier, la Fédération de Russie aurait lancé 242 drones et 36 missiles contre l’Ukraine, notamment Kyïv.  Le même jour, des zones de la région de Lviv, près de la frontière polonaise, auraient été la cible d’un missile balistique russe de portée intermédiaire, l’« Oreshnik », qui est capable de transporter des armes nucléaires.  Dans la nuit du 3 janvier, c’est la centrale nucléaire de Zaporizhzhia qui avait été privée d’électricité sur l’une de ses lignes à haute tension en raison des hostilités.

Dans le même temps, en Fédération de Russie, les autorités locales continuent de signaler des victimes civiles et des dégâts aux infrastructures civiles résultant de frappes ukrainiennes présumées.  Faute d’accès suffisant et en raison du manque d’informations publiques, l’ONU n’est pas en mesure de vérifier ces informations, a-t-elle fait savoir.

Le Directeur du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) à Genève a indiqué que les récentes attaques lancées contre l’Ukraine sont particulièrement dévastatrices car elles paralysent les systèmes qui permettent aux civils de survivre pendant l’hiver.

Les infrastructures d’électricité, de chauffage et d’eau ont été frappées à plusieurs reprises dans les grandes zones urbaines, notamment à Kyïv, Odessa, Dnipro, Zaporizhzhia et Kryvyi Rih, privant des centaines de milliers de personnes d’électricité, de chauffage ou d’eau pendant de longues périodes, a détaillé M. Ramesh Rajasingham, qui a annoncé le lancement, demain 13 janvier, du Plan de réponse humanitaire 2026 qui vise à recueillir 2,31 milliards de dollars pour fournir une assistance vitale à 4,12 millions de personnes confrontées aux besoins les plus graves. 

Face à l’escalade, les parties se rejettent les accusations 

Rappelant les efforts du Président des États-Unis pour la paix, la représentante américaine a trouvé « inexplicable » l’escalade de la semaine dernière.  Ces attaques sont un affront à la cause de la paix laquelle est particulièrement importante aux yeux du monde et du Président Trump, a-t-elle souligné. 

Même son de cloche pour l’Union européenne qui a estimé que ces actes démontrent clairement l’absence de toute volonté de la Russie de mettre fin à son agression illégale et non provoquée contre l’Ukraine, malgré les efforts diplomatiques en cours.  IL faut accroître la pression diplomatique, a estimé la Lituanie au nom des États baltes (Estonie, Lettonie et Lituanie), notant pour sa part que les attaques continues de missiles et de drones russes font peser de graves risques sur la sûreté nucléaire en Europe.

« Chaque fois que la communauté internationale pense que la Russie a touché le fond, elle trouve le moyen de sombrer encore plus bas et de prouver qu’il n’y a pas de fond à ses intentions criminelles », a fustigé la délégation de l’Ukraine qui a accusé la Russie d’utiliser le froid comme arme de guerre contre les civils en les privant de moyens de survie comme le chauffage.

« Les forces armées russes ne ciblent pas les civils », a retorqué le représentant de Moscou, qui a indiqué que l’armée russe a lancé une frappe massive et quatre frappes groupées du 3 au 9 janvier et confirmé l’utilisation du système Oreshnik « contre lequel la défense aérienne n’a rien pu faire ».

Les infrastructures de transport, aéroportuaires, portuaires et énergétiques qui soutiennent le complexe militaro-industriel ukrainien ont été détruites, ainsi que des bases de déploiement temporaires pour les forces armées ukrainiennes et les mercenaires étrangers.  Ces attaques, a-t-il ajouté, ont été menées en représailles à l’attaque menée par le régime de Kiev contre la résidence du Président russe et des infrastructures civiles en Russie. 

Rien qu’en décembre 2025, a-t-il poursuivi, le nombre de civils blessés par des frappes aériennes ukrainiennes s’élevait à au moins 367, et 56 ont été tués.  Or, ne pas qualifier clairement ces actions d’actes terroristes et les rejeter comme de simples « faits non confirmés » revient à rejeter les principes fondamentaux du droit international humanitaire, notamment la protection des civils et l’interdiction des attaques délibérées contre des cibles civiles, a-t-il décrié, dénonçant l’hypocrisie de « l’Occident collectif ».

Pour le Royaume-Uni en revanche, l’attaque contre l’une des résidences du Président Putin serait un mensonge, « un autre cas de désinformation utilisé par la Russie pour justifier des activités effroyables en Ukraine ». 

Appels au renforcement des sanctions

Il ne faut pas céder au désespoir et tout faire pour faire prévaloir la paix, a exhorté la Chine.  Selon elle, les causes du conflit doivent être éliminées à travers une architecture de paix en Europe solide et durable.  « Après des années de conflit, le Conseil et des avertissements répétés ne peut tout simplement pas se contenter des positions qui ne font pas avancer la paix, ni apporter l’espoir », a aussi plaidé le Libéria. 

Pour sa part, la France a prévenu que tout règlement devra être soutenu par des garanties de sécurité solides pour l’Ukraine, afin d’empêcher toute nouvelle agression russe.  Les contours d’un tel règlement ont été discutés au Sommet de Paris, le 6 janvier dernier, qui a rassemblé 35 États membres de la Coalition des volontaires, l’Ukraine et les États-Unis. 

De son côté, la Pologne a plaidé pour un renforcement des sanctions, notamment l’arrêt des importations de pétrole russe et la lutte contre les pratiques commerciales illégales de Moscou. 

Une position d’ailleurs partagée par l’Ukraine qui a fait observer que « les sanctions fonctionnent », mais il faut revoir « la dose de ce médicament ».  Le délégué ukrainien a affirmé du reste que la position de la Russie ne cesse de se dégrader chaque jour: « la question n’est pas de savoir si elle va la perdre, mais quand », a-t-il dit.

« Tant que le dirigeant de Kiev n’aura pas retrouvé la raison et n’acceptera pas des conditions de négociation réalistes, nous réglerons le problème par les armes », a toutefois prévenu le délégué de la Russie.  Les appels au cessez-le-feu lancé par Kiev afin d’échapper à la défaite sur le champ de bataille ne seront d’aucune aide.

 

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