Deuxième partie de la reprise de la quatre-vingtième session
31e séance plénière – après-midi
AG/AB/4512

Cinquième Commission: pas de nouvelles rassurantes sur l’atténuation de la crise de trésorerie de l’ONU

Si la Cinquième Commission croyait recevoir de bonnes nouvelles après les informations alarmantes du 7 mai dernier, elle a en eu pour son compte.  Chargée des questions administratives et budgétaires, elle a continué de fixer d’un regard effrayé le sombre tableau du trépied budgétaire de l’ONU.

Présent aujourd’hui, le Contrôleur des Nations Unies, M. Chandramouli Ramanathan, s’est contenté de citer les noms de quelques pays –petites contributeurs- qui se sont hissés aujourd’hui au rang des bons payeurs.

Le trépied budgétaire, c’est le budget ordinaire duquel émargent les salaires des plus de 10 000 fonctionnaires de l’ONU, le budget des 11 opérations de paix et celui des Tribunaux pénaux internationaux pour l’ex-Yougoslavie et le Rwanda. 

Sur un budget ordinaire de 3,5 milliards de dollars pour 2026, les États-Unis, censés en assurer 22%, doivent toujours 2 milliards de dollars, arriérés compris.  Rien de neuf sous le ciel tout aussi grondant du budget des opérations de paix fixé à 5,3 milliards pour la période allant du 1er juillet 2025 au 30 juin 2026. 

Les États-Unis, qui le financent à hauteur de 27%, doivent 2,2 milliards de dollars, arriérés compris.  Pour les Tribunaux pénaux internationaux, c’est une somme d’un peu moins de 91 millions de dollars qui est toujours attendue et ici aussi les États-Unis gardent leur réputation de mauvais payeur avec 44 millions de dollars d’arriérés. 

Or, le14 mai dernier, les États-Unis, qui annonçaient avoir ajouté 1,8 milliard de dollars aux 2 milliards de contributions volontaires déjà versés aux activités humanitaires des entités de l’ONU, affirmaient qu’une « tranche substantielle » serait bientôt versée au budget ordinaire, après un premier versement de 159 millions, au mois de janvier.  Puisqu’ils n’ont pas pris la parole aujourd’hui, ils n’ont pu expliquer ce qu’ils entendent par « soon ». 

Éviter à l’ONU un « effondrement imminent »

Le Secrétaire général de l’ONU n’a cessé d’exhorter les États à honorer leurs obligations et à verser dans l’intégralité et dans les délais, les sommes dont ils sont redevables.  Ils peuvent aussi, a-t-il insisté, à plusieurs reprises, repenser « en profondeur » les règles de gestion budgétaire. 

En vertu de ces règles, si un budget n’est pas entièrement exécuté, l’ONU est tenue de restituer le montant non dépensé aux États même si ledit montant n’a jamais été versé.  En 2027, l’Organisation devrait rendre une somme de 1,3 milliard de dollars au titre du budget ordinaire et de celui des opérations de paix. 

Dans son rapport (A/80/440/Add.1), le Secrétaire général ne mâche pas ses mots: cette situation est « intenable » et expose l’ONU à un risque financier « structurel ».

L’Union européenne n’a pas dit autre chose, elle qui a constaté une dichotomie entre les obligations des États, les mandats adoptés, les quotes-parts agréées et la réalité financière de l’ONU.

La trajectoire sur laquelle nous sommes est « non viable », a-t-elle martelé, ajoutant que les crises de trésorerie ne sont pas que des problèmes techniques.  Ce sont des obstacles à l’exécution des mandats, au remboursement des États, à la faculté de planifier et à la redevabilité dans tout le système de l’ONU. 

Nous ne voulons plus de déclarations politiques.  Nous réclamons une responsabilité financière collective.  Le fardeau de la crise ne doit pas peser sur les bons élèves qui ne sauraient être pénalisés pour les manquements des mauvais payeurs. 

La solidarité ne saurait remplacer la responsabilité, a tonné l’Union européenne, plus grande contributrice aux budgets de l’ONU. 

Espoir pour le Secrétaire général 

Il est temps, a estimé l’institution de Bruxelles, d’améliorer la méthodologie de la restitution des fonds inutilisés.  Autre grande contributrice au budget ordinaire, la Chine a manifesté sa détermination à aider l’ONU à traverser cette période « trouble ».

Avec le Groupe des 77, la Chine a rappelé la proposition sur la modification de la règle relative à la restitution des fonds inutilisés, basée sur le principe de la capacité de payer.  Nous proposons, a-t-elle dit, un projet pilote pour que l’ONU puisse évaluer l’impact et les effets éventuels de notre proposition. 

Le Royaume-Uni n’a pas dit « non » à la modification de la règle mais il a dit attendre le détail de toutes les propositions, arguant que les modifications doivent se faire « avec prudence ».  Même s’il s’agit d’une solution temporaire, nous ne pouvons plus reculer, a pressé l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (ASEAN).  Nous savons tous que la restitution des fonds inutilisés érode la viabilité opérationnelle des mandats de l’ONU.

Aujourd’hui, l’ONU se bat pour survivre au lieu de travailler dans l’intérêt du monde, a renchéri le Japon qui a annoncé le versement de sa contribution au budget ordinaire aujourd’hui-même.

Améliorer la situation financière de l’Organisation, a tenu à dire la Chine, exige que le Secrétaire général et les États travaillent ensemble sur la mise en œuvre de l’Initiative ONU80, laquelle doit s’ancrer dans la discipline financière.  Ce programme implique, entre autres, la suppression de 2 900 postes. 

Les pays en développement se plaignent de la lourdeur de leur fardeau

Nous portons le fardeau le plus lourd de cette crise de liquidités, s’est lamenté le Groupe des 77, qui réunit la plupart des pays contributeurs de troupes et d’équipements aux opérations de paix l’ONU. 

L’ONU leur doit toujours plus de 483 millions de dollars, une question pour laquelle ils réclament des solutions à une Cinquième Commission qui a prévu de poursuivre ses travaux à huis clos et de rouvrir ses portes le 29 mai pour sa toute dernière réunion publique. 

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