Quatre-vingtième session,
102 et 103e séances plénière – matin et après-midi
AG/12693

L’Assemblée générale adopte une Déclaration politique pour « renouveler ses engagements et accélérer la mise en œuvre du Nouveau Programme pour les villes »

L’Assemblée générale, qui examine à mi-parcours le Nouveau Programme pour les villes, a adopté ce matin une Déclaration politique pour renouveler les engagements et accélérer la mise en œuvre dudit Programme. Le texte a été adopté par vote avec 148 voix pour, 2 contre (États-Unis et Israël) et aucune abstention.  Un vote suivi d’applaudissements malgré les deux oppositions. 

Le Nouveau Programme pour les villes est le texte issu de la Conférence des Nations Unies sur le logement et le développement urbain durable (Habitat III), tenue en octobre 2016 à Quito (Équateur).  Dans la perspective d’un doublement de la population urbaine d’ici à 2050, il promeut un développement urbain durable, étape essentielle sur la voie d’un développement « durable, intégré et coordonné » aux niveaux mondial, régional, national, infranational et local, avec la participation de tous les acteurs concernés.

L’objectif de la réunion de haut niveau, prévue sur deux jours, est d’évaluer le niveau d’intégration du Programme dans les politiques, programmes et investissements à tous les niveaux.  C’est « l’examen à mi-parcours » car 2036 est la date butoir pour le mettre en œuvre.

Un engagement renouvelé jusqu’en 2036

Les dignitaires et représentants d’États rassemblées à l’occasion de cette session ont réaffirmé leur engagement en faveur de l’application intégrale du Nouveau Programme pour les villes, disant leur attachement à sa vision et ses principes. 

Les délégations ont, par la Déclaration politique, prôné une urbanisation bien planifiée et bien gérée afin qu’elle produise des transformations dans les dimensions sociale, économique et environnementale du développement durable.

L’Assemblée générale souligne dans ce texte qu’il importe d’adopter une « approche du développement urbain axée sur l’être humain, inclusive et fondée sur les droits humains ».  Cela démontre le souci de garantir la participation de toutes les composantes de la société, « y compris les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les personnes vivant dans des taudis ou des établissements informels, les personnes sans abri et autres migrants et peuples autochtones ».

La Déclaration met l’accent sur l’importance d’un « logement convenable » et l’urgence de remédier au problème du sans-abrisme en termes de dignité humaine et de droits humains.  Elle prône aussi « un développement urbain écologiquement viable et résilient », avant de réaffirmer tous les principes de la Déclaration de Rio sur l’environnement et le développement, et notamment le principe 7 relatif aux responsabilités communes mais différenciées.

Dans la même lancée, les délégations s’engagent à renforcer les données, la technologie et l’innovation au service d’un développement urbain qui profite à toutes les populations.  L’Assemblée générale demande par ailleurs que l’urbanisation durable soit intégrée dans les analyses communes de pays et dans les documents de planification et de programmation des Nations Unies.

Un enthousiasme partagé mais aussi des réserves

L’adoption de ce texte, qui reflète la détermination des délégations à parier sur le développement urbain, a été quelque peu assombrie par les prises de position des deux pays ayant voté contre.  Les États-Unis ont en effet critiqué « un document bureaucratique et long », rejetant notamment le paragraphe 42 qui demande aux États de s’abstenir de sanctions économique ou financière, et les langages sur le genre qui promeut selon eux « un agenda social source de division ».  Israël s’y est aussi opposé, ne voulant pas appuyer « certains éléments politisés ».

D’autres États Membres, s’ils ont voté pour, ont exprimé des réserves, comme le Japon et le Royaume-Uni qui n’ont pas suivi le paragraphe 30 du texte en ce qu’il contient l’expression « responsabilités communes mais différenciées ».  Le Japon a fait valoir que ce concept divise les pays dans le contexte de la lutte contre les changements climatiques.  Même son de cloche pour le Royaume-Uni qui a émis des réserves au sujet de cette expression contenue dans le paragraphe 30 du texte.  Ce principe, tiré de la Déclaration de Rio de 1992, a été adopté dans un contexte précis, a observé l’Irlande, au nom de l’Union européenne (UE). 

La mention de ce principe de Rio et des mentions de divers moyens de mise en œuvre en faveur des pays en développement a au contraire satisfait le Groupe des 77 et de la Chine (G77) qui, par la voix de l’Uruguay, a jugé le texte de la Déclaration politique comme « un compromis acceptable ». 

Quant au paragraphe 42 critiqué par les États-Unis, portant sur les « mesures économiques, financières ou commerciales unilatérales contraire au droit international et à la Charte des Nations Unies », El Salvador s’en est dissocié.  Au contraire, la République islamique d’Iran l’a soutenu, mais elle a exprimé des réserves sur un autre point: les références au genre.

Le bilan à mi-parcours

En ouvrant la réunion, Mme Annalena Baerbock, Présidente de l’Assemblée générale, a souligné les résultats déjà atteints dans le cadre du Nouveau Programme pour les villes, qui contribuent à la réalisation du Programme 2030.  Mais, a-t-elle prévenu, « sans les bonnes politiques et le leadership nécessaires sur le terrain, l’urbanisation peut avoir des effets inverses aux buts escomptés ».  Elle a mis en avant des revers comme le fait que 3 milliards de personnes n’ont toujours pas accès à des logements sûrs, adéquates et abordables, plus de 330 millions sont sans abri, et plus d’un milliard résident dans des habitations informelles ou des bidonvilles. »

En ce mois de juillet concentré sur le football, la Présidente a fait remarquer que « cette folle Coupe du monde nous a appris quelque chose: ne jamais abandonner à la 80e minute ».  Nous savons qu’il reste peu de temps jusqu’en 2030, mais n’arrêtons pas nos efforts avant que la dernière minute ne soit jouée, a-t-elle encouragé.

Confiant en la capacité des acteurs mondiaux à agir collectivement, le Président de l’Assemblée ONU-Habitat, M. Nga Kor Ming a dit miser sur « l’unité de l’humanité ».  Cet examen à mi-parcours doit être un point de rupture, a-t-il dit en appelant à l’action. 

« Les partenaires internationaux doivent travailler avec les dirigeants locaux, ne pas les contourner », a prôné à son tour Mme Amina J. Mohammed. La Vice-Secrétaire générale de l’ONU a conseillé de s’appuyer sur le multilatéralisme pour progresser.

Le logement n’est pas simplement un problème social, c’est un enjeu économique, un enjeu climatique et le fondement de villes résilientes, productives et inclusives, a ajouté Mme Anacláudia Rossbach, Directrice exécutive du Programme des Nations Unies pour les établissements humains (ONU-Habitat).  Elle a rappelé que pour atteindre les objectifs fixés pour les villes et contribuer au développement durable, il faut investir dans un logement abordable et durable; des infrastructures résilientes; un développement économique local inclusif; et une planification urbaine intégrée. 

M. Jan Szyszko, secrétaire d’État au Ministère des Fonds de développement et de la politique régionale de la Pologne, a souligné que le défi majeur ne réside pas dans l’absence de vision commune pour les villes de demain, mais dans les écarts persistants et croissants constatés dans la mise en œuvre de cette vision.  Le Ministre des terres, du logement et du développement urbain du Malawi a expliqué que son Gouvernement veille à ce que les villes deviennent des centres de croissance économique.  Selon M. Chimwemwe Chipungu, il faut des partenariats vigoureux entre gouvernements, autorités locales, secteur privé, société civile et les partenaires de développement. 

Les visions et priorités des États Membres

Au cours du débat, auquel 119 orateurs se sont inscrits pour les deux après-midis, la Croatie, comme l’ensemble des délégations, a prôné un développement urbain qui ne laisse personne de côté.  Et chacun a exprimé ses priorités. 

Pour la Papouasie-Nouvelle-Guinée, il faut améliorer l’accès au financement pour les petits pays insulaires en développement.  Pour l’Équateur, qui a accueilli Habitat III, un logement doit respecter la dignité humaine.  À ce propos, le Monténégro a détaillé son programme d’accès à un logement abordable, tandis que le Botswana a annoncé son intention de livrer 100 000 logements au cours des trois prochaines années pour créer des communautés autonomes sur le plan économique. 

L’accessibilité au logement et la modernisation du parc de logements est un cheval de bataille de la Russie qui a prévu de s’y atteler au cours de la prochaine décennie.  Le pays mise sur le développement territorial intégré et le renforcement de la résilience urbaine face aux risques naturels et anthropiques. 

En Arabie saoudite, la proportion de propriétaires est de 66%, s’est vantée la délégation tandis que la Malaisie a attiré l’attention sur son fort taux d’urbanisme : 75% de sa population vit en milieu urbain.  Ce qui serait positif si l’on suit le raisonnement de l’Ouzbékistan, qui a dit que « chaque pourcentage ajouté à l’urbanisation équivaut au même pourcentage du PIB en plus », puisque l’urbanisation est un moteur de croissance.   

Les Bahamas ont, elles aussi, un fort taux d’urbanisme, près de 89% de leur population.  Depuis l’adoption du Nouvel Agenda urbain en 2016, le pays a créé l’Autorité pour le renouveau urbain.  Parmi les autres intervenants, l’Azerbaïdjan a dit vouloir passer à un urbanisme polycentrique pour des villes à la qualité de vie accrue.  

La réunion de haut niveau prend fin demain avec des tables rondes et la suite du débat général.

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