Deuxième Sommet mondial pour le développement social
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Le deuxième Sommet mondial pour le développement social s’achève sur les critiques persistantes d’une solidarité insuffisante et d’un système financier inéquitable

DOHA, QATAR, le 4 novembre - L’unanimité qui a entouré l’adoption, plus tôt dans la semaine, de la Déclaration politique de Doha, saluée pour « le souffle nouveau » qu’elle insuffle, n’a pas empêché la formulation, au dernier jour du deuxième Sommet mondial pour le développement mondial qui se tient au Qatar, de vives critiques à l’endroit d’une solidarité internationale jugée toujours insuffisante et d’un système financier structurellement inéquitable.  Les tensions géopolitiques se sont également invitées lors de ces débats, clos néanmoins par la déclaration empreinte d’optimisme de la Présidente de l’Assemblée générale.  « La conclusion de ce Sommet est un début, pas une fin », a-t-elle dit, en se félicitant du consensus autour de la nécessité du développement social. 

Le Vice-Ministre des affaires étrangères du Venezuela a donné le ton de la journée en dénonçant un libéralisme défaillant et une « soi-disant mondialisation », synonymes d’accumulations de richesses et de creusement des inégalités.  Il a rappelé que son pays est frappé par plus d’un millier de sanctions, équivalant, depuis leur imposition, à une perte de 265 milliards de dollars.  Il a fustigé un ordre mondial « injuste » qui ne vise qu’à la préservation des intérêts des pays occidentaux. 

Le Vice-Ministre a également critiqué la Banque mondiale et le Fonds monétaire international qui imposent leurs « recettes néolibérales » aux pays du Sud.  « Comment ces pays peuvent-ils relever le défi du développement social lorsqu’ils sont noyés dans les dettes »  Dans ce droit fil, le Vice-Ministre du développement national et de la planification de l’Indonésie a appelé à faire de l’inclusion une réalité tangible pour tous.  « Le succès du développement social se mesure à l’aune des retombées positives de la croissance économique pour le monde entier. » 

Il a appelé à l’évolution du système multilatéral, ce dernier devant être un « lieu de confiance ».  « Un développement social durable ne peut prospérer au sein d’un système mondial qui prend davantage aux pays en développement qu’il ne leur apporte, ni au sein d’un régime commercial qui marginalise systématiquement les nations aspirant à une intégration équitable dans l’économie mondiale », a tranché l’Érythrée, dénonçant, elle aussi, les sanctions « injustes et illégales » qui lui sont imposées. 

Pour une « refonte » du contrat social

Les Seychelles ont également réclamé une « refonte » du contrat social mondial fondé sur la coopération internationale et une action concertée de lutte contre les inégalités.  Djibouti a rappelé que la prospérité doit être partagée et la justice sociale « absolue », tandis que l’Union africaine a déclaré que « la croissance sans équité est un mirage ».  Il faut mettre en place une architecture mondiale, capable de répondre aux besoins de développement de tous les peuples, a appuyé le Soudan, l’Éthiopie préconisant, pour sa part, un allègement du service de la dette. 

Dans ce droit fil, la Première Ministre de l’Ouganda a appelé à réformer le système financier international et à offrir des conditions de financement plus justes et adaptées aux pays en développement.  Même son de cloche du côté du Ministre de l’autonomisation et des personnes âgées de la Barbade qui a réclamé une réforme profonde de l’architecture financière internationale, comme le propose l’Initiative de Bridgetown.  « Les petits États insulaires doivent pouvoir participer équitablement à la gouvernance mondiale. »

Crise climatique

Pour faire face à l’urgence climatique, la Ministre de la famille, des affaires sociales et de la famille du Sénégal a demandé « une mise en œuvre effective » du Fonds pour les pertes et préjudices et à un accès juste et immédiat des pays africains aux financements climatiques.  Les engagements doivent se traduire en actions concrètes pour soutenir l’adaptation et la résilience des pays du Sud, a-t-elle souligné, appuyée par Vanuatu. 

L’acuité de la crise climatique a également été soulignée par la Ministre du développement social de la Grenade lorsqu’elle a mentionné les dégâts occasionnés en 2024 dans son pays par l’ouragan Beryl: 98% des maisons sur les îles de Carriacou et de Petite Martinique, ainsi que dans le nord de la Grenade, avaient ainsi été ravagées. 

Le Royaume-Uni a lui aussi plaidé pour un « système multilatéral plus agile, mieux financé et représentatif afin de réduire la fragmentation », tandis que le Japon s’est engagé à renforcer sa coopération pour le développement.  « Au nom de l’Allemagne, j’entends le dire clairement: nous voulons le développement social, nous voulons avancer dans la lutte mondiale contre la pauvreté », a martelé son délégué. 

L’épineuse question du financement

La question du financement a été au cœur de nombreuses interventions.  Le Ministre de la promotion de la jeunesse et des services civiques de la Côte d’Ivoire a plaidé pour une coopération renforcée, notamment par des financements conjoints pour l’emploi et la formation des jeunes et des investissements accrus dans les services sociaux de base.  Son homologue du Viet Nam a suggéré en outre la mise en place, par les pays, de fonds de développement social appuyés par les budgets nationaux et l’aide internationale. 

« Il faut étendre, par un financement adapté, l’accès de tous à des socles de protection sociale, à commencer par les travailleurs, quel que soit leur statut dans l’emploi, ainsi que leurs ayants droit, avec une attention particulière aux pays les plus vulnérables », a proposé la Vice-Ministre des affaires internationales du Ministère du travail et des solidarités de la France qui a relevé que l’informalité persistante de l’économie est en effet le facteur principal d’inégalités dans tous les pays. 

« Le chemin de la Syrie vers le redressement sera difficile, les services sociaux étant inexistants », a déclaré la Ministre des affaires sociales et du travail de la Syrie.  Elle a indiqué que le Gouvernement déploie ses programmes sociaux afin de renforcer la cohésion sociale.  « Mais la Syrie ne peut pas le faire seule: nous avons besoin de vos partenariats et expériences. »  Le Luxembourg a acquiescé sur le fonds, soulignant que la sécurité sociale et la coopération multilatérale sont des investissements essentiels pour bâtir des sociétés plus résilientes et équitables. 

Des avancées nationales 

Comme lors des jours précédents, les pays ont souligné les avancées enregistrées au niveau national.  La République dominicaine a, au cours des deux dernières décennies, réduit le taux de pauvreté de 50% à 18,2%.  Chypre a atteint un niveau d’emploi historique proche de 80% en l’espace de deux ans, tandis que 60% du budget de l’Éthiopie est consacré au développement social.  La Secrétaire d’État à l’inclusion sociale de Cabo Verde s’est félicitée du fait que son pays ait obtenu le statut de pays à revenu intermédiaire supérieur. La République de Corée a mentionné le renforcement considérable de la formation professionnelle dans le domaine de l’intelligence artificielle. 

La République-Unie de Tanzanie a rappelé que son pays a élu sa première Présidente femme -les femmes occupant 36% des postes du Gouvernement-, tandis que la Grèce, rejointe par la Colombie, a détaillé sa politique d’encouragement d’un vieillissement actif.  Le Panama a, lui, parlé de son action visant à réduire les inégalités entre communautés autochtones et non autochtones, tandis que l’Autriche a dit œuvrer à la pleine participation des personnes handicapées dans la société. 

Les tensions ont néanmoins affleuré dans certaines déclarations, à l’instar de celle de la Vice-Ministre des affaires étrangères et de la coopération internationale du Honduras qui a dénoncé des « actions déstabilisatrices » mettant en cause l’ordre constitutionnel dans son pays. « Il ne peut y avoir de développement sans sécurité », a signalé la délégation d’El Salvador, qui a rappelé que son pays a longtemps été « l’otage des gangs » avant que le Président actuel ne rétablisse l’ordre. 

La délégation de l’Ukraine a assuré, pour sa part, que son gouvernement reste inébranlable au sujet de la protection sociale, car même sous la loi martiale, les prestations sociales sont assurées et des millions d’anciens combattants bénéficient de programmes de réinsertion. 

Explications de position

Le Danemark, au nom de l’Union européenne, a exprimé des réserves portant notamment sur l’absence de consensus autour du renouvellement explicite du contrat social mondial et sur le rôle jugé insuffisant attribué à l’Organisation internationale du Travail (OIT) dans le suivi du Sommet. 

Le Royaume-Uni a estimé que la référence aux « responsabilités communes mais différenciées » de la Déclaration de Rio aurait dû être actualisée.  Le Canada, également au nom de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, a souligné que l’emploi du terme « mesures coercitives unilatérales » n’est pas conforme au droit international. 

L’Égypte a exprimé des réserves sur les mentions de la violence fondée sur le genre et a regretté l’absence de mention sur les transferts technologiques.  La République-Unie de Tanzanie, Djibouti et la Hongrie se sont également exprimées. 

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