Deuxième Sommet mondial pour le développement social
Séances matin & après-midi
SOC/4924

La Déclaration politique de Doha, « projet conçu pour les peuples », est adoptée au lancement du deuxième Sommet mondial pour le développement social

DOHA, QATAR, le 4 novembre - Les chefs d’État et de gouvernement ont adopté sans vote, ce matin, au lancement du deuxième Sommet mondial pour le développement social qui se tient au Qatar, la Déclaration politique de Doha qui se veut un catalyseur pour le développement et un projet conçu pour les peuples.  Cette Déclaration a été adoptée 30 ans après le moment de « clarté morale » qu’avait été le premier Sommet social de Copenhague.  « Faisons aboutir ce plan audacieux que l’humanité réclame et mérite », a exhorté le Secrétaire général de l’ONU, appuyé par l’ensemble des intervenants. 

Si de réels progrès ont été accomplis depuis 1995, près de 800 millions de personnes vivent toujours dans l’extrême pauvreté.  Quelque 4 milliards de personnes n’ont accès à aucune forme de protection sociale et les 1% les plus riches détiennent près de la moitié de la richesse mondiale. Cette Déclaration (A/80/L.5) vise à y remédier et identifie trois domaines d’action principaux:  une lutte renforcée contre la pauvreté et l’inégalité; la création d’emplois décents et une protection sociale accrue.  La volonté politique et la mobilisation des ressources nécessaires ont été citées comme les ingrédients nécessaires à sa bonne mise en œuvre.  Un suivi de la Déclaration est prévu en 2031. 

« Nous pouvons changer de cap maintenant », a déclaré, volontariste, la Présidente de l’Assemblée générale.  Ce deuxième Sommet mondial nous rappelle que les programmes doivent être multidimensionnels et interconnectés car la lutte contre la faim doit être menée de concert avec la promotion de l’éducation et la création d’emplois décents, a-t-elle indiqué, soulignant que « la sécurité humaine est la base de la sécurité mondiale », Mme Annalena Baerboeck a également appelé à combler le déficit de financement du développement et à assurer « une bonne fois pour toutes » l’égalité des genres. 

Lucide, le Secrétaire général a noté que ce deuxième sommet s’ouvre dans des temps de grande incertitude mondiale, mais est néanmoins est placé sous le signe d’« un espoir porté par l’action collective ». Soulignant que le véritable développement ne consiste pas à assurer la prospérité de quelques personnes mais à offrir au plus grand nombre des possibilités ancrées dans la justice sociale, le plein emploi et la dignité humaine, M. António Guterres a vu dans la Déclaration politique de Doha un plan conçu pour les peuples qui, a-t-il insisté, « doit les rassembler, et non les diviser ».  

À cette aune, M. Guterres a exhorté les gouvernements à protéger les valeurs démocratiques, en veillant à ce que les voix des plus vulnérables soient entendues.  En tous temps et en tous lieux, les droits humains doivent être notre boussole, a-t-il souligné, appuyé par le Président de le Conseil économique et social (ECOSOC), M. Lok Bahadur Thapa, en rappelant que le monde est encore loin de ses objectifs en matière de développement.  « Faisons vivre l’esprit de Doha. » 

Plaidoyer pour la dignité humaine

Le développement social est une nécessité existentielle et est le fondement de la stabilité et de la sécurité de tous, a insisté à son tour l’Émir du Qatar, M. Tamim bin Hamad Al Thani, hôte de la conférence. Il a estimé que la Déclaration de Doha incarne la vision morale du développement humain et impulse un nouvel élan aux efforts mondiaux, rappelant au passage la robuste action mondiale de son pays par le truchement du Fonds qatarien pour le développement. 

Les intervenants se sont félicités de la dynamique imprimée à Doha au nom « de la dignité humaine », selon l’expression du Président de la République démocratique du Congo (RDC) qui a souhaité que le développement social soit au cœur du « développement tout court ». Réunissons-nous autour de ce qui nous rassemble, a appuyé le Roi des Belges, qui a souligné la « nécessité absolue » d’inclure les femmes dans la réalisation des objectifs de développement durable.  Le Président du Conseil présidentiel de Libye a, lui, vu dans la Déclaration de Doha un élément de cette « œuvre collective » en faveur du développement et de la paix durable. 

Si les orateurs ont détaillé l’action menée au niveau national, telles que le projet de couverture santé universelle en RDC, la fourniture d’un petit déjeuner gratuit dans les écoles des Palaos ou encore l’appui aux petits producteurs de canne à sucre de l’Eswatini, certains ont souhaité partager leurs idées pour promouvoir un développement social mondial. Le Président de l’Ouzbékistan a ainsi proposé la création d’un fonds mondial pour la justice sociale, tandis que le Président de la Hongrie a souligné l’importance de la famille, « pierre angulaire de la solidarité humaine ».  

De son côté, le Président du Kenya, qui s’exprimait au nom du Groupe des États d’Afrique, a estimé que ce Sommet devait être l’occasion de réaffirmer l’importance du multilatéralisme, plaidant pour la représentation des pays africains dans toutes les organisations multilatérales, y compris le Conseil de sécurité.  « Un véritable développement social ne peut pas se faire sans justice sociale et une égale représentation », a-t-il insisté.  Trop souvent, la coopération mondiale n’est pas équilibrée et exclut la majorité du monde, a déploré son homologue du Rwanda. 

D’où proviendront les fonds?

La thématique du financement a été abondamment évoquée.  Appuyé par l’Égypte, le Président de l’Iraq, qui s’exprimait au nom du Groupe des 77 et la Chine, a insisté sur l’importance de remédier à l’insuffisance des moyens de mise en œuvre de la Déclaration de Copenhague.  « Le principe de responsabilité commune mais différenciée reste primordial et la coopération et la solidarité internationales sont indispensables pour relever les défis. »  

La Chine, pays étant parvenu à réaliser les objectifs de développement durable 10 ans avant la date butoir de 2030, a, par la voix de son Vice-Président, appelé les pays développés à faire preuve de plus de responsabilité en mettant des ressources à disposition pour permettre à tous les pays de se développer.  Le Premier Ministre du Gouvernement de transition du Niger, qui a demandé que le Sud soit vu comme un partenaire, non comme un fardeau, s’est interrogé sur la volonté politique des pays riches de mettre en œuvre leurs engagements. 

Le Premier Ministre des Tuvalu a appelé, de son côté, à investir dans la résilience climatique, faisant la corrélation entre les changements climatiques et le développement social, une problématique également évoquée par le Président du Tadjikistan pour qui des mesures audacieuses s’imposent pour aider les pays en développement. 

Notant que les gouvernements ne peuvent agir seuls, surtout en période de restrictions budgétaires, l’Union européenne a souligné pour sa part que la mobilisation des investissements privés est essentielle à la réalisation des objectifs communs. 

La nécessité de lever les mesures coercitives unilatérales a aussi été évoquée à plusieurs reprises, notamment par le Premier Ministre de Cuba qui a indiqué que ces mesures « inhumaines » entravent tout progrès en matière de développement dans les pays du Sud.  À son tour, le Président du Pakistan a plaidé pour la mise en place de mécanismes d’allègement de la dette. 

Dans son intervention, l’Émir du Qatar a, par ailleurs, souligné que le peuple palestinien aura besoin d’une aide importante « pour se remettre de l’invasion israélienne et du système d’apartheid mis en place par Israël ».  « Ce peuple résilient devra être aidé jusqu’à ce que justice soit faite », a-t-il dit, sous une salve d’applaudissements. 

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