Il y a 30 ans, la Déclaration de Beijing consacrait les droits des femmes comme des droits humains, rappelle le Secrétaire général, face à la « vague de misogynie qui déferle sur le monde »
On trouvera, ci-après, le texte de l’allocution du Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres, prononcée à l’occasion de la réunion de haut niveau consacrée au trentième anniversaire de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes, à New York, aujourd’hui:
Il y a 30 ans, le monde se réunissait pour affirmer ceci: les droits des femmes et des filles ne sont pas distincts, accessoires ou négociables –ce sont des droits humains.
La Déclaration et Programme d’action de Beijing renferment l’engagement politique mondial le plus ambitieux jamais pris en matière de droits des femmes.
Ces initiatives ont également contribué à faire progresser certains domaines essentiels: protection juridique, participation politique, éducation, mortalité maternelle, reconnaissance de la nécessité d’accorder la priorité au niveau mondial à la lutte contre la violence contre les femmes, pour n’énumérer que quelques exemples.
Les progrès sont cependant lents et inégaux.
Aucun pays n’a d’ailleurs atteint l’égalité totale pour les femmes et les filles.
La mise en œuvre de l’objectif de développement durable no 5, qui porte sur l’égalité des genres, accuse du retard.
Les acquis obtenus de haute lutte sont menacés.
Par ailleurs, les conflits et les catastrophes climatiques se multiplient, et les droits humains des femmes et des filles en pâtissent.
Les barrières culturelles et structurelles restent profondément enracinées.
La technologie est, tel un virus, vecteur de haine.
Une vague de misogynie déferle sur le monde.
Soyons clairs: l’égalité des droits et des chances n’est pas une question partisane.
Il s’agit d’impératifs mondiaux, qui forment le socle de la paix, de la prospérité et du progrès.
Dans chaque région du monde, chaque pays, chaque communauté, des femmes et des filles se battent pour leurs droits.
Exigent des libertés.
Luttent contre les pratiques abusives.
Se mobilisent pour obtenir une protection juridique.
Et s’organisent pour obtenir la place qui leur revient dans les mécanismes de prise de décision et les processus de paix.
L’Organisation des Nations Unies est à leurs côtés.
Tous les dirigeants devraient faire de même.
En défendant les droits des femmes et des filles.
En indiquant clairement que la tradition ne saurait excuser l’oppression.
Et en faisant tout leur possible pour concrétiser la vision énoncée dans la Déclaration de Beijing.
Plus tôt cette année, les pays ont fait un grand pas en avant.
La Commission de la condition de la femme a adopté une nouvelle déclaration politique, dans laquelle elle s’est engagée à mettre en œuvre rapidement et intégralement la Déclaration et le Programme d’action de Beijing.
Tous les pays doivent se montrer à la hauteur de cette responsabilité.
Nous avons besoin d’un soutien solide et visible au plus haut niveau – et de plans concrets assortis d’investissements réels.
Pour soutenir les organisations, les solutions et les services consacrés aux femmes.
Pour mettre en œuvre le Programme d’action Beijing + 30.
Pour promouvoir l’autonomisation socioéconomique.
Pour défendre les droits des femmes.
Et pour relever un défi que l’on concevait à peine il y a 30 ans.
L’intelligence artificielle est en passe de remodeler notre monde.
Mais cette transformation s’opère dans un secteur dominé par les hommes, façonné par des données biaisées et piloté par des algorithmes qui, bien souvent, exacerbent la discrimination.
Nous devons combattre la violence et la haine en ligne, et veiller à ce que la technologie soit au service de l’égalité, et non de l’exclusion.
Dès lors, il nous faut investir dans l’éducation des femmes et des filles dans la science, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques.
Car la participation à la prise de décision – dans ce domaine comme ailleurs – est un droit qui revient aux femmes et non une faveur qu’on leur fait.
Leur participation fortifie les sociétés, enrichit le débat et favorise l’égalité dans tous les domaines.
Nous devons lever les obstacles systématiques à l’égalité pour les femmes et les filles: la discrimination, l’inégalité salariale ou encore l’inégalité devant la loi.
La Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes doit être universellement ratifiée.
Enfin, nous devons prendre des mesures proactives pour assurer la participation des femmes à la prise de décision –à tous les échelons.
Ici, aux Nations Unies, grâce à des efforts soutenus, nous avons atteint et maintenu la parité hommes-femmes parmi les cadres dirigeants.
Permettez-moi de vous donner une brève explication à ce sujet. Certains pensent que nous devons contourner les règles en faveur des femmes pour atteindre la parité. C’est tout à fait faux. La seule chose que nous avons faite, c’est garantir une véritable égalité des chances entre les femmes et les hommes et veiller à ce que les processus de sélection n’aient pas de biais misogynes. Le résultat a été la parité au niveau de la haute direction des Nations Unies.
Nous poursuivrons nos efforts pour parvenir à la parité dans l’ensemble de l’Organisation –guidés par notre Plan d’accélération pour l’égalité des genres.
Il y a 80 ans, la Charte des Nations Unies affirmait l’égalité des droits entre les femmes et les hommes.
Il y a 30 ans, la Déclaration de Pékin consacrait les droits des femmes comme des droits humains.
Aujourd’hui, dans cette enceinte, nous devons entendre comment vous comptez transformer ces ambitions en réalité:
Faites entendre vos engagements. Présentez vos plans. Ensemble, réalisons l’égalité pour les femmes et les filles –une égalité dont notre monde a tant besoin.