La clôture de la Conférence sur la mise en œuvre de la solution des deux États marquée par de nouvelles annonces de reconnaissance de l’État de Palestine
La Conférence internationale de haut niveau pour le règlement pacifique de la question de Palestine et la mise en œuvre de la solution des deux États a achevé aujourd’hui ses travaux en prenant note d’un projet de document final*, qui devra être approuvé d’ici à la fin de la soixante-dix-neuvième session de l’Assemblée générale. « Les États auront jusqu’à début septembre pour l’endosser s’ils le souhaitent », a indiqué la coprésidence saoudienne de la Conférence avant de suspendre la réunion jusqu’à nouvel ordre.
Après trois jours d’échanges intenses, sous la présidence conjointe de la France et de l’Arabie saoudite, cette clôture a aussi été marquée par de nouvelles annonces de reconnaissance de l’État de Palestine.
Dans une déclaration publiée la veille au soir à New York, en marge de la Conférence, les ministres des affaires étrangères de 15 pays occidentaux ont affirmé leur « engagement indéfectible envers la vision de la solution des deux États ». Alors que 6 de ces pays (Espagne, France, Irlande, Islande, Slovénie et Norvège) ont déjà reconnu ou annoncé leur prochaine reconnaissance de l’État de Palestine, 9 autres (Andorre, Australie, Canada, Finlande, Luxembourg, Malte, Nouvelle-Zélande, Portugal et Saint-Marin) expriment « la volonté ou la considération positive » de le faire. Tous appellent les pays qui n’ont pas encore franchi ce pas à se joindre à « l’Appel de New York ».
Confirmant sa prise de position, Malte a annoncé à la tribune de la Conférence sa décision de reconnaître formellement l’État de Palestine lors de la prochaine Assemblée générale. « Nous pensons que la reconnaissance n’est pas seulement symbolique; c’est un pas concret vers la réalisation d’une paix juste et durable », a soutenu son représentant, pour qui la réalisation d’un État palestinien souverain et autonome, contrôlant ses propres frontières fixes, doit cependant passer par la négociation. Cela nécessite une réelle volonté politique de la part des deux parties, mais aussi l’existence d’un gouvernement palestinien légitime chargé d’un mandat populaire, a-t-il ajouté.
Désireuse elle aussi de s’engager sur la voie de la reconnaissance, la Nouvelle-Zélande a plaidé pour « une solution globale et durable à deux États, avec des frontières sûres et reconnues pour Israël et la Palestine », rappelant qu’elle soutient cette option depuis des décennies. En revanche, elle considère que l'État de Palestine « ne doit pas nécessairement émerger dans le cadre d’un accord politique global entre Israël et les Palestiniens ». La question essentielle, selon elle, est de savoir si les conditions fondamentales de la viabilité et de la légitimité d’un État sur les plans politique, diplomatique, économique et sécuritaire sont réunies. Elle a ainsi exigé la restitution des recettes fiscales palestiniennes confisquées illégalement –qui se montent à plus de 2 milliards de dollars, selon le Danemark- et la reconstruction durable de Gaza.
« Une solution à deux États demeure le seul espoir d’une paix juste et durable, tant pour les Israéliens que pour les Palestiniens », a approuvé l’Australie, précisant que l’« Appel de New York » exprime la volonté des pays signataires de reconnaître l’État de Palestine mais aussi à œuvrer à « l’élaboration d’une architecture pour le jour d’après » afin de garantir le désarmement du Hamas et son exclusion de la gouvernance palestinienne. À cet égard, elle s’est félicitée de la détermination de la Ligue des États arabes et d’autres pays clefs de la région à « mettre fin à l’emprise du Hamas sur Gaza ». Elle a d’autre part salué les « engagements importants » pris par l’Autorité palestinienne, notamment sa condamnation des attentats terroristes du 7 octobre, son appel à la libération des otages et au désarmement du Hamas, sa volonté de convoquer des élections dans un délai d’un an et son acceptation du principe d’un État palestinien démilitarisé.
Pour une majorité d’États Membres, de Cuba à la Malaisie, de l’Iran au Nigéria, en passant par la République-Unie de Tanzanie, la Somalie ou encore le Soudan, mettre en œuvre la solution des deux États implique, en priorité, d’admettre l’État de Palestine en tant que Membre de l’ONU de plein droit. Le Conseil de sécurité, en vertu de l’Article 4 de la Charte des Nations Unies, a le devoir de recommander cette admission qui représente « la volonté écrasante de la communauté internationale, exprimée dans les résolutions de l’Assemblée générale », a souligné l’Iran, pour qui ce processus « ne doit pas être entravé par les intérêts étroits d’un seul État Membre », à savoir les États-Unis.
Face à l’absence de consensus au Conseil de sécurité sur la question de l’État de Palestine, la Côte d’Ivoire a invité l’organe chargé de la paix et de la sécurité internationales à surmonter ses divergences, « notamment dans les situations d’urgence humanitaire ». Elle s’est déclarée convaincue que « c’est par le respect du droit international et des résolutions pertinentes du Conseil et de l’Assemblée générale qu’une solution durable et mutuellement acceptable pourra être trouvée ». Le Cambodge lui a emboîté le pas en appelant à l’unité, au dialogue et à la solidarité pour que cesse le conflit israélo-palestinien. « Arrêtons de pointer du doigt et unissons-nous dans notre humanité commune », pour que la paix « ne soit pas un rêve lointain, mais une réalité partagée et réalisable ».
De son côté, Maurice a fait valoir que la mise en œuvre de la solution des deux États ne signifie pas la création d’un nouvel État, la Palestine répondant déjà aux critères d’attribution du statut d’État au regard du droit international. De surcroît, elle a été reconnue comme État par l’écrasante majorité des États et par les Nations Unies qui l’ont admise en tant qu’État observateur, a relevé la délégation.
Alors que plus de 145 pays reconnaissent désormais l’État de Palestine, « un nombre qui doit augmenter jusqu’à ce que l’injustice historique soit réparée », il est crucial que cet État devienne Membre à part entière de l’ONU, a abondé la délégation cubaine, reprochant à son tour aux États-Unis d’avoir fait usage à plusieurs reprises de leur droit de veto au Conseil de sécurité pour empêcher la mise en œuvre d’un cessez-le-feu qui aurait mis fin au massacre à Gaza. Un grief également brandi par la République populaire démocratique de Corée (RPDC), selon laquelle ce veto équivaut à un « feu vert » accordé à Israël dans la commission de ses « atrocités barbares contre des civils innocents ». De l’avis de la RPDC, l’admission de l’État de Palestine au sein de la communauté internationale constitue « un test pour le règlement pacifique de la question de Palestine et le droit inaliénable du peuple palestinien ».
« Nous pensions que ceux qui ont été victimes du génocide et de ses affres ne tenteraient pas de les commettre à leur tour », a renchéri le représentant de la Ligue des États arabes, voyant dans « le prix du sang » payé par les Palestiniens le prolongement des crimes de l’occupation, dénoncés par la Cour internationale de Justice. Selon lui, la volonté internationale est claire: il faut mettre un terme à l’occupation israélienne « raciste et coloniale », reconnaître l’État de Palestine et faire en sorte qu’un État palestinien viable devienne Membre à part entière de l’ONU lors de la quatre-vingtième session de l’Assemblée générale.
Dénonçant les « crimes systématiques commis par Israël » depuis des décennies, l’Organisation de la coopération islamique (OCI) a également appelé tous les États à « reconnaître pleinement l’État de Palestine comme membre de l’ONU », saluant au passage l’annonce faite par le Président français Emmanuel Macron, qu’elle a qualifiée de « soutien essentiel à la légitimité palestinienne ». Une décision « courageuse », selon le Conseil de coopération du Golfe, qui a également rendu hommage à la reconnaissance conditionnelle faite hier par le Royaume-Uni, estimant que ne pas reconnaître l’État de Palestine crée un « déséquilibre structurel dans le processus de paix ».
Pour sa part, le Saint-Siège a rappelé avoir reconnu l’État d’Israël en 1993 et l’État de Palestine en 2015. Si la solution des deux États est, à ses yeux, « la seule voie viable », il a demandé que Jérusalem soit dotée d’un statut internationalement protégé afin de garantir les droits de tous ses habitants, y compris des chrétiens qui s’y sentent « de plus en plus menacés » alors même qu’ils ont toujours eu « un rôle modéré et stabilisateur dans la région ». Il s’est par ailleurs déclaré alarmé par la gravité de la situation humanitaire à Gaza, dénonçant le caractère disproportionné de la riposte israélienne à « l’odieuse attaque » du 7 octobre 2023.
Cette situation extrême a entraîné une réaction ferme de l’observatrice de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, qui a exigé la mise en place dans l’enclave palestinienne d’un mécanisme de distribution de l’aide humanitaire digne de ce nom. « Dans leurs centres médicaux à Gaza, nos collègues de la Société du Croissant-Rouge palestinien accueillent des personnes évanouies et malades à cause de la faim, alors qu’ils ne peuvent pas non plus trouver de nourriture pour eux-mêmes ou leurs propres enfants », s’est-elle indignée, signalant aussi des difficultés opérationnelles en Cisjordanie occupée.
*« Règlement pacifique de la question de Palestine et mise en œuvre de la solution des deux États »
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