À New York, le Royaume-Uni annonce qu’il reconnaîtra l’État de Palestine si Israël ne met pas fin à la situation « atterrante » à Gaza
Le deuxième jour de la Conférence internationale de haut niveau pour le règlement pacifique de la question de Palestine et la mise en œuvre de la solution des deux États a été incontestablement marquée par l’annonce-choc du Royaume-Uni, qui « envisage » de reconnaître l’État de Palestine lors du débat général de la quatre-vingtième session de l’Assemblée générale. Le Secrétaire d’État britannique a été clair sur les conditions dans lesquelles le Royaume-Uni emboîterait alors le pas à la France: il reconnaîtra l’État palestinien d’ici à septembre prochain, a-t-il dit, si le Gouvernement israélien n’a toujours pas mis un terme à la situation « atterrante » à Gaza, s’il n’a pas stoppé sa campagne militaire et s’il n’a toujours pas pris d’engagement ferme en faveur d’une paix durable sur la base de la solution des deux États. L’annonce de M. David Lammy a été saluée par les applaudissements des nombreux États Membres réunis à New York dans le cadre de cette Conférence organisée à l’initiative de la France et de l’Arabie saoudite pour « sauver d’une mort probable » ladite solution.
Comme hier, les pays, représentés au niveau ministériel, ont dit et répété que pour revitaliser ce plan esquissé initialement par la résolution 181 de l’Assemblée générale adoptée dès 1947, il faut aujourd’hui plus que jamais reconnaître un État de Palestine de plein droit à l’ONU et garantir la sécurité d’Israël. Sur ce dernier point, il est frappant d’entendre depuis deux jours, cela en l’absence des États-Unis et d’Israël, des pays arabes dénoncer les crimes du Hamas, appeler à son désarmement ainsi qu’à son exclusion de toute administration politique future, à Gaza et au-delà.
Tout au long de la journée, les délégations ont réitéré leur engagement de se tenir au côté de l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas pour l’aider à développer ses capacités administratives, politiques et économiques, dans l’optique d’élections générales devant se tenir dans un an. L’Allemagne, qui a indiqué avoir apporté 350 millions d’euros d’aide humanitaire depuis octobre 2023, a souligné que « Gaza appartient aux Palestiniens et doit être reconstruite ». À cet égard, elle s’est engagée à réunir avec l’Égypte une conférence internationale sur la reconstruction de l’enclave sitôt instauré un cessez-le-feu irréversible. Sur la reconnaissance d’un État palestinien, le Ministre a expliqué que l’Allemagne envisagerait de franchir le pas « à la fin de négociations » entre les parties israélienne et palestinienne sur la solution des deux États. Or, a-t-il noté, la tendance actuelle est négative. « L’Autorité palestinienne doit être capable de garantir les soins de santé, l’éducation et la sécurité pour la population palestinienne », ont ensuite expliqué les Pays-Bas, cela étant aussi dans l’intérêt de la sécurité d’Israël, « que nous appuyons pleinement ».
De son côté, et sur les mêmes questions, le Japon, qui, depuis avril 2024, a contribué à la hauteur record de près de 35 millions de dollars au financement de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), a dit attendre les résultats de la Conférence pour envisager à son tour de reconnaître l’État de Palestine.
Concernant précisément le document final de la Conférence, la Coprésidence saoudienne a annoncé qu’il serait adopté d’ici à la fin de la soixante-dix-neuvième session de l’Assemblée générale, à l’issue de l’envoi des décisions des États Membres aux missions diplomatiques française et saoudienne.
Par ailleurs, le Yémen et le Koweït, ainsi que la Türkiye et la Chine, ont appelé la communauté internationale à prendre immédiatement des mesures concrètes permettant que soient garantis les droits du peuple palestinien, en premier lieu celui de vivre et d’être souverain sur ses terres. L’utilisation de la famine comme arme de guerre à Gaza a été fustigée par ces pays ainsi que les déplacements forcés de populations, y compris en Cisjordanie.
Voyant dans l’occupation du Territoire palestinien la cause profonde de l’instabilité et des souffrances humaines infinies dans la région, le Ministre turc des affaires étrangères a quant à lui jugé que la clef de la paix au Moyen-Orient « réside dans la question de savoir comment arrêter Israël ». En réponse, il a suggéré vivement à la communauté internationale d’accroître sa pression sur ce pays afin de mettre fin à la catastrophe humanitaire et au « génocide » à Gaza, préconisant des mesures coercitives, telles qu’une interdiction par l’ONU des transferts d’armes et l’arrêt des échanges commerciaux avec « l’agresseur ».
« Pour éteindre le feu de la guerre qui ravage Gaza depuis 600 jours », la Chine, elle, en a appelé à l’autorité du Conseil de sécurité, seul capable de mettre fin aux hostilités et de faire libérer tous les otages. L’ONU doit en outre redevenir la cheffe de file de l’acheminement de l’aide humanitaire à Gaza et la garante de l’intégrité territoriale du Territoire palestinien, a encore souligné la Chine. Pour le membre permanent du Conseil de sécurité, le règlement de la question de Palestine exige l’unité de toutes les factions palestiniennes. La création d’un État palestinien viable et solidaire passe en effet par une réconciliation durable dont les termes ont été agréés par les factions réunies l’an dernier à Beijing pour signer la déclaration pertinente, a insisté M. Jun Zhai.
Ce dernier, comme l’ensemble des intervenants, a formé le vœu que la Conférence sorte la question de Palestine de la marginalisation prolongée dans laquelle elle a sombré. Ainsi, a-t-il dit, admettre rapidement à la suite de la Conférence la Palestine en tant qu’État Membre de plein droit de l’ONU adresserait le message que tous les pays dépendent les uns des autres pour leur sécurité commune.
Enfin, la Russie a avancé que l’Union soviétique avait, dans les années 1990, défendu activement l’idée d’un État palestinien indépendant et souverain, « non pas pour s’attirer des louanges mais pour déjà, à l’époque, sauver la solution des deux États ». C’est sur la base de cet engagement de toujours que Moscou continuera d’œuvrer à la relance du processus du paix au Moyen-Orient avec, en son cœur, cette solution juste et durable que valide le consensus international le plus large possible, a déclaré le Vice-Ministre des affaires étrangères russe.
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